Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Japon et ses chers thons.

Bonjour,

A Tsujiki, l’immense marché aux poissons de Tokyo, le thon rouge se taille une part de choix parmi les 480 produits de la mer, pêchés autour de l’archipel ou arrivés d’océans plus lointains. Chaque jour, environ 3000 thons,  sont exposés congelés dans une vaste salle réfrigérée, prêts pour une vente à la criée vivement menée. (1) Les Japonais adorent cette chair rouge clair, proposée en sushis et sashimis dans les restaurants de Tokyo et d’ailleurs, avec une préférence pour la partie ventrale, plus grasse. Dans le lot, il arrive que certains thons dépassent les 200 kilos. Si les thoniers japonais s’aventurent toujours plus loin des côtes pour traquer une espèce devenue rare depuis la fin des années 80, une grande partie des thons sont importés. L’archipel, et ses 127 millions de consommateurs, absorbent 80% des thonidés capturés en Atlantique et dans le Pacifique. Une aire d’importation qui puise dans le bassin méditerranéen, où l’espèce Atlantique vient de reproduire. (2) (3)

Quotas et pêche illégale.

Sur les rivages de l’Atlantique et de la Méditerranée, on dénonce l’engouement des Japonais pour le thon rouge, espèce menacée par une pêche excessive. Difficile de quantifier le problème. La CITES – la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction – évoque un appauvrissement des stocks de 80% depuis le  XIX° siècle. Avec une accélération probable à l’ère de la pêche industrielle. (4)  D’ailleurs, une autre source estime que 80% de l’espèce a disparu pendant la décennie 1990-2010. (3) Selon le WWF, les réserves de Méditerranée ont chuté de moitié depuis les années 70. (4) Les fermes d’engraissage de thons, en Croatie, en Espagne, ou à Malte, qui alimentent le commerce, brouillent encore les statistiques. Quelle que soit l’ampleur du déclin, le  «thon rouge » mobilise gouvernements, organisations professionnelles, et ONG qui ne sont pas toujours d’accord sur l’état des stocks, et sur les mesures à mettre en place pour donner une chance à l’espèce. Fin 2006, l’ICCAT – La Commission internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique – décide de réduire les autorisations de  pêche en Atlantique et en Méditerranée. Ils passent de 29 500 tonnes en 2007, à 28 500 en 2008, et à 22 000 en 2009. En 2010, l’autorisation tombe à 13 500 tonnes, contre 32 000 tonnes en 2006. (3) En 2008, le WWF s’étonne de l’importance de la flotte qui sillonne encore la Méditerranée pour traquer les bancs de thons. Quand 229 thoniers suffiraient pour respecter les quotas, l’ONG en dénombre 617, presque trois fois plus. Ce rapport estime que les pays méditerranéens pêcheraient deux fois plus que les prises autorisées. (4) Dans le « thon rouge », il y a l’intérêt des armateurs. Il y a aussi celui des travailleurs de la mer. En Turquie, à Malte, en Italie, ou en Espagne, la pêche au thon rouge, et les activités associées, font vivre des milliers de personnes.

Sushis et intérêts.

Pour arrêter la pêche et ses effets secondaires sur une espèce vulnérable, les décideurs ont peut-être trouvé une solution. L’idée vient de Monaco, elle est soutenue par la France. Il s’agirait d’inscrire le thon rouge sur l’annexe 1 de la CITES, qui liste les espèces menacées par la Convention de Washington, pour en suspendre le négoce. Sans interdire les prises destinées à la consommation locale. L’idée est de stopper un commerce international qui fait flamber les prix, moteur de la surpêche. Réponse en mars prochain à Doha, au Qatar, où les membres de la Convention de Washington doivent examiner cette proposition. Pendant ce temps, à Tsujiki, quelques thons de deux cents kilos et plus ont explosé les records. Début janvier, une pièce s’est vendue 16,3 millions de yens, plus de 130.000 Euros.(5) De quoi doper le prix du sushi et stimuler les intérêts japonais.

M.J

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Pour fouiller un dossier, assez compliqué, un document de l’Ifremer : «  Zoom sur “le thon rouge, une espèce sur-exploitée ; » 21 aoùt 2006.

http://www.ifremer.fr/com/dossier-presse/21-08-06-zoom-thonrouge.pdf

(1) Japan Travelogue   Tsukiji Market, NIPPONIA No. 47 December 15, 2008 http://web-japan.org/nipponia/nipponia47/en/travel/travel01.html

(2) « Thon rouge: la Convention européenne favorable à une interdiction du commerce international. » Associated Press, 06-02-2010. http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5i9_vHtka6nQlC026mWkIOjjHLkmg

(3) « Thon rouge »,  Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thon_rouge

(4) “Thon rouge: une nouvelle etude du WWF éclaire sur les raisons du développement de la pêche illégale », WWF, 14 mars 2008.

(5)  « Le Marché de Tsujiki prêt à tout pour ses thons. », Michel Temman, Libération, 05-02-2010 http://www.liberation.fr/terre/0101617568-le-marche-de-tsukiji-pret-a-tout-pour-ses-thons


Publié par marlene le 11 février 2010 dans Actualité,Japon,Pêche.
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