Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’or noir, un mauvais filon pour le delta du Mississipi.

Bonjour,

La nappe de pétrole, qui s’échappe d’un forage off-shore planté dans le Golfe du Mexique, s’approche des marais du delta du Mississipi. Cette marée noire risque de fragiliser l’équilibre de zones humides, déjà malmenées par plus d’un siècle d’exploitation pétrolière.

Les bayous, au cœur du système deltaïque.

La côte de la Louisiane s’ouvre sur un système deltaïque, formé par un manteau de sédiments drainés par le Mississipi et les fleuves associés, le Missouri, l’Arkansas, l’Ohio. Ce delta, qui a récupéré des matériaux en provenance de tout le pays, s’est déplacé plusieurs fois  au cours d’une histoire longue d’au moins un million d’années. C’est un système littoral complexe, la plus vaste zone humide littorale des Etats-Unis, un mélange d’eaux douces et d’eaux salées.  La Louisiane compte environ 6600 km² de zones humides alimentées par les marées, et environ 3560 km² dominées par l’eau douce. (1) Cette diversité produit  des paysages de mangroves, baignées d’eaux salées et d’eaux douces, de lagunes, et de marais. C’est ici que se multiplient les bayous , des marais installés dans les méandres abandonnés du Mississipi, et de ses affluents. Cet écosystème, dominé par les eaux douces, constitué de sédiments meubles, ancré et oxygéné par un système racinaire, abrite des dauphins, des lamantins, des alligators, des hérons, des aigrettes, des écrevisses et des crevettes. Les oiseaux y font escale, les poissons viennent y pondre, les crabes et les crevettes y naissent. Les Bayous, ce sont des milliers de kilomètres de voies navigables qui  s’écoulent très lentement vers la mer à marée basse, et remontent à marée haute. Les Bayous, qui par extension désignent l’ensemble des paysages marécageux du Sud de la Louisiane, s’offrent aujourd’hui à la nappe de pétrole. Sale temps pour les hérons et les oiseaux migrateurs.

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Les stigmates du pétrole.

Il y a trois ans, Robinson Fulweiler, océanographe et spécialiste des milieux côtiers, est en mission dans les paysages deltaïques du Mississipi. Elle remarque : « La présence humaine interrompt la beauté naturelle et l’immensité  du littoral de la Louisiane. Au-delà des marécages et à l’extérieur des bayous, les plate- formes pétrolières semblent partout signaler les oléoducs souterrains. »(1) En 2006, Rodolphe De Koninck, géographe canadien, annonce 44 000 km d’oléoducs déployés à travers l’Etat, sans compter les 5500 km de gazoducs. L’industrie du pétrole, qui fait irruption dans le delta du Mississipi au début du siècle dernier, se développe surtout dans l’immédiat après-guerre. C’est aussi le temps des forages off-shore. Toujours en 2006, le géographe comptabilise 180.000 forages, en terre et en mer, fermés ou actifs. (2)Le pétrole, qui porte la Louisiane, 10% des réserves américaines connues, 3° producteur du pays, et 80.000 emplois en 2007, a laissé des stigmates dans le delta et aux alentours. (3) (2) Les installations pétrolières et les raffineries font désormais partie du paysage. L’extraction des hydrocarbures a contribué à affaisser les sols meubles de la plaine deltaïque. Le pétrole et l’aménagement du fleuve ont encore bouleversé les écosystèmes. La faune et la flore déclinent, les marais s’assèchent. Une dégradation qui nuit à la pêche, l’autre grande industrie de la Louisiane, qui fournit le quart des fruits de mer américains. C’est aussi le plus gros producteur de crevettes et d’huîtres du pays. (2) (3) Bien avant que la nappe d’huile se profile près de ce système côtier, l’eau salée envahissait des milieux plus à l’aise dans l’eau douce, les terres diminuaient, et des zones humides étaient définitivement inondées. .Depuis le début des années 30, on estime que la Louisiane a perdu environ 5000 km² de zones humides. On parle de l’équivalent d’un terrain de tennis qui disparaîtrait toutes les 15 minutes. (1)

Les pêcheurs, au chômage, multiplient les barrières flottantes à l’entrée des marais pour empêcher la nappe de les pénétrer. Ils veulent protéger leur environnement, qui est aussi leur gagne-pain. Dans la presse, certains témoignent de la colère. Mais dans un pays addict au pétrole, dans une région qui en vit, il se dégage aussi un certain fatalisme : « C’est comme les ouragans, (…) nous sommes habitués à ce qu’ils nous touchent, puis nous nettoyons, et la vie continue. » (4)

M.J

(1) United States Geological Survey (USGS) and the Louisiana Department of Fish and Wildlife (LDWF) Louisiana, d’après « The Louisiana Wetlands: An Introduction -Science Tales from the Red Stick. », Robinson Fulweiler, December 2007. http://www.thenakedscientists.com/HTML/articles/article/thelouisianawetlandsanintroduction/

(2) » Le delta du Mississippi : une lutte à finir entre l’homme et la nature » Rodolphe De Koninck, Herodote, N°121 – Menaces sur les deltas, (deuxième trimestre 2006), pp33-36 http://www.herodote.org/spip.php?article223

(3) Gouvernement de Louisiane. http://doa.louisiana.gov/about_economy.htm

(4) “Oil spill’s human impact: Oil and fish define south Louisiana’s working life”, Bill Sasser,  Venice, Louisiana, The Christian Science Monitor, 01-05-2010http://www.csmonitor.com/USA/2010/0501/Oil-spill-s-human-impact-Oil-and-fish-define-south-Louisiana-s-working-life


Publié par marlene le 5 mai 2010 dans Actualité,Préjudice écologique,USA
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Une réaction à “L’or noir, un mauvais filon pour le delta du Mississipi.”

  1. Golfe du Morbihan
    9 juin 2010

    Golfe du Morbihan…

    I found this site in France talking about Wildlife in Brittany: Golfe du Morbihan. Just wanted to share it with all of you……

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