Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Quand la Chine convoite les eaux du Tibet.

Bonjour,

Le Yarlung Zangbo, qui prend sa source dans les montagnes de l’Himalaya, à 5000 mètres d’altitude, est un fleuve majeur partagé par le Tibet – et la Chine -, l’Inde, et le Bengladesh. Il s’appelle Yarlung Tsangpo quand il traverse le Sud-Est du Tibet. Puis il tourne et pénètre en Inde par une vallée très profonde, où il devient le Brahmapoutre, et irrigue la vallée fertile de l’Assam. Au Bengladesh, où il s’appelle Yamuna, il s’achemine vers le Golfe du Bengale, via le delta du Gange Brahmapoutre. Au Tibet, dans l’extrémité orientale de l’Himalaya, le fleuve a creusé l’une des gorges les plus impressionnantes au monde, le canyon du Yarlung Zangbo, en chinois. Avec plus de 500 km de long et une profondeur moyenne de 2200 mètres, il détrône le canyon du Colorado.(1) Ce fleuve, très fréquenté par les touristes et les néo-explorateurs, a été surnommé « L’Everest  des rivières », en raison de sa difficulté d’accès. (2) C’est ici, en territoire tibétain, dans la région du Great Bend, quand le fleuve effectue un brusque méandre avant de pénétrer en territoire indien, dans une gorge où il plonge de 2500 mètres sur environ 200 kilomètres, que la Chine a décidé de construire un giga barrage. Le projet, situé près de la ville de Metog, préparé de longue date, longtemps tenu secret, techniquement difficile à réaliser, doit tirer parti de l’un des meilleurs sites du monde pour son potentiel hydro-électrique. La future centrale, d’une capacité annoncée de 38 gigawatt, soit un peu plus du double de celle du barrage des Trois Gorges, installée dans les paysages accidentés et instables du Tibet, sera raccordée au territoire chinois. Les prouesses techniques déployées pour dompter la géographie himalayenne en disent long sur les besoins en électricité de la Chine. Pour les Tibétains, raccordés il y a peu de temps au  réseau électrique, pour ceux qui le sont, la vallée du Yarlung Tsangpo accompagne leur civilisation. Un peu comme le Nil pour les Egyptiens. Le fleuve a donné son nom à la première dynastie de rois tibétains. La vallée est dotée de nombreux sites sacrés, de lieux de méditation, et de monastères. Le Yarlung Tsangpo est omniprésent dans l’imagerie tibétaine. La région du Great Bend, Pema Koe, qui territorialise le bouddhisme, est un espace sacré pour les Tibétains, et pour les milliers de croyants répartis à travers le monde. La région est aussi un trésor de biodiversité. Difficile d’accès pour les botanistes, on y dénombre cependant quelques 3 700 espèces de plantes. Mais la zone, assise sur l’Himalaya et le plateau tibétain, à la rencontre de deux plaques tectoniques, serait aussi soumise à un risque sismique, argument des opposants, mais jusqu’alors minime. Mais selon un autre spécialiste, le risque se précise si l’on met en parallèle l’immense retenue d’eau du barrage, avec les explosions nucléaires destinées à creuser des tunnels sous l’Himalaya. (2) Plus embêtant encore, le projet risque de priver d’eau des millions de personnes, riveraines du Brahmapoutre en Inde, et de la Yamuna au Bengladesh. Car il est aussi question de détourner l’eau, sur des milliers de kilomètres à travers les plateaux tibétains, pour arroser les régions assoiffées du Nord- Ouest de la Chine, dans les provinces du Xinjiang et du Gansu.(2) Reste que le barrage rendrait l’Inde et le Bengladesh dépendants de la Chine pour l’eau pendant la saison sèche, et pour contenir les inondations pendant la saison des pluies. Sans compter que le barrage retiendrait les sédiments qui valorisent les sols en aval. Dès 2003, l’Inde s’inquiète du projet. En avril dernier, la presse indienne rapporte l’aveu des Chinois. Le projet est bel et bien en route. Dans un contexte où le tracé frontalier qui sépare la Chine et l’Inde sur les hauteurs himalayennes fait l’objet d’une discorde, la question de l’eau pourrait aggraver les tensions entre deux pays. Ils n’ont pas d’accord sur les partages de l’eau. (3). Mais selon le Guardian, l’Inde et la Chine se seraient entendues pour s’informer mutuellement des projets d’aménagement sur le « Tsangpo -Brahmapoutre». (4) Les Chinois, qui se vantent de maîtriser les contraintes techniques du barrage, devraient commencer une construction, déjà bien balisée. Une route qui mène au site, perchée sur les hauteurs, rappelle que techniquement rien n’est impossible. Le Tibet, dont les eaux abondantes irriguent le Sud et le Sud-Est asiatique, serait le nouveau réservoir de la Chine. On parle d’’autres projets, plus modestes, en cours et à venir. (1) En 2005, Li Ling, un ancien officier de l’Armée chinoise de Libération du peuple publie un livre intitulé: « How Tibet’s Water Can Save China ». (1)

M.J

Une video indienne qui prétend apporter des preuves de la construction d’un barrage, côté (tibétain) chinois du Brahmapoutre. En langue indienne, pour l’ambiance…

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(1) “Damming Tibet’s Yarlung Tsangpo-Brahmaputra and other South Asian rivers », The Tibetan Plateau blog,  24-05- 2010 http://tibetanplateau.blogspot.com/2010/05/damming-tibets-yarlung-tsangpo.html

(2)”Tsangpo River Project”, Candle for Tibet, posted by Maryse, 03-01-2009 http://candle4tibet.ning.com/profiles/blogs/tsangpo-river-project

(3) « China admits to Brahmaputra project”, IST,Indrani Bagchi,TNN, The Economic Times, 22-04-2010.

http://economictimes.indiatimes.com/news/politics/nation/China-admits-to-Brahmaputra-project/articleshow/5842624.cms

(4) “Chinese engineers propose world’s biggest hydro-electric project in Tibet”, Jonathan Watts, Asia environment correspondent, The Guardian, 24-05-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/24/chinese-hydroengineers-propose-tibet-dam


Publié par marlene le 31 mai 2010 dans Barrages,Chine,eau,énergie,Préjudice écologique
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