Environnement
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L’homme qui rêvait de blanchir la montagne.

Bonjour,

L’homme qui rêvait de blanchir la montagne s’appelle Eduardo Gold. Ce Péruvien d’une cinquantaine d’années, qui voit son glacier andin reculer d’année en année, va tenter de le reconstituer en le badigeonnant de blanc. L’idée est simple. Recouvrir les hauteurs du Chalon Sombrero, un sommet perché à  4756 mètres, d’une mixture à base de citron, de blanc d’œufs, et d’eau, pour recréer une surface blanche, et augmenter l’albedo.  Quand le soleil est réfléchi sur une surface blanche, ou claire, son énergie est renvoyée dans l’atmosphère, puis dans l’espace, sans réchauffer la surface de la terre. Ainsi, le sommet de Chalon Sombrero, recouvert de blanc, bénéficierait d’un micro- climat, plus froid, qui lui permettrait de recouvrer une partie de ses glaces. Idée loufoque selon les uns, idée géniale selon les autres, mais pourquoi ne pas essayer ?  La Banque Mondiale qui mène l’opération «  Cent idées pour sauver la planète », a retenu, parmi d’autres, le projet de ce glaciologue autodidacte. Et lui a attribué une enveloppe de 200.000 dollars pour éclairer son sommet. (1)

Le Pérou, qui concentre 70% des glaciers de l’espace tropical, est l’un des pays les plus exposés au changement climatique. Un rapport sur ses effets, publié en 2007 par Les Amis de la Terre, documenté par le GIEC (2007), rapporte un recul des glaciers plus alarmant au Pérou que dans les autres pays andins.(2) Au cours des 35 dernières années, ils auraient perdu environ le quart de leur surface. Or ces glaces, qui sont des réservoirs d’eau potable pour les communautés andines et les importantes populations côtières, qui permettent de produire de l’hydro-électricité, et qui irriguent l’agriculture, sont vitales pour le pays.(2) Les habitants de Lipaca, le village que surplombe le Chalon Sombrero, qui dépendent des eaux de son glacier, remarquent son retrait progressif depuis une bonne quinzaine d’années. Et quand moins d’eau signifie moins de pâturages, ils s’inquiètent pour leurs troupeaux, principale activité de la bourgade andine. Pour contrer les effets d’un changement de climat, également observé par des variations de température, quelques villageois, armés de gobelets remplis de cette mixture naturelle utilisée par les Anciens, blanchissent les rochers qui entourent les sommets du Chalon Sombrero pour redonner vigueur à son glacier.

Le problème, c’est qu’il a fallu deux semaines pour couvrir deux hectares. Et qu’il en faudra encore beaucoup pour badigeonner les 70 hectares environnants, à moins d’y employer tout le village. C’est peut-être ici, confinée sur ce petit bout de territoire andin qui lui a donné naissance, que l’idée révèle ses limites. Thomas Condom, glaciologue français impliqué depuis une quinzaine d’année dans l’évolution de ces glaciers tropicaux, interrogé par BBC News, contextualise l’idée d’Eduardo Gold : « L’impact sera nécessairement local, il ne renversera pas ou ne stoppera pas un phénomène observé à l’échelle d’une région entière. Il serait très difficile de reproduire l’expérience à grande échelle dans les Andes. » (1)

L’histoire, en vidéo

M.J

(1) Can painting a mountain restore a glacier?, By Dan Collyns
BBC News, Ayacucho, 17-06-2010.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/world/latin_america/10333304.stm

(2) « Climate Testimonies », Les Amis de la Terre International, Novembre 2007, Pérou, p 24 à 27. http://www.foei.org/fr/publications/pdfs/climate-testimonies/


Publié par marlene le 1 juillet 2010 dans Afrique,Climat,Comprendre,Développement durable,eau,Non classé,Préjudice écologique,Urbanisation
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