Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’eau: des chiffres qui en disent moins long que prévu.

Bonjour,

Stockholm organise la 20° édition de la Semaine mondiale de l’eau jusqu’au 11 septembre. La pollution est au programme de cette conférence annuelle qui examine la situation de l’eau dans le monde. La Stockholm International Water Institute (SIWI), à l’origine de l’évènement, publie sur son site une série de statistiques qui esquisse une cartographie mondiale du partage de la ressource, et des pressions qui pèsent sur elle. Une esquisse qui donne la mesure des efforts à accomplir pour tendre vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD – 2000),  et ceux  du Sommet mondial sur le développement durable (2002). Il s’agissait, à l’horizon 2015, de réduire de moitié la population n’ayant pas accès à l’eau potable et à un réseau sanitaire.

Ressource et pénurie. Sur notre planète, l’eau est surtout salée.  97% de la ressource circule dans les mers et les océans. L’eau fraîche, 3%, est principalement stockée dans les glaces des pôles (70%), ou retenue dans les sols et les nappes aquifères. Ce qui reste, moins de 1%, permet de subvenir à nos besoins, domestiques, agricoles, et industriels. Environ 20% de l’eau totale consommée provient de nappes phréatiques, renouvelables ou non. Et plus les régions sont sèches, plus les nappes souterraines sont sollicitées. Un palmarès des plus gros consommateurs, en volume,  place l’Inde, la Chine, les Etats-Unis en tête, suivis par le Pakistan, le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie, le Bengladesh, le Mexique, et la fédération russe. La « pénurie d’eau » recouvre deux réalités. Une eau en abondance, mais employée inefficacement ou gaspillée. Et une eau rare, déficit de pluies ou population importante et ressource limitée. La crise de l’eau, qui n’est pas forcément liée à la géographie de la ressource, dépend beaucoup de la géopolitique – des rivalités pour l’accès à l’eau-, de la pauvreté, et des inégalités associées.

Eau potable. Chaque jour, nous avons besoin de 20 à 50 litres d’eau, non polluée, pour satisfaire nos besoins immédiats. Correction immédiate, un enfant né dans un pays développé consomme 30 à 50 fois plus d’eau qu’un autre enfant qui grandit dans un espace pauvre. 87% de la population mondiale, près de 6 milliards de personnes, consomme de l’eau potable en provenance d’une source. Dont 54% dispose d’une arrivée d’eau dans leur logement. Et 33% qui utilise les fontaines publiques, les puits, ou les collectes d’eau de pluie. Restent 884 millions de personnes, dont la moitié vit sur le continent asiatique, qui consomment de l’eau non contrôlée, puisée dans les étangs, les rivières, les canaux d’irrigation, ou les puits non protégés. L’accès à l’eau potable, véritable défi pour une population urbaine appelée à exploser vers le milieu du siècle, enregistre quelques progrès. En Afrique. La Tanzanie, qui couvrait 38% de ses besoins en 1990, parvient à 73% en 2002. Pour la même période, la Namibie est passée de 58% à 80%. Et à la question, « qui va chercher l’eau potable à une source éloignée du domicile » ? Les femmes, deux fois plus nombreuses que les hommes.

Eau et santé. Environ 2,5 milliards de personnes vivent sans structure sanitaire. Avec des ruraux plus mal lotis que les urbains. Et une fracture Nord-Sud évidente. Moitié moins d’équipements sanitaires dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Près de deux millions de personnes, essentiellement des enfants de moins de 5 ans, meurent de maladies diarrhéiques chaque année. Sur le papier, un accès à l’eau potable, des structures sanitaires, et une éducation à la propreté, pourraient faire chuter le nombre de ces morts prématurées. Une réduction de la morbidité estimée entre 20 et 45%. En réalité, les progrès sont lents. D’ici à 2015, la population d’exclus des équipements sanitaires pourrait glisser vers les 2,4 milliards de personnes.

Eau et pauvreté. Environ deux personnes sur trois sans accès à l’eau potable survivent avec moins de 2 dollars par jour. Moins d’un dollar pour la troisième. Plus de 600 millions de personnes privées d’évacuations sanitaires disposent de moins de 2 dollars par jour. Plus de 385 millions n’arrivent pas au dollar journalier. Difficile pour ces ménages d’investir dans l’aménagement domestique, dans l’hypothèse où les réseaux sont en place. Au niveau des Etats, les chiffres montrent que l’investissement dans la distribution d’eau potable et la multiplication de réseaux sanitaires éviteraient de plus grosses dépenses liées à la pollution de l’eau, aux maladies, et aux morts prématurées. Cette mortalité coûterait au continent africain l’équivalent de 5% de son PIB. Au chapitre « eau et corruption », le prix d’un raccordement domestique au réseau d’eau serait majoré d’environ 30%.

Eau et agriculture. Grande consommatrice d’eau,  l’agriculture avale 70% des réserves disponibles. Dont une bonne partie est absorbée par l’irrigation, environ 20% des surfaces mondiales cultivées. Soit 40% de la production vivrière totale. Le développement de l’élevage, et le besoin d’aliments qui l’accompagne, accroît la pression sur la ressource. En d’autres termes, la production de viande demande 8 à 10 fois plus d’eau que la production de céréales. Pour le dire autrement, 1 kg de viande nécessite autant d’eau que la consommation moyenne d’une famille riche – 50 litres d’eau par jour et par personne – pendant 10 mois. Pour nourrir tout le monde en 2050, les malnutris et les trois milliards de personnes à naître, il faudrait 50% d’eau en plus. A moins de réduire le gaspillage, moins de récoltes gâchées, moins de transports, et moins d’aliments jetés à la poubelle. Sans oublier une irrigation plus efficace, arroser moins pour produire plus. Une irrigation moins généreuse, aussi, pour les cultures destinées aux carburants alternatifs.

Eau et climat. Pendant la dernière décennie du siècle passé, plus de deux milliards de personnes ont été affectées par les désastres naturels, inondations et sécheresses, surtout. Des sécheresses meurtrières, qui exacerbent la malnutrition et la famine. Et qui rendent l’accès à l’eau encore plus difficile. Des inondations qui corrompent les installations sanitaires, et font le lit des épidémies. L’amplification des inondations pourrait produire 330 millions de réfugiés climatiques. Une errance qui retarderait encore les objectifs des années 2000 et 2002.

M.J.

En lien, une carte inter-active (FAO), « L’eau et les pauvres en milieu rural », irrigation, pauvreté, cultures, et interventions pour réduire la pauvreté sur le continent africain. …


Publié par marlene le 10 septembre 2010 dans Actualité,Développement durable,eau
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2 réactions à “L’eau: des chiffres qui en disent moins long que prévu.”

  1. mian
    11 septembre 2010

    Article très instructif. Elle va en droite ligne du thème de la deuxième journée nationale didactique organisée par le Laboratoire de Recherche en Didactique (LAREDI) de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) d’Abidjan. Le thème centrale de cette journée est la problématique de la gestion de l’eau comme objet d’enseignant. Cet évènement de hautre portée scientifique se déroulera du 13 au 16 Octobre à l’ENS d’Abidjan et devrait réunir plus d’une cinquantaire de communications.

  2. marlene
    11 septembre 2010

    Dommage. J’aurais aimé être à Abidjan pour écouter les débats. Je vous souhaite de belles discussions….Cordialement.

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