Environnement
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Mayange, laboratoire de développement du Millénaire.

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Bonjour,

A Mayange, au Rwanda, des femmes tressent des paniers pour les vendre. Elles travaillent de leurs mains, se familiarisent avec le business pour gagner un peu d’argent, et échapper à leur condition. C’est l’un des projets porté par le Millenium Village Initiative, un partenariat imaginé par le Earth Institute – et l’économiste Jeffrey Sachs -, le PNUD (Programme des Nation Unies pour le Développement),et le Millenium Promise. Le Millenium Village Initiative vise à aider un certain nombre de communautés, en Afrique sub-saharienne, à éradiquer la grande pauvreté. Et tendre vers les Objectifs du Millénaire.

Sécurité alimentaire.

En 2006, quand Mayange est sélectionné pour expérimenter le programme « Millenium villages »,  le contexte alimentaire est tendu. La région, située dans le « Pays des mille collines », à une quarantaine de kilomètres au Sud de Kigali , est habituée aux sécheresses qui rendent les sols peu productifs. Celle de 2005, consécutive à une mauvaise récolte l’année précédente, fait craindre une famine. Le projet, initié à Kagange, une commune de la circonscription de Mayange, s’étend bientôt à l’ensemble de cette communauté de 20.000 habitants. Comme le reste du Rwanda, Mayange se relève du génocide de 1994. Ici aussi, après la guerre civile, il est question de réconciliation nationale. Et comme ailleurs dans le pays, tous les indicateurs de développement sont dans le rouge. La pauvreté règne, la nourriture manque. L’UNICEF et le World Food Program – Programme alimentaire mondial ou PAM  en français, – se préparent à une intervention urgente pour sauver des mères et des enfants dénutris. Le dispensaire, privé de personnel, de médicaments, et d’équipement, sans eau courante, sans électricité, ne remplit plus sa fonction. La population connaît pourtant l’un des taux de prévalence du SIDA les plus élevés du pays, 13%. Un enfant sur cinq  meurt avant d’avoir eu 5 ans. Les classes sont  surchargées, jusqu’à 80 élèves. Faute de moyens, peu d’enfants entament un cycle secondaire. En 2006, le Millenium Village Initiative, qui souhaite adoucir la couleur du tableau,  mise d’abord sur la sécurité alimentaire, problème N°1.

Exportation de manioc à bicyclette.

Le paquet est mis dès la première année. Les fermiers s’attaquent à l’érosion des sols,  collectent l’eau de pluie, multiplient les engrais et les semences plus résistantes à la sécheresse. La surface cultivée triple. La communauté stocke désormais des céréales, pour affronter d’éventuelles pénuries. En 2007, une saison des pluies plus longue que d’habitude, et une maladie installée dans les plants de maïs, rappellent un équilibre alimentaire précaire. La communauté, qui s’installe dans l’autosuffisance, commence à développer des activités agricoles à plus forte valeur ajoutée. Elle plante des arbres fruitiers, avocats, mangues, et grenades. Elle se lance dans la culture de patates douces et de haricots, destinés au marché local. Fin 2008, une sécheresse touche le nord du Burundi, à une quinzaine de kilomètres au Sud de Mayange, à deux heures de vélo seulement. Le World Food Program craint une famine. A Mayange, la récolte de Manioc est exceptionnelle. Une partie est exportée au Burundi, par bicyclette. En Juin-juillet, 2009, on estime qu’une centaine d’intermédiaires, grimpés sur des vélos chargés de manioc, effectuent le voyage deux fois par semaine. Ce petit commerce frontalier, pas toujours légal, qui dure quelques mois, rapporte des bénéfices à la communauté. Et aux cyclistes : « Avec l’argent qu’ils ont tiré de ce commerce, les gens peuvent payer les droits d’inscription de l’école et les dépenses de santé, ou en profiter pour améliorer leur maison, et leur menu. », commente le Président de la coopérative de manioc, Twitezimbere Kagenge ‘Kotka’. Le manioc, qui pousse facilement, vendu frais ou en farine, est plein de promesses. Pour lancer la culture, le Millenium Villages Project a investi 70.000 US $ dans les plantations. Une somme que la coopérative devrait  rembourser au Fonds de Développement de la communauté de Mayence au bout de six ans. (1) C’est la règle du jeu.

Un développement accompagné jusqu’en 2015.

Le modèle de développement impulsé par le Millenium Village Initiative suppose, qu’avec un investissement modeste, les communautés puissent régler la question alimentaire, pour développer des activités rentables, et diversifiées. Il s’agit d’améliorer le niveau de vie des ménages, et de stimuler l’économie locale. A terme, la communauté doit assumer seule un développement stable, jusqu’alors financé par d’autres. Actuellement, un villageois coûte 110 US dollar par an. Le Millenium Village en donne 50 ; le gouvernement – national et local – en lâche 30 ; les donateurs et ONG impliqués dans les projets locaux, 20. Le reste, 10 $, vient des villageois. Actuellement 80 communautés, disséminées dans une dizaine de pays africains, bénéficient de cet accompagnement financier et technique pour se rapprocher des Objectifs du Millénaire(2) Au terme de cette première phase, 2006-2010, Mayange, en principe débarrassée de la faim, fait progresser quelques indicateurs de développement. Le dispensaire, doté d’un nouvel équipement, compte aujourd’hui 18 infirmières spécialisées. Contre 3 auparavant. Les femmes accouchent au dispensaire, et peuvent y rester quelques jours. Depuis 2005, la mortalité infantile aurait chuté de 30%. Celle des mères de 25%, baisse amorcée avant 2005.(3) La prévalence du paludisme s’est effondrée. Construction et rénovation de classes, formation de professeurs, accès à l’eau et à l’électricité, l’éducation, épaulée par l’UNICEF, se met en ordre de marche. Seulement 35 élèves par classe prévus. Plus de 25 coopératives, dont l’une fonctionne en autonomie, animent une économie qui va de l’élevage du poulet, en passant par les savons, et les fameux paniers. A l’issue du contrat, en 2015, Mayange, comme les autre communautés encadrées par le Millenium Village Initiative, devra continuer, seule, le chemin du Millénaire.

Betty Mukamugenzi, dirige une coopérative de paniers. Citée par la presse africaine, elle admet que maintenant, elle peut employer du personnel pour travailler dans sa ferme. Pendant que ses employées peuvent payer les droits de scolarité de leurs enfants. Actuellement, 90% de profits générés par la coopérative, reviennent aux femmes qui tressent les paniers. Quand 10% sont réinvestis dans la coopérative. Le petit problème, c’est l’abondance de paniers, qui ne trouvent pas toujours preneur. (4) Mais, leçon de développement à l’occidentale, ils sont en vente sur Facebook.

M.J

Carte interactive des projets développés à Mayange.

Voir aussi Rwanda / UNDP

(1) « Rwanda’s Millennium Village exports cassava to Burundi. » http://blogs.millenniumpromise.org/index.php/2009/09/30/rwandas-millennium-village-exports-cassava-to-burundi/

(2) Millenium Villages initiative http://www.unmillenniumproject.org/mv/index.htm

(3) «Comment préserver la vie des mères et des enfants », Stephanie Urdang, Afrique Renouveau, Vol. 23#4 (Janvier 2009), http://www.un.org/ecosocdev/geninfo/afrec/french/vol23no4/meres-et-enfants.html

(4) “Rwanda: Millennium Village Brings Prosperity And Unity”, Yolande Cole, Focus Media, Kigali, 28-08-2009 – http://allafrica.com/stories/200908280428.html


Publié par marlene le 24 septembre 2010 dans Actualité,Developpement,Objectifs du Millénaire.
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