Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Désertification: les ressources du Sahel.

Bonjour,

« Il n’y a plus de brousse, il n’y a plus de bêtes sauvages, les gens sont devenus nombreux, les pluies ont diminué, la terre est fatiguée ». Constat d’un paysan sahélien. (1) La désertification des terres, thème mondial de la décennie 2010-2020, met en relation « aridité » et « pauvreté ». « Le Million d’oubliés », une publication des Nations Unies, et de l’UNCCD, l’organisme qui combat la désertification, souligne que dans certaines régions le bien être des populations, l’alphabétisation des femmes et la survie des enfants, décline quand l’aridité augmente. Au Ghana, qui a  divisé par deux la grande pauvreté et la faim, très en avance sur le calendrier des Objectifs du Millénaire, des poches de misère résistent dans les régions les plus arides du pays. Mais ces paysages privés d’arbres, aux sols enfouis sous une épaisse croûte stérile, qui n’ont rien à offrir, ni aux gens, ni au bétail, sont aussi un cliché. Une étude sur le Sahel, synthèse de plusieurs projets de restauration de terres dégradées dans quatre pays, Niger, Burkina Faso, Mali, et Sénégal, révèle des paysages reverdis après plusieurs années d’efforts,  un peu de savoir-faire, et quelques moyens. (1) La désertification n’est pas toujours irréversible. On ne le dit pas assez.

Zaï, cordon pierreux, et demi-lune.

Le Sahel, vaste frange située au Sud du Sahara,  traverse l’Afrique d’Ouest en Est, du sud de la Mauritanie au sud du Soudan. Les sécheresses successives des décennies 70 et 80, combinées à une démographie galopante –  la population double tous les vingt ans en moyenne -, ont épuisé les sols. C’est pourtant dans ce contexte désolé que l’action conjuguée des gouvernements, des bailleurs de fonds, des ONG, sans oublier l’implication des agriculteurs, a contribué à reconstituer quelques oasis productifs. Au Niger, entre 1985 et 2005, plus de 250.000 hectares de terres auraient été réhabilitées. Sur le Plateau central du Burina Faso, l’étude estime que 300.000 hectares de terres ont retrouvé leur fonction nourricière. Au Sénégal, dans une région épuisée par une longue tradition de culture d’arachides, plus de 200 hectares ont été restaurés. A l’échelle d’un village. La stratégie globale de ces projets, réhabilitation de terres dégradées, optimisation de la ressource en eau, recharge des nappes phréatiques, vise à augmenter le potentiel agricole d’une population qui continue de gonfler. Des techniques, simples à développer avec quelques moyens et un suivi, répondent à chaque contexte. Au Mali et au Burkina-Faso, on a privilégié la culture Zaï. Dans un trou, au diamètre et à profondeur variables, on ajoute du compost que l’on recouvre d’une fine couche de terre après les pluies, avant d’y placer la graine. Cette pratique, qui collecte les eaux de pluies et de ruissellement, qui protège la plante des intempéries, augmente les rendements, et réactive les propriétés du sol. Les cordons pierreux, de petits murets d’une vingtaine de centimètres de haut qui longent les sillons et accompagnent les pentes du terrain, permettent de retenir l’eau. La demi-lune, autre élément de ce dispositif, dessine un demi cercle, dont le creux récupère l’eau captée par les bras de l’ouvrage. Ces techniques, et quelques autres, sont les outils de ce que Inter-réseaux Développement rural, un organisme attentif à ces réalisations, appelle : « Une révolution silencieuse de l’agriculture du Sahel ».

Multiplication d’arbres au Niger.

Au Niger, la restauration des terres dégradées et une meilleure pratique agricole ont fait grimper les rendements, avec des résultats variables selon les régions. Dans la zone de Keita, la récolte de céréales a augmenté de 20%. Les paysans rapportent que les techniques du Zaï et de la demi-lune ont permis de produire jusqu’à 4 fois plus de mil. Au Burkina Faso, la collecte des eaux a permis des rendements de 30% à 100% supérieurs, selon les techniques utilisées. Depuis les années 80, la mise en valeur des terres a favorisé les cultures maraîchères, destinées aux marchés urbains. Au Niger et  au Burkina Faso surtout, grâce à une meilleure maîtrise de l’eau. Mais aussi au Sénégal, en fixant les dunes côtières des Niayes, la région qui va de Dakar à Saint Louis, afin de protéger les cuvettes maraîchères qui représentent 80% de la production du pays. Malgré une déforestation dominante à l’échelle régionale, des espaces de reboisement sont apparus. Au Mali, où les agriculteurs ont commencé à protéger la régénération spontanée de leurs arbres, après 1994, et l’application d’une nouvelle législation. Reconnus propriétaires des arbres plantés dans leurs champs, ils en ont interdit l’accès aux bûcherons. Au Niger et au Mali, il a d’ailleurs été constaté qu’il était, à la fois, moins cher et plus efficace, d’inciter à la régénération des arbres, plutôt que d’en planter. Ce qui n’est pas forcément vrai ailleurs. Mais, enseignement de cette étude, les agriculteurs entretiennent mieux leurs arbres, quand ils en ont la responsabilité. En attendant la Grande Muraille verte , ce mur végétal qui doit relier Dakar à Djibouti pour faire barrière au désert, vaste chantier continental, chaque projet de reboisement compte. L’une des grandes réussites de la région, le développement spectaculaire des systèmes agro -forestiers du Niger. Dans certaines zones, entre 1975 et 2005, il y a quinze à vingt fois plus d’arbres. Plus de cinq millions d’hectares sont passés au vert. L’étude salue ce renouveau: « Il s’agit de la plus grande transformation de l’environnement au Sahel, sinon en Afrique.»

Ces initiatives, fragments d’un paysage exposé au changement climatique, visent à stimuler l’agriculture locale, et lutter contre la pauvreté. Il s’agit aussi de développer les villages pour freiner l’exode des jeunes vers des grandes villes, déjà saturées. Dans les zones densément peuplées, la croissance démographique, qui induit une saturation foncière, impose une limite à ces projets. Reste un arsenal de techniques, héritées des grandes sécheresses, qui permettent de s’adapter à des pluies capricieuses, des vents de poussières malvenus, ou des températures plus élevées. « Dans les débats autour de la question de l’adaptation aux changements climatiques au Sahel, il est important de ne pas réinventer la roue et de bâtir sur ces acquis. », avertissent les rédacteurs de cette étude sur le Sahel. (1)

M.J

Comabattre la désertification au Mali

Image de prévisualisation YouTube

Pour fouiller le dossier:

(1) « La transformation silencieuse de l’environnement et des systèmes de production au Sahel. Impact des investissements publics et privés dans la gestion des ressources naturelles. », Edwige Botoni, Chris Reij, mai 2009. Etude soutenue par le Centre For International Cooperation (CIS), Vrije Universiteit Amsterdam, et le Comité Permanent Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le  Sahel.

http://www.agrhymet.ne/PDF/etude%20sahel.pdf


Publié par marlene le 30 septembre 2010 dans Afrique,Agriculture.,Désertification.
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.