Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC – pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié par marlene le 23 octobre 2010 dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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