Environnement
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Nicaragua: électricité, climat, et développement.

Bonjour,

Energie, gaz à effet de serre, et pauvreté, une relation fouillée par deux chercheurs américains. Ils ont mené enquête au Nicaragua , l’un des pays les plus démunis d’Amérique Centrale, pour montrer que l’accès contrôlé à l’énergie ne fait pas grimper la consommation. Ni la production de CO². Ce travail bouscule aussi l’imaginaire occidental qui appréhende que les pays du Sud se développent sur le modèle chinois, à la fois énergivore et acteur du réchauffement climatique.

Gaspillage.

L’histoire se passe à Orinoco et Marshall Point, deux villages ruraux de la Mosquito Coast qui comptent 172 foyers, 6 Eglises, deux hôpitaux, deux écoles, un atelier de charpentier, tous reliés au groupe électrogène alimenté au fuel, pour recevoir l’électricité. Une solution énergétique assez répandue dans le monde en développement, polluante, coûteuse, et d’une fiabilité relative. Nos deux chercheurs de l’Université de Berkeley, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen, respectivement étudiant et professeur, commencent à suivre cette communauté qui modernise son accès à l’éléctricité en 2009.  Sur le terrain, le Ministère de l’Energie et des Mines, et l’ONG « BlueEnergy »,  accompagnent cette mutation qui s’effectue en deux temps. Dans un premier temps, il s’agit d’installer un compteur électrique dans chaque foyer pour mesurer la consommation réelle. Jusqu’alors, la facture d’électricité résulte du nombre d’appareils electro- ménagers déclarés dans chaque maison. Rapidement, la consommation d’électricité baisse de 28%. Les chercheurs notent que cette économie d’énergie intervient surtout pendant la journée. Ce qui suggère que les habitants ont l’habitude de laisser la télé allumée, et qu’ils oublient  d’éteindre une lampe qui ne sert à rien. Second temps de cette modernisation électrique, des lampes basse consommation sont distribuées, deux par ménage, pour remplacer les ampoules classiques. Des représentants de l’agence énergétique gouvernementale et de l’ONG « BlueEnegy » font le tour des maisons pour expliquer que ce type de lampe consomme 25% de l’électricité d’une ampoule à incandescence, à intensité lumineuse équivalente, et qu’elle dure plus longtemps. Au passage, petit cours de recyclage, rapporter les ampoules usagées, qui contiennent du mercure. Ce changement d’éclairage permet de réduire de 17%, en moyenne, la consommation d’énergie par foyer. Quelques semaines plus tard, les habitants d’Orinoco et de Marshall Point voient leur note d’électricité baisser de 37%. C’est beaucoup. Dans l’espace en développement, l’énergie absorbe environ 30% du revenu des ménages. (1) (2)

Pauvreté et Co².

Toujours en observation, nos deux chercheurs calculent une économie de fuel conséquente, assortie d’un gain carbone. Moins sollicité, le groupe électrogène a moins fonctionné. Grâce au MAC ( Marginal Abatement Cost) , un outil qui pointe les options pour optimiser les dépenses énergétiques, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen développent une stratégie adaptée au contexte, en tirant parti du moindre dollar. Le Nicaragua, peuplé et pauvre, tire son électricité du pétrole quand le pays dispose d’un potentiel pour développer les solutions renouvelables. Les chercheurs proposent de réduire la capacité du groupe électrogène, encore moins de gasoil, moins de CO². Et de remplacer une partie du fuel nécessaire par du biogaz, production locale, issue des matières fécales animales ou des résidus de l’agriculture. Une éolienne de 10 Kilowatt  permettrait d’alléger la production d’électricité, et le bilan CO². Une petite station photovoltaïque de 10 Kilowatt pourrait encore  soulager le dispositif énergétique d’Orinoco et de Marshall Point. Cette dernière solution, plus coûteuse, deviendrait rentable dans la perspective d’un pétrole plus cher dans les années à venir. Cette stratégie énergétique, qui conjugue efficacité et renouvelable, réussit le pari d’un accès fiable à une électricité moins chère, assorti d’une réduction de CO². (1)(2) « Cela montre que vous pouvez atteindre les objectifs du développement pour vaincre la pauvreté, et atteindre les objectifs climatiques pour tout le monde. », commente Daniel Kammen. (2)

« Energy-Poverty »

Un rapport intitulé « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ? ”(3), articule énergie et pauvreté, objectif principal du Millénaire qui vise à réduire de moitié le nombre de pauvres. Dans le monde, 1,4 milliards de personnes n’a pas accès à d’électricité. Trois milliards cuisinent avec des sources d’énergie, bois, charbon de bois, qui épuisent les ressources, et libèrent des particules toxiques. Or,  selon le rapport, si tout le monde avait accès à une source d’énergie fiable et propre, horizon 2030, la production d’électricité mondiale n’augmenterait que de 2,9%, la demande en pétrole de 1%, et les émissions de carbone de 0,8%.

M.J.

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(1) « Investments in rural energy efficiency, renewable energy reduce poverty, greenhouse gas emissions”, Robert Sanders, Media Relations, UC Berkeley News, 25-11-2010 http://berkeley.edu/news/media/releases/2010/11/25_nicaragua.shtml

(2) “Fighting Poverty Can Save Energy, Nicaragua Project Shows”, Marianne Lavelle, National Geographic News; 25-11-2010, http://news.nationalgeographic.com/news/energy/2010/11/101125-poverty-energy-efficiency-nicaragua/

(3) « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ?”,  publication conjointe,  International Energy Agency (IEA), United Nations Development Programme (UNDP), United Nations Industrial Development Organization (UNIDO) http://www.undp.org/energy/


Publié par marlene le 2 décembre 2010 dans Développement durable,énergie,Objectifs du Millénaire.
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