Environnement
Un blog sur la géo-environnement

WorldWatch Institute: une agriculture formule « locale ».

Bonjour,

Pour adoucir la faim dans le monde et freiner les effets du réchauffement climatique, problème global, il faut penser local. C’est la proposition du WorldWatch Institute, un centre de recherche basé à Washington qui articule environnement et économie. Dans son rapport annuel, « State of the World 2011 – Innovations that Nourish the Planet », l’organisation propose quelques pistes pour une nouvelle agriculture mondiale. (1) Elle invite à bousculer la relation « production-consommation », à miser sur l’école pour nourrir les enfants et éduquer de futurs agriculteurs, et incite à éviter le gaspillage. Quelques formules simples testées dans plus d’une vingtaine de pays africains, où l’agriculture est la clé du développement.

Repenser la production. Au lieu de vouloir produire plus de nourriture pour répondre à une démographie en hausse – plus de 2 milliards de personnes supplémentaires dans moins de 40 ans -, le rapport propose l’autosuffisance alimentaire. Il s’agit de revoir la relation « consommation-production », formulée à grande échelle, pour privilégier une petite agriculture locale. Sans négliger l’élevage domestique. Cette proposition, qui remet en cause les grands programmes de lutte contre la faim, mise sur une agriculture de qualité, condition d’une meilleure santé pour les consommateurs, et réputée plus douce pour l’environnement. Près d’un demi-siècle après la Révolution Verte, et 900 millions de personnes dans une situation de malnutrition, le texte invite les gouvernements, les décideurs internationaux, et les fondations à revoir leur façon d’accompagner le développement agricole. Il les incite à miser sur la qualité, plutôt que la quantité. L’école est au cœur de cette stratégie écrite pour le terrain. L’école, qui  fournit des repas aux enfants, permet de remplir les ventres au moins une fois par jour. L’école, qui éduque, enseigne la nutrition et initie à l’agriculture locale, en attendant de s’exercer dans les champs. Cette école, où l’on apprend à mieux manger en valorisant les produits locaux, a fait ses preuves dans nombre de pays africains. L’initiative « de la ferme à la cantine » marche aussi aux Etats-Unis, et en Europe. Dans un monde développé où 40% de la nourriture produite n’arrive jamais dans l’assiette, le rapport lance une chasse au gaspillage. L’avantage est clair, économiser des efforts, de l’argent, et des aliments. Et si l’on décline la leçon, il s’agit aussi d’économiser l’argent de l’aide au développement pour lui donner une chance d’atteindre sa cible, l’agriculteur africain. (1) (2)

Ce rapport s’appuie sur un travail de terrain , qui décline les solutions en fonction des contextes. Exemples. En Gambie, environ 6000 femmes sont impliquées dans la récolte d’huîtres, source de protéines bon marché. Cette activité associative, incitée par le gouvernement,  ménage la ressource et l’environnement après trente années d’une  sur- exploitation qui a laissé des traces. Source de revenus pour les femmes, l’activité cherche des financements pour se développer. A Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, capitale du Kenya, plus d’un millier de femmes entretient des « jardins verticaux », improvisés dans des sacs gonflés de terre. Cette solution,  source de nourriture pour la famille et pour la communauté, facile à mettre en place, à entretenir, est une réponse locale au défi alimentaire urbain. Un tiers des Africains vivent actuellement en ville, proportion qui devrait doubler en 2050. En Afrique du Sud et au Kenya, les éleveurs préservent un bétail local qui supporte chaleur et sécheresse, deux atouts pour supporter un climat plus extrême. En Ouganda, un programme scolaire développe la culture de légumes locaux, informe sur leurs qualités nutritionnelles, et enseigne aux enfants la façon de les cuisiner. Conserver les traditions culinaires tout en formant de futurs agriculteurs à l’autosuffisance. Sur le continent africain, où l’agriculture se compte en millions de bras, plus de 700 millions d’agriculteurs dont 15 à 25 millions d’éleveurs qui travaillent dans des contextes géo- climatiques différents, difficile de proposer une formule unique. Le rapport propose une méthodologie souple, entre agriculture traditionnelle et agriculture bio, avec des innovations techniques, des plants plus résistants au climat qui évolue, ou une irrigation plus économe en eau. Le rapport du Worldwatch Institute est une boîte à outils, destinée aux décideurs. (1) (2)

Ce rapport tomberait dans un contexte favorable, signalé par des initiatives pour combattre la pauvreté et la faim dans le monde,  le « Obama administration’s Feed the Future program” ,  le “Global Agriculture and Food Security Program” (GAFSP), le “United Nations World Food Programme” (WFP), la FAO, ou le “Comprehensive Africa Agriculture Development Programme » (CAADP). Mais cette vision de l’agriculture tombe aussi dans un contexte de crise financière. D’ailleurs, depuis les années 80 où l’agriculture absorbe plus de 16% de l’aide au développement, cette part n’a cessé de diminuer. Elle se traîne aujourd’hui autour des 4-5%.

M.J

Nourishing the planet in South Africa:

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(1) Worldwatch Institute’s State of the World 2011 Shows Agricultural Innovation Is Key to Reducing Poverty, Stabilizing Climate, by admin 12-01- 2011 –Résumé – http://www.worldwatch.org/sow11/press-release

“Nourishing the Planet” – Evaluating Environmentally Sustainable Solutions to Reduce Global Hunger and Rural Poverty, http://www.worldwatch.org/nourishingtheplanet

(2) “World hunger best cured by small-scale agriculture: report”, Nidhi Prakash, Guardian Co Uk, 13-01-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jan/13/world-hunger-small-scale-agriculture

Et plus sur: Nourishing the Planet Blog: http://blogs.worldwatch.org/nourishingtheplanet/


Publié par marlene le 18 janvier 2011 dans Actualité,Afrique,crise alimentaire
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