Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Climat et migrations, une relation plutôt locale.

Bonjour,

Réchauffement climatique et migrations internationales de masse, une étude vient adoucir cette perspective. Il y aura bien des mouvements migratoires, mais plutôt à l’intérieur des frontières, et de courte durée. Ce document, publié par l’International Institute for Environment and Development (IIEP) le 2 février dernier, synthétise les résultats d’une enquête menée dans trois pays en développement, Bolivie, Sénégal, et Tanzanie. (1) « Les gens affectés par des dégradations environnementales passent rarement les frontières”, commente Dr Cecilia Tacoli, à l’origine de l’étude, “Au lieu de cela, ils partent temporairement vers d’autres zones rurales ou vers de petites villes ». (1) En clair, les migrants développent des stratégies pour fuir une pauvreté, aggravée par la désertification, la dégradation des sols, et les sécheresses. Ils partent ailleurs gagner leur vie, pour être moins vulnérable aux conséquences du changement climatique. L’enquête incite les gouvernements à faciliter ces stratégies migratoires au lieu de les brimer, car elles apportent une réponse aux dégradations environnementales. Quelques recommandations sont adressées aux dirigeants des pays exposés. Ils devraient protéger la région d’origine des migrants, avec une attention particulière pour le droit à la terre. On leur demande d’assister les candidats au départ, de veiller à ce qu’ils soient bien représentés dans l’espace d’accueil, que leurs droits soient respectés. Enfin, il s’agit d’éviter le cercle vicieux qui veut que la migration soit la conséquence du réchauffement climatique, alors qu’elle devrait résulter de la politique qui gère le changement climatique. Et bonne nouvelle pour le pays d’origine, l’étude relève que dans le cas d’une émigration internationale, le migrant investit souvent dans son pays, créant les conditions d’un développement économique local. Qui, à son tour, attirera d’autres désoeuvrés. La migration reste une réponse à la crise climatique. « Les migrations internes, relativement communes, et les migrations internationales, plus rares, se combinent pour aider les gens affectés par le réchauffement climatique. » « La migration fait partie de la solution, et non du problème comme beaucoup de gens le croient. » (1)

Cette étude fait écho à une recherche publiée dans Nature, en juin dernier. La plupart des migrations liées aux changements climatiques, s’effectueront à une échelle locale, plutôt qu’internationale. (2) Balayé aussi le mythe d’une humanité déshéritée, chassée par des extrêmes climatiques, qui irait frapper au portes des pays développés, en Amérique du Nord ou en Europe. Selon Koko Warner, l’un des auteurs de ce travail, spécialiste des migrations et du changement climatique : «Nous avons mis en évidence que les gens dont les régions d’origine sont plus sensibles à l’environnement sont aussi ceux qui peuvent ne pas avoir les moyens de partir très loin. » (2) Si les gens partent temporairement pour échapper à un désastre naturel, une inondation dans le delta du Gange au Bengladesh par exemple, une migration plus longue répond à une destruction totale de l’environnement d’origine. Exemple au Niger, où la sécheresse et la dégradation des sols, entraînent les fermiers de village en village. Mais, « Partir pour revenir » reste une tendance forte. Des Mexicains, chassés par les mauvaises récoltes vers les Etats-Unis et le Canada, rentrent à la fin de travaux saisonniers. Si l’étude reconnaît que le climat agit comme un facteur expulsif, tendance qui devrait se confirmer au fil des dégradations, il n’est pas le seul en cause. La pauvreté et la guerre continue d’alimenter l’émigration en provenance des pays les plus pauvres. L’environnement constitue une raison de plus de partir. Mais ci encore, on plaide pour plus de solidarité. Aux décideurs d’inventer des politiques qui intègrent la migration, quand elle est la meilleure, ou la seule solution.

Alors, balayés les millions de migrants annoncés par le UNCHR – Le Haut Commissariat aux Réfugiés – ? En 2008, le Haut Commissariat tablait sur  50 millions à 1 milliard de déplacés au cours des 50 prochaines années, conséquence du réchauffement climatique. Soit une moyenne  annuelle de 6 millions personnes en quête de meilleures conditions d’existence. En 2008, le UNCHR estimait que 36 millions de personnes avaient été chassés de leur région d’origine par les catastrophes naturelles. Dont plus de 20 millions par les conséquences directes de la crise climatique.(3) Si l’on est à peu près sûr que la fonte des glaciers de l’Himalaya, privant d’eau les populations asiatiques, que la désertification croissante des terres, que l’exposition des deltas et des petites îles à des mers plus hautes, provoqueront des départs, difficile de chiffrer cette humanité en mouvement. Pour Koko Warner :  « Il n’y a pas de méthode scientifique reconnue pour aborder les chiffres. » Il ajoute : «  Nous n’avons pas non plus une définition commune pour les migrants environnementaux. Et c’est difficile de mesurer quelque chose que vous ne pouvez pas définir. » (2)

M.J

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(1) “Climate change: governments should support migration, not fear it”, submitted by Mike, Wed, 02-02-2011. International Institute for Environment and Development http://www.iied.org/human-settlements/media/climate-change-governments-should-support-migration-not-fear-it

The International Institute for Environment and Development (IIED) est un organisme de recherche indépendent, à but non lucratifif, crée en 1971 et basé à Londres. Il est spécialisé dans l’expertise, la recherche, et la réalisation de projets de développement durable : www.iied.org

Rapport PDF: http://pubs.iied.org/pdfs/10590IIED.pdf

(2)“Report disperses migration myth”, Anna Barnett, From

Nature Reports Climate Change , Published online: 11 June 2009 | Corrected online: 19 June 2009 | doi:10.1038/climate.2009.56 http://www.nature.com/climate/2009/0907/full/climate.2009.56.html

D’après un rapport intitulé: “In Search of Shelter”.

Etude conduite de 2007 à 2009, par des chercheurs en sciences sociales, issus de 6 universités européennes. Les chercheurs on retenu 23 sites concernés par les migrations, répartis sur les 5 continents. 2000 personnes ont été interrogées sur leurs intentions migratoires. Ce travail a été finance par finance par la Commission européenne, pour un programme de deux ans, intitulé « Environmental Change and Forced Migration Scenarios » (EACH-FOR).

(3)UNCHR/ 2009 http://www.unhcr.org/4b2910239.html


Publié par marlene le 9 février 2011 dans Climat,Migrations.
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