Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les Mayas, victimes de désordres environnementaux.

Bonjour,

La chute de la civilisation Maya résulterait d’une dégradation environnementale majeure, conséquence d’une déforestation antérieure. Le système agricole, très sollicité par des populations nombreuses, peut-être un million de personnes vers la fin du premier siècle, n’aurait pas résisté à ce déséquilibre. Après avoir rayonné pendant la période classique – de 250 à 900 après JC -, la civilisation Maya qui se développe en Mesoamérique, s’éteint  avant le premier millénaire. « C’était un effondrement et non un recul, car le second est temporaire alors que le premier caractérise un déclin sur le long terme et la disparition du système économique et social qui structure un Etat, comme cela s’est passé dans cette région. » (1) commente Richard Hansen, anthropologue, spécialiste de civilisation Maya à l’Université de l’Idaho, lors de l’ouverture du 3° Congrès International sur la Culture Maya, au Mexique. Richard Hansen dirige le projet bassin du Mirador, un chantier archéologique et écologique, difficile à atteindre dans le nord du Guatemala. Plus d’une vingtaine de cités, des pyramides, et un complexe de temples se dissimulent dans une forêt tropicale humide de plus de 2000 km². (1) (2)

Du bois pour les édifices.

Pour Hansen, la chute de certaines villes à la fin de la période pré-classique – qui court de 1000 avant JC jusqu’à  l’an 150 de notre ère -, parmi lesquelles Tintal  Nakbe, Wakna,  résulterait d’une sur-exploitation des ressources. Tintal, gros centre urbain de ce premier temps de l’histoire Maya, témoigne d’une civilisation pionnière qui dispose de terrains pour jouer à la balle, élève des pyramides de plus de 50 mètres de haut, et construit une route de 40 km de long, la reliant à Mirador, la principale ville. Au tournant de l’ère chrétienne, Mirador compte environ 200.000 habitants. Lors de la période classique, Palenque, Copan, et Tikal périclitent à leur tour, elles aussi emportées par un déséquilibre environnemental majeur. Pour Richard Hansen, l’érosion massive, consécutive à une déforestation soutenue à l’époque pré-classique, expliqueraient la fin du système Maya. Pas seulement, mais surtout. Le bois est alors une source d’énergie. Il est aussi abondamment utilisé pour confectionner le stuc, plaqué sur les édifices qui se multiplient à l’époque pré-classique. Les besoins en bois vert, nécessaire à la confection de ce stuc, auraient été l’un des facteurs majeurs de cette déforestation, « bombe à retardement » qui précipite le déclin. Le Bassin d’El Mirador, c’est aussi une petite énigme environnementale. L’ensemble s’est développé sans eau, c’est-à-dire sans rivière, sans source, et sans nappe souterraine. A la fin de l’époque pré-classique, vers 100 avant J.C, plus de 100.000 habitants vivent pourtant dans cette zone. (2)Pour satisfaire les besoins, les pluies, abondantes, étaient recueillies dans des citernes. Dans un article paru dans le Monde en 2009, Richard Hansen évoque aussi  la « théorie de la boue ». Les boues collectées dans cette zone de marécages auraient permis de fertiliser les cultures. Sans avoir besoin de détruire la forêt pour récupérer des terres, ni d’épuiser les sols en enchaînant les semences. Malgré tout, l’équilibre environnemental, d’El Mirador n’aurait  pas résisté une civilisation qui voyait un peu trop grand. (3)

Sécheresse.

Quelques années auparavant, un article de Nature, daté de juin 1995, relie la chute de la civilisation Maya à un changement climatique. Cette hypothèse, d’abord envisagée à l’échelle de la Mésoamérique, est difficile à prouver. Les efforts pour reconstituer les humeurs du ciel au cours des trois derniers millénaires ne permettent pas de différencier les changements dus à l’évolution naturelle des cycles climatiques, de ceux provoqués par l’homme. La déforestation, qui a modifié la végétation régionale, brouille la lecture. Mais l’analyse de sédiments recueillis dans le Lac Chichancanab, au Mexique, finit par raconter la carte climatique de cette partie centrale de la péninsule du Yucatan, pendant la période Holocène. L’intervalle compris entre 800 et 1000 de notre ère, qui coïncide avec la fin de la civilisation Maya à l’époque classique, aurait été particulièrement sec. Il y aurait donc une relation, très probable, entre le déclin des Mayas et le climat. (4)

NASA / Site Maya / Guatemala

Sécheresse et déforestation.

La NASA, l’agence spatiale américaine, s’est aussi intéressée au territoire Maya. En 2006,  elle cartographie une zone du Guatemala qui révèle l’héritage architectural de cette civilisation. Photo ci-dessus. En jaunâtre, la forêt qui recouvre les ruines Maya. En rouge, la forêt environnante. En  bleu-vert, la petite végétation clairsemée. Ces sites, enfouis sous un couvert tropical très dense, pas toujours faciles à repérer sur le terrain, sont révélés par image satellite. Décodage. Les Mayas construisaient leurs temples avec des matériaux calcaires. En se détériorant, ces édifices ont modifié la composition des sols. Quelques plantes humides se sont développées alentour, d’autres ont disparu, ou se sont décolorées. La lecture satellite permet de repérer les traces de ruines calcaires, qui apparaissent en couleur jaunâtre. Pour Tom Sever, alors archéologue à la NASA, spécialiste de repérage « remote-sensing », sans contact avec le terrain, le déclin des populations Maya, résulte d’une combinaison de facteurs climatiques, la sécheresse, et anthropologiques, la déforestation. Et Sever d’ajouter : « Comprendre comment les Mayas ont affecté leur environnement pourrait aider l’homme actuel à faire des choix plus éclairés concernant la gestion des forêts tropicales humides. » (4) Conseil d’actualité, qui peut s’appliquer à d’autres désordres environnementaux.

M.J

(1) “Mayan civilisation collapse blamed on environmental damage”, Zee News, 16-03-2011, http://www.zeenews.com/news693602.html

(2) « El Mirador », Authentic Maya, 2009, http://www.authenticmaya.com/mirador1.htm

(3) « El Mirador, mère des cités mayas », Joëlle Stolz, Le Monde, 13.02.2009

(4) “Possible role of climate in the collapse of Classic Maya civilization”, David A. Hodell*, Jason H. Curtis* & Mark  Brenner†, Nature 375, 391 – 394 (01 June 1995); doi:10.1038/375391a0, http://www.nature.com/nature/journal/v375/n6530/abs/375391a0.html

(5)Maya Ruins, Earth Observatory, NASA, 18-02-2006 http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=6293


Publié par marlene le 22 mars 2011 dans Climat,déforestation,Histoire.,Préjudice écologique
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Une réaction à “Les Mayas, victimes de désordres environnementaux.”

  1. […] But what I would like to inform you of in particular at the moment my fellow truth seeker is why you, reading this right now, perhaps Additionally on this topic you can read: http://lewebpedagogique.com/environnement/2011/03/22/les-mayas-victimes-de-desordres-environnementau… […]

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.