Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Vivre dans le Sanriku.

Bonjour,

« Depuis des temps immémoriaux, (les) tsunamis ont été un cauchemar pour les habitants de la côte du Sanriku ».(1) Le 11 mars dernier, un séisme de magnitude 9, sans doute le plus important de l’histoire japonaise,  provoque un tsunami sur la  côte Nord-Est de l’archipel. Cette déferlante, meurtrière, surdimensionnée, une dizaine de mètres de haut, déborde les digues destinées à freiner sa violence. Le Nord-Est du Japon, et la région du Sanriku, sont exposés aux tsunamis. La ligne côtière, trouée de nombreuses baies, est une côte à rias ouverte aux vagues. Son avancée dans l’Océan Pacifique la rend sans doute plus vulnérable encore. Dans un article daté de 1966, six années après le tsunami du Chili, Toshio Noh évoque l’histoire meurtrière de cette côte malmenée par les vagues exceptionnelles. (1) En 896, sous l’ère Jôkan, un tsunami tue 1000 personnes. En 1611, celui de l’ère Keichô, noie environ 5000 personnes. En 1896, sous l’ère Meiji, la vague est plus désastreuse encore, avec plus de 23000 morts dans la préfecture d’Iwate, soit plus de 20% de la population de certaines localités. En 1933, nouvel assaut, qui fait plus de 4000 morts dans la région du Sanriku. En 1960, le tsunami qui traverse le Pacifique depuis le Chili fait un peu plus d’une centaine de morts, et détruit plus de 2400 habitations. Ces deux vagues, note l’auteur,  sont de nature différente. «La plus récente a été causée par un tremblement de terre avec un épicentre au large des côtes du Chili très loin du Sanriku, et l’autre résulte d’un tremblement de terre situé à 28 kilomètres au Nord-est de Kinkasan, dans la préfecture de  Miyagi. » (1) La vague de 1933 mesure 18 mètres, celle de 1960 s’élève de 5 à 6 mètres. Dans le Sanriku, de nombreux monuments rappellent ces tsunamis plus ou moins meurtriers. « (Ils) ont été érigés par nos ancêtres comme un mise en garde pour la postérité. » (1) Les générations se sont succédées, les récits se sont transmis, et ont nourri l’imaginaire collectif. Au fil de cette longue histoire de vagues destructrices, il a bien fallu trouver des parades. Faute de technologie, les Anciens vont au plus simple. Ils déplacent leurs habitations sur les hauteurs. Puis, pour protéger les villages côtiers, on érige des protections en terre. A d’autres endroits, on construit des plateformes qui surélèvent les constructions. Quelques îlots d’habitation sont protégés, mais difficile d’élever un village entier, ou un quartier urbain. Les dunes se couvrent de pins noirs du Japon, seule espèce adaptée au sable de bord de mer. Ces forêts côtières freinent, en principe, l’intensité des torrents provoqués par le tsunami. Après la catastrophe de 1933, la technologie autorise le déplacement de villes et de villages, élève les fondations des maisons, et invente de nouvelles règles d’urbanisme. La défense est faible. Après 1960, et le tsunami du Chili, le gouvernement central prend d’autres mesures pour adoucir l’impact des tsunamis. Les digues géantes, d’une dizaine de mètres de haut, se multiplient sur le littoral. Des brise-lames protègent l’accès des rias. Les rivières s’équipent de portes destinées à les défendre contre les inondations venues du large. Aujourd’hui, des barrières de tétrapodes, plantées à proximité des côtes, évoquent un combat, encore inégal, entre la mer et le béton.

Dans les années 60, Toshio Noh justifie l’implantation humaine dans la région du Sanriku: « …Le long de cette côte, il y avait des gens qui étaient très dépendants de la pêche pour vivre, et la nature de la côte à rias offrait des niches pour l’habitat et les terres cultivables. Quand la mémoire de la tragédie s’estompait, les habitants revenaient peu à peu vers la côte pour devenir les victimes du prochain tsunami. »(1) Dans un article de Libération du 19 et 20 mars dernier, Philippe Pelletier, géographe, spécialiste du Japon, puise dans la thèse de Yamagushi Yaichirô, pour répondre à cette question de l’attachement au territoire. Le Sanriku s’ouvre sur l’une des « zones halieutiques les plus riches du monde ». C’est aussi « le pays des ancêtres, il faut entretenir sanctuaires, temples et cimetières, donc y vivre. » (2)

M.J

Sur le site Silatitude, une carte des impacts du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. Ce site offre aussi des liens pour une information plus fouillée:

http://silatitudes.teledetection.fr/index.php/actualite/57-mapping-japan-earthquake-and-tsunami-damages


(1) »Sanriku Coast Prepared for Tsunami – A preliminary report on men’s defense against natural disaster », Toshio Noh, http://ir.library.tohoku.ac.jp/re/bitstream/10097/44873/1/AA0045945066165.pdf

(2) »Le Nord du Japon, terre de tsunamis », Philippe Pelletier, Chroniques Le Mag, Libération, 19/20-03-2010 http://www.liberation.fr/monde/01012326413-le-nord-du-japon-terre-de-tsunamis


Publié par marlene le 28 mars 2011 dans Actualité,Catastrophe naturelle.,Japon
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