Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Fukushima et la fourmilière du nucléaire.

Bonjour,

Fukushima éclaire le sort de ces milliers de travailleurs de l’ombre, cette fourmilière exposée sans laquelle le nucléaire civil japonais serait en panne. Selon un article d’IPS (1), mis en ligne le 3 septembre dernier, l‘opinion japonaise découvre cette armée silencieuse de « sans droits », recrutés par des sous-traitants, et exploités par l’industrie nucléaire. On les appelle les « nomades du nucléaire », ou les « gitans du nucléaire, les « genpatsu jipushi » en japonais.  Recrutés au bas de l’échelle sociale japonaise, ils effectuent des tâches qui ne demandent pas de qualification. Et à la fin d’un contrat qui n’en porte que le nom, quelques mois quand tout va bien, quelques jours sur le terrain dangereux de Fukushima, ils sont invités à disparaître. On les ramasse le matin dans des endroits convenus, souvent des parcs publics, pour les acheminer sur des sites nucléaires. Ils échangent leur santé contre une poignée de yens, l’équivalent de 300 dollars par jour sur le site de Fukushima, une petite fortune pour ces oubliés de la société japonaise. L’industrie de l’atome paie mieux que le bâtiment.  Selon l’Agence de Sûreté Nucléaire Japonaise, sur les 80.000 employés sur les sites en exploitation de l’archipel, 80% sont des contractuels. A Fukushima, cette proportion grimpe à 90%, chiffres de 2010. Si la plupart des travailleurs ont été évacués de la centrale de Fukushima après l’accident nucléaire consécutif au tremblement de terre et au tsunami du 11 mars 2011, d’autres ont été rappelés pour des opérations de nettoyage, avec des salaires plus élevés. Fukushima et ses 87000 sans-abris ou déplacés en raison du risque nucléaire (2), révèle aussi à l’opinion japonaise cette petite humanité, longtemps réduite au silence.

 

 « Les conditions de travail sur le site étaient effrayantes, fatigantes, et dangereuses. Mais le pire était de travailler sans protection. Nous étions des petits lapins dociles pour des autorités peu scrupuleuses. » (1) Seizi Saito, un plombier de 71 ans, profite de ce tout nouveau droit à la parole devant une assemblée d’anti-nucléaires, travailleurs et activistes. Affecté à la maintenance du système de refroidissement, il a passé quinze ans à la centrale de Tsuruga, préfecture de Fukui, dans l’ouest de l’archipel. Il a aussi vaincu un cancer de la tyroïde. Devant une audience attentive, Seizi Saito plaide pour que les « gitans du nucléaire » bénéficient désormais d’une représentation syndicale. D’après IPS, l’évolution sur le site de Fukushima  – ou TEPCO, l’opérateur de la centrale, a besoin de main d’œuvre pour faire tomber la température des réacteurs et stabiliser le site – pourrait rendre l’opinion japonaise un peu plus sensible au sort de cette fourmilière de « sans droits », habituée à ne rien réclamer faute de corporation. En attendant, ces nomades de l’atome bénéficient d’un bassin d’emplois pérenne à Fukushima. Il faudra encore plusieurs décennies pour démenteler le site, et sans doute plusieurs autres pour le rendre à nouveau viable………….

 

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

(1) (1) “Fukushima Blows Lid Off Exploited Labour”, Suvendrini Kakuchi, IPS, Tokyo, 03-09-2011 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=104978

(2) NHK, World. http://www3.nhk.or.jp/daily/english/11_12.html


Publié par marlene le 7 septembre 2011 dans Japon,Nucléaire
Vous pouvez laisser une réponse, ou un trackback depuis votre site.

Laisser une réponse

Vous devez être identifié pour écrire un commentaire.