Environnement
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Bougainville, des femmes sans concessions.

Bonjour,

Politiquement toujours attaché  à la Papouasie -Nouvelle Guinée, distant d’un millier de kilomètres au nord, l’archipel de Bougainville  s’étire vers le Sud et les îles Salomon, son voisin culturel. Vingt kilomètres séparent ces deux îles qui appartiennent à l’ensemble mélanésien. Bougainville se compose de deux grandes terres pratiquement collées, prolongées par un chapelet d’îlots  et d’atolls dispersés dans la mer des Salomon. Comme la plupart des petits territoires du Pacifique Sud, Bougainville a vu défiler les drapeaux. L’île est britannique jusqu’en 1898, vendue à l’Allemagne, occupée par l’Australie pendant la Première Guerre Mondiale, envahie par les Japonais en 1942, puis récupérée par les Forces Alliées qui la confient à l’Australie. En 1975, elle devient partie de la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui s’émancipe de l’Australie. Cette histoire mouvementée a bousculé une communauté d’une vingtaine de groupes, chacun sa langue, chacun ses traditions. Aujourd’hui, les 200.000 à 300.000 habitants estimés échangent dans une trentaine de dialectes. (1) Particularité régionale, Bougainville est structurée par une société matrilinéaire. La parenté, la descendance, et l’héritage sont déterminés par les lignées féminines. A Bougainville, les femmes sont propriétaires des terres. Elles participent autant que les hommes à l’administration de l’île. A la maison, elles éduquent les enfants, produisent la nourriture, et transmettent les valeurs traditionnelles. Côté géographie, Bougainville est une terre volcanique, recouverte d’une terre riche où poussent la patate douce, l’arbre à cacao, et les cocotiers. L’archipel compte deux volcans endormis, et une immense mine de cuivre à ciel ouvert. La mine de Panguna. Après une pause d’une vingtaine d’années, on parle d’exploiter à nouveau ces gisements qui ont souillé la terre, l’eau, et qui ont mis l’île à feu et à sang. (2) (3)

Cuivre, mercure, plomb, et zinc.

En 1969, l’Australie, qui administre encore l’archipel, convoite un vaste gisement de cuivre dans la région de Panguna. Un accord est signé entre le Gouvernement australien et la Compagnie minière Rio Tinto Australia. Les habitants de Bougainville sont écartés des décisions. Les propriétaires des terres occupées par la mine sont contraints d’abandonner la gestion de leurs terres ancestrales. Ils commencent à se mobiliser, et réclament l’indépendance de l’île. L’activité minière, aux mains « d’étrangers » qui imposent le blocus de l’île, annonce dix années de guerre civile. Le conflit, qui tue au moins 10.000 personnes, déstructure cette société insulaire, et détruit les infrastructures. Des atrocités sont commises. Des villages sont brûlés. Les femmes et les enfants sont aux premières loges du gâchis. (2) A la fin des années 80, les souillures environnementales, terres dévastées sur un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la mine, rejets de métaux toxiques dans les cours d’eau, mercure, plomb, zinc, alimentent à nouveau l’aspiration indépendantiste de l’archipel. En 1989, l’Armée Révolutionnaire  de Bougainville lance une insurrection. La mine de Panguna est fermée. Les forces militaires de Papouasie- Nouvelle Guinée se retirent. L’Armée Révolutionnaire proclame l’indépendance. Le processus de paix, porté par le Conseil des Anciens, les femmes, les associations de jeunes, les Eglises et les ONG, s’étire sur une autre décennie. En 2000, le principe d’une indépendance, via une période d’autonomie, est officiellement adopté. Cinq ans plus tard, Bougainville se dote d’un premier gouvernement autonome. Si l’indépendance se fait attendre, la paix est revenue sur l’île, où les écoles fonctionnent à nouveau. (2) (3)

Cacao, Coprah, et 10 milliards de Kina

Torturées, réduites au silence, ou abandonnées par leur mari, les femmes de Bougainville n’ont rien oublié d’un conflit, attisé par la convoitise des richesses minières , cuivre, argent et or, qui ont profité à d’autres.  Le gouvernement de Papouasie- Nouvelle Guinée a reçu 20% des profits d’une mine exploitée par Bougainville Copper Ltd (BCL), British Multinational, et Rio Tinto. Les insulaires, employés à extraire les minerais, ont dû se contenter de 0,5% à 1,25% des bénéfices. (1)(4) En 1989, les propriétaires des terres exploitées ont réclamé 10 milliards de Kina – la monnaie locale – en dédommagement des dégâts, et du préjudice moral. Refusés par le Gouvernement de Papouasie – Nouvelle Guinée. Vingt ans plus tard, la réouverture de la mine de Panguna pourrait promettre un développement à une île portée par l’aide internationale, où beaucoup de villages manquent d’électricité, et de services médicaux. Certains insulaires le pensent. Une revue minière, se basant sur une étude récente, prétend qu’il reste encore beaucoup de cuivre et d’or à exploiter.(4) Pour beaucoup d’autres, sans doute une  grosse majorité, l’eau des rivières, désertée par les poissons, toujours impropre à la consommation, contrarie cette perspective. D’ailleurs, les femmes de Panguna, plus soucieuses de paix, d’harmonie sociale, et d’environnement, ont une autre vision du développement. L’une d’elle, Patricia Tapakau, à la tête de « Panguna Women in Mining », une organisation qui regroupe les femmes de 13 villages souillés par l’exploitation minière, confie à IPS « Nous souhaitons nous développer en tenant compte de nos erreurs, pas en les répétant. ».(1) Elles misent sur un développement plus doux, basé sur le cacao, l’huile de Coprah, ou le tourisme. Sans oublier les 10 milliards de Kina de compensation pour les dommages causés par l’activité minière, jamais versés par le gouvernement de Papouasie- Nouvelle Guinée.

M.J

 

 

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(1) ”Women Call the Shots on Mega Copper Mine”, Catherine Wilson, IPS,  Papua New Guinea, 17-10-2011 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=105480

(2) War Resister’s International, Peace in Bougainville and the Work of the Leitana Nehan Women’s Development Agency01-01- 2001 — warresisters , Kris Hakenahttp://wri-irg.org/nonviolence/nvse08-en.htm

(3) Wikipedia, History of Bougainville; http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Bougainville

(4) “Panguna still has plenty of copper”, Mining Journal Online, 11-02-2009 http://www.mining-journal.com/exploration–and–development/panguna-still-has-plenty-of-copper


Publié par marlene le 4 novembre 2011 dans Exploitation minière,Préjudice écologique
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