Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des « îles aux chèvres » très convoitées.

Bonjour,

Mini archipel. Les îles Senkaku, nom décliné à la japonaise, se situent en Mer de Chine orientale, à environ 400 kilomètres à l’Ouest de l’archipel d’Okinawa, et à un peu moins de 200 kilomètres au Nord-Est de Taïwan. C’est un mini archipel composé de cinq îles volcaniques et de trois rochers. Ces îles sont considérées comme « terra nullius », des terres jamais véritablement habitées. La faune et la flore n’y présentent pas grand intérêt, sauf peut-être quelques oiseaux à plumes. Plus intéressant, les eaux y sont poissonneuses et les fonds marins prétendus dotés d’hydrocarbures. Ces îles, situées à la lisière  du continent asiatique, trop petites pour figurer sur toutes les cartes, sont convoitées par le Japon, la Chine, et Taïwan, qui réclame un peu moins fort. Ce différend territorial, tissé après la Seconde Guerre mondiale, est évoqué par Mao Tsé Toung qui visite le japon en 1978. Il invite à mettre en suspens la question des Senkaku , « pour être traitée par une génération future plus sage ». (1) Les Senkaku, appelées Diaoyu par les Chinois, sont aujourd’hui contrôlées par le Japon.

 

Géo-histoire.L’histoire de cette querelle territoriale entre la Chine et le Japon -Taïwan est ici oubliée -, portée par un fort ressentiment entre les deux Nations, débordée par un nationalisme virulent, est complexe et ancienne. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier en synthétise le cours. (2) D’abord une présence chinoise ancienne, fin du XIV° siècle, attestée par des récits de voyages. Une thèse (2008) en précise les  relations. (1)  En 1372, l’archipel des Ryukyu paie tribut à la Chine. Au début du XVII° siècle, cette relation tributaire lie les Ryukyu  à la Chine,  et au Japon. En 1879, les Japonais annexent les Ryukyu, et découvrent les Senkaku quelques années plus tard. En 1895, ils les intègrent à l’archipel nippon, dans un contexte de guerre sino-japonaise (1894-1895) et de conquêtes territoriales. La Chine n’est pas en mesure de protester. En 1896, l’île, prêtée par le gouvernement japonais, est exploitée par un industriel, Tatsushir? Koga. Il y développe la pêche à la bonite, et valorise les plumes d’albatros. En 1940, c’est la faillite, l’île est abandonnée. L’archipel d’Okinawa, théâtre de violences inouïes pendant la Seconde guerre mondiale, puis de tensions entre les Etats-Unis et le territoire occupé, est restitué au Japon en 1972. Senkaku est intégrée dans ce lot territorial, sans figurer sur l’accord signé entre les Etats-Unis et le Japon en 1970. Les Etats-Unis veulent éviter de prendre parti dans cette querelle annoncée. Malgré un accord de pêche en 1997 entre le Japon et la Chine, les activistes nippons aiment à rappeler l’autorité de leur pays sur ces cailloux. (3)

 

Tensions. A la mi-aoùt 2012, d’autres activistes débarquent  sur Diaoyu pour réclamer son intégration au territoire chinois. Quelques jours plus tard, ils sont salués dans les rues de Hong-kong. Les nationalistes japonais réagissent par une autre expédition sur l’ile.Depuis 2002, la famille Kurihara, devenue propriétaire de l’archipel, loue quatre  îles au gouvernement japonais.  Début septembre, comme annoncé depuis quelques temps, Tokyo achète trois îles de ce mini-archipel pour un peu plus de 2 milliards de yens, plus de 20 millions d’Euros. Officiellement, il s’agit d’empêcher des nationalistes d’acquérir ces rochers, avec des débordements prévisibles. Les tensions, qui se sont multipliées entre les deux pays, s’ajoutent  à des ressentiments plus anciens. La Chine, qui le 19 septembre dernier commémorait l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, début d’une colonisation sauvage qui s’achèvera en 1945, reproche au Japon ses excuses timides. Ce que réfute le Japon. De vieilles  rancunes, la course au leadership régional, des difficultés politiques internes, et un nationalisme actif, se mélangent des deux côtés à des degrés divers pour fabriquer de l’explosif. En Chine, agitée par une semaine de manifestations,  la communauté et les intérêts japonais ont été malmenés. Les usines Toyota, Sony, Panasonic, l’enseigne UNIQLO et d’autres, ainsi que de nombreux commerces ont dû cesser leur activité. La presse évoque une manipulation de l’opinion par les Autorités, soucieuses de la détourner d’autres questions sensibles. Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo crache son venin contre les Chinois. (4)

 

« Iles aux chèvres ». Sur le site de Bloomberg, un éditorialiste, qui prend la mesure de la crise entre les deux pays, prend aussi le parti de la plaisanterie : « Les Japonais les appellent les îles Senkaku, les Chinois les nomment Diaoyu. Laissez-moi suggérer un nom plus approprié : les îles aux chêvres. » Les chèvres sont tout ce que l’on peut trouver sur ce groupe de rochers inhabités,  pour lesquels Japonais et Chinois sont prêts à prendre les armes. (5) Et d’ailleurs, qu’est ce qui fait courir Chinois et Japonais ? L’accès à des eaux  poissonneuses ? De conséquentes ressources en pétrole et gaz, le contrôle des routes qui y mènent ? Ou les frontières dessinées sur la mer par les ZEE, ces zones économiques exclusives qui étirent les territoires à 200 miles marins des côtes. Soit un peu plus de 370 kilomètres. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier note que la ZEE du Japon dote l’archipel de presque 4,5 millions de km²,  qui s’ajoutent à une superficie terrestre d’environ 380 000 km². Ce qui, terre et mer ajoutées, fait du petit Japon le 6° espace mondial.

M.J

 

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(1) “ The Diaoyu / Senkaku Islands Dispute, Questions of Sovereignty and Suggestions for Resolving the Dispute”,  Martin Lohmeyer, University of Canterbury 2008  http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/4085/1/thesis_fulltext.pdf

(2) Philippe Pelletier, Atlas du Japon, Une société face à la post-modernité, Autrement, 2008, p 16, 17, 12.

(3)IIes Senkaku Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Senkaku

(4)”Japon: tensions sur des îles flottantes”, Arnaud Vaulerin, Libération, 24-08-2012 ; « Hong Kong défend la Chine contre le  « militarisme japonais » », Charles Danzac, Libération, 29-08-2012 ; « La Chine secouée par une déferlante anti-japonaise », Philippe Grangereau, Libération, 14-09-2012 ;“la Chine se déchaîne contre ses Japonais »,  Philippe Grangereau, Libération, 17-09-2012 ; « Le Japon met les points sur les îles », « Pékin prends le parti du nationalisme », Philippe Grangereau, Libération, 19-09-2012.

(5)” Why Outrage Over Islands Full of Goats Is Crazy”, William Pesek, Bloomberg, 18-09- 2012 http://www.bloomberg.com/news/2012-09-18/why-outrage-over-islands-full-of-goats-is-crazy.html

 

 

 


Publié par marlene le 21 septembre 2012 dans Actualité,Chine,Japon
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