Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les rochers Liancourt entre Corée et Japon.


Bonjour,

Des rochers très surveillés. Les Sud-Coréens les appellent Dokdo, les îles solitaires. Elles se sont aussi appelées Usando, Hajido, et Sambongdo. Pour les Japonais, elles sont Teshima, les îles aux bambous. Les chasseurs de baleines français, qui naviguent sur cette mer en 1849, les nomment rochers Liancourt. Du nom de leur baleinier. Cette mer dans laquelle baignent ces îles, entre péninsule coréenne et archipel japonais, est d’ailleurs un sujet de discorde. Les Coréens l’appellent Donghae, la Mer de l’Est. Pour les Japonais, elle est la Mer du Japon. (1) Mais revenons à nos ilôts qui se composent de deux rochers principaux nés de l’activité volcanique, entourés d’une trentaine d’autres, plus petits. L’archipel s’étend sur une vingtaine d’hectares, la superficie d’une propriété à la campagne. Ces îles sont difficiles d’accès, battues par les vents et les pluies, soumises à une météo capricieuse. A première vue, ces rochers, hostiles et isolés, ne présentent guère d’intérêt. Ce n’est pas l’avis des Coréens, qui les occupent depuis 1954. Et qui entendent bien continuer à faire figurer ces confettis sur la carte de leur territoire national. Ce n’est pas non plus l’avis de ces Japonais qui rêvent de les intégrer à l’archipel nippon. Ces rochers, situés à plus de 200 kilomètres des côtes de la péninsule coréenne, et à un peu plus de 80 kilomètres de l’île d’Ulleung, sont distantes de plus de 150 kilomètres d’Oki, l’île la plus occidentale du Japon., et de 250 kilomètres des côtes du Honshu.  Peuplés de quelques garde-côtes et d’un vieux couple de pêcheurs, ces ilôts sont surveillés de près par la Corée. (2) (3

Querelle de territoire. Dokdo, mentionnée assez tôt dans l’histoire coréenne, est désignée vers le XV° siècle dans sa géographie. Au Japon, le nom de Dokdo apparaît au XVII° siècle. Mais c’est surtout au cours de la première moitié du XX° siècle, que Dokdo, ou Tokto selon les transcriptions, marque un temps important de la mémoire collective coréenne. Le Japon, dont l’influence progresse rapidement au XIX° siècle dans cette partie de l’Asie, s’approprie ces rochers en 1905. Ils les renomment Takeshima. Cette conquête est l’avant poste de la colonisation de la péninsule coréenne. En 1905, la Corée devient protectorat japonais, avant d’être annexée en 1910. Les Japonais pillent ses ressources et ses réserves agricoles, asservissent sa main d’œuvre et ses femmes, et programment la disparition de la culture coréenne. Ce temps long de l’histoire de la Corée, quatre décennies, s’achève en 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, et  les hésitations des Etats-Unis, Dokdo ne figure pas sur le Traité de San Francisco. Le  Japon en profite  pour revendiquer ce territoire. En 1952, la Corée proclame sa souveraineté sur une partie de cette mer qui la sépare du Japon, et qui inclut les rochers de Dokdo. Depuis 1954, la Corée administre et garde jalousement l’accès à ce confetti territorial. En 1954, puis en 1962,  le pays refuse que la question de Dokdo soit examinée par  la Cour Internationale de Justice (CIJ), sur proposition du Japon. Ce tribunal mondial, chargé de régler les différends territoriaux, ne peut engager une procédure sans l’accord des Etats concernés.(2) (3) (4)

Touristes. En 2008, un article du New-York Times s’intéresse aux iles Dokdo, et à ces touristes coréens qui font la traversée, en signe de solidarité nationale: « Chaque jour, si le temps le permet, des centaines de Coréens du Sud embarquent à destination de ce groupe d’îlots pratiquement inhabitables, situés à sept heures de mal de mer du continent coréen. » (4) Les vagues sont si imprévisibles, décrit encore le narrateur, qu’un peu plus de la moitié des visiteurs peut accoster sur l’un des rochers pour une visite de 20 minutes. Pendant que les autres doivent se contenter d’un tour en ferry, en agitant des drapeaux coréens. En 2005, année du cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, annoncée comme le temps de la réconciliation entre Corée et Japon, la Préfecture de Shimane fait du 22 février un jour dédié à Takeshima, piqure de rappel de la projection territoriale du Japon. Shimane est la préfecture qui a revendiqué Dokdo, quelques mois avant l’invasion japonaise de 1905. Puis, le Ministère de l’Education nationale du Japon approuve une révision de l’histoire dans des manuels scolaires. Les textes minimisent le passé colonial du Japon, et les crimes de guerre associés. En réponse, les rues de Séoul s’agitent, pendant que grandit un sentiment anti- Japonais. En août dernier, à quelques jours de l’anniversaire de la capitulation du Japon, le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, fait le voyage jusqu’aux rochers. Il est le premier leader sud-coréen à y mettre les pieds. Tokyo se met en colère, convoque l’ambassadeur de Corée du Sud, et rappelle le sien en poste à Séoul. Le ton monte. Le Japon renouvelle sa demande d’un examen du contentieux territorial par la CIJ. Cette question de géopolitique régionale n’exclut peut-être pas quelques visées économiques : une extension de la ZEE, la zone économique exclusive associée à Dodko, l’accès à des eaux poissonneuses et à quelques réserves d’hydrocarbures situés à proximité des rochers. (3) (4)

Peur. Globalsecurity.org, site commercial américain qui s’intéresse aux questions de stratégie, et à cette querelle de territoire, synthétise la position des nationalistes coréens. (3) Selon eux, l’acharnement des Japonais à réclamer Dokdo  s’inscrirait dans une vision stratégique qui fait écho à l’invasion de 1905. La diplomatie japonaise actuelle, ou les relations diplomatiques que le Japon entretient avec la Corée, rappellent la tradition  impérialiste nippone. Dokdo, ne serait pas seulement un différend territorial, mais une querelle de Nations. En défendant Dokdo, et la souveraineté de la Corée du Sud, les nationalistes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme la nouvelle diplomatie impérialiste du Japon.(3) Un point de vue intitulé « Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », signé Pascal Dayez-Burgeon,  publié dans Libération par le 18 septembre dernier, contextualise cet argument : « En fait, Dokdo est révélateur d’une peur profondément ancrée dans la conscience collective des Coréens : celle d’une reconquête de leur pays par le Japon. L’histoire ne leur donne pas tort. » Le chercheur évoque une mémoire collective coréenne traumatisée par les nombreux assauts d’un Japon expansionniste. Ces agressions, caractérisées dès le XIII° siècle, répétées au XVI° siècle, se manifestent violemment au début du XX° siècle. Depuis, le Japon projette son ombre sur la Corée, s’insinue dans sa mémoire collective, et contrarie peut-être son destin national. « Il y a loin, bien sûr, du fantasme à la réalité. Que l’on sache, la reconquête japonaise n’est pas à l’ordre du jour. L’affaire Dokdo n’en souligne pas moins un profond malaise.» nuance le chercheur, qui s’interroge sur l’avenir d’une péninsule coréenne, entre Chine et Japon. (6)

M.J

 

Difficile de trouver une video simplement informative !

 

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(1) A lire : Philippe Pelletier : « Mer du Japon, mer de l’Est ou bien quoi ? La toponymie asiatique confrontée à son Extrême-Orient » Résumé de la communication du 9 octobre 2009 , à l’Institut d’études politiques de Lyon. http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?article1241

(2)Liancourt Rocks, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks

(3) Liancourt Rocks / Takeshima / Dokdo / Tokto http://www.globalsecurity.org/military/world/war/liancourt.htm

(4)Liancourt Rocks Dispute, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks_dispute

(5)« Desolate Dots in the Sea Stir Deep Emotions as South Korea Resists a Japanese Claim” Choe Sang-Hun, The New York Times, 30-08- 2008 http://www.nytimes.com/2008/08/31/world/asia/31islands.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

(6)« Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », Pascalo Dayez-Burgeon, Directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, Libération, 18-09-2012http://www.liberation.fr/monde/2012/09/18/les-ilots-dokdo-ou-le-fantasme-de-la-reconquete-japonaise_847200

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié par marlene le 1 octobre 2012 dans Actualité,Japon
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