Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Eaux transfrontalières, une voie navigable.

 

Bonjour,

Le fleuve Sénégal, qui prend sa source en Guinée, arrose le Mali, la Mauritanie, et c’est à proximité des côtes sénégalaises qu’il se transforme en delta et rejoint l’Atlantique  en passant par Saint Louis . Le fleuve est aussi frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Près de 3,5 millions de personnes, environ 15% de la population des Etats riverains, tirent bénéfice d’un bassin qui s’étend sur 340 000 km². Le fleuve Sénégal, axe important de la traite des esclaves avant de devenir la route des bois tropicaux, raconte aussi l’histoire d’une coopération régionale au lendemain des indépendances afin de gérer les eaux de ce fleuve commun. Le Mali, la Mauritanie et le Sénégal signent plus d’une dizaine de traités. Le plus important d’entre eux, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) remonte à 1972, alors que les pays traversés par le fleuve sont frappés par la sécheresse. L’organisation qui se structure permet la construction de deux barrages, Diama (1985) au Sénégal et Manantali (1988) au Mali, afin de refermer la parenthèse de deux décennies de sécheresse. La Guinée, qui entre-temps a rejoint ce leadership régional, rêve à son tour de barrages pour produire de l’électricité dont bénéficieraient ses partenaires. Dans un contexte qui place l’eau au cœur des rivalités à venir, l’OMVS plaide pour une gestion commune des eaux transfrontalières. Les Nations Unies, qui déclarent 2013 « International Year of Water Cooperation » , souhaitent que les eaux partagées soient prétexte à discussion, et non à conflit. Les systèmes hydrographiques transfrontaliers couvrent près de la moitié de la surface émergée du globe. Ils constituent 60%  des réserves d’eau planétaires. Et 40% de la population mondiale partage cet accès à l’eau douce avec des communautés situées de l’autre côté de la frontière. Une publication de l’UNDP  détaille « la gestion des eaux transfrontalières. » (1)

 

Bassins transfrontaliers et inégalités.

Sur le continent européen, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Ukraine, Serbie…  pas moins de 19 pays se partagent les eaux du Danube, un record. Le bassin du Rhin associe lui 9 Etats. Le continent africain multiplie les interférences: 13 pays dépendent du bassin du Congo, 10 de celui du Nil, 11 Etats sont liés par le fleuve Niger, 9 par le Zambèze, et 6 par la Volta. L’Autorité du bassin de la Volta conduit cette association de 6 pays d’Afrique de l’Ouest.  Le système Nil , qui se déploie 3,2 millions  de km², environ 10% de la superficie du continent africain, offre un cadre de vie  à 150 millions de personnes. Ce complexe fluvial, qui relie des communautés qui vivent au Rwanda, en Ouganda, en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte, révèle un espace de développement humain différencié. Un système dans lequel l’eau et les limons charriés depuis l’Ethiopie ont donné vie au désert et fertilisé la région du delta. En Amérique du Sud, le bassin de l‘Amazone associe 9 pays. Le système Mékong lie le Cambodge, la Chine, le Myanmar, la République démocratique du Lao, la Thaïlande et le Vietnam. Le bassin du Gange-Brahmapoutre unit Bangladesh, Bhoutan, Chine, Inde, Myanmar, Népal. Ce partage des eaux, en principe facteur de développement pour les pays riverains,  pose la question des pays situés en amont, et en aval, du fleuve. Le système Tigre et Euphrate , qui  prend sa source dans les hauts plateaux arméniens, arrose la Turquie,  la Syrie, et l’Irak. En 1976, la Turquie lance un projet d’une vingtaine de barrages en Anatolie orientale. Il s’agit de produire de l’électricité et d irriguer près de 2 millions d’hectares de terres arides. En 1987, un accord bilatéral engage la Turquie, pays situé en amont, à fournir à la Syrie un débit suffisant pour irriguer ses cultures, et approvisionner l’Irak. Mais Syrie et Irak protestent contre une redistribution jugée insuffisante pour les cultures. L’eau consentie est de  mauvaise qualité. Entre 1994 et 2000, on enregistre une hausse des cas de fièvre typhoïde en Irak. (2) Israël, la Jordanie, et les territoires palestiniens, l’une des régions du monde les moins dotées en eau,  sont contraintes à partager la ressource . La Palestine est particulièrement dépendante de cette eau transfrontalière. Deux fois moins peuplée qu’Israël, elle doit se contenter de 10 à 15% de l’eau consommée par son voisin. Un partage inéquitable, porté par un contexte de conflit et de sécurité nationale, qui handicape l’agriculture et la vie dans les territoires occupés. Ailleurs, d’autres acteurs dominent le jeu des partages. L’Égypte dans le bassin du Nil, l’Inde dans le système Gange. Mais, même inégalitaire, la coopération domine. (1)

 

Un bilan positif, une coopération ouverte.

Le bilan d’une gestion transfrontalière des eaux – systèmes fluviaux, lacs, aquifères -, doté de son lot de tensions, est plutôt positif.  Au cours des cinquante dernières années, on ne compte que 37 incidents graves entre les Etats. Dont une trentaine au Moyen Orient. Pendant ce temps,  297 accords internationaux sur l’eau sont négociés et signés. Globalement, l’historique établi par l’Université d’Etat de l’Oregon oppose 1300 cas de coopération à un peu plus de 500 litiges. La plupart des différends portent sur la modification du débit des eaux transférées, sur l’installation d’infrastructures jouant sur ce débit, ou sur un calendrier d’exploitation de la ressource qui prive le voisinage. Plus rarement sur la pollution des eaux. Mais les tensions n’empêchent pas les accords. Dans le bassin du Jourdain, la Syrie a signé avec la Jordanie, la Jordanie avec Israël, et Israël avec les territoires occupés. Depuis 1991, le FEM , le Fonds pour l’Environnement mondial s’intéresse à une trentaine de bassins transfrontaliers dans le monde. Le Programme mondial sur les eaux internationales  évalue le terrain dans une soixantaine de régions du monde. Au-delà des menaces, note le rapport de l’UNDP, deux certitudes. Pour un grand nombre de pays, l’eau s’imposera dans les relations bilatérales, et régionales. La concurrence pour la ressource – et ses conséquences pour le développement humain – dépasseront le cadre national. Alors,  « L’eau deviendra-t-elle une source de tension accrues entre pays voisins ? » La réponse se glisse dans un cadre géopolitique plus large, ouvert ou non à la coopération. « Une chose est claire : les populations vivant dans des zones soumises au stress hydrique continueront à avoir fortement intérêt, sur le plan de la sécurité humaine, à l’adoption d’approches plus ambitieuses et moins fragmentées de la gouvernance de l’eau. », concluent les auteurs du document. (1)

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

(1) Rapport Mondial sur le Développement humain 2006, UNDP  – Ch. 6. La gestion des eaux transfrontalièreshttp://hdr.undp.org/en/media/HDR_2006_FR_Chapter6.pdf

(2) Le Dessous des Cartes, Atlas géopolitique, Jean-Christophe Victor, Frank Tétart, Virginie Raisson, Cartographie : Frédéric Lernoud , ARTE Editions / Tallandier , 2006,  « Barrages Turcs »,  p226 à 229.

 

 

 

 

 

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Publié par marlene le 22 mars 2013 dans Actualité,eau
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