Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Tout au fond du karst…

 

Bonjour,

 

Il y a quelques semaines, un soir dans une banlieue tranquille de la ville de Tampa, en Floride, la terre s’est brusquement ouverte, avalant la chambre d’une maison et son contenu, la télé, l’armoire, le lit, et l’homme qui s’y reposait. En un éclair, dans un bruit qui aurait pu être celui d’un camion faisant exploser les murs de la bâtisse – du moins, c’est ce que raconte le frère de la victime qui se tenait dans une pièce voisine -, le sol en ciment a dégringolé dans les abysses, laissant pour tout souvenir un bout du lit resté coincé. Le frère, qui se tenait dans une pièce voisine, a tenté de récupérer la victime, sans espoir. Le gouffre, une dizaine de mètres de circonférence pour une quinzaine de profondeur, qui menaçait de s’étendre, a rapidement été  identifié comme un sinkhole, une doline du paysage karstique que l’on rencontre en Floride. Même si les accidents ne sont pas si fréquents dans cette partie des Etats-Unis – peut-être deux morts au cours des quarante dernières années – une bonne partie du sous-sol de Floride est miné par ces dépressions sculptées par un processus d’érosion, associé à une réaction chimique. D’ailleurs, jusqu’en 2007, il était obligatoire pour les propriétaires de maison de s’assurer contre ce risque, prévention qui s’est révélée un peu trop onéreuse pour les particuliers. (1) (2) (3)

 

Sculptures souterraines.

Les dolines, dépressions calcaires de forme ovale, sont l’une des manifestations du relief karstique de la Floride, également troué de cavernes, parcouru de cours d’eau enfouis, de sources, et régulé par tout un système de drainage souterrain. L’eau de surface, qui s’écoule par les dépressions dans les couches de calcaire sous-jacentes, dissout graduellement de petits morceaux de roches, agrandit leurs fissures naturelles, et accomplit son travail d’érosion jusqu’à créer une cavité au dessous du plafond recouvert de sédiments, souvent argile et sables. Une eau acide – les pluies sont généralement acides et le deviennent plus au contact de déchets industriels, par exemple – travaille plus rapidement. Au fil d’un processus, qui a pris des centaines, parfois des milliers d’années, l’eau a sculpté de vastes vides dans le sous-sol de la Floride. Avec plus ou moins d’assiduité, certains secteurs sont moins affectés que d’autres par cette érosion. Dans quelques rares zones de Floride, la couche calcaire supérieure est coiffée d’une épaisse couche de sédiments, argile et calcaire, qui peut rompre et s’effondrer dans la cavité souterraine. Celles-là sont dangereuses. Les dolines réagissent aussi vivement au régime des pluies et des sécheresses. Les pluies violentes, qui accompagnent les tempêtes tropicales et les ouragans, peuvent provoquer la rupture d’un plafond calcaire, mince et érodé, et ouvrir la cavité. Par temps de sécheresse, ces caves qui devraient être normalement remplies d’eau, ne le sont pas. En cas d’inondations, elles résistent moins au poids de l’eau qui s’accumule en surface. (3) (4) (5)

 

Paysages karstiques.

Les karsts, et leurs calcaires offerts au processus de dissolution, déclinent d’autres formes: lapiez –  ciselures à la surface des calcaires -, avens – un abîme ou un entonnoir ouvert sur un plateau -, poljé – plaine karstique fermée – , ouvalas – association de dolines communicantes -, ou canyon, et sa plus célèbre forme sculptée par le Colorado. Aux Etats-Unis, l’érosion karstique a façonné d’autres paysages, au Texas, en Alabama, dans le  Missouri, dans le Kentucky, dans le Tennessee, ou la Pennsylvanie. A l’échelle de la planète, les reliefs karstiques couvrent un peu moins de 10% des terres. Le mot allemand Karst, qui répond au nom slave de Kras, est né dans les plateaux calcaires du Nord-Ouest de la Yougoslavie, là où l’immensité karstique révèle sa diversité. Et si l’on veut du grandiose, il faut aller au Laos, en Papouasie Nouvelle Guinée, ou encore au Venezuela. Sur le plateau de Sarisarinama Tepui, à une soixantaine de kilomètres de la frontière brésilienne, le Sima Humbolt troue la forêt pour descendre à plus de 300 mètres. Le volume total de la cavité, qui  voisine de trois autres dolines, est de 18 millions de m3. Plus démesuré, le Xiaozhai Tiankeng dans le District de Chongqing, au centre-ouest de la Chine, descend à plus de 700 mètres de profondeur, pour un volume de près de 120 millions de m3. Les paysages karstiques, qui couvrent un demi-million de km² en Chine du Sud, principalement  dans les provinces du Yunnan, du Guizhou, et du Guangxi, comptent  parmi les plus impressionnants. (5) (6)

 

Aléas.

En janvier 2013, toujours en Chine, quatre buildings s’effondrent progressivement – d’abord un, puis trois – dans une cavité d’une dizaine de mètres de profondeur, ouverte sur 100 à 300 mètres au niveau du sol. (7) Le 21 mai dernier à Shenzen, ville en plein boom de la province du Guangdong, voisine de Hong-Kong, cinq personnes basculent dans une doline d’une dizaine de mètres de profondeur, brusquement  déchirée aux portes d’un bâtiment industriel. (8) Quelques semaines auparavant, toujours à Shenzen, un homme de 25 ans est précipité au fond d’une doline, à proximité d’un complexe résidentiel.(9) Il n’est pas impossible qu’un sous-sol malmené par un pompage excessif d’eaux souterraines, une modification du système de drainage, ou une accumulation de déchets sur un plafond fragilisé, s’ouvre sans crier gare….

 

M.J

 

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(1) “Florida man swallowed by sinkhole under bedroom feared dead”Rescuers in Florida put engineering equipment into the sinkhole but fail to find any signs of life, Associated Press in Brandon , The Guardian, 02-03-2013 http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/01/man-disappears-sinkhole-florida

(2) “What causes sinkholes”, Jon Henley, The Guardian, 04-03-2013 http://www.guardian.co.uk/world/2013/mar/04/what-causes-sinkholes-florida-man

(3)Sinkholes, Geology Topics, Florida Department of Environment Protection http://www.dep.state.fl.us/geology/geologictopics/sinkhole.htm

(4) Sinkholes, Geology Topics, Florida Department of Environment Protection http://www.dep.state.fl.us/geology/geologictopics/hazards/sinkholes.htm

(5) Les formes du relief terrestre, Notions de géomorphologie, Max Derruau, Collection dirigée par Jean Pelletier, Masson Editeur, 3° « dition mise à jour, 1079, p 38 à 43.

(6) Sinkholes, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Sinkhole

(7) “Sinkhole swallows whole building complex in China”, The Telegraph, http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/china/9833738/Sinkhole-swallows-whole-building-complex-in-China.html

(8) “China Sinkhole Kills Five In Shenzhen », Huffingtonpost, 21-05-2013 http://www.huffingtonpost.com/2013/05/21/china-sinkhole-shenzhen_n_3311661.html

(9) “Man swallowed by giant sinkhole in China dies”, The Telegraph, 28-03-2013http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/china/9959698/Man-swallowed-by-giant-sinkhole-in-China-dies.html

 

 


Publié le 6 juin 2013 par marlene dans Catastrophe naturelle.
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Eaux transfrontalières, une voie navigable.

 

Bonjour,

Le fleuve Sénégal, qui prend sa source en Guinée, arrose le Mali, la Mauritanie, et c’est à proximité des côtes sénégalaises qu’il se transforme en delta et rejoint l’Atlantique  en passant par Saint Louis . Le fleuve est aussi frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Près de 3,5 millions de personnes, environ 15% de la population des Etats riverains, tirent bénéfice d’un bassin qui s’étend sur 340 000 km². Le fleuve Sénégal, axe important de la traite des esclaves avant de devenir la route des bois tropicaux, raconte aussi l’histoire d’une coopération régionale au lendemain des indépendances afin de gérer les eaux de ce fleuve commun. Le Mali, la Mauritanie et le Sénégal signent plus d’une dizaine de traités. Le plus important d’entre eux, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) remonte à 1972, alors que les pays traversés par le fleuve sont frappés par la sécheresse. L’organisation qui se structure permet la construction de deux barrages, Diama (1985) au Sénégal et Manantali (1988) au Mali, afin de refermer la parenthèse de deux décennies de sécheresse. La Guinée, qui entre-temps a rejoint ce leadership régional, rêve à son tour de barrages pour produire de l’électricité dont bénéficieraient ses partenaires. Dans un contexte qui place l’eau au cœur des rivalités à venir, l’OMVS plaide pour une gestion commune des eaux transfrontalières. Les Nations Unies, qui déclarent 2013 « International Year of Water Cooperation » , souhaitent que les eaux partagées soient prétexte à discussion, et non à conflit. Les systèmes hydrographiques transfrontaliers couvrent près de la moitié de la surface émergée du globe. Ils constituent 60%  des réserves d’eau planétaires. Et 40% de la population mondiale partage cet accès à l’eau douce avec des communautés situées de l’autre côté de la frontière. Une publication de l’UNDP  détaille « la gestion des eaux transfrontalières. » (1)

 

Bassins transfrontaliers et inégalités.

Sur le continent européen, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Ukraine, Serbie…  pas moins de 19 pays se partagent les eaux du Danube, un record. Le bassin du Rhin associe lui 9 Etats. Le continent africain multiplie les interférences: 13 pays dépendent du bassin du Congo, 10 de celui du Nil, 11 Etats sont liés par le fleuve Niger, 9 par le Zambèze, et 6 par la Volta. L’Autorité du bassin de la Volta conduit cette association de 6 pays d’Afrique de l’Ouest.  Le système Nil , qui se déploie 3,2 millions  de km², environ 10% de la superficie du continent africain, offre un cadre de vie  à 150 millions de personnes. Ce complexe fluvial, qui relie des communautés qui vivent au Rwanda, en Ouganda, en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte, révèle un espace de développement humain différencié. Un système dans lequel l’eau et les limons charriés depuis l’Ethiopie ont donné vie au désert et fertilisé la région du delta. En Amérique du Sud, le bassin de l‘Amazone associe 9 pays. Le système Mékong lie le Cambodge, la Chine, le Myanmar, la République démocratique du Lao, la Thaïlande et le Vietnam. Le bassin du Gange-Brahmapoutre unit Bangladesh, Bhoutan, Chine, Inde, Myanmar, Népal. Ce partage des eaux, en principe facteur de développement pour les pays riverains,  pose la question des pays situés en amont, et en aval, du fleuve. Le système Tigre et Euphrate , qui  prend sa source dans les hauts plateaux arméniens, arrose la Turquie,  la Syrie, et l’Irak. En 1976, la Turquie lance un projet d’une vingtaine de barrages en Anatolie orientale. Il s’agit de produire de l’électricité et d irriguer près de 2 millions d’hectares de terres arides. En 1987, un accord bilatéral engage la Turquie, pays situé en amont, à fournir à la Syrie un débit suffisant pour irriguer ses cultures, et approvisionner l’Irak. Mais Syrie et Irak protestent contre une redistribution jugée insuffisante pour les cultures. L’eau consentie est de  mauvaise qualité. Entre 1994 et 2000, on enregistre une hausse des cas de fièvre typhoïde en Irak. (2) Israël, la Jordanie, et les territoires palestiniens, l’une des régions du monde les moins dotées en eau,  sont contraintes à partager la ressource . La Palestine est particulièrement dépendante de cette eau transfrontalière. Deux fois moins peuplée qu’Israël, elle doit se contenter de 10 à 15% de l’eau consommée par son voisin. Un partage inéquitable, porté par un contexte de conflit et de sécurité nationale, qui handicape l’agriculture et la vie dans les territoires occupés. Ailleurs, d’autres acteurs dominent le jeu des partages. L’Égypte dans le bassin du Nil, l’Inde dans le système Gange. Mais, même inégalitaire, la coopération domine. (1)

 

Un bilan positif, une coopération ouverte.

Le bilan d’une gestion transfrontalière des eaux – systèmes fluviaux, lacs, aquifères -, doté de son lot de tensions, est plutôt positif.  Au cours des cinquante dernières années, on ne compte que 37 incidents graves entre les Etats. Dont une trentaine au Moyen Orient. Pendant ce temps,  297 accords internationaux sur l’eau sont négociés et signés. Globalement, l’historique établi par l’Université d’Etat de l’Oregon oppose 1300 cas de coopération à un peu plus de 500 litiges. La plupart des différends portent sur la modification du débit des eaux transférées, sur l’installation d’infrastructures jouant sur ce débit, ou sur un calendrier d’exploitation de la ressource qui prive le voisinage. Plus rarement sur la pollution des eaux. Mais les tensions n’empêchent pas les accords. Dans le bassin du Jourdain, la Syrie a signé avec la Jordanie, la Jordanie avec Israël, et Israël avec les territoires occupés. Depuis 1991, le FEM , le Fonds pour l’Environnement mondial s’intéresse à une trentaine de bassins transfrontaliers dans le monde. Le Programme mondial sur les eaux internationales  évalue le terrain dans une soixantaine de régions du monde. Au-delà des menaces, note le rapport de l’UNDP, deux certitudes. Pour un grand nombre de pays, l’eau s’imposera dans les relations bilatérales, et régionales. La concurrence pour la ressource – et ses conséquences pour le développement humain – dépasseront le cadre national. Alors,  « L’eau deviendra-t-elle une source de tension accrues entre pays voisins ? » La réponse se glisse dans un cadre géopolitique plus large, ouvert ou non à la coopération. « Une chose est claire : les populations vivant dans des zones soumises au stress hydrique continueront à avoir fortement intérêt, sur le plan de la sécurité humaine, à l’adoption d’approches plus ambitieuses et moins fragmentées de la gouvernance de l’eau. », concluent les auteurs du document. (1)

M.J

 

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(1) Rapport Mondial sur le Développement humain 2006, UNDP  – Ch. 6. La gestion des eaux transfrontalièreshttp://hdr.undp.org/en/media/HDR_2006_FR_Chapter6.pdf

(2) Le Dessous des Cartes, Atlas géopolitique, Jean-Christophe Victor, Frank Tétart, Virginie Raisson, Cartographie : Frédéric Lernoud , ARTE Editions / Tallandier , 2006,  « Barrages Turcs »,  p226 à 229.

 

 

 

 

 

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Publié le 22 mars 2013 par marlene dans Actualité,eau
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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DOHA 2012.

Bonjour,

Les Nations Unies organisent une nouvelle conférence internationale sur le climat à Doha, au Qatar. DOHA 2012, réunie du  26 novembre au 7 décembre, est la dix-huitième Conférence des Parties (COP18) de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Et la huitième rencontre des pays signataires de Kyoto. Cette rencontre  doit préciser l’après Kyoto, qui expire le 31 décembre prochain. Le Protocole de Kyoto, traité international qui engage les Etats qui ont ratifié le texte à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique avec la déforestation, est formulé en 1997. Il devient effectif huit ans plus tard, après avoir obtenu un nombre suffisant d’adhérents.  Il compte à ce jour 195 parties – 194 Etats et l’Union européenne –, et n’a toujours pas été ratifié par un acteur majeur de la scène internationale, les Etats-Unis. En décembre 2007, la Conférence de Bali avait officiellement lancé les négociations pour l’après-Kyoto. En décembre 2011, la Conférence de Durban avait permis, in-extremis, de reconduire le Protocole de Kyoto, évitant  un vide juridique. Le Protocole de Kyoto, diversement interprété par les pays industrialisés, est le seul texte qui contraint les Etats membres à faire attention à leurs émissions. Dans le prolongement de  Durban, Doha devrait formuler une nouvelle feuille de route pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce nouveau texte, finalisé en 2015,  devrait  devenir contraignant en 2020. Mais le plus tôt sera le mieux car pour contenir le réchauffement  planétaire sous le seuil des 2°C au cours du siècle, les Nations  industrielles devront réduire leurs émissions de 25 à 40%, par rapport au niveau de 1990. La Conférence de Doha, qui doit amorcer ce nouveau processus international, est aussi l’occasion de faire le point sur les actions déjà engagées par les gouvernements, les acteurs privés, et la société civile pour freiner le réchauffement. Cette rencontre permettra encore d’examiner l’aide destinée aux pays en développement, déjà exposés à un climat qui change.

Un monde à 4°C…

Un rapport de la Banque Mondiale,  intitulé « Turn Down the heat -Why a 4°C warmer world must be avoided”, daté de novembre2012,  rappelle l’urgence à maintenir la hausse des températures sous les 2°C, afin d’éviter un « dangereux » changement de climat. (1) Si tous les pays seront affectés par les conséquences de la crise climatique qui se profile, certains le seront plus que d’autres, annonce le rapport. Le réchauffement, plus étendu sous les hautes latitudes, devrait être plus durement ressenti dans les espaces  tropicaux, aux équilibres plus fragiles. Une modification sensible des températures devrait modifier les conditions agricoles,  et malmener des écosystèmes sur lesquels comptent des millions de personnes pour vivre. La montée des eaux y est  annoncée plus dramatique qu’ailleurs, avec une élévation de 15 à 20% plus importante. Sous les basses latitudes, les cyclones tropicaux devraient se multiplier. Les pays pauvres de l’espace tropical et subtropical devraient connaître plus d’aridité, et plus de sécheresses.  Le rapport, qui redoute un monde réchauffé de 4°C par rapport à l’époque pré- industrielle, prédit des extrêmes, canicules, sécheresses, inondations dans beaucoup de régions du monde, avec de sérieux bouleversements des systèmes humains, des  écosystèmes, et de leurs fonctions associées. Et de conclure : « Un monde à 4°C posera des défis sans précédent à l’humanité. …le réchauffement supposé de 4°C ne doit simplement pas être autorisé à se produire – la chaleur doit être stoppée. Seule une action rapide, conjointe, et internationale peut y parvenir. » (1)

 

Activistes et gouvernements.

Interviewé par IPS, Patrick Bond,  analyste du climat, professeur à l’Université Kwazulu-Natal en Afrique du Sud,  et membre de l’IOPS – The International Organization for a Participatory Society – donne un avis sur l’avenir des négociations sur le changement climatique : « Pour résumer, le Protocole de Montréal de 1987 aurait dû être immédiatement conçu pour intégrer les gaz à effet de serre, mais au lieu de cela, parce que Washington insistait sur un marché du carbone inefficace une décennie plus tard à Kyoto – nous n’avons simplement pas vu une volonté politique appropriée et une stratégie éclairée, et jusqu’à ce que cela change, nous ne parviendrons à rien à une échelle multilatérale(…) Cela signifie que l’avenir de négociations potentiellement fructueuses se joue entre les activistes et la base populaire qu’ils rallient à leur cause, d’un côté, et les gouvernements – et les intérêts qui contrôlent souvent ces gouvernements – de l’autre. » (2)

M.J

 

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(1) “Turn Down the heat Why a 4°C warmer world must be avoided”, November 2012, A Report for the World Bank, by the Potsdam Institute for Climate Impact Research and, Climate Analytics

http://climatechange.worldbank.org/sites/default/files/Turn_Down_the_heat_Why_a_4_degree_centrigrade_warmer_world_must_be_avoided.pdf

 

(2) “Q&A: COP18, Another ‘Conference of Polluters’”, Busani Bafana, Interview du Professeur Patrick Bond, IPS, 27-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/qa-cop18-another-conference-of-polluters/


Publié le 4 décembre 2012 par marlene dans Actualité,Climat
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Prévoir « la vague qui mange les gens »…

 

Bonjour,

Dans le sillage du tsunami de 2004, deux histoires. D’abord, celle des Simeulue, une communauté musulmane qui vit sur l’île du même nom, dans l’Océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra. Après le séisme du 24 décembre, cette  population insulaire sent qu’il est temps de se réfugier sur les hauteurs voisines,  à  quelques centaines de mètres. Bien vu, la vague déferle. Sur une population côtière d’environ 80.000 personnes, seules sept victimes sont comptées. Dans cette communauté, la mémoire du tsunami remonte à 1907, quand un tremblement de terre est  suivi d’une vague très meurtrière. De cette histoire sont nées d’autres histoires ; des monuments et des rassemblements commémorent la tragédie. Le souvenir de l’évènement, transmis aux jeunes générations, figure dans la mémoire collective. Le mot « smong », l’équivalent de « tsunami », intégré dans le lexique communautaire, en suggère le risque. La seconde histoire, celle des Moken , prolonge la première. Les Moken habitent les îles Suri au large des côtes de la Thaïlande et du  Myanmar, dans la Mer d’Andaman. Dans cette société de tradition nomade, qui maîtrise la mer et ses secrets,  une légende raconte  la  «vague qui mange les gens » .Ici, tout le monde sait qu’avant un tsunami, la mer recule, et les cigales cessent leur chant. En 2004, un Moken note un silence inhabituel. Il prévient les autres. Longtemps avant que la première vaque déferle, la communauté s’est groupée sur les hauteurs. Il y  peu de victimes. Pour les Moken, le tsunami est la « vague des sept rouleaux. » (1) (2)

 

Histoires de serpents.

Les tremblements de terre  et les glissements de terrain accompagnent l’histoire du Népal, et de ses habitants. En 1934, un séisme fait 20.000 victimes, dont la plupart au tout début du phénomène. L’inde est également touchée. Dans un poème qui raconte l’évènement, l’auteur décrit la mort d’innombrables serpents. Etrange. Le tremblement de terre se produit en hiver, alors que les reptiles sont supposés hiberner.(3) Au Népal, et dans l’ensemble de l’Himalaya, les communautés, de tradition orale, racontent les cataclysmes et les  inondations qui deviennent des histoires, des chansons, des poèmes, ou des proverbes. L’un des proverbes de la culture Terai au Népal, exposées aux inondations de la West Rapti River, dit : « Le serpent et la rivière ne courent pas tout droit ». (2) Un peu plus tard, une autre histoire de serpents. En 1975, les habitants de la ville de Haicheng, dans le Nord-Est de la Chine,  s’inquiètent de la présence inhabituelle de serpents à cette époque de l’année. Bien qu’il soit difficile d’associer ces signes avant-coureurs à l’attitude des Autorités, celles-ci décident d’évacuer la ville. Le séisme, qui intervient quelques semaines plus tard, ne fait que peu de victimes. (3)

 

Constructions et solidarités.

En 1999, les Nations Unie créent un Bureau pour la Réduction des Risques et des Catastrophes, UNISDR. Depuis, cet organisme tisse une toile d’araignée, où interviennent scientifiques, ONG, et communautés locales, afin de prévenir les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, ou les cyclones qui menacent différentes régions de la terre. Les stratégies communautaires, réponse de terrain à un aléa récurrent, intéressent l’UNISDR . Une publication en détaille quelques exemples dans la région Asie-Pacifique. (2) Dans le Nord de l’Inde, dans les Etats de Jammu et du Cachemire, régions exposées aux séismes, les maisons traditionnelles sont construites pour résister. Ces techniques de construction s’appellent « Taq »,  ou « Dhajji dewari », un  patchwork mural composé de panneaux horizontaux, verticaux, ou diagonaux, qui présente une flexibilité qui fait défaut aux constructions modernes. En octobre 2005, lors du tremblement de terre qui secoue le Cachemire, ces bâtiments, conçus pour être secoués, sauvent des vies. Ailleurs, la communauté maîtrise l’aléa en s’organisant. Au Nord-Ouest du Pakistan, dans les districts de Manschra  et de Bettagram, l’altitude, le climat, le relief montagneux , isolent  les communautés.  Des terres infertiles et la pauvreté ajoutent au décor. Pour affronter les tremblements de terre, les pluies diluviennes, la neige, les glissements de terrain, et les inondations rapides, les populations n’ont que leur solidarité. En période de fortes pluies, quelques-uns surveillent le niveau des eaux, et préviennent les foyers exposés. Les familles plient bagage, et se réfugient chez un parent, ou un ami. Le retour à la normale est fêté par des spectacles, et des rituels. En Papouasie-Nouvelle Guinée, les villages Singas, situés sur l’une des rives de la Markham River, dépendent d’une rivière capricieuse. Deux inondations mémorables en 1998 et 2002.  Des maisons sur pilotis, qui s’élèvent au fil des crues et de leur fréquence, un usage planifié des terres cultivables, une solidarité pour la nourriture et l’environnement, révèlent l’adaptation à un milieu à la fois généreux et hostile. Incités à déplacer leur habitat sur les hauteurs, ils ont refusé. (2)

 

Lire les humeurs du ciel.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, a beaucoup travaillé avec des communautés africaines. Beaucoup d’Africains, initiés lisent les prévisions météorologiques inscrites dans la nature. Ils connaissent, par exemple, la route des tempêtes et celle des vents dominants, une annonce qui permet de construire un toit, d’aménager un coupe-vent, ou d’ériger des murs, avec un peu d’avance sur le mauvais temps. Une bonne lecture des corridors de pluie permet de se préparer à l’orage. Connaître la couleur des nuages porteurs de grêlons, savoir qu’une tempête peut succéder à une sécheresse, ou que la lumière d’une première pluie peut annoncer un désastre, est une mémoire héritée d’une longue observation des cieux africains. Cette lecture ancestrale permet aussi de repérer un chant d’oiseau qui annonce la nouvelle saison. Ce bulletin météo note encore la hauteur des nids d’oiseaux près des rivières, annonciateur d’inondations ; ou la multiplication des mites, signe d’une sécheresse à venir. Quand une  position du soleil coïncide avec  la présence d’une certaine espèce d’oiseau près d’une rivière, la saison des pluies arrive. A défaut de pouvoir toujours parer aux aléas du climat, ces informations peuvent être utiles pour le calendrier des cultures. (1)


Insulaires et scientifiques.

Sur l’île d’Ambae, le plus grand volcan de Vanuatu est doté de deux lacs de cratères, le lac Voui et le lac Lakura, l’un bleu, l’autre vert. Endormi pendant près de quatre siècles, Ambae semble se réveiller en 1991. Au dessus des lacs jumeaux qu’il survole, un pilote de la Vanair, la compagnie aérienne locale, remarque une surface en ébullition. A proximité, la végétation est brûlée. Quelques jours plus tard, les signes s’affirment, émanations de soufre, eaux aux couleurs changeantes. Les insulaires n’ont rien remarqué. Eveillé, le volcan multiplie les secousses pendant trois années. En 1995, l’affaire semble plus grave. Les eaux du lac bouillonnent, un panache de fumée s’élève sur 2 à 3 kilomètres dans le ciel, les secousses se répètent. L’évacuation de l’île est envisagée. Les géophysiciens de l’ORSTOM – devenu l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement –  prédisent l’éruption de l’Ambae,  70 chances sur cent. Mais le volcan continue de somnoler.(4) Un chercheur néo-zélandais, qui travaille sur les risques volcaniques, et avec les communautés d’Ambae, reprend l’histoire. En 1995, la France – Vanuatu est lié à la France par l’histoire et la Francophonie – dépêche un navire pour évacuer les insulaires. Mais ceux-ci n’ont pas décelé les signes habituels qui annoncent l’éruption du volcan, le lac qui change de couleur, le départ soudain des oiseaux, ou les fourmis qui colonisent la végétation. Effrayée par le navire français, la population s’enfuit sur les hauteurs. (3) Dix  ans plus tard, en 2006, le lac Voui se colore à nouveau d’un rouge, jugé inquiétant…(5)


MJ.

 

 

 

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(1) The Wave That Eats People – The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction, David Singh, UNISDR, 09-08-2011http://www.unisdr.org/archive/21236

(2) “Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction: Good Practises and Lessons Learned from Experiences in the Asia-Pacific Région”;  ISDR (International Strategy for Disaster Reduction ),  Kyoto University,  European Union, 2008. http://www.unisdr.org/files/3646_IndigenousKnowledgeDRR.pdf

 (3)“Snakes and folk tales meet science in disaster warning”,Smriti Mallapaty, SciDev Net, 21-11-2012, http://www.scidev.net/en/agriculture-and-environment/features/snakes-and-folk-tales-meet-science-in-disaster-warning.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_agricultureandenvironment

(4) Ambae Volcano, Vanuatu Tourism Office, 2011. http://vanuatu.travel/fr/discover-the-islands/volcans/ambae-volcano.html

(5)« Vanuatu : Ambae et le lac Voui », earth-of-fire, le blog de Bernard Duick, 05-10-2010 http://earth-of-fire.over-blog.com/article-vanuatu-ambae-et-ambrym-57995700.html

 


Publié le 29 novembre 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Catastrophe naturelle.,Climat,Volcans.
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« Waste food », un vrai gâchis.

Bonjour,

 

Plus d’un milliard de tonnes. Depuis quelques temps  la FAO, l’organisation des Nations Unies  pour l’Alimentation et l’Agriculture, s’intéresse à une aberration majeure de  l’histoire humaine, le gaspillage de nourriture. Chaque année, plus de 1,3 milliard de tonnes de comestibles, le tiers des aliments produits dans le monde, l’équivalent d’un continent de bouffe devenu ou déclaré impropre à la consommation, part à la benne. C’est le constat d’un rapport de la FAO, « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde », paru en mai 2011. (1) Dans un contexte mondial où les prix alimentaires grimpent, réduire ce gâchis de nourriture dans les pays les plus pauvres aurait un effet immédiat sur les conditions de vie, et sur la sécurité alimentaire. Ce scandale du  « Waste food »  est largement relayé par les media.

 

Diviser par 2 le gaspillage. Les pertes et le gaspillage alimentaires, telles que posées par la FAO, ne concernent que les produits destinés à l’alimentation humaine. Le rapport note que le gâchis du consommable court tout au long d’une chaine alimentaire, accident de récolte dans le champ de cultures vivrières, ou steak périmé balancé à la poubelle par le consommateur. Il peut s’agir d’une moisson ruinée par une intervention tardive; de fruits abîmés par une manipulation brutale, aussitôt écartés du circuit; de céréales mal stockées devenus impropres à la consommation;  d’un processus de transformation défectueux; ou de légumes simplement restés en rade sur l’étal du détaillant. En fin de cycle, les dates limite de consommation, les fameuses DLC, forcent le gâchis dans les supermarchés et dans les frigos des particuliers. Selon une étude de la Commission européenne, le gaspillage alimentaire « made in Europe », 89 millions de tonnes annuelles, est d’abord le fait des consommateurs (42% ), talonnés par les industriels (39%), suivis de loin par les restaurateurs (14%) et les détaillants (5%). Le document, qui note que les foyers pourraient facilement réduire leur gâchis de moitié, rappelle aussi la paupérisation d’un continent,  où 16 millions de personnes dépendent des œuvres de charité pour s’alimenter. (2)

 

Géographie du gâchis. L’exemple européen introduit une géographie mondiale du gaspillage, dominée par les pays riches. Chaque année, les pertes alimentaires par habitant, Europe et Amérique du Nord, s’élèvent à près de 300 kg de nourriture, gâchis cumulé tout au long de la chaine alimentaire. Cette estimation tombe de moitié pour l’Afrique sub-saharienne, l’Asie du Sud, et l’Asie du Sud- Est. Plus la production alimentaire est élevée, plus le consommateur gaspille. Chaque année, 900 kg de nourriture sont destinés à un Européen ou à un  Nord-Américain. Contre 460 kg pour un Africain ou un Asiatique. Les premiers jettent une centaine de kg de nourriture par an, les seconds à peine une dizaine. Si globalement, pays industrialisés et pays en développement gaspillent autant, ils ne gaspillent pas au même moment du processus alimentaire. Question de climat, d’infrastructures, ou de civilisation. Les pays riches gâchent plutôt en fin de chaine, au niveau de la distribution des produits et de la consommation. Dans les pays à plus faibles revenus, les pertes interviennent après la récolte ou lors de la transformation des produits. Les denrées périssables sont plus difficiles à stocker sous des climats chauds et humides, quand les infrastructures de stockage existent. Elles sont aussi plus difficiles à transporter, et à conditionner. Les régions peuplées d’Asie du Sud et d’Asie du Sud- Est, dont l’alimentation repose sur le riz, enregistrent des pertes élevées au moment des récoltes et du stockage. Toujours dans l’espace asiatique, la nourriture d’origine animale, produite par un bétail soumis à de fréquentes maladies, pneumonie, appareil digestif, parasites, est gâchée en début de cycle. L’Europe et les Etats-Unis, où  l’on consomme la  plus grande quantité de steaks et de viandes diverses, détiennent un autre record : « Le gaspillage constaté au stade de la consommation représente à peu près la moitié de la totalité des pertes et gaspillages alimentaires. » (1a)

 

Afrique sub-saharienne. A l’échelle mondiale, les pertes et le gaspillage alimentaires restent difficiles à quantifier, à caractériser. Les données font défaut. Une meilleure connaissance de la chaîne du gaspillage permettrait,  sans doute, de diminuer la tension entre la production et la consommation de nourriture. Question d’actualité, plus de 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde (FAO, 2012). Question de démographie, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards à l’horizon 2050. (UN/Population, 2009)En attendant, le rapport mise sur l’éducation des paysans du monde en développement pour optimiser les récoltes et organiser le stockage. Mais, stockage, transports, transformation, ou conditionnement, les infrastructures pour améliorer la filière font défaut dans les pays pauvres. Dans les pays riches, le rapport invite à une prise de conscience : « Le gaspillage alimentaire par les consommateurs enregistré dans les pays industrialisés (222 millions de tonnes) est presque aussi élevé que le total de la production alimentaire nette enregistrée en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes) ».(1b)

 

M.J

 

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(1) « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde ». Ampleur, causes, et prévention. Etude menée pour le Congrès International Save Food ! à Interpack 2011, Dudsseldorf, Allemagne. Conduite par le Sweedish Institute for Food and Biotechnology. (SIK) Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – Rome 2012. http://www.fao.org/docrep/016/i2697f/i2697f00.htm

(1a) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 8

(1b) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 5

 

(2) Parliament calls for urgent measures to halve food wastage in the EU, Plenary Session Agriculture ? 19-01-2012 – 13:07,European Parliament News, http://www.europarl.europa.eu/news/en/pressroom/content/20120118IPR35648/html/Parliament-calls-for-urgent-measures-to-halve-food-wastage-in-the-EU 

Pour réduire les pertes et les gaspillages alimentaires, la FAO a lancé  « Save food ». Il s’agit d’une  collaboration entre les agences des Nations Unies, qui siègent à Rome, et leurs principaux partenaires. La Banque africaine de Développement, la Banque Mondiale, le PAM (Programme alimentaire mondial), ou l’Union Européenne participent à cette initiative planétaire. Des partenaires privés, comme l’industrie de l’emballage alimentaire, sont associés. Leur but est de développer un réseau qui travaille ensemble à réduire ce gâchis. L’initiative est relayée par un tapage médiatique.

 


Publié le 26 octobre 2012 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire,déchets
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Sécurité alimentaire: Brésil, exemple, et contre-exemple.

Bonjour,

 

Recul de la faim. Environ 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde, la plupart originaires des pays les plus pauvres. C’est l’estimation de « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » publié il y a quelques jours, production de  la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et de deux autres agences onusiennes, (1) S’il n’y a pas de quoi pavoiser, la publication note cependant un recul de la sous-alimentation mondiale. En vingt ans (1990-1992 – 2000-2002), 132 millions de personnes sont sorties des statistiques de la faim. Dans l’espace en développement, la proportion de personnes ayant des difficultés pour se nourrir est  passée de 23% au début des années 90, à 15% deux décennies plus tard. En 2003, le recul de la faim est le pari de Luiz Inácio Lula da Silva, qui vient d’être élu à la tête du Brésil. Il y articule une politique de développement rural et de lutte contre la pauvreté.

 

Petite agriculture. « Nous allons créer les conditions nécessaires pour que tous les gens de notre pays puissent manger à leur faim, trois fois par jour, tous les jours, sans avoir besoin de dons de quiconque. Le Brésil ne peut plus continuer à vivre au milieu de tant d’inégalité. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale.».(2) Extrait du discours d’investiture du Président Lula da Silva, le 1er janvier 2003. Avec 170 millions d’habitants, le Brésil est le plus grand et le plus densément peuplé des Etats d’Amérique du Sud. Son statut d’économie émergente, qui annonce un niveau de vie croissant, dissimule mal 44 millions de personnes vivant dans un extrême pauvreté. Le quart de la population du pays. Dans ce grand espace, la production agricole se concentre dans le Sud, le Sud- Est, et plus timidement au Centre, quand les populations les plus exposées à la faim habitent le Nord et le Nord-Est du pays. Le Nordeste , cette région aride que ses habitants fuyaient pour échapper à la misère et à la faim. Ici, la production agricole ne  couvre pas les besoins essentiels de la population. Au Brésil, la petite agriculture occupe environ le quart des terres cultivables, et emploie plus de 70% de la main d’œuvre rurale. C’est elle qui produit l’essentiel de la nourriture consommée dans les familles brésiliennes.(OXFAM) C’est donc elle qu’il faut stimuler. Le Président Lula, né dans une famille pauvre du Nordeste, connait la difficulté à survivre des plus pauvres. (3) (4)

 

Pauvreté, sécurité alimentaire, économie rurale. En 2003, le Président Lula lance «FOME ZERO », un  programme qui combine réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, et petite agriculture familiale. Trois priorités intimement liées qui doivent remplir les ventres, développer l’agriculture vivrière, et impulser un marché local. Premier instrument de cette stratégie, la « Bolsa Familia » un ambitieux programme d’aide aux douze millions de familles les plus nécessiteuses. Chaque mois, chaque ménage reçoit une enveloppe de 20 $ afin d’accéder aux produits alimentaires de base. Cette aide se décline aussi dans les domaines de la santé, ou de l’éducation. « Alimentaçao Escolar », autre instrument de la dynamique Lula, fournit chaque jour plus de 47 millions de repas gratuits dans les écoles du pays. « Fotalecimento do Agricultura Familiar » doit remettre la petite agriculture sur pied, avec plus de produit, de meilleure qualité. Cette économie rurale permettra aux producteurs de gagner un peu d’argent en vendant leur production, tout en constituant des stocks agricoles pour parer aux pénuries. Les prix du marché local, soumis à contrôle, sont stabilisés. Lula, qui place la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté au cœur de son projet politique, fédère les forces vives de la Nation. Acteurs gouvernementaux, au niveau fédéral, au niveau des Etats, des municipalités, des villages ; membre de la société civile, ONG, associations, groupes religieux; ou acteurs du secteur privé, tout le monde est invité à suivre Lula. Cette vision du développement est approuvée par la Banque mondiale et la FAO, qui débloquent des crédits. La bonne santé économique du Brésil, qui permet de créer des emplois, de valoriser les salaires, et de donner un petit pouvoir d’achat aux indigents, porte cette stratégie. (2)(3)(4)

 

Moins 20 millions de pauvres. OXFAM et la FAO, qui détaillent le processus, en dressent un bilan élogieux,  « Bravo Lula ! ».Ils ne sont pas les seuls.  En 2009, en moins de dix ans, 20 millions de très pauvres ont échappé à leur condition. Le Brésil est ainsi parvenu à atteindre  la première phase des Objectifs du Millénaire pour le Développement, réduire de moitié la misère du monde, projection 1990-2015. Au Brésil, dès 2007, la faim perd du terrain, moins un tiers d’affamés par rapport au début des années 2000. La FA0 note que la petite agriculture familiale a permis d’augmenter les revenus paysans de  plus d’un tiers entre 2003 et 2009. Ce bilan, valorisé par le contexte socio-économique d’un Brésil très inégalitaire, laisse encore  une quinzaine de millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Toujours en 2009, près du tiers des familles brésiliennes rencontrent des problèmes pour s’alimenter correctement. Si pour plus de 10 millions de personnes manger reste un défi quotidien, Lula a cependant fait reculer la faim et la pauvreté dans son pays. On lui doit aussi un recul de la malnutrition infantile, et du travail des enfants. (2) (3) (4)  La Bolsa Familia a notamment contribué à introduire plus de femmes sur le marché du travail, plus 16%. La gestion de la petite bourse gouvernementale a permis de les valoriser au sein de la famille. Elles y ont gagné en assurance, et en indépendance. (1)

 

Canne à sucre. Dans son ouvrage, «  Destruction massive », Jean Ziegler intitule froidement un chapitre : « La malédiction de la canne à sucre ». (5) Il écrit : « Au Brésil, le programme de production d’agrocarburants jouit d’une priorité absolue. » (5a). La canne à sucre, une culture très « rentable », est au cœur de cette production d’éthanol, destiné au parc automobile intérieur et à l’exportation. C’est le plan « Pro-Alcool ». C’est aussi une machine à concentrer des terres qui ne laisse aucune chance aux petits propriétaires. Selon Jean Ziegler, pendant la décennie 1985-1996, près de 5,5 millions de paysans auraient été expulsés de leurs terres, et près de 950.000 exploitations, « petites et moyennes », avalées par ce détournement de l’espace agricole. « L’insécurité alimentaire dans laquelle vit une grande partie de la population brésilienne est ainsi directement liée au programme Pro-alcool » (5b). Dans ces régions plantées de canne à sucre, les paysans, qui ne cultivent pas assez pour se nourrir, achètent des produits de première nécessité. Avec des prix qui fluctuent, et qui grimpent. « C’est ainsi qu’en 2008 les paysans n’ont pu acheter suffisamment de nourriture en raison de l’explosion brutale des prix. » (5b). Depuis 2007-2008, années de crise financière, de crise alimentaire portée par la sécheresse et la spéculation, le problème de la faim piétine à l’échelle mondiale. Constat de  « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » (1)

 

« Terre de la faim ».Jean Ziegler présente un autre Brésilien, Josue de Castro, médecin, anthropologue, Président de la FAO dans les années50, et grand agitateur de consciences sur le thème de la faim. Dans « Géopolitique de la faim », titre publié en portugais en 1950, il écrit : « La faim déterminée par l’inclémence de la nature constitue un accident exceptionnel alors que la faim considérée comme un fléau fabriqué par l’homme est la condition habituelle des régions les plus différentes du globe. Toute terre occupée par l’homme a été transformée par lui en terre de la faim. » (6)

 

M.J

 

 

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(1) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 », publication de la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, du FIDA , le Fonds des Nations Unies pour le développement agricole, et du PAM, le Programme alimentaire mondial.

 

(2) « FOME ZERO- L’expérience brésilienne », Coordinateurs: José Graziano da Silva, Mauro Eduardo Del Grossi, Caio Galvão de França, Ministère du développement agraire Brasilia, 2012  http://www.fao.org/docrep/016/ap339f/ap339f.pdf

(3) Supporting Programmes for Food Security – Success story http://www.fao.org/spfs/national-programmes-spfs/success-npfs/brazil/en/

(4)Fighting hunger in Brasil- Much achieved, more to do – Oxfam Case Study – June 2010

 http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/cs-fighting-hunger-brazil-090611-en.pdf

(5) « Destruction massive, Géopolitique de la faim, Jean Ziegler, Seuil, octobre 2011, 5a : p263, 5b : p268

(6)« Geopolitique de la faim », Josue de Castro, 01-01-1971, Les éditions Ouvrières, Nouvelle édition revue et augmentée. Préface de Max Sorre. Préfaces des éditions américaine et anglaise de Pearl Buck et Lord John Boyd Orr. Trad. de Léon Bourdon. p59

Source carte économie agricole.

http://www.mar-br.chez-alice.fr/Bresil/bresil_economie.htm

 

Des discussions du Comité de la sécurité alimentaire mondiale se sont déroulées du 15 au 20 octobre 2012. Quelques uns des thèmes abordés. http://www.fao.org/bodies/cfs/39th-session/fr/


Publié le 19 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Brésil,crise alimentaire,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Les rochers Liancourt entre Corée et Japon.


Bonjour,

Des rochers très surveillés. Les Sud-Coréens les appellent Dokdo, les îles solitaires. Elles se sont aussi appelées Usando, Hajido, et Sambongdo. Pour les Japonais, elles sont Teshima, les îles aux bambous. Les chasseurs de baleines français, qui naviguent sur cette mer en 1849, les nomment rochers Liancourt. Du nom de leur baleinier. Cette mer dans laquelle baignent ces îles, entre péninsule coréenne et archipel japonais, est d’ailleurs un sujet de discorde. Les Coréens l’appellent Donghae, la Mer de l’Est. Pour les Japonais, elle est la Mer du Japon. (1) Mais revenons à nos ilôts qui se composent de deux rochers principaux nés de l’activité volcanique, entourés d’une trentaine d’autres, plus petits. L’archipel s’étend sur une vingtaine d’hectares, la superficie d’une propriété à la campagne. Ces îles sont difficiles d’accès, battues par les vents et les pluies, soumises à une météo capricieuse. A première vue, ces rochers, hostiles et isolés, ne présentent guère d’intérêt. Ce n’est pas l’avis des Coréens, qui les occupent depuis 1954. Et qui entendent bien continuer à faire figurer ces confettis sur la carte de leur territoire national. Ce n’est pas non plus l’avis de ces Japonais qui rêvent de les intégrer à l’archipel nippon. Ces rochers, situés à plus de 200 kilomètres des côtes de la péninsule coréenne, et à un peu plus de 80 kilomètres de l’île d’Ulleung, sont distantes de plus de 150 kilomètres d’Oki, l’île la plus occidentale du Japon., et de 250 kilomètres des côtes du Honshu.  Peuplés de quelques garde-côtes et d’un vieux couple de pêcheurs, ces ilôts sont surveillés de près par la Corée. (2) (3

Querelle de territoire. Dokdo, mentionnée assez tôt dans l’histoire coréenne, est désignée vers le XV° siècle dans sa géographie. Au Japon, le nom de Dokdo apparaît au XVII° siècle. Mais c’est surtout au cours de la première moitié du XX° siècle, que Dokdo, ou Tokto selon les transcriptions, marque un temps important de la mémoire collective coréenne. Le Japon, dont l’influence progresse rapidement au XIX° siècle dans cette partie de l’Asie, s’approprie ces rochers en 1905. Ils les renomment Takeshima. Cette conquête est l’avant poste de la colonisation de la péninsule coréenne. En 1905, la Corée devient protectorat japonais, avant d’être annexée en 1910. Les Japonais pillent ses ressources et ses réserves agricoles, asservissent sa main d’œuvre et ses femmes, et programment la disparition de la culture coréenne. Ce temps long de l’histoire de la Corée, quatre décennies, s’achève en 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, et  les hésitations des Etats-Unis, Dokdo ne figure pas sur le Traité de San Francisco. Le  Japon en profite  pour revendiquer ce territoire. En 1952, la Corée proclame sa souveraineté sur une partie de cette mer qui la sépare du Japon, et qui inclut les rochers de Dokdo. Depuis 1954, la Corée administre et garde jalousement l’accès à ce confetti territorial. En 1954, puis en 1962,  le pays refuse que la question de Dokdo soit examinée par  la Cour Internationale de Justice (CIJ), sur proposition du Japon. Ce tribunal mondial, chargé de régler les différends territoriaux, ne peut engager une procédure sans l’accord des Etats concernés.(2) (3) (4)

Touristes. En 2008, un article du New-York Times s’intéresse aux iles Dokdo, et à ces touristes coréens qui font la traversée, en signe de solidarité nationale: « Chaque jour, si le temps le permet, des centaines de Coréens du Sud embarquent à destination de ce groupe d’îlots pratiquement inhabitables, situés à sept heures de mal de mer du continent coréen. » (4) Les vagues sont si imprévisibles, décrit encore le narrateur, qu’un peu plus de la moitié des visiteurs peut accoster sur l’un des rochers pour une visite de 20 minutes. Pendant que les autres doivent se contenter d’un tour en ferry, en agitant des drapeaux coréens. En 2005, année du cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, annoncée comme le temps de la réconciliation entre Corée et Japon, la Préfecture de Shimane fait du 22 février un jour dédié à Takeshima, piqure de rappel de la projection territoriale du Japon. Shimane est la préfecture qui a revendiqué Dokdo, quelques mois avant l’invasion japonaise de 1905. Puis, le Ministère de l’Education nationale du Japon approuve une révision de l’histoire dans des manuels scolaires. Les textes minimisent le passé colonial du Japon, et les crimes de guerre associés. En réponse, les rues de Séoul s’agitent, pendant que grandit un sentiment anti- Japonais. En août dernier, à quelques jours de l’anniversaire de la capitulation du Japon, le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, fait le voyage jusqu’aux rochers. Il est le premier leader sud-coréen à y mettre les pieds. Tokyo se met en colère, convoque l’ambassadeur de Corée du Sud, et rappelle le sien en poste à Séoul. Le ton monte. Le Japon renouvelle sa demande d’un examen du contentieux territorial par la CIJ. Cette question de géopolitique régionale n’exclut peut-être pas quelques visées économiques : une extension de la ZEE, la zone économique exclusive associée à Dodko, l’accès à des eaux poissonneuses et à quelques réserves d’hydrocarbures situés à proximité des rochers. (3) (4)

Peur. Globalsecurity.org, site commercial américain qui s’intéresse aux questions de stratégie, et à cette querelle de territoire, synthétise la position des nationalistes coréens. (3) Selon eux, l’acharnement des Japonais à réclamer Dokdo  s’inscrirait dans une vision stratégique qui fait écho à l’invasion de 1905. La diplomatie japonaise actuelle, ou les relations diplomatiques que le Japon entretient avec la Corée, rappellent la tradition  impérialiste nippone. Dokdo, ne serait pas seulement un différend territorial, mais une querelle de Nations. En défendant Dokdo, et la souveraineté de la Corée du Sud, les nationalistes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme la nouvelle diplomatie impérialiste du Japon.(3) Un point de vue intitulé « Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », signé Pascal Dayez-Burgeon,  publié dans Libération par le 18 septembre dernier, contextualise cet argument : « En fait, Dokdo est révélateur d’une peur profondément ancrée dans la conscience collective des Coréens : celle d’une reconquête de leur pays par le Japon. L’histoire ne leur donne pas tort. » Le chercheur évoque une mémoire collective coréenne traumatisée par les nombreux assauts d’un Japon expansionniste. Ces agressions, caractérisées dès le XIII° siècle, répétées au XVI° siècle, se manifestent violemment au début du XX° siècle. Depuis, le Japon projette son ombre sur la Corée, s’insinue dans sa mémoire collective, et contrarie peut-être son destin national. « Il y a loin, bien sûr, du fantasme à la réalité. Que l’on sache, la reconquête japonaise n’est pas à l’ordre du jour. L’affaire Dokdo n’en souligne pas moins un profond malaise.» nuance le chercheur, qui s’interroge sur l’avenir d’une péninsule coréenne, entre Chine et Japon. (6)

M.J

 

Difficile de trouver une video simplement informative !

 

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(1) A lire : Philippe Pelletier : « Mer du Japon, mer de l’Est ou bien quoi ? La toponymie asiatique confrontée à son Extrême-Orient » Résumé de la communication du 9 octobre 2009 , à l’Institut d’études politiques de Lyon. http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?article1241

(2)Liancourt Rocks, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks

(3) Liancourt Rocks / Takeshima / Dokdo / Tokto http://www.globalsecurity.org/military/world/war/liancourt.htm

(4)Liancourt Rocks Dispute, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks_dispute

(5)« Desolate Dots in the Sea Stir Deep Emotions as South Korea Resists a Japanese Claim” Choe Sang-Hun, The New York Times, 30-08- 2008 http://www.nytimes.com/2008/08/31/world/asia/31islands.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

(6)« Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », Pascalo Dayez-Burgeon, Directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, Libération, 18-09-2012http://www.liberation.fr/monde/2012/09/18/les-ilots-dokdo-ou-le-fantasme-de-la-reconquete-japonaise_847200

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 1 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Japon
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Des « îles aux chèvres » très convoitées.

Bonjour,

Mini archipel. Les îles Senkaku, nom décliné à la japonaise, se situent en Mer de Chine orientale, à environ 400 kilomètres à l’Ouest de l’archipel d’Okinawa, et à un peu moins de 200 kilomètres au Nord-Est de Taïwan. C’est un mini archipel composé de cinq îles volcaniques et de trois rochers. Ces îles sont considérées comme « terra nullius », des terres jamais véritablement habitées. La faune et la flore n’y présentent pas grand intérêt, sauf peut-être quelques oiseaux à plumes. Plus intéressant, les eaux y sont poissonneuses et les fonds marins prétendus dotés d’hydrocarbures. Ces îles, situées à la lisière  du continent asiatique, trop petites pour figurer sur toutes les cartes, sont convoitées par le Japon, la Chine, et Taïwan, qui réclame un peu moins fort. Ce différend territorial, tissé après la Seconde Guerre mondiale, est évoqué par Mao Tsé Toung qui visite le japon en 1978. Il invite à mettre en suspens la question des Senkaku , « pour être traitée par une génération future plus sage ». (1) Les Senkaku, appelées Diaoyu par les Chinois, sont aujourd’hui contrôlées par le Japon.

 

Géo-histoire.L’histoire de cette querelle territoriale entre la Chine et le Japon -Taïwan est ici oubliée -, portée par un fort ressentiment entre les deux Nations, débordée par un nationalisme virulent, est complexe et ancienne. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier en synthétise le cours. (2) D’abord une présence chinoise ancienne, fin du XIV° siècle, attestée par des récits de voyages. Une thèse (2008) en précise les  relations. (1)  En 1372, l’archipel des Ryukyu paie tribut à la Chine. Au début du XVII° siècle, cette relation tributaire lie les Ryukyu  à la Chine,  et au Japon. En 1879, les Japonais annexent les Ryukyu, et découvrent les Senkaku quelques années plus tard. En 1895, ils les intègrent à l’archipel nippon, dans un contexte de guerre sino-japonaise (1894-1895) et de conquêtes territoriales. La Chine n’est pas en mesure de protester. En 1896, l’île, prêtée par le gouvernement japonais, est exploitée par un industriel, Tatsushir? Koga. Il y développe la pêche à la bonite, et valorise les plumes d’albatros. En 1940, c’est la faillite, l’île est abandonnée. L’archipel d’Okinawa, théâtre de violences inouïes pendant la Seconde guerre mondiale, puis de tensions entre les Etats-Unis et le territoire occupé, est restitué au Japon en 1972. Senkaku est intégrée dans ce lot territorial, sans figurer sur l’accord signé entre les Etats-Unis et le Japon en 1970. Les Etats-Unis veulent éviter de prendre parti dans cette querelle annoncée. Malgré un accord de pêche en 1997 entre le Japon et la Chine, les activistes nippons aiment à rappeler l’autorité de leur pays sur ces cailloux. (3)

 

Tensions. A la mi-aoùt 2012, d’autres activistes débarquent  sur Diaoyu pour réclamer son intégration au territoire chinois. Quelques jours plus tard, ils sont salués dans les rues de Hong-kong. Les nationalistes japonais réagissent par une autre expédition sur l’ile.Depuis 2002, la famille Kurihara, devenue propriétaire de l’archipel, loue quatre  îles au gouvernement japonais.  Début septembre, comme annoncé depuis quelques temps, Tokyo achète trois îles de ce mini-archipel pour un peu plus de 2 milliards de yens, plus de 20 millions d’Euros. Officiellement, il s’agit d’empêcher des nationalistes d’acquérir ces rochers, avec des débordements prévisibles. Les tensions, qui se sont multipliées entre les deux pays, s’ajoutent  à des ressentiments plus anciens. La Chine, qui le 19 septembre dernier commémorait l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, début d’une colonisation sauvage qui s’achèvera en 1945, reproche au Japon ses excuses timides. Ce que réfute le Japon. De vieilles  rancunes, la course au leadership régional, des difficultés politiques internes, et un nationalisme actif, se mélangent des deux côtés à des degrés divers pour fabriquer de l’explosif. En Chine, agitée par une semaine de manifestations,  la communauté et les intérêts japonais ont été malmenés. Les usines Toyota, Sony, Panasonic, l’enseigne UNIQLO et d’autres, ainsi que de nombreux commerces ont dû cesser leur activité. La presse évoque une manipulation de l’opinion par les Autorités, soucieuses de la détourner d’autres questions sensibles. Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo crache son venin contre les Chinois. (4)

 

« Iles aux chèvres ». Sur le site de Bloomberg, un éditorialiste, qui prend la mesure de la crise entre les deux pays, prend aussi le parti de la plaisanterie : « Les Japonais les appellent les îles Senkaku, les Chinois les nomment Diaoyu. Laissez-moi suggérer un nom plus approprié : les îles aux chêvres. » Les chèvres sont tout ce que l’on peut trouver sur ce groupe de rochers inhabités,  pour lesquels Japonais et Chinois sont prêts à prendre les armes. (5) Et d’ailleurs, qu’est ce qui fait courir Chinois et Japonais ? L’accès à des eaux  poissonneuses ? De conséquentes ressources en pétrole et gaz, le contrôle des routes qui y mènent ? Ou les frontières dessinées sur la mer par les ZEE, ces zones économiques exclusives qui étirent les territoires à 200 miles marins des côtes. Soit un peu plus de 370 kilomètres. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier note que la ZEE du Japon dote l’archipel de presque 4,5 millions de km²,  qui s’ajoutent à une superficie terrestre d’environ 380 000 km². Ce qui, terre et mer ajoutées, fait du petit Japon le 6° espace mondial.

M.J

 

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(1) “ The Diaoyu / Senkaku Islands Dispute, Questions of Sovereignty and Suggestions for Resolving the Dispute”,  Martin Lohmeyer, University of Canterbury 2008  http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/4085/1/thesis_fulltext.pdf

(2) Philippe Pelletier, Atlas du Japon, Une société face à la post-modernité, Autrement, 2008, p 16, 17, 12.

(3)IIes Senkaku Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Senkaku

(4)”Japon: tensions sur des îles flottantes”, Arnaud Vaulerin, Libération, 24-08-2012 ; « Hong Kong défend la Chine contre le  « militarisme japonais » », Charles Danzac, Libération, 29-08-2012 ; « La Chine secouée par une déferlante anti-japonaise », Philippe Grangereau, Libération, 14-09-2012 ;“la Chine se déchaîne contre ses Japonais »,  Philippe Grangereau, Libération, 17-09-2012 ; « Le Japon met les points sur les îles », « Pékin prends le parti du nationalisme », Philippe Grangereau, Libération, 19-09-2012.

(5)” Why Outrage Over Islands Full of Goats Is Crazy”, William Pesek, Bloomberg, 18-09- 2012 http://www.bloomberg.com/news/2012-09-18/why-outrage-over-islands-full-of-goats-is-crazy.html

 

 

 


Publié le 21 septembre 2012 par marlene dans Actualité,Chine,Japon
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« Give future génération a voice »

Bonjour,

Le RIO+20 ne marque pas d’avancée majeure sur la voie du développement durable. Ce nouveau Sommet de la Terre, organisé par les Nations Unies vingt ans après le premier « Rio », devait amorcer une réflexion sur la réduction de la pauvreté et de l’injustice mondiales, promouvoir une économie verte, ou encourager la bonne gouvernance.

Parmi les quelques acquis de ce RIO+20, les Objectifs de Développement durable (ODD) qui doivent prolonger les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), dont le processus s’achève en 2015. Un groupe de travail composé d’une trentaine de pays devrait commencer à formuler ces nouveaux objectifs dès 2013, pour les incorporer aux précédents. Le groupe des 77 pays en développement, et la Chine, insistent pour que ces objectifs accompagnent leur évolution économique et sociale. Ils réclament encore que les pays riches dotent cette transition d’un transfert de technologie, et d’un financement. Ce financement, contrarié par la crise financière qui secoue l’Europe, n’a pas été précisé. Reste un partenariat entre pays riches et pays pauvres, difficile à accorder, qui promet des frictions au cours des années à venir.

Le rôle du PNUE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, qui mène la marche vers un développement durable, sera renforcé. Le PNUE obtient un budget sécurisé. Il sera chargé de coordonner des stratégies mondiales concernant l’environnement. Il pourra encore développer des programmes de recherche scientifique. Mais, ambition ratée, le PNUE ne devient pas une grande agence de l’ONU indépendante. Ce que demandait la France, soutenue par l’Union européenne, et l’Afrique.

L’économie verte, pourtant annoncée comme l’un des grands travaux du RIO+20,  a raté son entrée. Défendue par les pays riches, le PNUE, la Banque mondiale, cette vision du développement a été rejetée par les puissances émergentes. Elles l’ont interprétée comme une menace pour leur économie, et une entrave à leur accès au marché international. Certains pays en développement craignent que ce concept d’économie verte véhicule, et impose, le modèle des plus riches, au lieu d’ouvrir la voie vers un véritable développement durable. En clair, les pays émergents et des ONG pensent qu’il s’agit de « verdir » le modèle économique existant, sans en modifier vraiment les règles et la dynamique.

La protection des océans, espace d’exception par sa superficie et ses ressources, espace soumis à une sur- exploitation, est une idée qui chemine. Mais la  proposition d’une gouvernance mondiale pour protéger la haute mer a été balayée par les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, ou le Venezuela, qui défendent d’abord leurs intérêts, pêche ou ressources minières. Les décideurs se sont cependant accordés pour freiner la surpêche, protéger les écosystèmes dont dépend la ressource, ou promouvoir la pêche artisanale. La pollution des mers et des océans, qui trouve sa source sur terre, devra être réduite. Avec la pollution plastique en ligne de mire.

Dans un article en ligne du Guardian, Kumi Naidoo, l’un des dirigeants de Greenpeace international commente : « Nous n’avons pas obtenu le futur que nous voulions à Rio, parce que nous n’avons pas les décideurs dont nous avons besoin. Les dirigeants de la plupart des pays les plus puissants soutiennent le « business as usual », privilégiant de manière honteuse le profit personnel au sort de l’humanité et de la planète. »

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. » écrit Antoine de Saint-Exupery. D’où  l’idée proposée à l’occasion du RIO+20 de créer un Haut Commissariat pour les Générations futures. La jeunesse, qui plaide pour une égalité intergénérationnelle, est en train de s’organiser pour être représentée au plus haut niveau des négociations. La jeune génération, qui verra sans doute un futur que les dirigeants actuels ne connaîtront pas, veut peser dans des décisions qui les concernent,  sur-exploitation des écosystèmes, pollution des océans, ou émissions de gaz à effets de serre. Le concept de « durable », articulé au développement projeté et envisagé sur le long terme, est indissociable de cette  jeunesse. L’un des slogans :« Give Future Génération a voice. »

M.J

 

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« The Future We Want”, RIO+20, United Nations Conference on Sustainable Development, 19-06-2012, Pdf, English http://www.uncsd2012.org/content/documents/774futurewewant_english.pdf

« Pour une économie verte », PNUE, pdf, français. http://www.unep.org/greeneconomy/Portals/88/documents/ger/GER_synthesis_fr.pdf

“Rio+20 Earth Summit: campaigners decry final document”, Jonathan Watts and Liz Ford in Rio de Janeiro, guardian.co.uk,  23-06-2012, http://www.guardian.co.uk/environment/2012/jun/23/rio-20-earth-summit-document

Citation : « We didn’t get the Future We Want in Rio, because we do not have the leaders we need. The leaders of the most powerful countries supported business as usual, shamefully putting private profit before people and the planet. »


Publié le 2 juillet 2012 par marlene dans Actualité,Développement durable,Objectifs du Millénaire.
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