Environnement
Un blog sur la géo-environnement

La terre des Africains dédiée aux carburants.

Bonjour,

L’Afrique serait une réserve de terres agricoles lorgnée par des investisseurs, le plus souvent étrangers au continent , pour y développer une agriculture d’’exportation, ou, plus scandaleusement, des plantations destinées à produire des carburants. Ce n’est pas un scoop, mais une étude des Amis de la Terre , publiée en 2010, et intitulée : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. (1)   Avec un constat qui précise le rapport de force : « Les agrocarburants font concurrence aux cultures vivrières pour les terres arables, et les firmes qui veulent développer les agrocarburants font concurrence aux paysans pour l’accès à la terre. » (p4/36). La crise alimentaire de 2008, et les émeutes de la faim consécutives, éclairent encore cette rivalité entre nourriture et énergie. « L’utilisation d’une partie des récoltes pour la production d’agrocarburants a été un facteur majeur d’augmentation du prix de la nourriture » lit-on à la même page. Sur le continent africain, près du tiers des terres faisant l’objet d’une transaction, soit 5 millions d’hectares, sont destinés à la production de carburants d’origine végétale.

Riziculteurs de Tanzanie.

Une carte, esquissée à partir d’une dizaine d’exemples fouillés par l’organisation, quantifie une partie du  problème. (p6/36) En Sierra Leone, 26.000 hectares sont destinés à la canne à sucre. Au Ghana, plus de 700.000 hectares ont été confisqués aux Ghanéens. Au Benin, 300.000 à 400.000 hectares de zones humides, dans le Sud du pays, sont appelées à  se couvrir de palmiers à huile. Au Nigeria, 100.000 hectares saisis ; au  Cameroun, un bail de 60 ans pour près de 60.000 hectares de palmiers à huile ; en Angola, plus de 500.000 hectares de terres vouées aux agrocarburants. En Ethiopie, 700.000 hectares sont réservés à la canne à sucre, et 23 millions d’hectares bientôt couverts de plants de jatropha.  Au Kenya, 500.000 hectares sont destinés aux entrepreneurs. En Tanzanie, un millier de petits riziculteurs ont été obligés de céder leurs terres aux planteurs de canne à sucre. Au Mozambique, près de 5 millions d’hectares, soit 1/7° des terres arables du pays, sont dans la ligne de mire d’investisseurs. Attirés par des terres bon marché, ils sont Européens, Suisse, Italie, Royaume-Uni, Norvège, France, Espagne, Belgique, ou Portugal. D’autres investisseurs, venus d’Israël,  du Canada, du  Japon, ou du Brésil, laboratoire mondial des agrocarburants, ont encore flairé le bon plan. Addax Bioenergy, des Suisses au Mozambique ; Jatropha  Africa, des britanniques au Ghana ; Compagnie Franco-camerounaise, la carte détaille les intérêts fonciers. (p3/6) A la question « Qui ? », le rapport répond «…des PME – souvent des start-up  ayant identifié des perspectives commerciales dans les agrocarburants ». Avec l’intention claironnée de développer l’économie, locale et nationale, et de créer des emplois, notamment dans les zones rurales. Argument qui réjouit  le pays d’accueil, sans trop d’effets sur le terrain. Quelques économies continentales, Afrique du Sud, Cameroun, Angola, s’intéressent aussi à la filière des carburants, via des entreprises d’Etat et des sociétés d’investissements privés. En 2006, une quinzaine de pays africains, dont le Benin, le Ghana, le Sénégal, et le Mali ont crée une « OPEP verte », l’Association panafricaine des non producteurs de Pétrole (PANPP). La canne à sucre, le sorgho sucrier, le manioc, qui contribuent à l’alimentation des Africains, produisent de l’éthanol. Le palmier à huile, le soja, l’arachide, et le jatropha – plante non comestible qui s’adapte aux sols ingrats – sont utilisés pour le biodiesel.   Si l’intention générale est de produire des carburants alternatifs pour parer la hausse du prix du pétrole et anticiper une pénurie annoncée, il existe aussi des stratégies alimentaires. L’Arabie Saoudite projette d’investir des terres agricoles en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte,  pour y constituer des réserves de céréales.  La Corée du Sud partage cette ambition. En 2008, la société Daewoo Logistic convoite plus d’un million d’hectares de terres arables à Madagascar. Le projet s’ébruite, les Malgaches s’énervent, le gouvernement démissionne. La transaction est annulée.

Eau fraîche, canne à sucre, et jatropha.

« Les répercussions », Chapitre 5 du rapport. Une vision occidentale qui évacue les pratiques rurales des sociétés africaines, et tente de tirer profit de ressources, déjà rares. Si la disponibilité des terres africaines semble sans mesure, 800 millions d’hectares dont seul le quart serait mis en culture, leur vocation échappe parfois aux investisseurs.  La  tradition agricole, qui joue sur l’alternance, cultures-pâturages-jachères, vise à ne pas épuiser les sols. Cette mise en valeur, qui demande probablement plus d’espace disponible que supposé, serait contrariée par une extension des cultures énergétiques. Autre  malentendu souligné dans le rapport, celui des « terres marginales », utilisées pour faire paître les troupeaux, pour collecter du bois et des plantes médicinales, ou pour entretenir un petit jardin. Ces « terres marginales », à vocation communautaire et sans titre de propriété individuel, sont souvent avalées par de gros projets d’agrocarburants. C’est souvent le cas du jatropha, présenté comme une culture qui ne concurrence pas l’agriculture vivrière. Dans le Nord du Ghana,  Biofuel Africa,  intérêts norvégiens, projette  « la plus grande plantation de jatropha au monde » (p20/36), 38.000 hectares convertis. Or une partie de ces terres était mise en valeur par des villageois qui y cultivaient du maïs et du riz. Au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie, la compétition pour les terres tourne au profit des agro-industriels.  Et grande est la tentation de planter du jatropha ou du sorgho sucrier, pourtant promis aux sols ingrats, sur des terres plus riches, dotées en eau fraîche. Si la canne à sucre a besoin d’être irriguée pour pousser, le jatropha a besoin d’eau pour démarrer. Il faut 4000 litres d’eau pour produire un litre d’éthanol à base de maïs et de canne à sucre. Et un peu plus de 9000 pour un litre de biodiesel à base de soja. Au Kenya , où les sécheresses consécutives diminuent les récoltes – un kenyan sur 10 se nourrit grâce à l’aide alimentaire -, le gouvernement autorise le Qatar à cultiver des plantes horticoles dans la région du delta du fleuve Tana, une zone agro-pastorale dédiée aux pâturages communautaires. Là, ou de précédents projets de canne à sucre avaient échoué.

« Les ressources les plus précieuses de l’Afrique – sa biodiversité, ses terres, ses habitants – sont exploitées pour exporter du carburant vers des pays énergivores comme l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde. », résume le Réseau africain de Biodiversité. » (p24/36) En Tanzanie, à Madagascar,  au Ghana, où au Sénégal, le ton monte contre les voleurs de terres.

M.J.

L’Indien Ram Karuturi rachète 300.000 hectares de terres agricoles dans l’Ouest de l’Ethiopie pour y produire du riz, beaucoup de riz, et développer des pépinières de palmiers à huile…Avant de partir conquérir d’autres terres au Soudan. … Planète à vendre ( Agoravox , un documentaire diffusé sur ARTE le 19 avril 2011.

 

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(1) : « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises. Ampleur et conséquences de l’accaparement des terres pour produire des agrocarburants. Rapport. Les Amis de la Terre Afrique et les Amis de la Terre Europe, juin 2010. http://www.foeeurope.org/agrofuels/FoEE_Africa_up_for_grabs_2010_FRENCH.pdf


Publié le 12 janvier 2012 par marlene dans Afrique,biocarburants,crise alimentaire
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Agrocarburants, boire ou conduire ?

Bonjour,

Agrocarburants: boire ou conduire ? C’est la question posée par une étude américaine de la Rice University de Huston, intitulée ‘The Water Footprint of Biofuels : a Drink or Drive Issue ?”(1) Selon cette équipe de chercheurs, l’extension de cultures destinées à produire des agrocarburants pourrait affecter les ressources en eau, et dégrader la qualité des nappes souterraines. Cette étude met l’accent sur l’énorme quantité d’eau avalée par cet agro -business, et par la pollution aquifère occasionnée par l’emploi de fertilisants, de pesticides, et autres produits chimiques. Elle encourage donc les dirigeants à se soucier un peu plus de «l’empreinte -eau » laissée par ces cultures à grande échelle. Cette « empreinte -eau » résume deux inconvénients majeurs. Les pénuries liées à une explosion des cultures, nécessitant toujours plus d’irrigation. Et la pollution croissante de l’eau occasionnée par le drainage des produits chimiques employés, sans oublier l’érosion des sols. (2)

Une consommation d’eau différenciée.

Aux Etats-Unis, leader mondial d’agrocarburants principalement issus du maïs, la production a explosé au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 1,7 milliards de gallons en 2001 à 3,9 en 2005, pour atteindre les 9 milliards en 2008. (3) (4) La consommation d’eau a suivi. Elle aurait augmenté de 246% entre 2005 et 2008. (5) Si les besoins en eau pour faire pousser ces plantes sont généralement élevés, ils ne sont pas les mêmes selon les conditions environnementales, les pratiques agricoles, et les variétés de culture. Et selon les Etats. D’après le rapport de la Rice University, Au Nebraska, il faut 50 gallons d’eau pour irriguer le maïs nécessaire à produire le carburant qui fera avancer une voiture, de consommation moyenne, d’un mile. Quand il n’en faudra que 23 dans le Nevada, toujours pour un carburant à base de maïs. Mais, au Texas, il faudra 115 gallons d’eau pour arroser le sorgho, qui produira la même quantité d’éthanol. (2)

Une plante moins assoiffée.

Les auteurs du rapport de la Rice University , qui trouvent cependant de bonnes raisons pour continuer à produire des carburants d’origine végétale, moins de pétrole importé et sources d’énergies diversifiées, brossent le portrait de la plante idéale. C’est simple. Elle devra être moins assoiffée, moins gourmande en pesticides, fertilisants, et autres substances chimiques. Il s’agira donc de trouver les plantes adaptées aux conditions environnementales locales, avec la pluie comme mode d’irrigation. C’est-à-dire, qu’il faudrait oublier le maïs dans les régions où il s’adapte mal. Mieux, le rapport propose l’option « Panic Raide », une céréale sauvage qui pousse en abondance aux Etats-Unis, et qui pourrait produire de l’éthanol. D’autres solutions à base de cellulose, déchets agricoles et forestiers, devraient être exploitées. Avantages majeurs, une matière première importante disponible un peu partout sur le territoire américain, sans les pressions environnementales. Moins de terres agricoles, moins de produits chimiques, et moins d’eau. Argument écologique complémentaire, utiliser le carburant là où il est produit (2)

Un nouvel équilibre.

La relation entre la production massive d’agro-carburants et les besoins en eau fait débat. En août 2007, à Stockholm, lors de la Semaine Mondiale de l’Eau, des experts avaient craint que le développement de la bioénergie absorbe des ressources indispensables au développement de l’agriculture vivrière. Avertissement repris par les chercheurs de la Rice University. Pedro Alvarez, le rédacteur du rapport, rappelle que pour produire un kg de pain, il faut 1000 litres d’eau, et 10.000 pour un kg de viande. La démographie planétaire renforce l’argument. Selon lui, dans un monde plus peuplé, les décideurs devront réglementer l’usage de l’eau, en fonction des besoins de l’agriculture et de l’élevage. Alvarez parle d’un nouvel équilibre: consommer moins de pétrole, sauver les revenus des fermiers, tout en préservant l’eau indispensable à l’agriculture. (6)

M.J

“Ethanol, the inconvenient truth”, l’eau et bien d’autres défauts…

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(1) Introduction au rapport: http://cohesion.rice.edu/centersandinst/shellcenter/research.cfm?doc_id=11975

(2) « Rice U. researchers ask if biofuels will lead to a ‘drink or drive’ choice – Report weighs balancing biofuels and water resources », June 2009, http://www.rice.edu/nationalmedia/news2009-06-12-biofuelandwater.shtml

(3)  Wipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Ethanol_fuel_in_the_United_States

(4) 1 US gallon = 3,785 litres.

(5) « Bioproducts and Biosystems Engineering », Y. Chiu, B. Walseth, S. Suth, Univerrsité du Minnsota, in « Biocarburants : une soif qui pèse sur les reserves des Etats-Unis », BE Etats-Unis 162, 17-04-2009. http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58699.htm

(6) “Researchers Say Increased Biofuel Production Could Harm Water Resources”, VOANews.com, , 23 June 2009 http://www.voanews.com/english/2009-06-23-voa62.cfm


Publié le 29 juin 2009 par marlene dans Actualité,biocarburants,eau,Non classé
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Obama, une transition presque verte.

Bonjour,


Publié le 28 janvier 2009 par marlene dans Actualité,biocarburants,OGM,USA
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Le Japon met du riz dans ses moteurs…

Bonjour,

Soucieux de coller aux objectifs de Kyoto sans renoncer à son parc de 70 millions de véhicules, le Japon se lance dans l’aventure de l’éthanol. Dès mars 2009, le pays devrait convertir du riz en carburant alternatif. Mais, pas question de toucher au riz japonais, ligoté à la tradition du pays. C’est une nouvelle variété, le Hokuriku 193, une semence bon marché avec un rendement de 30 à 40% supérieur au riz traditionnel, qui est expérimenté dans les rizières de Nigata, au centre de l’archipel. Ce projet, conduit par la Fédération nationale des coopératives agricoles (Zen Noh), encouragé par le gouvernement japonais, sera développé sur des terres, en principe, abandonnées. L’éthanol local sera mélangé au carburant traditionnel à hauteur de 3%.(1) Le Japon, qui souhaite diminuer son accoutumance au pétrole, mise sur 10% d’éthanol dans les moteurs japonais, d’ici à 2020.(2)

Gros consommateur de pétrole, en principe « bon élève » de Kyoto qui lui impose une réduction de Gaz à effet de serre de 6% d’ici à 2010, par rapport à 1990, le Japon s’intéresse à l’éthanol. Un intérêt encore accru par l’objectif défini en 2006, 20% de pétrole en moins d’ici 2030. (2) De bonnes raisons d’importer de l’éthanol du Brésil, depuis 2001. Et de plancher sur les possibilités d’une production locale. A Hokkaïdo, les Japonais ont essayé de convertir du blé, impropre à la consommation, en carburant. D’autres expériences ont été menées à partir de déchets de bois. A Okinawa, archipel subtropical, ils ont fait des essais avec la canne à sucre, puis avec la betterave, finissant par préférer la première, jugée plus productive. La mélasse a encore fait l’objet d’expériences. Rien de bien concluant. (2) Excepté un autre projet conduit à Tomakami, sur la côte Sud de l’île d’Hokkaïdo, où la compagnie Oenon Holding, distillateur depuis 80 ans, devrait implanter une usine d’éthanol, à base de riz. La technologie qui permet cette conversion serait similaire à celle qui permet de produire du sake. L’entreprise, qui souhaitait produire du carburant alternatif à partir de riz importé, a finalement opté pour une production locale.(3) Les rizières d’Hokkaïdo, étendues sur des parcelles familiales plus grandes – la moitié couvrent plus de 10 hectares contre moins de 2 pour le reste du pays -, auraient aussi un rendement supérieur.(4)

La production d’éthanol ne devrait donc pas empiéter sur la riziculture traditionnelle. Le riz japonais, cher mais très apprécié, très subventionné car peu rentable, est un secteur très protégé par le gouvernement. Le Japon, qui couvre ses besoins en riz, doit encore en importer 760 000 tonnes, stock imposé par les négociations du Gatt. D’autre part, les campagnes japonaises sont délaissées. En 20 ans, 665 000 hectares ont été abandonnés, dont beaucoup de rizières.(4) La riziculture destinée à l’éthanol permettrait de redonner vie à une partie de ces terres cultivables, et à reverdir les paysages japonais.  Mais le parcellaire japonais, petit, morcelé, ou juché en terrasse, pose la question de la rentabilité d’une culture à vocation industrielle. Autre inconnue, le « gain gaz à effet de serre ». Le Japon , qui mise sur l’éthanol pour réduire sa production de CO²,  notamment dans le secteur automobile, devra composer avec les émissions de méthane. Les rizières, second producteur de méthane après l’élevage, 60 millions de tonnes par an contre 80 pour les ruminants, représentent 20 à 40% des émissions totales. Sans oublier les rejets de CO² dues aux unités de production d’éthanol…

M.J

(1) Interview – « Japan’s first rice éthanol plant sees 2009 start », Risa Maeda, Reuters, 18-01-08 http://www.reuters.com/article/latestCrisis/idUST33749

(2) “Japan – Biofuels – Biofuels Production Report”, USDA Foreign Agricultural, Gain Report-JA (Global Agricultural Information Network), 25-05-2006. http://www.fas.usda.gov/gainfiles/200605/146197881.pdf

(3)”Japan’s Oenon may produce rice-original”, Reuters, 23-05-08 http://asia.news.yahoo.com/070523/3/32atk.html

(4) Click Japon / Agriculture. http://www.clickjapan.org/economie/industrie/agriculture.htm


Publié le 3 octobre 2008 par marlene dans biocarburants,Japon
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Le jatropha, le pour, et le contre…

Bonjour,

Lu sur Inter Press Service, Johannesburg: “le biocarburant issu du jatropha gagne du terrain”. L’histoire se passe au Burkina Faso, petit pays sahélien et semi -aride d’Afrique de l’Ouest, où Autorités et entrepreneurs projettent de développer les plantations de pourghère, nom africain du Jatropha Curcas, une culture prétendue pleine de ressources. Il faut dire que le jatropha curcas, qui pousse sur les sols pauvres et résiste aux sécheresses, présente une fiche d’adaptation, environnementale et climatique, impeccable. L’arbuste, qui freine l’érosion, qui enrichit les sols grâce à son humus, contribue à la réhabilitation de terres dégradées. Autre avantage, il est facile à cultiver. Et surtout, ses graines oléagineuses peuvent être converties en carburant alternatif, utilisé pur, ou mélangé avec du gazole. Une aubaine pour les pays pauvres, où il ne pousse pas grand-chose. Les défenseurs de ce carburant alternatif prétendent qu’une seule pousse de jatropha produit un litre de carburant alternatif par an, ce pendant une quarantaine d’années.(1) A ce rythme là, le jatropha pourrait effectivement réduire la facture pétrolière de nombre de pays pauvres. Et puisque que l’on parle de développement, on parie beaucoup sur ce nouveau débouché, alternative à des cultures traditionnelles devenues moins rentables, carburant bon marché pour celui qui le cultive, pôle d’emploi pour les femmes. Et donc sources de revenus pour les ménages. Avec une inquiétude cependant, éviter de mettre la culture de l’arbuste en concurrence avec une agriculture vivrière, question de sécurité alimentaire. Les aménageurs burkinabés ont bien compris ce risque.

Pour éviter que le jatropha s’installe sur des terres fertiles, le gouvernement burkinabé et les promoteurs recommandent aux producteurs de planter les arbustes autour des zones de cultures traditionnelles. Cette barrière, non comestible, devrait éloigner les animaux et protéger les champs.Message relayé par un chef traditionnel,  impliqué dans le développement de ce « nouvel or vert ». Il conseille aux agriculteurs de préférer des terres impropres aux cultures, et de laisser les cultures traditionnelles à leur place. Reste sans doute à définir ce qu’est une terre « impropre à la culture ». Des terres dédiées aux pratiques communautaires, un espace forestier ? (1) Toujours est-il que la culture du Jatropha gagne du terrain au Burkina Faso. Quelques milliers d’hectares sont déjà cultivés par des groupements villageois dans un certain nombre de régions, Hauts Bassins, boucle de Mouhoum, les Cascades à l’ouest, la zone de Tapoa à l’est, ou Sissili au centre-ouest du pays, indique-t-on encore dans l’article. Et quelques centaines d’hectares dans la province de Tuy, à l’Ouest du pays.(2) On y apprend encore que le gouvernement Burkinabé projette de planter 200 000 hectares supplémentaires dans quatre provinces du pays, un projet soutenu très fort par la société française Agro-Energie Développement. Un accord-cadre, entre les dirigeants du pays et la société française, scelle cette promesse de développement, qui pourrait aussi soulager la facture pétrolière du Burkina-Faso. A terme, il s’agit de développer des unités de transformation de la graine, sur place. Mais les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser au jatropha, et au Burkina Faso. Les Canadiens, représentés par Green Oil , filiale de Indépendance Oil and Gaz -, ou les Allemands, via Deutsch Biodiesel, travaillent en partenariat avec le chef coutumier cité plus haut. Ce dernier projet, impliquant plus de 50.000 producteurs, vise à planter 60.000 hectares de jatropha, cultures individuelles et haies vives. Le groupe allemand, associé à la société Nature Tech Afrique – spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables-, et relayé sur le terrain par l’association Belwet , projette encore de transformer le tourteau des graines de jatropha en aliments pour bétail, autre débouché. Le Belwet-Nature Tech Afrique-D.B.D souhaite multiplier ses interventions, restaurer les sols dégradés, développer une économie rurale à base d’huile de jatropha – alternative à l’utilisation du bois comme combustible domestique, et donc à la déforestation -, ou produire du savon à partir de cette d’huile. (2) Le jatropha, stimulant d’une économie locale, avant de changer d’échelle. Les Occidentaux, enclins à accompagner le développement africain, sont prêts pour transformer le jatropha en carburant alternatif. Mais la législation du pays tarde à autoriser la conversion. En attendant, quelques Africains s’envolent pour l’Europe s’instruire sur les techniques de la filière.(2) Dans les villages, d’autres sont initiés aux vertus économiques du jatropha.

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« On l’appelle l’or vert car c’est une plante miracle dont on peut attendre beaucoup », plaide Pierre Tapsoba, représentant d’Agro-Energie Développement au Burkina. On parle encore d’une « manne pour l’Afrique » (2), une « plante de rente » pour le Burkina Faso, un vecteur de développement, et de lutte contre la pauvreté. Dans certaines zones rurales, le jatropha – introduit à l’époque coloniale – pourrait à terme remplacer les anciennes cultures spéculatives, le coton ou les céréales. Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme :

« D’abord, le coton, puis la Gomme Arabique (J’aimerais bien qu’on puisse me dire où ils en sont) et aujourd’hui le Jatropha pour lequel on ne tarit plus d’éloges: lutte contre la désertification, vertus médicinales, … et en prime le “Pétrole”! De quoi faire rêver nos paysans qui ne savent d’ailleurs plus à quel saint se vouer tant ils sont acculés par cette pléthore de programmes/promesses.

Le marché Burkinabè souffre actuellement d’une pénurie de riz. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de croître. Ne gagnerons-nous pas à renforcer nos capacités dans la production de ces aliments plutôt qu’à se lancer dans des aventures dont l’issue peut être incertaine sans mentionner les dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer sur la production agricole vivrière ?…..

Par ailleurs, en supposant que le Jatropha connaisse tout le succès qu’on lui prédit. Et que tous les Occidentaux se mettent au bio-carburant. Où pensez-vous, qu’iraient leurs “vieilles machines au diesel”…» La suite

Reste que le Jatropha, souvent présenté comme « l’or vert du désert », avec promesses de développement pour les pays pauvres, trouve aussi des détracteurs. En lien, un site dédié au Jatropha. Et une approche assez critique (source1), qui examine certaines questions, environnementales, sociales, et économiques, liées à la culture d’un arbuste. Avec une remarque basée sur une étude indienne, qui établit une relation entre irrigation, rendements, et rentabilité. Comme la plupart des plantes, le Jatropha pousse mieux si on l’arrose…

M.J

(1) « Le jatropha, l’agrocarburant des pauvres ? », Grain http://www.grain.org/seedling/?id=522

(2) Burkina Faso : lutte contre la pauvreté – « Le Jatropha, une manne pour l’Afrique », dixit Labe Naaba, l’Observateur Paalga ( Ouagadougou) / 14 février 2008.


Publié le 5 septembre 2008 par marlene dans Afrique,biocarburants,Non classé
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Brasilia discute crise alimentaire et agrocarburants.

Bonjour,

Le développement des agrocarburants pourrait menacer l’accès à la nourriture des populations les plus démunies d’Amérique latine. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en discussion à Brasilia avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, évoque une possible crise alimentaire régionale. Dans un contexte de flambée des prix alimentaires et d’émeutes de la faim, le Brésil, gros producteur mondial d’éthanol, est mis à l’index…

50 millions d’affamés.

Si la pauvreté et la malnutrition ont reculé en Amérique latine et aux Caraïbes, près de 300 millions de personnes survivent avec plus ou moins de difficultés. C’est-à-dire la moitié de la population totale. Dans cette partie du continent américain qui cultive et exporte beaucoup de produits agricoles – l’Amérique latine produit 40% d’excédents -, l’équilibre alimentaire reste cependant fragile. Plus de 52 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, soit 1 personne sur 10. (1) Si la région a été épargnée par les récentes émeutes de la faim qui ont secoué Haïti, quelques morts, des centaines de blessés, et une crise politique, une nouvelle hausse des prix alimentaires pourrait augmenter la malnutrition de ces américains les plus pauvres.(2) La région présente un contexte économique et agricole tendu, beaucoup de pays d’Amérique centrale importent de la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la FAO s’inquiète d’une accélération de la filière de ces carburants issus de l’agriculture, qui réclament terres cultivables, eau, et engrais.

Détourner eau, terres cultivables, et capitaux.

« ..à court terme, il est fort probable que l’expansion rapide de la production des biocarburants au niveau mondial ait des répercussions importantes sur le secteur agricole en Amérique latine. », précise le rapport de la FAO, rendu public à Brasilia.(1) Dans ce rapport, la FAO évoque notamment la question de l’eau, qui fait pousser les cultures, et participe à la transformation de l’éthanol. La canne à sucre et le palmier à huile, principales sources pour les agrocarburants, sont aussi les plus assoiffés. Ce qui n’excuse pas les autres cultures, maïs, yuca, soja, ricin, ou coton, même si elles consomment en moyenne trois fois moins. Cette eau, détournée des robinets dans les habitations, pourrait encore faire défaut à l’agriculture. La FAO craint encore que les cultures destinées aux biocarburants confisquent des terres à vocation agricole, et absorbent des capitaux. Ce qui pourrait perturber les productions agricoles, et jouer sur les prix alimentaires, privant les ménages les plus démunis. (3) Le Brésil, second producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, focalise une opposition grandissante à l’extension des surfaces agricoles dédiées aux carburants. La déforestation de l’Amazonie nourrit encore le débat.

Lula se défend.

« Les productions utilisées pour l’éthanol ne sont pas responsables de la hausse des prix alimentaires. » (4) Le Président brésilien Lula Da Silva, en visite à la Hague jeudi dernier, a devancé la critique. Il a ajouté que Haïti, récent théâtre d’émeutes, pourrait tirer profit de d’une industrie tournée vers les carburants d’origine végétale. « Les biocarburants, un remède contre la pauvreté », c’est l’argument que développe le Brésil, qui tire grand profit de cette industrie, et de ses débouchés. (4) Le pays s’emploie à exporter la recette « agrocarburant » en Amérique latine et en Afrique, pour dynamiser les campagnes, et tenter d’éradiquer la pauvreté. Pour Lula, si les prix alimentaires flambent, c’est que la consommation progresse en Chine et en Inde, devenues plus prospères. « Regardez Haïti, aujourd’hui. Nous pourrions voir prospérer l’île si un pays émergent comme le Brésil pouvait y développer un partenariat pour investir dans ce pays, et y produire du biocarburant ». (4) Pour beaucoup d’observateurs, Lula reste l’homme du programme « Faim Zéro », développé dans un pays qui compte quelques millions d’affamés. (http://www.alterinfos.org/spip.php?article1079)

Fidel Castro et Jean Ziegler…

Tous les pays de la région ne partagent pas l’enthousiasme du Brésil sur le dossier des agrocarburants. A Brasilia, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et Cuba, ne se sont pas privés de critiquer la « recette Lula ». Il y a un an, Fidel Castro, encore président de Cuba, publiait deux articles dans le quotidien Granma, organe lié au Parti communiste cubain. Il prédisait des catastrophes si l’on poursuivait la production de biocarburants à partir de cultures alimentaires, et annonçait la mort prématurée de trois milliards de personne. En cause, les Etats-Unis, qui transforment le maïs en carburant. (3) En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, déclarait encore sur les ondes du Bayerischer Rundfunk, une radio allemande :« La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité » (5) Pour Jean Ziegler, les subventions agricoles devraient d’abord servir les cultures de subsistance…

M.J

Jean Ziegler précise ses positions sur les agrocarburants…En prime, un bonus, involontaire, sur la pollution…


(1) Trentième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes- Brasilia, 14-18 avril 2008- (2) « Food prices may fuel latin America malnutrition », Raymond Colitt, International Herald Tribune –Reuters, 15 avril 2008- (3) « La FAO met en garde contre les agrocarburants », R. Colitt, W.Brandimarte, tr. E Faye, Reuters, 15 avril 2008.-(4) « Brazil leader denies biofuels hiking food prices », CNN, AP, 16 avril 2008-(5)AFP-Berlin, 16 avril 2008.


Publié le 17 avril 2008 par marlene dans Actualité,biocarburants,faim
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Céréales: un pouvoir d’achat en baisse.

Bonjour,

Emeutes de la faim en Guinée -Konakry, en Mauritanie, au Sénégal, ou au Burkina-Faso, la hausse des produits alimentaires jette les Africains dans la rue. Ces pays, qui dépendent du blé et du riz importés, subissent de plein fouet la flambée des cours de céréales, base de leur alimentation, sur le marché mondial. Selon l’ONG « Afrique verte », au Niger, le sorgho aurait récemment augmenté de 25%, dans la région de Maradi. A Niamey, la capitale, le mil et le blé ont enregistré une hausse d’environ 20%. Le Food Crisis Prevention Network (FCPN) rapporte qu’au Burkina-Faso, pays touché par des inondations en 2007, le prix du sac de maïs aurait doublé en un an. Le FCPN, chargé de la sécurité alimentaire dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, ne parle pas encore de famine. Mais si les cours des céréales continuent de grimper, certaines populations du Sahel et d’Afrique de l’Ouest pourraient manquer de nourriture.

Le PAM manque d’argent pour faire les courses…

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue une aide aux pays d’Afrique de l’Ouest, estime qu’il lui faudra trouver 30% d’argent supplémentaire cette année, pour nourrir le même nombre de personnes que l’an dernier. Même problème à la tête du PAM, à New York, où le coût de la nourriture provoque la panique. Depuis 2007, les prix alimentaires ont grimpé d’environ 30%, ceux des céréales ont augmenté de 35%. En 2008, le PAM, qui fonctionne avec des dons, devra trouver 500 millions de dollars pour nourrir 73 millions de personnes, répartis dans 78 pays. La tendance actuelle, plus 20% d’augmentation ces trois dernières semaines, pressent le PAM à remplir les caisses.

La faute aux agrocarburants…

Le développement des agrocarburants, qui convertit les blés américains en maïs, qui étend le colza dans les campagnes européennes, est en partie responsable de cette flambée des prix des céréales. Il explique encore l’augmentation du prix de l’huile de palme ou de soja, désormais alignés sur les prix du carburants d’origine végétale. Josette Sheeran, la patronne du PAM, a récemment déclaré :« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant. » Le boom des agrocarburants, qui fait décoller les prix du maïs et du soja dans un contexte de pétrole cher, qui détourne les terres cultivables et accapare l’eau, n’explique pas complètement la situation actuelle. On ne produit pas d’agrocarburant avec le blé, qui pourtant augmente. Et pousse le prix de la baguette, même en Afrique.

Pétrole, sécheresses, et démographie…

Pour le PAM, cette hausse des prix alimentaires résulte aussi de l’envolée des prix de l’énergie, qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Des engrais pour améliorer les rendements, au transport des produits, en passant par leur stockage, tout est devenu plus cher. Autre facteur explicatif, la mutation des marchés intérieurs, chinois ou indiens, plus riches, et plus gourmands en viande et en produits laitiers. Le climat, et ses sécheresses, notamment en Australie, contribuent encore à doper le prix des produits alimentaires. Les stocks alimentaires, à leur plus bas niveau depuis une vingtaine d’années, favorisent encore la spéculation. Sans oublier la démographie, plus on est nombreux, et plus on mange. En 2030, si l’on veut satisfaire les besoins d’une planète plus peuplée, la production alimentaire devra nécessairement augmenter de 50%. Cette perspective pourrait accentuer la compétition entre cultures alimentaires, et énergétiques. Sans parler des conséquences environnementales, sur-exloitation des sols, déforestation, manque d’eau, ou pollution des nappes phréatiques.

Et pendant ce temps, dans le Bassin du Fleuve Sénégal, des agronomes chinois expliquent à des cultivateurs sénégalais, qui rêvent d’autosuffisance alimentaire, les techniques de repiquage de riz

M.J


Publié le 26 mars 2008 par marlene dans Afrique/ population.,biocarburants,faim
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Biocarburants, famine, et propagande.

Nicolo dénonce.

Bonjour,

« Biocarburant », « agrocarburant », « or vert », on ne sait plus comment l’appeler. Fabrice Nicolo vient de lui trouver un nouveau nom, « nécrocarburant ».Violent. Comme son livre, « La faim, la bagnole, le blé, et nous » ( Ed. Fayard). Il y dénonce la vaste propagande menée en faveur de ce carburant issu de l’agriculture, une vaste escroquerie. Une escroquerie faite à l’écologie, aux plus pauvres de la planète, et finalement à tout le monde, dans le seul but de maintenir la civilisation de la « bagnole ». « Qui les soutient ? L’agriculture industrielle, les transnationales, et tous ceux qui leur sont soumis… », dénonce Nicolo.

La production de ces plantes destinées aux moteurs, cultures industrielles, engrais et pesticides, n’a rien d’écolo. « Falsification », commente Nicolo. Elles produisent même du protoxyde de carbone, plus dangereux pour l’atmosphère que le dioxyde de carbone. Dans les pays du Sud, Brésil, Malaisie, Indonésie, ou Congo, par exemple, ces cultures s’étalent à la place des forêts primaires. Des millions de km² de forêts tropicales avalés par les plantations de canne à sucre, et de palmier à huile. Soit un peu moins des trois – quarts de la forêt primaire d’Indonésie, second producteur mondial d’huile de palme. Et si on fait le bilan -Paul Crutzen, Prix Nobel de Chimie, l’a fait -, les agrocarburants produisent plus de gaz à effet de serre, que les carburants issus du pétrole.

Et surtout, ces cultures destinées aux moteurs risquent d’aggraver la faim dans le monde. Le boom des agrocarburants, qui dope le prix des céréales et déstabilise le marché alimentaire mondial, est en train de rendre la nourriture inaccessible aux plus pauvres. Un risque pour les 2,7 millions de personnes qui survivent avec moins de deux dollars par jour. Le « nécrocarburant ».

« ..J’ai essayé de comprendre comment une telle machine de guerre se met en place. Là bas au moin, mais ici aussi… » , sur son blog, Fabrice Nicolo dénonce le lobby de l’agrocarburant.

M.J


Publié le 11 octobre 2007 par marlene dans biocarburants,faim,nicolo,Préjudice écologique