Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Grenelle: voix off.

Bonjour,

Pendant que le Grenelle de l’Environnement achève son tour de France, que le brouillon du texte final hésite entre « consensus » et « contraintes allégées », je suis tombée sur une interview de Serge Latouche. Si Latouche pose globalement la même question que Grenelle, ou comment ne pas aller trop loin dans l’abus de la planète, sa réponse est plus catégorique. Il ne s’agit pas seulement d’adapter notre consommation, notre production, ou nos déplacements à l’urgence environnementale, mais de renverser ce modèle. Faute de quoi, « nous allons droit dans le mur », prédit Latouche.

Serge Latouche, on a déjà parlé de lui, est professeur émérite d’économie à l’Université Paris -Sud. Cet « objecteur de croissance » est l’une des têtes de la « décroissance ». Ce concept vise à faire disparaître notre modèle économique, pour y substituer un modèle plus humain, plus respectueux de la planète. Puisque notre civilisation épuise les ressources, il nous faut vivre autrement. Mais il ne s’agit pas seulement d’une urgence environnementale, il s’agit aussi, et surtout, de vivre mieux. Latouche propose une société fondée sur la qualité, plutôt que la quantité, sur la coopération, plutôt que la compétition, avec, à la clé, une plus grande justice sociale. Une philosophie proche du « développement durable »? Surtout pas. Le « développement durable » intègre la croissance, quand Latouche remet en cause « l’imaginaire de la croissance », « la croissance pour la croissance ». Il faut « décoloniser l’imaginaire ».

Une petite vingtaine de minutes d’interview, ponctuée de phrases choc: « Travailler moins pour vivre mieux ». Et dans notre société de « drogués de la consommation », il y a les « drogueurs », Total, Nestlé, Areva, et les « drogués », nous. Nous, qui fréquentons les « drogueurs » pour avoir notre dose. Et une « croissance verte » n’est qu’une « drogue de substitution ». Au moment où Jean Louis Borloo nous propose de choisir nos produits en fonction de leur impact environnemental – emballage, transport, recyclage -, Serge Latouche, voix off, nous invite à les reposer dans le rayon. Et à quitter le supermarché…

M.J

Et pour écouter Serge Latouche, interviewé par Laure Noualhat et Pascal Canfin, il suffit de cliquer sur le bouton de la radio Libelabo:


Publié le 15 octobre 2007 par marlene dans Décroissance - Serge Latouche - Interview.