Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Pour se protéger de l’océan, le japon redessine ses rivages.

Bonjour,

Entre le port et le large, un rempart de béton déchire l’horizon. Une digue, parfois deux, perturbent le paysage marin pour protéger les petits ports d’Okinawa, exposés aux violences de la saison des typhons. Il faut dire que l’archipel d’Okinawa les collectionne. Au nord ouest de l’île principale, près de la ville de Nago, on creuse la montagne pour fabriquer du béton, bientôt converti en immenses tétrapodes, entassés devant le chantier avant d’être transportés au large. Les Japonais cassent leurs montagnes pour les jeter dans la mer. Et l’on est partagé entre un sentiment d’admiration pour ces travaux d’Hercule, et l’infini regret de voir ces espaces bouleversés, maîtrisés, aménagés. Dommage pour l’invitation au grand large, et la carte postale du lagon.

Tant pis pour les paysages littoraux.

Posé à un carrefour de plaques tectoniques, situé sur la route des ouragans, le Japon est un espace exposé aux séismes et au raz de marées. Au cours son histoire, le pays a été balayé par de nombreux tsunamis – ces gigantesques vagues souvent consécutives à des séismes- et secoué par des typhons saisonniers – accompagnés d’inondations et de vents dévastateurs-. Ces menaces venues de l’océan expliquent l’ardeur des Japonais à bétonner leurs côtes. L’archipel en compte 33 000 km. La stabilisation et la protection des littoraux, enjeu humain et enjeu économique, accompagne l’histoire du pays. La construction de digues et la lutte contre l’érosion marine est une pratique ancienne, vraisemblablement contemporaine à la conquête de terres sur l’eau. (1) Après la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les années 60 et 70, les Japonais décident de sacrifier leurs perspectives littorales pour réduire l’érosion et adoucir l’effet des typhons et des tsunamis. Ils érigent des digues géantes, aménagent des brise-lames, construisent des barrages, des canaux déversoirs, créent des plages de sable, plantent une végétation qui colonise le rivage. La plupart des ports nippons du Pacifique, le littoral le plus exposé, s’abritent derrière des remparts. (2)(3)(4)

Tsunami, un mot japonais.

Au Japon, le calendrier des tsunamis est riche. Dès le VII° siècle, le Nihon Shoki, l’une des premières chroniques japonaises, mentionne un raz de marée dévastateur sur la côte pacifique.  Du XVII° siècle aux années 1960, le pays connaît une dizaine de tsunamis meurtriers. Chaque vague produit plusieurs milliers de victimes. Avec quelques records. En 1707, 30 000 personnes disparaissent. Plus loin dans le siècle, en 1792, un autre tsunami fait 15 000 victimes. En 1896, une vague de 40 mètres, provoquée par une éruption volcanique sous marine, emporte 25 000 personnes sur le littoral de Sanriku. Plus près de nous, en 1960, un tsunami consécutif à un séisme au Chili, fait 60 victimes. En 1993, une autre vague d’origine sismique provoque la mort de 230 personnes sur l’île d’Okushiri, à Hokkaido. Le tsunami, la pire des conséquences des séismes qui secouent l’archipel, est d’ailleurs un mot d’origine japonaise. Il associe « tsu » – « port » -à « nami » – « la vague » – pour raconter l’histoire de pêcheurs qui, après avoir navigué sur une haute mer calme, auraient découvert leur port dévasté au retour. (5)

Des typhons saisonniers.

Chaque automne annonce la saison des typhons, septembre et octobre. L’archipel en subit trois ou quatre par an, parfois plus. Ils arrivent par le Sud Ouest, en provenance de la Mer des Philippines. Ils peuvent atteindre une vitesse supérieure à 200 km/h, ils s’accompagnent de violentes précipitations. Ils dévastent tout sur leur passage. Ici encore, le calendrier est meurtrier. De 1947 à 1959, les typhons font 1500 victimes par an. (1) Dans l’histoire récente, deux typhons ont été particulièrement dévastateurs. En 1934, celui de Muroto fait plus de 3000 victimes. En 1959, à Ise, les protections ne résistent pas à la malheureuse combinaison d’un typhon et d’une marée. Le bilan est lourd, 5000 morts. Cette catastrophe aurait été prétexte à une législation et à de nouvelles mesures de protection. L’Etat et les administrations locales combinent désormais leurs efforts pour bétonner, et aménager l’espace littoral de façon à limiter les dégâts, et optimiser la réaction. (1) Comme les tsunamis, les typhons accompagnent l’histoire du Japon. Par deux reprises au XIII° siècle, ils épargnent au pays l’invasion mongole.

Protection, détection, et information.

Au Japon, 9000 kilomètres de digues et d’aménagements anti-tsunami ceinturent le littoral.(2) Un dispositif impressionnant, coûteux, mais pas forcément suffisant, ni assez résistant.(4) Les Japonais, formatés aux grandes catastrophes et servis par la technologie, travaillent aussi à la détection d’accidents telluriques et océaniques. Satellite, observatoires côtiers, stations météo, ou informations venues de l’étranger, le pays développe une stratégie de pointe qu’il améliore sans arrêt. En cas de danger, les bulletins météo alertent immédiatement les populations. Ils sont relayés par les media, radio et télévision, qui donnent des consignes. Une orchestration efficace doit permettre l’évacuation des populations, et leur acheminement vers des centres de secours. Chaque année, le 1er septembre, journée des catastrophes, est l’occasion d’une répétition générale. En attendant le « big one », le super séisme attendu d’ici 25 ans à Tokyo et dans la région du Kansaï, peut-être demain, et sa possible déclinaison en tsunami, la question des densités urbaines reste posée.

Pendant que le Japon continue de bétonner ses côtes et de modifier les lignes de ses rivages, un japonais, un photographe, restitue des perspectives marines intactes. Avec sa série « Seascapes », Hiroshi Sugimoto invite le spectateur à considérer la mer et le ciel avec le même regard que les premiers habitants de la terre ont posé sur ces paysages. Chaque photo, qui expose ciel et mer, s’organise autour d’une ligne d’horizon vierge, ouverte sur le grand large

M.J

Une vidéo détaille une ligne de défense sophistiquée contre les tsunamis….

(1) Philippe Pelletier, « Le Japon », in Chine, Japon, Corée, Tome 5, Géographie universelle, Belin, 1994, rééd. 2001, pp258-261, 266, 270. – (2) « Tsunami : Le Japon dépense sans compter pour se protéger », Michel TEMMAN , Libération, 28 décembre 2004– (3) « Gestion de l’eau et aménagement du territoire au Japon », Robert Fahri, attaché  pour la science et la technologie, Amabassade de France au Japon, aôut 2001, pp 10-11. http://www.riob.org/info_org/japon.pdf – (4) « Technologie du secourisme — Se préparer pour le prochain désastre naturel », Takahashi Koki et Torikai Shin-ichi, NIPPONIA No.33 15 juin, 2005http://web-japan.org/nipponia/nipponia33/fr/feature/feature05.html – (5) « Nippon Tsunami », Olivier Bleys, 19-02-2007. http://monvolubilis.canalblog.com/archives/2007/02/19/4056365.html


Publié le 15 janvier 2009 par marlene dans Catastrophe naturelle.,Japon,Non classé
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JR, ambassadeur à Phom Pehn…

Bonjour, quelques jours de vacances, retour en janvier. Avant de partir, quelques images. Elles sont signées JR, ce photographe qui placarde des portraits géants sur les murs des villes. A Paris, dans sa banlieue, Montfermeil et Clichy-sous-Bois, à Tel-aviv, Jérusalem, Berlin, Amsterdam, Venise, ou New-York, ses affiches grand format humanisent le paysage urbain, un déguisement qui leur va bien. Ces expositions se passent souvent d’autorisation. JR est un artiste indépendant, une liberté qui est aussi une signature.

Il pointe son objectif sur la jeunesse des quartiers (Portrait of a generation), tente de réconcilier Israéliens et Palestiniens avec la diplomatie des grimaces (Face2Face), ou saisit des portraits de femmes africaines abîmées par la vie (Women), les trois volets de son projet « 28 millimètres » Dans « Carnet2rue », il partage l’espace urbain, aux Etats-Unis et en Europe, avec d’autres activistes. Petit coup de cœur pour les « Sillons de la ville » (Wrinkles of the town), à Carthagène en Espagne, ou des visages ridés s’étalent sur des friches urbaines, ou profitent des façades neuves. (in « Projets »)

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En ce moment, JR expose sur les murs de l’ambassade de France à Phom Pehn, au Cambodge, où il a présenté son projet « Women ». Des femmes cambodgiennes découvrent les regards d’autres femmes, saisis aux quatre coins du monde. Avant de se faire photographier à leur tour….


Publié le 17 décembre 2008 par marlene dans Actualité,photographie
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Climat, CO², et solidarité.

Bonjour,

La Conférence de Poznan sur le climat ouvre une voie incertaine vers Copenhague. Pourtant, dans un an, le monde devrait enclencher un effort décisif pour freiner les effets de la crise climatique. Alors que les émissions de gaz à effet de serre n’ont jamais été aussi élevées, il s’agira de composer un nouveau Traité plus ambitieux que Kyoto, qui prend fin en 2012.

Kyoto et son bilan.

Seul cadre juridiquement contraignant, Kyoto jette les bases d’une mobilisation mondiale contre le réchauffement climatique. Ouvert aux engagements en 1998, le Protocole de Kyoto entre en vigueur en 2005. Il est alors ratifié par 55 pays, minimum imposé, qui figurent parmi les plus gros pollueurs en 1990. Kyoto, qui propose un calendrier de réduction de gaz à effet de serre, engage les pays industrialisés ou en route vers une économie de marché, à réduire de 5,5% leurs émissions de GES d’ici à 2012. Pour faciliter la réduction des Gaz à effet de serre, le protocole met en place des mécanismes dits  » de flexibilité « , qui permettent aux pays de s’adapter. Kyoto, qui compte aujourd’hui 183 membres, n’oblige que 37 pays à limiter leurs émissions.

En 2008, l’ONU dresse un bilan de Kyoto. En 2006, une quarantaine de pays industrialisés – c’est-à-dire un peu plus que ceux dotés de vraie contraintes – ont réussi à diminuer de 5% leurs émissions de CO², par rapport à 1990. Cette bonne conduite est valable pour la période 1990-2006. En regardant de plus près, la courbe  commence à s’inverser en 2000. Entre 2000 et 2006, les rejets augmentent de 2,3%. Les pays d’Europe centrale et orientale, d’abord plongés dans une crise économique pendant leur période de transition vers l’économie de marché, et donc moins polluants, auraient contribué à cette évolution. Mais quand leur économie se redresse à partir de 2000, leurs rejets de CO² suivent, plus 7,4% entre 2000 et 2006. L’ONU remarque que, globalement, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter.

L’Europe centrale et orientale défend son économie polluante.

Ce qui pourrait expliquer pourquoi les pays d’Europe centrale, nouveaux membres de l’Union européenne, et dont l’économie dopée par le charbon, compliquent les discussions sur les réductions de gaz à effet de serre. Exemple, la Pologne, le pays d’accueil de la conférence. La Pologne, 95% d’électricité à base de charbon, l’un des champions européens du rejet de dioxyde de carbone, n’a pas les moyens d’une conversion rapide à une économie propre. Elle craint que l’Union européenne ne lui impose ses objectifs contraignants, ce qui ne manquerait pas de secouer le pays : chômage dans les mines de charbon, hausse de la facture énergétique des ménages, et une plus grande dépendance énergétique, notamment vis-à-vis de la Russie. Alors tant pis pour l’atmosphère, la cohésion européenne, et les paysages polonais.

Plus polluants, moins riches, les pays de d’Europe centrale et orientale réclament plus de temps pour s’adapter. Ils souhaitent quelques privilèges pour continuer à polluer. Et ils comptent sur la solidarité européenne pour les aider à financer cette nouvelle transition vers une économie plus propre. La France, qui préside l’Union européenne, a réuni à Gdansk ces nouveaux membres – Pologne, Bulgarie, Hongrie, Roumanie, République Tchèque, Slovaquie, Estonie, Lettonie, Lituanie – pour tenter de les rallier à un plan climat européen, articulé autour du chiffre « 20 ». Moins 20% de CO² en 2020 par rapport à 1990, 20% de renouvelable dans la consommation européenne, et 20% d’économie d’énergie.

Copenhague en perspective.

Copenhague devra édicter un nouveau pacte climatique, articulé autour de trois priorités. Décider d’une politique de réduction des GES plus contraignante pour les pays industrialisés. Il est question de viser les 40% d’ici 2020, pour atteindre les 90% à l’horizon 2050. Seconde priorité, entraîner les nouvelles puissances émergentes dans cet effort international. La Chine est devenue le premier pollueur mondial, quand l’Inde, le Brésil, ou l’Afrique du Sud, ou le Mexique sont arrivés au niveau des pays industrialisés. Il s’agit encore d’imaginer des mécanismes de financement pour accompagner les pays pauvres, d’Afrique ou d’Asie, dans leurs efforts d’adaptation. En clair, il faut les aider à développer des technologies propres, technologies qui sont généralement au dessus de leurs moyens. Et leur donner les moyens de répondre aux conséquences du changement climatique, qui se fait déjà sentir dans nombre de pays.

La question de la déforestation, oubliée par Kyoto, source d’émissions, devra encore figurer sur le futur traité. Cette question a déjà été débattue à Accra, au Ghana, du 21 au 27 août dernier, lors d’une Conférence sur le climat et la déforestation, organisée par la Convention des Nations unies sur les changements climatiques (CNUC). Cette discussion, destinée à aborder l’après-Kyoto, a désigné la déforestation dans les pays en voie de développement, et en Afrique, comme l’une des priorités internationales. La destruction du couvert forestier, qui a des incidences climatiques dues aux émissions de CO², entraîne aussi une dégradation des sols et des écosystèmes. Avec le risque de priver les populations concernées de leurs ressources vitales. Copenhague devrait accompagner un développement plus respectueux de l’environnement dans les pays les plus exposés. Avec une probable contribution financière.

Retour à Poznan.

L’équipe Bush, présente à Poznan, devra bientôt céder la place à l’équipe Obama. Changement de direction, et changement de ton. En attendant que les Etats- Unis adhèrent à un nouveau traité sur le climat – les Etats-Unis, qui ont refusé de ratifier Kyoto, ne sont pas engagés à réduire leurs émissions de CO² -, hypothèse probable mais pas immédiate, Barack Obama a déjà chiffré ses objectifs. Il souhaite, à l’horizon 2020, ramener les émissions des Etats-Unis à leur niveau de 1990. Il va plus loin. Il propose une réduction de 80% des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis à l’horizon 2050, toujours par rapport à 1990. La Chine, dont la croissance reste liée au charbon qui lui fournit de l’électricité, prend aussi conscience que sa propre pollution l’asphyxie. A Poznan, elle a fait preuve de bonne volonté, A condition que les pays riches montrent l’exemple, et l’aident financièrement à lutter contre le réchauffement. L’Europe, qui entre-temps s’est déplacée à Bruxelles pour négocier son fameux plan « Energie – climat », peine à trouver un compromis. Les pays d’Europe centrale et orientale, qui crient misère, pourraient bien bénéficier d’exemptions, assorties d’une enveloppe pour encourager leur coopération. Privilèges que pourraient envier les pays en voie de développement, déjà offerts au réchauffement, et sans moyens pour affronter la crise climatique. Un an avant Copenhague, le concert d’intérêts entendu à Poznan, pose la question d’une solidarité internationale. Et d’un front commun pour freiner les effets de la crise climatique.

M.j

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Publié le 11 décembre 2008 par marlene dans Actualité,Climat,Non classé
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Afrique, pauvreté, environnement, et développement.

Bonjour,

Semaine de l’économie africaine sur le Webpedagogique, petite recherche, un titre accroche mon œil : « Afrique : pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre ». « L’Afrique est connue comme l’une des parties les plus riches du monde lorsqu’il s’agit des ressources naturelles, pourtant elle est également la région la plus pauvre – malgré les richesses naturelles et le flot d’aides », a déclaré Charles Mutasa, directeur exécutif du African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD) » Plus loin : « « La dette écologique causée par l’exploitation des ressources naturelles joue un rôle crucial dans ce scénario », a ajouté Mutasa. « Elle maintient le continent en bas, empêche la région de sortir du cercle de la pauvreté, et déclenche la nécessité d’avoir plus d’aide » » Cet article développe l’exemple de la Zambie, ses mines de cuivre, ses exploitants prospères, ses populations exclues des profits, mais généreusement dédommagées en déchets et en poussières, résultat d’une exploitation irrespectueuse. La question de l’exploitation des richesses africaines, et leurs conséquences environnementales sur la vie des communautés, trop rarement discutée lors des Conférences internationales, figurait à l’agenda du 3° Forum de Haut Niveau sur l’efficacité de l’Aide au Développement.

Une aide aux consultants…

Troisième rencontre après Rome (2004) et Paris (2005), le Forum d’Accra (2-4 septembre 2008) visait à examiner l’aide au développement, et ses dysfonctionnements. Vaste programme qui dépasse la question environnementale, mais qui l’inclut. Et s’il y a rencontre, c’est qu’il y problème. Mais je ne vais pas fouiller le sujet, quelques kilomètres de blog n’y suffiraient pas. Retour sur le forum d’Accra qui a rassemblé des représentants et pays donateurs, des pays bénéficiaires, et de la société civile, pour examiner les acquis de la Déclaration de Paris. C’est-à-dire tenter de réajuster une aide peu efficace, mal ciblée, et souvent trop lente, malgré les bonnes intentions affichées. Au total, plus de 100 milliards de dollars sont alloués chaque année aux pays les plus démunis.(1) Une aide ralentie par les procédures administratives, instrumentalisée par les rivalités politiques, et soulagée par la corruption. Une récente étude sur la Déclaration de Paris montre que moins de la moitié des fonds alloués arrivent dans les délais prévus par les bailleurs de fond. (1) Les représentants des Eglises d’Afrique et des organisations religieuses internationales, très présentes sur le terrain de la pauvreté, prétendent que les plus démunis ne profitent pas de l’aide. Dans un texte destiné à préparer le forum d’Accra, le collectif religieux affirme que six des 11 millions d’enfants qui meurent chaque année pourraient être sauvés avec des moyens simples et peu coûteux. Le rapport souligne encore que « l’aide est estimée sur la quantité, et non par ce qu’elle apporte au développement ». « La Déclaration de Paris ne tient pas compte du développement durable », poursuit le collectif. Encore deux extraits: « La moitié de l’aide est donnée sous la forme de consultants qui coûtent cher et qui répondent aux directives des donneurs. », « Les gouvernement des pays riches se comportent de façon honteuse en limitant l’aide à leurs propres intérêts économiques… »

De fait, l’aide au développement génère une dynamique complexe. Elle a des incidences sur le commerce des pays secourus, leur dette, la gestion des ressources. Elle influe sur la politique internationale, et reste ligotée à certains intérêts. La crise financière, la hausse des produits alimentaires, les difficultés d’accès à l’énergie, ou les effets du changement climatique l’ont rendue plus urgente, et plus précieuse, sur un terrain qui n’en verra peut-être jamais la couleur…

M.J

L’article d’attaque : « Afrique: Pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre? »Miriam Mannak, 9 Septembre 2008 http://fr.allafrica.com/stories/200809091141.html

Pour en savoir sur le Forum D’Accra deux points de vue africains : Arbre à Palable / Forum d’ACCRA – septembre 2009 (1) http://www.arbre-a-palabre.org/2008/09/forum-daccra-septembre-2009/, et « La société civile exige une action urgente en matière d’aide au développement », 1er septembre 2008, Libération-Afrique http://www.liberationafrique.org/spip.php?article2289. Côté occidental, une présentation du processus – et des priorités – de l’aide au développement sur le site de l’Agence française de Développement (AFD) http://www.afd.fr/jahia/Jahia/home/Efficacite_1/pid/1686, et un appel à l’efficacité de l’aide par la Commission européenne http://www.eu-un.europa.eu/articles/fr/article_8119_fr.htm

Enfin, un lien vers AFRODAD, un organisme de recherche qui examine le problème de la dette africaine, et son impact sur le développement du continent. http://www.afrodad.org/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1


Publié le 4 décembre 2008 par marlene dans Actualité,Afrique,Developpement
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Crise financière et crise climatique.

Bonjour,

Le sommet de l’ONU sur le réchauffement climatique a débuté lundi 1er décembre à Poznan, une ville de l’Ouest de la Pologne. Un an après Bali qui avait adopté une « feuille de route » pour accompagner les négociations, Poznan vise à faire avancer un plan climat qui sera finalement décidé à Copenhague, en décembre 2009. Pendant deux semaines, les 192 signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) vont discuter pour imaginer l’après-Kyoto, qui expire en 2012. Il reste un an pour s’entendre sur les moyens de réduire, ensemble, les émissions de gaz à effet de serre. A Poznan, la crise financière pourrait s’immiscer dans les débats, et compliquer les discussions sur le climat. Lors de l’ouverture de la Conférence, Yvo de Boer, le responsable de la CNUCC, a déclaré : « La réalité est que mobiliser les ressources financières à l’échelle requise constituera un véritable défi. »(1), Les gouvernements des pays industrialisés, qui se sont ruinés pour sauver leur système financier, risquent d’être moins disposés à dépenser pour lutter contre le réchauffement climatique. Par exemple, l’Europe devra se donner les moyens de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 – par rapport à 1990 -, et de convertir en renouvelable 20% de son offre énergétique, programme ambitieux. Dans Libération (2), Yvo de Boer s’inquiète encore des conséquences de la crise financière: « Au cours des dix prochaines années, nous allons remplacer 40% des capacités de production de l’énergie.(..) Si à cause de la crise financière, la décision est prise d’utiliser des technologies peu chères et polluantes, elles seront encore là dans trente ou cinquante ans. »

En attendant un nouveau protocole, qui devrait intégrer les pays émergents, Barack Obama a envoyé une délégation à Poznan. Il souhaite tourner la page « Bush ». Les Etats-Unis pourraient cesser de faire « bande à part » pour rejoindre les 37 pays industrialisés qui ont ratifié Kyoto. A Poznan, Rajendra Pachauri, chef du GIEC et prix Nobel 2007, a rappelé aux participants les enjeux du réchauffement climatique, élévation du niveau des mers, pénurie croissante d’eau, et disparition des espèces. (3) Il y a quelques semaines, Claude Lorius, glaciologue français et Lauréat du Prix Blue Planet 2008, confiait son pessimisme au journal Le Monde : « Il est difficile de dire si on a dépassé les limites, mais il est évident qu’on va subir un réchauffement : on prévoit d’ici la fin du siècle un bond climatique qui pourrait être équivalent à celui que la planète a franchi en dix mille ans pour passer de l’âge glaciaire à l’holocène ! Je ne vois pas que l’homme ait actuellement les moyens d’inverser la tendance. » (4) Pour peut-être atténuer cette tendance, en visant une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 25% en 2030 – par rapport à 2000 -, il faudrait 500 milliards de dollars annuels, estimation du CCNUCC, qui s’ajoutent évidemment aux milliards de dollars engloutis par le système financier mondial…

M.J

(1) AFP, 30 nov. 2008

(2) « Climat pesant à Poznan », Christian Losson, Libération, 1er décembre 2008.

(3) « UN Climate conf. Concerned about financial crisis », AP, 1er décembre 2008.

(4) “Un expert du climat appelle à un sursaut de l’homme”, propos recueillis par laurent Carpentier, Le Monde, 11-11-08.


Publié le 2 décembre 2008 par marlene dans Actualité,Climat
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Fukuoka, l’homme qui voulait révolutionner l’agriculture…

Bonjour,

« Je vis sur une petite montagne où je pratique l’agriculture. Je n’ai pas de connaissance, je ne fais rien. Je travaille la terre sans cultiver, sans fertilisant, et sans produit chimique » (1), ainsi se présente Masanobu Fukuoka, petit agriculteur japonais. Tout au long de sa vie, il a appris à laisser travailler la nature à sa place. C’est elle qui lui a montré qu’elle pouvait être généreuse, pour peu qu’on la laisse tranquille. De cette conversation avec la nature est née un livre majeur, « La révolution d’un brin de paille », principes pour une agriculture naturelle.

Quatre grands principes.

Premier principe, ne pas cultiver la terre qui travaille seule, aidée par les racines, les plantes, les micro-organismes, et les autres petits locataires de l’écosystème. Fertilisants chimiques et compost préparés sont interdits, second principe, pour ne pas brutaliser la nature. Pour rendre ses sols naturellement plus généreux, Fukuoka fait pousser du trèfle blanc en surface. Il couvre de paille et y ajoute du fumier de volaille. Il commente sa recette à base de paille: « Répandre de la paille…est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d’hiver. C’est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l’irrigation. Concrètement et théoriquement, l’utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c’est quelque chose que je ne peux faire comprendre aux gens. » (2) Troisième principe de cette agriculture, ne pas désherber car les mauvaises herbes participent au processus naturel. Pas de produit chimique, quatrième principe. Les insectes et les maladies ne sont pas assez nocifs pour justifier une intervention chimique. Argument complémentaire, une plantation robuste développe sa propre résistance aux nuisibles. (3) Le livre est publié en 1975, il fait école.

Trois décennies pour mesurer ses efforts.

Masanobu Fukuoka naît en 1913, dans un petit village agricole de l’ïle de Shikoku, au sud de l’archipel nippon. Il apprend la microbiologie, se spécialise dans les sols, et la pathologie des végétaux. A 25 ans, il souffre d’une grave pneumonie, probable déclic face à la mort, il prétend avoir des visions. Il se met notamment à douter de la relation entre l’homme et la nature. Nous sommes dans le Japon de la fin des années 30. Le pays commence à  délaisser l’agriculture traditionnelle pour se convertir aux méthodes occidentales, rendements et industrialisation assortis. Fukuoka y voit une rupture entre les Japonais et leur terre. Il s’inquiète déjà des pollutions et des dégradations liées à cette mutation. Il démissionne, revient à la ferme familiale à Shikoku, bien décidé à démontrer qu’il n’est pas nécessaire de brutaliser la nature pour produire. Sa démonstration dure trente ans. Trois décennies pour apprendre et mettre au point une méthode agricole basée sur le « rien-faire ». Ou si peu. Fukuoka, qui renonce au labour, fait travailler ses canards et ses poules pour fertiliser le sol, décourage les mauvaises herbes sans désherber, éparpille de la paille pour stimuler sa terre, attend la maturité de ses graines, les jette dans le champ entourées d’argile, apprend à ménager ses efforts. Récompense, cette agriculture douce qui laisse l’écosystème se reconstituer, donne des rendements identiques à ceux des fermes voisines, aux méthodes plus dirigistes. Avec un petit plus. Le sol, qui n’a pas vu de charrue pendant 20 ans, enrichi par la paille, s’améliore à chaque saison.

Cultiver pour apprendre à philosopher.

Devenu partisan du moindre effort, Fukuoka est aussi devenu philosophe. « Beaucoup de gens pensent que lorsque nous pratiquons l’agriculture, la nature nous aide à faire pousser les aliments. C’est un point de vue exclusivement « humano-centriste ». Nous devrions plutôt réaliser que nous recevons ce que la nature décide de nous donner. Un fermier ne fait pas pousser quelque chose au sens où il, où elle, le crée. Cet homme est seulement le maillon d’un processus par lequel la nature exprime sa créativité. Le fermier a une très petite influence sur ce processus…à part être là, et assumer sa petite part. »(4) Dans ses livres –il a publié deux autres ouvrages (5) -, Fukuoka revendique une inspiration bouddhiste. Mais si l’enseignement bouddhiste éclaire et dicte les méthodes de cette agriculture naturelle, l’inverse est aussi vrai. Pour Fukuoka, cette philosophie exprime l’intime relation entre la vie et la nature. Et quand « l’homme et la nature ne font qu’un, une voie s’ouvre vers cette agriculture qui dépasse le temps et l’espace pour atteindre le zénith de la compréhension et de la lumière. »(4) Mais, il nous rassure tout de suite: “Bien que l’agriculture naturelle – qui peut apprendre aux gens à cultiver une profonde compréhension de la nature – peut conduire à une attitude spirituelle, elle n’est pas strictement une pratique spirituelle. L’agriculture naturelle est juste une agriculture, rien de plus”(4)

L’agriculture naturelle, une révolution copernicienne.

Masanobu Fukuoka s’est éteint en août 2008. Il aurait initié la permaculture. Dans les années 80, il s’intéresse à l’Afrique. Son rêve, faire reverdir le désert. Il amorce de petits projets agricoles en Ethiopie et en Somalie. Mais les Occidentaux préfèrent les cultures de rente, et les gouvernements africains n’aiment pas les petits jardins.(1) Il a enseigné sa méthode à des milliers de personnes. Dans les montagnes, au nord de Kyoto, Larry Korn a expérimenté son modèle. Aux Etats-Unis, en Israël, ou dans le Sud de la France, quelques pionniers perpétuent son héritage. Fukuoka, qui réconcilie l’agriculteur et sa terre, l’agriculteur et son rythme, n’a peut-être pas beaucoup d’illusions sur l’avenir de son modèle. En 1988, le « Ramon Magsaysay Award » couronne ses travaux et ses enseignements. Il déclare alors: « Le changement vers une agriculture naturelle suppose une révolution copernicienne. Ce n’est pas quelque chose qui peut se faire en une nuit. » (6) Mais, il ne renonce pas. En janvier 2008, il apprend à ses élèves à fabriquer des boules de graines…

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M.J

(1)”Greening the desert”, Interview de Masanobu Fukuoka, Robert et Diane Gilman, In context,1986. http://www.context.org/ICLIB/IC14/Fukuoka.htm

(2) Wikipedia

(3)Mouvement Citerrien, « L’Agriculture naturelle
de Masanobu Fukuoka, L’agriculture du non-agir »
http://www.citerre.org/fukuokamct.htm

(4) The Fukuoka Website, The philosophy of Masanobu Fukuoka, http://fukuokafarmingol.info/fphil.html

(5) « L’agriculture naturelle. Théorie et pratique pour une philosophie verte. » «  La voie du retour à la nature : Théorie et pratique pour une philosophie verte. »

(6) The 1988 Ramon Magsaysay Award for Public Service, BIOGRAPHY of Masanobu Fukuoka, http://www.rmaf.org.ph/Awardees/Biography/BiographyFukuokaMas.htm


Publié le 28 novembre 2008 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Japon
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Cette eau qui voyage….

Bonjour,

Dans un chapitre intitulé « La logique du sushi » (1), Erik Orsenna, encore lui, introduit la notion « d’eau virtuelle ». Cette source, difficile à localiser car toujours en mouvement, difficile à quantifier car trop éclatée, a pourtant une réalité. C’est « l’eau contenue dans les marchandises », définition de J.A Allan, concepteur de cet outil imaginé dans les années 90. « L’eau virtuelle » convertit les récoltes et les biens industriels en quantités d’eau consommées pour les produire. Exemples. Pour produire un kilo de bœuf, il faut 16.000 litres d’eau, un kilo de poulet équivaut à 3.500 litres, un kilo de riz vaut 2.500 litres, 1.500 litres pour un kilo de sucre de canne, 1000 litres pour un kilo de farine, et 850 pour un kilo de maïs. (2) Cette conversion, qui prend son eau dans les lacs, les rivières, les nappes de surface et phréatiques, sans oublier la pluie, est particulièrement sévère pour la viande, les produits laitiers, le sucre, et le coton, qui puise l’équivalent de 120 litres d’eau par jour et par personne au niveau mondial. (3) Attention à nos ti-shirts, et à notre régime alimentaire. Un consommateur de viande absorbe aussi, indirectement, environ 4000 litres d’eau par jour. Quand 1.500 litres suffisent à produire un régime végétarien.(4) « L’eau virtuelle », un concept qui paraît simple. Ce qui complique un peu l’idée, c’est que les marchandises voyagent. La ressource suit.

Des pays importateurs qui économisent leur ressource.

Au cours des 40 dernières années, le commerce d’eau virtuelle, porté par les échanges agricoles, a régulièrement augmenté. Environ 16% de la ressource d’eau douce utilisée dans le monde sert à produire des marchandises, cultures vivrières en tête, qui ne seront pas consommées sur place. Et dans ce marché international, il y a les pays exportateurs, et les pays importateurs. En tête des importateurs, Asie centrale et du Sud, Europe occidentale, Afrique du Nord, et Moyen-Orient. Les principaux exportateurs, le continent américain, le Sud-Est asiatique, et l’Océanie. (4) Ce classement ne reflète pas forcément les niveaux de développement de chaque pays. Pour faire simple, côté exportateurs, des politiques agricoles généreuses en subventions, USA ou Europe de l’ouest, favorisent des marchandises bon marché. Côté importateurs, il s’agit souvent de satisfaire une forte demande en produits agricoles, conséquence d’une grosse population à nourrir, ou d’une dépendance en importations alimentaires. Les pays exportateurs puisent donc dans leurs propres ressources en eau douce pour satisfaire ce commerce. Pour les Etats-Unis, principal exportateur d’eau virtuelle sur le marché international, ce prélèvement correspond au tiers des ressources du pays.(4) Pour les pays importateurs, cette eau reste virtuelle, puisque pompée ailleurs. La Jordanie, qui limite ses exportations gourmandes en eau, importe jusqu’à 90% de ses besoins domestiques. (4) Ce qui est sous-entendu, mais ce que ne dit pas toujours ce commerce international de l’eau virtuelle, c’est que les réserves d’eau douce sont inégalement réparties à l’échelle mondiale. Question de géographie, et question de climat.

Une géographie des pressions sur la ressource.

Ce concept d’eau virtuelle ouvre quelques perspectives économiques et environnementales. Les pays qui manquent d’eau ont tout intérêt à importer des produits agricoles à bas prix, cultivés ailleurs. Pourquoi produire du riz quand l’eau, rare et chère, en augmente le prix, si cet aliment, disponible ailleurs, est bien meilleur marché ? Ces pays, soumis à régime sec, peuvent employer leur ressource pour satisfaire d’autres besoins. Les spécialistes s’interrogent encore sur le rôle de ce marché parallèle de l’eau pour les pays en développement, ou à la ressource limitée. Contribue-t-il à stimuler une agriculture locale, moins d’importations et moins de dépendance au marché alimentaire mondial ? Ou freine-t-il le développement agricole de certains pays, pour lesquels il est devenu si facile de se servir ailleurs. Sur le plan environnemental, ce concept donne accès à « l’empreinte eau » de chaque pays, l’équivalent de « l’empreinte écologique ». Il suffit d’additionner le volume d’eau destiné aux besoins internes d’une population, usages domestiques et produits de consommation, d’y ajouter le volume d’eau virtuelle importé avec des marchandises venues d’ailleurs, et d’y soustraire le volume nécessaire pour produire les denrées qui partent au-delà des frontières. Un calcul pas si simple. Reste un outil qui permet d’apprécier l’impact environnemental de certaines techniques de production, et de certaines habitudes de consommation. Il permet encore d’esquisser une géographie des pressions sur la ressource. Cette « eau contenue dans les marchandises », qui soulage la ressource des pays importateurs, peut entraîner la dégradation des hydro-systèmes des pays exportateurs.

Un outil complexe, deux évidences.

Ce concept, qui rend plus lisible la géographie mondiale de l’eau – consommation réelle, pressions sur la ressource, architecture des flux mondiaux, dépendance à l’offre alimentaire, mise en lumière des zones sensibles – peut orienter une politique internationale, et nationale. Israël choisit de ne pas exporter sa ressource, via des produits très assoiffés. La Chine, et sa démographie, travaillent à une autosuffisance alimentaire. (4) C’est un outil complexe qui livre au moins deux évidences, l’intime relation entre l’eau et l’agriculture, et l’importance de la ressource locale, qui débarrassée de l’adjectif «  virtuel », voyage mal.

M.J

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L’idée, c’est de continuer à fouiller ce concept. D’abord, un rapport des Nations Unies, « Faits et Chiffres, L’eau virtuelle : 2003, Année Internationale de l’Eau Douce » – qui m’a permis de récolter des données ( 4) , et qui cite ses sources. Ce document date un peu, 2003. Ensuite, un article de l’inventeur du concept, « Les dangers de l’eau virtuelle » de J.A. Allan, Professeur à l’Ecole des études orientales et africaines, à l’Université de Londres, publié dans le Courrier de l’UNESCO, 1999. Cet article, exploite l’aspect géopolitique de la question, avec des données chiffrées par pays. Même remarque, elles datent un peu. Données plus récentes dans le « Rapport Planète Vivante 2008 » du WWF (3), assorties de graphiques (pp 18 – 21). Et beaucoup plus sympa, « la logique du sushi » (1), « L’avenir de l’eau », Erik Orsenna, Fayard, 2008, pp 393-395

(2) « L’eau pour tous / Eau virtuelle ». Exposition Cité des Sciences et de l’Industrie – Eau virtuelle Graphique / Inforessources.


Publié le 25 novembre 2008 par marlene dans Actualité,eau
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Erik Orsenna, emporté par les eaux….

Bonjour,

Erik Orsenna est parti en voyage, tout le monde le sait, deux ans passés à courir la planète pour enquêter sur « L’avenir de l’eau » (1), le titre de son carnet de route. Son périple commence par l’Australie, l’île-continent asséchée par de longues années sans pluie, et qui voit ses deux plus belles rivières, le Darling et le Murray, pompées par les fermiers et privées par des barrages, se tarir un peu plus. Et dans ce pays riche qui compte ses gouttes de pluie, un fermier désespéré se suicide tous les quatre jours. A Calcutta, l’eau est complice du choléra, cette bactérie qui voyage et prospère dans des quartiers surpeuplés, sans accès au robinet et sans réseau d’assainissement. Au Bengladesh, l’eau c’est le « flood », cette inondation qui puise sa force dans la langue anglaise et la mousson pour submerger les chars, ces îles provisoires du lit du Brahmapoutre. En Israël, la Mer morte agonise. Au Chili, on attrape le brouillard qui enveloppe les côtes du Pacifique dans de grands filets pour en récupérer les gouttelettes. Aux Etats-Unis, le Colorado pompé par l’agriculture et l’urbanisation, Los Angeles, Sans Diego, Phoenix, Tucson, s’épuise. A côté, Las Vegas, hôtels, casinos, et pelouses verdoyantes, détient le record mondial du gaspillage, 1000 litres par personne et par jour. Le Maghreb va terriblement manquer d’eau, prédiction du GIEC, en attendant on pompe dans la nappe phréatique du Sahara, qui n’est pas inépuisable. Et ce désert, que l’on croyait bien installé au nord du continent africain, traverse la Méditerranée, Barcelone manque d’eau. Au Sénégal, on rêve d’ensemencer les nuages avec de l’iodure d’argent pour récolter leurs précieuses gouttes sur le sol, mais les nuages ont aussi leurs humeurs.

Voyage d’écrivain, quelques personnages parcourent le récit. Ingrid, la sémiologue convertie à l’élevage en Australie, qui sait que le jaune, couleur de sécheresse, condamne son bétail. Nicolas Fornage, inspecteur de barrages, sillonne le monde pour en apprécier les impacts, il y a les productifs et les inutiles, question de géographie, de climat, et question politique. En Israël, Sammy Boussiba pense que les algues pourraient sauver l’humanité, à moins qu’elles ne la débarrassent des moustiques responsables du paludisme. Simha Blass, le génial inventeur de l’irrigation au goutte-à- goutte, connaissait déjà la valeur de la ressource. Sur les bords d’un Lac Tchad miniaturisé, la vache Kouri s’inquiète pour son avenir de nageuse. Le scarabée de Namibie a un don pour capter les gouttelettes nécessaires à sa survie, question de carrosserie. Au Bengladesh, en Israël, ou sur les hauteurs de l’Himalaya, l’eau devient géopolitique. Les guerres de l’eau ont de beaux jours devant elles, prédit Erik Orsenna, pression démographique explique. C’est peut-être en Chine que l’écrivain-voyageur bouscule le plus notre relation occidentale à la géographie, née d’un territoire tempéré, proportionné, et docile. La Chine, terre de démesure et de caprices, trop de pluies en été, trop peu d’eau au sud, un tiers des rivières polluées, une obsession des inondations, une tradition de grands travaux hydrauliques, et une vedette, le barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yangtsé, 2310 mètres de long, 1,2 millions de personnes déplacées, et 600 km² de terres agricoles et de forêts noyées.(2) C’est aussi en Chine que l’on apprend que le plus grave à venir pour l’humanité n’est peut-être pas le manque d’eau, mais le manque de terres cultivables.

Erik Orsenna et l’eau, le voyage n’est pas vraiment fini puisqu’il continue sur son blog, beaucoup de petits textes à feuilleter. Avec en prime un pub pour son livre, une belle enquête qui donne envie de partir avec lui, une prochaine fois..Orsenna intervient encore sur le site de la Fondation Hulot, encore des histoires d’eaux.

M.J

(1) « L’avenir de l’eau » – Petit précis de mondialisation II, Erik Orsenna, Fayard, octobre 2008, 416 p.

(2) Wikipedia


Publié le 20 novembre 2008 par marlene dans Actualité,eau
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« La vie moderne », histoires de la campagne.

Bonjour,

Absorbée par le bouquin d’Orsenna, « L’avenir de l’eau –Petit précis de mondialisation », j’en parle plus tard, d’ailleurs tout le monde en parle et c’est tant mieux, j’ai cherché un petit sujet. Et j’ai trouvé un grand documentaire. « La vie moderne », de Raymond Depardon. C’est le genre de film qui rend heureux quand on le regarde, et dont la force des images se révèle pleinement le jour d’après. Et les jours qui suivent. On prend d’abord une petite route des Cévennes dans le village de Villaret pour arriver à une ferme, rencontre avec la famille Privat. Deux vieux frères dessinés par une vie de travail au grand air, leur neveu fraîchement marié, et une petite citadine arrivée avec le mariage. Cinq personnages, surpris dans leurs paysages, près de leur étable, ou accoudés sur la toile cirée de la table de la cuisine. Ils évoquent une vie consacrée à la terre, à leurs brebis, à leurs vaches, ils retiennent les mots préférant les regards, ils finissent par lâcher un conflit de génération, et abordent l’avenir d’une exploitation qu’il faudra bien léguer aux plus jeunes, qui n’ont pas les mêmes méthodes. La question des partages justifie les non-dits. La petite, pas franchement convaincue de sa vie à la ferme. Puis on repart dans ces paysages de moyenne montagne aux étés torrides et aux hivers neigeux, aux terres austères et pentues, guère d’autre choix que l’élevage, une autre route, une autre ferme, Depardon voix-off mène la visite, la caméra est sur le véhicule, une autre route, une autre ferme, puis encore une autre, autant de séquences. Toutes ces routes mènent chez des connaissances du cinéaste, parfois des amis qu’il a déjà filmés, des figures d’un monde des champs qui fout le camp, et qui résiste comme il peut. Depardon pose quelques questions, la caméra saisit patiemment une série de portraits arrachés à l’intimité d’une vie repliée, des paysans pas franchement farouches, pas franchement bavards, mais parfois rigolards. Devant un bol de café, face à la caméra, on parle du laitier qui ne passe plus, des voisins qui restent, de ceux qui sont partis, des villages qui se vident, des citadins qui achètent des maisons, ou du manque d’argent pour mener à bien ses projets, de ces petites histoires qui font un monde. Dommage, il est déjà l’heure de repartir, un dernier regard sur ces paysages presque intacts.

« La vie moderne », qui succède à « L’approche » (2001) et « Le quotidien » (2005) est le troisième volet de la trilogie « Profils paysans ». Depardon, fils de paysans, n’a cessé de revenir sur le territoire de son enfance.

M.J

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Publié le 13 novembre 2008 par marlene dans Actualité,Cinema.
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Ce NF3 qui charge l’atmosphère…

Bonjour,

Le NF3, un gaz à effet de serre produit par la fabrication d’écrans plats, de circuits intégrés, ou de panneaux solaires, charge dangereusement l’atmosphère. C’est le constat d’une équipe de recherche de l’Institut d’Océanographie de l’Université de Californie de San- Diego. Le trifluorure d’azote, son autre nom, serait 17 000 fois plus actif dans le processus de réchauffement que le CO², pourtant ennemi « numéro 1 ». Autre mauvaise surprise, il resterait dans l’atmosphère cinq fois plus longtemps que le CO², ce qui nous pousse à environ 550 ans. En 2006, la quantité de NF3 était estimée à 1200 tonnes métriques. De nouvelles méthodes d’investigation, développées par l’équipe américaine, ont permis de réactualiser sa présence, 4200 tonnes métriques. En 2008, il grimperait à 5400 tonnes métriques. Un résultat qui annoncerait une augmentation annuelle de 11%.

Les émissions de NF3, supposées faibles jusqu’alors, n’ont pas été prises en compte par le Protocole de Kyoto, outil international destiné à contenir les émissions de gaz à effet de serre. Kyoto ne retient que les gaz avérés dangereux pour la qualité de l’atmosphère, dioxyde de carbone (CO²) , méthane (CH4), ou halocarbures (HFC, PFC). Pour coller aux exigences de Kyoto, l’industrie électronique a délaissé les hydrocarbures perfluorés (PFC), pour utiliser du NF3, dont on supposait que 2%, seulement, s’échappait dans l’atmosphère.La découverte des scientifiques américains, publiée le 31 octobre prochain dans la « Geographical Research Letters », avait déjà filtré en juin dernier. Le journal de l’Union Géophysique américaine (AGU) qualifiait le NF3 de « gaz à effet de serre manquant ». Pour l’instant, « l’oublié de Kyoto »  ne contribue qu’à 0,04% d’un réchauffement global, largement induit par les émissions de CO² d’origine anthropique.

M.J

Article de référence : http://scrippsnews.ucsd.edu/Releases/?releaseID=933


Publié le 29 octobre 2008 par marlene dans Actualité,Climat,Non classé
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