Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Quand les BRIC commercent avec l’Afrique du Nord.

Bonjour,

En 2008, le brésilien Petrobras investit 21 millions de dollars US dans la prospection pétrolière en Libye. Depuis trois ans déjà, l’Inde, en quête d’or noir, est autorisée à fouiller le sous-sol libyen. Pendant ce temps, les chinois, China Petroleum et China Corporation, explorent le sous-sol algérien. Territoire convoité par le russe Gazprom qui, en 2006, signe un protocole d’accord avec la Sonatrac, la compagnie d’Etat qui gère la production de pétrole et de gaz en Algérie. La même année, la Sonatrac et la Chinese National Petroleum Corporation (CNPC) conviennent d’un projet de raffinerie dans la région de l’Adrar. En 2010, les industriels indiens sont invités à prendre part à un projet de 10 milliards de dollars pour la construction d’un gazoduc trans-saharien, toujours en Algérie. Les Indiens sont en Tunisie. En 2005, le géant du fertlisant Rashtriya Chemicals and Fertilizers Limited, veut y construire une usine destinée à produire de l’acide sulfurique. En 2010, le groupe de prospection minière brésilien, La Vale, s’intéresse aussi à la Tunisie, et au phosphate de Sra Ouertane. Plus à l’Ouest, en Mauritanie, les Chinois qui détiennent 20% de la compagnie minière nationale (SNIM) veulent doubler la production de fer. Afin de l’exporter vers la Chine, le Japon, et l’Union  Européenne. Si les BRIC – Brésil, Russie, Inde – Chine –, gros consommateurs de pétrole, de phosphates, de fer, s’intéressent au sous-sol des pays d’Afrique du Nord, ils investissent aussi dans l’industrie et les services. Ils s’activent dans le tourisme, les télécommunications, la construction, l’automobile, et l’électronique pour répondre à un marché potentiel de 170 millions de consommateurs. Dans un rapport qui détaille les échanges entre les BRIC et les pays d’Afrique du Nord,  la Banque africaine de Développement (BAD) montre que l’intérêt des premiers dope aussi les économies des seconds. (1)

Chinatown.

Le fonds de commerce est d’abord clairement formulé. Les BRIC, dont le développement économique va demander encore plus d’énergie et plus de matières premières, veulent en sécuriser l’accès, et conquérir de nouveaux marchés. Les pays d’Afrique du Nord comptent parmi les plus gros producteurs mondiaux de pétrole, avec l’Algérie et la Libye qui détiennent aussi de grosses réserves. En 2010, l’exportation de pétrole libyen vers la Chine a explosé, plus de 250%. Au conditionnel, la Chine importerait le tiers de son pétrole de Libye. Le Maroc et la Tunisie sont terres de phosphates. Le Brésil capte plus de la moitié des exportations tunisiennes. La Mauritanie, qui détient de grosses réserves de fer, intéresse les Chinois. Qui ne boudent pas non plus les eaux poissonneuses des côtes mauritaniennes. D’ailleurs, l’Afrique du Nord veut diversifier ses exportations, produits agricoles, dates, huile d’olive, ou productions traditionnelles. L’Egypte envoie vers l’Inde des containers de cuir, de coton brut, et de produits chimiques, d’origine biologique ou non. Côté BRIC, les pays d’Afrique du Nord deviennent un débouché qui commence à compter. Les importations en provenance des BRIC, quasi nulles dans les années 90, tendent vers les 20% à la fin des années 2000. L’Egypte, gros consommateur de blé, compte sur la Russie pour la moitié de ses importations. Quand le café et les lentilles viennent d’Inde. L’Algérie importe du bœuf, du poulet, du sucre, du soja, et de l’huile du Brésil. La Tunisie boit du thé et du café produit en  Chine, se drape dans ses soieries, et roule dans des voitures « made in Brazil ». Plus important, les gros contrats pour la construction des infrastructures. Dans ce domaine, l’Algérie est la chasse gardée de la Chine, 80% des contrats récents, projet d’autoroute Est- Ouest, réseau de chemin de fer dans la partie occidentale, et constructions de logements. La Chine exporte aussi sa main d’oeuvre, employée surtout dans le bâtiment. Une communauté d’au moins 40.000 Chinois vivrait en Algérie, et  les quartiers Est d’Alger prennent des allures de Chinatown.

« Made in Egypt »

Dans un chapitre intitulé « Du Made in China au Made in Egypt », le rapport suggère que les pays d’Afrique du Nord, qui produisent moins cher, pourraient devenir le nouvel atelier de la Chine. Exemple, l’Egypte. Quand un ouvrier chinois, employé dans l’industrie textile, coûte l’équivalent de 150 Euros par mois, l’Egyptien accomplit le même travail pour 100 Euros, voire la moitié. Plus quelques petits avantages sur les droits de douane au départ de l’Egypte.  La proximité de l’Union européenne, avec des coûts de transports réduits, une livraison plus rapide, n’a pas échappé aux chinois. Quand il ne faut que quelques jours pour acheminer une livraison depuis l’Egypte, il faut parfois quelques semaines depuis la Chine. Sans compter que l’Egypte, comme la plupart des pays d’Afrique du Nord, a signé des accords commerciaux avec l’Union Européenne. La démonstration de la proximité, qui vaut aussi pour les autres pays du BRIC, s’étend à d’autres marchés, le Moyen-Orient, l’espace méditerranéen, ou les Etats-Unis. Cette relation économique entre les BRIC et les pays d’Afrique du Nord, est souhaitée par les dirigeants – ceux encore en place en 2010 -, qui y voient un moyen d’échapper à l’emprise de l’Union européenne. Cette relation puise aussi dans l’histoire du XX° siècle. En 1955, la Conférence de Bandung, qui réunit une trentaine de pays, dont la Chine, l’Inde, l’Egypte et la Libye, introduit  le « Tiers Monde » sur la scène internationale. Des liens commencent à se tisser entre les pays de cette diplomatie alternative. En 1956, Nasser, le Président égyptien, est le premier à reconnaître la Chine populaire. La Chine, qui soutient l’Algérie pendant sa guerre de libération, sera le premier Etat, non arabe, à saluer la renaissance algérienne en 1958. Dans les années 70, l’Algérie soutient la réintégration de la Chine au sein de l’ONU. Depuis 1961, la Conférence des pays non alignés , dont l’Inde de Nehru et l’Egypte de Nasser sont co-fondateurs, réunit les pays du Maghreb, la Chine, membre temporaire, le Brésil, acquis aux idées, et l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud, autre porte vers un continent africain convoité,  invitée par la Chine, rejoint les BRIC en décembre 2010, devenus « BRICs ». En visite en Egypte en septembre 2006, Wen Jiabao, le Premier  Ministre chinois, déclare que « le chapeau du néo-colonialisme ne va pas à la Chine ». (1)

M.J

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Rapport : «  The BRICs in North Africa : changing the name of the Game?”, Vincent Castel, Paula Ximena Mejia, and Jacob Kolster, North Africa Quaterly Analytical, First Annual Quarter 2011.

http://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/the%20BRICs%20in%20North%20Africa%20First%20annual%20ok_Mise%20en%20page%201.pdf

(1) “From « brothers » to « partners »: China, Africa building strategic ties”  Chang Ailing, China Features, 2006/09/29 http://eg.china-embassy.org/eng/zagx/t274327.htm


Publié le 12 mai 2011 par marlene dans Afrique du Nord,BRICs
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