Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Procès de l’Erika:un préjudice écologique.

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Cartographie d’une marée noire.
Bonjour,

En décembre 1999, le pétrolier Erika fait naufrage au large des côtes bretonnes. Les 25 Indiens, membres de l’équipage d’un navire battant pavillon Maltais, sous – affrété par une filiale de Total basée au Panama, sont sauvés. Environ 20.000 tonnes de fioul s’échappent du navire. Des centaines de kilomètres du littoral atlantique sont polluées. Le procès de l’Erika s’est ouvert lundi à Paris. C’est la première fois, en France, que les responsables d’une marée noire se retrouvent devant un tribunal correctionnel. Les victimes demandent notamment la reconnaissance d’un « préjudice écologique ».

Sept ans plus tard…

Le 12 décembre 1999, le pétrolier Erika, qui transporte 31 000 tonnes de fioul lourd, malmené par une tempête exceptionnelle, se brise en deux. Une partie de l’équipage se réfugie dans le canot de sauvetage, les autres sont récupérés par hélicoptère. Le navire libère 20.000 tonnes de fioul sur les côtes Atlantique. La pollution touche plus de 400 kilomètres de côtes. Plus de 5000 personnes, civils et militaires, nettoient les plages, et soignent 20.000 oiseaux mazoutés (Source: Ligue de Protection des Oiseaux). Si l’effort collectif et l’action de la mer ont finit pas effacer les traces de cette marée noire, les victimes attendent toujours réparation pour ce préjudice économique, et écologique. Sept ans plus tard, la justice française examine les responsabilités des différents acteurs du naufrage de l’Erika.

Total décline déjà ses responsabilités.

Le procès de l’Erika, accueilli avec scepticisme et amertume par ceux qui se sont mis les mains dans le fioul, est un super procès. Beaucoup d’argent, et quatre mois d’audience prévus. Une soixantaine de parties civiles – l’Etat français, les régions Pays de Loire, Bretagne, Poitou Charentes, les départements, les communes, et les associations écologiques.. -, un bataillon d’avocats, et une quinzaine de prévenus – du capitaine de l’Erika aux sociétés impliquées, dont Total, affréteur du navire – se rencontreront au tribunal correctionnel. Total, accusé de « pollution maritime » et de « complicité de mise en danger de la vie d’autrui », tente déjà l’éclipse. La société, qui décline sa responsabilité sur l’état du navire, souhaite une annulation des poursuites. Le ton du procès est donné. Derrière le préjudice écologique, c’est le transport maritime qui est en accusation.

Le procès du transport maritime, et de ses acteurs.

Le procès de l’Erika stigmatise les règles, les moyens, et les acteurs du transport maritime. C’est le procès d’un système opaque, qui multiplie les sociétés écrans pour dissimuler le rôle de chacun, et camoufler le véritable affréteur, responsable en cas de catastrophe. C’est aussi le procès de tous ces armateurs, peu scrupuleux, qui engagent des navires vétustes, à bout de course, chargés jusqu’à la gueule de cargaisons parfois douteuses, qui exploitent un équipage sans droits. L’Erika, pétrolier maltais fatigué par 25 ans de service, navire – poubelle rafistolé, a changé plusieurs fois de propriétaire, de société de classification – chargée d’homologuer le navire -, et de pavillon. Des doutes subsistent encore sur la nature de la cargaison de l’Erika. Il transportait du fioul lourd (fioul N°2), mais des traces de déchets de raffinage auraient été relevées. Mais une chose est sûre, il était en surcharge. Il ne transportait pas 28.000 tonnes de pétrole, comme annoncé en 1999, mais 30.800 tonnes.

Faire avancer la règlementation.

Si le naufrage de l’Erika, et celui du Prestige qui a déversé son pétrole sur les côtes de Galice, dans le Nord ouest de l’Espagne, en 2002, ont fait avancer la règlementation européenne en matière de transport maritime, il reste beaucoup à faire. Par exemple, on a renforcé les contrôles dans les ports, sans pouvoir éloigner les navires défectueux des côtes. La responsabilisation de l’Etat dont le bateau porte pavillon, un contrôle des sociétés de classification, ou des sanctions exemplaires, pourraient dissuader les armateurs frauduleux. Et faute d’une autorité, indépendante et contraignante, les bateaux – poubelle continueront de sinistrer les littoraux. L’exemple des Etats – Unis – qui ne sont pas les super- champions du fret irréprochable -montre que les assureurs de ces bateaux, également payeurs en cas de catastrophe, contribuent à améliorer les règles du transport maritime.

Un préjudice écologique.

Ce procès devra répondre à la question du préjudice économique, chiffré à un millard d’Euros. Il devra encore se prononcer sur la pertinence d’un préjudice écologique, subi par les riverains du littoral. Une première en France. Ce dommage, estimé autour des 400 millions d’euros, prétexte un littoral souillé, impossible à pratiquer durant les mois qui ont suivi le naufrage de l’Erika. En essayant d’orienter ce procès vers l’environnement, les parties civiles souhaitent établir un précédent, pour que l’écologie s’invite dans d’autres tribunaux . Ici encore, les Etats – Unis montrent l’exemple. La marée noire, provoquée par l’Exxon Valdez en mars 1989 en Alaska, a permis de jeter les bases de ce type de dommage. Il s’agit de compenser la dégradation d’un cadre de vie, et de ses écosystèmes, et de toutes les activités liées à cet environnement.

Total, symbole d’une industrie pétrolière tout puissante, gagnerait à reconnaître sa responsabilité dans cette catastrophe écologique. Question d’image, face à une opinion de plus en plus sensible aux questions environnementales. Question de respect, vis à vis des victimes excédées d’attendre réparation. L’une des perspectives de ce procès serait de responsabiliser les acteurs du transport maritime aux risques liés aux croisières incertaines des hydrocarbures. Autre perspective, celle d’une jurisprudence en matière de préjudice écologique.

M.J

(Source: Le Monde, 11, 12, 13 février 2006 – Libération: 10 – 11, 12, 13 févier 2006)

J’ajoute une petite note. Un bénéfice record pour le groupe Total vient d’être annoncé. En 2006, la société a enregistré un « bénéfice net ajusté » de plus de 12,5 milliards d’Euros, soit une hausse de 5%. Depuis quelques années, la progression des bénéfices de Total répond à la hausse des cours du brut. ( Le Monde, 14 février 2007) De là à penser que Total aurait les moyens de s’offrir les services d’une flotte en bon état pour acheminer ses hydrocarbures…


Publié le 13 février 2007 par marlene dans Comprendre,Préjudice écologique

L’homme au coeur de la crise climatique.

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Photo: PE Weck, 17 novembre 2005.
Bonjour,

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a tenu conférence la semaine dernière à Paris. L’homme est confirmé « coupable » dans l’accélération des changements climatiques. Les conséquences d’un réchauffement, « reconnu sans équivoque », sont alarmantes.

L’homme responsable de la crise climatique.
Si rien n’est fait pour contrer l’évolution du climat, la température de la terre augmentera de 1,8°c à 4°c, d’ici 2100. Si cette prévision du GIEC ne s’éloigne guère de la précédente, établie en 2001, – soit un réchauffement prévu entre 2°c et 6°c en moyenne planétaire-, cette dernière conclusion est plus fiable. Elle s’appuie sur des modèles de calculs améliorés. Le GIEC confirme encore la responsabilité humaine . En 2001, elle était « vraisemblable ». Elle est aujourd’hui « très vraisemblable ». Un adverbe plus loin, le GIEC est sûr, à 90%, que l’homme est l’auteur du surplus d’émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Il serait donc coupable de la crise climatique observée depuis un demi – siècle. Ce constat balaie certains doutes sur l’origine du dysfonctionnement du climat, notamment l’hypothèse d’un changement de cycle.
Un réchauffement actif.

Au XX° siècle, la température moyenne a progressé de 0,6°c, pendant que la concentration de CO² dans l’atmosphère augmentait de 40%. Un certain nombre d’évènements témoignent de ce réchauffement actif. Considérant les 12 années les plus chaudes observées depuis 1850, onze ont récemment été enregistrées. Les températures moyennes – toutes les années 2000 sont nettement supérieures à la moyenne 1960 – 1990 – soulignent cette tendance. Pendant que les canicules se multiplient, les jours de froid et de gel diminuent. Ce réchauffement est plus accentué sur les continents que sur les océans. Il est aussi plus marqué sous les hautes latitudes, par rapport aux tropiques. Les glaces continentales, la calotte glaciaire, et la banquise arctique réagissent à cette hausse des température. Depuis 1993, le niveau marin progresse de 3,1 millimètre par an, conséquence d’une dilatation thermique des océans, et de la fonte des glaces continentales.

Diviser par deux les émissions mondiales?

La teneur en gaz carbonique de l’atmosphère est passée de 280 parties par million (ppm), avant l’ère industrielle, à 379 ppm en 2005. Cette augmentation, moteur du réchauffement en cours, provient directement de la combustion du charbon, du pétrole, et du gaz naturel. Ces trois combustibles fossiles constituent 80% des ressources énergétiques de nos sociétés. Donc, pour stabiliser la concentration atmosphérique en gaz carbonique, il faudrait pratiquement oublier les énergies fossiles, au profit des énergies renouvelables. Un scénario qui puise encore dans l’utopie, mais qui ouvre une réflexion sur les modes de production, et de consommation de nos sociétés. L’objectif actuel est de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, afin de stabiliser la concentration atmospérique en gaz carbonique.

Quelques raisons de s’inquiéter.

Depuis 1990, les émissions de gaz à effet de serre ont progressé de 15%. Si rien n’est fait, l ‘Agence Internationale de l’Energie prévoit une augmentation du rejet mondial de 50% d’ici 2030. Il doublerait d’ici 2050. D’autre part, une stabilisation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne suffirait pas à stopper le processus du réchauffement. Il continuerait pendant des siècles. En tablant sur une augmentation des températures planétaires de 4 à 6° à l’horizon 2100 – prévision haute du GIEC -, cela  » signifierait un bouleversement d’ampleur comparable à celui qui a conduit la planète du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans, au climat actuel. Mais en un siècle, au lieu de 10.000 ans. »(D’après Jean Jouzel, l’un des scientifiques français ayant rédigé le rapport du GIEC – Propos recueillis par Syvestre Huet, Libération, 3-4 02, 2007) Cette perspective suggère une menace sérieuse pour la civilisation humaine, et son habitat.

Je n’ai pas relevé de perspectives heureuses dans l’analyse des conclusions du GIEC. Au contraire, le ton est à la catastrophe, le vocabulaire est alarmiste. Peut – être un petit espoir concernant les gros pollueurs, les Etats Unis et la Chine, qui ne peuvent décemment plus ignorer l’ampleur de la crise climatique. Peut – être une mobilisation efficace concernant l’avenir du protocole de Kyoto. Les choses peuvent bouger. En attendant, Jacques Chirac, propose la création d’une organisation internationale sur l’environnement, l’ONUE (Organisation des Nations Unies pour l’Environnement), qui adopterait une « déclaration universelle des droits et des devoirs environnementaux ». Une cinquantaine de pays, favorable au projet, a saisi l’urgence d’une action collective, et immédiate. Peut – être l’amorce d’une réponse à cette « révolution écologique », proposée par le Pésident français.

M.J

Source: Libération, 27, 28, 29 janvier 2007, 2-4 févier 2007 – Le Monde, 30 – 01 -07 – 5 -02 -07)


Publié le 7 février 2007 par marlene dans Climat,Comprendre

Andy Goldsworthy, créateur d’environnements (2)

Bonjour,

Encore quelques minutes avec Andy Goldsworthy, créateur d’environnements, et artisan de l’éphémère.

Capturer l’éphémère.

Et pour sauver ses créations éphémères, Andy Goldsworthy utilise la vidéo, et surtout la photographie. Ces photos restituent ses oeuvres, et leur processus de création. L’oeuvre se construit, existe, puis commence déjà à se dégrader. Tous ces moments sont photographiés. Goldsworthy pense que la photo capture l’intensité du moment où son travail atteint son apogée. Le moment où l’oeuvre est la plus vivante.
Une métaphore de la relation « homme – nature ».
Si Goldsworthy conserve la mémoire de son travail, son intention n’est pas de « marquer le paysage ». Il travaille avec lui. Ses installations expriment une harmonie avec le monde naturel. Peu importe que l’oeuvre soit éphémère. Ces créations contrarient d’ailleurs la prétention historique d’un « art permanent », exhibé dans les galeries, ou les musées. Le travail de Goldsworthy apparaît encore une métaphore de la relation « homme – nature ». Si les hommes ont une certaine habilité à maîtriser la nature. A la fin, c’est souvent elle qui contrôle notre existence.

Exposition.

Pour finir, je vous propose une exposition. Ou plutôt une galerie de photos des oeuvres de Goldsworthy. Vous pouvez tourner les pages (en bas)…

M.J.


Publié le 26 décembre 2006 par marlene dans Comprendre

Quand Tara interroge la banquise arctique.

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Tara dans la nuit polaire. ..

Bonjour,

Et pourquoi pas une petite expédition à bord du Tara, un bateau mythique parti explorer la banquise arctique ? C’est le moment d’embarquer pour découvrir les étendues immaculées, la solitude du Grand Nord, et les surprises de la nuit polaire. Dans un siècle, la banquise du Pôle Nord pourrait avoir disparu.

Tara pris dans les glaces.

En septembre 2006, Tara se laisse emprisonner par la banquise arctique, sur le rivage Pacifique. Protégé par une coque ronde et plate, qui lui permet de se laisser aller au gré des glaces et de résister à ses pressions, le bateau dérivera sur 1800 kilomètres. Au printemps 2008, Tara devrait atteindre la rive Atlantique, à l’Est du Groënland. L’équipage, absorbé par la nuit polaire, ne verra pas le soleil avant le printemps prochain. Deux mois après son amarrage à la banquise, Tara vit à son rythme. « La violence des éléments est telle que le silence n’existe pas. »…A lire dans Libération.

Une banquise malade.

Tara est une expédition scientifique, partie interroger une banquise malade. L’observation satellite a mis en évidence une réduction de 8 à 10% de la surface de la banquise au cours de l’été, pendant les 30 dernières années. Des scientifiques américains, immergés dans un sous – marin nucléaire, ont encore révélé une diminution de 40% de l’épaisseur de la glace pour la même période. Par ailleurs, au cours des 50 dernières années, la température annuelle a augmenté de 2, 1°C dans l’espace arctique, contre 0,6°C pour le reste du globe. L’eau, plus chaude et plus salée, provoque encore une embâcle retardée en hiver, et une débâcle de printemps en avance d’environ 3 semaines. (H. Reeves, 2005;Le Dessous des Cartes, Arte Editions, 2006) Le document scientifique de l’expédition prévoit une probable disparition de la banquise pendant l’été. Elle pourrait cependant résister pendant l’hiver, quand les températures atteignent les – 30°C. Le Pôle Nord n’a pas d’assise continentale. C’est une mer recouverte d’une banquise.

Un voilier mythique, un message écologique.

Le Tara est un voilier mythique, conçu par Jean Louis Etienne, qui a appartenu à Peter Blake. Etienne Bourgois, son propriétaire actuel, passionné de voile et fatigué des aéroports – il courait les capitales du monde pour monter des boutiques Agnes b., partenaire de l’expédition -, a décidé de se consacrer à l’avenir de la planète. L’expédition Tara est aussi un moyen de sensibiliser l’opinion à l’importance, et à la précarité, des équilibres écologiques de la planète. Prêts pour embarquer à bord du Tara ? Vous pourrez découvrir les caractéristiques du bateau, son équipage, sa mission scientifique, les artistes et les partenaires associés. Avec en prime un journal de bord, et de belles photos.

De belles croisières en perspective.

Si les températures moyennes continuent d’augmenter, avec des maximales autour des 7°C, l’Arctique pourrait devenir un « océan libre » avant la fin du siècle. Adieu les ours, et les phoques. Tous les résidents de la banquise, disparue, disparaîtraient à leur tour. Phénomène aggravant, si la calotte glaciaire située à proximité du Groënland venait aussi à fondre, le volume d’eau libéré pourrait élever le niveau des océans d’environ 7 mètres. De quoi noyer de vastes étendues continentales situées à basse altitude, importants foyers de peuplement. On peut quand même y voir quelques avantages géographiques. La perspective d’un « océan libre », ouvrirait la fameuse route Nord – Ouest, forcée plusiueurs fois par les explorateurs et les navigateurs depuis le XVI° siècle. Cette nouvelle voie de navigation, permettrait de « rapprocher » l’Europe de l’Asie, en évitant le Canal de Panama et de Suez, et donc de gagner entre 6.000 et 8.000 kilomètres. Cette éventualité permettrait aussi de raccourcir la distance entre New York et Tokyo de 5000 kilomètres. (H. Reeves, 2005 ; Planète Urgence, 11-12 2004 ; Le Dessous des Cartes, Arte Editions, 2006). De belles croisières en perspective.

M.J.

Le billet pour embarquer à bord du Tara: map_fix.jpg


Embâcle: obstruction du lit d’un cours d’eau par amoncellement de glace. (contraire: débâcle)


Publié le 8 décembre 2006 par marlene dans Comprendre

L’eau: une chance pour tous?

 

L’accès à l’eau potable, un droit fondamental. Dans son rapport 2006, le Programme des Nations Unies pour le Développement ( PNUD) demande à la communauté internationale de reconnaître le « droit à l’eau » comme un droit fondamental. Dans un monde qui ne manque pas d’eau douce, une partie de l’humanité n’a toujours pas accès à l’eau potable.

Eau potable et mortalité infantile.

Le rapport du PNUD, présenté au Cap, en Afrique du Sud, le 9 novembre dernier, dresse un bilan alarmant. Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Et plus de 2,5 milliards d’individus ne disposent pas d’installations sanitaires de base, soit la moitié de la population des espaces en voie de développement. Selon le PNUD, 1.8 millions d’enfants meurent chaque année de diarrhées, et d’autres infections liées à l’insalubrité de l’eau. Le manque d’eau potable tue cinq fois plus d’enfants que le virus du sida. (AFP, 9 novembre 2006)

Un frein au développement.

Le manque d’eau potable est encore un frein au développement. Le PNUD estime que chaque année, 443 millions de jours d’école sont perdus à cause des infections liées aux eaux insalubres. Chaque jour, des millions de jeunes filles et de femmes perdent plusieurs heures à aller chercher l’eau, nécessaire à la survie de la famille. Une charge qui accentue les inégalités entre hommes et femmes, face à l’éducation, et à l’emploi. D’autre part, plus on est pauvre, plus l’eau est chère. Exemple. Les pauvres du Salvador, du Nicaragua, et de la Jamaïque consacrent plus de 10 % de leurs revenus à l’eau. Au Royaume Uni, moins de 3 % du budget familial sert à régler la facture d’eau. (Kemal Dervis, PNUD, 2006)

L’eau n’est pas une priorité.

Pauvreté, inégalités, luttes de pouvoir, et mauvaises politiques de gestion expliquent une crise de l’eau, plus accentuée dans les pays en voie de développement. (AFP, 9 novembre 2006) Pour nombre de ces Etats, l’eau n’est pas une priorité. Ils n’y consacrent en moyenne que 0,5% de leur PIB. Ils négligent encore l’aménagement d’infrastructures sanitaires, qui réduiraient notamment la mortalité infantile. Exemple. Au Pérou et en Egypte, l’accès à des toilettes aménagées a fait chuter la mortalité infantile de près de 60%. (Le Monde, 9 novembre 2006) Sous entendu, la mauvaise répartition de la ressource d’eau douce dans le monde n’explique pas tout. Les conflits entre les Etats pour l’accès à l’eau pourraient exacerber le problème. Les dérèglements climatiques devraient encore restreindre l’accès à l’eau potable.

20 litres d’eau potable par jour.

Les Objectifs du Millénaire, adoptés en 2000, prévoient de réduire de moitié les populations privées d’eau potable et d’assainissement d’ici 2015. Le rapport du PNUD va plus loin. Chaque citoyen de la planète devra disposer d’au moins 20 litres d’eau potable par jour, exigence sanitaire, et droit fondamental de l’individu. Pour atteindre cet objectif, le PNUD demande au Etats de faire de l’eau une priorité, d’y consacrer au moins 1% de leur PIB, et de définir des stratégies claires pour gommer les inégalités d’accès à l’eau. Cet objectif suppose encore de doubler l’aide internationale. (Synthèse du rapport)

Une volonté politique et des crédits.

Au XIX° siècle, Londres et New York étaient soumises à un problème comparable d’eau potable. Elles ont investi dans les circuits d’approvisionnement, ce qui a eu des effets rapides sur la santé, l’amélioration de la qualité de vie, et sur le développement. Plus récemment, l’Afrique du Sud a démocratisé l’accès à l’eau – qui était auparavant l’une des caractéristiques de l’apartheid -. L’objectif de 25 litres d’eau gratuite par jour, et par ménage, pourrait être rapidement atteint. (Kemal Dervis, PNUD, 2006) L’accès à l’eau potable, une chimère ? Une volonté politique, et de l’argent.

L’eau, un droit fondamental pour l’individu ? Encore un privilège pour les 830 millions de ruraux dans le monde, souffrant de malnutrition, et exposés au réchauffement climatique. Et un avantage regretté par quelques milliers d’Australiens, soumis à « la pire sécheresse de ces derniers mille ans. » Dans ce pays riche et aride, un plan d’urgence est d’ailleurs prévu pour assurer les réserves d’eau potable des habitants d’Adelaïde, et de certaines villes de l’outback. (Courrier International, 7 novembre 2006)

M.J.


Publié le 5 décembre 2006 par marlene dans Comprendre

Dakar – Djibouti: une longue course contre le désert.

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Sénégal: des arbres morts inutiles contre la désertification.

Photo: FAO – H. Chazine.

Hello,

Après la Chine et la Mongolie, l'Afrique subsaharienne imagine une gigantesque ceinture verte, reliant Dakar à Djibouti. Une course contre le désert qui s'annonce longue, et coûteuse.

Un projet pharaonique. 

Que faire contre le Sahara qui continue de s’étendre vers le Sud du continent africain ? Et pour l’empêcher d’aller plus loin, Occidentaux et Africains ont imaginé une immense ceinture verte qui relierait Dakar, au Sénégal, à Djibouti, sur les bords de la mer Rouge. Cet immense ruban végétal se déroulerait sur 7000 kilomètres de  long, pour 5 kilomètres de large. Ce projet pharaonique, initié en 2005 par Ousegun Obasanjo, le Président du Niger et de l’Union africaine, et révélé par Abdoulaye Wade, le Président sénégalais, permettrait de reboiser 15 millions d’hectares de terres arides. Coût de l'opération: 1,5 millards de dollars. L’espoir de regagner du terrain sur ces terres qui se dessèchent et se craquèlent est à la mesure de cette Grande Muraille verte, et de son budget. Gigantesque.  

Des terres stériles, une baisse des rendements agricoles.

La désertification de l’espace sahélien signale une progression du désert, associée à la baisse de la pluviométrie et au réchauffement climatique. Elle suppose encore une dégradation des sols, liée à la surexploitation des terres, à l’élevage, et à la déforestation.  Ces terres qui s’appauvrissent jusqu’à devenir stériles, annoncent surtout une baisse alarmante des rendements agricoles. Au Mali, les rendements du mil, du sorgho, et de l’arachide ont déjà atteint un seuil critique. La perte de revenus agricoles, autour de 6 millions de dollars, représente un immense manque à gagner pour cette économie fragile. La situation n’est pas plus enviable chez le voisin sénégalais. L’agriculture, qui fait vivre 70% de la population, connaît une crise consécutive à la désertification des terres. Toujours au Sénégal, on estime qu’environ 40% de la population active de la Haute et Moyenne vallée du fleuve Sénégal à du émigrer pour survivre. (Communications for Development, 2006) 

Chasser le désert avant qu'il ne chasse les hommes.  

Famines, épidémies, et déplacements de populations accompagnent le processus de désertification. Cet immense projet vise donc à chasser le désert avant qu’il ne chasse les hommes. Mais cette ceinture verte, imaginée il y a quelques années et toujours à l’état de projet, aurait un coût voisin de 1,5 milliards de dollars. Et surtout, cette ceinture végétale  aurait besoin de l’eau qui manque à ce désert pour se développer. Certaines régions concernées par le déboisement ne reçoivent qu’environ 400 mm de pluie par an, c'est-à-dire pas grand-chose. La saison sèche peur parfois durer une dizaine de mois. De là à priver les Africains de cette bouffée d’oxygène, c’est sans compter avec leur pugnacité.  

Prudence…

Il a quelques jours,  le Ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature du Sénégal déclarait : « Il faut coloniser et domestiquer le désert en orientant le développement vers la colonisation des zones arides et semi –arides dans les pays saharo – sahéliens » (Le Soleil, – novembre 2006). Au Sénégal, dans la région de Windou – Thiengoly, 300 hectares de plantations, montrent que cette bataille contre le désert, est commencée. En attendant de reboiser 15 millions d’hectares, il serait plus prudent d’intégrer la désertification dans les programmes d’aide au développement destinés à l’Afrique. Pour l'instant, c'est encore le désert qui relie Dakar à Djibouti.

M.J

 Lire aussi: "Une muraille verte" contre le désert.


Publié le 23 novembre 2006 par marlene dans Comprendre

Mongolie: des arbres pour ceinturer le désert.

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Bonjour, 

Pour les vacances, petite escapade en Mongolie, un grand bol d'air, mais beaucoup de poussières venues du désert.

Un désert qui ne tient plus en place.  

La Mongolie est un immense territoire qui s’étale sur 1 565 500 km², entre Russie et Chine. Le pays partage avec son voisin chinois le désert de Gobi, qui s’étend du Nord de la Chine au Sud de la Mongolie. C’est l’un des plus grands déserts du monde, qui comporte plus de pierres que de sables, avec en prime des paysages de prairies. Et comme son voisin chinois, la Mongolie subit les assauts de ce grand désert, qui ne tient plus en place. Des poussières, balayées par les tempêtes d’Asie Centrale, assombrissent le ciel de la Mongolie, et poursuivent leur course jusque dans le Nord de la Chine, et dans la péninsule coréenne. Ces nuages de poussières qui pénètrent les villes, interdisent les aéroports, ferment les écoles, et provoquent des maladies respiratoires, constituent un véritable fléau environnemental. 

A grand désert, solution démesurée.  

Pour contrer l'invasion du désert, la Mongolie est en train d’édifier une immense barrière verte, juxtaposition de pins, de saules, de genévriers, d’aubépines, de trembles, et de quelques autres espèces. Depuis deux ans,  le gouvernement mongol, assisté d’une armée de bénévoles, a déjà planté 360 000 arbres. Et pour ériger les 3000 kilomètres de cette ceinture verte installée dans le désert, il faudra encore une trentaine d’année. (Courrier International, 25 octobre, 2006) 

Une désertification en marche.

 En Mongolie, où les pluies sont moins abondantes et où les rivières s’assèchent, la désertification grignote encore le territoire. Si le réchauffement climatique pourrait, partiellement, expliquer cette progression du désert, l’élevage n’y est pas étranger. Les éleveurs mongols possèdent de plus en plus de chèvres qui dégradent les sols, broutant jusqu’à la racine des plantes. (Courrier International, 25 octobre, 2006) Faute de végétation, les couches supérieures du sol sont  transportées par le vent, vers les zones arables, ou vers les villes. Et cette désertification en marche contribue encore à multiplier les tempêtes de sables et de poussières. 

La voix de Mao Zedong. 

Depuis cinq ans, la Chine s’est engagée sur un projet similaire. Une ceinture verte courant de Beijing à la Mongolie Intérieure, soit plus de 4500 kilomètres, devrait permettre de lutter contre le « dragon jaune », ces tempêtes de sables les plus puissantes du monde. Le projet, amorcé il y a cinq ans, devrait également prendre plusieurs décennies. (Tunza, UNEP, 2006)  Et de chaque côté de cette frontière qui sépare la Chine et la Mongolie, la voix de Mao Zedong résonne encore : « Conquiert et change la nature afin d’atteindre la liberté. »

Pour continuer ce voyage en Mongolie: 2005_0803_155130AA.jpg

 

M.J 


Publié le 30 octobre 2006 par marlene dans Comprendre

Dakar, Dem Dick.(3)

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Babacar Niang, Embouteillages urbains, Installations, 2005.

Bonjour,

« Villes africaines et environnement », troisième, je vous propose une petite promenade dans Dakar, la capitale du Sénégal. La ville s’est développée sur une presqu’île, baignée par l’Océan atlantique. Au cœur de la presqu’île, le Plateau. Ce quartier, qui concentre administrations, banques, et commerces, est mal relié au reste d’une capitale, qui s’est considérablement étendue. Pendant les heures de pointe, les Dakarois passent environ quatre heures par jour dans les embouteillages.

Le Plateau, au cœur de Dakar.

Dakar, s’est développée sur la presqu’île du Cap Vert, le point le plus occidental d’Afrique de l’Ouest. La ville est entourée par la mer, le site est magnifique. Dakar – centre, c’est le Plateau, avec la Place de l’Indépendance, de gros immeubles modernes et quelques façades coloniales qui accueillent des banques, des sièges de grandes entreprises, des compagnies aériennes, et quelques ONG de renom. Séparés par une grande place agrémentée de pelouses et flanquée de drapeaux du Sénégal, avec en prime, quelques bancs et la compagnie amicale des  marchands ambulants qui traquent le touriste, d’autres immeubles font face. En haut de cette place à gauche, à côté du Novotel, il y avait  le cinéma « Le Paris », celui de la chanson d’Amadou et Mariam « Les beaux dimanches à Bamako». Dommage, ils viennent de le démolir. Un peu plus bas, au carrefour d’une rue, il y a « Le Rond Point », un café de renom, serveurs polis en livrées blanches, clientèle mélangée, aisée. La Place de l’Indépendance s’ouvre sur d’autres grandes artères du centre- ville, qui croisent un ensemble de petites rues, où s’alignent de belles boutiques, deux librairies, encore des ONG,  beaucoup de restaurants, et des petits commerces ambulants établis sur les trottoirs. La Présidence de la République et l’Assemblée Nationale sont à deux pas. En descendant vers la mer et le Port de Dakar, il y a la gare, un beau bâtiment de la fin du XIX° siècle, encore une empreinte de la colonisation, avec un vieux train qui va à Bamako deux fois par semaines, une nuit et une demi – journée de voyage, un  train  tellement lent que l’on peut courir derrière. C’est d’ailleurs un peu comme ça que l’on se déplace dans Dakar. Lentement. 

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Le mieux pour découvrir la Place de l'Indépendance , et Dakar, c'est de cliquer sur l'image. Ce sera plus rapide qu'en taxi…

Tous les chemins ne mènent pas au Plateau.

Avec plus de deux millions d’habitants, soit environ le quart de la population du Sénégal, Dakar s’est développée sur la presqu’île, et s’est étendue hors de cette géographie contraignante. Les aménagements urbains et les voies de communication n’ont pas suivi. Le Plateau, devenu minuscule à l’échelle de la capitale, est pourtant resté le cœur de Dakar, et celui du Sénégal. Beaucoup de Sénégalais y viennent au moins une fois par an, souvent  pour y accomplir une démarche administrative. Les Dakarois s’y rendent une ou deux fois par semaine, pour raison professionnelle, ou pour y faire des courses. Beaucoup y travaillent, dans les grandes administration, les Banques, ou les ONG.  Le plateau, centre administratif, financier, commerçant, et centre de divertissements, n’offre que peu de logements, et à des prix exorbitants. Chaque jour, les Dakarois sont quelques milliers à emprunter l’une des quatre routes qui mènent au Plateau. La première, une autoroute longue de 7 kilomètres,  part du quartier de l’aéroport, situé tout au Nord de la presqu’île, pour rejoindre le Centre Ville. La VDN, (Voie de Dégagement Nord ), construite pour décongestionner l’autoroute, est devenue plus engorgée que sa concurrente. La Route de Rufisque, la seule voie qui relie la capitale au reste du pays, rejoint l’autoroute qui va vers le centre ville, via la « Patte d’Oie », un immense rond point très fréquenté. A l’Ouest, la route de la Corniche, qui suit la côte par le quartier chic des Almadies pour rejoindre le Plateau, est encore saturée une bonne partie de la journée. A Dakar, les embouteillages ont la particularité de se créer, surtoout aux heures de pointe, et à tout moment de la journée.  

Dans les embouteillages.

Sur les rubans de goudron épuisés par les saisons des pluies, et malmenés par le défilé incessant des véhicules, l’embouteillage est un exercice imposé, écologiquement douteux, et souvent dangereux. Les vieux taxis, jaunes et noirs, taxis officiels, klaxonnent, s’inventent des priorités, pendant que leur pot d’échappement crache des fumées noires. D’autres taxis, les « clandos », les taxis clandestins sans licence, beaucoup moins chers, presque hors d’usage, font de la concurrence aux autres taxis en matière de rejets toxiques.  Mais la  Palme de la pollution revient sans doute aux « cars rapides », des Saviem SG2 mis en circulation 50 ans plus tôt, ou des Mercedes plus récents, à peine trente ans de service. Ces petits cars, jaunes ou bleus, décorés de peintures vives, avec le nom du transporteur, dégagent des nuages de fumée qui trahissent leur âge. C’est le transport le moins cher, tout le monde s’y entasse, certains courent pour le rattraper, et s’y engouffrent par l’arrière, et quand le car est bondé, ils restent sur le marche – pied, portière ouverte. En y réfléchissant mieux, la Palme de la pollution pourrait revenir aux gros camions « Berliet » jaunes, ceux qui transportent du sable, souvent sans freins. Les automobiles individuelles, la plupart déglinguées, mais qui sont déjà un luxe pour les Sénégalais, participent à cette manifestation de fumées et de bruits. Sans oublier les gros 4X4, et leur lot d’émissions de CO², des automobilistes nantis. Depuis peu, la Ville de Dakar a mis en circulation les DDD (Dakar Dem Dick, ou Dakar « aller – retour » en Wolof, la langue la plus parlée au Sénégal.), de gros bus bleus fabriqués au Sénégal sous licence Tata, un gros constructeur indien, tout neufs, et surtout moins polluants. La Banque Mondiale finance d’ailleurs le remplacement des cars rapides par des minibus modernes, encore fabriqués sous licence Tata. En attendant, les Dakarois subissent plusieurs heures par jour une atmosphère polluée, et stressante.  

En attendant la fin des travaux.

Les différents gouvernements qui se sont succédés à la tête du Sénégal n’ont vraisemblablement pas pris la mesure du développement de la ville, faisant l’impasse sur les infrastructures de transport adaptées. L’actuel gouvernement a décidé d’intervenir pour mettre fin au calvaire des Dakarois. Il a d’abord interdit l’importation de véhicules de plus de cinq ans, pour diminuer le Parc automobile, et limiter la circulation. Mais surtout, Dakar est aujourd’hui le théâtre de tous les chantiers pour cause de modernisation, ce qui contrarie encore la circulation. Côté infrastructures routières, l’autoroute va être aménagée avec des échangeurs supposés rendre la circulation plus fluide. Même projet pour la VDN, appelée à devenir plus pratiquable. Des aménagements sont encore prévus pour améliorer la circulation sur la route côtière, celle qui relie le quartier chic des Almadies au Centre Ville. Enfin, une autoroute à péage reliant Dakar à Thiès, la seconde ville du pays située à 70 kilomètres au Nord, destinée à doubler la Route de Rufisque, et à désenclaver la presqu’île, est en construction. A quelques mois des Présidentielles, les chantiers se multiplient. D'ailleurs, trois des principales routes qui mènent au Plateau sont en réfection, une seule est praticable. En attendant la fin des travaux, il faut deux à trois heures en période d'affluence pour se rendre au Centre – Ville. Et  même chose pour rentrer à la maison. En ce moment, Dakar – Dem Dick, c'est au moins quatre heures de galère. 

Concernant les voitures particulières, j'ai envie de nuancer. Au Sénégal, les voitures sont très chères, rapporté au pouvoir d'achat de la majorité des gens. La loi interdisant l'importation de véhicules de plus de cinq ans a encore réduit l'offre. Dans ce contexte, un véhicule de 10 ans reste encore inaccessible à une grande partie des classes moyennes. Alors une vieille voiture, tant qu'elle roule…C'est tellement important pour un Sénégalais de posséder un véhicule particulier. Plus besoin de marcher, d'attendre, avant de s'entasser dans un car rapide. C'est aussi un moyen de gagner un peu d'argent, en faisant le taxi clandestin, ou en emmenant ses collègues au travail contre quelques Francs CFA. Que cette voiture tant désirée pollue…C'est déjà un problème hors sujet…  

M.J. 

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Babacar Niang, Embouteillages urbains, 2005. 

Babacar Niang est né en 1969 à Djourbel. Il  vit et travaille à Dakar. Après des études de Physique à l’Université de Dakar, Babacar Niang se consacre à la peinture. Il est préoccupé par la pollution de l’atmosphère et  la préservation de l'environnement. Depuis quelques années, ces thèmes orientent son travail  Son oeuvre « Embouteillage urbain » interroge les différents types d’embouteillages, et les autres encombrements, qui nuisent à notre cadre de vie. Aveccet assemblage d’antennes de télévisions, mal posées, mal agencées, Niang évoque plusieurs maux de la société sénégalaise : promiscuité, immobilité urbaine, désordre urbain… Ces antennes évoquent encore le besoin d'actualité, malgré la pauvreté.
 
                               Nouakchott: un cas de géographie environnementale.(2)


Publié le 24 octobre 2006 par marlene dans Comprendre

300 millions d’Americains qui abusent de la planète.

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Bonjour,  

Une pause "actu" avec la démographie américaine, devenue la troisième plus importante de la planète. Et ce qui semble une bonne nouvelle pour l'économie américaine ne l'est pas forcemment pour l'écologie.

300 millions d'Américains.  

Mi octobre, les Etats-Unis sont devenus la troisième puissance démographique mondiale. Avec 300 millions d’habitants, loin derrière la Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés, les Etats Unis comptent  désormais 5% de la population mondiale. La nouvelle a été diversement accueillie. Le New York Times se réjouit de la vitalité démographique de la Nation américaine, face aux populations vieillissantes d'une Europe, confrontée au problème des retraites. A Londres, The Independant rappelle que l’économie américaine est portée par une population croissante. (Courrier International, 11 octobre 2006). D’autres s’inquiètent de cette démographie, écologistes en tête.  

Une nouvel Américain toutes les 11 secondes.  

Ce n’est pas forcément ce trois cent millionième citoyen américain qui va faire grimper la consommation inégalée de ressources naturelles, ni aggraver la pollution de la première économie mondiale, mais sans doute  tous ceux qui suivront. Aux Etats –Unis, un bébé naît toutes les 7 secondes,  tandis qu’un immigré débarque sur le sol américain toutes les 31 secondes. Total, toutes les onze secondes, il y a un nouveau citoyen américain dans un pays qui compte déjà 80% de citadins, et un parc automobile de 237 millions de voitures. Et c’est précisément ce qui inquiète les écologistes.  

Une population qui "surconsomme" et qui pollue.  

Les Américains consomment déjà plus d’un quart des ressources naturelles mondiales. Ils produisent près d’un quart des émissions planétaires de CO² et autres gaz à effets de serre. Un Américain emet en moyenne cinq fois plus de dioxyde de carbone qu'un Mexicain, et 20 fois plus qu'un Indien. Leurs maisons, plus grandes, sont devenues plus gourmandes en matériaux de construction, et donc en matières premières. Il faut plus énergie pour les chauffer ou les rafraîchir. Chaque Américain consomme encore trois fois plus d’eau que n’importe quel habitant du monde. Et jette plus de 2 kilos d’ordures par jour, soit  5 fois plus que n'importe quel habitant d’un pays en voie de développement. (AFP, Libération, 16 octobre 2006) Au niveau national, la mégalopole qui s’étire sur la côte Est de Boston à Washington, avec New York et Philadelphie, est la principale zone productrice de CO² du pays. De l’autre côté, sur la côte Ouest, la Californie, l’Etat le plus riche et le plus peuplé, arrive  en tête du palmarès de la pollution atmosphérique par Etat, avec 10% des émissions de CO² du pays. (Guillaume Serina, Le Monde, 12 octobre 2006)  

"Plus de sagesse"… 

Un éditorialiste du Los Angeles Times commente encore l’évènement : « La croissance de la population va nous apporter plus de tout : plus de gens, plus d’expansion, plus de créativité, plus de circulation, plus d’amour, plus de bruit, plus de diversité, plus de consommation d’énergie, plus de joie, plus de solitude, plus de fast –foods, plus d’art, plus de connaissance, et peut – être plus de sagesse. »(Courrier International, 11 octobre 2006) Et c’est peut – être cette « sagesse » qui va faire la différence. Face à George Bush, qui refute toujours la relation entre l'homme et le réchauffement climatique, 300 maires et gouverneurs américains se sont engagés à appliquer les recommandations de Kyoto dans leurs villes et les Etats. A la fin de l’été dernier, Arnold Schwarzenegger , le gouverneur de Californie, avait déjà défrayé la chronique en instaurant une loi sur la réduction des émissions de gaz carbonique, et en convoquant les grands constructeurs automobile devant les tribunaux. Greg Nickels, le Maire de Seattle, à l’origine de la fronde des élus américains contre George Bush, attend un changement à l’occasion des prochaines présidentielles américaines :« Tous les candidats aux élections primaires, dans les deux partis, devront annoncer un programme précis sur le réchauffement climatique. L’opinion publique attend cela. »,  rapporte Le Monde. (Guillaume Serina, Le Monde, 12 octobre 2006) Une opinion publique qui pourrait suivre l’évolution de la courbe démographique.

M.J. 

Voir aussi: "Al Gore met le réchauffement climatique à la Une" 


Publié le 20 octobre 2006 par marlene dans Comprendre

Nouakchott: un cas de géographie environnementale. (2)

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Bonjour,  

Second volet de la série "Villes africaines et Environnement", direction Nouakchott. Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, cumule pas mal de problèmes environnementaux. Pour mieux les comprendre, peut – être faut il commencer par poser la ville dans sa géographie, et raconter son histoire. Une histoire finalement très brève, cinquante années d’une urbanisation maîtrisée, puis anarchique. Coincée entre l’Atlantique et le désert, la ville n'échappe pas à sa géographie.  

                                                                                                                                                                               

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1958: la première pierre est posée.  

 

Une géographie inconfortable. 

Nouakchott est une ville imaginée autour d’un petit village, le Ksar, accolé à un ancien fort militaire français, cinq cents habitants en 1950. En 1958, une pierre est posée à l’emplacement de la Présidence, les bâtiments publics et les administrations sont édifiés en vitesse pour accueillir l’indépendance de la Mauritanie, jusqu’alors gouvernée depuis Saint –Louis du Sénégal. La ville se développe dans une intermédiarité brûlante, entre l’Océan Atlantique et le Sahara. A l’ouest, un cordon littoral ourle l’Aftout Es Saheli, une sebkha de quelques kilomètres de large, située au dessous du niveau de la mer, et qui fuit vers le sud, et le fleuve Sénégal. De l’autre côté, un ensemble de dunes vives rappelle que le désert est là. L’harmattan, qui noie la ville dans un brouillard de sables ou de poussières rouges, rappelle cette proximité. A la fin des années 50, Nouakchott commence à s’asseoir dans une géographie très inconfortable.  

 

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Nouakchott en 1960.


Un site stratégique, un lieu de rencontre.  

Le choix du site de la capitale de la Mauritanie indépendante est stratégique. Nouakchott s’installe loin du Maroc, qui considère la Mauritanie comme le prolongement de son territoire. Au Sud, le Sénégal inquiète encore le nouvel Etat mauritanien. Nouakchott doit prendre ses distances avec Saint Louis du Sénégal, capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF), et ancienne capitale de la Mauritanie. Mais Nouakchott, décidée au carrefour des deux Mauritanie, la « Blanche » et la « Noire », est aussi un lieu de rencontre. C’est dans cette ville qui se construit que les Arabo- berbères, les représentants des groupes guerriers et des chefs religieux venus du désert, vont se mélanger aux Haal Pularen, aux Soninké,  et aux Wolofs , les populations noires du Sud de la Mauritanie, de la région du fleuve Sénégal. C’est à Nouakchott que commence à se façonner une société mauritanienne qui, très vite, change d’équilibre politique. Les Négro – africains , des gens lettrés, bien installés dans la fonction publique, s’effacent au profit des Arabo – berbères, sans doute plus ambitieux. Au début, la ville attire surtout les Noirs, issus des catégories serviles Maures, venus la construire. 

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Nouakchott en 1966.

 Une urbanisation qui s’emballe.  

La ville, imaginée par des urbanistes français, est prévue pour 400.000 habitants. Mais très vite, Nouakchott se développe hors des  schémas directeurs. Dans les années 70, les populations, chassées du désert par les sécheresses, plantent leurs cabanes de chiffons, de planches, et de tôles dans des périphéries insalubres qui continuent de gonfler, les Kebbe. L’Etat  aménage des lotissements dans ces périphéries précaires, mais faute d’argent pour construire en dur,  les pauvres revendent leurs parcelles aux spéculateurs. Et le processus, « kébé – lotissement – rachat des terrains par les spéculateurs », qui repose aussi sur le droit islamique traditionnel de donner la terre à celui qui l’occupe et l’exploite, ne cesse de repousser les limites de la ville, notamment la plus pauvre. Entre 1972, et 1975, la ville passe de 40.000 habitants à 145.000. Au milieu des années 80, la population de Nouakchott avoisine le demi – million. Aujourd’hui Nouakchott compte probablement un million d’habitants. Et la ville continue de s'étendre. Les grosses villas des nantis progressent vers le nord et vers la mer, dans la sebkha, le long de la nouvelle route qui mène au Maroc. Au Sud, les pauvres cabanes de planches, installées dans la sebkhra, s’étirent jusqu’au wharf, l’ancien port de Nouakchott, et progressent vers le sud – est en direction du désert. Les immenses quartiers Est, autrefois aux portes du désert, commencent à s’y installer.  

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Nouakchott aujourd'hui. 

 Un cas de géographie environnementale. 

 A force de s’étaler entre mer et désert, Nouakchott est devenue un cas de géographie environnementale. Côté Ouest, une partie de la ville, notamment la plus pauvre, s’est improvisée dans l’Aftout E Saheli, la sebkhra, une zone inondable. Phénomène aggravant, le cordon littoral qui protégeait Nouakchott de la mer a été pillé pendant des décennies pour contruire la ville. Il y a aujourd’hui quelques belles brèches dans lesquelles la mer pourrait s'engouffrer, et continuer sans problème dans la sebkhra, argileuse, et imperméable. Une élévation du niveau de la mer, due au réchauffement climatique, rend cette menace très sérieuse. D’autre part, la construction du Port de Nouakchott et de ses infrastructures dans les années 80, cadeau des Chinois, a considérablement modifié la ligne littorale, ce qui pourrait accentuer le phénomène. La côte située au Sud du port, privée d’un apport de sable retenu au nord de la zone portuaire, a reculé d’environ 400 mètres. Côté Est, c’est le désert qui menace. Nouakchott est lézardée par un ensemble de dunes vives,  qui progressent dans la cité. Quand l’harmattan se met à souffler, le sable dissimule les minarets, et écrase les maisons, et envahit les routes. Ces jours là, Nouakchott ressemble à une ville de science fiction. Le projet «  ceinture verte », amorcé en 1975, a permis d’ériger des barrières d’arbres pour retarder l’avancée du sable. Un ensemble de dunes a été fixé par de la végétation et des pièges à sables pour limiter la progression du désert. Si ce projet a réduit l’agressivité du désert, il n’a pas arrêté son avancée. Et ce n’est pas cette partie de la ville, installée sur les dunes, qui fera reculer le désert. 

 Une ville en sucre.  

Pour le moment, c’est plutôt la mer qui fait peur. Les Mauritaniens imaginent déjà leur cité engloutie par les eaux d’un Océan Atlantique, plus élevé. A moins qu’une partie de la ville ne disparaisse avant, rongée par le sel. Dans certains quartiers installés dans la sebkha, aux couleurs ocre et aux affleurements de sel, près du port des pêcheurs, les fers à béton rouillent et gonflent, avant de faire exploser les murs des maisons, mélange de sables de mer, de coquillages salés, et d’un peu de ciment. Pendant ce temps, les remontées d’eau salées font fondre les parpaings comme des morceaux de sucre. Ce qui n’empêche pas de nouveaux lotissements d’offrir leurs murs tout neufs au sel. 

Problèmes d’accès à l’eau, d’ordures ménagères, insalubrité des quartiers pauvres, Nouakchott décline les sujets d’environnement. Heureusement qu’il y a des fleurs. Des branches des bougainvillées tombent des murs qui entourent les maisons des quartiers riches, pendant que des sacs de plastique multicolore fleurissent les arbustes lépreux de la sebkha.

M.J.  

La République Islamique de Mauritanie.

La République Islamique de Mauritanie est un état forgé par la France, état -tampon entre l'Afrique Blanche et l'Afrique Noire. Bordée à l'Ouest par l'Océan Atlantique, elle voisine au Nord – Est avec l'ex – Sahara espagnol qui ouvre le pays sur le Maroc, au Nord Est avec l'Algérie, à l'Est avec le Mali, et au Sud avec le Sénégal. Le fleuve Sénégal délimite les deux états. D'une superficie supérieure à un millon de km², la Mauritanie représente environ deux fois la France. Les trois quarts du pays sont désertiques. 

Sur le même thème: Villes africaines et environnement (1) 


Publié le 18 octobre 2006 par marlene dans Comprendre