Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Décroissance: « the less is much more »…

Bonjour,

“For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, « Pour les champions de la décroissance, moins est beaucoup plus », titre un article d’IPS qui éclaire le concept. (1) « Degrowth » en Anglais. Cette pensée qui tourne le dos à la croissance n’apparaît, à priori,  pas très compatible avec nos sociétés ultra- développées, et ultra-accroc à la conso. Erik Assadourian, chercheur au World Watch Institute, où il dirige la publication « State of the World » (2), donne  la mesure du projet : « Un changement sociétal est essentiel dans un monde où 7 milliards d’humains épuisent la biocapacité de la terre et dont les écosystèmes-clé, climat, pêche, pollinisation, sources d’eau potable, menacent de rompre. » (1). Il ajoute : « En ne suivant pas activement le chemin de la décroissance, nous subirons un dérèglement incontrôlé du système mondial qui nous amènera beaucoup plus d’inconfort que l’ordre de la décroissance. » (1) Erik Assadourian est l’une des voix du World Watch Institute qui met en garde les pays développés, Etats-Unis en tête, contre les dérives d’un ordre économique assujetti à la croissance et à la consommation. La perspective d’une démographie augmentée de deux milliards d’individus vers le milieu du siècle devrait alourdir la charge d’une planète déjà dépassée. Dans un ouvrage intitulé « Les Limites à la croissance », les auteurs notent en préface que la consommation actuelle des ressources par l’homme excède de 20% la capacité de la planète. « L’humanité aurait donc connu pour la dernière fois un niveau de vie soutenable dans les années 80….Hélas, l’empreinte écologique des hommes continue à augmenter malgré les avancées technologiques et institutionnelles. C’est d’autant plus grave que l’humanité est déjà en territoire non soutenable ». (3)

 

Convaincre. Intellectuels et activistes de la décroissance se proposent donc d’emmener les pays les plus développés sur cette voie. Cette invitation  remet en cause une civilisation formatée par les politiques, les media, et les modèles, qui trouvent écho dans  des sociétés qui associent statut social et pouvoir d’achat. Terrain miné pour les promoteurs de  la décroissance  qui dénoncent l’accumulation et le gaspillage, qui transforment l’épanouissement personnel en capital, qui en appellent à une meilleure distribution des richesses. « Le principal défi de la décroissance est évident : comment convaincre les riches et les puissants d’être enclins à redistribuer – à l’intérieur des sociétés et entre elles. Tout le monde en profiterait si cette dynamique était changée », promet encore  Erik Assadourian. (1) Cette transition économique plaide pour un changement d’échelle. Une petite agriculture ou des jardins communautaires, alternative à une dépendance à la chaine alimentaire industrielle. L’échange, le recyclage, alternative à l’industrie du shopping. Ou encore le partage du travail, gain de temps pour les loisirs, et alternative au stress.  Quand les gens travaillent moins, ils gagnent moins, et ils consomment moins. Moins de gens dans les avions, des maisons plus petites, des voitures plus petites, ou des vies sans voiture. Mais pour parvenir à ce « moins qui fabrique du plus », il faut une politique qui accompagne ce changement, construit des bibliothèques, développe des transports en commun,  multiplie les voies cyclables et  les rues piétonnes. Dans le monde d’Assadourian, ces équipements publics seraient financés par les impôts des citoyens les plus aisés. Imparable, le tribut des plus solvables devrait  encore réduire la consommation de luxe et les déplacements. Les plus riches ont aussi la réputation de peser le plus sur l’environnement. Si la voie est tracée, la mise en œuvre est plus confuse. Comment passer d’une civilisation articulée à la croissance à une ère de décroissance ? Un mix entre les deux, expérimenté sur une période transitoire avant l’abstinence ? Certaines grosses économies, comme celle des Etats-Unis « devront » basculer vers la décroissance,  tout en dopant la croissance de secteurs alternatifs, les énergies renouvelables ou l’agriculture raisonnée. (1)

 

« Cittaslow ». Le concept de décroissance, qui chemine loin devant celui du développement durable en matière de sobriété, est même devenu « une condition nécessaire à l’élaboration d’un monde réellement prospère ». Précision de la présentation d’un colloque international réuni à Montréal, au Québec, en mai 2012. Cette rencontre, intitulée « Décroissance dans les Amériques », s’est appuyée sur les travaux de deux colloques précédents, Paris en 2008, et Barcelone en 2010. Car l’idée fait son chemin. Quelques pays, en Europe ou en Amérique du Nord, ont déjà amorcé une réflexion sur les possibilités de cette mutation. Cette proposition de société, démocratique et collective, a d’ailleurs trouvé un allié inattendu avec la crise financière qui secoue l’Europe et les Etats-Unis. S’il est question de produire et de consommer moins, invitation qui répond à un pouvoir d’achat en berne, il est aussi question d’une  justice sociale qui partage travail et richesses. Vitrines d’expériences encore marginales, les « Cittaslow », déclinées sur le mode du slow food de Carlo Petrini. La « Cittaslow »  est mouvement qui restitue l’espace urbain aux citoyens et aux piétons. Initié  dans une petite ville de  Toscane en 1999, il façonne un art de vivre autour du patrimoine, il privilégie l’espace public, l’accueil, ou l’économie locale. Près de 70 cités italiennes participent à cette expérience menée dans les villes de moins de 50.000 habitants. Ce réseau urbain s’est exporté,  en Espagne, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Norvège, mais aussi en Corée du Sud, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Où il est devenu « Slowtown ». (4) L’Italie, berceau des « Cittaslow,  est aussi le pays qui a accueilli le 3° Conférence internationale sur la décroissance, réunie à Venise en septembre dernier.

 

« Alternatives au développement ». «  Nous trouverons le moyen, avec notre petit mouvement de décroissance des pays du Nord, pour nous aligner sur le mouvement de justice environnementale réclamé par les pays du Sud. » (5) A Venise, l’économiste catalan Joan Martinez-Alier s’est tourné vers les pays  moins riches.  Avec une question, comment projeter un modèle de décroissance sur des sociétés qui amorcent une dynamique de développement. Pour Joan Martinez-Alier, les activistes de la décroissance des pays industrialisés doivent articuler leur action aux mouvements sociaux des pays en devenir. Exemple, l’Amérique du Sud, au Pérou, au Brésil, en Argentine, au Chili ou en Colombie, où les nombreux projets d’extraction minière ont fabriqué une opposition active. L’économiste catalan parie sur une décroissance des pays du Nord, devenus moins gourmands en ressources exploitées en Amazonie, ou dans d’autres écosystèmes d’Amérique latine. Moins de besoins, moins de grands chantiers, et moins de pressions environnementales sur ces espaces. De leur côté, les communautés d’Amérique du Sud qui empêchent l’extraction minière, et les excès des infrastructures associées, évitent les pollutions liées à cette exploitation. Un bénéfice écologique pour tout le monde, Nord et Sud. Arturo Escobar anthropologue colombien impliqué dans le développement alternatif, mais résolument opposé à une vision formatée et imposée par le Nord, répond «  oui » au dialogue entre activistes occidentaux et mouvement sociaux du Sud. Et de préciser : « Dans le même temps, la vision de la croissance ne peut être rejetée par le Nord et considérée acceptable par le Sud ; le Sud n’a pas besoin de développement, il n’a pas non plus besoin de développement durable, il a besoin d’alternatives au développement. » (5)

M.J

 

 

 

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(1) “For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, Malgorzata Stawecka, IPS, New York, 07-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/for-champions-of-degrowth-less-is-much-more/

(2) “State of the World 2012: Moving toward Sustainable Prosperity”, Rapport 2012 du World Watch Insitute. http://www.worldwatch.org/stateoftheworld2012

(3) « Les limites à la croissance (dans un monde fini) », Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers,  Editions Rue de l’Echiquier, 2012.  Version française d’un rapport intitulé « The Limits to Growth (‘Les limites à la croissance’), étude commandée en 1972 par le Club de Rome. p 20.

(4) Cittaslow, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Cittaslow

(5) “South Invited to ‘De-Grow’”, Claudio Ciobanu, IPS, 25-09-2012, http://www.ipsnews.net/2012/09/south-invited-to-de-grow/


Publié le 14 novembre 2012 par marlene dans Décroissance.,Developpement,Exploitation minière
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« The story of stuff », petite leçon de décroissance.

Bonjour,

« The story of stuff » – la fabrique des choses – est un dessin animé qui fouille les dessous de la civilisation de consommation. Si la démonstration est américaine, la leçon s’adresse à tous les accrocs du shopping, devenu religion. Extraction de matières premières, production de biens, distribution, consommation, puis décharge, le film analyse un processus qui fait beaucoup de dégâts environnementaux et humains pour satisfaire les envies des plus riches. Pendant vingt minutes, Annie Leonard, une ancienne de Greenpeace, commente l’aberration d’un système qui produit pour jeter. Et pendant que la courbe des ventes d’ordinateurs et de i-pods s’envole, celle du bonheur dégringole…

M.J

http://www.storyofstuff.com/international/


Publié le 29 mai 2009 par marlene dans Décroissance.
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