Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Vers un monde plus renouvelable.

 

Bonjour,

Entre 2011 et 2012, la demande mondiale en énergies renouvelables a encore augmenté, constat du rapport REN21’s Renewables 2013 Gloabal Statut Report qui pointe les grandes tendances  de l’année écoulée et évalue les investissements. (1) Fin 2011, les renouvelables représentent 19% de l’énergie consommée dans le monde. Un peu plus de 9% de ce total provient de la biomasse traditionnelle, comme le bois ou les végétaux utilisés pour  le chauffage et la cuisine dans les zones rurales de l’espace en développement. Environ 5% de la consommation mondiale d’énergies alternatives provient du renouvelable moderne – petit hydraulique, biomasse moderne , vent, soleil, géothermie, et carburants d’origine végétale -, converti en électricité ou en chaleur. L’hydroélectricité contribue à 3,7% de ce total. Dans un nombre croissant de pays, les renouvelables ont cessé d’être des options pour devenir des solutions énergétiques, soutenues par une politique nationale. Le rapport note que le renouvelable moderne peut se substituer aux fossiles et au nucléaire sur quatre marchés distincts : la production d’électricité, le secteur du chauffage et du refroidissement, le carburant destiné aux transports, et le raccordement au réseau énergétiques des zones rurales privées d’accès. Et, surprise, la 4° source d’énergie mondiale, après le pétrole, le charbon, et le gaz naturel, est la biomasse, qui continue de progresser dans le bâtiment, l’industrie, ou les transports.

Des technologies moins chères.

Au cours de la période 2008-2012, la capacité installée de nombre d’énergies renouvelables a connu une forte croissance, tirée vers le haut par la production d’électricité. Pendant ces cinq années, la capacité du solaire photovoltaïque a progressé à un rythme annuel de 60%, celle du solaire thermique à plus de 40%, et 25% pour l’électricité d’origine éolienne. L’hydroélectricité, la géothermie, et la bioélectricité augmentaient à un rythme plus lent. Dans le même temps, la demande mondiale se faisait plus pressante dans les secteurs du chauffage et du refroidissement, réclamant plus de systèmes solaires thermiques, de pompes à chaleur géothermiques, ou de technologies bioénergétiques. La capacité des capteurs solaires vitrés, destinés à produire de l’eau chaude, a augmenté de 15% chaque année. Les pompes à chaleur puisant dans les eaux souterraines ont progressé de de 20% par an au cours de la période 200-2012. Cet engouement pour les énergies vertes, porté par un contexte de développement alternatif aux énergies fossiles et de crise climatique, s’explique aussi par une réduction des coûts de production. Economies d’échelle, innovations technologiques, et concurrence accrue, les turbines éoliennes et les panneaux photovoltaïques  sont devenus beaucoup plus abordables sur le marché. L’engagement de certains Etats à introduire le renouvelable dans leur mix énergétique favorise encore cette transition. Actuellement, 138 pays s’orientent vers les énergies alternatives, dont les 2/3 dans l’espace en développement.

Chine, Etats-Unis, Allemagne.

Le renouvelable est une solution énergétique qui progresse en Asie, en Amérique du Sud, au Moyen Orient, ou en Afrique. Certains pays, plus riches ou plus visionnaires, dominent le marché. En 2012, la Chine, les Etats-Unis, le Canada, et l’Allemagne sont les leaders mondiaux de la capacité en électricité renouvelable. La Chine, qui accueille environ 1/5° de la capacité mondiale, en tire 20% de son l’électricité, dont 17% est produite par les barrages. En Chine, la production d’électricité d’origine éolienne a progressé plus que celle issue du charbon, et devance le nucléaire pour la première fois. Aux Etats-Unis, plus de 12% de l’électricité  provient d’une source renouvelable. Une tendance en progression, le pays a largement misé sur le vent pour augmenter sa capacité. En Allemagne, 23% de l’électricité consommée est d’origine renouvelable. C’est plus que le nucléaire, le gaz, ou le charbon. L’Allemagne est aussi le 3° marché mondial pour les investissements dans les énergies alternatives. L’Espagne, pourtant bien lancée dans la course aux renouvelables, ralentit le rythme. La crise économique et un changement d’orientation politique expliquent cette tendance.

Réseaux alternatifs.

Dans les pays de l’Union Européenne, un nombre croissant d’entrepreneurs et de consommateurs se tournent désormais vers les énergies renouvelables, notamment pour l’électricité. Le marché allemand est passé de 0,8 millions de consommateurs « d’électricité verte » en 2006 à 4,3 millions en 2011. La demande progresse aussi en Autriche, en Belgique, en Finlande, en Italie, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse, au Royaume-Uni, mais sans rivaliser avec l’Allemagne. Dans les pays de l’Union européenne, plus de 70% de la capacité électrique ajoutée en 2011 puise dans des sources renouvelables. Aux Etats-Unis, la moitié des consommateurs ont désormais le choix de consommer de l’électricité de source alternative, fournie par un détaillant. En Europe, en Inde, aux Etats-Unis, le nombre d’industriels ou de commerçants exploitant leur propre système « d’électricité verte » est en hausse. Le nombre de communautés et de coopératives, tournées vers ce type de connexion, est lui aussi en augmentation. Les petites unités de production se multiplient, générant un accès à l’électricité dans des endroits oubliés des réseaux. Dans les campagnes du Tiers-Monde, les énergies renouvelables, petite unité solaire, éolienne, ou mini installation hydro-électrique, commencent à s’imposer comme une alternative crédible à un réseau électrique, coûteux, qui n’arrivera sans doute jamais. Dans ces espaces, l’accès à l’énergie est aussi une condition de développement socio-économique.

Afrique.

Après avoir longtemps été associée à l’industrie du pétrole et du gaz, l’Afrique est désormais remarquée pour son potentiel en énergies renouvelables. De vastes terres, au Sud et au Nord du continent, sont regorgent de réserves en énergie solaire. L’Afrique dispose d’un environnement exceptionnel pour l’éolien, et la géothermie. D’après certaines estimations, seul 7% du potentiel hydroélectrique du continent serait exploité.  L’Afrique, très dépendante de la biomasse, et du bois prélevé sur les forêts, s’apprête à développer des pratiques et des technologies plus durables en matière de bioénergies.  Si le marché du renouvelable piétine encore, le contexte change rapidement. La prise de conscience du potentiel africain, la capacité à surmonter les difficultés économiques, la croissance, et une gouvernance plus stables, favorisent l’émergence d’une multitude de solutions renouvelables, à grande échelle. Beaucoup de pays ambitionnent de convertir leurs petites installations électriques hors réseau – héritage d’un programme d’électrification des villages financé par des donateurs – en infrastructures plus ambitieuses. L’Afrique du Nord domine le marché continental de l’éolien ; l’Est du continent, emmené par le Kenya, augmente sa capacité géothermique ; pendant que l’hydro-électricité se développe à toutes les échelles sur le continent. L’Afrique du Sud devrait  se doter 2013 le premier réseau régional d’électricité d’importance, alimenté par le vent et le soleil . Si 2012 est une moins bonne année que 2011 pour les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables – notamment en raison de la chute des prix du solaire et de la frilosité des marchés, aux Etats-Unis et en  Europe -, le Moyen Orient et l’Afrique enregistrent la meilleure croissance régionale, avec une progression de plus de 200% pour les investissements.

 

M.J

 

L’exemple européen…

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(1) REN21’s Renewables Global Status Report (GSR) 2013 – REN21/ Renewable Energy Policy Network for the 21th Century.http://www.ren21.net/Portals/0/documents/Resources/GSR/2013/GSR2013_highres.pdf


Publié le 1 juillet 2013 par marlene dans Climat,Développement durable,energies alternatives
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Maîtres des digues, apprentis des sables.

Bonjour,

Sur la côte hollandaise de Ter-Heidje, tout près de la ville de la Hague, une presqu’île artificielle en forme de croissant s’étire sur une centaine d’hectares à proximité de la plage. D’ici une vingtaine d’années, poussée par les vents et marées, cette île de plus de 21 millions de m3 de sables devrait s’agréger au littoral pour fortifier la plage de plus d’une trentaine d’hectares. Cette dynamique naturelle, qui doit emporter 60% des sédiments vers le Nord et 40% vers le Sud, doit renforcer cette partie de la côte sur une vingtaine de kilomètres. Ce nouveau système de protection côtière s’appelle le « moteur de sable », le Zandmotor. Le sable est dragué au fond de la mer du Nord par des engins spéciaux, à une dizaine de kilomètres des côtes, avant d’être rejeté à proximité de la plage par un système de pipeline. Des bulldozers rassemblent le sable pour fabriquer une île artificielle qui ira engraisser la plage, mètre par mètre. Cette technologie, dernière innovation d’un pays historiquement habitué à maîtriser l’eau, mise sur la nature pour transporter et répartir le sable. (1) (2)

 

Erosion et montée des eaux.

Assis sur un petit territoire ouvert sur 450 km à la Mer du Nord, dont le quart se situe au dessous du niveau de la mer, les Hollandais maîtrisent l’eau depuis des siècles. D’abord pour étendre leur territoire. Depuis le XI° siècle, la démographie, l’agriculture, et l’économie ont porté l’aménagement de polders, ces terres artificielles gagnées sur la mer. Le pays a conquis environ 7000 km². Dans les années 80, l’assèchement des marais et déclin de la biodiversité mettent un frein à l’extension de terres destinées à l’agriculture. Au cours de son histoire, le pays s’est aussi protégé des inondations en développant un système des digues et de canaux. Aujourd’hui, le rempart constitué par le système dunaire, des digues toujours renforcées , des barrières maritimes, et autres protections imaginées par l’homme, préserve les 2/3 du territoire d’inondations régulières. Mais l’érosion des côtes , résultat de l’action conjuguée des courants et des marées, est active.  Et la perspective du réchauffement climatique mobilise les Autorités. La Commission du Delta, qui travaille sur les risques d’inondation dans le pays, prédit une montée des eaux comprise entre 65 cm et 1,3 mètres d’ici 2100. (3) Outre l’élévation du niveau de la mer, le changement climatique pourrait multiplier les risques d’inondation, stimuler l’érosion côtière. (3) (4)

 

Un milliard d’euros.

La perspective du changement climatique, et ses conséquences sur la montée des eaux, rencontre un écho particulier dans ce pays de plus de 16 millions d’habitants. La Randstad, qui réunit les villes d’Utrecht, Amsterdam, La Haye, et Rotterdam,  cœur politique, économique et intellectuel du pays, est particulièrement sensible. Il rassemble près de la moitié des Hollandais, et produit la moitié des richesses du pays. Pour protéger son territoire et ses habitants, le pays développe depuis des années une stratégie d’adaptation à la crise climatique. Les Pays-Bas dont d’ailleurs un modèle de prévention. En janvier 2012, le gouvernement adopte le Delta Act ,  un texte qui garantit à la population qu’à tous les niveaux, le gouvernement collaborera avec les organismes publics et le secteur privé afin de protéger les communautés contre les inondations, et assurer leur approvisionnement en eau potable. Une stratégie nationale d’adaptation devrait renforcer cet acquis. L’institut de recherche Deltares, qui travaille avec  les données fournies par vaste un réseau d’utilisateurs, précise la prévision des crues. Deltares – en partenariat avec une autre entreprise – souhaite utiliser les images  de l’Agence spatiale européenne pour détecter la fragilité du système de digues. Chaque année, le gouvernement consacre environ un milliard d’Euros à l’adaptation climatique. Le gouvernement se donne le temps d’apprécier l’équation « coûts-bénéfices » pour chaque projet, afin  de choisir la solution la moins chère et la plus efficace pour protéger une population qui augmente, et accompagner la mutation économique du pays.(2) (3) (5)

 

Systèmes naturels. 

Le pays, qui entretient et réhausse son rempart contre la mer, remblaie régulièrement ses plages érodées avec du sable, procédé coûteux qui endommage les écosystèmes marins. Achevé en 2011 pour un coût total de 50 millions d’Euros, le moteur de sable pourrait nourrir les plages des Pays-Bas pour un coût réduit de moitié. (2) Ce procédé, qui fabrique des presqu’îles artificielles pour les livrer ensuite à la dynamique des sédiments, travaille avec la nature. Après avoir été les maîtres des digues, les Hollandais misent sur une ingénierie hydraulique qui exploite les systèmes naturels. Et si la quantité de sable nécessaire à protéger les côtes d’une mer plus haute n’est pas suffisante, on augmente la quantité de sable….

 

 

 

M.J

 

 

 

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(1) Zandmotor / sand Engine Project, Seacity 210, Adopting Coastal Cities to Climate Change, http://www.seacityresearchnet.com/archives/tag/sand-engine

 

(2) “To Control Floods, The Dutch, Turn to Nature for Inspiration”, Cheryl Katz, Yale, Environment 360,21-03-2013

 

http://e360.yale.edu/feature/to_control_floods_the_dutch_turn_to_nature_for_inspiration/2621/

 

(3) Polders and dikes of the Netherlands, Matt Rosenberg, About.com Guide, http://geography.about.com/od/specificplacesofinterest/a/dykes.htm &Netherlands maps, http://geography.about.com/od/netherlandsmaps/Netherlands_Maps_.htm

 

(4)Working on the Delta, Delta Programme 2013.  http://www.deltacommissie.com/doc/deltareport_full.pdf

 

(5)“Land and Water Management in the OECD Natural Buffers Against Climate Change”, Antonia Sohns, SGI Sustainable Governance Indicators, 06-16-2013, http://news.sgi-network.org/news/details/1306/natural-buffers-against-climate-change/

 


Publié le 20 juin 2013 par marlene dans Climat,Developpement,Elevation des mers.,Europe,Océns
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Le péril du petit koala dans le bush australien….

 

Bonjour,

 

« Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable – les mâles n’arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. […] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n’y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu’un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable. » (1) écrit Kenneth Cook dans son recueil de nouvelles australiennes, le « Koala tueur ». L’auteur, qui tente de décrocher un koala de son arbre, nourrit sa haine au gré d’un duel assez drôle.  Mais triste revers de l’histoire, ou vengeance posthume de Kenneth Cook décédé il y a quelques années, le koala est devenu une espèce menacée de disparition en Australie. Autrefois chassé par les colons Européens pour la qualité de sa fourrure, plus de trois millions de peaux auraient alimenté ce commerce, une partie de l’opinion australienne s’émeut aujourd’hui du déclin des populations de koalas. Il y va aussi de l’image d’un pays qui a fait du koala sa mascotte. L’Australian Koala Foundation (AKF), une ONG qui s’emploie à regonfler les effectifs et à promouvoir son statut d’espèce menacée, estime qu’il reste sans doute moins de 80.000 koalas dans les paysages australiens. Peut-être même moins de 43.000. Au début des années 2000, ces populations comptaient environ 100.000 individus. Perché dans son eucalyptus, qui lui sert à la fois de garde-manger et d’abri, le koala n’est pas toujours facile à compter. (2)

Marsupial et dormeur.

Kenneth Cook a raison, pourtant surnommé « koala bear » par les pionniers, le koala n’est pas un ourson. C’est un marsupial herbivore, espèce endémique de l’Australie, qui descend probablement du wombat, autre marsupial qui vit dans les forêts de mangrove. C’est un mammifère, aux incisives pointées vers l’avant, qui pèse entre 5 et une quinzaine de kilos, selon les sexes, et selon les régions. Il présente une fourrure plus ou moins grise, et plus ou moins épaisse. Le Koala du New South Wales ne ressemble pas tout à fait au koala du Queensland, qui ne ressemble pas tout à fait au koala du Victoria.  Son habitat s’étend du Nord du Queensland jusqu’au Sud-Est de l’Australie du Sud. Il vit dans l’Est du Queensland, se disperse à l’Ouest; dans l’Est du New-South Wales, sur la frange côtière ou dans les plaines de l’Ouest, dans le Victoria, et dans le Sud-Est de l’Australie du Sud. (3) Kangaroo Island, en Australie du Sud, est une extension un peu particulière de cet habitat. Introduit dans les années 1920, le koala y a proliféré, jusqu’à devenir indésirable sur l’île. Partout, le koala vit là où les arbres assurent son existence. Il adore les feuilles d’eucalyptus, pauvres en nutriments, qui lui apportent l’hydratation nécessaire à sa survie mais peu d’énergie. Il en consomme 500 g par jour en moyenne, jusqu’à un kilo pour les plus voraces. Coincé entre deux branches d’arbre, il dort, beaucoup, jusqu’à 20 heures  par jour. Le koala est attaché à son territoire, deux à trois hectares et quelques arbres, qu’il partage avec d’autres.  Certaines études le prétendent aussi solitaire. Chaque année, une femelle peut donner naissance à petit. Il vivra une petite vingtaine d’années en liberté, dans un habitat préservé. (2) (4) (5)

Habitat et climat.

Depuis la fin du XVIII° siècle, et l’arrivée des colons en Australie, l’AKF estime que 80% de l’habitat naturel des koalas a disparu. Ce qui reste s’étend majoritairement sur des propriétés privées. Depuis deux décennies, les sécheresses, les incendies dans le bush, le défrichage des terres agricoles, l’exploitation des forêts, celle des mines, et la croissance des villes australiennes continuent de grignoter l’habitat des koalas. Le réchauffement climatique inquiète particulièrement les spécialistes. La décennie passée, qui a vu son lot de canicules, d’inondations et de cyclones, semble donner un avant- goût de la nature des changements à venir en Australie. Des températures plus élevées, d’autres sécheresses, et d’autres feux de forêts pourraient encore réduire l’espace de vie des koalas. Le koala résiste difficilement à une température supérieure à 37°C. Il craint la déshydratation. Ses déplacements lents le rendent particulièrement vulnérable aux incendies dans le bush. Le changement de climat, qui devrait réduire le stock de nourriture disponible, pourrait affecter la qualité nutritive et hydrique des feuilles consommées. Pendant ce temps, d’autres koalas sont exposés à une mort plus violente. (2) (4) (6)

Voitures et chiens.

Dans le Queensland, les voitures seraient la principale cause du déclin des populations de koalas. La mutation des paysages australiens, qui force les marsupiaux à quitter leur territoire en quête de nourriture, ou d’un compagnon, les pousse aussi à traverser les routes. Dans le Queensland et le New South Wales, les véhicules qui accompagnent l’exploitation minière multiplient l’occasion d’un accident. L’attaque des chiens, sauvages et domestiqués, est une autre cause majeure de mortalité. Selon l’AKF, la route et les chiens provoqueraient la mort d’environ 4000 koalas chaque année. Dans le Queensland, les chiens et les maladies – conjonctivites, sinusites, pneumonies, infection de chlamydia, ou rétrovirus du koala – sont l’autre grande menace, après les accidents de la route. Perte d’habitat, accidents, attaques de chiens, maladies, l’AKF estime que les populations de koalas auraient diminué de 40% dans le Queensland, et d’un tiers dans le New South Wales au cours des deux dernières décennies. (2) (4) (6)

D’espèce parasite à espèce vulnérable.

A Kangaroo Island, la situation est un peu différente. En 2001, l’île compte environ 27.000 koalas, une invasion. Multiples et voraces, ils sont accusés de détruire leur habitat, et les paysages d’une île très fréquentée par les touristes. En 1997, le gouvernement d’Etat initie une vaste campagne de stérilisation, 10.000 koalas sont castrés. Un peu moins de 4000 sont déplacés dans le Sud-Est de l’Etat. En 2011, le Département de l’Environnement révèle que la population de koalas s’est réduite à 13.000 individus au cours de la décennie écoulée. Un rétrovirus – lié au cancer du koala, lymphome ou leucémie -, actif sur les autres populations d’Australie, est détecté sur l’île que l’on pensait épargnée. Hypothèse de recherche, introduit au Nord, le virus se serait lentement déplacé vers le Sud de l’Australie. La maladie évoque l’hécatombe provoquée par le cancer de la bouche chez les diables de Tasmanie. Mais sans véritable menace d’extinction dans cette partie de l’Australie. (7)(8) En 2001, le koala qui abonde à Kangaroo Island est  listé comme l’une des 8 espèces parasites, « pest species », d’Australie sur le rapport environnemental du Commonwealth. (3) Il est aujourd’hui classé « Vulnérable » dans le Queensland et dans le New South Wales, et « Rare » en Australie du Sud. L’AKF a fait pression sur le gouvernement australien pour que le koala obtienne le statut « d’espèce vulnérable menacée d’extinction » en 2012. (2) La même année, il devient « espèce vulnérable » sur la liste rouge de l’IUCN.

M.J

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(1) Le koala tueur et autres histoires du bush, Kenneth Cook, Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol, Autrement, 2009 – Le Livre de poche, 2011. 

(2) Australian Koala Foundation, About koala, Education resources https://www.savethekoala.com/

(3) The IUCN Red List of Threatened Species, Phascolarctos cinereus, http://www.iucnredlist.org/details/16892/0

(4) Koala, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Koala

(5) Koala, Dinosoria.com, http://www.dinosoria.com/koala.htm

(6) The Clock Is Ticking on Koala Conservation, Neena Bhandarihttp://www.ipsnews.net/2013/04/the-clock-is-ticking-on-koala-conservation/

(7) « Retrovirus threatens Kangaroo Island koalas » , Catherine Hockley, The Advertiser, 29-09-2011  http://www.theaustralian.com.au/news/breaking-news/retrovirus-threatens-ki-koalas/story-fn3dxity-1226151046413

(8)Spread of koala retrovirus in Australia, Virology blog,  07-11-2012http://www.virology.ws/2012/11/07/spread-of-koala-retrovirus-in-australia/

 

 

 

 

 


Publié le 27 mai 2013 par marlene dans Australie,Biodiversité,Climat,Ecosystèmes.
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Géant hydraulique, small hydro, et géothermie…

Bonjour,

 

Au Costa Rica, 95%  de l’économie repose sur les énergies renouvelables. L’hydraulique,  environ 80% du mix énergétique, et la géothermie, 12%, font tomber la part du pétrole au dessous des 5%. (1) Deux projets, le barrage  de Diquis, annoncé pour être l’un des plus importants d’Amérique centrale et prévu pour 2016, et le barrage  de Revantazon, planifié pour 2019, devraient gonfler un peu plus la capacité hydraulique du Costa Rica. La Présidente  élue en 2010,  Laura Chinchilla, veut encore développer la géothermie et l’énergie solaire pour tendre vers l’objectif « zéro carbone » à l’horizon 2020. Le Costa Rica est le membre le plus actif des pays d’Amérique centrale – Guatemala, Honduras, El Salvador, et Nicaragua – tous soucieux d’augmenter la part du renouvelable dans le bouquet énergétique. En 2011, elle dépasse les 65%, largement dominée par l’hydro-électricité. Mais la région compte bien développer un  potentiel géothermique,  peut-être moins prometteur au Honduras. (1 )(2)

 

Le géant hydraulique

L’énergie hydraulique , alimentée par l’eau et ses cycles, et la géothermie , qui puise dans la chaleur de la terre, progressent  partout dans le monde. Même si leur part reste modeste.  En 2011, l’hydraulique produit  plus de 15% de l’électricité mondiale. Et moins de 1% pour la géothermie, utilisée aussi pour le chauffage. Il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’un cheminement  pour se dégager des combustibles fossiles, et conquérir une certaine indépendance énergétique.  D’après une enquête du Worldwatch Institute, la Chine, le Brésil, le Canada, et la Russie mènent la production hydro-électrique, énergie primaire et électricité, avec plus de la moitié de la capacité mondiale en 2011. Le développement récent d’infrastructures  hydrauliques place la Chine en tête, suivie par le Vietnam, Brésil, le Canada. (3) Les barrages et les ouvrages  aménagés sur les grands fleuves du monde, le Colorado en Amérique du Nord, le Yangste en Chine, ou le Parana en Amérique du Sud,  racontent l’épopée de l’hydro-électrique. D’après la World Commission on Dams (2000),  environ 60% des fleuves majeurs sont contrariés par des ouvrages, ou déviés. Un processus qui aurait déplacé entre 40 et 80 millions de personnes dans le monde, et réduit considérablement le cours de certaines rivières, jusqu’à les empêcher d’atteindre la mer. L’hydraulique et ses barrages, qui malmènent  l’environnement et ses équilibres et qui déracinent les hommes, altèrent l’image d’une énergie pourtant réputée  « soft ».

 

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Small Hydro.

Les grands ouvrages, dont l’édification modifie les paysages des bassins-versants, bouleversent l’équilibre des sols. Un déboisement, par exemple, entraine ruissellement, érosion, et appauvrissement. Ces aménagements modifient l’équilibre fluvial, contrarient la migration des poissons, changent la composition chimique de l’eau. Ces constructions bouleversent les habitats voisins, et les espèces qui y sont attachées. Les communautés, dont les territoires sont inondés, sont expulsées. Le barrage des Trois Gorges, l’ouvrage le plus imposant jamais réalisé, a déplacé 1,2 milliards de personnes vivant dans plus 140 villes et 1300 villages. La violence de l’opposition à certains projets donne la mesure des bouleversements environnementaux, socio-économiques, et humains à venir. Dans certains cas, l’héritage architectural des communautés est englouti. Réputés pour produire une énergie « propre », leur construction exige des matériaux, le ciment, le fer, qui eux en consomment. Histoire de taille, ou de mesure, la « petite hydraulique » est réputée plus douce pour l’environnement. Construit au fil de l’eau, sans retenue importante, sans impact néfaste sur l’environnement et la vie qui s’y développe, le petit hydraulique a le vent en poupe. Entre 2005 et 2008, cette niche de l’industrie hydro-électrique  a bondi de presque 30%. Il se développe en Chine, plus de la moitié du marché actuel, en Inde , aux Etats-Unis. Il sert notamment le China Village Electrification Program qui prévoit d’électrifier 10.000 villages, pour alimenter 3,5 millions de ménages. Car autre avantage d’un ouvrage plus léger – aux vertus écologiques parfois discutées -, il permet d’amener l’électricité là où elle manque. (4)(5)

 

La route des volcans.

La géothermie s’inscrit dans la Ceinture de Feu Pacifique , et suit la route des volcans, actifs ou non. En 2010, plus d’une vingtaine de pays valorisent la chaleur de la terre pour produire de l’électricité. La cartographie de la capacité de production (2010), place les Etats-Unis en tête – 28% de la capacité mondiale (3) -, suivies par les Philippines, l’Indonésie, le Mexique, l’Italie, et la Nouvelle Zélande. Le plus grand complexe géothermal au monde, The Geysers, se situe à plus d’une centaine de kilomètres au Nord de San Francisco en Californie, dans les montagnes de Mayacamas  Mais la part d’électricité d’origine géothermique dans la production nationale bouscule la carte. L’Islande, les Philippines, le Salvador prennent la tête – entre 25 et 30% -, suivis par le Kenya et la Nouvelle Zélande  –  autour de 10%.  (6) En Islande, la géothermie alimente encore 90% du chauffage. D’ailleurs, plus de 70 pays ont choisi cette technologie, qui convient parfaitement au chauffage alternatif .(3)  Parmi les pays ciblés pour le développement de  la géothermie, le Chili. Assis sur un axe volcanique, le pays compte plus de 300 sites, avec un potentiel convertible en électricité ou voué à une utilisation directe. Les fluides renfermés dans le sous-sol chilien, situés à moins de 300 mètres de profondeur, peuvent atteindre 150°C, et promettent une exploitation d’une cinquantaine d’années. (7)

 

Le Rift africain.

Sur le continent africain, la Vallée du Grand Rift offre un potentiel énorme à la géothermie. Le Kenya, Djibouti, la Tanzanie exploitent déjà cette ressource. L’Ethiopie étudie sérieusement cette possibilité. La Banque de Développement Ethiopienne, aidée par la Banque mondiale, projette d investir 20 millions de dollars pour amorcer une exploitation, portée par le secteur privé. Cette énergie doit compenser un ralentissement attendu de l’électricité d’origine hydraulique. En cause, des pluies moins abondantes et des sécheresses. Les hauts plateaux d’Ethiopie, qui offrent une eau abondante, ont favorisé le développement de l’hydraulique. L’eau permet de produire plus de 85% de l’électricité du pays. La Banque mondiale aide le Kenya à développer  une alternative à l’hydraulique, afin de renforcer sa capacité électrique. Le gouvernement investit à fond dans la   « géothermie »,  moins soumise au climat de plus en plus aride de l’Afrique orientale. (8) (9)

 

M.J

 

 

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Première vidéo / Source: Alex de Sherbinin (CIESIN) et Bernhard Lehner (Department of Geography, at McGill University). Il a fallu des années pour constituer ce catalogue des barrages. Il représente plus de 5000 réservoirs dans le monde.
http://csdms.colorado.edu/wiki/Movie:…

(1)Finding Sustainable Alternatives to Large Hydropower in Central America CDKN / Climate and Development knowledge network, CDKN Latin America, from World Watch Institute website, 07-08-2012http://cdkn.org/2012/08/finding-sustainable-alternatives-to-large-hydropower-in-central-america/

(2)Le développement des projets d’énergie géothermique en Amérique centrale, mars 2012,Tresor Direction Générale, Publication des Services économiques. http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/337930

(3)« Hydropower and Geothermal Growth Slows », Evan Musolino Revolt, Worldwatch Institute, 02-12-2013, http://blogs.worldwatch.org/revolt/hydropower-and-geothermal-growth-slows-2/

(4)The Hydro Industry’s Proven Authority, HydroWorld.com, small hydro. http://www.hydroworld.com/industry-news/small-hydro.html

(5) Small Hydro, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Small_hydro

(6) Installed Geothermal Electric Capacity (2010) in Wikipedia, Geothermal electricity. http://en.wikipedia.org/wiki/Geothermal_electricity

(7)“Chile has excellent potential for both high and medium temperature geothermal projects.” http://www.hotrockltd.com/irm/content/exploration_chile.html

(8) “World Bank Gives Kenya $118 Million for Geothermal Development”

eBoom Staff , 07-07-2010, http://www.energyboom.com/geothermal/world-bank-gives-kenya-118-million-geothermal-development

(9) « Ethiopia to Develop its Geothermal Energy Potential with a Grant from the World Bank », AtisSun News, 15-02-2013, http://www.atissun.com/blog/18418/ethiopia-to-develop-its-geothermal-energy-potential-with-a-grant-from-the-world-bank/


Publié le 1 mars 2013 par marlene dans Barrages,Climat,Ecosystèmes.,energies alternatives
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So green, Vancouver!

Bonjour,

Vancouver, cité portuaire de l’extrême Sud-Ouest canadien , cultive son image de ville-paysage dans  un environnement urbain réputé pour être l’un des plus accueillants au monde. Assise sur le Delta du fleuve Fraser, elle se réfugie à l’Ouest derrière le Détroit de Georgie et l’île de Vancouver qui la séparent de l’Océan Pacifique. Au Nord, trois montagnes se couvrent de neige en hiver. Mais dans la ville, quelques palmiers témoignent de l’un des climats les plus doux du Canada. Vancouver est une métropole hérissée de buildings,  on y circule beaucoup à vélo, et la nature n’est qu’à quelques minutes de marche. Désignée par le WWF en 2011 comme une ville très engagée contre le réchauffement climatique, elle ambitionne aujourd’hui de devenir la « Greenest City 2020 »,  la cité la plus écolo de la planète. Sur le site dédié à cet engagement, Vancouver détaille un plan d’action inspiré du « One Planet Living », une stratégie destinée à ratatiner l’empreinte écologique. Vancouver, métropole de 600.000 habitants (2011)  qui continue d’attirer de nouveaux arrivants de toutes origines, veut réduire de 33%  son empreinte écologique à l’horizon 2020, par rapport à 2006. « Mais, pendant que nous vivons dans un endroit qui est largement connu comme étant la ville la plus agréable au monde, notre empreinte écologique est trois fois plus importante que ce que la terre peut supporter. », peut-on lire sur la page de présentation du projet.(1)

 

Sobriété, recyclage, et oxygène.

« Greenest City 2020 » s’attaque en priorité au carbone et aux déchets, il valorise  les écosystèmes.  Dix programmes doivent servir cette stratégie globale. La  transition vers une économie verte pendant la décennie 2010-2020 donne le ton: doubler le nombre d’emplois induits et doubler le nombre d’entreprises  en conversion. Vancouver,  déjà tournée vers les énergies renouvelables, souhaite encore réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’un tiers par rapport à 2007. Pointée du doigt, l’énergie consommée par les immeubles, 55%  des émissions de Vancouver. Marche, vélo, métro devront compter pour la moitié des déplacements en 2020. Objectif « Zero waste », ou presque. Vancouver invite ses citoyens à réduire de moitié les déchets voués à la décharge et à l’incinérateur. Le compost –  fertilisant pour une agriculture locale -, la collecte de résidus alimentaires, le recyclage, et la récupération de matériaux de construction serviront cette stratégie. Et carton rouge pour les emballages. Vancouver,  aérée par un  parc de 400 hectares, le Stanley Park , compte intégrer d’autres jardins dans l’espace urbain. Le plan annonce encore 15 000 arbres supplémentaires. Ces efforts doivent contribuer à alléger l’empreinte écologique de la ville, objectif déjà évoqué. La qualité de l’eau potable devra être l’une des meilleures au monde.  En contrepartie, la ville attend de ses citoyens  qu’ils réduisent leur consommation d’eau de 30%. De 320 litres par habitant et par jour en 2006, ils devront se limiter à 214 litres en 2020. L’air de Vancouver sera l’un des meilleurs du club des grandes métropoles, avec plus de véhicules électriques et moins de feux de bois illégaux. Enfin, en dix ans, la ville souhaite doubler la quantité de nourriture produite localement en développant les marchés fermiers, les jardins et les vergers urbains. La nourriture compte pour 49 % de l’empreinte écologique de la ville, on en reparle.(1)

 

« Pas facile d’être vert. »

Dans un blog initulé «What Does a One-Planet City Look Like?” (2), ou à quoi ressemble une ville estampillée « One-Planet ,  publié sur l’un des sites du Worldwatch Institute , Jennie Moore (3),  spécialiste des questions d’environnement à L’Institut de Technologie de Colombie britannique, annonce  d’emblée : « Ce n’est pas facile d’être vert ». Munie de sa calculette à empreinte écologique, elle examine le cas de Vancouver.  Elle additionne les initiatives listées dans le « Greenest City Action Plan » et estime que Vancouver ne pourra réduire son empreinte  écologique  que de 11,5% . Peut-être 23% en y ajoutant quelques mesures supplémentaires. Un peu court pour tendre vers les 33% annoncés, et l’objectif « One Planet Living ». Elle détaille ses calculs. (4)  A Vancouver,  la nourriture contribue donc à la moitié de l’empreinte écologique. La moitié de cette moitié est due à la consommation de viande, de poisson, et de lait. Avec un zéro pointé pour la viande rouge. Les transports, 20% de l’empreinte écologique, dont la moitié  est due aux automobilistes qui voyagent seuls.   Et si l’on ajoute le carburant consommé par les moteurs et les voyages en avion, on arrive à 90% de l’empreinte écologique causée par les transports. Les constructions, 16% de l’empreinte écologique, dont 80% résulte de l’énergie consommée pour le fonctionnement des résidences, des commerces, et des administrations. Les consommables, ce que nous achetons, représentent  12% de l’empreinte écologique de Vancouver. Dont la moitié est due au  papier , suivi par les plastiques, les déchets organiques, les métaux, le verre.  Jennie Moore  rappelle au passage qu’une redistribution égale des services rendus par les écosystèmes de la planète à chacun de ses habitants lui donne l’équivalent d’1,8 hectare.  Au-delà, l’empreinte écologique devient trop conséquente. Or, un habitant des Etats-Unis utilise l’équivalent de 9 hectares,  7 pour un Canadien. Pour coller aux recommandations du « One Planet Living », Jennie Moore estime que ces riches américains  doivent réduire leur consommation d’énergie, de biens, et leur production de déchets de 80%.

 

« Combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? »

Alors ?  Moins de viande rouge, moins de trajets en voiture, de voyages en avion, moins de chauffage à la maison, moins d’électricité, moins d’emplettes ? Oui, mais ce ne sont pas quelques steaks de moins, et une pratique éclairée du co- voiturage qui vont considérablement nous rapprocher du « One Planet Lliving », nuance Jennie Moore, plus catégorique.  « Si « One Planet Living » est le but, une transformation radicale de nos modes de vie doit être envisagée. Et comme nous savons que les individus prisonniers d’un système ne seront pas capables d’opérer des changements spectaculaires si on ne les y incite pas – combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? – cela veut dire que le gouvernement va être amené à jouer un rôle-clé en encourageant les choix individuels de consommation plus durables. » (2) Même loin du compte, difficile de reprocher à Vancouver une stratégie de réduction de son empreinte écologique qui doit bien commencer quelque part.

M.J

 

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(1) Greenest City 2020 Action Plan, City of Vancouver http://vancouver.ca/green-vancouver/greenest-city-2020-action-plan.aspx

(2) «What Does a One-Planet City Look Like?”, Posted by Jennie Moore on March 23 2012, Moving  Toward Sustainable Prosperity. http://blogs.worldwatch.org/sustainableprosperity/oneplanetcity/

(3)Jennie Moore est directrice du Développement Durable et de Gestion Environnementale à l’Institut de Technologie de Colombie Britannique. Elle termine un Doctorat, et travaille sur la façon de faire de Vancouver une « One-Planet’City ».

(4) Vancouver’s Ecological Footprint Based on Consumption Activity (Calculated by Jennie Moore)


Publié le 20 février 2013 par marlene dans Climat,Développement durable,Economie d'énergie,Ecosystèmes.,Urbanisation
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DOHA 2012.

Bonjour,

Les Nations Unies organisent une nouvelle conférence internationale sur le climat à Doha, au Qatar. DOHA 2012, réunie du  26 novembre au 7 décembre, est la dix-huitième Conférence des Parties (COP18) de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Et la huitième rencontre des pays signataires de Kyoto. Cette rencontre  doit préciser l’après Kyoto, qui expire le 31 décembre prochain. Le Protocole de Kyoto, traité international qui engage les Etats qui ont ratifié le texte à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique avec la déforestation, est formulé en 1997. Il devient effectif huit ans plus tard, après avoir obtenu un nombre suffisant d’adhérents.  Il compte à ce jour 195 parties – 194 Etats et l’Union européenne –, et n’a toujours pas été ratifié par un acteur majeur de la scène internationale, les Etats-Unis. En décembre 2007, la Conférence de Bali avait officiellement lancé les négociations pour l’après-Kyoto. En décembre 2011, la Conférence de Durban avait permis, in-extremis, de reconduire le Protocole de Kyoto, évitant  un vide juridique. Le Protocole de Kyoto, diversement interprété par les pays industrialisés, est le seul texte qui contraint les Etats membres à faire attention à leurs émissions. Dans le prolongement de  Durban, Doha devrait formuler une nouvelle feuille de route pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce nouveau texte, finalisé en 2015,  devrait  devenir contraignant en 2020. Mais le plus tôt sera le mieux car pour contenir le réchauffement  planétaire sous le seuil des 2°C au cours du siècle, les Nations  industrielles devront réduire leurs émissions de 25 à 40%, par rapport au niveau de 1990. La Conférence de Doha, qui doit amorcer ce nouveau processus international, est aussi l’occasion de faire le point sur les actions déjà engagées par les gouvernements, les acteurs privés, et la société civile pour freiner le réchauffement. Cette rencontre permettra encore d’examiner l’aide destinée aux pays en développement, déjà exposés à un climat qui change.

Un monde à 4°C…

Un rapport de la Banque Mondiale,  intitulé « Turn Down the heat -Why a 4°C warmer world must be avoided”, daté de novembre2012,  rappelle l’urgence à maintenir la hausse des températures sous les 2°C, afin d’éviter un « dangereux » changement de climat. (1) Si tous les pays seront affectés par les conséquences de la crise climatique qui se profile, certains le seront plus que d’autres, annonce le rapport. Le réchauffement, plus étendu sous les hautes latitudes, devrait être plus durement ressenti dans les espaces  tropicaux, aux équilibres plus fragiles. Une modification sensible des températures devrait modifier les conditions agricoles,  et malmener des écosystèmes sur lesquels comptent des millions de personnes pour vivre. La montée des eaux y est  annoncée plus dramatique qu’ailleurs, avec une élévation de 15 à 20% plus importante. Sous les basses latitudes, les cyclones tropicaux devraient se multiplier. Les pays pauvres de l’espace tropical et subtropical devraient connaître plus d’aridité, et plus de sécheresses.  Le rapport, qui redoute un monde réchauffé de 4°C par rapport à l’époque pré- industrielle, prédit des extrêmes, canicules, sécheresses, inondations dans beaucoup de régions du monde, avec de sérieux bouleversements des systèmes humains, des  écosystèmes, et de leurs fonctions associées. Et de conclure : « Un monde à 4°C posera des défis sans précédent à l’humanité. …le réchauffement supposé de 4°C ne doit simplement pas être autorisé à se produire – la chaleur doit être stoppée. Seule une action rapide, conjointe, et internationale peut y parvenir. » (1)

 

Activistes et gouvernements.

Interviewé par IPS, Patrick Bond,  analyste du climat, professeur à l’Université Kwazulu-Natal en Afrique du Sud,  et membre de l’IOPS – The International Organization for a Participatory Society – donne un avis sur l’avenir des négociations sur le changement climatique : « Pour résumer, le Protocole de Montréal de 1987 aurait dû être immédiatement conçu pour intégrer les gaz à effet de serre, mais au lieu de cela, parce que Washington insistait sur un marché du carbone inefficace une décennie plus tard à Kyoto – nous n’avons simplement pas vu une volonté politique appropriée et une stratégie éclairée, et jusqu’à ce que cela change, nous ne parviendrons à rien à une échelle multilatérale(…) Cela signifie que l’avenir de négociations potentiellement fructueuses se joue entre les activistes et la base populaire qu’ils rallient à leur cause, d’un côté, et les gouvernements – et les intérêts qui contrôlent souvent ces gouvernements – de l’autre. » (2)

M.J

 

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(1) “Turn Down the heat Why a 4°C warmer world must be avoided”, November 2012, A Report for the World Bank, by the Potsdam Institute for Climate Impact Research and, Climate Analytics

http://climatechange.worldbank.org/sites/default/files/Turn_Down_the_heat_Why_a_4_degree_centrigrade_warmer_world_must_be_avoided.pdf

 

(2) “Q&A: COP18, Another ‘Conference of Polluters’”, Busani Bafana, Interview du Professeur Patrick Bond, IPS, 27-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/qa-cop18-another-conference-of-polluters/


Publié le 4 décembre 2012 par marlene dans Actualité,Climat
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Prévoir « la vague qui mange les gens »…

 

Bonjour,

Dans le sillage du tsunami de 2004, deux histoires. D’abord, celle des Simeulue, une communauté musulmane qui vit sur l’île du même nom, dans l’Océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra. Après le séisme du 24 décembre, cette  population insulaire sent qu’il est temps de se réfugier sur les hauteurs voisines,  à  quelques centaines de mètres. Bien vu, la vague déferle. Sur une population côtière d’environ 80.000 personnes, seules sept victimes sont comptées. Dans cette communauté, la mémoire du tsunami remonte à 1907, quand un tremblement de terre est  suivi d’une vague très meurtrière. De cette histoire sont nées d’autres histoires ; des monuments et des rassemblements commémorent la tragédie. Le souvenir de l’évènement, transmis aux jeunes générations, figure dans la mémoire collective. Le mot « smong », l’équivalent de « tsunami », intégré dans le lexique communautaire, en suggère le risque. La seconde histoire, celle des Moken , prolonge la première. Les Moken habitent les îles Suri au large des côtes de la Thaïlande et du  Myanmar, dans la Mer d’Andaman. Dans cette société de tradition nomade, qui maîtrise la mer et ses secrets,  une légende raconte  la  «vague qui mange les gens » .Ici, tout le monde sait qu’avant un tsunami, la mer recule, et les cigales cessent leur chant. En 2004, un Moken note un silence inhabituel. Il prévient les autres. Longtemps avant que la première vaque déferle, la communauté s’est groupée sur les hauteurs. Il y  peu de victimes. Pour les Moken, le tsunami est la « vague des sept rouleaux. » (1) (2)

 

Histoires de serpents.

Les tremblements de terre  et les glissements de terrain accompagnent l’histoire du Népal, et de ses habitants. En 1934, un séisme fait 20.000 victimes, dont la plupart au tout début du phénomène. L’inde est également touchée. Dans un poème qui raconte l’évènement, l’auteur décrit la mort d’innombrables serpents. Etrange. Le tremblement de terre se produit en hiver, alors que les reptiles sont supposés hiberner.(3) Au Népal, et dans l’ensemble de l’Himalaya, les communautés, de tradition orale, racontent les cataclysmes et les  inondations qui deviennent des histoires, des chansons, des poèmes, ou des proverbes. L’un des proverbes de la culture Terai au Népal, exposées aux inondations de la West Rapti River, dit : « Le serpent et la rivière ne courent pas tout droit ». (2) Un peu plus tard, une autre histoire de serpents. En 1975, les habitants de la ville de Haicheng, dans le Nord-Est de la Chine,  s’inquiètent de la présence inhabituelle de serpents à cette époque de l’année. Bien qu’il soit difficile d’associer ces signes avant-coureurs à l’attitude des Autorités, celles-ci décident d’évacuer la ville. Le séisme, qui intervient quelques semaines plus tard, ne fait que peu de victimes. (3)

 

Constructions et solidarités.

En 1999, les Nations Unie créent un Bureau pour la Réduction des Risques et des Catastrophes, UNISDR. Depuis, cet organisme tisse une toile d’araignée, où interviennent scientifiques, ONG, et communautés locales, afin de prévenir les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, ou les cyclones qui menacent différentes régions de la terre. Les stratégies communautaires, réponse de terrain à un aléa récurrent, intéressent l’UNISDR . Une publication en détaille quelques exemples dans la région Asie-Pacifique. (2) Dans le Nord de l’Inde, dans les Etats de Jammu et du Cachemire, régions exposées aux séismes, les maisons traditionnelles sont construites pour résister. Ces techniques de construction s’appellent « Taq »,  ou « Dhajji dewari », un  patchwork mural composé de panneaux horizontaux, verticaux, ou diagonaux, qui présente une flexibilité qui fait défaut aux constructions modernes. En octobre 2005, lors du tremblement de terre qui secoue le Cachemire, ces bâtiments, conçus pour être secoués, sauvent des vies. Ailleurs, la communauté maîtrise l’aléa en s’organisant. Au Nord-Ouest du Pakistan, dans les districts de Manschra  et de Bettagram, l’altitude, le climat, le relief montagneux , isolent  les communautés.  Des terres infertiles et la pauvreté ajoutent au décor. Pour affronter les tremblements de terre, les pluies diluviennes, la neige, les glissements de terrain, et les inondations rapides, les populations n’ont que leur solidarité. En période de fortes pluies, quelques-uns surveillent le niveau des eaux, et préviennent les foyers exposés. Les familles plient bagage, et se réfugient chez un parent, ou un ami. Le retour à la normale est fêté par des spectacles, et des rituels. En Papouasie-Nouvelle Guinée, les villages Singas, situés sur l’une des rives de la Markham River, dépendent d’une rivière capricieuse. Deux inondations mémorables en 1998 et 2002.  Des maisons sur pilotis, qui s’élèvent au fil des crues et de leur fréquence, un usage planifié des terres cultivables, une solidarité pour la nourriture et l’environnement, révèlent l’adaptation à un milieu à la fois généreux et hostile. Incités à déplacer leur habitat sur les hauteurs, ils ont refusé. (2)

 

Lire les humeurs du ciel.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, a beaucoup travaillé avec des communautés africaines. Beaucoup d’Africains, initiés lisent les prévisions météorologiques inscrites dans la nature. Ils connaissent, par exemple, la route des tempêtes et celle des vents dominants, une annonce qui permet de construire un toit, d’aménager un coupe-vent, ou d’ériger des murs, avec un peu d’avance sur le mauvais temps. Une bonne lecture des corridors de pluie permet de se préparer à l’orage. Connaître la couleur des nuages porteurs de grêlons, savoir qu’une tempête peut succéder à une sécheresse, ou que la lumière d’une première pluie peut annoncer un désastre, est une mémoire héritée d’une longue observation des cieux africains. Cette lecture ancestrale permet aussi de repérer un chant d’oiseau qui annonce la nouvelle saison. Ce bulletin météo note encore la hauteur des nids d’oiseaux près des rivières, annonciateur d’inondations ; ou la multiplication des mites, signe d’une sécheresse à venir. Quand une  position du soleil coïncide avec  la présence d’une certaine espèce d’oiseau près d’une rivière, la saison des pluies arrive. A défaut de pouvoir toujours parer aux aléas du climat, ces informations peuvent être utiles pour le calendrier des cultures. (1)


Insulaires et scientifiques.

Sur l’île d’Ambae, le plus grand volcan de Vanuatu est doté de deux lacs de cratères, le lac Voui et le lac Lakura, l’un bleu, l’autre vert. Endormi pendant près de quatre siècles, Ambae semble se réveiller en 1991. Au dessus des lacs jumeaux qu’il survole, un pilote de la Vanair, la compagnie aérienne locale, remarque une surface en ébullition. A proximité, la végétation est brûlée. Quelques jours plus tard, les signes s’affirment, émanations de soufre, eaux aux couleurs changeantes. Les insulaires n’ont rien remarqué. Eveillé, le volcan multiplie les secousses pendant trois années. En 1995, l’affaire semble plus grave. Les eaux du lac bouillonnent, un panache de fumée s’élève sur 2 à 3 kilomètres dans le ciel, les secousses se répètent. L’évacuation de l’île est envisagée. Les géophysiciens de l’ORSTOM – devenu l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement –  prédisent l’éruption de l’Ambae,  70 chances sur cent. Mais le volcan continue de somnoler.(4) Un chercheur néo-zélandais, qui travaille sur les risques volcaniques, et avec les communautés d’Ambae, reprend l’histoire. En 1995, la France – Vanuatu est lié à la France par l’histoire et la Francophonie – dépêche un navire pour évacuer les insulaires. Mais ceux-ci n’ont pas décelé les signes habituels qui annoncent l’éruption du volcan, le lac qui change de couleur, le départ soudain des oiseaux, ou les fourmis qui colonisent la végétation. Effrayée par le navire français, la population s’enfuit sur les hauteurs. (3) Dix  ans plus tard, en 2006, le lac Voui se colore à nouveau d’un rouge, jugé inquiétant…(5)


MJ.

 

 

 

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(1) The Wave That Eats People – The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction, David Singh, UNISDR, 09-08-2011http://www.unisdr.org/archive/21236

(2) “Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction: Good Practises and Lessons Learned from Experiences in the Asia-Pacific Région”;  ISDR (International Strategy for Disaster Reduction ),  Kyoto University,  European Union, 2008. http://www.unisdr.org/files/3646_IndigenousKnowledgeDRR.pdf

 (3)“Snakes and folk tales meet science in disaster warning”,Smriti Mallapaty, SciDev Net, 21-11-2012, http://www.scidev.net/en/agriculture-and-environment/features/snakes-and-folk-tales-meet-science-in-disaster-warning.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_agricultureandenvironment

(4) Ambae Volcano, Vanuatu Tourism Office, 2011. http://vanuatu.travel/fr/discover-the-islands/volcans/ambae-volcano.html

(5)« Vanuatu : Ambae et le lac Voui », earth-of-fire, le blog de Bernard Duick, 05-10-2010 http://earth-of-fire.over-blog.com/article-vanuatu-ambae-et-ambrym-57995700.html

 


Publié le 29 novembre 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Catastrophe naturelle.,Climat,Volcans.
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Climat, migrations, et circulation.

 

Bonjour,

Climat, paupérisation, pression démographique.

Le changement de climat, et ses multiples manifestations, ne provoquera pas de déferlante migratoire, des millions de déracinés prêts à traverser les frontières pour s’établir dans un autre pays, en quête d’une existence plus décente. Les fameux « réfugiés climatiques ». Le Worldwatch Institute, qui interroge les dernières recherches sur les migrations liées aux dérèglements environnementaux, en cours et à venir, nuance le fantasme d’une marée humaine jetée sur les routes du monde. (1) Les prédictions les plus alarmistes parlaient d’un milliard de réfugiés en 2050 . Nuance encore soulignée par une étude conduite pour le compte des Nations Unies, livrée en juin 2009. (2) Si la recherche adoucit ses prévisions, c’est qu’elle renonce à une causalité implicite entre changement de climat et migrations. Les sécheresses, les canicules, les ouragans, et  les inondations provoqueront des départs,  mais le climat  ne sera pas le seul facteur expulsif.  La tendance est déjà observée. Dans la plupart des cas, un changement d’environnement  progressif  devrait s’articuler à un contexte déjà difficile, une paupérisation des populations, une impossibilité de gagner sa vie sur place,  une  pression démographique – trop de monde pour les ressources disponibles -, pour favoriser l’émigration. Si tout le monde reconnait la difficulté du sujet, la relation  entre climat et migrations, tous s’accordent sur une tendance majeure. Le changement de climat, associé à un contexte socio-économique expulsif, devrait accentuer la mobilité. Les migrations, de courte durée, se pratiqueront dans un espace régional, souvent à l’intérieur des frontières nationales. Avec une tendance forte au retour.

Mouvements temporaires.

L’étude menée pour les agences des Nations Unies, qui multiplie les exemples, examine la question des migrations liées à un contexte de sécheresse, de désertification et de dégradation des terres cultivables. Une relation plus complexe que prévue. En Afrique, la littérature associe souvent la dégradation du milieu environnant  à l’émigration. Une recherche menée au Mali à la fin des années 90 montre que 80% des chefs de famille ont, au moins, un parent émigré. Cette mobilité,  liée à des opportunités économiques et au besoin de diversifier ses sources de revenus, n’est  pas une réponse directe à la désertification et à la dégradation des terres. Dans la même région, lors des sécheresses des années 1983-1985, les tendances migratoires révèlent une augmentation des  mouvements temporaires, pratiqués sur des distances courtes. Pendant que les migrations internationales, de longue durée, diminuent. Des études plus récentes révèlent qu’au Burkina-Faso, le manque de pluies favorise les migrations temporaires, de campagne à campagne. La migration vers les villes, ou  vers un autre pays, démarche plus onéreuse qui concerne une minorité éduquée, disposant d’un réseau social et d’un accès aux transports, est une tendance qui signale un meilleur contexte climatique et économique. Il faut de l’argent pour partir plus loin. Au Népal, la dégradation des terres et des conditions environnementales enclenche une mobilité locale, majoritaire. Même si une minorité, plus éduquée, se risque vers les villes. Le changement climatique affectera sans doute, de façon plus sévère, des communautés marginalisées, là où les autorités locales auront du mal à gérer la compétition pour la ressource.  Mais celles-là sont de toute façon moins mobiles.  A l’opposé de ceux-là, les populations pastorales qui depuis longtemps développent des stratégies d’adaptation aux brusques changements de conditions d’existence .(2) Mais au Mali et au Burkina-Faso, le mauvais état des pâturages, la pression sur les ressources fourragères, et l’émergence de poches de sécheresses, contrarient une stratégie de groupe, basée sur la mobilité et  la transhumance saisonnière. (3)

Rester ou revenir.

La relation entre accidents extrêmes, ouragans, inondations, surtout quand elles s’accompagnent de glissements de terrain, est plus violente. Et plus immédiate. La plupart des gens abandonnent leur maison et leur village pour s’installer ailleurs. Ces déplacés, souvent très vulnérables, rentrent chez eux le plus vite possible pour reconstruire leur maison, et tenter de se glisser à nouveau dans leur vie d’avant. Après le Tsunami de 2004, peu d’Indiens touchés par la violence de la vague quittent la région. La mobilisation rapide de l’aide internationale,  celle de la diaspora, expliquent sans doute cette migration contenue. Toujours en 2004, après  la tornade qui balaie le Bengladesh , peu de gens émigrent. L’aide est rapide, efficace. Et l’évènement jugé trop exceptionnel par les habitants pour se reproduire. Après le tremblement de terre de Kobe en 1995, 300.000 personnes  sont déplacées. Six mois plus tard, « seuls » 50.000 ne sont pas rentrés. Le manque d’assistance et un contexte socio-économique pré -existant peuvent aussi expliquer les départs. Après l’Ouragan Katrina qui dévaste les côtes de la Nouvelle Orléans en 2005, les communautés pauvres, les plus exposées et les plus affectées par la catastrophe, sans assurance pour rebondir, quittent définitivement la Nouvelle Orléans. Les plus riches,  mieux protégés, restent en ville. Tendance au retour encore nuancée par les  Philippines, où plusieurs années après l’éruption du Mont Pinatubo en 1991, les gens vivent  toujours dans des camps provisoires. Il faut dire que l’explosion, particulièrement violente, laisse un demi-million de sans abri. Concernant les personnes touchées par une élévation du niveau marin, elles seront sans doute moins nombreuses à partir que les 600 millions véritablement exposés à une mer plus haute. Ironiquement, les zones les plus sensibles, les villes côtières, sont aussi des espaces d’accueil pour de nombreuses populations immigrées. (2)

Petits migrants, grande échelle.

Réponse à une lente dégradation des terres, à une sécheresse que l’on voit s’installer, à un processus de désertification, et à la pauvreté, une diversification des revenus portée par une mobilité circulatoire. La migration-circulation, mobilité temporaire effectuée sur une courte ou moyenne distance, devrait notamment dominer dans les régions caractérisées par une agriculture pluviale. Ces chefs de famille qui migrent vers les centres urbains ou vers d’autres zones d’activités, là où il existe un marché de l’emploi, travaillent quelques mois dans l’industrie ou la construction. Ils envoient régulièrement de l’argent à la maison.  D’autres travailleurs émigrent vers des régions agricoles, soumises à un calendrier des récoltes décalé.  En Chine, une étude du Ministère de l’Agriculture menée en 2004 estime que les revenus non agricoles, et les transferts d’argent en provenance des migrants, sont en train de dépasser la part des revenus de l’agriculture dans le budget des ménages. En Inde, ces versements extérieurs comptent déjà pour le tiers des revenus annuels des ménages les plus pauvres et des sans- terre. En Afrique, les revenus non agricoles représentent 30 à 50% du budget des familles rurales. Proportion qui grimpe à 80-90% pour l’Afrique du Sud. Au Bengladesh, à la fin des années 80, les gains du commerce, des services, et les transferts d’argent commencent à remplacer un revenu agricole, en baisse. Ces mouvements temporaires, circulatoires ou saisonniers, souvent oubliés des statistiques, fonctionnent déjà à grande échelle. Au début des années 90 en Thaïlande, le tiers des migrations temporaires est aspiré par Bangkok et sa région au cours de la saison sèche, quand la main d’œuvre rurale est moins précieuse. En Inde, chaque année, 20 millions de personnes émigreraient de façon temporaire, des régions sèches vers les régions irriguées, plus gourmandes en main d’œuvre. La mécanisation de l’agriculture et le développement du BTP  favorisent la mobilité vers les centres urbains. Dans l’Etat du Bihar , cette migration temporaire vers les villes est passée de 3%, au début des années 80 à 24% en 2000.(2)

Retour.

Une migration-circulation plutôt qu’une émigration internationale, et définitive. Car il existe aussi une forte aspiration au retour. Au Burkina-Faso, les migrants temporaires, ceux qui passent les frontières nationales, ceux qui émigrent en ville, et ceux partis travailler dans d’autres  campagnes, rentrent chez eux au cours des deux années qui suivent leur départ. Au Vietnam, le Delta du Fleuve Rouge est un réservoir de main d’œuvre temporaire qui alimente les villes et le secteur de la construction. Les émigrés s’absentent quelques moins, avant de revenir. A l’aube des années 2000, 60% des migrants employés dans l’industrie et la construction  des villes côtières chinoises rentrent chez eux chaque année. Seuls 15 à 30% ont l’intention de rester. Insécurité de l’emploi, coût de la vie, habitat précaire, les conditions d’existence en ville favorisent cette circulation. Pendant que la dégradation de l’environnement dans les campagnes continue de gonfler les flux vers les villes. Mais beaucoup imaginent un retour au pays. Des enquêtes menées dans les villes africaines montrent que, riches et pauvres, rêvent d’une propriété en brousse, souvent dans leur village d’origine. Une façon de se protéger contre les crises politiques et économiques, un investissement essentiel pour les plus pauvres. (2)

 

M.J

 

Il y a aussi ceux qui ne veulent plus rentrer……

 

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(1) “Climate-Related Migration Often Short Distance and Cyclical, Not International”, World Watch Institute , 13-11-2012

http://www.worldwatch.org/climate-related-migration-often-short-distance-and-cyclical-not-international-0

(2) “Crisis or adaptation? Migration and climate change in a context of high mobility”,

Cecilia Tacoli, IIED, Prepared forExpert Group Meeting on Population Dynamics and Climate Change – UNFPA and IIED

In Collaboration with UN-HABITAT and the Population Division, UN/DESA

24-25 June 2009

http://www.unfpa.org/webdav/site/global/users/schensul/public/CCPD/papers/Tacoli%20Paper.pdf

 

(3)«  Vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations pastorales du Mali et du Burkina Faso : une approche par les risques », Abdrahmane Wane, Ibra Touré, Véronique Ancey, CIRAD-PPZS, Dakar – Sénégal,  Réunion du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Accra, 14, 15 et 16 décembre 2010

http://www.food-security.net/medias/File/rpcaaccra2010Abdrahmane_Wane_CIRAD.pdf


Publié le 22 novembre 2012 par marlene dans Climat,Migrations.
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Riesco, couleur noir charbon.

Bonjour,

Des confins hospitaliers. C’est une île enchâssée dans une géographie de baies, de fjords, et de canaux, qui s’appuie au Sud sur le Détroit de Magellan, en Patagonie chilienne.   C’est  la région de Magallanes et de l’Antarctique, la plus méridionale du Chili, la plus froide aussi. Au Nord de l’île, le fjörd de Skyring, au Sud celui d’Otway, les deux reliés à l’Est par le canal de Fitzroy.  L’île s’ouvre au  Sud-Est sur la péninsule de Brunswick et, au-delà du Détroit de Magellan, sur la grande terre de Patagonie. Le port de Punta Arenas s’accroche lui au Nord-Ouest du Détroit de Magellan. L’ïle de Riesco, c’est son nom, est une île de taille respectable, plus de 5000 km², la quatrième du Chili. Ses vallées sont couvertes de forêts de hêtres. L’Ouest de l’île, qui s’inscrit dans l’arc de la cordillère des Andes, culmine à plus de 1800 mètres avec le Mont Atalaya. Il n’est peuplé que de glaciers. L’île comptait 57 km² d’étendues glacées dans les années 80, 40 km² aujourd’hui, rapporte une étude de 2002 qui pointe des températures à la hausse. La topographie de la partie Est est plus douce, le régime des pluies modéré. C’est dans cette partie de l’île que se sont établis les colons. Depuis le milieu du XIX° siècle, ces confins accueillent des populations européennes. Vers la fin du XIX° siècle, Punta Arenas, port commercial, est une ville importante et animée. Après 1914, l’ouverture du Canal de Panama facilite le voyage et rend ces terres plus accessibles. Croates, Allemands, Anglais,  Hollandais, Danois, Italiens, Espagnols ou Russes, attirés par les vastes pâturages de la région, s’y installent. A Riesco, les estancias exploitées par des particuliers, souvent des Croates, pratiquent l’élevage du mouton dans un paysage idyllique. (1) (2) (3)

 

Du charbon pour le Chili. Tout se gâte quand la COPEC, l’une des compagnies pétrolière et forestière les plus influentes du Chili, décide d’exploiter le charbon, pourtant de mauvaise qualité, de l’île Riesco. Elle est assistée dans ce projet par Ultramar, une compagnie maritime chilienne. Le Minera Isla Risco projette la construction à terme de cinq mines , dotées d’un port pour acheminer le charbon extrait. Les réserves évaluées à 300 millions de tonnes, permettent aux compagnies impliquées d’espérer 12 à 25 ans d’exploitation. C’est un projet estimé autour des 840 millions de dollars. En décembre 2009, l’aménagement du port reçoit un aval environnemental. Et en aout 2011, la préparation à l’exploitation du premier gisement reçoit un feu vert. A l’échelle du Chili, ce projet minier vise à alléger les importations  de charbon, et à réduire la dépendance énergétique. Le pays achète actuellement 96% du  minerai  destiné à produire de l’électricité à l’étranger, en Colombie, en Indonésie, en Australie. (3) Avec une production annuelle supérieure à 6 millions de tonnes, supposée sur 25 ans, l’exploitation du charbon de l’île Riesco devrait réduire de 30% les importations du Chili.  Estimations les plus optimistes. (3) (4) Ce projet s’intégrerait également dans le plan de développement de la région de Magallanes et de l’Antarctique, annoncé en décembre 2010 par un Président Pinera, formé à l’école américaine.(3) Mais les 800 emplois promis pour la construction des mines, et les 700 annoncés après leur mise en activité ne suffisent pas à calmer les opposants, pas décidés à brader leurs paysages.(3)

 

Pas contents. « Nous ne sommes pas opposés à des projets qui apportent du travail et participent au développement de la région », déclare le maire de Punta Arenas, Vladimiro Mimica en mais 2001, propos rapportés par le Patagon Journal. (3)« Cependant, nous nous opposons à un modèle économique qui nous est imposé sans discussion, analyse, et participation de tous ceux qui sont affectés. » poursuit-il. Pas consultés non plus la colonie de pingouins de Magellanes,, environ 10.000 vivent en périphérie de l’île, la baleine Humpback, autre familière des lieux, et quelques communautés de dauphins.

 

M ;J

 

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(1) Islas Riesco, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_Riesco

(2)Inventory of glaciers in isla Riesco, Patagonia, Chile, based

on aerial photography and satellite imagery, Gino Casassa,1, 2 Katrine Smith,1, 3 Andre¨ s Rivera,4, 2 Jose¨ Araos,4 Michael Schnirch,5 Christoph Schneider5, Annals of Glaciology 34 2002 #International Glaciological Society, http://www.glaciologia.cl/textos/casassa2002.pdf

(3) “Riesco Island conflict: Who decides Chile’s energy future?”,  Patagon Unbound, 0_-03-2011, http://www.patagonjournal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1832%3Aconflicto-de-la-isla-riesco-iquien-decide-el-futuro-energetico-de-chile&catid=60%3Aeditor&Itemid=264&lang=en

(4) Riesco Island Project, Chile, Mining Technology.com, http://www.mining-technology.com/projects/riesco-project/

Source carte des gisements de charbon sur l’île Riesco. :Map of Mineral Isla Riesco

 

 

 


Publié le 15 octobre 2012 par marlene dans Chili,Climat,Ecosystèmes.,énergie,Exploitation minière
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CO²: Les Nations Unies en font des tonnes…

Bonjour,

A quelques jours du RIO+20 la méga-conférence internationale sur le Développement Durable, finalisée au Brésil du 20 au 22 juin prochain, les Nations Unies entendent bien montrer l’exemple. Et commencer par faire ce qu’ils recommandent aux autres : économiser les ressources et réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Pour limiter les trajets en avion, et les émissions de CO² assorties, l’organisation internationale envisage de limiter sa participation à 1400 personnes, sur une fréquentation attendue  autour des 50.000 personnes, des représentants de la société civile à ceux de grands groupes industriels. Ce choix d’une représentation réduite, qui devrait cependant produire autour de 3600 tonnes de CO², en grande partie conséquence du transport aérien, signale la volonté de réduire le train de vie de l’ONU. (1) En 2010, un rapport « maison » estime que l’organisation, qui compte environ 200.000 employés,  une cinquantaine d’agences dans le monde éclatées en quelques centaines de représentations sur le terrain, rejette l’équivalent de 1,8 millions de tonnes de CO². Dont plus de la moitié liées aux déplacements en avion. (2) Avec une moyenne de 4,2 tonnes par employé, (1) l’équivalent du rejet  CO² par habitant de la Guyane française en 2007. (3) Et pour faire oublier les 3600 tonnes de CO² lâchées pour le Rio+20, les Nations Unies envisagent de les racheter via le CEOI (Carbone Emission Offsetting Initiative), un nouveau système de compensation carbone proposé par le PNUD,  le Programme de Développement des Nations Unies, dans le cadre de la coopération Sud-Sud . Pour les Nations Unies, il s’agit d’organiser un voyage à Rio « carbone neutre », une initiative appelée « climate neutral U.N. participation at Rio+20 ».

 Ce souci de moins peser sur l’atmosphère intervient dans un contexte tendu. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), qui publie le « World Energy Outlook  2011 », la demande  mondiale d’énergie primaire a grimpé de 5% en 2010, entraînant avec elle la courbe des émissions de CO. Ce malgré la crise économique mondiale. (4) En 2011, elles ont augmenté de 3,2% pour dépasser les 31 milliards de tonnes. La Chine, qui continue d’alimenter sa machine industrielle au charbon, est le premier responsable de cette hausse. Ses émissions ont augmenté de plus de 9%. Réactives aux énergies fossiles, les émissions de CO² obéissent aussi au contexte. Le Japon de l’après-Fukushima, qui consomme moins de nucléaire et plus de combustibles fossiles, voit ses émissions de CO² augmenter de 2,4% au cours de l’année 2011. Aux  Etats-Unis, second pollueur après la Chine, le gaz naturel qui remplace le charbon dans les centrales électriques, le ralentissement de l’économie, et un hiver clément, ont fait tomber les émissions de 1,7% en 2011. Même tendance en Europe, moins 1,9%, résultat d’une économie en récession et d’un hiver clément. Mais dans la Chine des années 2005-2011, les émissions de carbone rapportées au point de PIB – l’intensité carbone  – ont baissé de 15%. (5) Pour limiter la hausse moyenne des températures à 2°C, par rapport à celles de l’ère pré-industrielle, l’AIE invite la communauté internationale à réagir sans tarder. Renouvellement du parc énergétique au profit de technologies plus sobres en carbone, et efficacité énergétique. Mais, « La principale contribution à la réalisation des objectifs de sécurité énergétique et de protection du climat vient de l’énergie que nous ne consommons pas. » (4) Un Rio+20 sous forme de vidéoconférence ?

M.J

 

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(1) “U.N. Aims To Offset its Own Carbon Footprint”,  Thalif Deen, United Nation, IPS, 01-06-2012 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=108005

(2) “UN Publishes Greenhouse Gas Emission Figures and Highlights Progress towards Climate Neutrality”, UNEP, News Centre, New-York, 22-04-2012, http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=2678&ArticleID=9110&l=en

(3) Liste des pays par émissions de dioxyde de carbone par habitant http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone_par_habitant

(4) « World Energy Outlook 2011 », International Energy Agency, résumé en Français http://www.iea.org/weo/docs/weo2011/es_french.pdf

(5) 2011 Global CO2 Emissions Reach Record Level, Led By China, Michel Rose, Reuters, 24-05-2012, from the huffingtonpost   http://www.huffingtonpost.com/2012/05/24/2011-global-co2-emissions-china_n_1542785.html


Publié le 11 juin 2012 par marlene dans Actualité,Climat,énergie
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