Churchill, future ex- capitale des ours polaires.
Bonjour,
Les changements climatiques sont en train de modifier la géographie de l’Arctique. La fonte des glaces, très active depuis une dizaine d’années au nord de la Sibérie russe, et dans l’archipel canadien, pourrait ouvrir de nouvelles routes maritimes. Churchill, une petite bourgade de la province canadienne du Manitoba, de plus en plus dégagée des glaces, rêve d’un grand destin portuaire, entre Atlantique et Pacifique.
Londres, plus proche de Tokyo.
Churchill, petit port de la baie d’Hudson, somnolait tranquillement au bord des glaces de l’Océan Arctique. On ne pouvait y accéder que quelques semaines par an, de juillet à octobre. Mais depuis une dizaine d’années, l’embâcle tarde. Les glaces, qui ne se reforment que vers la mi – novembre, permettent une navigation plus tardive. Et la disparition probable de la banquise, au moins pendant l’été, ouvrira une nouvelle voie à la circulation maritime, qui permettra d’éviter Panama, ou Suez, la principale route entre l’Europe et l’Asie. Londres ne sera plus qu’à 15 700 kilomètres de Tokyo, contre 23 300, via Panama, et 21 200, via Suez. (1) Et l’Arctique, libéré des glaces, est plus facile à naviguer que Suez, ou Panama. Et si la banquise arctique canadienne continue de fondre, cette route maritime entre l’Europe et l’Asie pourrait devenir très fréquentée.
La perspective d’un Pôle Nord sans glace.
Avec les changements climatiques, la banquise permanente de l’océan arctique, notamment dans l’archipel canadien, pourrait disparaître, d’ici 2020. Seule, une banquise d’hiver, à la géographie incertaine, pourrait subsister dans les années à venir. Depuis plus de quatre décennies, la banquise permanente a perdu environ 20% de sa surface. Et depuis une cinquantaine d’années, son épaisseur, qui n’excède pas deux ou trois mètres, s’est réduite d’environ 40%. En 1997, une étude anglo – américaine enregistre des eaux plus chaudes et moins salées dans les glaces permanentes de la mer de Beaufort. (1) Deux indices d’un réchauffement rapide, assorti d’une fonte accentuée. Si quelques incertitudes entourent cette progression complexe, la fin de la banquise accrochée au sommet de la planète est annoncée. Mais, retour à Churchill.
Quand Pat Bros fait des affaires.
L’histoire commence un jour de l’automne1997. Pat Bros, un entrepreneur de Denver, Colorado, propriétaire de la compagnie Omnitrax, spécialisée dans le transports de marchandises, débarque à Churchill. Pour 10 dollars canadiens, il rachète le petit port de la ville, et la voie de chemin de fer qui traverse le Manitoba jusqu’à Winipeg, située à 1700 kilomètres au Sud. Pat Bros parie sur le réchauffement climatique, un scénario encore assez improbable à l’époque. Et si la banquise se décide à fondre, le continent américain ne sera plus très loin de l’Asie. La perspective d’une route fluide entre le Groenland et l’Alaska, passage mythique qui a accompagné l’histoire de la navigation, est une opportunité à ne pas rater. Et donc, depuis, Churchill regarde fondre ses glaces, en attendant de devenir un grand port international, comme Montréal, ou Halifax.
Ce statut de grand port, gagné sur les glaces, a un prix. Churchill, jusque là « capitale mondiale de l’ours polaire » risque de perdre son titre, et la colonie d’ours polaires qui va avec. Les 1200 ours de la région sont, eux, en train de regarder fondre leur écosystème.
M.J
(1) Fréderic Lasserre, Université Laval, Montréal, 2006.
Publié le 4 octobre 2007 par marlene dans Climat



