Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le péril du petit koala dans le bush australien….

 

Bonjour,

 

« Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable – les mâles n’arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. […] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n’y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu’un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable. » (1) écrit Kenneth Cook dans son recueil de nouvelles australiennes, le « Koala tueur ». L’auteur, qui tente de décrocher un koala de son arbre, nourrit sa haine au gré d’un duel assez drôle.  Mais triste revers de l’histoire, ou vengeance posthume de Kenneth Cook décédé il y a quelques années, le koala est devenu une espèce menacée de disparition en Australie. Autrefois chassé par les colons Européens pour la qualité de sa fourrure, plus de trois millions de peaux auraient alimenté ce commerce, une partie de l’opinion australienne s’émeut aujourd’hui du déclin des populations de koalas. Il y va aussi de l’image d’un pays qui a fait du koala sa mascotte. L’Australian Koala Foundation (AKF), une ONG qui s’emploie à regonfler les effectifs et à promouvoir son statut d’espèce menacée, estime qu’il reste sans doute moins de 80.000 koalas dans les paysages australiens. Peut-être même moins de 43.000. Au début des années 2000, ces populations comptaient environ 100.000 individus. Perché dans son eucalyptus, qui lui sert à la fois de garde-manger et d’abri, le koala n’est pas toujours facile à compter. (2)

Marsupial et dormeur.

Kenneth Cook a raison, pourtant surnommé « koala bear » par les pionniers, le koala n’est pas un ourson. C’est un marsupial herbivore, espèce endémique de l’Australie, qui descend probablement du wombat, autre marsupial qui vit dans les forêts de mangrove. C’est un mammifère, aux incisives pointées vers l’avant, qui pèse entre 5 et une quinzaine de kilos, selon les sexes, et selon les régions. Il présente une fourrure plus ou moins grise, et plus ou moins épaisse. Le Koala du New South Wales ne ressemble pas tout à fait au koala du Queensland, qui ne ressemble pas tout à fait au koala du Victoria.  Son habitat s’étend du Nord du Queensland jusqu’au Sud-Est de l’Australie du Sud. Il vit dans l’Est du Queensland, se disperse à l’Ouest; dans l’Est du New-South Wales, sur la frange côtière ou dans les plaines de l’Ouest, dans le Victoria, et dans le Sud-Est de l’Australie du Sud. (3) Kangaroo Island, en Australie du Sud, est une extension un peu particulière de cet habitat. Introduit dans les années 1920, le koala y a proliféré, jusqu’à devenir indésirable sur l’île. Partout, le koala vit là où les arbres assurent son existence. Il adore les feuilles d’eucalyptus, pauvres en nutriments, qui lui apportent l’hydratation nécessaire à sa survie mais peu d’énergie. Il en consomme 500 g par jour en moyenne, jusqu’à un kilo pour les plus voraces. Coincé entre deux branches d’arbre, il dort, beaucoup, jusqu’à 20 heures  par jour. Le koala est attaché à son territoire, deux à trois hectares et quelques arbres, qu’il partage avec d’autres.  Certaines études le prétendent aussi solitaire. Chaque année, une femelle peut donner naissance à petit. Il vivra une petite vingtaine d’années en liberté, dans un habitat préservé. (2) (4) (5)

Habitat et climat.

Depuis la fin du XVIII° siècle, et l’arrivée des colons en Australie, l’AKF estime que 80% de l’habitat naturel des koalas a disparu. Ce qui reste s’étend majoritairement sur des propriétés privées. Depuis deux décennies, les sécheresses, les incendies dans le bush, le défrichage des terres agricoles, l’exploitation des forêts, celle des mines, et la croissance des villes australiennes continuent de grignoter l’habitat des koalas. Le réchauffement climatique inquiète particulièrement les spécialistes. La décennie passée, qui a vu son lot de canicules, d’inondations et de cyclones, semble donner un avant- goût de la nature des changements à venir en Australie. Des températures plus élevées, d’autres sécheresses, et d’autres feux de forêts pourraient encore réduire l’espace de vie des koalas. Le koala résiste difficilement à une température supérieure à 37°C. Il craint la déshydratation. Ses déplacements lents le rendent particulièrement vulnérable aux incendies dans le bush. Le changement de climat, qui devrait réduire le stock de nourriture disponible, pourrait affecter la qualité nutritive et hydrique des feuilles consommées. Pendant ce temps, d’autres koalas sont exposés à une mort plus violente. (2) (4) (6)

Voitures et chiens.

Dans le Queensland, les voitures seraient la principale cause du déclin des populations de koalas. La mutation des paysages australiens, qui force les marsupiaux à quitter leur territoire en quête de nourriture, ou d’un compagnon, les pousse aussi à traverser les routes. Dans le Queensland et le New South Wales, les véhicules qui accompagnent l’exploitation minière multiplient l’occasion d’un accident. L’attaque des chiens, sauvages et domestiqués, est une autre cause majeure de mortalité. Selon l’AKF, la route et les chiens provoqueraient la mort d’environ 4000 koalas chaque année. Dans le Queensland, les chiens et les maladies – conjonctivites, sinusites, pneumonies, infection de chlamydia, ou rétrovirus du koala – sont l’autre grande menace, après les accidents de la route. Perte d’habitat, accidents, attaques de chiens, maladies, l’AKF estime que les populations de koalas auraient diminué de 40% dans le Queensland, et d’un tiers dans le New South Wales au cours des deux dernières décennies. (2) (4) (6)

D’espèce parasite à espèce vulnérable.

A Kangaroo Island, la situation est un peu différente. En 2001, l’île compte environ 27.000 koalas, une invasion. Multiples et voraces, ils sont accusés de détruire leur habitat, et les paysages d’une île très fréquentée par les touristes. En 1997, le gouvernement d’Etat initie une vaste campagne de stérilisation, 10.000 koalas sont castrés. Un peu moins de 4000 sont déplacés dans le Sud-Est de l’Etat. En 2011, le Département de l’Environnement révèle que la population de koalas s’est réduite à 13.000 individus au cours de la décennie écoulée. Un rétrovirus – lié au cancer du koala, lymphome ou leucémie -, actif sur les autres populations d’Australie, est détecté sur l’île que l’on pensait épargnée. Hypothèse de recherche, introduit au Nord, le virus se serait lentement déplacé vers le Sud de l’Australie. La maladie évoque l’hécatombe provoquée par le cancer de la bouche chez les diables de Tasmanie. Mais sans véritable menace d’extinction dans cette partie de l’Australie. (7)(8) En 2001, le koala qui abonde à Kangaroo Island est  listé comme l’une des 8 espèces parasites, « pest species », d’Australie sur le rapport environnemental du Commonwealth. (3) Il est aujourd’hui classé « Vulnérable » dans le Queensland et dans le New South Wales, et « Rare » en Australie du Sud. L’AKF a fait pression sur le gouvernement australien pour que le koala obtienne le statut « d’espèce vulnérable menacée d’extinction » en 2012. (2) La même année, il devient « espèce vulnérable » sur la liste rouge de l’IUCN.

M.J

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(1) Le koala tueur et autres histoires du bush, Kenneth Cook, Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol, Autrement, 2009 – Le Livre de poche, 2011. 

(2) Australian Koala Foundation, About koala, Education resources https://www.savethekoala.com/

(3) The IUCN Red List of Threatened Species, Phascolarctos cinereus, http://www.iucnredlist.org/details/16892/0

(4) Koala, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Koala

(5) Koala, Dinosoria.com, http://www.dinosoria.com/koala.htm

(6) The Clock Is Ticking on Koala Conservation, Neena Bhandarihttp://www.ipsnews.net/2013/04/the-clock-is-ticking-on-koala-conservation/

(7) « Retrovirus threatens Kangaroo Island koalas » , Catherine Hockley, The Advertiser, 29-09-2011  http://www.theaustralian.com.au/news/breaking-news/retrovirus-threatens-ki-koalas/story-fn3dxity-1226151046413

(8)Spread of koala retrovirus in Australia, Virology blog,  07-11-2012http://www.virology.ws/2012/11/07/spread-of-koala-retrovirus-in-australia/

 

 

 

 

 


Publié le 27 mai 2013 par marlene dans Australie,Biodiversité,Climat,Ecosystèmes.
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Géant hydraulique, small hydro, et géothermie…

Bonjour,

 

Au Costa Rica, 95%  de l’économie repose sur les énergies renouvelables. L’hydraulique,  environ 80% du mix énergétique, et la géothermie, 12%, font tomber la part du pétrole au dessous des 5%. (1) Deux projets, le barrage  de Diquis, annoncé pour être l’un des plus importants d’Amérique centrale et prévu pour 2016, et le barrage  de Revantazon, planifié pour 2019, devraient gonfler un peu plus la capacité hydraulique du Costa Rica. La Présidente  élue en 2010,  Laura Chinchilla, veut encore développer la géothermie et l’énergie solaire pour tendre vers l’objectif « zéro carbone » à l’horizon 2020. Le Costa Rica est le membre le plus actif des pays d’Amérique centrale – Guatemala, Honduras, El Salvador, et Nicaragua – tous soucieux d’augmenter la part du renouvelable dans le bouquet énergétique. En 2011, elle dépasse les 65%, largement dominée par l’hydro-électricité. Mais la région compte bien développer un  potentiel géothermique,  peut-être moins prometteur au Honduras. (1 )(2)

 

Le géant hydraulique

L’énergie hydraulique , alimentée par l’eau et ses cycles, et la géothermie , qui puise dans la chaleur de la terre, progressent  partout dans le monde. Même si leur part reste modeste.  En 2011, l’hydraulique produit  plus de 15% de l’électricité mondiale. Et moins de 1% pour la géothermie, utilisée aussi pour le chauffage. Il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’un cheminement  pour se dégager des combustibles fossiles, et conquérir une certaine indépendance énergétique.  D’après une enquête du Worldwatch Institute, la Chine, le Brésil, le Canada, et la Russie mènent la production hydro-électrique, énergie primaire et électricité, avec plus de la moitié de la capacité mondiale en 2011. Le développement récent d’infrastructures  hydrauliques place la Chine en tête, suivie par le Vietnam, Brésil, le Canada. (3) Les barrages et les ouvrages  aménagés sur les grands fleuves du monde, le Colorado en Amérique du Nord, le Yangste en Chine, ou le Parana en Amérique du Sud,  racontent l’épopée de l’hydro-électrique. D’après la World Commission on Dams (2000),  environ 60% des fleuves majeurs sont contrariés par des ouvrages, ou déviés. Un processus qui aurait déplacé entre 40 et 80 millions de personnes dans le monde, et réduit considérablement le cours de certaines rivières, jusqu’à les empêcher d’atteindre la mer. L’hydraulique et ses barrages, qui malmènent  l’environnement et ses équilibres et qui déracinent les hommes, altèrent l’image d’une énergie pourtant réputée  « soft ».

 

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Small Hydro.

Les grands ouvrages, dont l’édification modifie les paysages des bassins-versants, bouleversent l’équilibre des sols. Un déboisement, par exemple, entraine ruissellement, érosion, et appauvrissement. Ces aménagements modifient l’équilibre fluvial, contrarient la migration des poissons, changent la composition chimique de l’eau. Ces constructions bouleversent les habitats voisins, et les espèces qui y sont attachées. Les communautés, dont les territoires sont inondés, sont expulsées. Le barrage des Trois Gorges, l’ouvrage le plus imposant jamais réalisé, a déplacé 1,2 milliards de personnes vivant dans plus 140 villes et 1300 villages. La violence de l’opposition à certains projets donne la mesure des bouleversements environnementaux, socio-économiques, et humains à venir. Dans certains cas, l’héritage architectural des communautés est englouti. Réputés pour produire une énergie « propre », leur construction exige des matériaux, le ciment, le fer, qui eux en consomment. Histoire de taille, ou de mesure, la « petite hydraulique » est réputée plus douce pour l’environnement. Construit au fil de l’eau, sans retenue importante, sans impact néfaste sur l’environnement et la vie qui s’y développe, le petit hydraulique a le vent en poupe. Entre 2005 et 2008, cette niche de l’industrie hydro-électrique  a bondi de presque 30%. Il se développe en Chine, plus de la moitié du marché actuel, en Inde , aux Etats-Unis. Il sert notamment le China Village Electrification Program qui prévoit d’électrifier 10.000 villages, pour alimenter 3,5 millions de ménages. Car autre avantage d’un ouvrage plus léger – aux vertus écologiques parfois discutées -, il permet d’amener l’électricité là où elle manque. (4)(5)

 

La route des volcans.

La géothermie s’inscrit dans la Ceinture de Feu Pacifique , et suit la route des volcans, actifs ou non. En 2010, plus d’une vingtaine de pays valorisent la chaleur de la terre pour produire de l’électricité. La cartographie de la capacité de production (2010), place les Etats-Unis en tête – 28% de la capacité mondiale (3) -, suivies par les Philippines, l’Indonésie, le Mexique, l’Italie, et la Nouvelle Zélande. Le plus grand complexe géothermal au monde, The Geysers, se situe à plus d’une centaine de kilomètres au Nord de San Francisco en Californie, dans les montagnes de Mayacamas  Mais la part d’électricité d’origine géothermique dans la production nationale bouscule la carte. L’Islande, les Philippines, le Salvador prennent la tête – entre 25 et 30% -, suivis par le Kenya et la Nouvelle Zélande  –  autour de 10%.  (6) En Islande, la géothermie alimente encore 90% du chauffage. D’ailleurs, plus de 70 pays ont choisi cette technologie, qui convient parfaitement au chauffage alternatif .(3)  Parmi les pays ciblés pour le développement de  la géothermie, le Chili. Assis sur un axe volcanique, le pays compte plus de 300 sites, avec un potentiel convertible en électricité ou voué à une utilisation directe. Les fluides renfermés dans le sous-sol chilien, situés à moins de 300 mètres de profondeur, peuvent atteindre 150°C, et promettent une exploitation d’une cinquantaine d’années. (7)

 

Le Rift africain.

Sur le continent africain, la Vallée du Grand Rift offre un potentiel énorme à la géothermie. Le Kenya, Djibouti, la Tanzanie exploitent déjà cette ressource. L’Ethiopie étudie sérieusement cette possibilité. La Banque de Développement Ethiopienne, aidée par la Banque mondiale, projette d investir 20 millions de dollars pour amorcer une exploitation, portée par le secteur privé. Cette énergie doit compenser un ralentissement attendu de l’électricité d’origine hydraulique. En cause, des pluies moins abondantes et des sécheresses. Les hauts plateaux d’Ethiopie, qui offrent une eau abondante, ont favorisé le développement de l’hydraulique. L’eau permet de produire plus de 85% de l’électricité du pays. La Banque mondiale aide le Kenya à développer  une alternative à l’hydraulique, afin de renforcer sa capacité électrique. Le gouvernement investit à fond dans la   « géothermie »,  moins soumise au climat de plus en plus aride de l’Afrique orientale. (8) (9)

 

M.J

 

 

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Première vidéo / Source: Alex de Sherbinin (CIESIN) et Bernhard Lehner (Department of Geography, at McGill University). Il a fallu des années pour constituer ce catalogue des barrages. Il représente plus de 5000 réservoirs dans le monde.
http://csdms.colorado.edu/wiki/Movie:…

(1)Finding Sustainable Alternatives to Large Hydropower in Central America CDKN / Climate and Development knowledge network, CDKN Latin America, from World Watch Institute website, 07-08-2012http://cdkn.org/2012/08/finding-sustainable-alternatives-to-large-hydropower-in-central-america/

(2)Le développement des projets d’énergie géothermique en Amérique centrale, mars 2012,Tresor Direction Générale, Publication des Services économiques. http://www.tresor.economie.gouv.fr/File/337930

(3)« Hydropower and Geothermal Growth Slows », Evan Musolino Revolt, Worldwatch Institute, 02-12-2013, http://blogs.worldwatch.org/revolt/hydropower-and-geothermal-growth-slows-2/

(4)The Hydro Industry’s Proven Authority, HydroWorld.com, small hydro. http://www.hydroworld.com/industry-news/small-hydro.html

(5) Small Hydro, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Small_hydro

(6) Installed Geothermal Electric Capacity (2010) in Wikipedia, Geothermal electricity. http://en.wikipedia.org/wiki/Geothermal_electricity

(7)“Chile has excellent potential for both high and medium temperature geothermal projects.” http://www.hotrockltd.com/irm/content/exploration_chile.html

(8) “World Bank Gives Kenya $118 Million for Geothermal Development”

eBoom Staff , 07-07-2010, http://www.energyboom.com/geothermal/world-bank-gives-kenya-118-million-geothermal-development

(9) « Ethiopia to Develop its Geothermal Energy Potential with a Grant from the World Bank », AtisSun News, 15-02-2013, http://www.atissun.com/blog/18418/ethiopia-to-develop-its-geothermal-energy-potential-with-a-grant-from-the-world-bank/


Publié le 1 mars 2013 par marlene dans Barrages,Climat,Ecosystèmes.,energies alternatives
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So green, Vancouver!

Bonjour,

Vancouver, cité portuaire de l’extrême Sud-Ouest canadien , cultive son image de ville-paysage dans  un environnement urbain réputé pour être l’un des plus accueillants au monde. Assise sur le Delta du fleuve Fraser, elle se réfugie à l’Ouest derrière le Détroit de Georgie et l’île de Vancouver qui la séparent de l’Océan Pacifique. Au Nord, trois montagnes se couvrent de neige en hiver. Mais dans la ville, quelques palmiers témoignent de l’un des climats les plus doux du Canada. Vancouver est une métropole hérissée de buildings,  on y circule beaucoup à vélo, et la nature n’est qu’à quelques minutes de marche. Désignée par le WWF en 2011 comme une ville très engagée contre le réchauffement climatique, elle ambitionne aujourd’hui de devenir la « Greenest City 2020 »,  la cité la plus écolo de la planète. Sur le site dédié à cet engagement, Vancouver détaille un plan d’action inspiré du « One Planet Living », une stratégie destinée à ratatiner l’empreinte écologique. Vancouver, métropole de 600.000 habitants (2011)  qui continue d’attirer de nouveaux arrivants de toutes origines, veut réduire de 33%  son empreinte écologique à l’horizon 2020, par rapport à 2006. « Mais, pendant que nous vivons dans un endroit qui est largement connu comme étant la ville la plus agréable au monde, notre empreinte écologique est trois fois plus importante que ce que la terre peut supporter. », peut-on lire sur la page de présentation du projet.(1)

 

Sobriété, recyclage, et oxygène.

« Greenest City 2020 » s’attaque en priorité au carbone et aux déchets, il valorise  les écosystèmes.  Dix programmes doivent servir cette stratégie globale. La  transition vers une économie verte pendant la décennie 2010-2020 donne le ton: doubler le nombre d’emplois induits et doubler le nombre d’entreprises  en conversion. Vancouver,  déjà tournée vers les énergies renouvelables, souhaite encore réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’un tiers par rapport à 2007. Pointée du doigt, l’énergie consommée par les immeubles, 55%  des émissions de Vancouver. Marche, vélo, métro devront compter pour la moitié des déplacements en 2020. Objectif « Zero waste », ou presque. Vancouver invite ses citoyens à réduire de moitié les déchets voués à la décharge et à l’incinérateur. Le compost –  fertilisant pour une agriculture locale -, la collecte de résidus alimentaires, le recyclage, et la récupération de matériaux de construction serviront cette stratégie. Et carton rouge pour les emballages. Vancouver,  aérée par un  parc de 400 hectares, le Stanley Park , compte intégrer d’autres jardins dans l’espace urbain. Le plan annonce encore 15 000 arbres supplémentaires. Ces efforts doivent contribuer à alléger l’empreinte écologique de la ville, objectif déjà évoqué. La qualité de l’eau potable devra être l’une des meilleures au monde.  En contrepartie, la ville attend de ses citoyens  qu’ils réduisent leur consommation d’eau de 30%. De 320 litres par habitant et par jour en 2006, ils devront se limiter à 214 litres en 2020. L’air de Vancouver sera l’un des meilleurs du club des grandes métropoles, avec plus de véhicules électriques et moins de feux de bois illégaux. Enfin, en dix ans, la ville souhaite doubler la quantité de nourriture produite localement en développant les marchés fermiers, les jardins et les vergers urbains. La nourriture compte pour 49 % de l’empreinte écologique de la ville, on en reparle.(1)

 

« Pas facile d’être vert. »

Dans un blog initulé «What Does a One-Planet City Look Like?” (2), ou à quoi ressemble une ville estampillée « One-Planet ,  publié sur l’un des sites du Worldwatch Institute , Jennie Moore (3),  spécialiste des questions d’environnement à L’Institut de Technologie de Colombie britannique, annonce  d’emblée : « Ce n’est pas facile d’être vert ». Munie de sa calculette à empreinte écologique, elle examine le cas de Vancouver.  Elle additionne les initiatives listées dans le « Greenest City Action Plan » et estime que Vancouver ne pourra réduire son empreinte  écologique  que de 11,5% . Peut-être 23% en y ajoutant quelques mesures supplémentaires. Un peu court pour tendre vers les 33% annoncés, et l’objectif « One Planet Living ». Elle détaille ses calculs. (4)  A Vancouver,  la nourriture contribue donc à la moitié de l’empreinte écologique. La moitié de cette moitié est due à la consommation de viande, de poisson, et de lait. Avec un zéro pointé pour la viande rouge. Les transports, 20% de l’empreinte écologique, dont la moitié  est due aux automobilistes qui voyagent seuls.   Et si l’on ajoute le carburant consommé par les moteurs et les voyages en avion, on arrive à 90% de l’empreinte écologique causée par les transports. Les constructions, 16% de l’empreinte écologique, dont 80% résulte de l’énergie consommée pour le fonctionnement des résidences, des commerces, et des administrations. Les consommables, ce que nous achetons, représentent  12% de l’empreinte écologique de Vancouver. Dont la moitié est due au  papier , suivi par les plastiques, les déchets organiques, les métaux, le verre.  Jennie Moore  rappelle au passage qu’une redistribution égale des services rendus par les écosystèmes de la planète à chacun de ses habitants lui donne l’équivalent d’1,8 hectare.  Au-delà, l’empreinte écologique devient trop conséquente. Or, un habitant des Etats-Unis utilise l’équivalent de 9 hectares,  7 pour un Canadien. Pour coller aux recommandations du « One Planet Living », Jennie Moore estime que ces riches américains  doivent réduire leur consommation d’énergie, de biens, et leur production de déchets de 80%.

 

« Combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? »

Alors ?  Moins de viande rouge, moins de trajets en voiture, de voyages en avion, moins de chauffage à la maison, moins d’électricité, moins d’emplettes ? Oui, mais ce ne sont pas quelques steaks de moins, et une pratique éclairée du co- voiturage qui vont considérablement nous rapprocher du « One Planet Lliving », nuance Jennie Moore, plus catégorique.  « Si « One Planet Living » est le but, une transformation radicale de nos modes de vie doit être envisagée. Et comme nous savons que les individus prisonniers d’un système ne seront pas capables d’opérer des changements spectaculaires si on ne les y incite pas – combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? – cela veut dire que le gouvernement va être amené à jouer un rôle-clé en encourageant les choix individuels de consommation plus durables. » (2) Même loin du compte, difficile de reprocher à Vancouver une stratégie de réduction de son empreinte écologique qui doit bien commencer quelque part.

M.J

 

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(1) Greenest City 2020 Action Plan, City of Vancouver http://vancouver.ca/green-vancouver/greenest-city-2020-action-plan.aspx

(2) «What Does a One-Planet City Look Like?”, Posted by Jennie Moore on March 23 2012, Moving  Toward Sustainable Prosperity. http://blogs.worldwatch.org/sustainableprosperity/oneplanetcity/

(3)Jennie Moore est directrice du Développement Durable et de Gestion Environnementale à l’Institut de Technologie de Colombie Britannique. Elle termine un Doctorat, et travaille sur la façon de faire de Vancouver une « One-Planet’City ».

(4) Vancouver’s Ecological Footprint Based on Consumption Activity (Calculated by Jennie Moore)


Publié le 20 février 2013 par marlene dans Climat,Développement durable,Economie d'énergie,Ecosystèmes.,Urbanisation
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Protéger l’eau à sa source: une idée qui chemine…

Bonjour,

New York est une métropole qui a choisi de distribuer une eau naturellement filtrée à près de 9 millions d’habitants, alternative aux coûts et aux nuisances d’une eau artificiellement traitée.  Au début des années 90, la ville, encore en pleine expansion, pèse sur l’environnement et renonce à construire l’unité de filtrage dont elle a besoin pour approvisionner ses citadins. A contre- courant des pratiques du moment, New York décide de valoriser un complexe hydrographique situé à proximité, le système Catskill /Delaware. Situé en amont de la ville, il comprend 6 lignes de partages des eaux, et déroule des paysages de rivières, de zones humides, et de forêts. C’est l’ensemble du système, la forêt, les sols à faible teneur en carbone, et le système d’écoulement, qui fabrique une eau de qualité.  Cette eau naturellement filtrée est ensuite acheminée, via un réseau complexe de réservoirs, d’aqueducs, de tunnels, vers le terminal de distribution. Le processus, qui multiplie les acteurs et les démarches, se concrétise en 1997. La ville développe alors un immense programme de protection de ce complexe de bassins versants, et implique les populations de Catskill et de Delaware. En échange de l’entretien des écosystèmes de ce réservoir naturel, ces communautés agricoles et forestières reçoivent une indemnité annuelle. Aujourd’hui, ce système de distribution d’eau  permet de couvrir 95% des besoins de la ville. Après l’ouragan Sandy, qui balaie le Nord de la côte Est des Etats-Unis en octobre dernier, les New-Yorkais ont manqué d’électricité pendant quelques jours. Pas d’eau potable. Si l’avantage écologique est évident, il est aussi financier. La ville, qui n’a pas construit l’unité de traitement des eaux aurait économisé entre 6 et 8 milliards de dollars. Plus quelques centaines de millions, destinés à l’entretien de la structure. L’idée, sans doute visionnaire dans les années 90, a fait du chemin. (1)(2)

 

L’eau, un frein à la croissance.

Direction la Chine, et la ville de Zhuhai sur la côte Sud. Le gouvernement chinois incite les communautés qui vivent en amont de la ville à travailler la terre sans excès, tout en respectant la ressource en eau. En contrepartie de cette agriculture plus douce, quelques 100.000 personnes, oubliées de la croissance économique, reçoivent l’équivalent d’une assurance santé. Ce programme de mise en valeur de l’eau à sa source est, comme celui de New York,  listé par le récent rapport State of Watershed Payments 2012. (1) Cette publication d’Ecosystem Marketplace – a Forest Trend initiative- dresse un état mondial des projets de restauration des lignes de partage – watershed, en anglais -, et chiffre les investissements consacrés. La Chine, qui dispose de faibles ressources en eau potable par habitant, sans doute l’un des grands pays les moins bien dotés, a bien compris l’enjeu de ce processus de conservation. Selon la Banque mondiale, le déficit et la pollution des eaux de la puissance chinoise absorberaient déjà plus 2% de son PIB. (3) Alors, pour continuer sa course au développement, la Chine investit pour préserver ses ressources en eau. Toujours selon le State of Watershed Payments, en 2011, la Chine concentre 91% des investissements mondiaux dans le secteur. Zhuhai est l’un des 61 projets de restauration des bassins fluviaux développés en Chine, sur un peu plus de 200 à l’échelle mondiale. La Chine talonne les Etats-Unis, 67 projets en cours.(1)

 

Les écosystèmes, piliers d’une nouvelle économie.

En 1996, un petit groupe de décideurs, acteurs de l’industrie forestière, défenseurs de l’environnement, donateurs, s’intéressent de près à la protection des forêts. Trois ans plus tard,n l’équipe renforcée par des chercheurs, des banquiers, et des philanthropes, fonde  Forest Trends, une ONG américaine basée à Washington. Depuis, Forest Trends porte son attention sur la valeur des forêts, dont elle caractérise et chiffre les services rendus dans le but d’inciter à une gestion durable. Forest Trends soutient les projets et les initiatives qui valorisent une économie, basée sur les écosystèmes forestiers. Il y a encore l’intention d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui vivent dans le périmètre protégé. Ecosystem Marketplace, création de Forest Trend, fournit une base de données qui contextualise, précise les marchés, et détermine la valeur des services rendus par les écosystèmes. L’information porte, par exemple, sur la qualité de l’eau, la séquestration de carbone, ou sur la biodiversité. Elle est gratuite. Ecosystem Marketplace souhaite faire évoluer les mentalités et placer les écosystèmes au cœur d’une nouvelle économie. D’où  l’idée de leur donner une valeur pour que les services rendus – production d’eau, de nourriture, de combustibles ; régulation des eaux, du climat, pollinisation ; entretien des sols ; bénéfices socio-économiques et culturels…- ne soient plus considérés comme acquis. Cette vision économique, qui parie sur la conservation des espaces pour assurer la continuité des écosystèmes, gagne du terrain. En 2011, 17 milliards de dollars ont été investis dans la valorisation des lignes de partages des eaux. Soit 2 milliards de mieux qu’en 2008. (1) Les analystes d’Ecosystem Marketplace considèrent que les investissements dans les systèmes des  lignes de partage annoncent un renouveau du financement de la conservation des espaces naturels. Sans parler des emplois « verts » créés sur le terrain. (3)

 

 Premiers développements d’une réponse globale?

Dans un monde où 80% des espaces seraient exposés à une menace sur l’approvisionnement en eau potable, les initiatives se multiplient. (3)En Afrique du Sud, le programme Working for Water (wfw) implique des chômeurs de longue durée pour éliminer les espèces invasives, herves à pampas, jacinthes d’eau, ou roseaux géants, qui perturbent les cours d’eau, et posent des problèmes de sédimentation dans le pays. Il s’agit encore de gros eucalyptus dont les racines retiennent d’énormes quantités d’eau. L’eau libérée est  réintroduite dans  la rivière. L’Afrique du Sud économise ainsi beaucoup d’argent, qu’elle aurait dépensé pour assainir les cours d’eau. WfW emploie près de 30.000 personnes. Les fonds viennent du programme de lutte contre la pauvreté développé par le gouvernement, des factures d’eau des ménages, et d’une fondation. En 2009, le pays a consacré plus de 100 millions de dollars à la restauration de ses bassins versants, un espace estimé à 160.000 hectares. A l’échelle mondiale, le financement des projets résulte majoritairement de fonds publics. Le secteur privé, qui n’a pas toujours les moyens d’investir dans de gros travaux, ou qui considère que la gestion de l’eau reste une affaire d’Etat, est encore en retrait. Sur les 200 projets actuellement en cours, l’argent privé n’apparait que dans une cinquantaine de programmes. (4) Beaucoup de ces entreprises fabriquent des boisson. En Ouganda, un brasseur de bière finance la protection des zones humides, afin de préserver la quantité et la qualité de l’eau dont elle a besoin. Un projet analogue se développe en Zambie, financé par en partie par les brasseries zambiennes, sous licence SABMiller. En France, des agriculteurs perçoivent des compensations pour préserver la nappe aquifère, et conserver la pureté de la source Vittel, propriété du groupe Nestlé. Mais il n’est pas toujours question d’argent. En Bolivie, dans la vallée de Santa Cruz,  plus de 500 familles reçoivent des ruches, des plants de fruits, et du fil de fer, qui sert aussi à éloigner le bétail des rivières. Plus économique en Suède, dans une localité à proximité du Fjörd de Gullmar, une petite compagnie d’eau a préféré investir dans la moule bleue  pour filtrer les pollutions au nitrate, plutôt que de se lancer dans les grands travaux d’une unité de traitement des eaux. «  Nous assistons aux premiers développements d’une réponse globale qui pourrait transformer notre façon d’estimer et de gérer les lignes de partage des eaux dans le monde », déclare Michael Jenkins, Président de Forest Trends, lors de la présentation du rapport. (3)

M.J

 

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(1) « Charting New waters – State of Watershed Payments 2012” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative.http://www.forest-trends.org/documents/files/doc_3308.pdf

(2) « New York City »,  Information Center for the Environment (ICE), UC Davies, University of California. http://ice.ucdavis.edu/node/133

(3) “New Study: US$8.17 Billion Spent in 2011 to Safeguard Drinking Water and Regional Supplies by Protecting Watersheds—$2 Billion Above 2008 Levels,” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative, Press Release,

http://www.forest-trends.org/embargoed_water_2013.php

(4)  Global threats to human water security and river biodiversity

C. J. Vo¨ro¨smarty1*, P. B. McIntyre2*{, M. O. Gessner3, D. Dudgeon4, A. Prusevich5, P. Green1, S. Glidden5, S. E. Bunn6,

C. A. Sullivan7, C. Reidy Liermann8 & P. M. Davies9,,  334 | NATURE | VOL 468 | 1 1 NOVEMBER 2010

http://limnology.wisc.edu/personnel/mcintyre/publications/vorosmarty_etal_2010_nature_global_threats.pdf


Publié le 31 janvier 2013 par marlene dans Biodiversité,Chine,eau,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau,USA
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Riesco, couleur noir charbon.

Bonjour,

Des confins hospitaliers. C’est une île enchâssée dans une géographie de baies, de fjords, et de canaux, qui s’appuie au Sud sur le Détroit de Magellan, en Patagonie chilienne.   C’est  la région de Magallanes et de l’Antarctique, la plus méridionale du Chili, la plus froide aussi. Au Nord de l’île, le fjörd de Skyring, au Sud celui d’Otway, les deux reliés à l’Est par le canal de Fitzroy.  L’île s’ouvre au  Sud-Est sur la péninsule de Brunswick et, au-delà du Détroit de Magellan, sur la grande terre de Patagonie. Le port de Punta Arenas s’accroche lui au Nord-Ouest du Détroit de Magellan. L’ïle de Riesco, c’est son nom, est une île de taille respectable, plus de 5000 km², la quatrième du Chili. Ses vallées sont couvertes de forêts de hêtres. L’Ouest de l’île, qui s’inscrit dans l’arc de la cordillère des Andes, culmine à plus de 1800 mètres avec le Mont Atalaya. Il n’est peuplé que de glaciers. L’île comptait 57 km² d’étendues glacées dans les années 80, 40 km² aujourd’hui, rapporte une étude de 2002 qui pointe des températures à la hausse. La topographie de la partie Est est plus douce, le régime des pluies modéré. C’est dans cette partie de l’île que se sont établis les colons. Depuis le milieu du XIX° siècle, ces confins accueillent des populations européennes. Vers la fin du XIX° siècle, Punta Arenas, port commercial, est une ville importante et animée. Après 1914, l’ouverture du Canal de Panama facilite le voyage et rend ces terres plus accessibles. Croates, Allemands, Anglais,  Hollandais, Danois, Italiens, Espagnols ou Russes, attirés par les vastes pâturages de la région, s’y installent. A Riesco, les estancias exploitées par des particuliers, souvent des Croates, pratiquent l’élevage du mouton dans un paysage idyllique. (1) (2) (3)

 

Du charbon pour le Chili. Tout se gâte quand la COPEC, l’une des compagnies pétrolière et forestière les plus influentes du Chili, décide d’exploiter le charbon, pourtant de mauvaise qualité, de l’île Riesco. Elle est assistée dans ce projet par Ultramar, une compagnie maritime chilienne. Le Minera Isla Risco projette la construction à terme de cinq mines , dotées d’un port pour acheminer le charbon extrait. Les réserves évaluées à 300 millions de tonnes, permettent aux compagnies impliquées d’espérer 12 à 25 ans d’exploitation. C’est un projet estimé autour des 840 millions de dollars. En décembre 2009, l’aménagement du port reçoit un aval environnemental. Et en aout 2011, la préparation à l’exploitation du premier gisement reçoit un feu vert. A l’échelle du Chili, ce projet minier vise à alléger les importations  de charbon, et à réduire la dépendance énergétique. Le pays achète actuellement 96% du  minerai  destiné à produire de l’électricité à l’étranger, en Colombie, en Indonésie, en Australie. (3) Avec une production annuelle supérieure à 6 millions de tonnes, supposée sur 25 ans, l’exploitation du charbon de l’île Riesco devrait réduire de 30% les importations du Chili.  Estimations les plus optimistes. (3) (4) Ce projet s’intégrerait également dans le plan de développement de la région de Magallanes et de l’Antarctique, annoncé en décembre 2010 par un Président Pinera, formé à l’école américaine.(3) Mais les 800 emplois promis pour la construction des mines, et les 700 annoncés après leur mise en activité ne suffisent pas à calmer les opposants, pas décidés à brader leurs paysages.(3)

 

Pas contents. « Nous ne sommes pas opposés à des projets qui apportent du travail et participent au développement de la région », déclare le maire de Punta Arenas, Vladimiro Mimica en mais 2001, propos rapportés par le Patagon Journal. (3)« Cependant, nous nous opposons à un modèle économique qui nous est imposé sans discussion, analyse, et participation de tous ceux qui sont affectés. » poursuit-il. Pas consultés non plus la colonie de pingouins de Magellanes,, environ 10.000 vivent en périphérie de l’île, la baleine Humpback, autre familière des lieux, et quelques communautés de dauphins.

 

M ;J

 

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(1) Islas Riesco, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_Riesco

(2)Inventory of glaciers in isla Riesco, Patagonia, Chile, based

on aerial photography and satellite imagery, Gino Casassa,1, 2 Katrine Smith,1, 3 Andre¨ s Rivera,4, 2 Jose¨ Araos,4 Michael Schnirch,5 Christoph Schneider5, Annals of Glaciology 34 2002 #International Glaciological Society, http://www.glaciologia.cl/textos/casassa2002.pdf

(3) “Riesco Island conflict: Who decides Chile’s energy future?”,  Patagon Unbound, 0_-03-2011, http://www.patagonjournal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1832%3Aconflicto-de-la-isla-riesco-iquien-decide-el-futuro-energetico-de-chile&catid=60%3Aeditor&Itemid=264&lang=en

(4) Riesco Island Project, Chile, Mining Technology.com, http://www.mining-technology.com/projects/riesco-project/

Source carte des gisements de charbon sur l’île Riesco. :Map of Mineral Isla Riesco

 

 

 


Publié le 15 octobre 2012 par marlene dans Chili,Climat,Ecosystèmes.,énergie,Exploitation minière
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Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

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(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
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Fraser et ses insulaires…

Bonjour,

Située à quelques encablures de la côte Est de l’Australie, à proximité du Sud de l’Etat du Queensland, à environ 300 kilomètres au Nord de Brisbane, Fraser Island est une curiosité géologique. Une île de sable, la plus étendue au monde, qui raconte 700 000 ans de changements climatiques et de modifications du niveau de la mer. Elle est née d’une accumulation de sables sur un lit de roches volcaniques, qui a développé un système dunaire complexe. Et toujours en mouvement. Les dunes, dont les plus hautes voisinent avec les 260 mètres, sont aujourd’hui colonisées par une forêt tropicale dense. Certaines essences grimpent à une soixantaine de mètres. Des lacs perchés, une quarantaine, se sont installés dans des dépressions creusées par le vent, sur un tapis de matières organiques, feuilles, écorces, et plantes mortes. Le Lac Mac Kenzie, une centaine de mètres au dessus du niveau de la mer, est le plus célèbre de ces lacs perchés. Sans doute le plus beau, aussi. L’eau y est si pure qu’aucun organisme ni aucun animal ne peuvent  y vivre. Lacs perchés, lacs de barrage, et lacs de fenêtre, une centaine au total, Fraser est une île qui ne manque pas d’eau douce. A l’arrière des plages de sables blonds, on peut voir des étendues brunes qui ressemblent à des rochers, des « coffee rocks ». Ces sables cimentés par des matières organiques rappellent que les côtes se sont déplacées au cours d’une histoire finalement assez récente, comparée à celle du continent australien. C’est un  petit  fragment insulaire, un paradis aux paysages surprenants , convoité par les hommes et peuplé de dingos. (1)(2)(3)

Aborigènes.

« Ces gens sont entièrement nus, et ressemblent ( sinon ) aux habitants de Port Jackson dans leur apparence personnelle, mais ils sont bien plus charnus, peut-être parce qu’ils ont accès à une meilleure réserve de nourriture que l’on attrape dans les filets, fait connu dans le sud de l’île. » (4) écrit Matthew Flinders dans son journal de bord, en 1802. Si le capitaine Cook est passé au large de Fraser dans les années 1770, Matthew Flinders est le premier européen à y accéder. Après une première tentative, deux pêcheurs de baleines américains lui ont indiqué  un passage. Flinders découvre des communautés aborigènes, qui profitent d’une nourriture abondante. Ils ramassent des coquillages, pêchent des anguilles et toutes sortes de poissons,  chassent des dugongs, le frère du lamantin, des tortues de mer, des oiseaux aquatiques, et des opossums. Ils consomment du miel, des patates sauvages, des racines, des feuilles, et des fruits collectés en forêt. Des vestiges de campement ont montré que les Aborigènes vivent  sur l’Île Fraser depuis environ 5000 ans. Au début du XIX° siècle, cette communauté insulaire, principalement des Butchulla, compte entre 400 et 500 personnes. L’hiver, qui pousse d’autres groupes du continent à aller chercher de la nourriture sur Fraser, la population de l’île grimpe probablement autour des 2000 à 3000 habitants. Explorateurs, forçats évadés, ou survivants de naufrage, arrivent à leur tour sur l’île. Dans les années 1860, débarquent des marins, puis des bûcherons venus exploiter les belles forêts d’eucalyptus et de kauris. Une partie de ce bois est envoyé en Egypte, qui construit le canal de Suez. Sur l’île de Fraser, les maladies, l’alcool, et l’opium commencent à gangréner la société aborigène. Le mépris d’une communauté prétendue inférieure fait le reste. Sur ce chapitre, c’est Eliza Fraser, qui commence.(1)(4)

Européens.

En 1836, quelques rescapés du « Stirling Castle »,  un bateau qui a fait naufrage plus au Nord sur la grande barrière de corail, débarquent sur l’île de Fraser à bord d’un canot. Ces Européens sont recueillis et nourris par la communauté aborigène. Parmi eux, Eliza Fraser, la femme du capitaine du « Stirling Castle ». Quelques semaines plus tard, elle est évacuée sur le continent. A Brisbane, elle fait passer les Aborigènes pour des diables, esclavage, torture, et cannibalisme. Elle nourrit la paranoïa des Européens. Elle rentre à Londres, où elle publie son aventure. Le livre, qui diffuse l’image d’une communauté brutale et cruelle, a beaucoup de succès. «L’un des héritages d’Eliza Fraser aura été le massacre de ceux-là même qui lui ont porté secours », peut-on lire sur le site de Fraser Island Defenders Organization, une association qui travaille à la préservation des ressources insulaires. (4) Quelle que soit la responsabilité de cette femme, pendant plus d’un demi-siècle, ces Aborigènes insulaires sont chassés, massacrés, ou noyés. En 1890, ils ne sont plus qu’environ 300. La moitié, sept ans plus tard. Au tournant du XX° siècle, les survivants sont déportés dans des missions du Queensland, administrées par des Européens. Peu survivront à des conditions de détention, décrites épouvantables. (2) Plus de 300 personnes (2006), Australiens d’origine européenne, vivent sur l’Île Fraser. D’autres y laissent une caravane, pour pêcher le maquereau, privilège accordé à condition de la déplacer périodiquement. (1) (4)

Dingos

L’Ile Fraser est aussi le territoire des dingos , un animal de la famille des canidae australiens qui ressemble à un chien, mais qui peut se montrer loup. C’est un animal sauvage, aux réactions imprévisibles. Il est aussi un argument touristique. Fraser, accueille sans doute la population de dingos la plus importante de cette partie de l’Australie. La population la plus pure aussi. Pour respecter l’espèce, pas de chien sur l’île. Le dingo de Fraser mesure plus d’un mètre de long, 60 cm de haut, son pelage est doré. Il est facile de l’approcher, surtout à l’heure des sandwiches et des chips. Mais, attention, il est interdit de le nourrir. Argument des rangers, une nourriture facile pourrait faire décliner son aptitude à la chasse. Et le rendre agressif avec les touristes radins sur le sandwich. Le dingo est là pour être observé, à une certaine distance. En 2001, un enfant meurt après l’attaque d’un dingo. Après l’accident, les rangers en tuent plus d’une centaine, réduisant considérablement la population. En 2008, ils sont entre 120 et 150. Si un ex-ranger dénonce à ce moment là une situation de malnutrition, il reste interdit de les nourrir. L’accident de 2001 a inspiré une interprétation stricte de la relation entre l’homme et l’animal sauvage. Avec un respect du territoire du dingo, mis à mal par l’invasion touristique. (5)

Touristes.

Listée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, récompense pour la vitalité de ses écosystèmes, l’Île Fraser est un aimant à touristes. Ils débarquent par ferry, avant de se déplacer en colonies biens rangées dans des véhicules tout terrain, de toutes les tailles, sur la plage et sur les pistes intérieures. Impossible de visiter Fraser sans véhicule 4×4. Chaque année, 350.000 à un demi-million de visiteurs débarquent sur cette  île de 1840 km², 123 km par 23,  presque un grain de sable par rapport à l’Australie. Cette déferlante touristique laisse  quelques traces dans les écosystèmes, déjà fragilisés par l’insularité. De l’urine et du jus de crème solaire dans les eaux pures des lacs, qui du coup le sont moins. Et qui transforme certaines parties du bush en toilettes publiques. Quant à la plage qui ceinture l’île, elle s’apparente à une autoroute où se succèdent et se croisent des dizaines de véhicules chargés de touristes, auxquels on assène quelques grands principes de conservation. A proximité d’un point d’intérêt, la plage devient parking où stationnent tous les modèles de 4×4, du particulier au bus équipé de roues motrices, voire un avion. Car il est très chic d’atterrir sur l’une des  plages de Fraser Island. (1) (2)

M.J

 

 

 

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(1) Fraser Island, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Fraser_Island

(2) Fraser Island, UNESCO, http://whc.unesco.org/fr/list/630

(3) Fraser Island, Great Sandy National Park http://www.derm.qld.gov.au/parks/fraser/index.html

(4) “These people go entirely naked, and otherwise much resemble the inhabitants of Port Jackson in personal appearance, but they were much more fleshy, perhaps from being able to obtain a better supply of food with scoop nets which are now known on the southern parts of the coast.”, From Fraser Island Defenders Organization, FIDO, “The Watchdog of Fraser Island”, aims to ensure the wisest use of Fraser Island’s natural resources.  http://www.fido.org.au/education/AboriginalHistory.html

(5)Save Fraser Island Dingoes Inc http://savefraserislanddingoes.com/


Publié le 14 mai 2012 par marlene dans Australie aborigène.,Ecosystèmes.
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Mers et océans en état de stress.

Bonjour,

Pêche excessive et déclin des populations de poissons, acidification des océans et reproduction ralentie des coraux, manque d’oxygène et expansion des zones mortes, pollution et invasion des plastiques, les signes se multiplient pour confirmer la mauvaise santé des océans. Ces changements, plus rapides que prévus, inquiètent la communauté de chercheurs de l’International Program of the State of the Ocean (IPSO), réunie à Londres début avril, en partenariat avec l’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Leurs conclusions, formulées dans un rapport, évoquent un changement d’époque dans l’histoire des océans. Le réchauffement des mers, l’acidification des eaux, et le manque d’oxygène, se combineraient pour créer un dérèglement du cycle carbone. Ce contexte rappellerait ceux qui ont précédé les cinq grandes périodes d’extinction qui ont accompagné l’aventure de la terre, au cours des 600 millions d’années passées. Selon le rapport, la rapidité de ces mutations ressemble souvent aux pires scénarios prédits par le GIEC, le groupe d’experts internationaux sur le climat. Et les dépasse parfois. La réduction des glaces de l’Arctique, la fonte accélérée du Groënland et du système Antarctique, l’élévation du niveau des mers, et l’échappée du méthane piégé dans les fonds marins, bousculent déjà les projections les plus pessimistes. Avec pour conséquences, migrations et déclins d’espèces marines, déplacement des colonies d’algues toxiques, multiplication des risques sanitaires, ou disparition de certains poissons habitués à vivre dans un système marin, plus riche et plus complexe. Plus que l’addition des facteurs de stress, c’est la multiplication qu’il faut craindre. C’est-à-dire une dynamique qui mêle pêche excessive, modification du milieu, changement climatique, manque de nutriments, et introduction d’espèces invasives. La porte ouverte à un accroissement de ces espèces indésirables et à une prolifération d’algues toxiques, qui vont asphyxier le milieu. Ou encore, une température plus élevée combinée à une acidification croissante, contexte qui va accélérer le blanchiment et contrarier le développement des coraux, et réduire la vie associée à cet habitat . Autre exemple de réaction en chaîne, la prolifération des plastiques dans les mers et les océans, et leurs incidences sur la chaîne alimentaire. A une autre échelle, il est question de l’équilibre entre le « système océan » et le « système terre », dont les évolutions climatiques sont liées. Beaucoup de perspectives alarmistes qui débouchent sur les recommandations classiques, réduction immédiate des rejets de CO², restauration des écosystèmes marins, règlements pour limiter les charges imposées au océans, et intervention des Nation Unies – notamment via la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer pour formuler un mode d’emploi des océans, plus responsable. Car l’agent perturbateur est bien identifié : «La résistance des océans aux conséquences du réchauffement climatique est sévèrement compromise par les autres facteurs de stress d’origine humaine, dont la pêche, la pollution, et la destruction de l’habitat. » (1)

M.J

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Lien résumé du rapport / English

http://www.stateoftheocean.org/pdfs/1906_IPSO-LONG.pdf


Publié le 30 juin 2011 par marlene dans Actualité,Climat,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau
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Chili, entre croissance et paysages.

Bonjour,

« HydroAysen », cinq barrages hydroélectriques projetés en Patagonie chilienne, risque de défigurer l’un des derniers territoires vierges de la planète. Le gouvernement chilien, qui a besoin d’électricité pour accompagner sa croissance, a donné son aval début mai. Les ouvrages, installés sur les rivières Baker et Pascua, deux cours d’eau énergiques de la vallée d’Aysen, devraient produire l’équivalent de 2750 Megawatt, et augmenter de 20% la capacité électrique du pays. Début des travaux prévus en 2014. « HydroAysen », complément énergétique d’un Chili de plus en plus gourmand, a fabriqué une opposition  soucieuse de ces terres australes, et de la vie sauvage qui s’y est nichée. Dans la région d’Aysen, quadrillée par une petite vingtaine de parcs nationaux et de réserves naturelles, les paysages sont précieux. (1)

Face à cette vision paysagiste, la croissance du pays, attendue autour des 6% dans les prochaines années. Le pays, qui dispose de faibles ressources énergétiques, importe du pétrole et du gaz naturel d’Argentine, source soumise à pénuries fréquentes. Le Chili valorise déjà largement son potentiel hydro-électrique, 65% de l’électricité du pays depuis les années 70.  Une production électrique complétée par le gaz naturel,  et le charbon. Avec trois nouvelles centrales annoncées. Ces activités polluantes donnent des arguments aux partisans d’HydroAysen, qui défendent une hydro-électricité plus propre. Autre argument pour justifier cette course à l’énergie, la croissance économique qui tire de la pauvreté des milliers de chiliens, quand le pays en compte plus de 2 millions. Pour les opposants au projet, la consommation électrique des ménages et l’éclairage des rues ne justifient pas complètement  cette option énergétique.(2) Plus vraisemblable, la consommation des mines de cuivre exploitées dans le désert d’Atacama, principale richesse du pays qui pèse pour plus de la moitié des exportations. Au total, l’ensemble du secteur minier, le cuivre mais aussi l’or, l’argent, le fer, ou le zinc,  engloutirait plus de 80% de l’énergie consommée dans le nord du pays. (3) Sans compter l’ouverture de nouvelles mines. Juan Pablo Orrego, à la tête de l’ONG « Ecosystemas », activiste engagé pour une Patagonie vierge, a calculé que les nouveaux projets miniers devraient engloutir 12.000 Mégawatts supplémentaires.(2)

Côté paysages, le projet devrait noyer près de 6000 hectares de forêts, et déchirer l’horizon avec des pylônes et des câbles sur près des 2000 kilomètres, distance qui sépare Aysen et Santiago, la capitale. Des espaces, restés intacts jusqu’alors, ne le seront plus. Les écosystèmes, habitat du cerf chilien et d’oiseaux natifs, seront malmenés. Des spécialistes annoncent une modification de la turbidité des fleuves aménagés, avec des conséquences incertaines pour le fonctionnement des fjords associés. Car l’équilibre des fjords dépend de la santé des rivières. Selon le Centre de Recherche sur les Ecosystèmes de Patagonie (CIEP) les fjords de Patagonie absorberaient l’équivalent CO² des rejets actuels du Chili. L’intrusion des barrages modifiera cette carte postale de la Patagonie chilienne, qui attire les touristes et en tire bénéfice. La population de Cochrane, la petite ville située à proximité, gonflée par les travailleurs du barrage, devrait doubler pendant les dix années du chantier. Sans disposer d’infrastructures adaptées. Et, dans une cinquantaine d’années, quand la centrale ne sera plus exploitée, des friches industrielles signaleront une option énergétique qui pèse toujours sur le paysage. A moins que les vestiges des barrages ne rappellent les débuts de l’exploitation des ressources  de la région d’Aysen, amorcée avec l’hydro-électricité. L’endroit est doté d’un important potentiel naturel.  (2) (4)

A l’heure d’HydroAysen, on reparle des mini-centrales hydrauliques, une énergie renouvelable dessinée à l’échelle des hommes et des paysages. Moins d’une vingtaine de Megawatts pour une consommation de proximité. Le Chili en compte plus d’une trentaine,  d’autres sont en projet,  pour une  production très marginale. Pour atteindre les 20% renouvelables en 2020, objectif du Chili qui reste au dessous de la barre des 5% pour l’électricité, il faudra bien tirer parti des ressources naturelles. Par exemple, pour alimenter les mines de cuivre d’Atacama, désert au ciel limpide, très ensoleillé, on pense de plus en plus à l’énergie solaire – avec des panneaux déployés dans un paysage déjà stigmatisé par l’extraction. Des investisseurs étrangers s’y intéressent. (3) En 2009, le Santiago Times titrait sur le potentiel du pays en matière d’énergie marémotrice. En exploitant seulement 10% du potentiel de ses courants marins, énergie plus facile à optimiser que le solaire ou l’éolien, le Chili produirait plus d’électricité qu’aujourd’hui.

M.J

Alors que 61% des chiliens s’opposent aux barrages (The Guardian (4)), HydroAysen agite les rues…


(1)“Chile officials approve HidroAysen electric dam project”, BBC News, 10-05-2011http://www.bbc.co.uk/news/mobile/world-latin-america-13343040

(2) « Chile’s HidroAysen dam project provokes mounting anger, Annie Murphy, BBC News, 21-05-2011 http://www.bbc.co.uk/news/mobile/world-latin-america-13445300

(3)« Foreign investment in solar power for Chilean mining industry”, This is Chile.cl http://www.thisischile.cl/Articles.aspx?id=6108&sec=190&eje=&t=foreign-investment-in-solar-power-for-chilean-mining-industry&idioma=2

(4) « Protests after Chile backs giant dams in Patagonia’s valleys”, Rory Carroll, Latin America correspondent guardian.co.uk, Tuesday 10-05-2011. http://www.guardian.co.uk/environment/2011/may/10/chile-patagonia-dams-hydroelectricity?INTCMP=SRCH

(5)« Le Chili mise sur les énergies renouvelables », Roland Meier, ExpertBlog, 07-02-2011 http://www.exportblog.ch/fr/blog/le-chili-mise-sur-les-%C3%A9nergies-renouvelables


Publié le 14 juin 2011 par marlene dans Barrages,Ecosystèmes.,énergie
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Des éléphants chassés au piment.

Bonjour,

Que faire pour repousser un troupeau d’éléphants, sauvages et affamés, prêts à  se ruer dans une rizière, sachant que chaque mammifère  mesure en moyenne trois mètres de haut, et pèse assez facilement une demi-tonne ? C’est une question qui empoisonne la vie des politiques, et surtout celle des villageois, de l’Etat d’Assam, un territoire situé dans le nord-est de l’Inde. L’Etat d’Assam, l’une des plus fortes densité d’éléphants sauvages d’Asie, compte environ 5000 mammifères, environ 10% des effectifs du sous-continent indien. (1) Cette population itinérante, poussée par la faim, convoite les rizières et les cultures des communautés villageoises, terrorisées et exaspérées. C’est une lutte pour le territoire et la nourriture qui oppose éléphants et fermiers depuis des années. A l’origine du conflit, des éléphants chassés de leur habitat, et détournés de leurs parcours traditionnels. L’expansion d’un front pionnier illégal, la déforestation, l’installation de rails ferroviaires, la multiplication des champs de thé, des rizières, des cultures vivrières, ont fragmenté le territoire des éléphants, brouillant leurs  routes migratoires, les privant de nourriture. Affamés, les éléphants descendent dans les villages pour voler dans les rizières et les champs. Ce pillage peut ruiner plus de 80% des récoltes. Ce conflit, qui dure depuis des années, a fait des morts dans les deux communautés. De 1997 à 2001, près de 200 éléphants sauvages auraient été tués dans l’Etat d’Assam. Sans compter ceux victimes du rail. De l’autre côté de la ligne de front, on dénombre plus de 200 morts pour la même période.(1) Ce bilan s’est alourdi depuis. Dans nombre de villages, l’arrivée des éléphants provoque toujours la panique. A tel point que les hommes valides embarquent enfants, femmes, et personnes âgées, pour les placer en sécurité. Cette guerre pour la nourriture, discutée au Parlement d’Assam, a mobilisé ONG et villageois qui ont développé quelques idées pour organiser une défense. (2)

Piment explosif.

Une première idée, mise en œuvre dans le district de Karbi Anglong en 2010 par «Green Guard», un groupe de défenseurs de la nature, vise à assourdir l’éléphant. La stratégie consiste à entourer les rizières de fils, d’y accrocher de petites clochettes, connectées à des klaxons, situés à proximité sur des miradors de fortune. Dès que l’ennemi touche le fil, les clochettes passent le message aux klaxons, qui se mettent en route. Concert bientôt augmenté par la chorale des villageois, prévenus de la visite. Effrayé, l’éléphant bat en retraite. L’idée vient du Zimbabwe.(2) Plus fort, beaucoup plus fort, la barrière de « piment rouge », une astuce développée en 2007 par le Département des Forêts de l’ Etat d’Assam ( Assam State Forest Department) et le WWF (World Wide Fund for Nature), déclinée ailleurs, on y revient. Cette fois, l’idée vient du Mozambique, qui connaît  aussi des conflits hommes/ éléphants. (2) Il s’agit de confectionner une mixture à base de piment, le Bhoot Jolokia, le piment le plus explosif de la planète, confirmation du Guiness des Records 2006, bien que détrôné depuis. Il est mélangé à des feuilles de tabac et à de l’huile de vidange usagée, avant d’être appliqué  sur des bouts de tissus. Lesquels sont accrochés aux fils barbelés qui entourent la rizière. Le jumbo asiatique, à l’odorat réputé raffiné, détale dès qu’il inhale la mixture. Encore plus fort,  concentré de la dernière idée, pratiquement même recette, le fumigène. Ou la bombe pimentée. C’est un mélange de piments, de feuilles de tabac, de paille sèche, placé dans un tube avant d’être enflammé. La fumée dégagée agresse la trompe de l’éléphant, qui ne demande généralement pas son reste. Le Chester Zoo, financé par le Defra’s Darwin Initiative et le gouvernement britannique, développe cette solution pimentée dans quelques villages du Sonitpur et du Goalpara, deux districts de l’Etat d’Assam. Avant d’étendre ce programme de défense, qui semble fonctionner.(1) Assam, territoire stratégique pour la survie de l’éléphant d’Asie, espèce menacée , expérimente cette méthode plutôt respectueuse pour repousser un mammifère qui nuit aux récoltes, les défenseurs de l’éthique animale apprécieront. Ailleurs dans la région, ils sont repoussés plus violemment, empoisonnés, électrocutés, ou piégés dans des trous dissimulés sous des branchages.(2) Ce mode de résistance offre encore un débouché inattendu au Bhoot Jolokia,  culture locale jusqu’alors condamnée à l’huile pimentée pour la cuisine. (1) (3)

M.J

En images au Bannerghatta National Park…

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(1) « Community-Based Human Elephant Conflict Management in Assam », A. Zimmermann, T. E Davies, N. Hazarika, S. Wilson, ASESG, 2009. http://www.asesg.org/PDFfiles/Gajah/30-34-Zimmermann.pdf

(2) “Thread Barrier and World’s Hottest Chilli to Keep Asian Elephants At Bay”, Shib Shankar Chatterjee et Rahul Karmakar, News Blaze, 16-11-2010 http://newsblaze.com/story/20101116124707shan.nb/topstory.html

(3) « Are elephants scared of spice?”, AP, in The Independent, 02-03-2011, http://www.independent.co.uk/environment/are-elephants-scared-of-spice-2229515.html


Publié le 7 mars 2011 par marlene dans Ecosystèmes.,Inde,Monde rural.
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