Environnement
Un blog sur la géo-environnement

DOHA 2012.

Bonjour,

Les Nations Unies organisent une nouvelle conférence internationale sur le climat à Doha, au Qatar. DOHA 2012, réunie du  26 novembre au 7 décembre, est la dix-huitième Conférence des Parties (COP18) de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Et la huitième rencontre des pays signataires de Kyoto. Cette rencontre  doit préciser l’après Kyoto, qui expire le 31 décembre prochain. Le Protocole de Kyoto, traité international qui engage les Etats qui ont ratifié le texte à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique avec la déforestation, est formulé en 1997. Il devient effectif huit ans plus tard, après avoir obtenu un nombre suffisant d’adhérents.  Il compte à ce jour 195 parties – 194 Etats et l’Union européenne –, et n’a toujours pas été ratifié par un acteur majeur de la scène internationale, les Etats-Unis. En décembre 2007, la Conférence de Bali avait officiellement lancé les négociations pour l’après-Kyoto. En décembre 2011, la Conférence de Durban avait permis, in-extremis, de reconduire le Protocole de Kyoto, évitant  un vide juridique. Le Protocole de Kyoto, diversement interprété par les pays industrialisés, est le seul texte qui contraint les Etats membres à faire attention à leurs émissions. Dans le prolongement de  Durban, Doha devrait formuler une nouvelle feuille de route pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce nouveau texte, finalisé en 2015,  devrait  devenir contraignant en 2020. Mais le plus tôt sera le mieux car pour contenir le réchauffement  planétaire sous le seuil des 2°C au cours du siècle, les Nations  industrielles devront réduire leurs émissions de 25 à 40%, par rapport au niveau de 1990. La Conférence de Doha, qui doit amorcer ce nouveau processus international, est aussi l’occasion de faire le point sur les actions déjà engagées par les gouvernements, les acteurs privés, et la société civile pour freiner le réchauffement. Cette rencontre permettra encore d’examiner l’aide destinée aux pays en développement, déjà exposés à un climat qui change.

Un monde à 4°C…

Un rapport de la Banque Mondiale,  intitulé « Turn Down the heat -Why a 4°C warmer world must be avoided”, daté de novembre2012,  rappelle l’urgence à maintenir la hausse des températures sous les 2°C, afin d’éviter un « dangereux » changement de climat. (1) Si tous les pays seront affectés par les conséquences de la crise climatique qui se profile, certains le seront plus que d’autres, annonce le rapport. Le réchauffement, plus étendu sous les hautes latitudes, devrait être plus durement ressenti dans les espaces  tropicaux, aux équilibres plus fragiles. Une modification sensible des températures devrait modifier les conditions agricoles,  et malmener des écosystèmes sur lesquels comptent des millions de personnes pour vivre. La montée des eaux y est  annoncée plus dramatique qu’ailleurs, avec une élévation de 15 à 20% plus importante. Sous les basses latitudes, les cyclones tropicaux devraient se multiplier. Les pays pauvres de l’espace tropical et subtropical devraient connaître plus d’aridité, et plus de sécheresses.  Le rapport, qui redoute un monde réchauffé de 4°C par rapport à l’époque pré- industrielle, prédit des extrêmes, canicules, sécheresses, inondations dans beaucoup de régions du monde, avec de sérieux bouleversements des systèmes humains, des  écosystèmes, et de leurs fonctions associées. Et de conclure : « Un monde à 4°C posera des défis sans précédent à l’humanité. …le réchauffement supposé de 4°C ne doit simplement pas être autorisé à se produire – la chaleur doit être stoppée. Seule une action rapide, conjointe, et internationale peut y parvenir. » (1)

 

Activistes et gouvernements.

Interviewé par IPS, Patrick Bond,  analyste du climat, professeur à l’Université Kwazulu-Natal en Afrique du Sud,  et membre de l’IOPS – The International Organization for a Participatory Society – donne un avis sur l’avenir des négociations sur le changement climatique : « Pour résumer, le Protocole de Montréal de 1987 aurait dû être immédiatement conçu pour intégrer les gaz à effet de serre, mais au lieu de cela, parce que Washington insistait sur un marché du carbone inefficace une décennie plus tard à Kyoto – nous n’avons simplement pas vu une volonté politique appropriée et une stratégie éclairée, et jusqu’à ce que cela change, nous ne parviendrons à rien à une échelle multilatérale(…) Cela signifie que l’avenir de négociations potentiellement fructueuses se joue entre les activistes et la base populaire qu’ils rallient à leur cause, d’un côté, et les gouvernements – et les intérêts qui contrôlent souvent ces gouvernements – de l’autre. » (2)

M.J

 

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(1) “Turn Down the heat Why a 4°C warmer world must be avoided”, November 2012, A Report for the World Bank, by the Potsdam Institute for Climate Impact Research and, Climate Analytics

http://climatechange.worldbank.org/sites/default/files/Turn_Down_the_heat_Why_a_4_degree_centrigrade_warmer_world_must_be_avoided.pdf

 

(2) “Q&A: COP18, Another ‘Conference of Polluters’”, Busani Bafana, Interview du Professeur Patrick Bond, IPS, 27-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/qa-cop18-another-conference-of-polluters/


Publié le 4 décembre 2012 par marlene dans Actualité,Climat
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Prévoir « la vague qui mange les gens »…

 

Bonjour,

Dans le sillage du tsunami de 2004, deux histoires. D’abord, celle des Simeulue, une communauté musulmane qui vit sur l’île du même nom, dans l’Océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra. Après le séisme du 24 décembre, cette  population insulaire sent qu’il est temps de se réfugier sur les hauteurs voisines,  à  quelques centaines de mètres. Bien vu, la vague déferle. Sur une population côtière d’environ 80.000 personnes, seules sept victimes sont comptées. Dans cette communauté, la mémoire du tsunami remonte à 1907, quand un tremblement de terre est  suivi d’une vague très meurtrière. De cette histoire sont nées d’autres histoires ; des monuments et des rassemblements commémorent la tragédie. Le souvenir de l’évènement, transmis aux jeunes générations, figure dans la mémoire collective. Le mot « smong », l’équivalent de « tsunami », intégré dans le lexique communautaire, en suggère le risque. La seconde histoire, celle des Moken , prolonge la première. Les Moken habitent les îles Suri au large des côtes de la Thaïlande et du  Myanmar, dans la Mer d’Andaman. Dans cette société de tradition nomade, qui maîtrise la mer et ses secrets,  une légende raconte  la  «vague qui mange les gens » .Ici, tout le monde sait qu’avant un tsunami, la mer recule, et les cigales cessent leur chant. En 2004, un Moken note un silence inhabituel. Il prévient les autres. Longtemps avant que la première vaque déferle, la communauté s’est groupée sur les hauteurs. Il y  peu de victimes. Pour les Moken, le tsunami est la « vague des sept rouleaux. » (1) (2)

 

Histoires de serpents.

Les tremblements de terre  et les glissements de terrain accompagnent l’histoire du Népal, et de ses habitants. En 1934, un séisme fait 20.000 victimes, dont la plupart au tout début du phénomène. L’inde est également touchée. Dans un poème qui raconte l’évènement, l’auteur décrit la mort d’innombrables serpents. Etrange. Le tremblement de terre se produit en hiver, alors que les reptiles sont supposés hiberner.(3) Au Népal, et dans l’ensemble de l’Himalaya, les communautés, de tradition orale, racontent les cataclysmes et les  inondations qui deviennent des histoires, des chansons, des poèmes, ou des proverbes. L’un des proverbes de la culture Terai au Népal, exposées aux inondations de la West Rapti River, dit : « Le serpent et la rivière ne courent pas tout droit ». (2) Un peu plus tard, une autre histoire de serpents. En 1975, les habitants de la ville de Haicheng, dans le Nord-Est de la Chine,  s’inquiètent de la présence inhabituelle de serpents à cette époque de l’année. Bien qu’il soit difficile d’associer ces signes avant-coureurs à l’attitude des Autorités, celles-ci décident d’évacuer la ville. Le séisme, qui intervient quelques semaines plus tard, ne fait que peu de victimes. (3)

 

Constructions et solidarités.

En 1999, les Nations Unie créent un Bureau pour la Réduction des Risques et des Catastrophes, UNISDR. Depuis, cet organisme tisse une toile d’araignée, où interviennent scientifiques, ONG, et communautés locales, afin de prévenir les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, ou les cyclones qui menacent différentes régions de la terre. Les stratégies communautaires, réponse de terrain à un aléa récurrent, intéressent l’UNISDR . Une publication en détaille quelques exemples dans la région Asie-Pacifique. (2) Dans le Nord de l’Inde, dans les Etats de Jammu et du Cachemire, régions exposées aux séismes, les maisons traditionnelles sont construites pour résister. Ces techniques de construction s’appellent « Taq »,  ou « Dhajji dewari », un  patchwork mural composé de panneaux horizontaux, verticaux, ou diagonaux, qui présente une flexibilité qui fait défaut aux constructions modernes. En octobre 2005, lors du tremblement de terre qui secoue le Cachemire, ces bâtiments, conçus pour être secoués, sauvent des vies. Ailleurs, la communauté maîtrise l’aléa en s’organisant. Au Nord-Ouest du Pakistan, dans les districts de Manschra  et de Bettagram, l’altitude, le climat, le relief montagneux , isolent  les communautés.  Des terres infertiles et la pauvreté ajoutent au décor. Pour affronter les tremblements de terre, les pluies diluviennes, la neige, les glissements de terrain, et les inondations rapides, les populations n’ont que leur solidarité. En période de fortes pluies, quelques-uns surveillent le niveau des eaux, et préviennent les foyers exposés. Les familles plient bagage, et se réfugient chez un parent, ou un ami. Le retour à la normale est fêté par des spectacles, et des rituels. En Papouasie-Nouvelle Guinée, les villages Singas, situés sur l’une des rives de la Markham River, dépendent d’une rivière capricieuse. Deux inondations mémorables en 1998 et 2002.  Des maisons sur pilotis, qui s’élèvent au fil des crues et de leur fréquence, un usage planifié des terres cultivables, une solidarité pour la nourriture et l’environnement, révèlent l’adaptation à un milieu à la fois généreux et hostile. Incités à déplacer leur habitat sur les hauteurs, ils ont refusé. (2)

 

Lire les humeurs du ciel.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, a beaucoup travaillé avec des communautés africaines. Beaucoup d’Africains, initiés lisent les prévisions météorologiques inscrites dans la nature. Ils connaissent, par exemple, la route des tempêtes et celle des vents dominants, une annonce qui permet de construire un toit, d’aménager un coupe-vent, ou d’ériger des murs, avec un peu d’avance sur le mauvais temps. Une bonne lecture des corridors de pluie permet de se préparer à l’orage. Connaître la couleur des nuages porteurs de grêlons, savoir qu’une tempête peut succéder à une sécheresse, ou que la lumière d’une première pluie peut annoncer un désastre, est une mémoire héritée d’une longue observation des cieux africains. Cette lecture ancestrale permet aussi de repérer un chant d’oiseau qui annonce la nouvelle saison. Ce bulletin météo note encore la hauteur des nids d’oiseaux près des rivières, annonciateur d’inondations ; ou la multiplication des mites, signe d’une sécheresse à venir. Quand une  position du soleil coïncide avec  la présence d’une certaine espèce d’oiseau près d’une rivière, la saison des pluies arrive. A défaut de pouvoir toujours parer aux aléas du climat, ces informations peuvent être utiles pour le calendrier des cultures. (1)


Insulaires et scientifiques.

Sur l’île d’Ambae, le plus grand volcan de Vanuatu est doté de deux lacs de cratères, le lac Voui et le lac Lakura, l’un bleu, l’autre vert. Endormi pendant près de quatre siècles, Ambae semble se réveiller en 1991. Au dessus des lacs jumeaux qu’il survole, un pilote de la Vanair, la compagnie aérienne locale, remarque une surface en ébullition. A proximité, la végétation est brûlée. Quelques jours plus tard, les signes s’affirment, émanations de soufre, eaux aux couleurs changeantes. Les insulaires n’ont rien remarqué. Eveillé, le volcan multiplie les secousses pendant trois années. En 1995, l’affaire semble plus grave. Les eaux du lac bouillonnent, un panache de fumée s’élève sur 2 à 3 kilomètres dans le ciel, les secousses se répètent. L’évacuation de l’île est envisagée. Les géophysiciens de l’ORSTOM – devenu l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement –  prédisent l’éruption de l’Ambae,  70 chances sur cent. Mais le volcan continue de somnoler.(4) Un chercheur néo-zélandais, qui travaille sur les risques volcaniques, et avec les communautés d’Ambae, reprend l’histoire. En 1995, la France – Vanuatu est lié à la France par l’histoire et la Francophonie – dépêche un navire pour évacuer les insulaires. Mais ceux-ci n’ont pas décelé les signes habituels qui annoncent l’éruption du volcan, le lac qui change de couleur, le départ soudain des oiseaux, ou les fourmis qui colonisent la végétation. Effrayée par le navire français, la population s’enfuit sur les hauteurs. (3) Dix  ans plus tard, en 2006, le lac Voui se colore à nouveau d’un rouge, jugé inquiétant…(5)


MJ.

 

 

 

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(1) The Wave That Eats People – The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction, David Singh, UNISDR, 09-08-2011http://www.unisdr.org/archive/21236

(2) “Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction: Good Practises and Lessons Learned from Experiences in the Asia-Pacific Région”;  ISDR (International Strategy for Disaster Reduction ),  Kyoto University,  European Union, 2008. http://www.unisdr.org/files/3646_IndigenousKnowledgeDRR.pdf

 (3)“Snakes and folk tales meet science in disaster warning”,Smriti Mallapaty, SciDev Net, 21-11-2012, http://www.scidev.net/en/agriculture-and-environment/features/snakes-and-folk-tales-meet-science-in-disaster-warning.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_agricultureandenvironment

(4) Ambae Volcano, Vanuatu Tourism Office, 2011. http://vanuatu.travel/fr/discover-the-islands/volcans/ambae-volcano.html

(5)« Vanuatu : Ambae et le lac Voui », earth-of-fire, le blog de Bernard Duick, 05-10-2010 http://earth-of-fire.over-blog.com/article-vanuatu-ambae-et-ambrym-57995700.html

 


Publié le 29 novembre 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Catastrophe naturelle.,Climat,Volcans.
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Climat, migrations, et circulation.

 

Bonjour,

Climat, paupérisation, pression démographique.

Le changement de climat, et ses multiples manifestations, ne provoquera pas de déferlante migratoire, des millions de déracinés prêts à traverser les frontières pour s’établir dans un autre pays, en quête d’une existence plus décente. Les fameux « réfugiés climatiques ». Le Worldwatch Institute, qui interroge les dernières recherches sur les migrations liées aux dérèglements environnementaux, en cours et à venir, nuance le fantasme d’une marée humaine jetée sur les routes du monde. (1) Les prédictions les plus alarmistes parlaient d’un milliard de réfugiés en 2050 . Nuance encore soulignée par une étude conduite pour le compte des Nations Unies, livrée en juin 2009. (2) Si la recherche adoucit ses prévisions, c’est qu’elle renonce à une causalité implicite entre changement de climat et migrations. Les sécheresses, les canicules, les ouragans, et  les inondations provoqueront des départs,  mais le climat  ne sera pas le seul facteur expulsif.  La tendance est déjà observée. Dans la plupart des cas, un changement d’environnement  progressif  devrait s’articuler à un contexte déjà difficile, une paupérisation des populations, une impossibilité de gagner sa vie sur place,  une  pression démographique – trop de monde pour les ressources disponibles -, pour favoriser l’émigration. Si tout le monde reconnait la difficulté du sujet, la relation  entre climat et migrations, tous s’accordent sur une tendance majeure. Le changement de climat, associé à un contexte socio-économique expulsif, devrait accentuer la mobilité. Les migrations, de courte durée, se pratiqueront dans un espace régional, souvent à l’intérieur des frontières nationales. Avec une tendance forte au retour.

Mouvements temporaires.

L’étude menée pour les agences des Nations Unies, qui multiplie les exemples, examine la question des migrations liées à un contexte de sécheresse, de désertification et de dégradation des terres cultivables. Une relation plus complexe que prévue. En Afrique, la littérature associe souvent la dégradation du milieu environnant  à l’émigration. Une recherche menée au Mali à la fin des années 90 montre que 80% des chefs de famille ont, au moins, un parent émigré. Cette mobilité,  liée à des opportunités économiques et au besoin de diversifier ses sources de revenus, n’est  pas une réponse directe à la désertification et à la dégradation des terres. Dans la même région, lors des sécheresses des années 1983-1985, les tendances migratoires révèlent une augmentation des  mouvements temporaires, pratiqués sur des distances courtes. Pendant que les migrations internationales, de longue durée, diminuent. Des études plus récentes révèlent qu’au Burkina-Faso, le manque de pluies favorise les migrations temporaires, de campagne à campagne. La migration vers les villes, ou  vers un autre pays, démarche plus onéreuse qui concerne une minorité éduquée, disposant d’un réseau social et d’un accès aux transports, est une tendance qui signale un meilleur contexte climatique et économique. Il faut de l’argent pour partir plus loin. Au Népal, la dégradation des terres et des conditions environnementales enclenche une mobilité locale, majoritaire. Même si une minorité, plus éduquée, se risque vers les villes. Le changement climatique affectera sans doute, de façon plus sévère, des communautés marginalisées, là où les autorités locales auront du mal à gérer la compétition pour la ressource.  Mais celles-là sont de toute façon moins mobiles.  A l’opposé de ceux-là, les populations pastorales qui depuis longtemps développent des stratégies d’adaptation aux brusques changements de conditions d’existence .(2) Mais au Mali et au Burkina-Faso, le mauvais état des pâturages, la pression sur les ressources fourragères, et l’émergence de poches de sécheresses, contrarient une stratégie de groupe, basée sur la mobilité et  la transhumance saisonnière. (3)

Rester ou revenir.

La relation entre accidents extrêmes, ouragans, inondations, surtout quand elles s’accompagnent de glissements de terrain, est plus violente. Et plus immédiate. La plupart des gens abandonnent leur maison et leur village pour s’installer ailleurs. Ces déplacés, souvent très vulnérables, rentrent chez eux le plus vite possible pour reconstruire leur maison, et tenter de se glisser à nouveau dans leur vie d’avant. Après le Tsunami de 2004, peu d’Indiens touchés par la violence de la vague quittent la région. La mobilisation rapide de l’aide internationale,  celle de la diaspora, expliquent sans doute cette migration contenue. Toujours en 2004, après  la tornade qui balaie le Bengladesh , peu de gens émigrent. L’aide est rapide, efficace. Et l’évènement jugé trop exceptionnel par les habitants pour se reproduire. Après le tremblement de terre de Kobe en 1995, 300.000 personnes  sont déplacées. Six mois plus tard, « seuls » 50.000 ne sont pas rentrés. Le manque d’assistance et un contexte socio-économique pré -existant peuvent aussi expliquer les départs. Après l’Ouragan Katrina qui dévaste les côtes de la Nouvelle Orléans en 2005, les communautés pauvres, les plus exposées et les plus affectées par la catastrophe, sans assurance pour rebondir, quittent définitivement la Nouvelle Orléans. Les plus riches,  mieux protégés, restent en ville. Tendance au retour encore nuancée par les  Philippines, où plusieurs années après l’éruption du Mont Pinatubo en 1991, les gens vivent  toujours dans des camps provisoires. Il faut dire que l’explosion, particulièrement violente, laisse un demi-million de sans abri. Concernant les personnes touchées par une élévation du niveau marin, elles seront sans doute moins nombreuses à partir que les 600 millions véritablement exposés à une mer plus haute. Ironiquement, les zones les plus sensibles, les villes côtières, sont aussi des espaces d’accueil pour de nombreuses populations immigrées. (2)

Petits migrants, grande échelle.

Réponse à une lente dégradation des terres, à une sécheresse que l’on voit s’installer, à un processus de désertification, et à la pauvreté, une diversification des revenus portée par une mobilité circulatoire. La migration-circulation, mobilité temporaire effectuée sur une courte ou moyenne distance, devrait notamment dominer dans les régions caractérisées par une agriculture pluviale. Ces chefs de famille qui migrent vers les centres urbains ou vers d’autres zones d’activités, là où il existe un marché de l’emploi, travaillent quelques mois dans l’industrie ou la construction. Ils envoient régulièrement de l’argent à la maison.  D’autres travailleurs émigrent vers des régions agricoles, soumises à un calendrier des récoltes décalé.  En Chine, une étude du Ministère de l’Agriculture menée en 2004 estime que les revenus non agricoles, et les transferts d’argent en provenance des migrants, sont en train de dépasser la part des revenus de l’agriculture dans le budget des ménages. En Inde, ces versements extérieurs comptent déjà pour le tiers des revenus annuels des ménages les plus pauvres et des sans- terre. En Afrique, les revenus non agricoles représentent 30 à 50% du budget des familles rurales. Proportion qui grimpe à 80-90% pour l’Afrique du Sud. Au Bengladesh, à la fin des années 80, les gains du commerce, des services, et les transferts d’argent commencent à remplacer un revenu agricole, en baisse. Ces mouvements temporaires, circulatoires ou saisonniers, souvent oubliés des statistiques, fonctionnent déjà à grande échelle. Au début des années 90 en Thaïlande, le tiers des migrations temporaires est aspiré par Bangkok et sa région au cours de la saison sèche, quand la main d’œuvre rurale est moins précieuse. En Inde, chaque année, 20 millions de personnes émigreraient de façon temporaire, des régions sèches vers les régions irriguées, plus gourmandes en main d’œuvre. La mécanisation de l’agriculture et le développement du BTP  favorisent la mobilité vers les centres urbains. Dans l’Etat du Bihar , cette migration temporaire vers les villes est passée de 3%, au début des années 80 à 24% en 2000.(2)

Retour.

Une migration-circulation plutôt qu’une émigration internationale, et définitive. Car il existe aussi une forte aspiration au retour. Au Burkina-Faso, les migrants temporaires, ceux qui passent les frontières nationales, ceux qui émigrent en ville, et ceux partis travailler dans d’autres  campagnes, rentrent chez eux au cours des deux années qui suivent leur départ. Au Vietnam, le Delta du Fleuve Rouge est un réservoir de main d’œuvre temporaire qui alimente les villes et le secteur de la construction. Les émigrés s’absentent quelques moins, avant de revenir. A l’aube des années 2000, 60% des migrants employés dans l’industrie et la construction  des villes côtières chinoises rentrent chez eux chaque année. Seuls 15 à 30% ont l’intention de rester. Insécurité de l’emploi, coût de la vie, habitat précaire, les conditions d’existence en ville favorisent cette circulation. Pendant que la dégradation de l’environnement dans les campagnes continue de gonfler les flux vers les villes. Mais beaucoup imaginent un retour au pays. Des enquêtes menées dans les villes africaines montrent que, riches et pauvres, rêvent d’une propriété en brousse, souvent dans leur village d’origine. Une façon de se protéger contre les crises politiques et économiques, un investissement essentiel pour les plus pauvres. (2)

 

M.J

 

Il y a aussi ceux qui ne veulent plus rentrer……

 

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(1) “Climate-Related Migration Often Short Distance and Cyclical, Not International”, World Watch Institute , 13-11-2012

http://www.worldwatch.org/climate-related-migration-often-short-distance-and-cyclical-not-international-0

(2) “Crisis or adaptation? Migration and climate change in a context of high mobility”,

Cecilia Tacoli, IIED, Prepared forExpert Group Meeting on Population Dynamics and Climate Change – UNFPA and IIED

In Collaboration with UN-HABITAT and the Population Division, UN/DESA

24-25 June 2009

http://www.unfpa.org/webdav/site/global/users/schensul/public/CCPD/papers/Tacoli%20Paper.pdf

 

(3)«  Vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations pastorales du Mali et du Burkina Faso : une approche par les risques », Abdrahmane Wane, Ibra Touré, Véronique Ancey, CIRAD-PPZS, Dakar – Sénégal,  Réunion du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Accra, 14, 15 et 16 décembre 2010

http://www.food-security.net/medias/File/rpcaaccra2010Abdrahmane_Wane_CIRAD.pdf


Publié le 22 novembre 2012 par marlene dans Climat,Migrations.
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Décroissance: « the less is much more »…

Bonjour,

“For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, « Pour les champions de la décroissance, moins est beaucoup plus », titre un article d’IPS qui éclaire le concept. (1) « Degrowth » en Anglais. Cette pensée qui tourne le dos à la croissance n’apparaît, à priori,  pas très compatible avec nos sociétés ultra- développées, et ultra-accroc à la conso. Erik Assadourian, chercheur au World Watch Institute, où il dirige la publication « State of the World » (2), donne  la mesure du projet : « Un changement sociétal est essentiel dans un monde où 7 milliards d’humains épuisent la biocapacité de la terre et dont les écosystèmes-clé, climat, pêche, pollinisation, sources d’eau potable, menacent de rompre. » (1). Il ajoute : « En ne suivant pas activement le chemin de la décroissance, nous subirons un dérèglement incontrôlé du système mondial qui nous amènera beaucoup plus d’inconfort que l’ordre de la décroissance. » (1) Erik Assadourian est l’une des voix du World Watch Institute qui met en garde les pays développés, Etats-Unis en tête, contre les dérives d’un ordre économique assujetti à la croissance et à la consommation. La perspective d’une démographie augmentée de deux milliards d’individus vers le milieu du siècle devrait alourdir la charge d’une planète déjà dépassée. Dans un ouvrage intitulé « Les Limites à la croissance », les auteurs notent en préface que la consommation actuelle des ressources par l’homme excède de 20% la capacité de la planète. « L’humanité aurait donc connu pour la dernière fois un niveau de vie soutenable dans les années 80….Hélas, l’empreinte écologique des hommes continue à augmenter malgré les avancées technologiques et institutionnelles. C’est d’autant plus grave que l’humanité est déjà en territoire non soutenable ». (3)

 

Convaincre. Intellectuels et activistes de la décroissance se proposent donc d’emmener les pays les plus développés sur cette voie. Cette invitation  remet en cause une civilisation formatée par les politiques, les media, et les modèles, qui trouvent écho dans  des sociétés qui associent statut social et pouvoir d’achat. Terrain miné pour les promoteurs de  la décroissance  qui dénoncent l’accumulation et le gaspillage, qui transforment l’épanouissement personnel en capital, qui en appellent à une meilleure distribution des richesses. « Le principal défi de la décroissance est évident : comment convaincre les riches et les puissants d’être enclins à redistribuer – à l’intérieur des sociétés et entre elles. Tout le monde en profiterait si cette dynamique était changée », promet encore  Erik Assadourian. (1) Cette transition économique plaide pour un changement d’échelle. Une petite agriculture ou des jardins communautaires, alternative à une dépendance à la chaine alimentaire industrielle. L’échange, le recyclage, alternative à l’industrie du shopping. Ou encore le partage du travail, gain de temps pour les loisirs, et alternative au stress.  Quand les gens travaillent moins, ils gagnent moins, et ils consomment moins. Moins de gens dans les avions, des maisons plus petites, des voitures plus petites, ou des vies sans voiture. Mais pour parvenir à ce « moins qui fabrique du plus », il faut une politique qui accompagne ce changement, construit des bibliothèques, développe des transports en commun,  multiplie les voies cyclables et  les rues piétonnes. Dans le monde d’Assadourian, ces équipements publics seraient financés par les impôts des citoyens les plus aisés. Imparable, le tribut des plus solvables devrait  encore réduire la consommation de luxe et les déplacements. Les plus riches ont aussi la réputation de peser le plus sur l’environnement. Si la voie est tracée, la mise en œuvre est plus confuse. Comment passer d’une civilisation articulée à la croissance à une ère de décroissance ? Un mix entre les deux, expérimenté sur une période transitoire avant l’abstinence ? Certaines grosses économies, comme celle des Etats-Unis « devront » basculer vers la décroissance,  tout en dopant la croissance de secteurs alternatifs, les énergies renouvelables ou l’agriculture raisonnée. (1)

 

« Cittaslow ». Le concept de décroissance, qui chemine loin devant celui du développement durable en matière de sobriété, est même devenu « une condition nécessaire à l’élaboration d’un monde réellement prospère ». Précision de la présentation d’un colloque international réuni à Montréal, au Québec, en mai 2012. Cette rencontre, intitulée « Décroissance dans les Amériques », s’est appuyée sur les travaux de deux colloques précédents, Paris en 2008, et Barcelone en 2010. Car l’idée fait son chemin. Quelques pays, en Europe ou en Amérique du Nord, ont déjà amorcé une réflexion sur les possibilités de cette mutation. Cette proposition de société, démocratique et collective, a d’ailleurs trouvé un allié inattendu avec la crise financière qui secoue l’Europe et les Etats-Unis. S’il est question de produire et de consommer moins, invitation qui répond à un pouvoir d’achat en berne, il est aussi question d’une  justice sociale qui partage travail et richesses. Vitrines d’expériences encore marginales, les « Cittaslow », déclinées sur le mode du slow food de Carlo Petrini. La « Cittaslow »  est mouvement qui restitue l’espace urbain aux citoyens et aux piétons. Initié  dans une petite ville de  Toscane en 1999, il façonne un art de vivre autour du patrimoine, il privilégie l’espace public, l’accueil, ou l’économie locale. Près de 70 cités italiennes participent à cette expérience menée dans les villes de moins de 50.000 habitants. Ce réseau urbain s’est exporté,  en Espagne, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Norvège, mais aussi en Corée du Sud, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Où il est devenu « Slowtown ». (4) L’Italie, berceau des « Cittaslow,  est aussi le pays qui a accueilli le 3° Conférence internationale sur la décroissance, réunie à Venise en septembre dernier.

 

« Alternatives au développement ». «  Nous trouverons le moyen, avec notre petit mouvement de décroissance des pays du Nord, pour nous aligner sur le mouvement de justice environnementale réclamé par les pays du Sud. » (5) A Venise, l’économiste catalan Joan Martinez-Alier s’est tourné vers les pays  moins riches.  Avec une question, comment projeter un modèle de décroissance sur des sociétés qui amorcent une dynamique de développement. Pour Joan Martinez-Alier, les activistes de la décroissance des pays industrialisés doivent articuler leur action aux mouvements sociaux des pays en devenir. Exemple, l’Amérique du Sud, au Pérou, au Brésil, en Argentine, au Chili ou en Colombie, où les nombreux projets d’extraction minière ont fabriqué une opposition active. L’économiste catalan parie sur une décroissance des pays du Nord, devenus moins gourmands en ressources exploitées en Amazonie, ou dans d’autres écosystèmes d’Amérique latine. Moins de besoins, moins de grands chantiers, et moins de pressions environnementales sur ces espaces. De leur côté, les communautés d’Amérique du Sud qui empêchent l’extraction minière, et les excès des infrastructures associées, évitent les pollutions liées à cette exploitation. Un bénéfice écologique pour tout le monde, Nord et Sud. Arturo Escobar anthropologue colombien impliqué dans le développement alternatif, mais résolument opposé à une vision formatée et imposée par le Nord, répond «  oui » au dialogue entre activistes occidentaux et mouvement sociaux du Sud. Et de préciser : « Dans le même temps, la vision de la croissance ne peut être rejetée par le Nord et considérée acceptable par le Sud ; le Sud n’a pas besoin de développement, il n’a pas non plus besoin de développement durable, il a besoin d’alternatives au développement. » (5)

M.J

 

 

 

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(1) “For Champions of Degrowth, Less Is Much More”, Malgorzata Stawecka, IPS, New York, 07-11-2012 http://www.ipsnews.net/2012/11/for-champions-of-degrowth-less-is-much-more/

(2) “State of the World 2012: Moving toward Sustainable Prosperity”, Rapport 2012 du World Watch Insitute. http://www.worldwatch.org/stateoftheworld2012

(3) « Les limites à la croissance (dans un monde fini) », Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers,  Editions Rue de l’Echiquier, 2012.  Version française d’un rapport intitulé « The Limits to Growth (‘Les limites à la croissance’), étude commandée en 1972 par le Club de Rome. p 20.

(4) Cittaslow, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Cittaslow

(5) “South Invited to ‘De-Grow’”, Claudio Ciobanu, IPS, 25-09-2012, http://www.ipsnews.net/2012/09/south-invited-to-de-grow/


Publié le 14 novembre 2012 par marlene dans Décroissance.,Developpement,Exploitation minière
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Riesco, couleur noir charbon.

Bonjour,

Des confins hospitaliers. C’est une île enchâssée dans une géographie de baies, de fjords, et de canaux, qui s’appuie au Sud sur le Détroit de Magellan, en Patagonie chilienne.   C’est  la région de Magallanes et de l’Antarctique, la plus méridionale du Chili, la plus froide aussi. Au Nord de l’île, le fjörd de Skyring, au Sud celui d’Otway, les deux reliés à l’Est par le canal de Fitzroy.  L’île s’ouvre au  Sud-Est sur la péninsule de Brunswick et, au-delà du Détroit de Magellan, sur la grande terre de Patagonie. Le port de Punta Arenas s’accroche lui au Nord-Ouest du Détroit de Magellan. L’ïle de Riesco, c’est son nom, est une île de taille respectable, plus de 5000 km², la quatrième du Chili. Ses vallées sont couvertes de forêts de hêtres. L’Ouest de l’île, qui s’inscrit dans l’arc de la cordillère des Andes, culmine à plus de 1800 mètres avec le Mont Atalaya. Il n’est peuplé que de glaciers. L’île comptait 57 km² d’étendues glacées dans les années 80, 40 km² aujourd’hui, rapporte une étude de 2002 qui pointe des températures à la hausse. La topographie de la partie Est est plus douce, le régime des pluies modéré. C’est dans cette partie de l’île que se sont établis les colons. Depuis le milieu du XIX° siècle, ces confins accueillent des populations européennes. Vers la fin du XIX° siècle, Punta Arenas, port commercial, est une ville importante et animée. Après 1914, l’ouverture du Canal de Panama facilite le voyage et rend ces terres plus accessibles. Croates, Allemands, Anglais,  Hollandais, Danois, Italiens, Espagnols ou Russes, attirés par les vastes pâturages de la région, s’y installent. A Riesco, les estancias exploitées par des particuliers, souvent des Croates, pratiquent l’élevage du mouton dans un paysage idyllique. (1) (2) (3)

 

Du charbon pour le Chili. Tout se gâte quand la COPEC, l’une des compagnies pétrolière et forestière les plus influentes du Chili, décide d’exploiter le charbon, pourtant de mauvaise qualité, de l’île Riesco. Elle est assistée dans ce projet par Ultramar, une compagnie maritime chilienne. Le Minera Isla Risco projette la construction à terme de cinq mines , dotées d’un port pour acheminer le charbon extrait. Les réserves évaluées à 300 millions de tonnes, permettent aux compagnies impliquées d’espérer 12 à 25 ans d’exploitation. C’est un projet estimé autour des 840 millions de dollars. En décembre 2009, l’aménagement du port reçoit un aval environnemental. Et en aout 2011, la préparation à l’exploitation du premier gisement reçoit un feu vert. A l’échelle du Chili, ce projet minier vise à alléger les importations  de charbon, et à réduire la dépendance énergétique. Le pays achète actuellement 96% du  minerai  destiné à produire de l’électricité à l’étranger, en Colombie, en Indonésie, en Australie. (3) Avec une production annuelle supérieure à 6 millions de tonnes, supposée sur 25 ans, l’exploitation du charbon de l’île Riesco devrait réduire de 30% les importations du Chili.  Estimations les plus optimistes. (3) (4) Ce projet s’intégrerait également dans le plan de développement de la région de Magallanes et de l’Antarctique, annoncé en décembre 2010 par un Président Pinera, formé à l’école américaine.(3) Mais les 800 emplois promis pour la construction des mines, et les 700 annoncés après leur mise en activité ne suffisent pas à calmer les opposants, pas décidés à brader leurs paysages.(3)

 

Pas contents. « Nous ne sommes pas opposés à des projets qui apportent du travail et participent au développement de la région », déclare le maire de Punta Arenas, Vladimiro Mimica en mais 2001, propos rapportés par le Patagon Journal. (3)« Cependant, nous nous opposons à un modèle économique qui nous est imposé sans discussion, analyse, et participation de tous ceux qui sont affectés. » poursuit-il. Pas consultés non plus la colonie de pingouins de Magellanes,, environ 10.000 vivent en périphérie de l’île, la baleine Humpback, autre familière des lieux, et quelques communautés de dauphins.

 

M ;J

 

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(1) Islas Riesco, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_Riesco

(2)Inventory of glaciers in isla Riesco, Patagonia, Chile, based

on aerial photography and satellite imagery, Gino Casassa,1, 2 Katrine Smith,1, 3 Andre¨ s Rivera,4, 2 Jose¨ Araos,4 Michael Schnirch,5 Christoph Schneider5, Annals of Glaciology 34 2002 #International Glaciological Society, http://www.glaciologia.cl/textos/casassa2002.pdf

(3) “Riesco Island conflict: Who decides Chile’s energy future?”,  Patagon Unbound, 0_-03-2011, http://www.patagonjournal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1832%3Aconflicto-de-la-isla-riesco-iquien-decide-el-futuro-energetico-de-chile&catid=60%3Aeditor&Itemid=264&lang=en

(4) Riesco Island Project, Chile, Mining Technology.com, http://www.mining-technology.com/projects/riesco-project/

Source carte des gisements de charbon sur l’île Riesco. :Map of Mineral Isla Riesco

 

 

 


Publié le 15 octobre 2012 par marlene dans Chili,Climat,Ecosystèmes.,énergie,Exploitation minière
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En attendant le Zéro-Waste…

 

Bonjour,

Le développement économique et l’urbanisation croissante devraient doubler l’accumulation des déchets produits par les villes et leurs habitants, d’ici une dizaine d’années. Leur volume annuel passerait de 1,3 milliards de tonnes à 2,26 milliards en 2025, échelle mondiale. L’info est  rapportée sur le site du World Watch Institute dans un article Intitulé  « Global Municipal Solid Waste Continues to Grow« , Epluchures de légumes, papiers, plastiques, verre, métaux, gonflent les tas de MSW, ces Municipal Solid Waste rejetés par les villes. Production des particuliers, des administrations, ou des commerces urbains,  ils sont collectés au coin de la rue. A moins d’être durablement  oubliés sur les trottoirs et les terrains vagues des cités du monde en développement. Les eaux usées, les morceaux de bâtiments éventrés, les mauvais métaux associés, ou les déchets industriels, vomis par les villes et leurs usines, participent à cette accumulation qui dénature l’environnement de zones parfois très peuplées. Mais pendant que les détritus s’entassent aux portes des villes de la planète, le recyclage progresse.

 

Urbanisation et consumérisme.  Les pays de l’OCDE, le club des pays riches, se débarrassent de 1,6 millions de tonnes  de déchets par jour, quand l’Afrique subsaharienne n’en produit que 200.000 tonnes. Les Etats-Unis, en tête de liste avec 621.000 tonnes de rejets quotidiens,  sont désormais talonnés par la Chine, 521.000 tonnes. Car, conséquence d’une urbanisation et d’un consumérisme croissants, quatre grandes économies émergentes figurent désormais au top-10 des producteurs de déchets urbains, Chine, Brésil, Inde, et Mexique. Au début des années 2000, la Chine compte un demi-milliard de citadins. Depuis le début des années 80,  la quantité de MSW, collectée et transportée dans le pays, a été multipliée par 4. Soit une progression annuelle supérieure à 8%, bien supérieure à la croissance de la population chinoise. (1)

 

Emballages. Le développement des villes et des revenus croissants influencent encore le contenu des poubelles. Les résidus non naturels, plastiques, papiers, aluminium, se multiplient à mesure que les gens migrent vers les villes, et y consomment des produits manufacturés et emballés. Ainsi les déchets organiques ne constituent que le quart des ordures produites par les cités des pays riches. Les villes de  l’espace émergent, dont les populations sont encore en train de changer de comportement, génèrent encore 60% de déchets organiques. Et les campagnes, encore plus distantes d’une occidentalisation des habitudes et des produits, rejettent entre 40 et 85% de déchets organiques.

 

Recyclage. A l’échelle mondiale, le quart des déchets est recyclé, transformé en compost, ou destiné à un traitement plus doux pour l’environnement que les décharges ou l’incinération. Mais le recyclage obéit aussi à une différenciation entre les pays industrialisés, et ceux qui amorcent leur développement. Etats-Unis en tête, où le tiers des déchets urbain est recyclé, contre seulement 10% en 1980. La plupart des pays riches connaissent une évolution similaire. La filière des déchets, de plus en plus régulée et encadrée, favorise une économie de recyclage. Une activité rentable. Selon la Banque mondiale, le marché de la ferraille et celui du papier dégageraient au moins 30 milliards de dollars chaque année. L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, estime que la filière, définition large, de la collecte au recyclage, rapporterait 400 milliards de dollars annuels, échelle planétaire. L’UNEP, qui s’inquiète de l’accumulation des rejets aux portes des villes, multiplie les incitations au recyclage.(2) Imaginons que la totalité des déchets organiques soient transformés en compost, ou convertis en énergie.

 

Economie circulaire. Présenté comme bon élève du club des pays riches, le Japon. Depuis le début des années 90, l’archipel nippon a multiplié les lois visant à réduire l’utilisation de certains matériaux, à réutiliser et à en recycler beaucoup d’autres. Le pays, engagé sur la voie d’une économie circulaire, en a fait une priorité nationale. Avec quelques succès. La productivité des ressources – le PIB (produit intérieur brut) mesuré à prix constant, divisé par la consommation intérieure de matières, en yen par kg –  devrait doubler d’ici 2015, par rapport au niveau de 1990. Pour la même période, le taux de recyclage devrait également doubler. Et les matériaux envoyés à la décharge ne devraient représenter que le cinquième du volume produit en 1990.

 

Zero Waste. Pour contrer l’accumulation des déchets, quelques ilots de résistance s’organisent. Zéro Waste, c’est la formule choisie par la Nouvelle-Zélande, qui en fait désormais sa marque de fabrique. L’archipel des confins, qui  articule sa politique économique et commerciale autour de cette exigence, travaille son image d’ exportateur de produits « propres ». Sur le site du ZeroWaste, la profession de foi colle aux préoccupations environnementales du moment : « Zero Waste est un but éthique, économique, efficace, et visionnaire, destiné à guider les gens dans le changement de leur style de vie et dans leur pratique afin de retrouver des cycles naturels durables, où tous les matériaux jetés sont conçus pour devenir les ressources d’autres gens »… « La mise en oeuvre de Zero Waste éliminera les rejets qui polluent la terre, l’eau, et l’air, et qui sont une menace pour la planète, la santé des hommes, des animaux, et des plantes. »

M.J

 

 

 

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(1)“The current situation of solid waste management in China”, Qifei Huang · Qi Wang · Lu Dong · Beidou Xi, Binyan Zhou, 27-10-2005, J Mater Cycles Waste Manag (2006) 8:63–69 © Springer-Verlag 2006 http://www.environmental-expert.com/Files/6063/articles/9024/1.pdf

(2) « Vital Waste Graphics » was initiated by the Basel Convention Secretariat and produced in partnership with the Division of Environmental Conventions (DEC) of UNEP, Grid-Arendal and the Division of Early Warning Assessment-Europe of UNEP. It is being published for the seventh meeting of the Conference to the Parties of the Basel Convention (COP7). http://www.grida.no/publications/vg/waste/

Economie circulaire: “Circular Economy related international practices and policy trends”, Prof. Dr. Peter Heck, IfaS, Environmental Campus Birkenfeld, 20.2.2006 http://siteresources.worldbank.org/INTEAPREGTOPENVIRONMENT/Resources/CircularEconomy_Policy_FinalDraft_EN.pdf

Traitement des déchets par pays / Banque mondiale :http://siteresources.worldbank.org/INTURBANDEVELOPMENT/Resources/336387-1334852610766/AnnexL.pdf


Publié le 7 septembre 2012 par marlene dans déchets,Developpement,Urbanisation
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« Give future génération a voice »

Bonjour,

Le RIO+20 ne marque pas d’avancée majeure sur la voie du développement durable. Ce nouveau Sommet de la Terre, organisé par les Nations Unies vingt ans après le premier « Rio », devait amorcer une réflexion sur la réduction de la pauvreté et de l’injustice mondiales, promouvoir une économie verte, ou encourager la bonne gouvernance.

Parmi les quelques acquis de ce RIO+20, les Objectifs de Développement durable (ODD) qui doivent prolonger les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), dont le processus s’achève en 2015. Un groupe de travail composé d’une trentaine de pays devrait commencer à formuler ces nouveaux objectifs dès 2013, pour les incorporer aux précédents. Le groupe des 77 pays en développement, et la Chine, insistent pour que ces objectifs accompagnent leur évolution économique et sociale. Ils réclament encore que les pays riches dotent cette transition d’un transfert de technologie, et d’un financement. Ce financement, contrarié par la crise financière qui secoue l’Europe, n’a pas été précisé. Reste un partenariat entre pays riches et pays pauvres, difficile à accorder, qui promet des frictions au cours des années à venir.

Le rôle du PNUE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, qui mène la marche vers un développement durable, sera renforcé. Le PNUE obtient un budget sécurisé. Il sera chargé de coordonner des stratégies mondiales concernant l’environnement. Il pourra encore développer des programmes de recherche scientifique. Mais, ambition ratée, le PNUE ne devient pas une grande agence de l’ONU indépendante. Ce que demandait la France, soutenue par l’Union européenne, et l’Afrique.

L’économie verte, pourtant annoncée comme l’un des grands travaux du RIO+20,  a raté son entrée. Défendue par les pays riches, le PNUE, la Banque mondiale, cette vision du développement a été rejetée par les puissances émergentes. Elles l’ont interprétée comme une menace pour leur économie, et une entrave à leur accès au marché international. Certains pays en développement craignent que ce concept d’économie verte véhicule, et impose, le modèle des plus riches, au lieu d’ouvrir la voie vers un véritable développement durable. En clair, les pays émergents et des ONG pensent qu’il s’agit de « verdir » le modèle économique existant, sans en modifier vraiment les règles et la dynamique.

La protection des océans, espace d’exception par sa superficie et ses ressources, espace soumis à une sur- exploitation, est une idée qui chemine. Mais la  proposition d’une gouvernance mondiale pour protéger la haute mer a été balayée par les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, ou le Venezuela, qui défendent d’abord leurs intérêts, pêche ou ressources minières. Les décideurs se sont cependant accordés pour freiner la surpêche, protéger les écosystèmes dont dépend la ressource, ou promouvoir la pêche artisanale. La pollution des mers et des océans, qui trouve sa source sur terre, devra être réduite. Avec la pollution plastique en ligne de mire.

Dans un article en ligne du Guardian, Kumi Naidoo, l’un des dirigeants de Greenpeace international commente : « Nous n’avons pas obtenu le futur que nous voulions à Rio, parce que nous n’avons pas les décideurs dont nous avons besoin. Les dirigeants de la plupart des pays les plus puissants soutiennent le « business as usual », privilégiant de manière honteuse le profit personnel au sort de l’humanité et de la planète. »

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. » écrit Antoine de Saint-Exupery. D’où  l’idée proposée à l’occasion du RIO+20 de créer un Haut Commissariat pour les Générations futures. La jeunesse, qui plaide pour une égalité intergénérationnelle, est en train de s’organiser pour être représentée au plus haut niveau des négociations. La jeune génération, qui verra sans doute un futur que les dirigeants actuels ne connaîtront pas, veut peser dans des décisions qui les concernent,  sur-exploitation des écosystèmes, pollution des océans, ou émissions de gaz à effets de serre. Le concept de « durable », articulé au développement projeté et envisagé sur le long terme, est indissociable de cette  jeunesse. L’un des slogans :« Give Future Génération a voice. »

M.J

 

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« The Future We Want”, RIO+20, United Nations Conference on Sustainable Development, 19-06-2012, Pdf, English http://www.uncsd2012.org/content/documents/774futurewewant_english.pdf

« Pour une économie verte », PNUE, pdf, français. http://www.unep.org/greeneconomy/Portals/88/documents/ger/GER_synthesis_fr.pdf

“Rio+20 Earth Summit: campaigners decry final document”, Jonathan Watts and Liz Ford in Rio de Janeiro, guardian.co.uk,  23-06-2012, http://www.guardian.co.uk/environment/2012/jun/23/rio-20-earth-summit-document

Citation : « We didn’t get the Future We Want in Rio, because we do not have the leaders we need. The leaders of the most powerful countries supported business as usual, shamefully putting private profit before people and the planet. »


Publié le 2 juillet 2012 par marlene dans Actualité,Développement durable,Objectifs du Millénaire.
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Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

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(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
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RIO+20, RIO+vert.

Bonjour,

Après Stockholm en 1972 et Rio en 1992, le RIO+20 est la troisième grande rencontre internationale, organisée par les Nations Unies, sur le thème d’un développement plus doux pour la planète et ses habitants. « The future we want », l’intitulé de la Conférence annonce son ambition. Après des rencontres  préparatoires, amorcées en mai, prolongées mi-juin, la partie décisive de ce sommet se tiendra  du 20 au 22 juin 2012, à Rio de Janeiro, la capitale économique du Brésil. On y attend les représentants de plus de 190 pays, les dirigeants du Brésil, de la Russie, de la Chine, ou de l’Inde, sans doute ceux de la France et de  l’Espagne. Mais pas sûr d’y voir Barack Obama. Au total, 50.000 participants, secteur privé, ONG, bailleurs de fonds, et représentants de la société civile se croiseront dans les rues de la métropole brésilienne. Le Sommet des Peuples, rassemblement alternatif en quête de  justice sociale et environnementale, se tiendra en marge de la rencontre de l’ONU. Si le premier RIO s’est intéressé aux changements climatiques et à la biodiversité, thématiques pour lesquelles il a fait date, le second devrait préciser le concept d’économie verte .(1)

Entre deux Rio.

Entre les deux Rio, vingt ans, et une planète plus malmenée. Le « Living Planet Report 2012 » du WWF (World Wildlife Fund) rapporte une dégradation alarmante de la biodiversité, moins 28% entre 1970 et 2008, à peu près l’écart entre les deux Rio. Avec une situation plus alarmante dans l’espace tropical, dont les paysages ont perdu plus de la moitié de leur biodiversité. Conséquence de ce gâchis, une personne sur six dans le monde souffre de malnutrition. L’empreinte écologique, qui révèle la pression humaine sur les ressources renouvelables, signale une surconsommation des écosystèmes depuis les années 70. Il faut aujourd’hui un an et demi pour que les ressources consommées en une année se renouvellent. Un décalage emmené par les pays les plus riches. En vingt ans, les émissions de carbone ont augmenté de 40%. Avec une démographie gonflée de deux milliards de personnes vers le milieu du siècle, la pression sur les écosystèmes et la progression de la pauvreté risquent fort de s’aggraver. Faute d’imaginer une nouvelle façon de courir après le bien-être, c’est le clash. Si l’humanité entière vivait façon « américain moyen », il faudrait quatre planètes pour régénérer sa consommation annuelle de ressources naturelles. (2)

Un RIO+20 pour adoucir les perspectives.

Le Rio+20 doit poser les bases d’une économie verte qui réduit la pauvreté sans détruire l’environnement, et promouvoir le concept de « bonne gouvernance ». La vision d’une société mondiale moins inéquitable et moins agressive avec la nature  devrait se dessiner. Il s’agit d’une nouvelle étape sur la voie d’un « développement durable », entendu comme une terre encore préservée, ou restaurée, destinée à l’usage des générations futures. Cette réflexion collective devra notamment permettre de repenser l’articulation « production-consommation », et l’adoucir en y intégrant des critères de développement humain. La Conférence cible une thématique environnementale large, qui intègre les océans, les villes durables, l’eau, l’énergie, l’agriculture durable, la sécurité alimentaire, ou les incertitudes liées aux conséquences du  réchauffement climatique. Le Rio+20, qui pose le concept « d’économie verte » à l’échelle mondiale, devrait en envisager les contextes régionaux, les mécaniques, et les possibilités: un vivier d’emplois et des opportunités d’insertion sociale. Les pays pauvres devront être accompagnés par les plus riches dans cette transition verte. Si la communauté internationale ouvre une voie commune, cible des objectifs de consommation ou de production, développe des moyens pour mesurer les efforts accomplis, le processus transitoire pourrait démarrer dès 2015. (1) (3) (4)

Economie verte.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, définit l’économie verte comme « l’une dont le but est d’améliorer le bien être de l’humanité et l’égalité sociale, tout en réduisant considérablement les risques environnementaux et les pénuries écologiques. » (3) Mais le document signale encore l’élasticité d’un concept  qui peut associer plus librement croissance et environnement. Cette notion d’économie verte s’est imposée dans les discussions internationales au cours des dernières années. La crise financière lui a donné un second souffle. La promesse d’un développement respectueux des écosystèmes, réducteur de pauvreté, est compatible avec celui, plus ancien, de « développement durable » Mais l’instauration de ce nouvel ordre économique, qui noircit les rapports de l‘ONU et absorbe les spécialistes en hypothèses, comporte pas mal d’inconnues. Ce bouleversement des échanges mondiaux, plus défavorable aux pays en voie de développement, pourrait inciter au protectionnisme, déréguler le système de coopération internationale, et renforcer les inégalités.(3) Veronica Couto, l’une des responsable brésilienne du Sommet des Peuples, démasque le concept : «Le modèle économique que l’on déguise aujourd’hui en vert cherche à soumettre tous les cycles vitaux de la nature aux règles du marché et à la domination de la technologie, de la privatisation et de la marchandisation de la nature et de ses fonctions» (5) Un monde où l’eau douce des rivières, les sols fertiles, ou les parcelles de forêts primaires, évaluées pour les services rendus, seront convertis en valeur monétaire ?  Le REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation programme), le programme des Nations Unies qui rémunère les forêts encore debout, récompense pour le carbone stocké, illustre cette marchandisation et ses dérives. Au Pérou, au Kenya, au Congo, en Ouganda, en Indonésie, le REDD ouvre la porte aux compagnies forestières et aux Etats, qui misent sur la valeur carbone des forêts, au détriment des  populations qui exploitent des parcelles depuis des générations, sans titre de propriété.

S’entendre, ou ne pas s’entendre.  

Le premier RIO, la Conférence de Copenhague sur le climat, puis celle de Durban, ont révélé des discordes entre les pays riches, et les autres. Les seconds, au développement plus tardif, ne veulent pas porter la charge environnementale accumulée des premiers, accusés de polluer depuis les débuts de l’industrialisation. Le RIO+20 va probablement poser la question du partage des efforts pour engager cette transition verte. De même qu’il pourrait insister sur la mutation verte et le recul de la pauvreté, au détriment d’autres dossiers, changement climatique ou énergie. La crise financière peut encore vider les promesses et les engagements de ce RIO+2, pour en faire une étape de plus vers une transition. Encore reportée.

M.J

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(1)RIO+20 , United Nations Conference on Sustainable Develoment, Objective and themes, http://www.uncsd2012.org/rio20/objectiveandthemes.html

(2)Living Planet Report2012, Biodiversity, biocapacity, and better choices, WWF http://awsassets.panda.org/downloads/1_lpr_2012_online_full_size_single_pages_final_120516.pdf

(3) The Transition to a Green Economy: Benefits, Challenges and Risks from a Sustainable Development Perspective, Summary of Background Papers,José Antonio Ocampo,Columbia University,Division for Sustainable Development, UN-DESA, United Nations Environment Programme, UN Conference on Trade and Development http://www.uncsd2012.org/content/documents/Transition%20to%20a%20Green%20Economy_summary.pdf

(4) A Green Economy Knowledge-Sharing Platform: Exploring Options, Executuve summary, PDF, http://www.uncsd2012.org/content/documents/290A%20Green%20Economy%20Knowledge%20Platform_ExecSum%20only.pdf

(5) El Moudjahid (Algérie), Sommet de RIO+20 : La planète contre les peuples ?, M. Koursi, 03-06-2012 http://www.elmoudjahid.com/fr/flash-actu/7545

 


Publié le 15 juin 2012 par marlene dans Actualité,Brésil,Développement durable
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CO²: Les Nations Unies en font des tonnes…

Bonjour,

A quelques jours du RIO+20 la méga-conférence internationale sur le Développement Durable, finalisée au Brésil du 20 au 22 juin prochain, les Nations Unies entendent bien montrer l’exemple. Et commencer par faire ce qu’ils recommandent aux autres : économiser les ressources et réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Pour limiter les trajets en avion, et les émissions de CO² assorties, l’organisation internationale envisage de limiter sa participation à 1400 personnes, sur une fréquentation attendue  autour des 50.000 personnes, des représentants de la société civile à ceux de grands groupes industriels. Ce choix d’une représentation réduite, qui devrait cependant produire autour de 3600 tonnes de CO², en grande partie conséquence du transport aérien, signale la volonté de réduire le train de vie de l’ONU. (1) En 2010, un rapport « maison » estime que l’organisation, qui compte environ 200.000 employés,  une cinquantaine d’agences dans le monde éclatées en quelques centaines de représentations sur le terrain, rejette l’équivalent de 1,8 millions de tonnes de CO². Dont plus de la moitié liées aux déplacements en avion. (2) Avec une moyenne de 4,2 tonnes par employé, (1) l’équivalent du rejet  CO² par habitant de la Guyane française en 2007. (3) Et pour faire oublier les 3600 tonnes de CO² lâchées pour le Rio+20, les Nations Unies envisagent de les racheter via le CEOI (Carbone Emission Offsetting Initiative), un nouveau système de compensation carbone proposé par le PNUD,  le Programme de Développement des Nations Unies, dans le cadre de la coopération Sud-Sud . Pour les Nations Unies, il s’agit d’organiser un voyage à Rio « carbone neutre », une initiative appelée « climate neutral U.N. participation at Rio+20 ».

 Ce souci de moins peser sur l’atmosphère intervient dans un contexte tendu. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), qui publie le « World Energy Outlook  2011 », la demande  mondiale d’énergie primaire a grimpé de 5% en 2010, entraînant avec elle la courbe des émissions de CO. Ce malgré la crise économique mondiale. (4) En 2011, elles ont augmenté de 3,2% pour dépasser les 31 milliards de tonnes. La Chine, qui continue d’alimenter sa machine industrielle au charbon, est le premier responsable de cette hausse. Ses émissions ont augmenté de plus de 9%. Réactives aux énergies fossiles, les émissions de CO² obéissent aussi au contexte. Le Japon de l’après-Fukushima, qui consomme moins de nucléaire et plus de combustibles fossiles, voit ses émissions de CO² augmenter de 2,4% au cours de l’année 2011. Aux  Etats-Unis, second pollueur après la Chine, le gaz naturel qui remplace le charbon dans les centrales électriques, le ralentissement de l’économie, et un hiver clément, ont fait tomber les émissions de 1,7% en 2011. Même tendance en Europe, moins 1,9%, résultat d’une économie en récession et d’un hiver clément. Mais dans la Chine des années 2005-2011, les émissions de carbone rapportées au point de PIB – l’intensité carbone  – ont baissé de 15%. (5) Pour limiter la hausse moyenne des températures à 2°C, par rapport à celles de l’ère pré-industrielle, l’AIE invite la communauté internationale à réagir sans tarder. Renouvellement du parc énergétique au profit de technologies plus sobres en carbone, et efficacité énergétique. Mais, « La principale contribution à la réalisation des objectifs de sécurité énergétique et de protection du climat vient de l’énergie que nous ne consommons pas. » (4) Un Rio+20 sous forme de vidéoconférence ?

M.J

 

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(1) “U.N. Aims To Offset its Own Carbon Footprint”,  Thalif Deen, United Nation, IPS, 01-06-2012 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=108005

(2) “UN Publishes Greenhouse Gas Emission Figures and Highlights Progress towards Climate Neutrality”, UNEP, News Centre, New-York, 22-04-2012, http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=2678&ArticleID=9110&l=en

(3) Liste des pays par émissions de dioxyde de carbone par habitant http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_%C3%A9missions_de_dioxyde_de_carbone_par_habitant

(4) « World Energy Outlook 2011 », International Energy Agency, résumé en Français http://www.iea.org/weo/docs/weo2011/es_french.pdf

(5) 2011 Global CO2 Emissions Reach Record Level, Led By China, Michel Rose, Reuters, 24-05-2012, from the huffingtonpost   http://www.huffingtonpost.com/2012/05/24/2011-global-co2-emissions-china_n_1542785.html


Publié le 11 juin 2012 par marlene dans Actualité,Climat,énergie
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