Environnement
Un blog sur la géo-environnement

L’Inde qui doute, et l’Inde qui promet.

Bonjour,

Sur le chemin de Copenhague, un petit détour par l’Inde, le pays tropical des extrêmes météos où s’abattent canicules, pluies diluviennes, cyclones, ou sécheresses. En septembre dernier, les régions du West Bengale ont connu inondations, tornades, et coulées de boue, un déluge qui a jeté des milliers de personnes dans la rue. Ces inondations, récurrentes en Inde depuis une vingtaine d’années, sont probablement favorisées par des rivières saturées en vase, improvisées en déchetteries, et par une mauvaise gestion du réseau hydrographique. (1)  En août dernier, une grande partie du pays, privée de 30% des précipitations annuelles, a été touchée par une sécheresse tenace. S’il reste difficile d’accrocher avec certitude ces accidents météorologiques au réchauffement climatique, certains chercheurs indiens poussent le doute un peu plus loin. Un article de la BBC-News donne la parole à ces sceptiques. Le Dr RR Kelkar, directeur général du département indien de météorologie, grand observateur des excès du sous-continent, ses moussons, ses cyclones, temporise: « N’est-il pas trop simpliste d’accuser le réchauffement climatique juste parce que des inondations et des sécheresses récentes ont été plus graves? ». (2) Aux scientifiques de s’attaquer à ces questions climatiques et de découvrir comment elles affecteront l’Inde. « Mais », ajoute-t-il, « un des problèmes est que ces évènements sont parfois convertis en histoires effrayantes. » (2) Le Professeur SK Sinha, spécialiste des technologies de l’eau, accuse l’Occident, et en particulier les Etats-Unis, d’instrumentaliser le débat sur le climat: « Ils font les règles. De fait, ils séduisent même les populations des pays en voie de développement pour justifier ou confirmer leurs projections, sans toujours les fonder avec des données et des arguments valables ». (2)

L’avis des fermiers indiens….

http://www.dailymotion.com/video/xb450u

Les glaciers de l’Himalaya.

En Inde, la fonte des glaciers de l’Himalaya, pourtant révélée par le GIEC – le groupe d’experts internationaux chargés d’étudier l’évolution du climat – fait aussi débat. Une enquête parue le 13 novembre dernier dans le journal Science rapporte la discorde. (3) Dans son rapport 2007, le GIEC note que les glaciers « reculent plus rapidement que partout ailleurs dans le monde et, si cette tendance persiste, beaucoup auront disparu d’ici à 2035, ou peut-être avant si la terre continue de se réchauffer à ce rythme.» Ce n’est pas du tout l’avis du glaciologue Vijay Kumar Raina, auteur d’un rapport, commande du Ministère de l’Environnement indien. Pour lui, les mesures effectuées sur une « poignée » de glaciers, quand l’Inde en compte 10.000 ou plus, ne prouvent pas que l’Himalaya serait en train de fondre sous l’action du réchauffement climatique. Au contraire. En compilant des données recueillies ces dernières années, il montre que beaucoup de glaciers de l’Himalaya sont stables, ou avancent, signe de refroidissement. Et ceux qui reculent, signe de réchauffement, ralentissent leur retraite. Rajinder Kumar Ganjoo, un autre glaciologue indien, vole au secours de son collègue : « Si l’élévation des températures était la vraie cause du retrait des glaciers, alors toute l’étendue glacée qui recouvre l’Himalaya disparaîtrait de manière uniforme. » Des chercheurs américains soutiennent la thèse indienne, un glaciologue canadien temporise : «La surprenante stabilité de certains glaciers peut être un phénomène temporaire. La fonte a pu être ralentie par un été inhabituel, avec un ciel plus nuageux, et la possibilité de neiges probablement plus abondantes. » Un chercheur indien, qui a cartographié plus de 1000 glaciers à l’aide d’images satellites, estime que 1/5° de la couverture glacée de  l’Himalaya indien a disparu depuis les années 60. Jairam Ramesh, le Ministre de l’environnement prône  l’observation: « Nous n’avons pas besoin d’écrire l’épitaphe des glaciers, mais nous avons besoin de concentrer les recherches sur les écosystèmes de l’Himalaya puisque la réalité est incroyablement complexe.» (3) En fouillant un peu la question, la disparition des glaciers de l’Himalaya, phénomène admis dans les milieux scientifiques, reste cependant à documenter.  Pas assez de mesures de terrain, trop de glaciers à étudier.

Concessions indiennes.

Entre la ville de New Delhi, menacée par la montée du niveau de la mer consécutive au réchauffement, et les glaciers de l’Himalaya qui ne fondent pas si vite que ça, l’Inde ne souhaite pas renoncer à une croissance économique, portée par le charbon. Pourtant, en vue de Copenhague, le Premier Ministre Manmohan Singh, vient de concéder des objectifs « ambitieux » – sans les chiffrer – de réduction de gaz à effet de serre. A condition que la contribution indienne s’accompagne d’une répartition équitable des efforts entre les pollueurs.(4) Dans un éditorial publié dans la revue « Nature », l’Indien Rajendra K. Pachauri, à la tête du GIEC, se fait l’écho de perspectives inquiétantes. Si on ne fait rien, l’Inde, emmenée par sa croisance économique, pourrait multiplier ses émissions de GES par trois ou quatre, d’ici à 2030. (5)

M.J

(1) « Les ressources en eau de l’Inde. Disponibilité, utilisation et problèmes »Binayak DAS, -06 / 2009 http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7826.html

(2) India’s global warming fears -« Was this caused by global warming?”, Jill McGivering, BBC, 24-11-2009 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/1037114.stm

(3) « No Sign Yet of Himalayan Meltdown, Indian Report Finds », Pallava Bagla , Science, 13-11-2009, Vol. 326. no. 5955, pp. 924 – 925 -DOI: 10.1126/science.326.5955.924, http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/326/5955/924?ijkey=j6WYTxd5PZ8.c&keytype=ref&siteid=sci – Accès payant.

(4) « India ready for emission cuts but with conditions: PM” , The Times Of India, 28-11-2009http://timesofindia.indiatimes.com/india/India-ready-for-emission-cuts-but-with-conditions-PM/articleshow/5278476.cms

(5) « India pushes for common responsibility”, Rajendra K. Pachauri, ? Nature, 461, 22-10-2009http://www.nature.com/nature/journal/v461/n7267/full/4611054a.html


Publié le 1 décembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Copenhague,Inde
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Lula place l’Amazonie au coeur de son plan « climat ».

Bonjour,

Luiz Inacio Lula da Silva, engage son pays à diminuer « volontairement » ses émissions de gaz à effet de serre de 39 à 42% d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Objectif chiffré et initiative remarquée, à quelques jours de Copenhague, la Conférence des Nations Unies sur le Climat. Le Brésil, économie émergente, n’est pas soumis aux contraintes du protocole de Kyoto. Le pays de Lula, qui n’a nullement l’intention de ralentir sa machine économique, place la forêt au cœur de son ambition climatique. En 10 ans, le Brésil veut réduire la déforestation de 80% en Amazonie. Il veut la ramener à 40% dans le Cerrado, la savane brésilienne, en contrôlant l’élevage et l’agriculture qui s’installent à sa place. Septième pollueur mondial, entre l’Allemagne et le Japon, le Brésil produit moins de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. (1) Selon le World Ressources Institute, un think tank environnemental, la déforestation de l’Amazonie participerait  aux 2/3 des rejets du pays. (2)

Un récent recul de la déforestation.

L’Amazonie couvre environ 3,7 millions de m² du territoire brésilien, à peu près la  superficie de l’Europe de l’Ouest. Depuis les années 70, 20% de ce manteau forestier aurait disparu, avalé par l’exploitation illégale, principale cause de déboisement. (3) En 2009, le World Ressource Institute rapporte un recul de la déforestation, une première depuis 20 ans, début des premières observations par satellite. Entre août 2008 et juillet 2009, l’abattage illégal d’arbres aurait chuté de 46%. (2) Le World Watch Institute, autre think tank environnemental, confirme cette tendance.(3) Le site  « Déforestation-amazonie », pourtant intéressé par la question, est plus vague.  Le recul de la déforestation en Amazonie brésilienne, qui crédibilise l’annonce du Président Lula, semble difficile à caractériser. La réponse hésite entre volonté politique et contexte international.

Réguler l’exploitation forestière.

Dès 2008, le gouvernement brésilien s’engage à décourager une pratique illégale de la forêt. Les exploitants sont inquiétés. Ils doivent justifier leur activité en présentant un titre valide, condition pour obtenir des crédits de l’Etat, ou un prêt bancaire. Les forestiers indélicats risquent des amendes. Ils peuvent être exclus du négoce du bois, au Brésil et à l’étranger. (3) Le gouvernement multiplie les actions contre les déboiseurs illégaux. En  juin dernier, le gouvernement entreprend de régulariser des titres de propriété en Amazonie. « Une porte ouverte à la déforestation », répondent les écologistes brésiliens qui pointent une faveur accordée aux grands propriétaires. Greenpeace soutient.  Quelles que soient les positions, cette politique de « régularisation » de l’Amazonie brésilienne, immense territoire difficile à contrôler, est un énorme chantier. Environ 4% des terres d’Amazonie seraient exploitées légalement.(4) Faisant écho aux Autorités, des industriels brésiliens s’engagent pour épargner la forêt. Par exemple, la Brazilian Association of Vegetable Oil Industries refuse d’acheter les haricots de soja, produits sur les terres volées aux arbres après 2006 (3) Cette restriction, qui devait s’arrêter cette année, a été reconduite. Le gouvernement négocierait des accords similaires pour limiter l’empreinte des moulins, des abattoirs, et des aciéries implantés en Amazonie. (3) Pour le World Ressource Institute, la crise financière, qui a réduit la demande en viande et en soja  – le bétail et les cultures industrielles sont deux ennemis de la forêt – pourrait contribuer à expliquer cette pause dans l’exploitation anarchique de l’Amazonie. (1) Autre facteur externe, l’exigence occidentale en bois d’origine certifiée, qui laisse la production illégale sur place. (4)

Soja et déforestation…

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L’histoire des changements climatiques.

Reste que Lula a déjà promis 21 milliards de dollars à ses forêts primitives, d’ici à 2021. Ces crédits, qui restent à trouver, doivent s’ajouter aux 100 millions de dollars déjà alloués par la Norvège au fonds de conservation de l’Amazonie. En attendant, la déforestation continue. D’après les données satellites, elle était estimée autour des 7000 km² pour l’année 2008-2009. Un « léger mieux » par rapport à août 2007- juillet 2008, où près de 8150 km² ont disparu. Mais beaucoup moins bien que 2006-2007, avec un déboisement limité à 4.800 km². (3) En attendant une déforestation contenue autour des 20%, contribution du Brésil pour freiner la crise climatique – même si la transaction encore fait débat -, le Président Lula révise l’histoire des changements climatiques : « Il y a forcément une différence considérable entre les pays riches, qui ont une politique industrielle depuis plus de cent cinquante ans, les pays pauvres, qui commencent tout juste à se développer, et les pays émergents. ».(5) En évoquant la question de la « responsabilité », et donc celle de la « répartition des efforts » pour contenir les excès du climat, le Président Lula offre encore un beau sujet de discussion pour Copenhague.

M.J

(1) World Ressources Institute, 2005.

(2)« Brazil Pledges Ambitious Emissions Reductions”, Taryn Fransen, World Ressources Insitute, 11-18-2009 http://www.wri.org/stories/2009/11/brazil-pledges-ambitious-emissions-reductions

(3) “Deforestation Escalates in Brazilian Amazon”, Ben Block, World Watch Institute, 5-09- 2008 http://www.worldwatch.org/node/5877

(4)”En Amazonie, la forêt reprend ses droits », Chantal Rayes, Libération, 30-11-2009 6 D’après l’ONG Imazon

(5) Brésil « Les pays riches devront payer », CAFE RADIOBRAS.GOV.R, in Courrier International, N°994,19-25 novembre 2009, p42


Publié le 25 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Brésil,Climat,Copenhague,déforestation
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Copenhague : l’appel des Inuits

Bonjour,

A quelques jours de Copenhague, les Inuits se mobilisent pour faire entendre leur voix. Pour ces communautés qui essaiment autour du cercle arctique, le réchauffement climatique a déjà un passé.

Sheila-Watt-Cloutier, une voix pour les Inuits.

« De tous les peuples du monde, après avoir subi les effets néfastes de la mondialisation, nous devrions être en première ligne pour décider d’un environnement respectueux sur notre territoire arctique », confie Sheila-Watt-Cloutier , à CBC News, un grand média canadien, à quelques jours de la Conférence sur le climat des Nations-Unies. (1)  Depuis de nombreuses années, cette activiste, canadienne et Inuite, porte les revendications de sa communauté. Pressentie pour le Prix Nobel de la Paix 2007, avec Al Gore, elle associe réchauffement climatique et droits humains. En 2002, elle prend la tête de l’Inuit Circumpolaire Council (ICC), l’organe de représentation des Inuits. Préoccupée par des paysages arctiques qui commencent à changer, alertée par les scientifiques qui prédisent une fonte des glaces accélérée, elle lance une procédure contre les Etats-Unis. Elle récidive en 2005. Elle devient la voix des communautés Inuites du Canada et d’Alaska, aux habitations malmenées par un permafrost qui dégèle, et menacées de perdre un territoire de pêche dessiné par les glaces de mer. Elle demande réparation aux Etats-Unis, coupables d’émettre des gaz à effet de serre qui perturbent le climat et l’environnement. Elle dénonce une atteinte aux droits culturels et territoriaux des Inuits, pourtant garantis par la Déclaration Américaine des Droits et des Devoirs humains de 1948. De cette bataille juridique, qui engageait « David contre Goliath », selon son expression, elle espérait au moins un siège dans les négociations sur le climat.(2)

Des hivers qui changent.

Les Inuites, qui n’apprécient pas toujours d’être appelés «Esquimaux », essaiment au Canada, aux Etats-Unis, au Danemark, et en Russie.  Cette communauté d’environ 150.000 personnes change parfois de nom, au gré des territoires qui les accueillent. Elle reste « Inuit » dans les provinces canadiennes, le Grand Nord, l’extrémité du Québec, et le Labrador. Elle devient « Inupiat» en Alaska, confins partagés avec les « Yupik », qui vivent aussi en Sibérie. Au Danemark, les « Kalaallit » habitent le Groenland. (3) L’environnement arctique a façonné des communautés de pêcheurs et de chasseurs. Si la mondialisation et l’arrivée des industries d’extraction, gaz et pétrole, ont érodé ce mode de vie traditionnel, la chasse reste une activité indispensable. L’hiver, quand la mer est prise en banquise, les hommes guettent les phoques et les morses qui viennent respirer en surface, dans les trous formés dans la glace. La chasse, qui a une fonction économique, commerce de viande et marché réglementé de fourrures, constitue surtout la base du système alimentaire. Pour les plus pauvres, elle est une question de survie. La chasse, qui associe les différentes générations d’un groupe, est aussi un facteur de cohésion sociale.(2) La réduction des glaces de mer menace l’ensemble de ce système humain. Dès 2003, Sheila Watt-Cloutier rapporte: « L’océan est trop chaud. Nos Anciens, qui enseignent aux jeunes comment exploiter la période hivernale, sont désorientés. Noël dernier, après que la glace se soit formée, les températures ont atteint 4°C, et il a plu. Nous n’avions jamais vu cela auparavant. » (2)

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Des glaces de mer qui se réduisent.

Les scientifiques confirment. En 2003, un chercheur de la NASA estime que la température des océans et des terres de l’espace arctique a augmenté de 1°C en une décennie. Déjà, l’étendue de la couche permanente de glace s’est réduite. (4) La NASA, qui surveille les mouvements de l’Arctique grâce au satellite ICEsat, s’intéresse aussi aux glaces de mer. Terrain de chasse, elles protègent aussi les littoraux de l’érosion des vagues, et influent sur les températures de l’air et de l’eau. Ces dernières années, la couche glacée qui s’installe sur l’Océan Arctique chaque hiver, d’une épaisseur habituelle de deux mètres, a perdu 17cm par an. Soit  68 cm au cours des hivers 2004-2008. Mais toute la couverture océanique ne fond pas en été. La NASA rapporte que la superficie totale d’un manteau plus épais, trois mètres environ, résultat de plusieurs années d’accumulation, aurait diminué de 42% (5)  Sheila Watt-Cloutier le dit autrement : « Au printemps, la glace ne fond plus en juin, mais quelques semaines plus tôt. Parfois, cette glace est si fine que les chasseurs passent au travers. » (3) NASA/ Moovie.

Scénario probable.

Dans la perspective de Copenhague, l’ICC  adresse six recommandations aux  décideurs de la planète. Pour aider les Inuits à préserver leur territoire, elle les invite  à réduire de manière significative leurs émissions gaz à effet de serre. L’ICC souhaite que les effets de la crise climatique sur les sociétés de l’Arctique soit enfin reconnus. L’organisation propose qu’un Inuit intègre le GIEC, le Groupe d’experts internationaux qui étudie l’évolution du climat.  L’ICC insiste sur la nécessité de développer des énergies alternatives sur ces terres isolées. Enfin, et surtout, les représentants Inuits demandent que la communauté internationale les accompagne pour affronter les lendemains qui se dessinent.  L’ICC envisage la création d’un fonds dédié à l’adaptation aux changements climatiques. Elle a déjà chiffré les besoins, 20 milliards de dollars tout de suite, 100 milliards d’ici 2020, et trouvé les financeurs, les pays du G20. Edward Itta, le représentant de l’ICC pour l’Alaska, a quand même une petite idée de la suite, probable, des évènements : « Nous, les Inuits, nous vivons dans des pays prétendus développés. Nous sommes déjà prêts à déplacer des communautés entières et à reconstruire nos infrastructures pendant que notre permafrost fond, et nos littoraux s’érodent. » (6) « David contre Goliath ».

M.J

Lien Youtube Sheila http://www.youtube.com/watch?v=GlSh4XeoLBA

(1) “Inuit leaders demand action at climate-change conference”, CBC News, 16-11-2009.  http://www.cbc.ca/canada/north/story/2009/11/16/inuit-climate-change.html

(2)”Global warming is killing us too, say Inuit”, Paul Brown, Environment, The Guardian, 11-12-2003.http://www.guardian.co.uk/environment/2003/dec/11/weather.climatechange.

(3) Wikipedia/ Inuits http://fr.wikipedia.org/wiki/Inuits#L.27.C3.A9conomie

(4)”La NASA s’inquiète de la fonte des glaces en Arctique”, Notre Planète Info, 24-10-2003. http://www.notre-planete.info/actualites/actu_254_fonte_glace_arctique.php

(5) New NASA Satellite Survey Reveals Dramatic Arctic Sea Ice Thinning, 2004-2008. http://www.jpl.nasa.gov/news/news.cfm?release=2009-107

(6) Circumpolar Inuit Call on Global Leaders to Act on Arctic Climate Change at COP15 in Copenhagen, 13 November, 2009 – Copenhagen, Denmark, http://www.inuit.org/index.php?id=292&contUid=0#c652


Publié le 20 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Arctique,Climat
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Climat: « prix spécial » pour la Nouvelle-Zélande.

Bonjour,

A quelques semaines de Copenhague, et douze années après Kyoto, un éditorialiste du Guardian a eu l’idée de faire le point entre les promesses de réduction de gaz à effet de serre (GES) des pays engagés, et les résultats. Son prix spécial, qui récompense une mauvaise foi démontrée, est allé à la Nouvelle-Zélande. (1) Le pays du « long nuage blanc », du Seigneur des anneaux, et des geysers, défendrait une image « marketting-écolo » qui ne collerait pas carrément à la réalité. Examen partiel.

En route pour le « Neutral Climate Network »…

« Nous tirons fierté de notre identité en tant que Nation propre et verte et nous sommes déterminés à agir pour la préserver. Nous avons conscience que pour protéger le climat, il faut que chacun d’entre nous change de comportement. Au début de 2007, j’ai lancé à la Nouvelle Zélande le défi de devenir une nation véritablement durable, voire d’aspirer à être climatiquement neutre. », déclare Madame Helen Clarck, Premier Ministre de la Nouvelle Zélande, lors de la journée de l’environnement 2008, organisée par les Nations Unies.  Déclaration que notre éditorialiste, Fred Pearce, démonte en quelques chiffres. S’intéressant aux émissions de la Nouvelle Zélande depuis 1990, dernières statistiques des Nations Unies, il relève qu’elles ont augmenté de 22%. Soit un bond de  39%, ajoute-t-il, si l’on regarde le seul bilan des carburants. Les émissions de chaque Néo-zélandais seraient de 60% plus élevées que celles d’un Britannique. D’ailleurs, à Bonn, en juin dernier, lors de négociations sur le climat, la Nouvelle Zélande n’a pris aucun engagement. Même le Japon, dont les émissions ont progressé de 9% entre 1990 et 2007, visait un petit « 8% ». La Nouvelle zélande aurait juste promis un lointain « 50%, d’ici à 2050 ». Et pour mieux « tromper son monde », la Nouvelle Zélande s’est engagée dans le « Climate Neutral Network », développé par le programme des Nations Unies pour l’environnement. C’est-à-dire qu’elle fait partie d’un petit groupe de pays, de villes, ou d’entreprises, qui se proposent, via une recomposition de leur système, de tendre vers un fonctionnement « à basses émissions », voire « zéro émission ». Et là, pour notre éditorialiste, c’est le bouquet. En lien, cet article, plutôt drôle, en anglais.

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L’agneau Neo-zélandais.

En y regardant de plus près, le bilan carbone de la Nouvelle Zélande dégage un peu de fumées noires. Gros pollueur, l’agriculture, avec 45 millions de moutons, 10 millions de têtes de bétail, elle occasionne la moitié des émissions du pays. La Nouvelle Zélande, qui compte 4 millions d’habitants, pourrait nourrir 60 millions de personnes. Le leader du kiwi et de l’agneau mise d’ailleurs farouchement sur ses exportations. Les marchés émergents, notamment la Chine, en train de développer une classe moyenne de « mangeurs de viande , représentent une aubaine. Le Ministre du Commerce, également responsable des négociations sur le climat, annonce d’ailleurs la couleur : « Laissez-moi vous dire : je ne suis pas sur le point, au nom du changement climatique, de donner d’une main ce que nous – vous et moi – avons construit, de l’autre main, au nom des intérêts du commerce Néo-zélandais. » (2) En clair, et il le développe au fil d’un long discours, il n’est pas prêt à renoncer aux intérêts commerciaux de la Nouvelle Zélande, pour cause de réchauffement climatique. Et là, s’opère une tentative de calcul sur le « coût CO² » du mouton élevé en Nouvelle Zélande, exposé sur les étals de nos supermarchés la veille de Pâques, 18700 kilomètres plus loin. Surprise. En 2003, une équipe de chercheurs allemands a montré que l’agneau néo-zélandais, élevé dans les pâturages, qui voyage par bateau, congelé, présente une « fiche CO² » bien plus sobre que le mouton allemand, gardé par un berger qui se déplace en voiture, et qui, pendant cinq mois de l’année, se nourrit d’aliments pour bétail importés. « La consommation d’énergie des exploitations allemandes est supérieure à celles de la Nouvelle-Zélande », tranche l’étude. Et le transport n’y change pas chose. (3) Et un Oscar pour l’agneau néo-zélandais.

M.J

(1) “New Zealand was a friend to Middle Earth, but it’s no friend of the earth”, Fred Pearce,

Guardian.co.uk, 12-11-2009 http://www.guardian.co.uk/environment/cif-green/2009/nov/12/new-zealand-greenwash

(2) « Climate change, trade, agriculture.», Tim Groser, Minister of trade, speech, 4-11-2009 http://business.scoop.co.nz/2009/11/04/speech-groser-climate-change-trade-agriculture/

(3)”Combien de litres de kerosene dans nos assiettes”, Pierre Oler, Dominique Perrin, Flilière Ovine et Caprine N°23, janvier 2008. http://www.ficow.be/ficow/website/Upload/Com23.pdf


Publié le 16 novembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Climat,Copenhague
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Climat: des arbres difficiles à négocier.

Bonjour,

Les forêts sont-elles une partie de la solution pour atténuer les effets du changement climatique ? Question de bon sens, la dégradation des forêts est la seconde cause majeure des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Question d’argent, la conservation des forêts primitives dans les pays en voie de développement pourrait être source de financements. La perspective de Copenhague réactualise une option qui suscite, aussi, des controverses…

Amazon deforestation

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Regain d’intérêt pour les forêts.

Avalées par l’agriculture, l’élevage, et les cultures industrielles, soja et palmiers à huile, sur – exploitées par les forestiers, les marchands peu scrupuleux, et les populations pauvres, ravagées par les incendies, les forêts tropicales sont particulièrement malmenées. Entre 1990 et 2005, la planète en aurait perdu plus d’un million de km², dont la moitié en Amazonie. Selon les Nations Unies, la déforestation et la dégradation du couvert forestier seraient responsables de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Bien plus que tous les pots d’échappements des voitures qui circulent dans le monde. Mais la forêt, acteur du cycle carbone, porterait aussi une réponse à la crise climatique. La restauration des forêts primitives, et le reboisement d’espaces perdus, permettraient de reconstituer des puits de carbone , destinés à le piéger. L’argument, développé par les Nations Unies et la Banque mondiale, intéresse aussi les pays dotés de forêts. En septembre 2009, leurs représentants sont allés à New-York, au siège des Nations-Unies, pour plaider l’intégration du REDD – Reduce Emission from Deforestation and forest Degradation – aux futurs accords de Copenhague. Après plusieurs décennies de coupes claires et de « laisser-faire », les grands pays forestiers de la planète pourraient avoir intérêt à garder leurs forêts debout. (1) (2)

« Forêts » contre « crédits carbone ».

S’il s’agit de reconstituer des espaces forestiers, il s’agit aussi d’attirer des dollars. Le REDD , Réduction des Emissions résultant du Déboisement et de la Dégradation forestière en Français, production des Nations-Unies, (3) est un plan « anti-déboisement » destiné à préserver les forêts d’Afrique, d’Asie-Pacifique, et d’Amérique du Sud. Il devrait fonctionner grâce à un marché carbone. Cette transaction permettrait aux gros pollueurs de la planète de compenser leurs propres excès en achetant des « crédits-carbone » aux pays qui restaurent  leur couvert forestier. Le programme REDD estime à 30 milliards de dollars annuels les gains de l’échange. (2) Ce mécanisme, qui parie sur la reconstitution de puits à carbone naturels, permettrait encore de réhabiliter un cadre de vie pour les communautés associées. La Banque mondiale estime à 1,2 milliard  le nombre de personnes qui dépendent, à des degrés divers, d’un environnement forestier. S’il s’agit de recomposer les forêts dégradées, il s’agit aussi de freiner l’abattage des arbres. Un cabinet indépendant, mandaté par le REDD, évalue entre 22 et 29 milliards de dollars le financement pour réduire la déforestation d’un quart, d’ici  2015. (2) Projection plus imagée, il faudrait que chaque personne plante deux arbres, chaque année pendant dix ans, pour effacer une décennie de déforestation. (4)

Terrains d’exercice.

En attendant que ce projet – dont les financements restent encore flous – soit intégré à la dynamique climatique décidée à Copenhague, une dizaine de pays, sélectionnés sur les trois continents, sont déjà en piste pour tester la première phase du REDD. Pays pilote, le Vietnam, dont les 10% de couvert primitif contrastent avec une moitié de forêts appauvries, ou en voie de recomposition. Le pays doit recevoir une enveloppe de plus de 4 millions de dollars – don de la Norvège – pour tenter de reconstituer son environnement forestier. Au Brésil, dans l’Etat de l’Amazonas, où se déploie plus d’un million et demi de km² de couvert amazonien, les populations se préparent à échanger une pratique forestière plus responsable, contre des financements. L’Indonésie, qui présente à la fois un fort potentiel et un terrain difficile, développe un projet de conservation sur plus de 4000 km² dans la forêt d’Ulu Masen, dans la province d’Aceh.  Chaque année, près de 3,3 millions de « crédits carbone » devraient récompenser les 100 millions de tonnes de CO² , en principe, gagnés au cours des 30 prochaines années. L’équivalent de 50 millions de vols « Londres-Sydney ». (5) D’ailleurs, en Indonésie, le prix des forêts primitives encore debout serait en train de grimper. (1) Autre terrain d’exercice, le bassin du Congo, où s’élabore encore une stratégie de conservation des forêts.

Un casse-tête d’experts

« Au départ, nous faisons par exemple une photographie du volume du carbone stocké dans la forêt. On verra par la suite, à partir de ces photographies, les activités conduites dans la forêt (agriculture et exploitation forestière). Après cela, on établira un plan de travail et l’on pourra alors déterminer très clairement ce que les populations auront pu conserver comme carbone qui nous sert ici d’unité de mesure. » Extrait d’une mise en œuvre, qui ne s’annonce pas simple, dans le Bassin du Congo.(6) L’une des difficultés de la transaction « forêts contre crédits » reste l’évaluation du gain « carbone ». Autre difficulté, redistribuer – équitablement – les bénéfices de la conservation des forêts. Comment faire en sorte qu’elle arrive sur le terrain, où il n’est pas sûr qu’elle compense une activité de « déboisement », qui profite à beaucoup de monde ?  Sans compter quelques inconnues, exemple au Vietnam. Des chercheurs de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, ont révélé que 40% du couvert forestier regagné entre 1987 et 2006 avait été « avalé » par le voisinage. Pendant que le Vietnam poursuivait une politique offensive de reboisement, le Laos, le Cambodge, et l’Indonésie, continuaient à déboiser. La moitié du bois importé au Vietnam était d’origine illégale.(7) Entre un Brésil qui laisse des troupeaux et ses cultures industrielles s’installer à la place des forêts, une Asie du Sud – Est qui voit ses arbres reculer sous la pression des plantations de palmiers à huile, et une partie de l’Afrique qui grignote ses espace forestiers pour nourrir toujours plus de bouches, la transaction « forêts contre crédits » annonce un vrai casse-tête d’experts.

En attendant un mécanisme REDD mieux huilé, certaines voix – New Carbon Finance, Greenpeace – s’élèvent pour dénoncer ses effets secondaires. Financer la déforestation, via le marché du carbone, en ferait chuter les cours. Ce qui pourrait priver de fonds d’autres initiatives destinées à contenir le réchauffement climatique, plus ciblées. Et si ce mécanisme fonctionnait, il permettrait aux pays riches d’acquérir, à bon prix, des droits à polluer, échangés contre quelques centaines d’hectares de forêts primitives, peut-être encore debout au moment de la transaction…

M.J

(1) « Governments See Dollars in Re-Grown Forests », Voice of America, Luke Hunt, Bangkok, 05-11-2009.http://www.voanews.com/english/2009-11-05-voa10.cfm

(2) Conférence de Presse sur le Programme de l’ONU pour la réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts dans les pays en voie de développement. (UN-REDD), 23-09-2009. http://www.un.org/News/fr-press/docs/2009/Conf090923-Jagdeo.doc.htm

(3) Le projet REDD, présenté en 2008, résulte d’une collaboration entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

(4) « Woods are spreading over hills around Yan’an, the city where Chairman Mao lived. Here are the facts about reforestation.”, Alice Fishburn , The Times, 05-11-2009, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/science/eureka/article6901277.ece

(5) “Carbon Trading May Reward Indonesians for Saving Rainforest”, Jim Efstathiou Jr, Bloomberg, 07-02-08http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601085&sid=aD1Vb_5uDGlA&refer=europ

(6) “Bassin du Congo : 2,5 milliards de Fcfa pour la conservation du carbone”, Beaugas-Orain Djoyum, Le jour Quotidien, 06-07-2009. http://www.lejourquotidien.info/index.php?option=com_content&task=view&id=5454&Itemid=75

(7) “Vietnam outsources deforestation to neighboring countries », Rhett A. Butler, mongabay.com “, September 02, 2009http://news.mongabay.com/2009/0902-vietnam.html

(8)” Faisons les comptes : les crédits forestiers et leurs effets sur les marchés du carbone », Kate Dooley, Fern/org, Briefing note 06, Juin 2009, 8 p.

http://www.fern.org/media/documents/document_4418_4421.pdf


Publié le 12 novembre 2009 par marlene dans Climat,Copenhague,déforestation
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Alaska: du pétrole et des ours.

Bonjour,

Espèce menacée par la fonte des glaces, l’ours Blanc vient d’obtenir un territoire sur les marges arctiques de l’Alaska. Un habitat protégé qu’il devra partager avec les compagnies pétrolières, leurs forages, et leurs pipe-lines pas toujours très étanches….

La mascotte du réchauffement climatique.

Les Etats-Unis accordent un bout de banquise, des terres côtières, et un chapelet d’îles, 520 000 kilomètre carrés, l’équivalent d’une petite France métropolitaine, à sa colonie d’ours blancs d’Alaska. Déclaré « espèce menacée » en mai 2008, l’ours polaire est devenu « espèce protégée » depuis fin octobre. Si les contours restent à dessiner, l’administration Obama souhaite tourner la page « Bush », qui avait refusé ce territoire à ses ours, bien moins intéressants que l’exploitation pétrolière. Mais, « réserve d’ours » ou  pas,  Shell, Total, British Pétroléum, Exxon, ou Arco, bien implantés sur la frange Nord de l’Alaska, n’ont guère l’intention de suspendre leurs activités. La Shell vient d’ailleurs d’obtenir l’aval du Département de l’Intérieur pour forer en Mer de Beaufort. Une nouvelle qui dépite Brendan Cummings du Centre pour la Diversité biologique, l’une des organisations environnementales qui a mené le combat juridique en faveur de ce mammifère, devenu mascotte d’une jeunesse sensibilisée au réchauffement climatique : « Pour que les ours polaires survivent à une fonte des glaces rapides, nous devons protéger leur habitat, et non le transformer en zone industrielle polluée. » (1)

Une saison de chasse écourtée.

L’ours polaire, imposant représentant de son espèce – il peut mesurer jusqu’à 3,50 mètres et peser jusqu’à 600 kilos -, essaime autour du cercle arctique et sur les terres voisines.  On le rencontre dans cinq pays, au Danemark (Groënland), en Norvège, en Russie, au Canada, et aux Etats-Unis, à l’Ouest et au Nord de l’Alaska. Les colonies les plus importantes vivent dans le grand nord américain, en Mer de Beaufort, dans la Baie d’Hudson, et dans la Baie de Baffin. L’ours blanc, grand nageur, aime vivre sur les étendues glacées qui couvrent les mers en hiver. Il y guette le phoque, dont la graisse constitue son régime de base. Il s’y repose aussi. Son territoire, qui se limite presque à la banquise, est menacé par la fonte des glaces. En Alaska, au delà du cercle polaire, les températures moyennes ont augmenté de 1,6 °C depuis 1950, contre 0,3 °C  pour le reste de la planète. Un record climatique qui raccourcit déjà la saison de chasse de l’ours blanc. (2) Selon l’IUCN, l’Union mondiale pour la Nature, la population d’ours polaires, estimée autour de 20-25.000, pourraient diminuer de 30 % d’ici une cinquantaine d’années. Plus pessimiste, le U.S. Geological Survey (USGS) – rapports de septembre 2007 – prédit que les deux tiers des populations mondiales de phoques auront disparu d’ici le milieu du siècle. (3)

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Addiction au pétrole.

Aux Etats-Unis, l’Alaska est une vieille réserve d’or noir. En 1923, le Président Warren Harding délimite une « Réserve nationale de pétrole » au nord du territoire. (4) Aujourd’hui, l’Alaska contribue à environ 17% de la production du pays. A l’Est de la réserve nationale, Prudohe Bay,  est devenu le plus gros gisement du continent américain http://en.wikipedia.org/wiki/Prudhoe_Bay_Oil_Field. BP, Conoco Philips, et Exxon, s’y partagent le sous-sol. Un pipe-line, le TAPS, relie la côte arctique à Valdes, un port de la côte Sud, épargné par les glaces en hiver. Le pétrole qui s’y écoule traverse l’Alaska du Nord au Sud, sur plus de 1200 kilomètres. En mars 2006, un employé de BP y a découvert une rupture. Environ un million de litres de pétrole ont souillé les paysages de toundra. (5) Mais l’Alaska reste une réserve d’or noir. En 2003, Bush tente de déplacer la prospection sur l’Alaska’s Artic National Wildlife Refuge, une réserve naturelle. Sans succès. Aux Etats-Unis, la demande augmente, après 2005 Bill Clinton ouvre l’exploitation vers l’Ouest de la National Pétroleum Reserve. Total, qui vient d’acquérir des terres à White Hills, à une quarantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Prudohe, poursuit son exploration. (6)(7) Aujourd’hui, c’est la Shell qui débarque, autorisée par le Département de l’Intérieur à explorer en Mer de Beaufort. Habitat des baleines, des morses, des phoques, de l’ours polaire, la zone de prospection est pourtant déjà malmenée par le réchauffement. Brendan Cummings, du Centre pour la Diversité biologique, ne décolère pas: « Le Département de l’Intérieur est schizophrène, déclarant son intention de protéger l’habitat Arctique de l’ours polaire, et en même temps, sacrifie cet habitat à notre addiction au pétrole » (1) Selon l’IFAW, le fonds international pour la préservation des animaux, c’est un autre service du Département de l’Intérieur qui autorise les chasseurs d’ours, originaires des Etats-Unis, à ramener leur trophée après une escapade dans le nord canadien. (8)

M.J

(1)” White House protects polar bears with Alaska ‘critical habitat’ designation”, Suzanne Goldenberg, The Guardian, 22-10-2009.  http://www.guardian.co.uk/environment/blog/2009/oct/22/alaska-polar-bear-barack-obama

(2) « L’Alaska, avant-poste du changement climatique », Matthieu Auzanneau, Le Monde, 04-04- 2007

(3) “The Polar Bear Protection Act”, IFAW http://www.ifaw.org/ifaw_international/join_campaigns/national_regional_efforts/ifaw_in_action_united_states/the_polar_bear_protection_act/index.php

(4) Carte extraite de “Alaska” http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/histgeo/alaska.htm

(5) Futura Science, 15 mars 2006. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/une-fuite-de-petrole-sans-precedent-en-alaska_8466/

(6) Wikipedia / Alaska http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaska

(7) Total exploitation Alaska http://www.enerzine.com/10/4465+une-nouvelle-zone-dexploration-en-alaska-pour-total+.html

(8) Selon le IFAW, depuis 1997, le « U.S. Fish and Wildlife Service”, qui dépend du Département de l’Intérieur et qui s’occupe de la gestion et de la protection de la faune, a accordé 970 permis d’importation de trophées de chasse, tête, et peau d’ours, aux Etats-Unis.


Publié le 5 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Pôles.,USA
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Opération « pluies » au Mali

Bonjour,

Opération  «pluies » pour soulager le Mali de la sécheresse. Comme beaucoup de pays d’Afrique, le Mali envoie des avions pour ensemencer les nuages, et redonner un peu de vie à ses cultures qui se désolent sur des sols arides. Une histoire qui remonte aux sécheresses des années 1970. Depuis, les pluies ont diminué de 20% sur ce territoire d’Afrique sub-saharienne. Les saisons sans pluie sont devenues plus longues, les nappes souterraines se sont épuisées. Ce changement de régime météo, qui bouleverse le rythme des cultures, affecte les agriculteurs qui ne savent plus trop bien quand commencer à planter, faute de précipitations assurées. A Ségou, Mopti, ou Koulikoro, dans le Delta Intérieur du Fleuve Niger, une zone semi-aride grignotée par le désert et en partie privée des eaux d’un fleuve moins généreux,  le calendrier des pluies est particulièrement important pour les réserves en nourriture. En attendant ces précipitations, qui ne viendront peut-être pas, le gouvernement du Mali a programmé quelques vols d’ensemencements pour titiller les nuages. Cette technologie, née aux Etats-Unis, vise à déverser dans le nuage des sels d’iodure d’argent, ou du chlorure de sodium, pour agglomérer les gouttelettes d’eau. Plus lourdes, elles finissent par tomber. Mi-octobre, des avions se sont envolés pour faire tomber la pluie dans les régions de Ségou, Mopti, et Kelikouro. (1) Cette intervention, appelée « Opération Sanji », a été lancée au cours de l’été 2006.

Programme « Sanji »

Depuis 2005, Bamako développe le  programme « Sanji » pour ensemencer les nuages sur l’ensemble du territoire malien. Il est prévu pour cinq ans. Il se double de « l’opération Sanji », une initiative de 14 mois pour arroser les zones de Mopti, de Ségou, de Kayes, et de Koulikoro, régions céréalières tributaires des pluies. Après plusieurs séries d’interventions, les résultats seraient encourageants. Les précipitations provoquées dans cette partie du Delta Intérieur du Niger auraient  permis d’allonger la saison de maturation des cultures, ce qui aurait dopé les récoltes. Les productions de millet, de sorgho, d’arachide, et de coton, auraient augmenté de 50%. (1) Au Mali, où 4% des terres seulement sont irriguées – données de la FAO – on compte désormais sur les avions pour stimuler l’agriculture locale. Depuis 2007, plus de 300 vols d’ensemencement ont été organisés. En septembre dernier, le Mali a acheté deux nouveaux appareils pour un montant de 7,4 milliards de Fcfa. C’est à dire beaucoup d’argent.  Entre 2006 et 2010, le Mali doit consacrer plus de 30 millions de dollars, conseillers américain et fonds propres, à ce programme de pluies artificielles. (1) Quand on sait – données de la FAO – que la terre profite de moins de 30% des apports en eau – le reste se perd par évaporation, par ruissellement, ou par infiltration – cela s’appelle voler au secours de son agriculture.

M.J.

(1) « Afrique: De la neige artificielle dans le désert pour stimuler la pluie », 15 Octobre 2009

http://fr.allafrica.com/stories/200910160551.html

(2) Revue de Pressedu 14 au 25 août 2006 , « Pluies artifielles : Le Mali, depuis le 24 juillet dernier, a lancé le programme « opération Sanji »… http://www.afribone.com/article.php3?id_article=4325


Publié le 21 octobre 2009 par marlene dans Afrique,Climat,Désertification.
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L’Afrique, piège à carbone ?

Bonjour,

Ouagadougou vient d’accueillir le Forum mondial sur le développement durable. Au menu de cette rencontre dans la capitale du Burkina Faso, « le changement climatique : quelles opportunités pour un développement durable ? ». L’Afrique, continent prétendu « le moins pollueur » et le plus exposé aux excès du climat, prépare Copenhague. Lors de cette prochaine cette rencontre internationale qui décidera d’un nouveau Kyoto, l’Afrique parlera d’une seule voix pour rappeler le principe du « pollueur-payeur ». En attendant, un organisme s’intéresse au bilan carbone du continent…

Revendications africaines.

A Ouagadougou, six dirigeants africains, emmenés par Jean Ping, le Président de la Commission de l’Union Africaine (UA), ont décidé d’une position commune pour défendre les intérêts du continent à Copenhague. (1) L’Afrique souhaite des compensations pour les catastrophes naturelles causées par la crise climatique – même si cette relation n’est pas toujours facile à établir. Elle demande aux gros pollueurs de la planète de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 40% – par rapport à 1990 – d’ici à 10 ans. Elle veut que les pays industrialisés l’aident  à s’adapter aux changements climatiques, notamment grâce aux transferts de technologie. Elle réclame encore des fonds pour faire face à un changement de climat, et d’environnement, qui ne manqueront pas de s’articuler à la pauvreté. Même si le Ministre de l’Environnement du Burkina-Faso, Salifou Sawadogo, chiffre les besoins du continent à 44 milliards d’Euros, le montant de l’aide  reste difficile à évaluer.( 2) D’autre part, l’Afrique, tenue à l’écart du Mécanisme de Développement Propre (MDP) , aimerait bien en bénéficier davantage. (3) Jean Ping, qui s’exprime au nom des dirigeants africains, espère que les pays industrialisés proposeront un nouveau fonds international pour aider les pays pauvres. (2)

Les mystères du carbone africain.

Argument qui porte les revendications, l’Afrique serait un « petit pollueur ». A l’échelle planétaire, l’Afrique n’émettrait que 2% des GES, et un peu moins de 4% selon d’autres sources. (4)(5) Avec ses trente millions d’habitants, l’Etat du Texas, aux Etats-Unis, produirait plus de GES que le milliard d’Africains. (2) Estimations difficiles à apprécier. De son côté, CarboAfrica tente de percer les mystères du carbone sur le continent, au fil de ses écosystèmes, forêts, savanes, ou déserts. CarboAfrica est un organisme composé d’une quinzaine de structures de recherche, qui mélange l’Afrique et l’Europe, et associe la FAO. Il mesure les émissions de GES de l’Afrique sub-saharienne, et tente d’identifier leurs sources. Après quelques études de terrain, CarboAfrica précise que les émissions de GES de l’Afrique ne seraient  pas dues aux carburants fossiles – moins de 4% du total -, mais proviendraient de sources naturelles. La déforestation participerait à 17% des émissions de carbone du continent. Les incendies en provoqueraient 40%. Autre piste, l’Afrique influencerait considérablement les variations de CO² dans l’atmosphère, selon les saisons et les années. De fait, l’Afrique jouerait un rôle important dans le système climatique mondial. Mais plus étonnant, son bilan carbone. Ses étendues de forêts et de savanes, qui capturent le carbone par photosynthèse, joueraient un rôle plus important que la déforestation et les incendies de forêts, qui eux, en libèrent. Le continent africain, qui serait un piège à carbone, contribuerait  à atténuer les effets du réchauffement climatique. En attendant des conclusions plus documentées, enquête sur le terrain… (6)

M.J

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(1)Présidents du Bénin, du Burkina-Faso, de la République centrafricaine, du Congo, du Mali, et du Togo.

(2) « Africa wants polluters to pay for climate change”, AFP, 12-10-2009 http://www.kbc.co.ke/story.asp?ID=60364

(3) MDP: Mécanisme du Protocole de Kyoto qui permet à un pays industrialisé de financer un projet dans un pays en développement, afin de l’aider à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce projet – reforestation, énergies renouvelables….- doit l’engager sur la voie d’un « développement propre ». En contre – partie, le pays investisseur bénéficie de crédits d’émissions qui l’aident à tenir ses engagements chiffrés de réduction de GES.

(4) « L’Afrique émet 2% de GES au niveau mondial « , Observatoire du Sahara et du Sahel, http://www.oss-online.org/index.php/fr/global-world/global-world/l-afrique-emet-2-de-ges-au-niveau-mondial.html

(5) « Afrique: Djibo Kâ se prononce sur le Sommet de Copenhague – ‘L’Afrique va parler d’une seule et unique voix », Mamadou Sarr, Walfadjiri, 14-102009 http://fr.allafrica.com/stories/200910140698.html,

(6) « Le rôle de l’Afrique dans la réduction des gaz à effet de serre », FAO, 25-11-2008 http://www.fao.org/news/story/fr/item/8664/icode/


Publié le 16 octobre 2009 par marlene dans Afrique,Climat,Copenhague
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le Delta du Nil, face à la Méditerranée.

Bonjour,

D’ici une dizaine d’années, le Delta du Nil pourrait être noyé par les eaux de la Méditerranée. Cet avis de menace sur le Delta du Nil et le Nord de l’Egypte, maintes fois formulé par le passé, est réactualisé par l’IRIN (Integrated Regional Information Network), un organisme rattaché à l’ONU. Une Méditerranée plus haute d’un mètre vers la fin du siècle, version pessimiste, baignerait les villes assises au bord du Delta, dont Alexandrie et Port Saïd, noierait des terres fertiles, et chasserait des millions d’Egyptiens. Cette incursion marine provoquerait une infiltration d’eau salée dans les nappes phréatiques. Pendant ce temps, la Méditerranée continue de monter, deux centimètres par an depuis une décennie. En face, une bande côtière exposée à moins de deux mètres du niveau de la mer, mal protégée par un cordon littoral qui s’érode.

Assouan.

Le Delta du Nil est l’embouchure de ce long fleuve qui prend sa source dans la région équatoriale du Lac Victoria, traverse plusieurs milliers de kilomètres de désert et une dizaine de pays, avant de finir sa course en zone semi-aride. L’un des plus longs fleuves du monde, près de 6800 kilomètres, record partagé avec le fleuve Amazone, né de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu, est un fleuve paresseux. Son débit annuel est faible. Il draine peu d’alluvions. En partie responsable, le barrage d’Assouan, mis en eau en 1964. Depuis près d’un demi-siècle, l’ouvrage destiné à produire de l’électricité et à tempérer les crues du Nil, retient une grosse partie des sédiments qui pourraient engraisser l’embouchure du Delta. D’autres s’accumulent dans l’immense réseau des canaux d’irrigation. L’embouchure du delta est ainsi privée de ces limons qui pourraient le renforcer, et lui permettre de résister aux agressions de la mer. La ceinture de sable, qui le protégeait du littoral, est en mauvais état. A Damiette et à Rosette, là où le fleuve accède à la Méditerranée, les plages reculent sous l’effet des courants marins. Facteur aggravant, le Delta s’enfonce sous son poids. Réponse partielle, le gouvernement égyptien a déjà attribué 300 millions de dollars pour ériger des murs de béton destinés à protéger les plages d’Alexandrie. L’Egypte prévoit encore d’aménager une partie du littoral pour contrer l’avancée de la Méditerranée, avant de faire appel à l’aide internationale, faute de moyens. L’UNEP et le GRID ont cartographié l’impact d’une Méditerranée plus haute de 50cm et d’1 mètre.

Démographie.

Le Delta du Nil, qui associe l’eau et les terres fertiles, est l’une des plus anciennes régions de culture intensive. Aujourd’hui, la région du Delta produit près de la moitié de l’agriculture du pays, blé, riz, bananes, et détient environ 60% de la réserve nationale de poissons. Cette zone humide généreuse est aussi une zone à forte population. Les densités, 1000 habitants au kilomètre carré en moyenne dans les zones rurales, grimpent parfois jusqu’à 1500 ha/km². Cette démographie souligne la vulnérabilité du Delta en cas de submersion, même partielle. Une étude de la banque Mondiale (2007) estime qu’une Méditerranée plus haute d’un mètre vers 2020 noierait environ le quart du du Delta, et déracinerait 10% de ses habitants. La démographie – on prévoit 160 millions d’habitants en Egypte vers le milieu du siècle, soit une population multipliée par 2 – pose aussi la question de la sécurité alimentaire dans la région du Delta, enserré entre mer et désert, et en Egypte. Pendant que la population augmente, le débit du Nil se réduit, les agriculteurs voient déjà leurs terres gagnées par le sel. Le Nil, encore souillé par les engrais, les rejets industriels, et les villes, pose aussi la question de l’eau. En 2017, les ressources en eau de l’Egypte devraient être inférieures à ses besoins. Les plus pauvres sont déjà privés d’une eau absorbée par les projets de développement urbain.

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Et l’on reparle d’un risque de conflit pour un fleuve qui attise la convoitise des dix pays, situés en amont. Ils demandent la révision de l’accord de 1929, entre la Grande Bretagne et l’Egypte, un texte qui favorise l’Egypte. L’Egypte, qui ne dispose que du Nil pour ses ressources en eau douce, qui voit sa population augmenter, ne tient pas beaucoup à une redistribution des eaux de « son » fleuve.

M.J

Sources :

« Egypte : Menace sur la région du Delta », IRIN, 12-10-2009.

http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=86485

« Le réchauffement, une menace pour le Delta du Nil », A/P- Radioactif, 29 aöut 2007

http://www.radioactif.com/nouvelles/nouvelle-rechauffement_menace_pour_delta-28573-12

« le delta du Nil : enjeux et limites du contrôle territorial par l’Etat », Sylvie Fanchette, pp 167-189 in « Menaces sur les Deltas », Hérodote, 2°trimestre 2006, N°121.

« Le Delta du Nil, la fin du miracle », collection: Rivages – Un film de Luc Riolon

2008 – France – 43 minutes – HDCam

http://www.film-documentaire.fr/Delta_du_Nil_-fin_du_miracle.html,film,21264


Publié le 12 octobre 2009 par marlene dans Climat,eau,Elevation des mers.
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Kowanyama, « the place of many waters ».

Bonjour,

L’élévation du niveau de la mer menace certaines îles du Pacifique, Tuvalu, Kiribati, ou Vanuatu. Elle expose de grandes métropoles côtières, Bombay, Shangaï, Osaka-Kobe, ou New-York. Mais elle inquiète aussi une petite communauté aborigène, retranchée dans un confin nord de l’Australie des tropiques et des moussons.  A Kowanyama, petite bourgade située près des côtes du Golfe de Carpentarie, une montée des eaux interdirait un territoire ancestral.

« The place of many waters. »

« Quand tout l’océan va arriver et monter, où est-ce que nous allons aller ? » s’interroge un vieil Aborigène de Kowanyama, qui vit dans cette communauté d’un millier d’habitants installée dans la péninsule du Cap-York, au nord de l’Etat du Queensland. (1) . « Kowanyama », en langue vernaculaire signifie « The place of many waters », un endroit où les eaux abondent. Kowanyama, arrosée par les orages précoces d’octobre qui annoncent la mousson d’été, et ses inondations, est installée dans le grand delta du fleuve Mitchell, à une vingtaine de kilomètres des côtes du Golfe de Carpentarie (2). Depuis la nuit des temps, les trois communautés aborigènes de  Kowanyama, les Koomnjena, les Kunjen, et les Kokobarra,  tirent parti des moussons qui noient la plaine, de l’eau douce des rivières, et de l’océan. Mais ils dépendent surtout des écosystèmes d’eau douce pour boire, chasser, et creuser des puits. Dans cette région, l’équilibre entre l’eau salée et l’eau douce, qui a donné vie à cette terre aride, est fragile. Une élévation du niveau de la mer dont les eaux envahiraient les écosystèmes d’eau douce, entraînant une salinisation des milieux, bouleverserait cet équilibre. « Chaque année, la marée arrive et monte plus haut. Si elle envahit les marais, cela va tuer toutes les plantes, dénaturer les voies d’eau » ajoute un ranger qui travaille au sein de la communauté. (1) Pendant la saison des pluies, et les inondations qui baignent le grand delta du fleuve Mitchell, l’eau douce n’est qu’à trois kilomètres de la mer. Facteur inquiétant, les scientifiques prédisent une élévation du niveau de la mer plus importante sur les côtes australiennes. L’océan pourrait grignoter de 20 à 60 mètres de plages.

L’eau, source spirituelle.

A Kowanyama, l’eau nourrit aussi la vie spirituelle des Aborigènes. Les moussons signalent l’arrivée de Nhawrr Yirrpa, le serpent arc-en-ciel qui apporte la vie en inondant la terre. Les Aborigènes sont très enracinés sur ce bout de terre, confisqué par les missionnaires au début du XX° siècle. Ils commencent à y revenir dans les années 40. Mais le grand retour a lieu dans les années 90, après que l’Etat du Queensland leur ait concédé la gestion de leur territoire, et l’accès aux ressources naturelles. Ils y retrouvent la terre des Anciens, la mémoire de ce territoire, et ses légendes. Il y a bien longtemps, Kitechawk, un ancêtre aborigène a construit un grand mur de pierre pour protéger la terre et ses habitants des inondations saisonnières. Pendant ce temps, un autre ancêtre, perroquet celui-là, érigeait des dunes pour protéger son peuple des avancées de la mer. Des fétiches, enfouis dans le sable, renferment la connaissance intime de cette terre. Le changement de régime des eaux, la montée de l’océan, la violence des marées, menace d’engloutir les symboles et les légendes qui déterminent l’identité des Aborigènes de Kowanyama. Privés de cette mémoire, que deviendront-ils ?

Reportage, en Anglais, sur cette petite communauté coupée du monde pendant la saison des pluies. Les « road-trains », qui viennent de Darwin chaque semaine pendant  la saison sèche pour apporter des victuailles, ne passent plus sur les pistes inondées. Six mois d’isolement qui commencent parfois avec les premiers orages d’octobre.

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(1) « Sea level rise in Kowanyama”, Ameyali Ramos Castillo, 19-01-2009 http://ourworld.unu.edu/en/sea-level-rise-in-kowanyama/

(2) Kowanyama, Queensland. Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Kowanyama,_Queensland

Video: United Nations University (UNU) Channel.



Publié le 6 octobre 2009 par marlene dans Australie aborigène.,Climat,eau
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