Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Galapagos: un mauvais génie embarrasse les « Enchantées »…

Bonjour,

En route pour les « Enchantées », quelques îles perdues à l’Est du Pacifique, un archipel longtemps resté en marge du monde car difficile d’accès, un univers tropical et volcanique, un zoo unique, et un nom qui fascine. Les îles Galapagos. Situé à un millier de kilomètres du continent américain, et de la « mère – patrie », l’Equateur, l’archipel est perturbé par la civilisation qui lui rappelle la fragilité d’un système insulaire, pourtant archi-protégé.

«Iles sous surveillance »

Les Galapagos, une vingtaine d’îles et des dizaines d’îlôts, se situent à la confluence de trois courants océaniques, auxquels se mêlent des « upwellings », des remontées d’eaux profondes en surface. (1) Cette rencontre a déterminé une vie marine unique, beaucoup d’espèces n’existent qu’ici. Sur les îles, les côtes basses, dominées par les rochers et la mangrove, annoncent une zone aride où poussent les figuiers de Barbarie et les cactus. Plus haut, c’est la montagne, humide et couverte de végétation. Aux Galapagos,  la société animale est un « melting pot » assez rare, où cohabitent tortues géantes, lézards, iguanes, faucons, et quelques personnages atypiques comme le Blue-footed Booby , un oiseau aux pieds étonnamment bleus. Près des côtes, des dauphins, et peut-être encore quelques baleines. Longtemps oubliées des cartes de navigation, les Galapagos n’ont guère accueilli que des voyageurs de passage, des pirates, des chasseurs de baleines, ou des boucaniers. Quelques navigateurs y ont laissé des chèvres qu’ils ne manqueraient pas de retrouver, et de manger, lors d’une prochaine escale. Elles y sont encore. En 1832, l’Equateur plante son drapeau sur ce chapelet d’îles, et commence à coloniser. Quelques mois plus tard, le Beagle, le navire de Charles Darwin, y fait  escale. C’est à partir de ces observations que Darwin commence à structurer sa réflexion sur l’origine des espèces. En 1959, le gouvernement équatorien déclare la quasi-totalité du territoire « Parc National ». En 1962, une station scientifique y est installée. Et depuis 1979, l’UNESCO veille sur l’archipel et ses trésors, qu’il liste « patrimoine mondial en péril »en 2007 . Eaux et territoires très protégés, pêche règlementée, espèces endémiques bichonnées, les Galapagos sont sous haute – surveillance.

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« Tourisme »

A la fin des années 60, les « Enchantées » commencent à attirer les curieux. Dans les années 90, ils sont de plus en plus nombreux. En 2009, l’archipel accueille environ 160.000 visiteurs, soit 5 à 6 fois la population locale. En vingt ans, le nombre de touristes a été multiplié par quatre. Trois, quatre, cinq, parfois six vols journaliers relient le continent à l’archipel. Ce trafic aérien aurait doublé au cours des huit dernières années.(2) Il y a aussi les croisières, dont la fréquentation aurait augmenté de 150% depuis deux décennies.(3) Le problème, c’est que ce va-et-vient provoque l’arrivée de bestioles, plus ou moins grosses, et toutes indésirables dans ce monde insulaire. Que les cabines des avions sont pulvérisées pour éliminer les insectes clandestins ne change pas grand-chose à l’affaire. Les cargos chargés de nourriture et de fuel, qui arrivent du continent, transportent aussi quelques nuisibles  En 1900, 112 espèces étrangères étaient recensées dans ces écosystèmes insulaires. Un siècle plus tard, il y en aurait plus d’un millier. (2) Déjà bien installées, les fourmis de feu, des guerrières redoutables qui attaquent les oisillons  et les jeunes tortues, continuent leur marche vers d’autres terres de l’archipel. Les mouches parasites, ennemies des jeunes pinsons, autres personnages du parc animalier des Galapagos, n’étaient pas non plus invitées. Pas plus que les moustiques, et leur lot de maladies.  Depuis un certain temps, le gouvernement organise la chasse aux rats, arrivés dans les soutes des cargos, et friands des oeufs de tortue. Souvenir des « premiers touristes » qui faisaient escale aux Galapagos, les chèvres et leur manie de tout brouter, bien incrustées dans le décor.  Autre espèce étrangère introduite par le tourisme, un super choix d’hôtels.

« Immigration ».

En Equateur, économie pauvre et sans perspective d’emplois, terre d’émigration, le « boom touristique » a fait rêver du monde. Beaucoup de citoyens ont fait la traversée pour trouver un travail dans les îles. La population de l’archipel, estimée à 10.000 habitants en 1990, est passée à 30.000 en 2007. (4)(5) Ces dernières années, la population des Galapagos aurait augmenté de 6,5 % par an, quand cette courbe progressait d’un peu plus de 2% en Equateur continental. (5) Cette pression démographique – sans doute pas totalement d’origine migratoire, il y a bien eu quelques naissances – rappelle à l’archipel qu’il manque d’eau, de terres cultivables, et de moyens sanitaires. Santa Cruz, la terre la plus peuplée, ne dispose pas de système d’évacuation des eaux usées. Quant aux déchets, ils repartent par bateau. En 1998, pour limiter l’immigration en provenance du continent, le gouvernement tente de durcir les conditions de séjour. Mariages arrangés et « faux » touristes, les mesures n’ont que peu d’effets. En 2007, quand l’UNESCO accroît la pression pour préserver l’archipel, les Autorités locales déclenchent une campagne d’expulsions. Cinq mille personnes, soupçonnées de séjour illégal dans leur propre pays, sont sommées de repartir. Un millier de personnes, sont expulsées, souvent de force. (5) Ceux qui ne peuvent se payer un billet d’avion sont embarqués sur un cargo. Il est loin d’être certain que les tous les autres soient repartis. En attendant, un modèle de développement qui combine « préservation », « tourisme », et « pauvreté » reste à inventer sur un archipel, où il semble plus facile d’être une tortue qu’une femme de chambre.

M.J

(1)Panaméen, péruvien et sud – équatorien.

(2)“Galapagos damage “must be curbed””; David Shukman , Science and environment correspondent, BBC News, 11 février 2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7884581.stm

(3)« Galapagos put on UN danger list », BBC News, 26-06-2007.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/6241416.stm

(4) « Chapitre 8: Les îles Galapagos : La gestion des conflits dans le secteur de la conservation et de la gestion durable des ressources. », Paola Oviedo, Centre de Recherches pour le Développement international, 09-11-2004.

http://www.idrc.ca/fr/ev-27980-201-1-DO_TOPIC.html

(5)  “Galapagos seek sustainable growth path”, Irene Caselli , Puerto Ayora, BBC News, 10-03-2010.  http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/8549901.stm


Publié le 16 mars 2010 par marlene dans Biodiversité,Migrations.,Tourisme durable.

Ma cabane au bord de l’eau…

Bonjour,

Loin de la foule olympique et des brumes suspectes qui enveloppent Pekin, je vous propose, le grand air, la solitude, et l’isolement. L’endroit, une petite île du Pacifique Sud baignée à l’ouest par la Baie de Tasman et à l’Est par le Détroit de Cook, séparée d’un kilomètre de l’île-mère depuis la dernière période glaciaire, située à 2000 kilomètres du continent le plus proche, l’Australie, population zéro en 2000, densité assortie. Une insularité renforcée par un accès particulièrement difficile, la « Passe des Français », un passage où l’eau déferle jusqu’à 8 nœuds – 14 km/h – pendant les marées, sans parler des tourbillons qui contrarient la liaison avec l’île principale, la Nouvelle Zélande. L’intérêt de ce gros rocher, on peut y acheter une petite parcelle, environnement sauvage et vue imprenable sur une mer turquoise, une tranquillité à peine troublée par le bruit des vagues. Et apparemment, pas encore un voisin. En 1827, c’est Jules Dumont d’Urville qui découvre cette île de 150 km² aux côtes découpées. Elle devient l’île d’Urville. Et reste Rangitoto Ki Te Konga pour les Maoris.

Dumont d’Urville, botaniste, linguiste, et explorateur, effectue trois voyages en Nouvelle Zélande, et dans les mers du Sud. En 1823, d’Urville quitte Toulon pour l’Australie à bord de la Coquille, Duperrey est commandant, il est Second. Ils ont pour projet d’établir une base française à Port Jackson, qui devient Sydney. Quand ils débarquent sur la côte australienne, les Anglais y ont déjà installé un bagne. Quelques semaines plus tard, la corvette repart pour la Nouvelle Zélande, avec cinq passagers à son bord, un missionnaire, avec femme et enfant, et deux Maoris qui rentrent au pays. En Avril 24, la Coquille accoste à Bay of Islands, au nord de l’île Nord de la Nouvelle Zélande, l’occasion d’une collecte botanique et d’une rencontre avec les Maoris. Retour à Marseille en janvier 25. La Coquille devient l’Astrolabe, Dumont d’Urville est nommé Capitaine de frégate. En 1826, ils mettent à nouveau le cap sur les Mers du Sud. Lors de ce second voyage, Dumont d’Urville a l’intention de cartographier les côtes de la Nouvelle Zélande. Il considère que les travaux de Cook, qui l’a précédé un demi-siècle plus tôt dans l’archipel, sont incomplets. C’est pendant cette seconde expédition qu’il découvre notre petite île dans la baie de Tasman. En son honneur, ses officiers la nomment l’île d’Urville. Il y affronte les courants du passage qui devient la « Passe des Français », et qui endommagent son bateau. En 1829, il regagne Marseille avec une cartographie détaillée des côtes néo-zélandaises. Il y revient une troisième fois, et découvre que les Anglais viennent d’annexer l’île Nord de la Nouvelle Zélande. Habitée par les Maoris, explorée et cartographiée par les Européens, l’île d’Urville est aujourd’hui convoitée par des amateurs de paradis sauvages.

Ces nouveaux pionniers, on ne sait pas trop qui, vraisemblablement des membres de l’association MEET (Mahoerangi Environmental Education Trust ) débarquent un jour sur la côte orientale de l’île d’Urville. L’endroit s’appelle Whareatea, la « maison de l’univers » en langue maorie. Quelque chose de magique se passe, la paix et la beauté des lieux, plaident ces néo-explorateurs sur leur site internet. Ils décident d’en faire un sanctuaire dédié à une nature, trouvée à l’état sauvage, ou presque. En décembre 2000, ils fondent Whareatea Limited, un instrument de préservation du site. Et ils voient loin, l’endroit devra être gardé intact pour les générations futures, un contrat de 999 ans. En 2004, ils réhabilitent une ancienne piste qui donne accès à ce petit bout de côte qui plonge dans les eaux claires de Raukawa, et le Détroit de Cook. La voie est ouverte pour les futurs propriétaires, quatre parcelles sont à vendre. Rien sur le prix de ce petit coin de paradis, il faut sans doute contacter l’association MEET. Le but de l’entreprise, procurer des fonds à cette organisation très engagée dans la préservation des écosystèmes naturels, adepte d’un éco-tourisme expérimental et sans profit, et en guerre contre les utilisateurs de toxines et de pesticides. La profession de foi écologique est rigide, vie austère et communion avec la nature. Avis aux privilégiés qui auraient envie de s’offrir un remake de Walden, la cabane de Henry David Thoreau, version de bord de mer. Compte tenu du plan du futur lotissement – seules les parcelles 5 à 8 sont à vendre, les autres sont destinées à des projets environnementaux -, il faudra aussi composer avec un proche voisinage …

M.J


Publié le 8 août 2008 par marlene dans Tourisme durable.
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Voyageurs écolos.

Bonjour,

Le tourisme mondial explose. En 2007, le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement ) estime le nombre d’arrivées internationales de touristes, par bateau et par avion, autour des 900 millions de personnes. Vers la fin de la décennie, ce tourisme de masse devrait concerner près d’un milliard d’individus. Il pourrait dépasser le milliard et demi, à l’horizon 2020. Ce qui semble être une bonne nouvelle concernant l’ouverture sur le monde et l’intérêt pour d’autres cultures, en est une moins bonne pour la planète. Pour limiter les dégâts, le PNUE vient de lancer le « Passeport Vert », une campagne de sensibilisation destinée à réduire l’empreinte touristique, notamment dans les pays en voie de développement.  Il s’agit aussi d’inciter ces touristes à consommer local pour doper de petites économies qui ne demandent qu’à décoller.

 

La formule est simple, il s’agit d’un site internet qui fonctionne comme un guide de voyage écolo. On y apprend qu’il n’est pas inutile de connaître quelques mots de la langue de la société d’accueil. Ou qu’il est sympa d’observer les habitudes locales, la façon de manger ou de saluer, pour ne pas froisser ses hôtes. Il est aussi préférable de s’informer des conditions sanitaires, afin de ne pas prendre plusieurs douches par jour, et priver les habitants d’une eau rare. Autre conseil, se débarrasser des emballages inutiles avant de partir, pour ne pas importer de déchets dans un endroit où il sera plus difficile de s’en débarrasser. Sur place, on vous recommande de vous déplacer « écolo », moins de voiture et plus de randonnées. Il s’agit encore de bien choisir sa destination, favoriser les voyages qui respectent l’environnement et les communautés. Et accepter de payer son séjour plus cher, pour soutenir l’économie locale. En voyage dans un pays en voie de  développement, le « riche » c’est vous. Il est d’ailleurs recommandé de ne pas faire étalage de ses richesses. Les flèches néolithiques ou des pousses de baobab sont des souvenirs à laisser sur place. Et en rentrant, pourquoi ne pas intégrer une ONG ?

 

Le PNUE propose un petit catalogue de conseils qui visent au respect des communautés d’accueil, et de leur environnement. Et pour finir, un petit développement sur les changements climatiques, avec pour sage conseil de préférer les vacances à vélo sur les routes de France aux croisières pour l’Antarctique, en  première classe. Et finalement pas grand-chose sur la pollution aérienne. Une étude anglaise, réalisée en 2006, indique que la part d’émissions de CO² des avions devrait atteindre 5% du total en 2050, contre un peu plus de 2% actuellement. Si les avancées technologiques devraient permettre de limiter cette pollution, l’accroissement du trafic pourrait nuancer ce progrès. En attendant, on culpabilise sec dans le transport aérien

Il suffit peut- être de trouver quelques petits arrangement avec sa conscience écolo. Prendre l’avion, oui, mais à condition de se racheter avec un tourisme profitable aux communautés d’accueil et respectueux de la nature.  Pendant que quelques voyagistes, Saïga, Atalante, ou Voyageurs du Monde, développent ce tourisme alternatif, on mise ailleurs sur l’écotourisme dans des communautés rurales…

 M.J

Pour en savoir un peu plus sur les engagements de ces voyagistes alternatifs…

Atalante,

Voyageurs du monde

Saïga

 

 


Publié le 11 mars 2008 par marlene dans Tourisme durable.