Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Japon et ses chers thons.

Bonjour,

A Tsujiki, l’immense marché aux poissons de Tokyo, le thon rouge se taille une part de choix parmi les 480 produits de la mer, pêchés autour de l’archipel ou arrivés d’océans plus lointains. Chaque jour, environ 3000 thons,  sont exposés congelés dans une vaste salle réfrigérée, prêts pour une vente à la criée vivement menée. (1) Les Japonais adorent cette chair rouge clair, proposée en sushis et sashimis dans les restaurants de Tokyo et d’ailleurs, avec une préférence pour la partie ventrale, plus grasse. Dans le lot, il arrive que certains thons dépassent les 200 kilos. Si les thoniers japonais s’aventurent toujours plus loin des côtes pour traquer une espèce devenue rare depuis la fin des années 80, une grande partie des thons sont importés. L’archipel, et ses 127 millions de consommateurs, absorbent 80% des thonidés capturés en Atlantique et dans le Pacifique. Une aire d’importation qui puise dans le bassin méditerranéen, où l’espèce Atlantique vient de reproduire. (2) (3)

Quotas et pêche illégale.

Sur les rivages de l’Atlantique et de la Méditerranée, on dénonce l’engouement des Japonais pour le thon rouge, espèce menacée par une pêche excessive. Difficile de quantifier le problème. La CITES – la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction – évoque un appauvrissement des stocks de 80% depuis le  XIX° siècle. Avec une accélération probable à l’ère de la pêche industrielle. (4)  D’ailleurs, une autre source estime que 80% de l’espèce a disparu pendant la décennie 1990-2010. (3) Selon le WWF, les réserves de Méditerranée ont chuté de moitié depuis les années 70. (4) Les fermes d’engraissage de thons, en Croatie, en Espagne, ou à Malte, qui alimentent le commerce, brouillent encore les statistiques. Quelle que soit l’ampleur du déclin, le  «thon rouge » mobilise gouvernements, organisations professionnelles, et ONG qui ne sont pas toujours d’accord sur l’état des stocks, et sur les mesures à mettre en place pour donner une chance à l’espèce. Fin 2006, l’ICCAT – La Commission internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique – décide de réduire les autorisations de  pêche en Atlantique et en Méditerranée. Ils passent de 29 500 tonnes en 2007, à 28 500 en 2008, et à 22 000 en 2009. En 2010, l’autorisation tombe à 13 500 tonnes, contre 32 000 tonnes en 2006. (3) En 2008, le WWF s’étonne de l’importance de la flotte qui sillonne encore la Méditerranée pour traquer les bancs de thons. Quand 229 thoniers suffiraient pour respecter les quotas, l’ONG en dénombre 617, presque trois fois plus. Ce rapport estime que les pays méditerranéens pêcheraient deux fois plus que les prises autorisées. (4) Dans le « thon rouge », il y a l’intérêt des armateurs. Il y a aussi celui des travailleurs de la mer. En Turquie, à Malte, en Italie, ou en Espagne, la pêche au thon rouge, et les activités associées, font vivre des milliers de personnes.

Sushis et intérêts.

Pour arrêter la pêche et ses effets secondaires sur une espèce vulnérable, les décideurs ont peut-être trouvé une solution. L’idée vient de Monaco, elle est soutenue par la France. Il s’agirait d’inscrire le thon rouge sur l’annexe 1 de la CITES, qui liste les espèces menacées par la Convention de Washington, pour en suspendre le négoce. Sans interdire les prises destinées à la consommation locale. L’idée est de stopper un commerce international qui fait flamber les prix, moteur de la surpêche. Réponse en mars prochain à Doha, au Qatar, où les membres de la Convention de Washington doivent examiner cette proposition. Pendant ce temps, à Tsujiki, quelques thons de deux cents kilos et plus ont explosé les records. Début janvier, une pièce s’est vendue 16,3 millions de yens, plus de 130.000 Euros.(5) De quoi doper le prix du sushi et stimuler les intérêts japonais.

M.J

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Pour fouiller un dossier, assez compliqué, un document de l’Ifremer : «  Zoom sur “le thon rouge, une espèce sur-exploitée ; » 21 aoùt 2006.

http://www.ifremer.fr/com/dossier-presse/21-08-06-zoom-thonrouge.pdf

(1) Japan Travelogue   Tsukiji Market, NIPPONIA No. 47 December 15, 2008 http://web-japan.org/nipponia/nipponia47/en/travel/travel01.html

(2) « Thon rouge: la Convention européenne favorable à une interdiction du commerce international. » Associated Press, 06-02-2010. http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5i9_vHtka6nQlC026mWkIOjjHLkmg

(3) « Thon rouge »,  Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thon_rouge

(4) “Thon rouge: une nouvelle etude du WWF éclaire sur les raisons du développement de la pêche illégale », WWF, 14 mars 2008.

(5)  « Le Marché de Tsujiki prêt à tout pour ses thons. », Michel Temman, Libération, 05-02-2010 http://www.liberation.fr/terre/0101617568-le-marche-de-tsukiji-pret-a-tout-pour-ses-thons


Publié le 11 février 2010 par marlene dans Actualité,Japon,Pêche.

Japon: des barrages qui engloutissent l’argent du contribuable.

Bonjour,

“Les barrages sans eau du Japon absorbent l’argent des impôts”, titrait le Yomiuri Shimbun, un quotidien japonais, dans son édition anglaise du 5 janvier dernier. Deux journalistes, Mikoto Hata and Hitoshi Yoshida commencent leur enquête dans l’île d’ Hokkaido,  à proximité d’une ville nommée Furuno, où s’érige le barrage de Togo, un ouvrage de 48 mètres de haut qui perd ses eaux.  La retenue de Togo, conçue en 1973 pour irriguer les champs et les cultures alentour, entre en service vingt ans plus tard. Elle peut stocker 4,3 millions de m3 d’eau, et  coûte près de 38 milliards de yens, environ 280 millions d’euros, argent du contribuable. (1) Très vite, il apparaît que le barrage fuit. L’eau semble s’échapper par le substrat volcanique qui supporte l’édifice. Les paysans, qui voient leurs impôts s’infiltrer dans la roche pendant que leurs cultures attendent une eau dont ils ont déjà payé l’accès, sont furieux. Pour réparer l’ouvrage, il faudrait 12 milliards de yens supplémentaires, environ 95 millions d’euros, sans compter les 300 millions de yens, un peu plus de deux millions d’euros, engloutis dans l’année pour l’entretien et la maintenance d’une infrastructure qui plombe le paysage. « Le barrage a l’allure d’un immense éléphant blanc qui frustre les riverains et leur vide les poches » rapportent les journalistes, avant de poursuivre une  enquête qui décline  les exemples.

Des barrages à profusion.

Dans les années 50, les barrages commencent à se multiplier sur le réseau hydrographique du Japon. Les ouvrages d’après-guerre, programmés pour protéger les métropoles des inondations, ont d’autres fonctions. D’où leur nom, « barrages à fins multiples ». Ils doivent réguler les fleuves, retenir l’eau destinée aux cultures, approvisionner les villes et les industries,  produire de l’électricité. (2) L’archipel compterait plus de 3000 barrages, dont certains encore en travaux. (3) A en croire le Lonely Planet, la Shimanto-gawa, sur l’île de Shikoku, serait le dernier cours d’eau du Japon à s’écouler librement.  Si l’aménagement des fleuves accompagne l’histoire japonaise, la profusion d’ouvrages hydrauliques, aux conséquences environnementales et humaines imprimées dans le paysage, vallées submergées, détournement des eaux, privatisation de la distribution, ou déstabilisation de l’organisation agraire, a fabriqué une solide opposition. Exemple à Yamba, un ouvrage programmé sur la rivière Agatsuma, au Nord-Est de la plaine du Kanto , l’une des réalisations les plus ambitieuses de ces dernières années.

Yamba, le mégaprojet.

Proposé dans les années  50, prévu pour 2015, le barrage de Yamba, à usage multiples, doit notamment approvisionner en eau potable la ville de Tokyo et six préfectures voisines. Le projet, qui doit noyer 316 hectares, déplacer plus de 400 foyers, perturber le quotidien d’un millier de japonais, engloutir la vieille cité thermale de Kawarayu Onsen, héritage historique et site touristique, provoque la colère des riverains.  On lui reproche encore une assise géologique douteuse, la proximité d’un volcan actif, et l’arrivée, via la rivière Agatsuma, d’éléments acides ennemis du béton, en provenance de sources chaudes situées en aval. On lui reproche surtout son coût, 322 milliards de yens, plus de 2 milliards d’euros. Beaucoup d’argent public pour alimenter en eau potable des citadins qui n’en manquent pas forcément. (4) Les législatives d’aoùt 2009, qui ont porté Yukio Hatoyama au poste de Premier Ministre, ont permis de ranger dans les cartons ce projet présenté comme « le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon ». (5)

L’eau à la source.

Dès l’automne dernier, le Parti démocrate – centre gauche – de Yukio Hatoyama promet d’en finir avec la politique de grands travaux emmenée par un Parti libéral-démocrate – conservateur -, accroché au pouvoir depuis 1955, et soucieux d’une partie de son électorat. Yukio Hatoyama, qui dénonce un gaspillage, annule la construction de dizaines de barrages. Il préfère financer des programmes sociaux. A une autre échelle, Shigeru Kobayashi, historien de la lutte anti-barrage qui a opposé les communautés rurales aux élus japonais, parle lui aussi d’économies: « Le coût de l’eau dépend avant tout du coût du barrage. A Ogawa on boit de l’eau d’ici… On a creusé un puit à côté de la rivière. C’est cette eau qui est bue. Pas besoin de barrage pour çà. Cette eau, de plus, est beaucoup moins chère... »

M.J

(1) Conversions approximatives, destinées à imager la facture du contribuable japonais.

(2) D’après « Atlas du Japon », « Une société face à la post-modernité », Philippe Pelletier, Editions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2008, pp22-23
(3)Association of Concerned  Citizens of Yamba Dam Project. http://www.yamba-net.org/eng/

(4) « Japan Election Results: Yamba Dam Project Suspended »by greenz.jp, Tokyo, Japan, 09. 1.09 http://www.treehugger.com/files/2009/09/japan-election-results.php

(5) Yamba, le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon », Christian Pose, http://linked222.free.fr/cp/links/japan/yamba.html


Publié le 13 janvier 2010 par marlene dans Barrages,Japon
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Le Japon se rapproche de Kyoto.

Bonjour,

Le Japon annonce une réduction de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Yukio Hatoyama, le futur Premier Ministre étiqueté Parti Démocrate du Japon (PDJ), une formation de centre-gauche sortie victorieuse des législatives du 30 août dernier, souhaite que le Japon contribue à l’effort international engagé contre le changement climatique. Taro Aso, son prédécesseur conservateur, inspiré par le lobby industriel, proposait moins 8% d’ici à 2020. La seconde économie mondiale, cinquième grand pollueur planétaire après la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, et la Russie, et mauvais joueur dans les grandes conférences internationales sur le climat, rejoint le clan des pays industrialisés concernés par le réchauffement. C’est plutôt une bonne nouvelle dans la perspective de Copenhague en décembre prochain, une conférence sur le climat qui va décider de l’après-Kyoto, et de l’après 2012. (1)

Une société qui évolue.

Au Japon, la société civile n’a pas attendu le changement de cap impulsé par le nouveau chef du gouvernement pour se soucier de climat, et d’environnement. Dans un article paru dans le Japan Times, Junko Edahiro, « Madame Environnement » du Japon, traductrice du livre d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », témoigne de cette société qui évolue.(2) Elle dirige Japan for Sustainability (JFS), une ONG créée en 2002 qui collecte, d’Hokkaido à Okinawa, les initiatives économes en carbone. Le site de JFS abonde en exemples. A Nagoya, les employés de la ville sont invités à se déplacer à vélo, avec prime de déplacement pour ceux qui acceptent un parcours sportif, rien pour les autres. Résultat, depuis 2003, l’usage de la bicyclette a progressé de 50%, quand celui de la voiture baissait de 25%. A Tokyo, une société de parking a lancé un système de co-voiturage dans le centre-ville. La Tokyo Gas and Co, une compagnie de gaz, expérimente un système solaire sur l’un de ses édifices situé à Kumagaya. Cette installation, qui optimise le chauffage et la climatisation du bâtiment, sert aussi à chauffer l’eau. En attendant une prochaine commercialisation. Le site de JFS rapporte encore la mise à disposition d’une technologie améliorée, « PV Roadmap Toward 2030+, » afin de développer le photovoltaïque au Japon à horizon 2050. Junko Edahiro témoigne encore de l’effort des banques, taux d’intérêts moins élevés, épargne mieux rétribuée, pour aider les industries locales et les communautés à limiter leurs rejets de CO². D’autres récompensent une réduction de la quantité d’ordures ménagères produite par la communauté. Sur le plan national, en 2005, le gouvernement a lancé l’initiative « Cool Biz ». Cette campagne incitait les businessmen à laisser leur cravate et leur veste dans l’armoire, pour soulager la climatisation du bureau. Une étude rapporte que près de moitié des businessmen sont allés travailler, habillés « plus léger ». (3) Plus récemment, une autre campagne incite les consommateurs à acheter de l’electro-ménager moins gourmand en énergie. Ce choix est récompensé par des « éco-points », en principe convertibles en yens.(4) Sans parler des voiture hybrides qui « font un carton » au Japon.

Développement et climat.

Pour Junko Edahiro, le problème du Japon n’est pas la « conscience environnementale ». Une enquête révèle que 96% de la population se préoccupe du réchauffement et du changement de climat. Junko Edahiro attribue ce niveau de conscience, record, à l’homogénéité de la société japonaise. Mais peu importe les statistiques, « Madame Environnement » sait qu’il reste à convertir cette « conscience écologique » en action d’envergure. Les multiples initiatives en faveur de l’environnement ne contrebalancent pas une dynamique économique, basée sur la croissance. Le lobby industriel, qui a longtemps freiné des engagements contraignants, s’inquiète des annonces du futur Premier Ministre.(5) En 2007, le WWF estime que les émissions du Japon auraient augmenté de 8% entre 1990 et 2005.(6) Quand le Protocole de Kyoto engageait le pays à les réduire de 6% à l’horizon 2012. (1) Une petite contradiction qui n’empêche pas le Japon de conditionner son aide aux pays en développement à la lutte contre le changement climatique, en Afrique, en Asie, ou dans le Pacifique. Son plan « Cool Earth Partnership », lancé en 2008, incite les pays pauvres à concilier développement économique et réchauffement climatique. Il est question de « déforestation », de « développement propre », de « transfert de technologie », et « d’aide à l’adaptation à l’impact du changement climatique ». A l’annonce de ce plan, un réseau d’ONG africaines avait commenté : « l’Afrique continuera de souffrir tant que et autant que le Japon continuera de causer le réchauffement mondial ».(7)

M.J

En Juillet 2008, le G8 se réunit à Hokkaido, au Japon. A Sapporo, des militants déguisés en dirigeants, lancent des tonnes de CO² dans les airs….

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(1) “Japan sets ‘weak’ climate target “, Richard Black , Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(2) “Asia‘s first lady of the environment”, Stephen Hesse, Japan Times, 26-11-2008.

http://search.japantimes.co.jp /cgi-bin/fe20081126sh.html

(3) “Workers eagerly embrace ‘Cool Biz’”, Japan Times online, 19-08-2005

http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20050819a6.html

(4) “Eco-points stimulus plan kicks off”, Kyodo News, 16-05-2009. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20090516a2.html

(5) Japan sets ‘weak’ climate target “Richard Black Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(6) « Les pays du G8 épinglés sur leur politique de lutte contre le réchauffement climatique. », Le Monde/AFP, 05-06-2007.

(7) « Le Japon confirme son aide aux pays africains », Noel Kokou Tadégnon, IPS, 28-08-08
http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5021


Publié le 15 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Japon
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Des satellites pour tracer le CO².

Bonjour,

Le Japon lance un satellite pour en savoir un peu plus sur le comportement des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement climatique. Une fusée est partie vendredi de Tanegashima, dans le sud du pays, avec pour mission la mise en orbite de GOSAT, diminutif de Global Greenhouse Observation by Satellite. GOSAT, qui répond aussi au nom japonais d’IBUKI – « souffle » -, survolera la terre à une distance de 666 km. Ce gros satellite doit cartographier la répartition et l’abondance des GES dans l’atmosphère, avec un intérêt particulier pour le CO² et le méthane. Cette mission de cinq ans va aider les chercheurs à mieux comprendre les mécanismes du réchauffement climatique. Elle va encore faire progresser la climatologie. Elle devrait surtout « contribuer à l’effort international de prévention du réchauffement climatique ». Sous-entendu inspirer les conférences et les traités internationaux sur le climat, de type Kyoto. C’est l’un des souhaits de la JAXA, l’agence spatiale japonaise.(1)

GOSAT, qui doit identifier et contrôler les sources de CO² pour documenter les traités internationaux, a aussi pour mission de retrouver le « carbone manquant ». Environ 50% du carbone émis dans l’atmosphère y reste. Une grosse partie du reste est absorbée par les forêts et les océans, qui fonctionnent comme des « puits ». Pour les scientifiques, qui continuent d’estimer le rôle des forêts et des océans, les comptes ne sont pas bons. La destination finale d’une partie de carbone n’est pas connue. GOSAT devra donc aussi tenter d’éclaircir cette affaire du « puits manquant » qui intrigue les chercheurs. (1) La NASA, l’agence spatiale américaine, qui devrait lancer fin janvier le satellite OCO (Orbiting Carbon Observatory ), a plus ou moins les mêmes objectifs. Mesurer le CO² présent dans l’atmosphère, repérer ses sources d’émission et d’absorption pour comprendre comment les phénomènes naturels et les activités humaines régulent l’abondance et la répartition du CO². Cette mission devrait aider à résoudre l’énigme du carbone manquant. (2)

Retour sur terre, et aux Etats-Unis, où le parti d’Al Gore s’installe au pouvoir. Il est encore question de CO². D’après un récent sondage conduit par Rasmussen Reports – un institut qui interroge l’électorat américain -, 44% des votants pensent que le réchauffement climatique est lié à un cycle planétaire. En face, 41% – surtout des démocrates – attribuent le dérèglement climatique aux activités humaines. En avril 2008, 47% des personnes interrogées dénonçaient les activités humaines. Contre 34%, qui y voyaient les effets d’un cycle naturel. Reste à demander au satellite OCO de photographier le parc automobile américain, et de quantifier ses rejets de CO². Ou à développer le service presse de la NASA.

M.J

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La séparation d’IBUKI

(1) BBC News/ climate satellite set for launch

http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7839772.stm

(2) http://oco.jpl.nasa.gov/ / http://www.flashespace.com/html/oct08/11a_10_08.htm

(3) http://www.rasmussenreports.com/public_content/politics/issues2/articles/44_say_global_warming_due_to_planetary_trends_not_people


Publié le 25 janvier 2009 par marlene dans Climat,Japon,USA
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Pauvres dugongs d’Okinawa.

Bonjour,

L’histoire commence avec quatre dugongs exposés dans une piscine de l’aquarium de Motobu, sur l’île d’Okinawa, réputé pour être l’un des plus beaux du monde. Ces pauvres dugongs, deux par bassin, tournent en rond dans ce qui ressemble plus à un bocal grand format qu’à une piscine. Les flashes des appareils photo ne semblent pas perturber ce petit manège aquatique, qui devrait bien finir par les lasser. Drôle de vie, même pour une espèce menacée. Les eaux qui baignent Okinawa, l’archipel qui s’étire entre l’île Kyushu au nord, et celle de Taïwan au sud, riches en prairies marines, sont sans doute le dernier repaire des dugongs au Japon.

Des dugongs privés de verdières.

Les dugongs sont les cousins des lamantins. Comme eux, ils sont menacés d’extinction, notamment à Okinawa, limite nord d’un habitat qui va des côtes philippines à celles du nord de l’Australie, en passant par le littoral indonésien. Cette population régionale est estimée à 100.000 mammifères. Les dugongs, espèce protégée par la CITES ( Convention sur le Commerce International des Espèces menacées d’Extinction ), déclarée « Monument naturel» par le Japon, pourraient bien disparaître du catalogue de la biodiversité. Leur reproduction est lente, les populations peinent à se renouveler. A Okinawa, on ne sait pas combien il en reste. On ne les voit plus, sauf quelques jeunes spécimens coincés dans les filets des pêcheurs. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) explique cette raréfaction de l’espèce par la dégradation de son habitat. Les verdières, qui permettent aux dugongs de s’alimenter, sont menacées par l’urbanisation du littoral, les eaux de ruissellement, ou sont recouvertes par les filets qui protègent les cultures d’algues. Mais à Okinawa, la disparition des dugongs dissimule une autre bataille.

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Okinawa, l’île des bases américaines.

Okinawa est l’île des bases américaines. Quelques chiffres. L’archipel, qui représente environ 6% de la superficie du Japon, accueille 75% des bases américaines installées sur le territoire nippon. Les Américains occupent 20% de la superficie de l’île principale d’Okinawa, un peu moins, selon d’autres sources. (1) Cette présence américaine, héritage de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre Froide, sert aujourd’hui la stratégie asiatique des Etats-Unis. Elle ne fait pas que des heureux. Les gens de plus de soixante ans, et l’on vit vieux à Okinawa, se souviennent de la guerre, des bombes qui pleuvaient du ciel, et des morts. Les combats ont tué 20% de la population civile d’Okinawa (2) Les plus jeunes s’agacent des avions et des hélicoptères qui survolent l’île, ou s’inquiètent du gâchis environnemental généré par la présence militaire. D’autres, plus conciliants, y voient un avantage économique pour cette région pauvre du Japon. Les bases américaines, qui emploient près de 9.000 Japonais, soulagent un chômage assez élevé. Les soldats américains sont aussi des consommateurs. Et Tokyo verse des subventions pour dédommager.(1) La cohabitation avec les Américains, pas toujours facile, est ponctuée de faits divers qui font monter la tension. En 1995, une petite fille est agressée par un GI, une manifestation anti-américaine rassemble 85 000 personnes. Le calendrier des faits divers ne s’arrête pas pour autant. (3)

Une base américaine chez les dugongs.

En 1996, les gouvernements japonais et américain décident du transfert de la base de Futemna. Les Japonais offrent le site d’Henoko, près de la petite ville de Nago, sur la côte nord-est de l’île principale d’Okinawa. Cette nouvelle base aérienne, qui suppose la construction d’une piste de plus de 2 km de long, hangars, tour de contrôle, et vacarme des hélicoptères inclus, annonce aussi la destruction d’un récif corallien et de sa vie aquatique. Le site de Henoko, qui abrite une vaste prairie sous-marine, est aussi un habitat pour les dugongs. Une longue résistance, portée par la vieille génération d’Okinawa, celle qui a connu la guerre et s’est nourrie de la mer, s’organise. En 1997, les opposants au projet créent la « Society for the Protection of Life ». Des sit-in quotidiens sont organisés pour résister à un projet trop cher, trop long, et trop destructeur (2) En 2004, les citoyens de Nago, interrogés par référendum sur le projet, répondent « non », malgré les nombreux avantages offerts par le gouvernement japonais. Les études, destinées à l’édification de la base, sont retardées par la résistance des insulaires qui se rassemblent à Henoko. La même année, une trentaine de tentatives pour démarrer le projet échouent. A Henoko, la mobilisation recrute, à Okinawa, au Japon, et ailleurs. La vieille garde d’Okinawa, dont certains meurent en cours de route, tient bon. Shimabukuro Yoshi, 92 ans, doyen des opposants, résume l’amertume et la ténacité des vieux insulaires: « J’ai vécu avec la mer depuis plus de 90 ans. Quand la guerre s’est achevée, il n’y avait rien à manger, sauf les cadeaux de la mer. Je peux la remercier, elle m’aidé à nourrir et à m’occuper de mes enfants. Si vous insistez pour construire cette base, tuez-moi d’abord. » (4)

Pauvres dugongs.

Cette résistance est bientôt relayée par des intellectuels qui comptabilisent, à leur tour, les désagréments du projet. Ils contestent la présence, et les intentions, américaines. Okinawa, base arrière pendant la guerre du Vietnam, servirait aujourd’hui de passerelle vers l’Irak, ou l’Afghanistan. (2) (5) En mai 2007, les Autorités japonaises envoient un navire de guerre à Henoko. Trois cents personnes sont rassemblées sur la plage. Un vieil homme de Nago commente: «  Cet acte témoigne de l’oppression des militaires japonais à Okinawa ».Un autre opposant déclare: “Nous continuerons à nous battre pour stopper la construction de la base militaire, qui a pour but de tuer des gens dans cette région, et ailleurs.”(6) Mais revenons à nos dugongs. En 2005, ils font l’objet d’un courrier du Secrétaire du « réseau dugong » d’Okinawa adressé à l’administration militaire de l’île. « Nous sommes totalement opposés au travail de nuit sur le site d’Henoko – on s’y affaire de nuit pour construire la base aérienne – et nous condamnons le génocide du dugong d’Okinawa. ». Lors de la conférence de Bangkok sur les espèces menacées, en novembre 2004, les représentants des gouvernements japonais et américain s’étaient fait tirer l’oreille à propos de ces pauvres dugongs. Attachée au dossier, la question de la base militaire d’Henoko. (7)

M.J

(1) http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2008/pajon/CPajon.html

(2)(http://www.geocities.jp/nobasehenoko/tokyo.html )

(3) http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-bases-americaines-okinawa-entre-crainte-et-resignation-3118.asp?1=1

(4) http://www.geocities.jp/nobasehenoko/index.html

(5) http://groups.google.be/group/medias-mensonges-desinformation/browse_thread/thread/7929817d36757a52/045a9291e571da00?lnk=gst&q=okinawa#045a9291e571da00

(6) http://pacificasiaunited.blogspot.com/2007/05/urgent-call-for-henoko-okinawa.html

(7) http://www.okinawa-u.ac.jp/~tsuchida/Save-Dugong/material/050524nahabo_moshiire_e.htm


Publié le 21 janvier 2009 par marlene dans Biodiversité,Japon
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Pour se protéger de l’océan, le japon redessine ses rivages.

Bonjour,

Entre le port et le large, un rempart de béton déchire l’horizon. Une digue, parfois deux, perturbent le paysage marin pour protéger les petits ports d’Okinawa, exposés aux violences de la saison des typhons. Il faut dire que l’archipel d’Okinawa les collectionne. Au nord ouest de l’île principale, près de la ville de Nago, on creuse la montagne pour fabriquer du béton, bientôt converti en immenses tétrapodes, entassés devant le chantier avant d’être transportés au large. Les Japonais cassent leurs montagnes pour les jeter dans la mer. Et l’on est partagé entre un sentiment d’admiration pour ces travaux d’Hercule, et l’infini regret de voir ces espaces bouleversés, maîtrisés, aménagés. Dommage pour l’invitation au grand large, et la carte postale du lagon.

Tant pis pour les paysages littoraux.

Posé à un carrefour de plaques tectoniques, situé sur la route des ouragans, le Japon est un espace exposé aux séismes et au raz de marées. Au cours son histoire, le pays a été balayé par de nombreux tsunamis – ces gigantesques vagues souvent consécutives à des séismes- et secoué par des typhons saisonniers – accompagnés d’inondations et de vents dévastateurs-. Ces menaces venues de l’océan expliquent l’ardeur des Japonais à bétonner leurs côtes. L’archipel en compte 33 000 km. La stabilisation et la protection des littoraux, enjeu humain et enjeu économique, accompagne l’histoire du pays. La construction de digues et la lutte contre l’érosion marine est une pratique ancienne, vraisemblablement contemporaine à la conquête de terres sur l’eau. (1) Après la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les années 60 et 70, les Japonais décident de sacrifier leurs perspectives littorales pour réduire l’érosion et adoucir l’effet des typhons et des tsunamis. Ils érigent des digues géantes, aménagent des brise-lames, construisent des barrages, des canaux déversoirs, créent des plages de sable, plantent une végétation qui colonise le rivage. La plupart des ports nippons du Pacifique, le littoral le plus exposé, s’abritent derrière des remparts. (2)(3)(4)

Tsunami, un mot japonais.

Au Japon, le calendrier des tsunamis est riche. Dès le VII° siècle, le Nihon Shoki, l’une des premières chroniques japonaises, mentionne un raz de marée dévastateur sur la côte pacifique.  Du XVII° siècle aux années 1960, le pays connaît une dizaine de tsunamis meurtriers. Chaque vague produit plusieurs milliers de victimes. Avec quelques records. En 1707, 30 000 personnes disparaissent. Plus loin dans le siècle, en 1792, un autre tsunami fait 15 000 victimes. En 1896, une vague de 40 mètres, provoquée par une éruption volcanique sous marine, emporte 25 000 personnes sur le littoral de Sanriku. Plus près de nous, en 1960, un tsunami consécutif à un séisme au Chili, fait 60 victimes. En 1993, une autre vague d’origine sismique provoque la mort de 230 personnes sur l’île d’Okushiri, à Hokkaido. Le tsunami, la pire des conséquences des séismes qui secouent l’archipel, est d’ailleurs un mot d’origine japonaise. Il associe « tsu » – « port » -à « nami » – « la vague » – pour raconter l’histoire de pêcheurs qui, après avoir navigué sur une haute mer calme, auraient découvert leur port dévasté au retour. (5)

Des typhons saisonniers.

Chaque automne annonce la saison des typhons, septembre et octobre. L’archipel en subit trois ou quatre par an, parfois plus. Ils arrivent par le Sud Ouest, en provenance de la Mer des Philippines. Ils peuvent atteindre une vitesse supérieure à 200 km/h, ils s’accompagnent de violentes précipitations. Ils dévastent tout sur leur passage. Ici encore, le calendrier est meurtrier. De 1947 à 1959, les typhons font 1500 victimes par an. (1) Dans l’histoire récente, deux typhons ont été particulièrement dévastateurs. En 1934, celui de Muroto fait plus de 3000 victimes. En 1959, à Ise, les protections ne résistent pas à la malheureuse combinaison d’un typhon et d’une marée. Le bilan est lourd, 5000 morts. Cette catastrophe aurait été prétexte à une législation et à de nouvelles mesures de protection. L’Etat et les administrations locales combinent désormais leurs efforts pour bétonner, et aménager l’espace littoral de façon à limiter les dégâts, et optimiser la réaction. (1) Comme les tsunamis, les typhons accompagnent l’histoire du Japon. Par deux reprises au XIII° siècle, ils épargnent au pays l’invasion mongole.

Protection, détection, et information.

Au Japon, 9000 kilomètres de digues et d’aménagements anti-tsunami ceinturent le littoral.(2) Un dispositif impressionnant, coûteux, mais pas forcément suffisant, ni assez résistant.(4) Les Japonais, formatés aux grandes catastrophes et servis par la technologie, travaillent aussi à la détection d’accidents telluriques et océaniques. Satellite, observatoires côtiers, stations météo, ou informations venues de l’étranger, le pays développe une stratégie de pointe qu’il améliore sans arrêt. En cas de danger, les bulletins météo alertent immédiatement les populations. Ils sont relayés par les media, radio et télévision, qui donnent des consignes. Une orchestration efficace doit permettre l’évacuation des populations, et leur acheminement vers des centres de secours. Chaque année, le 1er septembre, journée des catastrophes, est l’occasion d’une répétition générale. En attendant le « big one », le super séisme attendu d’ici 25 ans à Tokyo et dans la région du Kansaï, peut-être demain, et sa possible déclinaison en tsunami, la question des densités urbaines reste posée.

Pendant que le Japon continue de bétonner ses côtes et de modifier les lignes de ses rivages, un japonais, un photographe, restitue des perspectives marines intactes. Avec sa série « Seascapes », Hiroshi Sugimoto invite le spectateur à considérer la mer et le ciel avec le même regard que les premiers habitants de la terre ont posé sur ces paysages. Chaque photo, qui expose ciel et mer, s’organise autour d’une ligne d’horizon vierge, ouverte sur le grand large

M.J

Une vidéo détaille une ligne de défense sophistiquée contre les tsunamis….

(1) Philippe Pelletier, « Le Japon », in Chine, Japon, Corée, Tome 5, Géographie universelle, Belin, 1994, rééd. 2001, pp258-261, 266, 270. – (2) « Tsunami : Le Japon dépense sans compter pour se protéger », Michel TEMMAN , Libération, 28 décembre 2004– (3) « Gestion de l’eau et aménagement du territoire au Japon », Robert Fahri, attaché  pour la science et la technologie, Amabassade de France au Japon, aôut 2001, pp 10-11. http://www.riob.org/info_org/japon.pdf – (4) « Technologie du secourisme — Se préparer pour le prochain désastre naturel », Takahashi Koki et Torikai Shin-ichi, NIPPONIA No.33 15 juin, 2005http://web-japan.org/nipponia/nipponia33/fr/feature/feature05.html – (5) « Nippon Tsunami », Olivier Bleys, 19-02-2007. http://monvolubilis.canalblog.com/archives/2007/02/19/4056365.html


Publié le 15 janvier 2009 par marlene dans Catastrophe naturelle.,Japon,Non classé
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Fukuoka, l’homme qui voulait révolutionner l’agriculture…

Bonjour,

« Je vis sur une petite montagne où je pratique l’agriculture. Je n’ai pas de connaissance, je ne fais rien. Je travaille la terre sans cultiver, sans fertilisant, et sans produit chimique » (1), ainsi se présente Masanobu Fukuoka, petit agriculteur japonais. Tout au long de sa vie, il a appris à laisser travailler la nature à sa place. C’est elle qui lui a montré qu’elle pouvait être généreuse, pour peu qu’on la laisse tranquille. De cette conversation avec la nature est née un livre majeur, « La révolution d’un brin de paille », principes pour une agriculture naturelle.

Quatre grands principes.

Premier principe, ne pas cultiver la terre qui travaille seule, aidée par les racines, les plantes, les micro-organismes, et les autres petits locataires de l’écosystème. Fertilisants chimiques et compost préparés sont interdits, second principe, pour ne pas brutaliser la nature. Pour rendre ses sols naturellement plus généreux, Fukuoka fait pousser du trèfle blanc en surface. Il couvre de paille et y ajoute du fumier de volaille. Il commente sa recette à base de paille: « Répandre de la paille…est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d’hiver. C’est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l’irrigation. Concrètement et théoriquement, l’utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c’est quelque chose que je ne peux faire comprendre aux gens. » (2) Troisième principe de cette agriculture, ne pas désherber car les mauvaises herbes participent au processus naturel. Pas de produit chimique, quatrième principe. Les insectes et les maladies ne sont pas assez nocifs pour justifier une intervention chimique. Argument complémentaire, une plantation robuste développe sa propre résistance aux nuisibles. (3) Le livre est publié en 1975, il fait école.

Trois décennies pour mesurer ses efforts.

Masanobu Fukuoka naît en 1913, dans un petit village agricole de l’ïle de Shikoku, au sud de l’archipel nippon. Il apprend la microbiologie, se spécialise dans les sols, et la pathologie des végétaux. A 25 ans, il souffre d’une grave pneumonie, probable déclic face à la mort, il prétend avoir des visions. Il se met notamment à douter de la relation entre l’homme et la nature. Nous sommes dans le Japon de la fin des années 30. Le pays commence à  délaisser l’agriculture traditionnelle pour se convertir aux méthodes occidentales, rendements et industrialisation assortis. Fukuoka y voit une rupture entre les Japonais et leur terre. Il s’inquiète déjà des pollutions et des dégradations liées à cette mutation. Il démissionne, revient à la ferme familiale à Shikoku, bien décidé à démontrer qu’il n’est pas nécessaire de brutaliser la nature pour produire. Sa démonstration dure trente ans. Trois décennies pour apprendre et mettre au point une méthode agricole basée sur le « rien-faire ». Ou si peu. Fukuoka, qui renonce au labour, fait travailler ses canards et ses poules pour fertiliser le sol, décourage les mauvaises herbes sans désherber, éparpille de la paille pour stimuler sa terre, attend la maturité de ses graines, les jette dans le champ entourées d’argile, apprend à ménager ses efforts. Récompense, cette agriculture douce qui laisse l’écosystème se reconstituer, donne des rendements identiques à ceux des fermes voisines, aux méthodes plus dirigistes. Avec un petit plus. Le sol, qui n’a pas vu de charrue pendant 20 ans, enrichi par la paille, s’améliore à chaque saison.

Cultiver pour apprendre à philosopher.

Devenu partisan du moindre effort, Fukuoka est aussi devenu philosophe. « Beaucoup de gens pensent que lorsque nous pratiquons l’agriculture, la nature nous aide à faire pousser les aliments. C’est un point de vue exclusivement « humano-centriste ». Nous devrions plutôt réaliser que nous recevons ce que la nature décide de nous donner. Un fermier ne fait pas pousser quelque chose au sens où il, où elle, le crée. Cet homme est seulement le maillon d’un processus par lequel la nature exprime sa créativité. Le fermier a une très petite influence sur ce processus…à part être là, et assumer sa petite part. »(4) Dans ses livres –il a publié deux autres ouvrages (5) -, Fukuoka revendique une inspiration bouddhiste. Mais si l’enseignement bouddhiste éclaire et dicte les méthodes de cette agriculture naturelle, l’inverse est aussi vrai. Pour Fukuoka, cette philosophie exprime l’intime relation entre la vie et la nature. Et quand « l’homme et la nature ne font qu’un, une voie s’ouvre vers cette agriculture qui dépasse le temps et l’espace pour atteindre le zénith de la compréhension et de la lumière. »(4) Mais, il nous rassure tout de suite: “Bien que l’agriculture naturelle – qui peut apprendre aux gens à cultiver une profonde compréhension de la nature – peut conduire à une attitude spirituelle, elle n’est pas strictement une pratique spirituelle. L’agriculture naturelle est juste une agriculture, rien de plus”(4)

L’agriculture naturelle, une révolution copernicienne.

Masanobu Fukuoka s’est éteint en août 2008. Il aurait initié la permaculture. Dans les années 80, il s’intéresse à l’Afrique. Son rêve, faire reverdir le désert. Il amorce de petits projets agricoles en Ethiopie et en Somalie. Mais les Occidentaux préfèrent les cultures de rente, et les gouvernements africains n’aiment pas les petits jardins.(1) Il a enseigné sa méthode à des milliers de personnes. Dans les montagnes, au nord de Kyoto, Larry Korn a expérimenté son modèle. Aux Etats-Unis, en Israël, ou dans le Sud de la France, quelques pionniers perpétuent son héritage. Fukuoka, qui réconcilie l’agriculteur et sa terre, l’agriculteur et son rythme, n’a peut-être pas beaucoup d’illusions sur l’avenir de son modèle. En 1988, le « Ramon Magsaysay Award » couronne ses travaux et ses enseignements. Il déclare alors: « Le changement vers une agriculture naturelle suppose une révolution copernicienne. Ce n’est pas quelque chose qui peut se faire en une nuit. » (6) Mais, il ne renonce pas. En janvier 2008, il apprend à ses élèves à fabriquer des boules de graines…

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M.J

(1)”Greening the desert”, Interview de Masanobu Fukuoka, Robert et Diane Gilman, In context,1986. http://www.context.org/ICLIB/IC14/Fukuoka.htm

(2) Wikipedia

(3)Mouvement Citerrien, « L’Agriculture naturelle
de Masanobu Fukuoka, L’agriculture du non-agir »
http://www.citerre.org/fukuokamct.htm

(4) The Fukuoka Website, The philosophy of Masanobu Fukuoka, http://fukuokafarmingol.info/fphil.html

(5) « L’agriculture naturelle. Théorie et pratique pour une philosophie verte. » «  La voie du retour à la nature : Théorie et pratique pour une philosophie verte. »

(6) The 1988 Ramon Magsaysay Award for Public Service, BIOGRAPHY of Masanobu Fukuoka, http://www.rmaf.org.ph/Awardees/Biography/BiographyFukuokaMas.htm


Publié le 28 novembre 2008 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Japon
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Le Japon met du riz dans ses moteurs…

Bonjour,

Soucieux de coller aux objectifs de Kyoto sans renoncer à son parc de 70 millions de véhicules, le Japon se lance dans l’aventure de l’éthanol. Dès mars 2009, le pays devrait convertir du riz en carburant alternatif. Mais, pas question de toucher au riz japonais, ligoté à la tradition du pays. C’est une nouvelle variété, le Hokuriku 193, une semence bon marché avec un rendement de 30 à 40% supérieur au riz traditionnel, qui est expérimenté dans les rizières de Nigata, au centre de l’archipel. Ce projet, conduit par la Fédération nationale des coopératives agricoles (Zen Noh), encouragé par le gouvernement japonais, sera développé sur des terres, en principe, abandonnées. L’éthanol local sera mélangé au carburant traditionnel à hauteur de 3%.(1) Le Japon, qui souhaite diminuer son accoutumance au pétrole, mise sur 10% d’éthanol dans les moteurs japonais, d’ici à 2020.(2)

Gros consommateur de pétrole, en principe « bon élève » de Kyoto qui lui impose une réduction de Gaz à effet de serre de 6% d’ici à 2010, par rapport à 1990, le Japon s’intéresse à l’éthanol. Un intérêt encore accru par l’objectif défini en 2006, 20% de pétrole en moins d’ici 2030. (2) De bonnes raisons d’importer de l’éthanol du Brésil, depuis 2001. Et de plancher sur les possibilités d’une production locale. A Hokkaïdo, les Japonais ont essayé de convertir du blé, impropre à la consommation, en carburant. D’autres expériences ont été menées à partir de déchets de bois. A Okinawa, archipel subtropical, ils ont fait des essais avec la canne à sucre, puis avec la betterave, finissant par préférer la première, jugée plus productive. La mélasse a encore fait l’objet d’expériences. Rien de bien concluant. (2) Excepté un autre projet conduit à Tomakami, sur la côte Sud de l’île d’Hokkaïdo, où la compagnie Oenon Holding, distillateur depuis 80 ans, devrait implanter une usine d’éthanol, à base de riz. La technologie qui permet cette conversion serait similaire à celle qui permet de produire du sake. L’entreprise, qui souhaitait produire du carburant alternatif à partir de riz importé, a finalement opté pour une production locale.(3) Les rizières d’Hokkaïdo, étendues sur des parcelles familiales plus grandes – la moitié couvrent plus de 10 hectares contre moins de 2 pour le reste du pays -, auraient aussi un rendement supérieur.(4)

La production d’éthanol ne devrait donc pas empiéter sur la riziculture traditionnelle. Le riz japonais, cher mais très apprécié, très subventionné car peu rentable, est un secteur très protégé par le gouvernement. Le Japon, qui couvre ses besoins en riz, doit encore en importer 760 000 tonnes, stock imposé par les négociations du Gatt. D’autre part, les campagnes japonaises sont délaissées. En 20 ans, 665 000 hectares ont été abandonnés, dont beaucoup de rizières.(4) La riziculture destinée à l’éthanol permettrait de redonner vie à une partie de ces terres cultivables, et à reverdir les paysages japonais.  Mais le parcellaire japonais, petit, morcelé, ou juché en terrasse, pose la question de la rentabilité d’une culture à vocation industrielle. Autre inconnue, le « gain gaz à effet de serre ». Le Japon , qui mise sur l’éthanol pour réduire sa production de CO²,  notamment dans le secteur automobile, devra composer avec les émissions de méthane. Les rizières, second producteur de méthane après l’élevage, 60 millions de tonnes par an contre 80 pour les ruminants, représentent 20 à 40% des émissions totales. Sans oublier les rejets de CO² dues aux unités de production d’éthanol…

M.J

(1) Interview – « Japan’s first rice éthanol plant sees 2009 start », Risa Maeda, Reuters, 18-01-08 http://www.reuters.com/article/latestCrisis/idUST33749

(2) “Japan – Biofuels – Biofuels Production Report”, USDA Foreign Agricultural, Gain Report-JA (Global Agricultural Information Network), 25-05-2006. http://www.fas.usda.gov/gainfiles/200605/146197881.pdf

(3)”Japan’s Oenon may produce rice-original”, Reuters, 23-05-08 http://asia.news.yahoo.com/070523/3/32atk.html

(4) Click Japon / Agriculture. http://www.clickjapan.org/economie/industrie/agriculture.htm


Publié le 3 octobre 2008 par marlene dans biocarburants,Japon
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Le goût du riz japonais.

Bonjour,

Mauvaise nouvelle pour les habitants des quartiers pauvres des grandes métropoles des pays en développement, les prix agricoles resteront élevés pendant les dix prochaines années. La nourriture, appelée à devenir plus accessible qu’en ce moment, pèsera encore sur budgets des ménages les plus pauvres. L’alimentation restera plus chère qu’au cours de la décennie précédente, avec des variations importantes. Ce scénario est décrit dans les « Perspectives agricoles », publication conjointe de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique ) et de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture.) Pendant que la FAO, réunie en ce moment à Rome, tente de définir une stratégie pour sortir de la crise alimentaire, le Japon propose ses stocks de riz aux Philippines, et à l’Afrique. Producteur excédentaire, et importateur de riz malgré lui, le Japon a des réserves à écouler.

Le Japon, neuvième producteur mondial de riz, près de 9 millions de tonnes en 2007, est obligé d’en d’importer des Etats- Unis, de Thaïlande, ou du Vietnam, pour coller à la réglementation de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Chaque année, 770.000 tonnes de riz sont débarquées sur l’archipel. (1) (2) Ces riz importés, peu adaptés au goût japonais, et délaissés au profit de la production locale, sont stockés. Ces réserves s’ajoutent à la surproduction locale. Et dans un pays, traditionnellement associé à la riziculture et au riz, on en consomme moins qu’avant. Changement de régime pour des Japonais qui mangent plus de pâtes, de pain, et de plats occidentaux, mais qui avalent quand même, en moyenne, plus d’un kilo de riz par personne, et par semaine. Pendant que de nombreux pays producteurs de riz stockent leurs réserves, notamment pour ne pas en manquer chez eux, le Japon a décidé d’exporter. Le pays a l’intention de vendre 200.000 tonnes de riz aux Philippines, et 20.000 tonnes à cinq pays africains.

On pense que la culture du riz au Japon remonte à 2500 ans. C’est le « pays du riz abondant », satisfaction japonaise. Le riz est la principale culture des campagnes de l’archipel, les rizières occupent près de 40% des terres cultivées.(3) Les parcelles sont petites, moins d’un hectare en moyenne, avec une production très mécanisée. Le riz, semé dans la quasi-totalité des 2,3 millions d’exploitations du pays, reste une activité secondaire pour la majorité des agriculteurs, taille des parcelles explique. A l’échelle du pays, la riziculture pèse d’ailleurs moins dans l’économie que par le passé. Le riz japonais, subventionné et protégé par des droits de douane qui contrarient son commerce, est un riz cher. Sur le marché international, et au Japon. Le gouvernement protège ses riziculteurs, qui sont aussi des électeurs. Si tout le pays cultive des variétés améliorées du riz Japonica, c’est le Koshihikari qui a la cote, dans les rizières, et dans les bols. Au Japon, le goût du riz est un critère d’importance.(1)(2)

Il y a quelques mois, le gouvernement japonais s’est inquiété du réchauffement climatique, et de ses conséquences sur la production de riz. Durant la dernière décennie, la température moyenne de l’archipel s’est élevée de 0,2°C à 1°C, par rapport aux trois décennies antérieures. Les scientifiques, qui cherchent pour le compte du gouvernement, craignent qu’un réchauffement plus important affecte la production, et la qualité d’un riz. La céréale, très sensible aux variations de température à chaque stade de sa croissance, devient très vulnérable en fin de cycle. Un climat plus chaud pourrait faire échouer la pollinisation du riz, ou modifier l’apparence des grains. Mais difficile de prédire le comportement du riz sous des températures plus élevées, quand la force du vent, sa direction, ou l’altitude des cultures, influencent aussi son développement. Reste un point qui préoccupe les japonais, le goût du riz. « Ce serait une honte si le riz japonais, de haute qualité, perdait son goût à cause du réchauffement climatique. », a commenté un habitant de Tokyo.

M.J

(1) « En pleine crise alimentaire mondiale, le Japon ne sait que faire de son riz », Roland de Courson, 23-05-22008 AFP- (2) AIR, Le riz dans le monde, le Japon, FAO, 2004. (3) http://genma.free.fr/ninoto/article.php3?id_article=203


Publié le 3 juin 2008 par marlene dans Actualité,Alimentation,Japon
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