Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Chili, le tracé contesté de la carretera de la Costa…

Bonjour,

Le Chili est un très long pays qui s’étire du Pérou au Cap Horn sur 4300 kilomètres, un pays long et maigre adossé à la Cordillère des Andes, et tourné vers l’océan Pacifique. Depuis longtemps, les dirigeants  rêvent de prolonger la Pacific Coastal Highway, le système routier continental qui longe le Pacifique depuis Vancouver,  au Canada. Au Chili, cette route s’appelle la ruta costera, ou la carretera de la costa. Elle doit ouvrir le pays sur le  reste du continent. Ce méga-projet, conçu sous la dictature Pinochet (1973-1990), doit relier les deux extrémités du territoire, de la frontière péruvienne aux portes de la Patagonie chilienne. Cette route, qui descend d’Arica doit rejoindre Puerto Mott et la région de Los Lagos (région X), à un peu plus de 1000 kms au Sud de Santiago, la capitale. Sur les 3300 kilomètres de goudron prévus par les plans, 2600 sont déjà praticables. Si ce projet embarrasse les gouvernements successifs, qui s’efforcent de le mener à terme, c’est qu’une partie de son tracé est contesté. La quarantaine de kilomètres qui doit traverser la région d’Araucania (région IX) doit déchirer une partie du territoire Budi. Ce territoire, situé à environ 700 kilomètres au Sud de Santiago, est pourtant désigné depuis 1996 comme « Area de Desarollo Indegina »  (ADI)., un territoire en principe respecté. (1)(2)

« Droit à la terre. »

Puerto Saavedra, en territoire mapuche, est le théâtre de cette discorde. Dans cette commune de 15.000 âmes, environ 80% des habitants sont d’origine Mapuche, une minorité chilienne  – 4% de la population –  majoritairement enracinée dans la région d’Araucania. Une soixantaine de communautés  Lafkenche, cousins immédiats des Mapuche, sont directement concernés par un tracé qui annonce une désorganisation de leur espace vécu. (3) Or,  la culture Lafkenche, comme l’ensemble de la culture Mapuche, est intimement liée à ce  territoire historique. Les «Lafkenche », dont le nom signifie « peuple de la mer », intègrent l’océan dans leur espace identitaire. (4) En 1979, sous la dictature Pinochet, ces terres Mapuche, autrefois communales, sont divisées en propriétés individuelles. La plupart sont achetées par des entrepreneurs forestiers, des producteurs d’énergie hydraulique, ou des pisciculteurs. Les autres sont exploitées par les Lafkenche, qui cultivent de petites parcelles de 5  à 10 hectares. (2) La décennie 1990, et le retour de la démocratie au Chili, portent la revendication identitaire et territoriale des Mapuche. Malgré les engagements de  « l’Area de Desarollo Indegina », les Lafkenche voient leur territoire malmené par ce projet d’autoroute. Les routes d’accès au chantier détruisent les écosystèmes, et bouleversent l’usage traditionnel de la terre. Un article qui détaille leurs revendications évoque un viol de leur droits ancestraux, « droit à la terre, droit à la vie, et droit à la culture », une spoliation de « la loi indigène de droit à la propriété ».(3) Sur un autre site dénonçant ce tracé d’autoroute, un Mapuche n’hésite pas à déclarer : «  je suis Mapuche et je suis prêt à me battre jusqu’à  la mort pour défendre notre terre ».(5) Les travaux, emmenés par un corps de travailleurs de l’armée chilienne, ont déjà détruit des sites sacrés. Des cimetières sont menacés par la route. Interrogé par IPS, un autre habitant déclare« Nous nous opposons à ce méga -projet car, pour le peuple Mapuche, cela n’apportera ni progrès, ni développement, mais plutôt une destruction irréversible de notre culture. »(2)

 

Touristes.

Pour les Autorités, cette route qui reliera des espaces côtiers isolés permettra de développer l’économie locale. Elle ouvrira une voie plus rapide aux forestiers et aux touristes. Habitués à se déplacer sur de petites distances pour rejoindre l’océan où ils pêchent ;  attachés à des paysages où se mêlent les rives du Pacifique, des champs cultivés, et les hauteurs de la chaine côtière, les Lafkenche ne partagent pas cette vision du développement.  Pourtant, une étude menée par l’Université de la Frontera dans la commune de Saavedra – majoritairement Mapuche – ne départage  pas franchement ces deux visions du monde. Environ 47 % des personnes interrogées soutiennent le projet, et  53% s’y opposent. Peut-être le résultat d’une campagne de promo. D’après IPS, l’ancien maire de Puerto Saavedra  aurait parcouru la campagne pour expliquer aux paysans qu’une route plus fréquentée leur permettrait de vendre leurs produits plus chers. Sans parler des indemnisations, reçues en cas d’expropriation. La même enquête révèle qu’en ville, à Puerto Saavedra, la population est plutôt favorable à une route qui amènera plus de touristes. .(2)

M.J

 

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(1) Pacific Highway, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Pacific_Highway

(2) “Indigenous Chileans Still Fighting Pinochet-Era Highway Project”, Marianela Jarroud, IPS, 27-12-2012, http://www.ipsnews.net/2012/12/indigenous-chileans-still-fighting-pinochet-era-highway-project/

(3) « PUERTO SAAVEDRA: TIERRA Y SANGRE LAFKENCHE », LANALHUE NOTICIAS, Publicado el 18-11-2006, Por Prensa Nacional (*)http://ln.fica.cl/muestra_noticia.php?id=2320#.UOw2dHc-5QE

(4) »Terremoto/Maremoto en Futalmapu LafKenche: impressions d’un étudiant. », Olivier Arnould, Santiago du Chili, 24-03-2010, document Word, http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CDUQFjAA&url=http%3A%2F%2Fxa.yimg.com%2Fkq%2Fgroups%2F13331933%2F280544006%2Fname%2Fles%2Blafkenche%2Bet%2Btsunami-5.doc&ei=zzLsUIqsGIbN0QWXtYCICQ&usg=AFQjCNHUK9UG7CDcN7lbqUCfLuffTaRiig&bvm=bv.1357316858,d.d2k

(5) « Les menaces de la route de la côte sur les terres Lafkenche », « Je suis Mapuche et je suis prêt à me battre  jusqu’à  la mort pour défendre notre terre. », Réseau d’information et de soutien au Peuple Mapuche, http://mapuche.free.fr/route.htm


Publié le 9 janvier 2013 par marlene dans bagnole,Biodiversité,Chili,Pacifique,Territoire
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Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

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(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
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