Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les jeunes de Thiaroye-sur-Mer.

Bonjour,

A Thiaroye-sur-Mer, un village de pêcheurs enclavé dans la presqu’île du Cap Vert, et la banlieue de Dakar, la mortalité des jeunes adultes atteints par la maladie de l’exil est depuis longtemps inacceptable. Dans cette communauté d’environ 50.000 habitants, bien plus de 150 jeunes hommes, entassés dans des pirogues naviguant en direction des côtes et du rêve européens, sont morts noyés. Le carnet noir du village mentionne encore plus de 80 orphelins, laissés par ces migrants malchanceux. Et près de 400 mineurs seraient détenus dans des prisons espagnoles, une estimation qui monte à mesure des départs vers l’Europe, et qui baisse à mesure des renvois vers le continent africain.(1) La fermeture des frontières européennes et les accords passés avec les pays du Maghreb ont modifié les stratégies migratoires, beaucoup d’Africains sont désormais contraints à l’illégalité. Ces changements ont encore limité les routes migratoires. Le chemin vers une  vie meilleure en Espagne, en Italie, ou en France, passe par une longue traversée du Sahara, ou par un voyage risqué sur l’Atlantique à bord d’une embarcation surchargée. Au milieu des années 2000, les passeurs auraient débarqué près de 30.000 Sénégalais sur les côtes des Canaries, salle d’attente pour l’Europe.(2) Comme d’autres Sénégalais, les jeunes de Thiaroye n’ont plus d’avenir dans la pêche, moins de ressource à proximité des côtes,  des chalutiers européens qui pillent les eaux du large. Alors, ils partent, à l’aveugle, à l’aventure. Les mères vendent leurs bijoux ou empruntent de l’argent pour payer le passeur, lui aussi mis au chômage par le déclin de la pêche. Un passage coùterait  entre 400 et 750 euros, au bénéfice du passeur, de l’intermédiaire, ou de l’armateur, qui sait. (3)(4) A Thiaroye-sur-Mer, les femmes, qui représentent plus de 60% de la population du village, dont certaines ont perdu un fils, un frère,  ou un mari en mer, ont fini par se révolter.(1)

 

En 2007, emmenées par Yayi Bayam Diouf dont le fils disparaît au cours de l’un de ces voyages vers l’Europe, les femmes de Thiaroye-sur-Mer fondent le COFLEC, le Collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine. Ce collectif, qui informe sur  les risques de la traversée, a libéré la parole sur l’émigration illégale. Mais pour retenir les jeunes à Thiaroye, le COFLEC a surtout misé sur le développement de l’économie locale. Le collectif s’est lancé dans la transformation de produits de la mer, poisson fumé, poisson et crevettes séchés, destinés à la vente.  Le mil, et ses brisures,  le maïs, le niébé permettent de cuisiner des couscous, eux aussi vendus. Les femmes préparent des jus de fruits, mangue, citron, orange, du bissap, ou des confitures. Elles utilisent de l’huile de palme, du beurre de karité, ou d’autres essences pour fabriquer des savons. Au total 30 tonnes de produits, estimation de la présidente du COFLEC, sont vendus chaque année sur les marchés sénégalais, exportés dans le voisinage africain, Mali,  Burkina Faso, Côte d’Ivoire, et présentés sur certains marchés, en France, en Espagne, en Italie et aux Etats-Unis. Ce commerce, qui a permis de créer une centaine d’emplois, rapporterait chaque année environ 24 millions de FCFA, soit un peu plus de 35.000 euros. Le collectif, qui encadre et forme des femmes et des jeunes filles, investit une dizaine de millions de FCFA, environ 6500 euros chaque année dans le micro-crédit. Une partie des revenus sert encore à aider les jeunes dont le projet migratoire a échoué, rentrés au village. Et pour rappeler aux habitants de Thiaroye-sur-mer l’époque prospère des eaux poissonneuses, des nombreuses embarcations lancées en mer sans moteur, des pêcheurs migrants venus de cités voisines, et du plein emploi, le COFLEC a acheté deux pirogues. Une manière d’inviter une cinquantaine d’anciens passeurs à se remettre à la pêche. (3)(4)(1)

 

« La pirogue », film présenté dans la section Un certain regard au festival de Cannes 2012, raconte les illusions des candidats à l’exil, la peur, la tragédie, et esquisse le portrait d’un passeur. Lors d’un entretien destiné à la promotion du film, Moussa Touré, le réalisateur, évoque ce personnage, « un type cynique, mais qui cherche, comme les autres, à survivre… » : « Quand on est dans une situation extrême, tout le monde est sur un pied d’égalité. C’est comme en période de guerre ou de grande détresse : on fait ce qu’on peut pour s’en sortir. Le passeur se comporte de la même manière que l’État sénégalais : au lieu d’essayer de faire travailler les jeunes, il préfère les regarder partir et empocher de l’argent – tout comme notre gouvernement a touché de l’argent de l’Espagne pour que les jeunes restent au pays. En Afrique, certaines personnes exploitent les situations désespérées, en particulier chez les jeunes, car ils sont pleins d’espoir, mais aussi plus vulnérables. »(5)

 

M.J

 

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(1)Historique du village de Thiaroye-sur-Mer, Site COFLEC http://www.coflec.org/

(2) « Les pêcheurs et l’émigration au Sénégal », Altermonde, N°13 -Mars 2008 http://altermondes.org/spip.php?article583

(3) “Agricultural Activity to Slow Clandestine Emigration from Senegal”, Souleymane Gano, IPS,10-09-2012, http://www.ipsnews.net/2012/09/agricultural-activity-to-slow-clandestine-emigration-from-senegal/

(4) « A Thiaroye-sur-Mer, embarcadère pour l’enfer », Leïla Slimani, Jeune Afrique, 21-04-2009 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2519p032-033.xml0/

(5)La pirogue, un film de Moussa Touré, Sélection officielle Un certain regard, festival de Cannes,  http://www.festival-cannes.fr/assets/Image/Direct/045621.PDF

 


Publié le 13 septembre 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,Pêche.
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Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

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(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
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Yeosu, plaidoyer pour l’Océan.

 

Bonjour,

Yeosu est une cité assise sur un littoral découpé qui plonge dans un paysage insulaire, dans le Sud de la péninsule coréenne. C’est dans ce décor, entre terre et mer, que s’est installée jusqu’au 12 aout prochain l’EXPO 2012. Intitulée  « Pour des côtes et des océans vivants », elle vise à sensibiliser le public et les décideurs  sur les pressions qui pèsent sur les océans, les systèmes côtiers, et leurs ressources. La « Déclaration de Yeosu », texte final adopté par les pays présents à l’exposition, doit imaginer un avenir plus doux à un complexe océanique qui occupe près de 70% de la surface du globe. L’UNEP, le programme des Nations Unies pour l’environnement, y tient pavillon aux côtés dune vingtaine d’agences, dont l’Organisation Maritime Internationale, (OMI), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), ou le Programme alimentaire mondial (PAM). Les océans constituent une réserve de nourriture de première importance.

4 milliards de consommateurs de poissons.

En 2009, la population mondiale a absorbé 122 millions de tonnes de poissons, crustacés, et autres mollusques.(3) Une demande en hausse car les produits de la mer constituent une source de  protéines de qualité, encore largement abordable pour les ménagères du monde émergent. Plus de 4 milliards de personnes consomment du poisson, qui représente en moyenne 15% de l’apport en protéines du menu planétaire. (3) En Afrique, en Chine, en Asie, il constitue la principale source de protéines d’origine animale des foyers les plus pauvres. L’Océan est ensuite une immense industrie qui emploie plus de monde que l’agriculture traditionnelle. En 2009,  plus de 180 millions de personnes travailleraient dans l’exploitation des produits de la mer, de la pêche à l’aquaculture, à temps plein ou à temps partiel.(3) Elargie à l’échelle familiale, un qui travaille, quatre ou cinq qui en bénéficient, la pêche et les activités associées feraient vivre 540 millions de personnes dans le monde. Environ 8% de la population mondiale. (3) Si l’UNEP (2011) note un léger recul de la pêche depuis une dizaine d’années, à l’exception du thon, les pressions sur l’écosystème marin restent intenses.(4)

Des agressions connues.

L’aquaculture, qui produit plus de 50 millions de tonnes des poissons, près de la moitié de la consommation mondiale, est un secteur en pleine expansion. Avec quelques traces durables dans l’environnement côtier et marin, rejets chimiques, menace pour les colonies de poissons sauvages, altération des systèmes de mangrove et coralliens. En 2011, la FAO estime que l’élevage de crevettes, grosses et petites, a été multiplié par 400 entre 1992 et 2009, principalement sur les côtes d’Asie, en Indonésie, en Thaïlande, aux Philippines, au Sri Lanka, ou sur les côtes du Chili.(5) Autre agresseur des littoraux et de la vie aquatique, le touriste et son écosystème de béton, hôtels, résidences, parkings, ou marinas. (1) Les océans sont encore soumis au réchauffement climatique. L’eau qui se réchauffe de 0,2°C au début des années 90, affiche + 0,5°C en 2010. (3) Conséquence,  le niveau des mers s’élève. Plus 2,5 mm par an entre 1992 et 2011, résultat de la dilatation d’une eau plus chaude, et de la fonte des glaces de l’Arctique, de l’Antarctique, et du Groenland. (3) Parmi les multiples perspectives géographiques d’une mer qui monte, la question des petites Nations insulaires, sans doute vouées à la submersion. La pollution et le réchauffement climatique menacent mangroves et coraux. En 2010, l’UNEP estime que 1/5° des mangroves, installées surtout dans l’espace intertropical, ont disparu dans le monde, à un rythme 3 à 4 fois plus élevé que pour les autres forêts. Aujourd’hui, cette déforestation se calme, la restauration progresse. La mangrove, qui protège l’espace côtier et assure le renouvellement de nombreuses espèces de poissons, est aussi un enjeu économique. Toujours selon l’UNEP (2010), un hectare de mangrove peut générer entre 2000 et 9000 US dollars par hectare, bien plus que le tourisme. Les récifs coralliens, eux aussi indispensables à l’équilibre économique de nombre de régions, sont soumis à des pressions très localisées. En février 2011, l’UNEP estime que l’agression conjuguée,  pêche excessive, aménagement des littoraux, et  pollutions diverses, menacent plus de 60% des récifs coralliens de la planète. A plus grande échelle, le déclin du corail serait également lié à l’acidification des océans, L’absorption de CO² d’origine atmosphérique, qui diminue le ph des eaux, réduit partout la vie aquatique et fait muter les espèces.

RIO+20

L’Expo 2012, dont la déclaration finale devrait engager les pays émergents à se développer plus en douceur, en mer et dans l’espace côtier, regarde vers le RIO+20. Ce nouveau Sommet de la Terre, réuni du 20 au 22 juin 2012 au Brésil, vingt ans après la rencontre « Planète terre », s’intéressera aux possibilités d’une « économie verte dans le contexte du développement durable et l’éradication de la pauvreté. » Les Océans seront l’un des sept dossiers du RIO+20. D’où le message envoyé depuis Yeosu, celui d’une possible transition entre une surexploitation des milieux marins et des littoraux, et une gestion plus soft d’un patrimoine qui montre déjà ses limites.

M.J

 

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(1)“Protecting Oceans Equals Protecting Our Planet”, IPS U.N. Bureau Chief Thalif Deen Interviews AMINA MOHAMED, deputy executive director of the U.N. Environment Programme, 09-05-2012 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=107729

(2) “Expo 2012 to Focus on Protecting World’s Marine Resources”
U.N. Bureau Chief Thalif Deen interviews Commissioner General SAM KOO, IPS, 16-05-2012, http://ipsnews.net/news.asp?idnews=1070

(3) “Oceans and Coasts: Connecting Our Lives, Ensuring Our Future- The Choice is Yours”, UN, Expo 2012  http://www.un-expo2012.org/index.php/one-un/fact-sheets

(4) UNEP 2011

(5) FAO 2011

 

 

 

 


Publié le 23 mai 2012 par marlene dans Climat,Développement durable,Elevation des mers.,Océans,Pêche.,Pollution de l'eau
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Des coraux, un atoll.

Bonjour,

Environ 75% des récifs coralliens de la planète sont menacés, constat du World Resources Institute (WRI) qui publie, en collaboration avec une vingtaine d’organisations, un rapport intitulé « Reefs at Risk Revisited ». Ce document, qui rafraîchit un état des lieux établi en 1998, qui l’enrichit de données satellites, liste les pressions qui pèsent sur l’écosystème. Pêche excessive et destructrice, constructions littorales et activités humaines, sans oublier des populations côtières de plus en plus importantes,  menaceraient 60% du patrimoine mondial. Nouveauté, le rapport pointe les pressions liées au réchauffement des mers et des océans, les modifications chimiques qui l’accompagnent, ou la montée des eaux. L’enjeu est d’importance. Plus de 275 millions de personnes, situés à moins d’une trentaine de kilomètres d’un littoral, dépendent des récifs coralliens pour leur environnement, leur nourriture, et leur économie. Les coraux,  notamment ceux de la zone tropicale, abritent un catalogue impressionnant d’espèces vivantes, dont une importante variété de poissons.  Sur le plan géographique, ces formations offrent un rempart à l’océan. Dans plus d’une centaine de pays et de territoires, elles protègent 150.000 km de côtes, limitant l’érosion ou atténuant les effets des tempêtes et des grosses vagues qui se forment au large. (2) Trois grands systèmes coralliens dominent la cartographie planétaire. Le plus grand s’étire sur plus de 2000 kilomètres au large des côtes australiennes du Queensland pour former le « Great Barrier Reef », la Grande Barrière de corail. Elle occupe un territoire marin équivalent à la Hollande, la Suisse, et le Royaume Uni.(3) La grande barrière de Nouvelle Calédonie, seconde au palmarès, fait de la France un pays très concerné par la protection des coraux, 10% du patrimoine mondial, en comptant Mayotte et la Polynésie.(4) Troisième grand ensemble corallien situé dans la Mer des Caraïbes, les Cayes du Belize. Si certains coraux se développent en eaux froides ou tempérées, ces constructions naturelles préfèrent la lumière des eaux tropicales du Pacifique, du Mexique, ou des Antilles. (3) Le déclin des coraux, dont l’agonie est signalée par un blanchissement, avant disparition, résulte en grande partie des hommes et de  leurs activités. Aux Maldives, destination touristique de l’Océan Indien, le corail d’îles inhabitées a été utilisé comme matériau de construction, ouvrant la voie à la mer. Ailleurs, les plongeurs, les bateaux, et les hôtels posés à proximité des récifs coralliens, ont perturbé l’équilibre de ce patrimoine côtier. Au Philippines, la pêche à l’explosif a causé pas mal de dégâts dans les récifs. Autre plaie, la pêche au cyanure qui permet de capturer les poissons vivants pour le commerce d’espèces exotiques, ou la gastronomie asiatique, à Hong-Kong, à Singapour, ou en Chine. Désormais interdite au Philippines, elle s’y pratiquait depuis les années 60. Les excès de la pêche laissent des récifs coralliens endommagés, intoxiqués, avec des poissons nourris au poison. La pêche au cyanure menace aussi les récifs d’Indonésie. (5) En Australie, le réchauffement des eaux, amorcé il y a quelques années, a blanchi les coraux de la Grande Barrière. Un rapport de Greenpeace a fait de 1998 une année dramatique pour ces récifs. Au milieu des années 2000,  plus de 40% des coraux de la Grande Barrière étaient malades. Avec des zones sinistrées à plus de 80%. (6) L’augmentation de CO² dans l’atmosphère, ses conséquences sur la température de l’eau et sur l’acidification des océans – simplification d’une dynamique plus complexe –, malmène les récifs coralliens. L’élévation du niveau des mers et des océans précarise encore ces écosystèmes. Avec des conséquences parfois inattendues. Okinotorishima, confetti corallien situé à plus de 1700 kilomètres de Tokyo, front Sud de l’archipel Japonais dans le Pacifique, battu par les typhons et grignoté par l’érosion, est menacé par la montée des eaux. Compte tenu de la superficie de l’atoll, à peine 8 km² à marée basse, doté de deux cailloux, Kitakojima et Higashikojima, qui culminent  à 10 cm au dessus du niveau de la mer, l’acharnement du gouvernement japonais à injecter des milliers de yens et du béton pour sauver ce minuscule récif corallien, semble inouï. Outre sa  position stratégique et quelques réserves minérales, l’engloutissement d’Okinotorishima ferait perdre au Japon l’équivalent de 400.000 km² de ZEE (Zone économique exclusive ) , avantage qui permet au pays d’exploiter l’océan dans un périmètre de 200 miles nautiques. Okinotorishima est sans doute plus protégé que Tuvalu ou les Maldives, pourtant dans le même bateau…

M.J.

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Un espace vulnérable, et renouvelable.

Le rapport signale 27 pays et territoires très vulnérables, socialement et économiquement, à la disparition des coraux. 19 d’entre eux sont de petits états insulaires. Parmi les espaces les plus touchés :  Haiti, Grenade, les Philippines, les Comores, Vanuatu, la Tanzanie, Kiribati, Fiji, et l’Indonésie. Avec une note d’optimisme, les formations qui ne sont plus agressées développent de bonnes capacités à se renouveler.

Deux cartes en un coup d’oeil :

Les récifs coralliens mondiaux classés en fonction des menaces locales. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12015/_original

La capacité des pays et des états à s’adapter à la dégradation et à la perte de leurs récifs coralliens. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12013/_original

(1) Ce rapport est publié par le World Resources Institute (WRI), en collaboration avec Nature Conservancy, WorldFish Center, International Coral Reef Action Network, Global Coral Reef Monitoring Network, PNUE-World Conservation Monitoring Center, Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI)….

(2) Résumé du rapport.

http://pdf.wri.org/reefs_at_risk_revisited_executive_summary.pdf

(3) Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9cif_corallien

(4) UNESCO http://whc.unesco.org/en/list/154

(5) Endangered species handbook http://www.endangeredspecieshandbook.org/aquatic_coral.php

(6) (6)“Iconic Great Barrier Reef endangered”, Nicole O’Halloran, Journalism, 16-10-2006, http://neovox.journalismaustralia.com/should_we_say_goodbye_rua.php

(7) « Endangered coral reef shields southern outpost, Jun Sato, Daily Yomiuri online,  http://www.yomiuri.co.jp/dy/photos/0005/lens151.htm

“Un ilôt désert enjeu stratégique entre le Japon et la Chine.”http://www.acoram-var.com/Documents/Revue_de_presse/revue_de_presse_300410/Un_lot_dsert_du_Pacifique_enjeu_stratgique_entre_le_Japon_et_la_Chine.pdf?2e4991b25a9f2c7412c96c2fbe98e2c7=d944e71662e2a4802b8de1b2cd566fa5


Publié le 1 mars 2011 par marlene dans Biodiversité,Elevation des mers.,Pêche.,Pollution de l'eau
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Le Japon et ses chers thons.

Bonjour,

A Tsujiki, l’immense marché aux poissons de Tokyo, le thon rouge se taille une part de choix parmi les 480 produits de la mer, pêchés autour de l’archipel ou arrivés d’océans plus lointains. Chaque jour, environ 3000 thons,  sont exposés congelés dans une vaste salle réfrigérée, prêts pour une vente à la criée vivement menée. (1) Les Japonais adorent cette chair rouge clair, proposée en sushis et sashimis dans les restaurants de Tokyo et d’ailleurs, avec une préférence pour la partie ventrale, plus grasse. Dans le lot, il arrive que certains thons dépassent les 200 kilos. Si les thoniers japonais s’aventurent toujours plus loin des côtes pour traquer une espèce devenue rare depuis la fin des années 80, une grande partie des thons sont importés. L’archipel, et ses 127 millions de consommateurs, absorbent 80% des thonidés capturés en Atlantique et dans le Pacifique. Une aire d’importation qui puise dans le bassin méditerranéen, où l’espèce Atlantique vient de reproduire. (2) (3)

Quotas et pêche illégale.

Sur les rivages de l’Atlantique et de la Méditerranée, on dénonce l’engouement des Japonais pour le thon rouge, espèce menacée par une pêche excessive. Difficile de quantifier le problème. La CITES – la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction – évoque un appauvrissement des stocks de 80% depuis le  XIX° siècle. Avec une accélération probable à l’ère de la pêche industrielle. (4)  D’ailleurs, une autre source estime que 80% de l’espèce a disparu pendant la décennie 1990-2010. (3) Selon le WWF, les réserves de Méditerranée ont chuté de moitié depuis les années 70. (4) Les fermes d’engraissage de thons, en Croatie, en Espagne, ou à Malte, qui alimentent le commerce, brouillent encore les statistiques. Quelle que soit l’ampleur du déclin, le  «thon rouge » mobilise gouvernements, organisations professionnelles, et ONG qui ne sont pas toujours d’accord sur l’état des stocks, et sur les mesures à mettre en place pour donner une chance à l’espèce. Fin 2006, l’ICCAT – La Commission internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique – décide de réduire les autorisations de  pêche en Atlantique et en Méditerranée. Ils passent de 29 500 tonnes en 2007, à 28 500 en 2008, et à 22 000 en 2009. En 2010, l’autorisation tombe à 13 500 tonnes, contre 32 000 tonnes en 2006. (3) En 2008, le WWF s’étonne de l’importance de la flotte qui sillonne encore la Méditerranée pour traquer les bancs de thons. Quand 229 thoniers suffiraient pour respecter les quotas, l’ONG en dénombre 617, presque trois fois plus. Ce rapport estime que les pays méditerranéens pêcheraient deux fois plus que les prises autorisées. (4) Dans le « thon rouge », il y a l’intérêt des armateurs. Il y a aussi celui des travailleurs de la mer. En Turquie, à Malte, en Italie, ou en Espagne, la pêche au thon rouge, et les activités associées, font vivre des milliers de personnes.

Sushis et intérêts.

Pour arrêter la pêche et ses effets secondaires sur une espèce vulnérable, les décideurs ont peut-être trouvé une solution. L’idée vient de Monaco, elle est soutenue par la France. Il s’agirait d’inscrire le thon rouge sur l’annexe 1 de la CITES, qui liste les espèces menacées par la Convention de Washington, pour en suspendre le négoce. Sans interdire les prises destinées à la consommation locale. L’idée est de stopper un commerce international qui fait flamber les prix, moteur de la surpêche. Réponse en mars prochain à Doha, au Qatar, où les membres de la Convention de Washington doivent examiner cette proposition. Pendant ce temps, à Tsujiki, quelques thons de deux cents kilos et plus ont explosé les records. Début janvier, une pièce s’est vendue 16,3 millions de yens, plus de 130.000 Euros.(5) De quoi doper le prix du sushi et stimuler les intérêts japonais.

M.J

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Pour fouiller un dossier, assez compliqué, un document de l’Ifremer : «  Zoom sur “le thon rouge, une espèce sur-exploitée ; » 21 aoùt 2006.

http://www.ifremer.fr/com/dossier-presse/21-08-06-zoom-thonrouge.pdf

(1) Japan Travelogue   Tsukiji Market, NIPPONIA No. 47 December 15, 2008 http://web-japan.org/nipponia/nipponia47/en/travel/travel01.html

(2) « Thon rouge: la Convention européenne favorable à une interdiction du commerce international. » Associated Press, 06-02-2010. http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5i9_vHtka6nQlC026mWkIOjjHLkmg

(3) « Thon rouge »,  Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thon_rouge

(4) “Thon rouge: une nouvelle etude du WWF éclaire sur les raisons du développement de la pêche illégale », WWF, 14 mars 2008.

(5)  « Le Marché de Tsujiki prêt à tout pour ses thons. », Michel Temman, Libération, 05-02-2010 http://www.liberation.fr/terre/0101617568-le-marche-de-tsukiji-pret-a-tout-pour-ses-thons


Publié le 11 février 2010 par marlene dans Actualité,Japon,Pêche.