Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Capannori, un label pour le « Zero Waste ».

 

Bonjour,

 

En 2007, la petite ville de Capannori en Toscane , une région située au Centre-Ouest de l’Italie, choisit l’option « Zero Waste ». « Zéro Déchet ». Cette stratégie, qui secoue le concept d’une poubelle bonne à tout recevoir, vise à éliminer la production de déchets superflus, et à recycler ceux qui s’accrochent à notre quotidien. Depuis 6 ans, et le début de cet engagement, la communauté de Capannori, environ 46.000 âmes, a réduit de 30% sa production annuelle de déchets. Elle recycle 82% des rejets de ses habitants. La population, convertie à cette transition écologique et impliquée dans le processus, a permis cette petite « révolution des poubelles ». Tout commence en 1997, un projet d’usine d’incinération, prévu en périphérie de Capannori, commence à fabriquer une assemblée de contestataires. Rossano Ercoloni, instituteur de métier et sensible aux options écologiques, est un résistant engagé. Il réunit ses concitoyens, les informe sur les désagréments et les risques liés au processus d’incinération. Mais Rossano Ercoloni voit aussi plus loin. Depuis 2007, la ville, en avance un calendrier qui prévoyait 70% de déchets recyclés en 2015, vise  le « Zéro Waste » à l’horizon 2020. (1) (2) (3)

 

Ojectif éthique.

 

 « Zero Waste » est une vision qui développe une stratégie et des moyens pour éliminer les déchets. L’élimination plutôt que la gestion. Cette réflexion  considère que les résidus produits par nos sociétés signalent l’inefficacité de notre système de production. Ils témoignent aussi d’un manque de solidarité vis-à-vis des générations à venir. Ce sont elles  qui devront gérer les conséquences environnementales de l’accumulation de nos rejets. L’alternative « Zero Waste » nous propose de repenser nos sociétés, et leur fonctionnement. Elle ambitionne de faire disparaître les déchets superflus. Et donner une seconde vie aux autres : réutiliser, réparer,  recycler, ou convertir en compost, une transformation qui permettra de les introduire à nouveau dans le système. Et tout ce qui ne peut pas être réparé, recyclé, ou réduit en compost, doit être à nouveau conçu et remplacé pour pénétrer sur le marché, ou interdit. (4)  Sur le site Zero Waste International Alliance, la définition qui fait autorité ajoute une dimension vertueuse au projet : « Zéro déchet est un objectif éthique, économique, efficace et visionnaire, pour guider les gens vers un changement de mode de vie et des pratiques qui imitent les cycles naturels durables, où tous les matériaux mis au rebut sont destinées à devenir des ressources à utiliser par d’autres. ». Elle insiste sur les bénéfices de cette pratique : « La mise en œuvre du Zéro Déchet permettra d’éliminer tous les rejets dans le sol, l’eau ou l’air qui sont une menace pour la planète, l’humanité, le règne animal ou végétal ».

 

Réduire les déchets qui résistent.

 

Les rues de Capannori, désormais débarrassées de leurs vieilles poubelles, obéissent à une collecte des ordures au porte-à-porte. Chaque famille reçoit containers et sacs plastiques de différentes couleurs,  afin de séparer et trier les déchets. Et si l’on se trompe de bac ou de sac, celui au contenu inapproprié qui reste sur le bord du trottoir, on se fait expliquer à nouveau. Mais cela n’arrive plus. Entre 2004 et 2007, cette formule de tri sélectif a permis de recycler près de 257.000 tonnes de déchets. La quantité de déchets résiduels, ceux qui résistent au tri, a été réduite de 10.000 tonnes. La collecte de papiers usagés, puis recyclés, aurait épargné quelques milliers d’arbres, économisé près de 3 millions de litres d’eau, et évité plus de 900 tonnes de rejets de CO². Le gain financier de cette collecte sélective – estimé pour l’année 2007 sur la base du coût moyen d’une tonne de déchets non triés dans la province de Lucca – s’élèverait à plus de 2 millions d’Euros. Ce système de ramassage a encore permis de créer une trentaine d’emplois. Et le fait de dispenser la ville d’une infrastructure classique a encore fait baisser les taxes sur les ordures ménagères. (5) La distribution de sacs gris, destinés aux déchets non recyclables, dotés d’un système de reconnaissance et de pesage, devrait permettre de taxer chaque famille, en fonction du volume annuel produit. Une incitation à réduire un peu plus. Nouvel objectif de ce « Zero Waste », analyser les déchets non recyclés, les 18% restants, pour en connaître la cause, et minimiser leur empreinte. Une partie de la réponse pourrait se trouver en amont, dans une chaine de production encore très accroc aux plastiques et aux emballages. Et pour éviter le superflu, Capannori est en guerre contre l’eau achetée au supermarché, et les bouteilles plastique qu’elle suppose. La municipalité, qui fait campagne pour l’eau distribuée dans la ville, a fait restaurer et purifier une quinzaine de fontaines publiques. Dans les écoles et les administrations, on boit désormais de l’eau du robinet. (1)

 

L’exemple du Sud.

 

Capannori a fait école . En Italie, 123 municipalités ont engagé plus de 3 millions d’habitants dans une stratégie « Zéro Waste ». Le modèle est imité dans une centaine de villes espagnoles, au Pays basque et en Catalogne. En 2002, les décharges de la province basque de Guipuzcoa débordent, les Autorités proposent deux incinérateurs. Trois villes, Usurbill, puis Hernani et Oiartzun, adoptent le « Zero Waste ». La collecte au porte-à-porte de ces déchets urbains triés dépasse aujourd’hui  70% du total. Dans les pays de l’Union européenne, environ 40% des rejets ont droit à une seconde vie, environ 40% finissent à la décharge, et le reste est détruit par incinération. L’Europe, dont les structures soutiennent assez mollement le recyclage au profit de l’incinération, s’est cependant engagée à reconvertir la moitié des déchets municipaux solides en 2020. En avril dernier, Rossano Ercoloni a reçu le Goldman Environmental Prize, prestigieux prix d’environnement, pour sa vision éclairée de la gestion des déchets, et son travail de terrain. En 2013, il préside le mouvement Zero Waste Europe.

 

M.J

 

 

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(1) “Pioneering Italian Town Leads Europe in Waste Recycling”,Silvia Giannelli, IPS,17-05-2013 http://www.ipsnews.net/2013/05/pioneering-italian-town-leads-europe-in-waste-recycling/

(2) « Rossano Ercolini, president of Zero Waste Europe 2013 wins the Green Nobel award », Zero Waste Europe,  Posted on 04/15/2013 http://www.zerowasteeurope.eu/2013/04/rossano-ercolini-president-of-zero-waste-europe-2013-wins-the-green-nobel-award/

(3) “Capannori :the first Italian “Zero waste” municipality”, WASMAN, Newsletter N.7- March 2011 http://www.wasman.eu/media/uploads/newsletters/7th_wasman_newsletter.pdf

(4)« Principles ZW Europe », Posted on 05/08/2009 http://www.zerowasteeurope.eu/about/principles-zw-europe/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 13 juin 2013 par marlene dans déchets,pollution.,Préjudice écologique,Recyclage
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Les pays émergents en guerre contre les petites poches plastique…

 

Bonjour,

A Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, l’Harmattan fait voler les sacs plastique le long des grandes artères poussiéreuses de la ville, les promène en nombre dans les quartiers résidentiels, les plaque soudain sur un tas d’immondices, et les accroche aux branches des rares arbres de la sebkha, donnant l’illusion d’une floraison aérienne et multicolore. D’après Mohamed Yahya, le Ministre de l’Environnement interrogé par la BBC, ces poches plastiques qui tracent partout dans la ville seraient responsable de la mort de 70% des animaux qui habitent la capitale, bovins et ovins. D’après les statistiques officielles, le plastique représente plus du quart des détritus qui s’amoncellent chaque année dans Nouakchott. (1) Ces plastiques ne sont pas collectés, la plupart finissent dans le désert, dans l’océan Atlantique, dans le ventre d’un poisson ou d’un mammifère marin. Le 1er janvier dernier, après un moratoire de 6 mois, la Mauritanie a finalement interdit l’usage de sacs plastiques. Quiconque les utilise, les fabrique, ou les importe encourt jusqu’à un an de prison. Pour faire oublier la mauvaise habitude du sac plastique généreusement distribué par tous les commerçants, le gouvernement, les ONG, et l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le Développement – sortent le sac biodégradable, celui qui disparaît dans la nature. Le Mali, où les sacs plastiques obstruent les systèmes d’évacuation des eaux, créant des inondations, a suivi la Mauritanie. Pollution visuelle, pollution urbaine, problème sanitaire, depuis une dizaine d’année déjà, l’Afrique est engagée dans cette guerre contre le plastique. (1)(2)

 

Le paradis du moustique.

Dès 2003, l’Afrique du Sud interdit le sac plastique polyéthylène haute densité (PEHD), les plus fins du marché. Ces sacs, de mauvaise qualité, volatiles, rarement utilisés deux fois, sont aussi les premiers à être frappés d’interdiction. L’Afrique du Sud instaure encore un impôt sur les sacs plus épais, le polyéthylène basse densité (PEHD). C’est un produit plus souvent épargné par les interdictions, qui coûte cher aux boutiques,  qui peut servir plusieurs fois. Cette nouvelle loi impose aux détaillants de vendre les sacs plastique, pas de les donner. En 2005, l’Erythrée, le Rwanda, la Somalie – et le Somaliland –  bannissent à leur tour l’utilisation de la petite poche plastique. En 2006, la Tanzanie – et Zanzibar – légifèrent contre le sac PEHD. En 2007, l’Ouganda interdit l’importation et la circulation du sac d’emballage, et ajoute 120% de taxes sur la version plus épaisse. Le Kenya, fatigué des plastiques qui jonchent les aires résidentielles de Nairobi, qui s’accumulent  dans les bouches d’évacuations de la ville, impose des restrictions similaires. Fin 2011, le Burkina Faso lance une vaste campagne pour débarrasser les rues de Ouagadougou de ces poches plastique, qui gorgées d’eau pendant la saison des pluies, se transforment en paradis du moustique, porteur potentiel du paludisme. (3)(4)(5)

 

Lois répressives.

Le début de cette guerre à fronts multiples commence sans doute au Bengladesh, après l’inondation très meurtrière de 1998. Les sacs plastiques, accumulés  dans les réseaux d’évacuation, ont empêché les eaux de s’écouler, amplifiant le désastre. Les Autorités interdisent alors l’usage des poches plastiques, peu à peu remplacées par des sacs en toile de jute, plante abondante au Bengladesh. (3) Le site « Plastic Bag Ban Report »  , établit une géographie mondiale de ce front contre le sac plastique, et actualise la situation d’une trentaine de pays. La législation est répressive, pas toujours simple à mettre en place, exemples. En 2012, la ville de New Delhi interdit de fabriquer,  d’importer, de stocker, de vendre, ou de transporter toute sorte de sac plastique dans la ville. En 2002, l’Inde a déjà imposé une épaisseur minimale à ces sacs. Exception tolérées à New Dehli, les poches destinées à recevoir des déchets biomédicaux, celles enveloppant des produits alimentaires, lait, huile, farine, et les tasses en plastique utilisées par les vendeurs de thé. Dans cette ville de 17 millions d’habitants, la législation étouffe aussi l’industrie du plastique, mettant en péril des centaines de milliers d’emplois. Une précédente loi de 2009 n’avait guère eu d’effets. Cette fois, les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq années de prison, assortie d’une amende équivalente à 1800 dollars. (6) En aout 2010, la grande métropole du continent américain, Mexico, interdit aux détaillants d’envelopper les marchandises d’un sac plastique, attention à ceux qui le distribuent gratuitement. C’est le grand retour annoncé du cabas à provisions et du chariot de courses. Et pour les sacs encore en circulation, invitation à la réutilisation et au recyclage. (7) En 2008, quand la Chine proscrit la poche plastique, version fine, 3 milliards de sacs circulent chaque jour dans le pays. Une production équivalente à 36 millions de barils de pétrole annuels.  Les sacs, devenus payants, ne le sont guère que dans les supermarchés et les grands magasins. Mais, après quatre années d’interdiction et le déclin progressif de l’addiction au sac plastique, la Chine n’a toujours pas gagné la bataille. La quasi-totalité des fermiers, qui vendent leur production sur les marchés, la proposent dans des sacs plastique.(8) Début 2013, le Pakistan interdit de fabriquer, de vendre, et d’utiliser des sachets non dégradables. De fait, il ne s’agit pas de se passer de plastique, mais de le produire « oxo-biodégradable », une technologie qui accélère la décomposition. (9)

 

Haïti.

En octobre 2012, Haïti interdit l’importation, la production, et la commercialisation de sacs en polyéthylène et  bannit les conteneurs alimentaires en polystyrène.  Même s’il semble difficile de se débarrasser des tasses, des assiettes, et des plateaux polystyrène importés de la République dominicaine voisine, place aux plastiques biodégradables. Le pays déjà malmené par les conséquences interminables du tremblement de terre de janvier 2010, veut protéger ses côtes, ses plages, et sa mangrove de l’invasion plastique. Celle qui obstrue les systèmes d’évacuation, créant des inondations dans les quartiers les plus pauvres, est déjà de trop. Exception à la règle, les sacs plastiques destinés à l’eau potable, finalement autorisés après une mobilisation  populaire. Mais dans ce vaste chantier de reconstruction, le plastique révèle d’autres utilités. Initié dans le cadre du Haïti Communitere, le projet « Ubuntu Blox » , utilise le plastique comme matériau de construction.  L’équipe engagée court les rues de Port au Prince, ramasse les conteneurs alimentaires, retire les films plastique des canaux et des bouches d’évacuation, les rassemble dans un point de collecte. Les résidus plastiques, emballés dans des sacs de riz, sont compressés de façon à former des briques standard. L’an dernier, le travail d’une vingtaine de femmes a permis d’édifier une maison à partir de ces plastiques recyclés. (10) Fierté du concepteur, Harvey Lacey, un Texan, la construction offre aussi une résistance aux tremblements de terre. Mais le concept « Ubuntu Blox », qui l’avantage de réduire la pollution plastique, de pallier le manque de matériaux de construction, de produire local, et sans doute de créer des emplois, colle-t-il vraiment à une conception haïtienne de l’habitat ? De toute façon, le matériau devrait bientôt manquer…

 

M.J

 

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(1)« Mauritania bans plastic bag use », BBC World Africa http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-20891539

(2) « Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement »
Mohamed Abderrahmane, Nouakchott, 21-01-2013, IPS, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7405

(3) “Plastic bags reduction around the world”, Marrickville Council / Bagbusters, 2010 http://www.marrickville.nsw.gov.au/marrickville/internet/resources/documents/pdfs/bagbusters/around-the-world.pdf

(4) « Une guerre est déclarée aux sachets plastiques », Brahima Ouédraogo, Ouagadougou, IPS, 09-12-2011 http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6813

(5) « Plastic bag bans around the world », BBC News, 22-02-2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/7268960.stm

Sur site « Plastic Bag Ban Report » : http://plasticbagbanreport.com/

(6) “Delhi High Court Refuses to Block Plastic Bag Ban” , posted by Ted Duboise, DELHI, India, November 24, 2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/delhi-high-court-refuses-to-block-plastic-bag-ban/

(7) “Mexico City Bans Free Plastic Bags, posted by Ted Duboise,  2010, http://plasticbagbanreport.com/mexico-city-bans-free-plastic-bags-2/

(8)Farm Markets Still Use Plastic Bags | Plastic Bag Ban Report
BEIJING, China, 04-06-2012 (ENS)
 http://plasticbagbanreport.com/chinas-farmers-markets-ignore-plastic-bag-ban/

(9) “Pakistan Latest Country To Ban Plastic Bags” Posted by Ted Duboise ,Press Release from Pakistan EPA, Pakistan Environmental Protection Agency (Pak-EPA), 2013, http://plasticbagbanreport.com/pakistan-latest-country-to-ban-plastic-bags/

(10)”Haiti Bans Plastic Bags and Foam Containers”, Posted by Ted DuboiseHaiti, 28-09-2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/haiti-bans-plastic-bags-and-foam-containers/

 

 


Publié le 19 avril 2013 par marlene dans Afrique - Environnement.,déchets,Pollution de l'eau,pollution.,Recyclage,Urbanisation
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Les « terres rares », une fausse invitation au voyage.

Bonjour,

Les « terres rares », dont le nom sonne comme une invitation à l’exploration de territoires d’exception, ne tiennent pas vraiment ce genre de promesses. En réalité, les « terres rares » désignent uns série de 17 éléments chimiques, une collection de métaux qui s’appellent lanthane, cérium, prometheum, samarium, ou lutécium. Ce dictionnaire géologique sert à fabriquer les technologies en vogue, Ipod, Iphones, Ipads, les écrans  plasma, ou des pièces destinées à l’industrie automobile et à l’armement. Les « terres rares », qui tirent leur nom de leur dispersion à la surface du globe, d’une découverte qui ne s’est pas faite en un jour, ne sont pas si « rares » que leur nom le prétend. Elles sont aussi répandues que le zinc, dix fois plus disponibles que le plomb, et cent fois plus fréquentes que l’argent. Avec des occurrences qui diffèrent  selon les éléments. Le Cérium est le composant le plus répandu, le thulium et le lutétium sont les plus rares. (1) Les « terres rares », plus sèchement regroupées sous le nom générique de « Lanthanides », ont en commun d’être difficiles à exploiter « proprement ». Ce qui ne les empêche pas de servir une « technologie verte » quand ils sont intégrés aux panneaux solaires ou aux éoliennes.

Découvertes au cours du XIX° siècle, elles entrent dans l’histoire au début des années 90. Deng Xiaoping, qui dirige la Chine, prétend que les « terres rares » sont à l’Empire du Milieu ce que le pétrole est au Moyen-Orient. La Chine, qui détient environ le tiers de ressources connues dans le monde, fournit plus de 95% des éléments consommés par l’industrie hi-tech des pays industrialisés. Les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde, le Brésil, la Malaisie, ou l’Afrique du Sud contribuent à un gisement mondial éclaté, aux éléments, lanthane, cérium, ou lutétium, inégalement répartis. (1) (2) Selon l’US Geological Survey, les ressources estimées devraient être largement supérieures aux besoins du développement de la haute technologie. Reste à découvrir ces gisements. (2) Deng Xiaoping avait donc bien compris l’enjeu. Les pays industrialisés allaient devenir dépendants de ces minerais qui portent leur évolution technologique. Toujours selon le l’US Geological Survey, des substituts existent pour beaucoup d’applications, mais leurs propriétés sont moins efficaces. (2) Après avoir alimenté le marché mondial avec une production bon marché, servie par une main d’oeuvre corvéable, exposée à des conditions d’exploitation difficiles, la Chine décide de spéculer sur ses « terres rares ».

En 2009, la Chine revoit à la baisse le volume de ses exportations mondiales. Tendance qu’elle confirme pour 2011. Désormais elle –même engagée vers un développement high-tech, la Chine destine ses « terres rares » à un marché intérieur de plus en plus gourmand. Face à une diminution des exportations chinoises, les quotas devraient chuter de 72% d’ici à la fin de l’année,  l ’économie mondiale high-tech panique.(3) Parmi les pays les plus touchés, le Japon, principal importateur des ressources chinoises, indispensables à son industrie électronique, ses véhicules hybrides, et ses pièces de précision. Les Etats-Unis, dont l’armée et les industries associées sont de gros consommateurs, la Corée du Sud, la France, et l’Allemagne, toutes dépendantes de ces métaux rares, sont impliqués dans cette géopolitique des « terres rares », emmenée par la Chine. Le Japon cherche d’autres fournisseurs, le Vietnam, le Kazahstan, ou le Brésil. Les Etats-Unis et l’Australie souhaitent relancer une extraction locale, très polluante, abandonnée au profit d’une ressource « made in China ».(4) Les « terres rares », révélées au terme d’un processus long et complexe, voraces en ressources naturelles et en produits chimiques, chargent l’air de fluor et de soufre, rejettent des métaux lourds, plomb, mercure, cadmium, sans oublier quelques traces de radioactivité. (1) Des effluents qui ternissent aussi l’image de voitures hybrides, réputées  plus douces pour l’environnement.

M.J

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Pour en savoir un peu plus sur l’enjeu des  « terres rares » : « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, chercheur associé à l’IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques ) août (2010) http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750

(1) « Les lanthanides ou terres rares », Eric Drezet, Ecoinfo, CNRS, mai 2010, http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php?article157

(2)”Rare earths”, US Geological Survey Mineral Commodity Summaries, January 2010 http://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/rare_earths/mcs-2010-raree.pdf

(3) « Rare resources key in power battle”,  Leo Lewis, The Times, 27-08-2010, in  http://www.theaustralian.com.au/business/news/rare-resources-key-in-power-battle/story-e6frg90o-1225910731635

(4) « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, Affaires Stratégiques, 02-08-(2010)http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750


Publié le 8 novembre 2010 par marlene dans géo-économie,Métaux,pollution.,stratégie

Un dernier repos écolo.

Bonjour,

Pas de pierre tombale, encore moins de mausolée, juste un petit carré de nature aménagé, la ville de Sydney offre désormais un dernier repos, version « biodégradable », dans un endroit tranquille situé à l’Ouest de la ville, à Kemps Creek. Une façon de réduire l’empreinte écologique après trépas. Le corps, enveloppé dans un suaire biodégradable, sans fluide d’embaumement ni préservateur chimique, pas question de retarder le processus de décomposition, est placé dans un cercueil, lui aussi biodégradable, enterré à quelques dizaines de centimètres du sol, pour favoriser le retour à la terre. Touche technologique, chaque corps est enseveli avec une balise qui transmet les coordonnées géographiques de la tombe. Les parents du défunt, munis d’un téléphone portable avec lecture satellite, peuvent facilement localiser l’endroit pour venir s’y recueillir, de façon assez traditionnelle. La concession court pour trente ans. Et si le bail n’est pas renouvelé, un autre corps viendra participer à ce qui rappelle un processus de compost.(1) (2) L’Australie compte trois cimetières de ce type, mais l’idée est née au Royaume-Uni. Depuis 1993, environ 200 Britanniques reposent dans une sépulture respectueuse de l’environnement. Une option qui en intéresse actuellement plus de 200 autres, pas non plus une révolution. (3)

En 2008, The Journal of Environmental Health titre “Drining Grandma”, “Boire Mémé” en français. L’article, cité par The Economist, avertit que les cimetières, qui diffusent dans les eaux souterraines, constituent un risque pour la santé publique. Les incinérations n’ont pas meilleure presse. Ainsi, les amalgames dentaires représenteraient l’équivalent de 1/5° des émissions britanniques de mercure. Une réglementation inciterait d’ailleurs  les centres d’incinération à réduire de moitié leurs émissions de mercure, d’ici 2012. The Economist rapporte encore les résultats d’une étude effectuée en 2007, pour le compte du Centennial Park, un cimetière australien. Les crémations produiraient l’équivalent de 160 kg de CO² par corps. Quand la mise en terre n’en émettrait qu’à peine 40 kg. Mais, c’est sans compter avec l’entretien du cimetière, les tondeuses qui avalent la pelouse des allées, et qui finalement, rendent l’incinération beaucoup plus sobre en carbone. (3)

Pour l’instant, la tradition l’emporte sur le gain CO². Les Australiens continuent de se recueillir sur les tombes du Rookwood Necropolis de Sydney, sans doute le plus grand cimetière de l’Hémisphère Sud, où repose plus d’un million de personnes. Et où la pierre tombale semble un indicateur plus digne que le GPS. « Je suis très traditionnelle. J’aime l’ancienne façon de faire, et juste penser qu’avec un GPS, vous tournez autour, comme si vous cherchiez des mines… », confie l’une des visiteuses de ce lieu semé de monuments mortuaires, et mémoire multiculturelle du pays.(1)

M.J

(1) “Sydney, Australia Opens New ‘Green’ Cemetery”, Phil Mercer, Voice of America, 22-07- 2010, http://www.voanews.com/english/news/asia/Sydney-Australia-Opens-New-Green-Cemetery–99027329.html

(2) « Green burials », Annabelle Nyst , Australian geographic, 04-08-2010

http://www.australiangeographic.com.au/journal/green-burials-becoming-popular.htm

(3) « Green funerals, Exit strategies, Innovations for a conservative industry, The Economist, 16-09-2010 http://www.economist.com/node/17043348?story_id=17043348&fsrc=rss


Publié le 4 octobre 2010 par marlene dans Australie,pollution.
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