Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.

Hello world!


Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

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(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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La ronde des petits légumes de Singapour.

 

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Bonjour,

Avec un peu plus de 5 millions d’habitants ramassés sur un territoire d’à peine 700 km² , l’une des plus fortes densités urbaines au  monde , Singapour est un peu à l’étroit sur son territoire. La cité- Etat, qui refuse pourtant de sacrifier ses espaces verts, concentre ses industries et construit en hauteur pour se développer et pour habiter.  L’afflux d’immigrants, que l’on a dû loger dans des tours de plus en plus nombreuses, a encore réduit l’espace disponible pour les cultures. En 1988, l’urbanisation laisse  3% du territoire à la pratique agricole. (1) En 2007, l ’espace agricole représente 1,1 %  du territoire. (2) C’est dans ce décor urbain qu’en 2009, Jacky Ng imagine un projet agricole vertical. Depuis longtemps, Singapour mise sur l’agro- technologie et développe des cultures hors-sol, hydroponique et aéroponique, installées sur le toit des immeubles.  Cette production, qui s’ajoute à une petite agriculture traditionnelle, couvre 7% de la consommation du pays en produits potagers. Chaque jour, des légumes frais et des fruits arrivent du voisinage, Malaisie, Thaïlande, Philippines, ou d’un peu plus loin, Australie, Nouvelle Zélande, Chili, Israël. Singapour importe de la nourriture d’une trentaine de pays au total. En 2009 c’est la crise. Jack Ng cherche une solution pour rendre Singapour moins dépendante de l’étranger, et pour éviter l’envolée des prix sur le marché intérieur. Quelques amis agriculteurs contribuent à une réflexion qui aboutit  à un prototype de ferme verticale, 1000 m² pour expérimenter la pousse de petits légumes. Début 2011, résultat d’un accord entre Agri-Food et l’Autorité vétérinaire de Singapour (AVA) et l’entreprise de Jacky Ng, Sky-Green, la ferme verticale prend forme. Ce potager tropical de 3,5 hectares, du nom de « Go-Grow », devrait produire 5 fois plus de légumes qu’un potager horizontal. Avec des avantages environnementaux qui collent à l’époque. La structure se compose de tours de 6 mètres de haut – elles peuvent grimper jusqu’à 9 mètres -, divisées en paliers sur lesquels sont installés des bassins, destinés aux légumes. L’ensemble tourne autour d’une structure en aluminium, qui fait voyager les plantations de bas en haut, afin que toutes profitent au mieux de la lumière du soleil. Un système hydraulique, peu gourmand en énergie, actionne la rotation. L’eau, réintroduite dans le système hydraulique, est recyclée. L’irrigation des plantes est optimisée. Et gain de taille, l’espace. Depuis quelques semaines, de petits légumes destinés à la cuisine locale, des choux chinois, des épinards, et  des laitues s’arrachent sur les étals du Fair Price Finest, une chaine locale de supermarchés. Ces légumes, un peu plus chers que ceux importés, restent plus abordables que les « bio ». La production, environ une demi- tonne par jour,  pourrait quadrupler l’année prochaine. La ferme articulée, qui compte 120 tours, pourrait bientôt en compter 300. Prochaine étape, trouver des investisseurs pour développer un projet dont l’extension devrait coûter 27 millions de dollars Singapour – environ 17 millions d’Euros -. Singapour est un état riche  qui ambitionne, toutes méthodes de cultures confondues, de produire bientôt 10% de ses légumes sur place. (3) (4)  (5)

 

M.J

 

 

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(1) Mongabay, Singapore – Land Management and Development  http://www.mongabay.com/reference/country_studies/singapore/ECONOMY.html

(2)Worldstat Info –Singapore. http://en.worldstat.info/Asia/Singapore/Land

(3)Farming in the Sky in Singapore”, Kalinga Seneviratne, IPS, 08-12-2012 http://www.ipsnews.net/2012/12/farming-in-the-sky-in-singapore/

(4)“First commercial vertical farm opens in Singapore”, Olivia Siong, Channel New Asia, 24-10-2012 http://www.channelnewsasia.com/stories/singaporelocalnews/view/1233261/1/.html

(5)” Vertical farm produces 5 times more vegetables.” The Straight Times, 20-11-2011, http://www.eco-business.com/news/vertical-farm-produces-5-times-more-vegetables/

 


Publié le 18 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Singapour,Urbanisation
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Les blés du Qatar.

Bonjour,

 

Le riche Qatar se préoccupe de sa sécurité alimentaire. Comme d’autres Etats pétroliers, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, il lui arrive d’acquérir des terres à l’étranger. Le Qatar achète de l’espace cultivable au Soudan, en Australie;  loue des terres aux Philippines ;  investit des millions de dollars dans des projets agricoles, au Kenya, au Brésil, en Argentine, ou en Ukraine. (1) (2) Mais le Qatar, qui importe 90% de ses besoins alimentaires, ambitionne aussi de convertir une partie de son désert en terre productive. Comme son voisin saoudien, il y a quelques années. Le Qatar National Food Security Programme (QNFSP), lancé en 2008 par le Sheikh Hassad Bin Khalifa Al Thani, doit démarrer en 2014, pour se développer sur une dizaine d’années. Il devrait couvrir 60 à 70% des besoins  alimentaires d’une  population d’environ 1,7 millions de personnes, 20% de citoyens qataris, les autres travailleurs émigrés.(2) Le Qatar, qui vit de la rente pétrolière, qui est assis sur la troisième réserve de gaz naturel au monde, et dont les citoyens peuvent se vanter d’un revenu confortable, se rêve déjà en potager. Le pays cultive le quart de ses fruits et légumes, tomates, concombres, aubergines, haricots, melons d’eau, ou fraises. (2) (3)

Désert.

Le Qatar, presqu’île désertique qui baigne dans le Golfe persique, est un tout petit pays. Environ 160 km de long, pour 80 km de large. Un pays plat qui culmine à une centaine de mètres. La végétation, quelques broussailles épineuses, quelques arbres, et des palmiers, est celle d’un désert. Un désert couvert de sables et de graviers, une terre balayée par les vents de sables et de poussières. Pour résumer la météo, quatre mois de forte chaleur, jusqu’à 50°C pendant  l’été,  quelques semaines de tempêtes de sable, et quelques pluies, en hiver et au printemps.(4) Moins de 80 mm par an, en moyenne. La surface cultivable, 11600 km², couvre 1% du territoire national. Les sols, à forte teneur en sel, sont ingrats. Et problème majeur de ce pays qui importe la quasi-totalité de ses céréales, environ 20.000 tonnes par an, l’eau. (2).

Aquifères.

Le pays compte de plus en plus sur la désalinisation de l’eau de mer pour couvrir ses besoins. Cette technologie produit déjà toute l’eau à usage domestique. Le Qatar National Food Security Programme compte d’ailleurs sur cette eau débarrassée de son sel pour irriguer les cultures. Une enquête d’Al Jazeera, sur la sécurité alimentaire du Qatar, révèle que le pays choisit l’énergie solaire, plutôt que l’énergie fossile, pour faire tourner ses unités de désalinisation. Gros producteur de CO² par habitant, et pays hôte de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat,  le pays tente d’adoucir l’image de ses excès. Selon Al Jazeera, la firme américaine Chevron teste une centrale solaire à Doha, la capitale. Et pour coller à un environnement où se mêlent chaleur, poussières, et sables, la firme évalue la réaction de panneaux solaires en provenance des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, ou de Corée du Sud. (3) Mais en attendant une irrigation servie par l’énergie solaire adaptée, les fermiers du Qatar continuent de pomper l’eau contenue dans le sous-sol. Si le niveau des aquifères du pays est déjà en baisse, le Qatar National Food Security Programme promet de laisser les nappes se recharger en pluies, pour constituer les « réserves d’eau stratégiques du pays. » (2)

Fruits, légumes, poissons, poulets, œufs.

Le site du Ministère des Affaires étrangères, qui détaille le projet agricole,  promet une extension « horizontale », avec un soutien aux entrepreneurs,  et des investissements. La mise en culture  mélange les genres, une agriculture en plein champ, une production sous serre, et une production hydroponique. Cette technique , qui remplace la terre par un substrat artificiel, un gain pour la surface cultivable, promet de bien meilleurs rendements que la culture en  plein champ. Le gouvernement mise encore sur des fermes expérimentales, deux principales à l’heure actuelle, pour développer des semences localement adaptables. Dans ce pays, où il existait une petite agriculture, un élevage nomade, et la pêche, on comptait environ 400 fermes dans les années 70. En 2005, il y en a près d’un millier. Toujours en 2005, de source gouvernementale, il reste 650.000 hectares de terres arables à mettre en valeur, près de 69.000 le sont déjà. (5) Le pays compterait aujourd’hui 1400 exploitations, et,  portées par le Qatar National Food Security Programme, bientôt 3000. (2) Pendant que la production de fruits et légumes s’installe sur le marché interne, la production de poissons, de poulets – 7 millions de  volailles par an -, d’œufs, et de lait – 5 tonnes par jour absorbées localement – devraient satisfaire de plus en plus de consommateurs qataris. (5) La production de céréales, étape vers l’autosuffisance alimentaire, semble plus difficile, avis d’experts. (2)

Doutes.

En 2008, le voisin saoudien abandonne son rêve d’autosuffisance  en blé. Trop onéreux, trop gourmand en eau. La culture du blé, dont l’irrigation est nécessaire dans cet espace aride, a notamment bu 80% de  la nappe phréatique fossile, celle qui ne se recharge pas. Plus généralement, le niveau des nappes souterraines a dangereusement baissé dans les régions de production, alimentées par l’eau des forages. Cette agriculture forcée a encore provoqué la salinisation des eaux souterraines. Bilan, il faudra des décennies pour remplir à nouveau  les aquifères, et les débarrasser de leur sel. (6) L’Arabie Saoudite, qui a lancé sa production de blé dans les années 70, parvient au début des années 90 à produire le double de sa consommation intérieure. Le pays exporte l’autre moitié. Puis, changement de vision. En 2016, l’Arabie Saoudite compte importer la totalité de ses besoins en céréales. Interrogée par Al Jazeera, Zahra Babar, directeur de recherche à l’Université de Georgetown au Qatar, formule quelques retenues concernant le projet qatari: « Il y a un certain scepticisme sur la possibilité d’arriver à dessaler de grandes quantités d’eau pour l’irrigation »… « Je pense que nous pouvons espérer un certain succès. Mais cibler un certain niveau d’autosuffisance – 70% -, c’est un peu ambitieux. » (3)

Zéro import, zéro export.

S’il est question de tendre vers l’autosuffisance alimentaire, afin de ne plus importer de nourriture dont l’envolée des prix a touché les résidents qataris, argument développé par Al Jazeera,  le Qatar National Food Security Programme vise aussi le « zéro exportation ». (3) « Si quelque chose est produit au Qatar, cette production ne doit pas être exportée afin de protéger nos ressources naturelles. Car la quantité d’eau requise pour produire de la nourriture, un pays comme le Qatar, qui est très sec, ne peut pas exporter d’eau sous forme de nourriture. », commente Fahad Bin Mohammed al-Attiya, à la tête du  QNFSP. (2)

 

M.J

 

Une ferme « high-tech » portable, conçue et construite au Japon, destinée au Qatar…

 

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(1) International Food Policy Research Institute (IFPRI)

http://www.ifpri.org/fr

IFPRI Policy Brief 13 • April 2009 http://www.ifpri.org/sites/default/files/bp013Table01.pdf

(2) “Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, Reuter, 06-01-2012 http://www.reuters.com/article/2012/01/06/us-qatar-food-idUSTRE8051V220120106

“Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, (Version longue) http://mideast.legalbusinessonline.com/files/File/Special%20Reports/The%20Brief/MAR%202012%20-%20Qatar%202012.pdf

(3) “Can Qatar’s food security plan ripen? ”, Rhodri Davies, Al Jazeera, 02-12.2012.

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/12/20121221237338571.html

(4) Wikipedia, Géographie du Qatar, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_du_Qatar,

World Fact Book 2008, Qatar Geography http://www.studentsoftheworld.info/infopays/wfb_fr.php3?CODEPAYS=QAT

(5)Qatar  – Ministry of Foreign Affairs – Agriculture http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=92   / Qatar National Food Security Programme http://www.qnfsp.gov.qa/

(6) FAO Corporate document Repository – APPENDIX 8: COUNTRY CASE STUDY – WATER POLICY REFORM IN SAUDI ARABIA, Hamad M. H. Al-Sheikh, Department of Economics, King Saud University
Riyadh http://www.fao.org/docrep/006/ad456e/ad456e0e.htm


Publié le 12 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau,Pays du Golfe.
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Sécurité alimentaire: Brésil, exemple, et contre-exemple.

Bonjour,

 

Recul de la faim. Environ 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde, la plupart originaires des pays les plus pauvres. C’est l’estimation de « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » publié il y a quelques jours, production de  la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et de deux autres agences onusiennes, (1) S’il n’y a pas de quoi pavoiser, la publication note cependant un recul de la sous-alimentation mondiale. En vingt ans (1990-1992 – 2000-2002), 132 millions de personnes sont sorties des statistiques de la faim. Dans l’espace en développement, la proportion de personnes ayant des difficultés pour se nourrir est  passée de 23% au début des années 90, à 15% deux décennies plus tard. En 2003, le recul de la faim est le pari de Luiz Inácio Lula da Silva, qui vient d’être élu à la tête du Brésil. Il y articule une politique de développement rural et de lutte contre la pauvreté.

 

Petite agriculture. « Nous allons créer les conditions nécessaires pour que tous les gens de notre pays puissent manger à leur faim, trois fois par jour, tous les jours, sans avoir besoin de dons de quiconque. Le Brésil ne peut plus continuer à vivre au milieu de tant d’inégalité. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale.».(2) Extrait du discours d’investiture du Président Lula da Silva, le 1er janvier 2003. Avec 170 millions d’habitants, le Brésil est le plus grand et le plus densément peuplé des Etats d’Amérique du Sud. Son statut d’économie émergente, qui annonce un niveau de vie croissant, dissimule mal 44 millions de personnes vivant dans un extrême pauvreté. Le quart de la population du pays. Dans ce grand espace, la production agricole se concentre dans le Sud, le Sud- Est, et plus timidement au Centre, quand les populations les plus exposées à la faim habitent le Nord et le Nord-Est du pays. Le Nordeste , cette région aride que ses habitants fuyaient pour échapper à la misère et à la faim. Ici, la production agricole ne  couvre pas les besoins essentiels de la population. Au Brésil, la petite agriculture occupe environ le quart des terres cultivables, et emploie plus de 70% de la main d’œuvre rurale. C’est elle qui produit l’essentiel de la nourriture consommée dans les familles brésiliennes.(OXFAM) C’est donc elle qu’il faut stimuler. Le Président Lula, né dans une famille pauvre du Nordeste, connait la difficulté à survivre des plus pauvres. (3) (4)

 

Pauvreté, sécurité alimentaire, économie rurale. En 2003, le Président Lula lance «FOME ZERO », un  programme qui combine réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, et petite agriculture familiale. Trois priorités intimement liées qui doivent remplir les ventres, développer l’agriculture vivrière, et impulser un marché local. Premier instrument de cette stratégie, la « Bolsa Familia » un ambitieux programme d’aide aux douze millions de familles les plus nécessiteuses. Chaque mois, chaque ménage reçoit une enveloppe de 20 $ afin d’accéder aux produits alimentaires de base. Cette aide se décline aussi dans les domaines de la santé, ou de l’éducation. « Alimentaçao Escolar », autre instrument de la dynamique Lula, fournit chaque jour plus de 47 millions de repas gratuits dans les écoles du pays. « Fotalecimento do Agricultura Familiar » doit remettre la petite agriculture sur pied, avec plus de produit, de meilleure qualité. Cette économie rurale permettra aux producteurs de gagner un peu d’argent en vendant leur production, tout en constituant des stocks agricoles pour parer aux pénuries. Les prix du marché local, soumis à contrôle, sont stabilisés. Lula, qui place la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté au cœur de son projet politique, fédère les forces vives de la Nation. Acteurs gouvernementaux, au niveau fédéral, au niveau des Etats, des municipalités, des villages ; membre de la société civile, ONG, associations, groupes religieux; ou acteurs du secteur privé, tout le monde est invité à suivre Lula. Cette vision du développement est approuvée par la Banque mondiale et la FAO, qui débloquent des crédits. La bonne santé économique du Brésil, qui permet de créer des emplois, de valoriser les salaires, et de donner un petit pouvoir d’achat aux indigents, porte cette stratégie. (2)(3)(4)

 

Moins 20 millions de pauvres. OXFAM et la FAO, qui détaillent le processus, en dressent un bilan élogieux,  « Bravo Lula ! ».Ils ne sont pas les seuls.  En 2009, en moins de dix ans, 20 millions de très pauvres ont échappé à leur condition. Le Brésil est ainsi parvenu à atteindre  la première phase des Objectifs du Millénaire pour le Développement, réduire de moitié la misère du monde, projection 1990-2015. Au Brésil, dès 2007, la faim perd du terrain, moins un tiers d’affamés par rapport au début des années 2000. La FA0 note que la petite agriculture familiale a permis d’augmenter les revenus paysans de  plus d’un tiers entre 2003 et 2009. Ce bilan, valorisé par le contexte socio-économique d’un Brésil très inégalitaire, laisse encore  une quinzaine de millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Toujours en 2009, près du tiers des familles brésiliennes rencontrent des problèmes pour s’alimenter correctement. Si pour plus de 10 millions de personnes manger reste un défi quotidien, Lula a cependant fait reculer la faim et la pauvreté dans son pays. On lui doit aussi un recul de la malnutrition infantile, et du travail des enfants. (2) (3) (4)  La Bolsa Familia a notamment contribué à introduire plus de femmes sur le marché du travail, plus 16%. La gestion de la petite bourse gouvernementale a permis de les valoriser au sein de la famille. Elles y ont gagné en assurance, et en indépendance. (1)

 

Canne à sucre. Dans son ouvrage, «  Destruction massive », Jean Ziegler intitule froidement un chapitre : « La malédiction de la canne à sucre ». (5) Il écrit : « Au Brésil, le programme de production d’agrocarburants jouit d’une priorité absolue. » (5a). La canne à sucre, une culture très « rentable », est au cœur de cette production d’éthanol, destiné au parc automobile intérieur et à l’exportation. C’est le plan « Pro-Alcool ». C’est aussi une machine à concentrer des terres qui ne laisse aucune chance aux petits propriétaires. Selon Jean Ziegler, pendant la décennie 1985-1996, près de 5,5 millions de paysans auraient été expulsés de leurs terres, et près de 950.000 exploitations, « petites et moyennes », avalées par ce détournement de l’espace agricole. « L’insécurité alimentaire dans laquelle vit une grande partie de la population brésilienne est ainsi directement liée au programme Pro-alcool » (5b). Dans ces régions plantées de canne à sucre, les paysans, qui ne cultivent pas assez pour se nourrir, achètent des produits de première nécessité. Avec des prix qui fluctuent, et qui grimpent. « C’est ainsi qu’en 2008 les paysans n’ont pu acheter suffisamment de nourriture en raison de l’explosion brutale des prix. » (5b). Depuis 2007-2008, années de crise financière, de crise alimentaire portée par la sécheresse et la spéculation, le problème de la faim piétine à l’échelle mondiale. Constat de  « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » (1)

 

« Terre de la faim ».Jean Ziegler présente un autre Brésilien, Josue de Castro, médecin, anthropologue, Président de la FAO dans les années50, et grand agitateur de consciences sur le thème de la faim. Dans « Géopolitique de la faim », titre publié en portugais en 1950, il écrit : « La faim déterminée par l’inclémence de la nature constitue un accident exceptionnel alors que la faim considérée comme un fléau fabriqué par l’homme est la condition habituelle des régions les plus différentes du globe. Toute terre occupée par l’homme a été transformée par lui en terre de la faim. » (6)

 

M.J

 

 

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(1) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 », publication de la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, du FIDA , le Fonds des Nations Unies pour le développement agricole, et du PAM, le Programme alimentaire mondial.

 

(2) « FOME ZERO- L’expérience brésilienne », Coordinateurs: José Graziano da Silva, Mauro Eduardo Del Grossi, Caio Galvão de França, Ministère du développement agraire Brasilia, 2012  http://www.fao.org/docrep/016/ap339f/ap339f.pdf

(3) Supporting Programmes for Food Security – Success story http://www.fao.org/spfs/national-programmes-spfs/success-npfs/brazil/en/

(4)Fighting hunger in Brasil- Much achieved, more to do – Oxfam Case Study – June 2010

 http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/cs-fighting-hunger-brazil-090611-en.pdf

(5) « Destruction massive, Géopolitique de la faim, Jean Ziegler, Seuil, octobre 2011, 5a : p263, 5b : p268

(6)« Geopolitique de la faim », Josue de Castro, 01-01-1971, Les éditions Ouvrières, Nouvelle édition revue et augmentée. Préface de Max Sorre. Préfaces des éditions américaine et anglaise de Pearl Buck et Lord John Boyd Orr. Trad. de Léon Bourdon. p59

Source carte économie agricole.

http://www.mar-br.chez-alice.fr/Bresil/bresil_economie.htm

 

Des discussions du Comité de la sécurité alimentaire mondiale se sont déroulées du 15 au 20 octobre 2012. Quelques uns des thèmes abordés. http://www.fao.org/bodies/cfs/39th-session/fr/


Publié le 19 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Brésil,crise alimentaire,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Le Qatar rêve de fertiliser ses sables….

Bonjour,

Le Qatar poursuit son ambitieux programme de sécurité alimentaire”, titre un article de  l’UNCCD, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il esquisse la stratégie agricole d’un petit pays, handicapé par le désert et le manque d’eau, mais bien décidé à couvrir 70% de ses besoins alimentaires en 2023. (1)

Eau et productivité agricole.

Situé sur la rive sud du Golfe persique, le Qatar est une presqu’île d’un peu plus de 11000 km², 160 kilomètres de long pour 80km de large. Un petit territoire recouvert de sable qui se mesure à l’échelle de l’Île de France. C’est un  pays  assis  au niveau de la mer, qui culmine à un peu plus de 100 mètres dans le Jebel Dukhan, la chaîne de collines de la côte Ouest. C’est ici que se trouvent les principales réserves terrestres de pétrole. Le Qatar, qui vit sous le régime du désert, affiche des températures estivales qui oscillent entre 40 et 50°C. Si les faibles pluies, à peine 80 mm par an, donnent quelques couleurs à cet environnement aride, elles limitent les possibilités de l’agriculture.  Moins de 6% du territoire est cultivable. Irrigation de pénurie, sols pauvres, conditions climatiques extrêmes, manque de main d’œuvre saisonnière, et système de jachères qui laisse des terres incultes, l’agriculture qatare cumule les problèmes. Pour nourrir sa population, un million et demi d’habitants, le pays achète à l’étranger des milliers de tonnes de céréales,  riz blanchi, orge, blé, de la viande de volaille et de canard, des légumes frais, de l’huile, des graisses végétales, et quelques autres milliers de tonnes de farine de blé. (2) au total, le Qatar importe 90% de ses  besoins alimentaires, une dépendance qui pèse de l’argent et des contraintes. En 2008,  le pays lance un programme national de sécurité alimentaire  qui tient en deux mots, eau et productivité agricole. Et comme le pays est riche, il fait appel aux scientifiques et aux innovations technologiques. Universités, agences d’Etat américaines, dont l’USAID (United States Agency for International Development), planchent déjà sur le dossier de la sécurité alimentaire au Qatar. (1)

L’eau des Qataris.

Le Qatar, qui pompe sa nappe aquifère, est en train de réaliser que cette source d’eau, non renouvelable, est précieuse. Pour son agriculture, le pays envisage donc de développer un ambitieux programme de désalinisation d’eau de mer. Cette eau traitée devrait être utilisée pour recharger les nappes aquifères qui deviendront des réservoirs, sécurité de pays désertique. Le Qatar connait bien cette  technologie, qui assure actuellement 90% de sa consommation en eau potable. Le pays, qui souhaite adoucir son image de producteur de pétrole, pense aux énergies vertes pour faire tourner des usines de désalinisation, jusqu’alors alimentées au pétrole et au gaz naturel. A terme, les technologies de conversion, osmose inversée associée au  solaire , devraient permettre de couvrir la plupart des besoins de l’agriculture. Un parc d’énergie solaire est planifié à cet effet dans le sud du territoire,  région la mieux dotée en lumière. Pour diversifier ses sources, l’Emirat devrait développer un recyclage des eaux industrielles. Le Qatar réfléchit à rendre plus efficace une irrigation traditionnelle, par inondation, qui gaspille beaucoup d’eau. La technique du  goutte à goutte, pratiquée depuis l’antiquité, utilisée dans les espaces arides car économe en eau et en engrais, est l’une des pistes majeures de cette transition agricole. Cette efficience de l’eau pourrait s’articuler à une agriculture hydroponique, des cultures hors sol installées sur des substrats neutres et inertes, sable, billes d’argile, ou laine de roche. La culture de légumes sous serre, par exemple. Mais, cactus de taille dans cette aventure agricole, ne pas toucher à l’eau destinée à la consommation personnelle des Qataris.(1)

Le bush en colère…

En attendant une agriculture productive, le Qatar projette des colonies agricoles en territoire étranger. En Afrique, où l’Emirat a acheté 40.000 hectares de terres au Kenya, avant de convoiter d’autres espaces agricoles au Soudan. (3) En Asie, la Qatar Investment Authority (QIA) – le fonds d’investissement souverain de l’Etat – crée des Joint-Ventures avec les gouvernements du Vietnam et d’Indonésie. Des contrats similaires, qui associent les pays d’accueil et leur attribuent une aide au développement, sont en négociation en Malaisie et aux Philippines. Une formule assez inédite qui, pour l’instant, semble contenter tout le monde. (4)  Autre son de clache, en juin 2011, un article paru dans the Age, un quotidien australien édité à Melbourne, dénonce l’offensive du Qatar dans l’Etat du Victoria. La firme Hassad Foods, le «bras agricole » du petit Emirat, souhaite acquérir plus de  8000 hectares de  pâturages à moutons et de terres cultivables, pour une somme de 35 millions de dollars. On parle de l’une des plus importantes transactions de terres pastorales dans l’histoire récente du Victoria. L’accord, pourtant consenti par les vendeurs, a soulevé une vague d’indignation dans le bush. Un partie de l’opinion australienne, sensible à la question de la sécurité alimentaire et préoccupée l’irruption d’étrangers sue leurs terres, demande une législation plus stricte. (5)

L’argent et l’eau.

L’article de l’UNCCD établit un parallèle entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux agricultures contrariées par le désert et le manque d’eau. Après deux décennies, l’Arabie Saoudite, qui importe 80% de son alimentation, vient d’abandonner sa course à l’autosuffisance.(6) Un  mirage jugé trop coûteux. Depuis, le Royaume saoudien achète des terres agricoles en Asie, en Afrique, se résignant à l’idée que la nourriture des Saoudiens sera produite à l’étranger. Cité dans l’article, Elie Elhadj, spécialiste du Moyen-Orient, expose les limites d’une agriculture «produced in the desert » : « Cette expérience montre simplement que la combinaison de l’argent et de l’eau peut même faire fleurir le désert, jusqu’à ce que l’argent et l’eau manquent. » (1) Même si la taille du Qatar, sa démographie, et une pluviosité à peine mieux dotée que celle de son voisin saoudien, rendent un peu moins irréaliste cette quête à l’autosuffisance.
M.J

La péninsule arabique est un quasi-désert, où les habitants ont toujours lutté pour avoir accès à l’eau douce.. De l’eau potable à l’irrigation, la désalinisation de l’eau de mer permet aujourd’hui de couvrir la plupart des besoins.  Mais ces unités de production ont un coût environnemental assez élevé…Un reportage d’AlJazeera.

 

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(1) Towards self-sufficiency: Qatar pursues ambitious food security programme,Healthy soil, healthy earth, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf

(2 FAOSTAT, 2009, Importations agro-alimentaires : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=342&lang=fr&country=179 Production : http://faostat.fao.org/DesktopDefault.aspx?PageID=339&lang=fr&country=179
(3)« The great Land Grab », Rush for World’s Farmland, Threatens Food Security for the Poor
Shepard Daniel with Anuradha Mittal, Oakland Institute, 2009
http://www.oaklandinstitute.org/pdfs/LandGrab_final_web.pdf
(4)“Land grab or development opportunity?”, Agricultural investment and
international land deals in Africa,Lorenzo Cotula, Sonja Vermeulen, Rebeca Leonard and James Keeley , FAO, IIED and IFAD, 2009 http://www.ifad.org/pub/land/land_grab.pdf
(5)”Qatar land grab angers bush”, Cameron Houston and Royce Millar, The Age, 19-06-2011
June 19, 2011http://www.theage.com.au/victoria/qatar-land-grab-angers-bush-20110618-1g99l.html

(6) Service d’exportation agroalimentaire, Profile du secteur de l’agroalimentaire1 – Riyad, Arabie saoudite, Agriculture et agro-alimentaire Canada, Mai 2010 http://www.ats.agr.gc.ca/afr/4631-fra.htm


Publié le 26 janvier 2012 par marlene dans Agriculture.,eau,Pays du Golfe.
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« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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Le Brésil ouvre un sentier à la déforestation.

Bonjour,

La réforme du Code forestier est en route au Brésil. Après avoir longuement été débattu et approuvé par les députés, le texte est examiné par le Sénat. S’il est adopté, il permettra aux exploitants brésiliens, industriels et petits cultivateurs, de déboiser au profit de terres agricoles. Si le monde de l’agriculture approuve cette modification, les écologistes y lisent un encouragement à la déforestation. L’image d’un Brésil,  à la fois pionnier et leader sur le front de l’environnement, pourrait s’estomper.

Une déforestation encore active.

Pourtant, il y a quelques mois encore, le Brésil annonçait fièrement un ralentissement de la déforestation en Amazonie. Selon l’INPE, – l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais -, l’observatoire brésilien des forêts qui effectue des repérages satellite, le déboisement du couvert amazonien recule effectivement entre 2009 et 2010, moins 6 ,2%. (1)(2) Ce qui laisse quand même un bilan de 7464 km² détruits par la déforestation en 2010, dont la moitié dans l’Etat du Para. D’ailleurs ce répit pour l’Amazonie, observé depuis 2005, ne dure pas. 2011 repart à la hausse. Mai annonce un record, amorcé en mars et avril – la déforestation a progressé de 500% par rapport à mars et avril 2010. (3) L’INPE confirme un regain pour août, porté par l’Etat du Mato Grosso.  Si l’immense complexe amazonien reste le terrain de jeux des coupeurs d’arbres, l’avenir de la grande forêt atlantique, déployée sur l’arc oriental, inquiète aussi les environnementalistes. Son bassin, qui accueille 112 millions de personnes, représente une source d’eau importante pour des zones très peuplées. L’INPE et l’ONG SOS Mâta Atlantica , impliquée dans la préservation de cet écosystème précieux, notent une déforestation ralentie en 2008-2010, par rapport à 2005-2008, mais continue. Au cours des deux dernières années, 312 km² ont été sabotés, avec une mauvaise note pour le Minas Gerais, Bahia, Santa Catarina, et le Parana.(4) Selon SOS Mâta Atlantica, moins de 7% de cette forêt primaire serait intact. Le reste a été grignoté par le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’extension des villes, ou les plantations d’eucalyptus.

Agriculture et exportations.

En 1965, c’est un Brésil moins soumis aux tensions humaines et environnementales qui adopte le Code forestier. Sur le papier, ce texte permet de protéger 80% des forêts du Brésil, le reste est réservé aux cultures. Vraisemblablement jamais respecté, mais toujours renforcé par de nouvelles lois, il a sans doute réussi à contenir la déforestation. Du moins ces dernières années. Mais dans ce Brésil qui se développe, le Code forestier gêne les cultivateurs, et contrarie le projet d’un grand pays exportateur de denrées agricoles. Depuis les années 2000, le Brésil, servi par une géographie étendue, est devenu un leader du marché agroalimentaire mondial. Le pays fait commerce de soja, de sucre, d’éthanol, de bœuf, de poulet, de jus d’orange, de tabac, ou de ce café qui a inauguré son offensive sur le marché mondial.  Si le nouveau texte est adopté, les propriétaires terriens pourront déboiser jusqu’à 50% de leurs terres. Le lobby agricole y voit l’opportunité de développer son business. Les petits exploitants ne seraient pas mécontents d’étendre leurs champs. Il est question de développer une agriculture vivrière. Il est aussi question de nourrir une démographie en croissance, qui comptera plus de 200 millions de personnes  en 2030. De leur côté, les  environnementalistes imaginent une porte ouverte à la déforestation. L’impunité pour les zones illégalement exploitées figure déjà dans la modification du code.

Inondations et CO².

S’ils redoutent une dégradation du patrimoine forestier national, les partisans d’un Brésil qui respire  s’inquiètent d’une probable articulation entre déforestation et accidents climatiques. Dans la forêt Atlantique, SOS Mâta Atlantica note un déboisement actif des rives des cours d’eau, des coupes dans la mangrove, et un dénuement des zones qui protègent les habitations. Les sols, privés d’arbres, deviennent vulnérables aux fortes pluies qui provoquent des glissements de terrain. Quand  la déforestation des berges des rivières accentue les risques de crues. En juin 2010, de fortes pluies avaient provoqué  inondations et coulées de boue dans l’Alagoas et le  Pernambuco, deux Etats du Nord-Est assis dans la forêt atlantique. Les populations les plus touchées habitaient à proximité d’espaces mis à nu. (5) Autre argument des écologistes, la déforestation libère du CO², quand l’Amazonie peine de plus en plus à défendre son image de puits de carbone.  Au niveau international, la déforestation annoncée par la re-écriture du Code forestier voile l’image  d’un Brésil écolo, engagé à diminuer ses rejets de CO². De 2005 à 2010, une meilleure gestion de l’Amazonie lui avait permis de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre.

« Rio+20 »

Un collège composé d’une dizaine d’anciens ministres de l’Environnement a écrit à Dilma Rousseff, la Présidente du Brésil, pour tenter de geler la modification du Code forestier. Cette lettre  souligne le rôle avant-gardiste d’un pays qui a rédigé une loi pour protéger ses forêts, quand les autres n’en avaient pas compris l’importance. Les rédacteurs ajoutent que, grâce à ce processus responsable, le Brésil a pu devenir un acteur majeur dans les conférences internationales sur l’environnement. C’est d’ailleurs au Brésil que doit se tenir le prochain grand rendez-vous des Nations-Unies sur le Développemernt durable. Cette conférence, baptisée « RIO+20 », en référence aux engagements environnementaux formulés 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne, abordera aussi le dossier des forêts.  Rendez-vous donc à Rio,  en juin 2012.

 

M.J.

 

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(1) INPE releases Amazon deforestation rate in 2010, 03-10-2011 http://www.inpe.br/ingles/news/news_20111003_01.php

(2) Comparaison faite pour les périodes aoùt 2008- juillet 2009 et août 2009 – juillet 2010.

(3) Brazil confirms big jump in Amazon deforestation
Rhett A. Butler, mongabay.com , 18-05-2011 / Source INPE
http://news.mongabay.com/2011/0518-inpe_amazon.html

(4) SOS Mata Atlântica and INPE disclose data from Forest Remnants Atlas, 26-05-2011, http://www.inpe.br/ingles/news/news_20110526_02.php

(5) “Forestry Law Reforms Augur More Disasters”,  Fabiana Frayssinet, IPS News; 27-06-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=51967

 


Publié le 20 octobre 2011 par marlene dans Agriculture.,Brésil,déforestation
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