Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Teshima, des poussières noires au béton blanc.

 

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Bonjour,

Encerclée par les îles principales de Honshû au Nord, de Shikoku au Sud, et de Kyûshû à l’Ouest, la  Mer intérieure du Japon a les allures tranquilles d’un immense lac. On y dénombre plus  de 3000 îles, petites ou grandes, solitaires ou groupées, la plupart plantées de pins  plongent leurs verts mousseux dans les bleus subtiles d’une Mer intérieure qui n’en est pas vraiment une. La Mer intérieure de Seto, son vrai nom, communique en réalité avec l’océan Pacifique. A L’est de ce paysage insulaire, entre l’île de Shodoshima, plus imposante,  et la petite Naoshima, un autre petit bout de terre d’une quinzaine de km², Teshima.  Au guidon d’un vélo  électrique loué près du débarcadère, on en fait le tour en moins d’une heure. Trois lignes de ferry mènent à Teshima, celui qui vient de Shodoshima accoste toutes les deux heures dans le petit port le plus proche. Teshima, un peu plus de 1500 habitants au début des années 2000, sans doute encore un peu plus de 1000 aujourd’hui, des pêcheurs et des paysans, souffre des mêmes maux que ses voisines insulaires. La  population vieillit ou s’exile, l’économie se traîne. Ceux qui restent envisagent avec curiosité ces  jeunes branchés, lainage sobre, Wayfarer, et chaussures Repetto, venus admirer l’une des perles architecturale de l’art contemporain, En 2010, Teshima est l’une des sept îles retenues pour le Setouchi Art Festival, une manifestation censée la tirer de son ennui.  Depuis, Teshima est devenue célèbre. Mais sa renommée est bien antérieure à sa  reconversion artistique. (1)(2)(3)

 « Island of waste ».

Dans les années 80, Teshima est connue comme le pire exemple de décharge industrielle illégale au Japon. On l’appelle « Island of waste », l’île aux déchets. En 1975, une société de retraitement des rejets industriels s’installe sur la côte Ouest de l’île.  Très vite, les insulaires s’opposent à cette activité qui pollue. D’ailleurs, la Préfecture de Kagawa ne donne pas son aval. En 1978, la société qui prétend recycler seulement des substances non dangereuses, renouvelle sa demande d’autorisation auprès de l’administration. Qui finalement accepte. En réalité, des quantités astronomiques de poussières nocives et d’huiles usagées sont déversées dans la nature, brûlées en plein air au lieu d’être retraitées.  La police préfectorale enquête. La société, qui cesse son activité, laisse des collines de déchets toxiques derrière elle. Au début des années 90, une analyse y révèle la présence de cadmium, de plomb, d’arsenic, de mercure, de PCB, ou de dioxines. Une formule chimique très enrichie qui s’est invitée dans le sol et la nappe d’eau souterraine de cette partie de l’île. Aujourd’hui, Teshima raconte l’histoire de ce  Japon en plein boom économique, rapidement dépassé par la profusion de ses déchets, industriels et urbains, et qui ne sait qu’en faire. La tentation est grande de les stocker dans des îles dépeuplées, situées à proximité des sites de production. La côte de la Mer Intérieure, où se sont développées Osaka, Kobe, ou Hiroshima, est l’une des plus industrialisées de ce  Japon.  En 2000, l’affaire de Teshima était en cours de règlement. Un mur étanche devait protéger l’océan des eaux polluées produites par la décharge. Les 600.000 tonnes de déchets devaient être recyclées dans la composition de ciment, sur l’île de Naoshima, l’autre site couru de l’art contemporain dans la Mer Intérieure de Seto. (4) (5)

Coquillage de béton blanc.

Posé come une goutte d’eau à proximité des rizières en terrasses, le Teshima Art Museum indique un changement dans le paysage insulaire. Radical, mais en douceur. Le bâtiment, un coquillage de béton blanc inséré dans le sommet d’une colline verte, voisine avec la mer qui se montre en chemin.  Pour pénétrer dans la structure, assez grande, environ 40 mètres sur 60, il faut chausser de petits chaussons gris. Sur les points les plus élevés du bâtiment, deux ouvertures sur le paysage invitent l’air, la lumière, et les bruits extérieurs. Sur le sol de béton poli et traité, qui explique les petits chaussons, des gouttes d’eau perlent par de petits trous. Portées par la topographie du sol,  elles se mélangent pour former une tâche plus importante, qui coulera doucement pour s’échapper par un autre orifice, percé dans le béton. Cette fontaine perpétuelle rythme le temps qui passe. L’œuvre, qui résulte d’une collaboration entre l’artiste Rei Nato et l’architecte Ryue Nishizawa, fait écho à ce paysage insulaire, baigné par la mer et douché par les pluies. C’est pour profiter de cette expérience sensorielle inédite que les petits Japonais branchés débarquent sur l’île de Teshima.  (6)

 

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Un peu plus loin, de l’autre côté du petit port qui accueille le ferry de Shodoshima , un pavillon de bois assis sur une plage. Christian Boltanski y expose « Les archives du cœur », une compilation de battements de cœur enregistrés  en France, en Tasmanie, en Allemagne, en Corée, ou au Japon. Dans un laboratoire sonore, installé face à la mer, il faut mettre un casque pour écouter des cœurs qui battent encore, ou peut-être plus. Battements réguliers ou arythmies, étrange compilation.  Boltanski archive ici la petite musique intime d’une partie de l’humanité. Vous, si vous souhaitez l’enregistrement de votre rythme cardiaque. A côté, dans une pièce noire, une ampoule clignote au rythme assourdissant d’un cœur en mouvement. (7)

 

M.J

 

(1)Seto Inland Sea, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Seto_Inland_Sea

(2) Teshima Island, Japan-guide.com, http://www.japan-guide.com/e/e5440.html

(3)Inland Sea of Japan, factanddetails.com, http://factsanddetails.com/japan.php?itemid=963&catid=25&subcatid=171

(4)The Teshima Island Industrial case and its process towards  resolution, Hiroshi Takatsuki, 10-06-2002, Special Feature: Conference Report, Integrated Management for Hazardous Waste.    http://www.bvsde.paho.org/bvsacd/cd43/isla.pdf

(5) “Teshima Island waste dispute nears end”  , The Japan Times Online, 27-05-2000 http://www.japantimes.co.jp/text/nn20000527b6.html

(6) Teshima Art Museum, Benesse Art Site Naoshima, http://www.benesse-artsite.jp/en/teshima-artmuseum/index.html

(7)”Les archives du coueur”, Benesse Art Site Naoshima  http://www.benesse-artsite.jp/en/boltanski/index.html


Publié le 24 avril 2012 par marlene dans Art,Japon,Préjudice écologique
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Kawamata, la possibilité des passages.

Bonjour,

La “passerelle” est une idée qui s’accroche à l’oeuvre de Tadashi Kawamata, artiste japonais qui invite le visiteur à reconsidérer les possibilités des paysages investis par ses créations de bois. En 1996,  à Barcelone, il installe une passerelle qui mène du Musée d’Art contemporain aux immeubles délabrés de la vieille ville. En 2000, invité du festival « Passavent » à Evreux, il imagine une construction circulaire surélevée qui relie quatre monuments épargnés par la Seconde Guerre Mondiale, autre point de vue sur le paysage urbain. De 2007 à 2009, à Lavaux-Sur-Loire, il met en œuvre la construction d’un long chemin de bois qui s’élève au dessus des marécages et des roseaux pour rejoindre une plate – forme surmontée d’une tour, avec vue sur le fleuve. Kawamata rend aux habitants du port de Lavaux un cours d’eau qui s’est, depuis longtemps, retiré du village. A l’automne 2009, à Bordeaux, invité du festival « Evento », il construit une nouvelle passerelle qui part de la Place des Quinconces, enjambe les trams et les voitures, pour finir au dessus de la Garonne. Ce pont offre une perspective nouvelle sur le paysage fluvial. Pour réaliser ses chemins, Kawamata utilise le bois brut, des essences locales. Il se soucie peu d’assembler parfaitement les planches. Ses créations sont appelées à disparaître. Ou à être recyclées.

Passerelle entre deux espaces, et passerelle entre passé et présent, Evreux, Lavaux-Sur-Loire. A Paris, en 1997, à la Chapelle Saint Louis de la Pitié Salpetrière, il empile les chaises et les bancs d’Eglise, un « Passage des chaises » qui invite le regard à s’élever vers la coupole, en évoquant l’histoire de tous ceux qui sont passés par là. A Saint Thélo, en Bretagne, il réalise « Mémoire en demeure ». Ce projet, conduit pendant trois étés successifs, de 2004 à 2006,  réhabilite trois maisons de tisserands, héritage d’une tradition du lin aujourd’hui disparue. En 2008, à Versailles, il bouscule l’architecture classique de la Maréchalerie en lui greffant une accumulation de cagettes de fruits et de légumes, construction éphémère et fragile.  Passerelle entre l’univers paisible de l’enfance et le monde pressé des adultes, les cabanes. En 2008, à New York, il installe quelques petites constructions de bois dans les arbres du Madison Square Park, invitation à une pause dans le tumulte de la vie urbaine. L’année suivante, il récidive à Berlin. Puis, en ce moment, sur la façade du centre Georges Pompidou, à Paris. Passerelle entre deux univers sociaux, deux réalités urbaines. Dans les années 90, à Tokyo, Chicago, Montréal, ou New – York, il bricole des abris de fortune, bois et carton, qu’il intègre dans le paysage urbain pour souligner la précarité des sans- abris. A Huston, à Ottawa, cité prospères, il pose des favellas au pied des gratte-ciels. La démarche artistique de Kawamata puise dans les relations sociales. Il passe du temps sur le terrain de ses interventions, s’entretient avec les habitants, les invite à participer, ou s’entoure d’étudiants pour réaliser des chantiers souvent longs à finaliser. Il travaille souvent sur le mode « Work in progress ».

En 1982, Tadashi Kawamata, diplômé de l’université des  Beaux Arts de Tokyo, est sélectionné pour la Biennale de Venise. C’est un jeune artiste de 28 ans. Il a déjà exploré quelques possibilités de la capitale japonaise, assise sur une zone sismique, soumise à l’éphémère, et toujours en construction. Au fil des villes, Barcelone, Berlin, Paris, Rome, Montréal, New-York, Tokyo, Toronto, il enrichit le long catalogue de ses interventions environnementales. En 2005, il quitte Tokyo pour enseigner à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris. En février 2008, le Musée d’Art contemporain de Tokyo  lui ouvre ses galeries pour une exposition/ rétrospective intitulée : « Tadashi Kawamata : Walkway ». « Passage pour piéton ». A cette occasion, il confie au Japan Times : « J’ai étudié la peinture à l’huile, mais je n’ai jamais vraiment été intéressé par la peinture. J’aimais juste me tenir debout devant une toile dans un atelier. (…) Les gens observaient les modèles, puis regardaient la toile, puis revenaient, ils se déplaçaient constamment entre les toiles. J’étais vraiment intéressé par le passage entre ces « murs » et ce mouvement constant. C’était plus intéressant que n’importe quelle peinture. » (1)

M.J

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(1) Tadashi Kawamata , ”Human reeds swaying in a museum maze”, Donald Eubank, 28-02-2008. Japan Times. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/fa20080228a2.html


Publié le 13 avril 2010 par marlene dans Architecure.,Art,Ville
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« Focus », paradis artificiel pour les poissons.

Bonjour,

Ross Power, artiste environnementaliste, projette d’exposer au fond des océans. « Focus », une gigantesque sculpture, sera immergée près de Miami Beach, en Floride. Cette démarche, qui vise à créer des habitats pour les poissons à partir d’oeuvres métalliques, annonce six projets similaires. Après la Floride, Ross noyera ses créations aux Bahamas, au Baléares, en Grèce, en Thaïlande, à Hawaï, et en Californie. L’artiste conçoit la structure, l’océan l’habille, et la conserve.

Ross Power sculpte depuis les années 70. Avant d’exposer dans le fond des océans, il imagine un certain nombre d’œuvres, destinées aux jardins. En 1985, il commence à s’intéresser aux fonds marins, et crée le Key Largo Undersea Art Gallery.
« Future Wave » et « No turning back », deux sculptures, sont immergées dans ce musée des profondeurs pendant une année, le temps que la mer les patine. Les sculptures émergent, transformées. Ross décide alors d’associer l’univers aquatique à son processus de création. Il abandonne ses conceptions à l’océan pour qu’il les transforment en petits écosystèmes.

Ross conçoit « Focus », un projet de récifs artificiels, immergés dans sept points du globe. Cette sculpture métallique à quatre pieds, mesure 2,4 mètres de hauteur, pour 4,2 mètres de diamètre. Solidement ancrée à plus de 12 mètres de profondeur, elle est conçue pour permettre la circulation de l’eau, et capter les changements de lumière. Le support en fer, non toxique, est soumis à un processus de calcification auquel participent les coquillages, les coraux, ou les éponges. La sculpture, travaillée par la mer, est appelée à devenir un habitat pour les poissons. « Focus », démarche environnementale, doit stimuler notre conscience écologique: « En nous intéressant à l’océan, nous utilisons une métaphore pour mieux comprendre la vie. Nous pouvons seulement prendre conscience de son vaste potentiel en reconnaissant, d’abord, sa nature fragile. »* C’est l’artiste qui le dit.

Ross explique sa démarche…

Et pour en savoir un peu plus sur les récifs artificiels, un compte-rendu d’IFREMER...

* « As we focus on the ocean we create a metaphor for better understanding life itself. We can only realize its vast potential by first recognizing its fragile nature.”


Publié le 30 juin 2008 par marlene dans Art,Ecosystèmes.
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« Women are heroes ».

Bonjour,

« Woman are heroes », un super travail de photo, une vidéo, et une belle leçon de vie, signée JR, photographe de rue, et visagiste grand format. Pour saisir ces portraits de femmes meurtries par les conflits et malmenées par l’existence, JR est parti en Sierra Leone, au Liberia, au Soudan, et au Kenya, terres de conflits. Le résultat, des photos animées de grimaces. En Afrique, il n’y a pas de place pour le malheur. JR est un artiste optimiste.

JR, 25 ans, se qualifie «d’artiviste », à la fois artiste et activiste. Avec son objectif 28 millimètres, il capture les visages sans complaisance, au plus près des expressions. Une grimace, et c’est mieux. Ses portraits, noir et blanc, sont bruts. Ils deviennent des posters qui s’exposent dans les rues, improvisées musées à ciel ouvert. Affichage illégal. Le monde est son atelier, Paris et sa banlieue, USA, Israël, Palestine, Brésil, Afrique, Birmanie, Rome, ou Auschwitz, en Pologne. Un peu plus sur l’artiste et son travail….

« Woman are heroes » est la troisième partie d’un projet « 28 millimètres ». Dans un premier volet, « Portrait d’une génération », JR a photographié des jeunes de la Cité des Bosquets, à Montfermeil, et ceux du quartier de la Forestière, à Clichy Sous Bois. Ces portraits, devenus posters, ont été placardés sur des murs de l’Est parisien, anciens quartiers populaires. Pour le second volet de ce triptyque, « Face 2 Face », JR est parti pour le Moyen Orient, avec son compagnon Marco, pour tenter de comprendre les difficultés des Israéliens et des Palestiniens à vivre  ensemble. Ils sont allés dans des villes situées de chaque côté du mur qui sépare les deux Etats. Ils ont collecté des portraits grimaçants d’Israéliens et de Palestiniens, exerçant la même profession. Ces photos, version grand format, ont été collées face à face, de chaque côté de la frontière, pour suggérer une proximité humaine entre ces gens qui se font la guerre, et qui se ressemblent.

« Woman are heroes », projet soutenu par MSF, restitue le présent de ces femmes africaines, aux expériences douloureuses. Ces portraits, déjà exposés en Sierra Leone et au Libéria, affichés à Bruxelles depuis le 8 mars, sont déjà prêts à partir pour une autre ville. Attention au dossier de presse, les témoignages sont parfois violents. Une violence retouchée par un photographe qui préfère restituer la vie.

M.J

The vidéo..


Publié le 7 avril 2008 par marlene dans Art
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Merci Goldsworthy!

Bonjour,

Sous ma couette, en train de lutter contre un vilain virus, je culpabilise de ne pas assurer mes petits rendez-vous sur le « Web ». Pas une idée, pas en état, je sèche, ou plutôt je transpire. « A moins que… », mon portable installé à côté de moi me souffle le nom de mon sauveur, Andy Goldsworthy, le « bon génie de l’environnement ». Ce n’est pas la première fois qu’il me tire d’affaire, Goldsworthy pas l’ordinateur, et c’est toujours un vrai plaisir.

Rien de très nouveau, visiblement Goldsworthy n’est pas au courant de mes petits ennuis, mais j’ai trouvé un petit montage qui saisit quelques créations contrastées. Cette vidéo compose avec des extraits du documentaire de Thomas Redelsheimer, « Rivers and Tide ». Une mine pour ce blog !

A plus…

M.J


Publié le 21 février 2008 par marlene dans Art

Manufactured landscapes.

©http://www.edwardburtynsky.com/

Bonjour,

« Manufactured landscapes » est un voyage terrifiant qui commence par un très long travelling dans une immense unité de production. La caméra y détaille des chaines de montage interminables, auxquelles est arrimée une armée de playmobils habillés en jaune, chacun absorbé par sa tâche d’esclave de la croissance chinoise. Cette monotonie oppressante est interrompue par la voix off d’Edward Burtynsky, photographe canadien qui porte ce documentaire, signé Jennifer Baichwal.

Edward Burtynsky, c’est le photographe des paysages défigurés, excavés, ou gavés de détritus. Il capture et esthétise les désordres environnementaux, pour souvent les faire basculer dans l’abstrait. Son travail restitue, en très grand format, ces espaces dénaturés par l’homme et ses activités, mines de nickel ou d’uranium, fleuves saturés de boues douteuses, usines gigantesques et froides, dépotoirs sans fin et sans fond, pétroliers en démolition, ou urbanisation rapace. Burtynsky, qui photographie les souillures de la planète, est un artiste engagé. Il aime la nature, regrette son exploitation anarchique et destructrice.

©http://www.edwardburtynsky.com/

Le documentaire s’attarde dans cette Chine asphyxiée par la croissance et ses rejets, saccagée et expulsée par le projet pharaonique du Barrage des Trois Gorges, et nous emmène au Bengladesh, où des carcasses de pétroliers attendent d’être désossées. Burtynsky au travail est sans doute le fil d’un documentaire qui hésite entre dégradation environnementale, portrait d’artiste, et condition humaine. « Manufactured Landscapes » évoque aussi ces milliers de destins embarqués, malgré eux, dans cette machine à défigurer le monde, ou occupés à faire disparaître les rebuts d’une civilisation du « jetable ».

Quelques images du film…

M.J.


Publié le 17 janvier 2008 par marlene dans Art
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Goldsworthy, conversations avec la nature. (2)

Bonjour,

Goldsworthy, part two. Deux vidéos, extraits du documentaire de Thomas Ridelsheimer, « L’oeuvre du temps », diffusé sur Arte, en 2005. Goldsworthy parle de son travail, et de sa « muse », la nature.

Etudiant aux Beaux Arts de Lancaster, Goldsworthy s’échappe de cet univers confiné, et sécurisant. Il se retrouve dans la nature, un environnement ouvert qui libère son énergie. L’espace lui donne un sentiment d’insécurité, nécessaire à sa création. » Un contrôle total peut tuer le travail artistique »…

« Je ne crois pas que la nature ait besoin de moi, mais moi j’ai besoin d’elle. » Et quand Goldsworthy s’éloigne de la nature, désoeuvré, il se sent déraciné. C’est ce contact avec l’environnement qui l’enracine. Il a besoin de travailler. Il a besoin de solitude. « Mais pour être honnête, les gens me fatiguent »…

Et joyeux Noël!

M.J


Publié le 25 décembre 2007 par marlene dans Art
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Goldsworthy, conversations avec la nature (1).

Bonjour,

Jean Louis Borloo et la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement? Les objectifs contraignants de réduction des émissions de CO² annoncés par Bruxelles ? Ou Andy Goldsworthy, une belle façon de retarder une actualité environnementale un peu grise. Goldsworthy, c’est ce sculpteur anglais qui vit et travaille en Ecosse, et qui court le monde pour y laisser des traces, souvent éphémères. Ses sculptures sont en harmonie avec l’environnement. Ses matériaux, empruntés à la nature, évoquent le provisoire des éléments naturels. La plupart de ses oeuvres sont temporaires. Goldsworthy est l’un des maîtres du Land art. Il est aussi l’un des plus filmés. En 2003, Arte lui consacre une émission. Je vous propose deux vidéos, d’une série qui en compte quatre, la suite pour plus tard.

Premier document, Goldsworthy y confesse son besoin de la terre. Il veut comprendre l’énergie qui l’anime, qui coule à travers le paysage. Cette énergie qui est là, et qui disparaît. Puis vient le renouveau de la vie, le temps, les changements, et toujours cette énergie qui habite la nature. Dans le monde de Goldsworthy, la mer, les cours d’eau, les marées, parlent encore du temps qui s’écoule.

Seconde vidéo, Goldsworthy au travail. Ou l’humilité de l’artiste face à des éléments naturels, parfois rebelles. Goldsworthy qui sculpte une oeuvre qui, une fois achevée, ne dira rien des efforts de l’artiste. En attendant, l’important est de ne pas attraper froid, de ne pas avoir les doigts gelés, pour garder l’habileté du geste, et le contact avec l’élément naturel. Et quand l’installation s’effondre, Goldsworthy prend froid. Une oeuvre réussie lui tient chaud.

M.J


Publié le 23 décembre 2007 par marlene dans Art
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Laura, land Art, et solidarité.

Laura en cours de réalisation.

Photo: Alexandre Modesto, Licence CC-BY-NC.
Bonjour,

Land Art et solidarité pour une vallée déprimée, c’est le message de Laura, alias L’aura. Depuis fin septembre, cette aura, une gigantesque auréole métallique de 5000 m², imprime le paysage de la vallée de la Maurienne. Une oeuvre de Land Art qui invite les automobilistes à regarder, autrement, ce paysage métamorphosé. La sculpture, composée de 42000 pastilles d’aluminium, un rappel des 42000 habitants de la vallée, est une composition imaginée par Marc Bietry, un artiste lyonnais. Ce projet voulu par Solid’Art Maurienne, conduit par Yves Pasquier, a été réalisé par des anonymes, en situation précaire. Cette idée porte la démarche. Solid’Art, un collectif d’associations locales, souhaitait impliquer les victimes de la déroute industrielle de la vallée de la Maurienne, chômeurs de longue durée, RMistes, ou handicapés. Il a fallu du monde pour importer les 4000 tonnes de pierres sur le site, dérouler les 25 kilomètres de fil de fer, installer les 12000m² de grillages, reposant sur 800 pieux. Un travail d’Hercule qui a généré une petite activité industrielle, des fonderies d’aluminium, des ateliers de gravure – chaque pièce qui compose l’installation a été gravée par un participant -, et a crée des emplois. Et chacun de ces « petits bras d’Hercule » aura goûté au privilège de la création artistique.

Le mieux, c’est de regarder. D’abord, une vidéo de l’installation. Le blog de Solid’Art donne accès à une galerie photo, et à un article de Libé.

M.J


Publié le 10 décembre 2007 par marlene dans Art

In the middle of nowhere.

Centre d’Art Contemporain Fantôme de la Rochefourchat.

Hello,

L’histoire commence à Cook, un bled planté sur la ligne de chemin de fer qui s’étire dans la Nullarbor, une grande plaine tristement privée d’arbres et d’habitants, dans le sud ouest de l’Australie, un endroit comme je les aime. Un jour de 2001, Laurent Mulot découvre Cook, au milieu de nulle part. Un site idéal pour y planter un musée d’art contemporain.

Cook, une ville fantôme.

Cook, en Australie méridionale, quelques habitations, un réservoir de fuel pour les locomotives, une seule boutique, regarde passer les trains de l’Indian Pacific. Ceux qui traversent le continent pour relier l’Océan Pacifique à l’Océan Indien, via la Nullarbor plain et son rail rectiligne de 478 kms de long, record mondial de solitude ferroviaire. Quand le train s’arrête à Cook, les voyageurs descendent, se ruent vers le seul magasin du bled pour acheter une glace, et découvrent qu’il n’en reste que trois. Dommage, elles sont déjà réservées pour d’autres voyageurs, qui repasseront…Créée en 1917, lors de la construction de la ligne de chemin de fer, Cook est devenue une « ville-fantôme » depuis que le rail a été privatisé, à la fin des années 90. Les habitants ont déserté, l’hôpital du bush a fermé. Quand Laurent Mulot, qui traverse l’Australie d’Est en Ouest, débarque à Cook en 2001, il ne reste que deux habitants.

Le Cook Ghost Contemporary Art Centre (CGCAC)

Deux ans plus tard, c’est parti, Laurent Mulot revient à Cook. Il y travaille, et fonde le « Cook Ghost Contemporary Art Centre », un centre d’art contemporain fantôme. Les deux habitants de Cook, photographiés devant l’acte de fondation de ce centre imaginaire, sont promus « gardiens du musée ». C’est la première étape d’une démarche artistique, qui établit un lien entre réalité et virtuel. Elle est matérialisée par un site internet, « They come out at night », chargé de diffuser une création multimédia, et d’attirer les amis du musée. Les portraits « fantômes » de ces membres associés, environ une centaine à la création, aujour’hui peut – être plus, sont placés dans la collection permanente du CGCAC.

Un réseau international de centres d’art fantômes.

Etape suivante, créer un réseau international de centres d’art fantômes, aux quatre coins de la planète. Laurent Mulot fonde alors « Middle of nowhere », une association loi de 1901, qui fédère cet ensemble de « fondations fantômes ». Un site internet « Middle of nowhere » est crée. Le but, dénicher de nouveaux endroits qui résistent au milieu de nulle part, en attendant une promotion artistique. Même démarche que pour le CGCAC, ces lieux doivent être situés dans des endroits perdus, où il est difficile de séjourner, mais propices à se faire des films. Le processus de création, une plaque fondatrice apposée sur un mur, avec, clic clac, les gardiens photographiés devant. Les habitants adhèrent au projet, certains sont exposés dans la collection permanente.

Halte à la Rochefourchat.

Aujourd’hui, le monde des musées compte quatre fondations fantôme, le CGCAC en Australie Méridionale, le MGCAC en Chine, l’AGCAC en Amazonie, et le RGCAC, à la Rochefourchat, un petit village de la Drôme qui vaut bien qu’on s’y arrête un instant. La Rochefourchat, dont le nom rappelle le rocher fourchu qui surplombe le village, est planté sur le flanc est de la montagne de Couspeau. Patrimoine, un château effondré, une école collée à l’église, école fermée en 1957 et devenue gîte rural, deux hameaux, une chanson écrite en 1900, « La fanfare de la Rochefourchat ». Population, un habitant mais une équipe municipale, densité 0 hab/km², commune qui a perdu deux habitants entre 1990 et 1999… Comme quoi, pas besoin d’aller courir en Australie.


Visite libre de ces quatre centres d’art fantômes http://www.theycomeoutatnight.org/. Première entrée à gauche – l’autre, la Ghost fondation, est momentanément indisponible -, un clic sur l’un de quatre points de la carte du monde pour d’accéder à chaque musée virtuel. Un autre clic sur « collection permanente » pour ouvrir un diaporama, avec en prime une bande-son qui stimule les fantômes, ceux qui vous invitent au milieu de nulle part.

M.J

Le musée d’art contemporain de Lyon propose une borne d’accès au travail multimédia de Laurent Mulot.


Publié le 26 novembre 2007 par marlene dans Art,Non classé