Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC – pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié le 23 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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La biodiversité, une « économie naturelle. »

Bonjour,

Une espèce végétale sur cinq risque de disparaître. C’est le constat d’une étude qui a échantillonné 4000 plantes à l’échelle planétaire. (1). Environ le tiers d’entre elles ne sont pas assez connues pour être protégées. C’est le catalogue le plus complet jamais établi. Avec un bilan plus optimiste que les précédents qui estimaient que 70% des plantes était, à des degrés divers, en danger. Principale menace, la perte d’habitat. L’extension des terres agricoles, la multiplication des troupeaux, et le développement des infrastructures s’approprient l’espace vital des formations végétales. Les forêts tropicales sont les premières victimes de cette colonisation d’origine humaine. Mais, pour les spécialistes, chaque espèce, élément d’un système vital, est importante. Les plantes, qui améliorent la qualité de l’air et de l’eau, constituent des habitats pour les animaux, réduisent l’érosion, aident à la conservation des sols, représentent aussi des réserves de nourritures et de médicaments. D’après le rapport, 80% des calories consommées dans le monde proviennent de 12 espèces. Les plantes sont souvent le seul remède que peuvent s’offrir les populations du monde en développement. L’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la nature, estime que 15.000 espèces de plantes médicinales sont menacées dans le monde, disparition des écosystèmes, exploitation intensive, espèces invasives, ou pollutions diverses. L’ONG, qui a récemment lancé un appel aux gouvernements pour sauver cette médecine traditionnelle estime qu’elle soulage, en premiers soins, 80% des Africains. Au Népal, plus de 300.000 familles dépendraient de la vente de plantes médicinales sauvages pour obtenir un revenu. (2) Autre challenge pour le monde végétal, le changement climatique. Les écosystèmes terrestres et marins qui piègent et stockent le carbone, les forêts de mangrove qui protègent les côtes contre les inondations et l’érosion, constituent des alliés pour tempérer les effets de la crise climatique. Des alliés, quand ils sont en bonne santé. Ce rapport, qui révèle que les plantes sont plus menacées que les oiseaux, et autant que les mammifères, tombe à pic pour alimenter les débats de la Convention sur la diversité biologique , qui s’ouvre à Nagoya, au Japon. Les représentants de 193 pays, qui devront s’interroger sur l’érosion de ce patrimoine mondial, tenteront de trouver un accord pour le  préserver. 2011-2020 pourrait être la décennie de la biodiversité, proposition du gouvernement japonais.  Le 22 septembre dernier, à New York, lors d’une Assemblée Générale de l’ONU sur le sujet, Ban Ki-moon, son Sécrétaire général,  a déclaré : « Nous mettons en banqueroute notre économie naturelle ». (3)

M.J

En route pour Madagascar…

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(1)Etude conduite par The Royal Botanic Garden at Kew, The Natural History Museum and International Union for the Consersation, in « One-fifth of world’s plants at risk of extinction”, David Shukman, BBC News Nature, 29-09-2010,http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-11434109

(2) « New prescription needed for medicinal plants”, IUCN 18-05-2010, http://www.iucn.org/knowledge/news/?5258/New-prescription-needed-for-medicinal-plants

(3) Biodiversity loss is bankrupting the natural economy – Ban, UN News Center, 22-09-2010 http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=36052


Publié le 7 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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La Tasmanie, ses diables et ses fantômes.

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Bonjour,

Le cousin de Taz, ce personnage de Looney Tunes qui se déplace à la façon d’une tornade  emportée par un bruit de moteurs, doté d’une dentition menaçante et à l’appétit insatiable, est malade. Depuis quelques années, le diable de Tasmanie, le vrai, ce marsupial carnivore solidement charpenté, armé d’une puissante mâchoire, souffre d’un cancer facial qui le couvre de plaies, l’empêche de s’alimenter, et le condamne à mourir de faim. Le Devil Facial Tumour Disease (DFTD), repéré en 1996, transmissible par morsure, a fait décliner les populations de diables de 60% sur l’ensemble du territoire, avec des régions plus touchées. Au nord-est et au centre de la Tasmanie, où la maladie a été identifiée plus tôt, il ne reste plus beaucoup de ces marsupiaux qui poussent des hurlements effrayants, mais qui n’ont pas si mauvais caractère. Plutôt timides, pas forcément bagarreurs, ils défendent simplement le bout de carcasse qu’ils sont en train de dévorer. (1)

Le diable de Tasmanie est la mascotte de cette grande île soudée au continent australien, et dont elle s’est séparée il y a environ 10 000 ans, à la fin de l’âge glaciaire. Confin isolé au sud-est de l’Australie, de l’autre côté du détroit de Bass, cette île baignée, par l’Océan Indien et le Pacifique, a développé des écosystèmes uniques dont témoigne encore une faune endémique, une douzaine d’espèces d’oiseaux et quatre espèces de mammifères, le diable, le wallaby et le wombat, tous les deux au menu du premier, et le thycacine. Ce dernier, connu sous le nom  de « tigre de Tasmanie »,  aurait disparu dans les années 1930. L’histoire de cette île tempérée, aux paysages montagneux plantés de belles forêts primitives, restés intacts jusqu’à l’arrivée des colons, compte d’autres disparitions. La plus tragique, celle des Aborigènes enracinées en Tasmanie depuis sa séparation avec l’Australie. Quand les premiers colons débarquent au début du XX° siècle sur la terre de Van Dienem, du nom du gouverneur hollandais qui administre ces colonies orientales, l’île est alors un bagne. La population  aborigène est estimée entre 5000 et 10 000 personnes. Trente années de persécutions plus tard,  elle est réduite à 300. Les maladies importées par les Européens, principalement des détenus et leurs gardiens, ont contribué à ce désastre. Les Aborigènes sont ensuite déportés à Flinders Island, avant de disparaître complètement. Le dernier Aborigène de Tasmanie meurt en 1876. (2)Entre temps l’île a changé de nom, sans doute pour échapper à son histoire. Bien plus tard, ce sont les forêts primaires, dans lesquelles s’élèvent les arbres les plus gros et les plus anciens du patrimoine mondial, qui sont menacées de disparition par une déforestation sauvage. Quand ces essences, destinées à la production de bois et de papier, sont abattues, des hélicoptères lâchent des bombes de napalm pour raser ce qui reste de forêt. Un nettoyage efficace, avant de planter des espèces exotiques, à croissance rapide. Selon le WWF, au milieu des années 2000, il disparaissait chaque jour l’équivalent de 44  terrains de football de forêts sur le territoire de Tasmanie.

Mais revenons à notre diable de Tasmanie, espèce en danger inscrite sur la liste rouge de l’Union pour la Nature (IUCN)  que l’on tente de sauver du désastre. En mars dernier, un article du New Scientist rapporte qu’une équipe de scientifiques australiens a peut-être trouvé le moyen de sauver une partie de ces marsupiaux. L’équipe, qui s’est intéressée à des populations épargnées par la maladie, aurait mis en évidence la spécificité de leur système immunitaire. Les diables qui résistent au DFTD seraient équipés de gênes qui attaqueraient la maladie. (3)Plus récemment, un article du Sydney Morning Herald évoque la possibilité d’isoler les populations saines, en les évacuant vers d’autres îles. Une façon de sauver l’espèce. Déjà, des marsupiaux sains, incités à la reproduction dans des zoos, permettent de disposer d’une « population de secours » de 220 individus. Si les diables, carnivores, situés en haut de la chaîne alimentaire, sont de précieux alliés pour le fonctionnement des écosystèmes de Tasmanie – ils pourraient notamment aider au contrôle d’une surpopulation de renards -, leur transfert vers d’autres îles, et d’autres équilibres écologiques, est plein d’incertitudes : « Il y a beaucoup d’exemples dans le monde d’introduction d’espèces sur des îles qui ont mal tourné. » met en garde Andrew Sharman, qui dirige le plan de protection du diable de Tasmanie. (4)

M.J

(1)»Save the Tasmanian devil » http://www.tassiedevil.com.au/aboutdevils.html

(2) Tasmania Facts http://www.tasmaniatrip.com/tasmania-facts.html / Wikipediahttp://fr.wikipedia.org/wiki/Tasmanie

(3) “The luck of the Tasmanian devils is in their genes”, The New Scientist, 10-03-2010 http://www.newscientist.com/article/mg20527515.300-the-luck-of-the-tasmanian-devils-is-in-their-genes.html

(4) “Australia moving cancer-hit Tasmanian Devils to new islands “, Talek Harris, Sydney Morning Herald, 21-01-2010,http://news.smh.com.au/breaking-news-world/australia-moving-cancerhit-tasmanian-devils-to-new-islands-20100121-mny0.html


Publié le 25 juin 2010 par marlene dans Australie,Biodiversité,déforestation
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Galapagos: un mauvais génie embarrasse les « Enchantées »…

Bonjour,

En route pour les « Enchantées », quelques îles perdues à l’Est du Pacifique, un archipel longtemps resté en marge du monde car difficile d’accès, un univers tropical et volcanique, un zoo unique, et un nom qui fascine. Les îles Galapagos. Situé à un millier de kilomètres du continent américain, et de la « mère – patrie », l’Equateur, l’archipel est perturbé par la civilisation qui lui rappelle la fragilité d’un système insulaire, pourtant archi-protégé.

«Iles sous surveillance »

Les Galapagos, une vingtaine d’îles et des dizaines d’îlôts, se situent à la confluence de trois courants océaniques, auxquels se mêlent des « upwellings », des remontées d’eaux profondes en surface. (1) Cette rencontre a déterminé une vie marine unique, beaucoup d’espèces n’existent qu’ici. Sur les îles, les côtes basses, dominées par les rochers et la mangrove, annoncent une zone aride où poussent les figuiers de Barbarie et les cactus. Plus haut, c’est la montagne, humide et couverte de végétation. Aux Galapagos,  la société animale est un « melting pot » assez rare, où cohabitent tortues géantes, lézards, iguanes, faucons, et quelques personnages atypiques comme le Blue-footed Booby , un oiseau aux pieds étonnamment bleus. Près des côtes, des dauphins, et peut-être encore quelques baleines. Longtemps oubliées des cartes de navigation, les Galapagos n’ont guère accueilli que des voyageurs de passage, des pirates, des chasseurs de baleines, ou des boucaniers. Quelques navigateurs y ont laissé des chèvres qu’ils ne manqueraient pas de retrouver, et de manger, lors d’une prochaine escale. Elles y sont encore. En 1832, l’Equateur plante son drapeau sur ce chapelet d’îles, et commence à coloniser. Quelques mois plus tard, le Beagle, le navire de Charles Darwin, y fait  escale. C’est à partir de ces observations que Darwin commence à structurer sa réflexion sur l’origine des espèces. En 1959, le gouvernement équatorien déclare la quasi-totalité du territoire « Parc National ». En 1962, une station scientifique y est installée. Et depuis 1979, l’UNESCO veille sur l’archipel et ses trésors, qu’il liste « patrimoine mondial en péril »en 2007 . Eaux et territoires très protégés, pêche règlementée, espèces endémiques bichonnées, les Galapagos sont sous haute – surveillance.

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« Tourisme »

A la fin des années 60, les « Enchantées » commencent à attirer les curieux. Dans les années 90, ils sont de plus en plus nombreux. En 2009, l’archipel accueille environ 160.000 visiteurs, soit 5 à 6 fois la population locale. En vingt ans, le nombre de touristes a été multiplié par quatre. Trois, quatre, cinq, parfois six vols journaliers relient le continent à l’archipel. Ce trafic aérien aurait doublé au cours des huit dernières années.(2) Il y a aussi les croisières, dont la fréquentation aurait augmenté de 150% depuis deux décennies.(3) Le problème, c’est que ce va-et-vient provoque l’arrivée de bestioles, plus ou moins grosses, et toutes indésirables dans ce monde insulaire. Que les cabines des avions sont pulvérisées pour éliminer les insectes clandestins ne change pas grand-chose à l’affaire. Les cargos chargés de nourriture et de fuel, qui arrivent du continent, transportent aussi quelques nuisibles  En 1900, 112 espèces étrangères étaient recensées dans ces écosystèmes insulaires. Un siècle plus tard, il y en aurait plus d’un millier. (2) Déjà bien installées, les fourmis de feu, des guerrières redoutables qui attaquent les oisillons  et les jeunes tortues, continuent leur marche vers d’autres terres de l’archipel. Les mouches parasites, ennemies des jeunes pinsons, autres personnages du parc animalier des Galapagos, n’étaient pas non plus invitées. Pas plus que les moustiques, et leur lot de maladies.  Depuis un certain temps, le gouvernement organise la chasse aux rats, arrivés dans les soutes des cargos, et friands des oeufs de tortue. Souvenir des « premiers touristes » qui faisaient escale aux Galapagos, les chèvres et leur manie de tout brouter, bien incrustées dans le décor.  Autre espèce étrangère introduite par le tourisme, un super choix d’hôtels.

« Immigration ».

En Equateur, économie pauvre et sans perspective d’emplois, terre d’émigration, le « boom touristique » a fait rêver du monde. Beaucoup de citoyens ont fait la traversée pour trouver un travail dans les îles. La population de l’archipel, estimée à 10.000 habitants en 1990, est passée à 30.000 en 2007. (4)(5) Ces dernières années, la population des Galapagos aurait augmenté de 6,5 % par an, quand cette courbe progressait d’un peu plus de 2% en Equateur continental. (5) Cette pression démographique – sans doute pas totalement d’origine migratoire, il y a bien eu quelques naissances – rappelle à l’archipel qu’il manque d’eau, de terres cultivables, et de moyens sanitaires. Santa Cruz, la terre la plus peuplée, ne dispose pas de système d’évacuation des eaux usées. Quant aux déchets, ils repartent par bateau. En 1998, pour limiter l’immigration en provenance du continent, le gouvernement tente de durcir les conditions de séjour. Mariages arrangés et « faux » touristes, les mesures n’ont que peu d’effets. En 2007, quand l’UNESCO accroît la pression pour préserver l’archipel, les Autorités locales déclenchent une campagne d’expulsions. Cinq mille personnes, soupçonnées de séjour illégal dans leur propre pays, sont sommées de repartir. Un millier de personnes, sont expulsées, souvent de force. (5) Ceux qui ne peuvent se payer un billet d’avion sont embarqués sur un cargo. Il est loin d’être certain que les tous les autres soient repartis. En attendant, un modèle de développement qui combine « préservation », « tourisme », et « pauvreté » reste à inventer sur un archipel, où il semble plus facile d’être une tortue qu’une femme de chambre.

M.J

(1)Panaméen, péruvien et sud – équatorien.

(2)“Galapagos damage “must be curbed””; David Shukman , Science and environment correspondent, BBC News, 11 février 2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7884581.stm

(3)« Galapagos put on UN danger list », BBC News, 26-06-2007.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/6241416.stm

(4) « Chapitre 8: Les îles Galapagos : La gestion des conflits dans le secteur de la conservation et de la gestion durable des ressources. », Paola Oviedo, Centre de Recherches pour le Développement international, 09-11-2004.

http://www.idrc.ca/fr/ev-27980-201-1-DO_TOPIC.html

(5)  “Galapagos seek sustainable growth path”, Irene Caselli , Puerto Ayora, BBC News, 10-03-2010.  http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/8549901.stm


Publié le 16 mars 2010 par marlene dans Biodiversité,Migrations.,Tourisme durable.

RAMSAR fête ses zones humides.

Bonjour,

Le 2 février est la Journée mondiale des zones humides. Thème de l’année, « Les zones humides, la biodiversité et les changements climatiques». Ce jour commémore la signature de la Convention RAMSAR, signée en 1971 dans la ville iranienne du même nom, située au bord de la Mer Caspienne. Et chaque année, organismes gouvernementaux, ONG, ou associations de citoyens, en profitent pour rappeler l’importance des zones humides. Une zone humide est une région où l’eau détermine un milieu naturel, faune et flore associées. La Convention de RAMSAR, qui veille à l’équilibre et à l’utilisation rationnelle de ces écosystèmes, en dresse un catalogue plus imagé: « marais et marécages, lacs et cours d’eau, prairies humides et tourbières, oasis, estuaires, deltas et étendues à marée, zones marines proches du rivage, mangroves et récifs coralliens, sans oublier les sites artificiels tels que les bassins de pisciculture, les rizières, les réservoirs et les marais salants. ».  Au total, de la toundra aux tropiques, les zones humides couvriraient environ 6% de la surface de la terre. Ces étendues d’eau  rendent de sacrés services aux populations qui vivent à proximité. Elles constituent une source d’eau fraîche. Elles déterminent une vie économique qui mêle pêche, agriculture, production de bois, ou tourisme. Elles portent une mémoire collective, née de la gestion commune d’écosystèmes, aux paysages et aux animaux très particuliers. Beaucoup de zones humides, aménagées et exploitées, ne sont plus des espaces naturels. Et beaucoup de zones humides, colonisées par la ville, l’industrie, les routes, les marinas, dénaturées par la pollution, commencent à ne plus ressembler à grand-chose. La Convention RAMSAR a  établi une liste impressionnante de sites d’intérêt international à préserver, pas moins de 1886, un tour du monde qui part d’Albanie, ordre alphabétique oblige, pour finir en Zambie. Une liste où pays riches, USA, Canada, Japon, Royaume-Uni, France, cotoient les pays pauvres, Ghana, Kenya, Madagascar, Thaïlande, ou Vietnam. A chaque modèle de développement, son processus de dégradation. La Convention, qui visait un réseau international de 2500 zones humides en 2010, devra encore collecter quelques signatures….

M.J

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Publié le 2 février 2010 par marlene dans Actualité,Biodiversité,Développement durable,eau
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Je hais les crapauds.

Bonjour,

Il est gros, pataud, le dos couvert de pustules, avec les yeux qui lui sortent de la tête, franchement repoussant, néfaste, inutile, il a aussi tendance à s’incruster. Les Australiens, qui tentent de s’en débarrasser depuis des années, ont peut-être trouvé une solution. La Chine.

Crapauds contre hannetons.

En 1935, les hannetons menacent de détruire la canne à sucre, dans le Nord du Queensland. Pour protéger la récolte, le gouvernement australien décide d’importer d’Hawaï une colonie de crapauds buffle, le Bufo marinus. Cane Toad, en Anglais. Ces travailleurs immigrés, employés dans les champs de canne, doivent dévorer les hannetons. Très vite, il apparaît que les amphibiens ne sont pas aptes à remplir leur mission. Ils craignent la lumière. Et surtout, ils ont du mal à décoller du sol pour attraper les insectes, qui eux, volent. Depuis, le crapaud buffle a prospéré sous les tropiques australiens. Il fait aujourd’hui carrière dans la destruction de la faune locale. Il est redoutable. Il dévore tout ce qu’il peut avaler, abeilles, oisillons, grenouilles. Il empoisonne  ceux qui le convoitent, crocodiles, dingos, ou goannas,  leur promettant une mort lente. A la moindre agression, il projette son venin contre son ennemi. S’il atterrit dans les yeux, il peut rendre temporairement aveugle. Dans les territoires du nord de l’Australie, une population estimée à 200 millions de crapauds buffles terrorise son voisinage. (1)

Battes de cricket et clubs de golf.

Pour faire chuter les effectifs, l’association Frog Watch traque le vilain gros crapaud sur ses terres d’accueil. Depuis deux ans, les volontaires de l’organisation auraient réglé leur compte à 40.000 individus. Et quand la prise fait poids, elle devient trophée. Exemple, ce mâle de plus de 20 cm de long, approchant le kilo, attrapé près de Darwin, dans le Territoire Nord, où l’espèce menace des reptiles rares.  En 2005, ABC News rapporte que David Tollner, un représentant du Territoire Nord, a fouillé ses souvenirs d’enfant pour trouver une solution: « Nous les frappions avec des battes de cricket, des clubs de golf, et ainsi de suite. » (2) Les défenseurs des animaux n’ont pas apprécié cet appel à la guerre, qui pouvait dégénérer. Autre solution, en faire des animaux de compagnie, sur le thème: « Puisque vous ne pouvez pas vous en débarrasser, aimez-les ». Un débouché qui a surtout inspiré les réalisateurs de documentaires. (3)

Le marché chinois.

Selon la BBC News, John Burey, industriel dans le Queensland, doit prendre l’avion le mois prochain pour Beijing. Il doit négocier l’exportation de crapauds buffles vers le géant asiatique, et tenter d’ouvrir le marché. En Chine, les produits dérivés de l’amphibien entrent dans la composition de quelques médicaments traditionnels. Les toxines, qui agissent comme stimulant cardiaque et diurétique, permettent aussi de combattre les sinusites et les maux de dents. La peau et Les organes sont encore connus pour leurs grandes qualités thérapeutiques. La viande de crapaud, source de protéines, pourraient intéresser les Chinois, les Australiens bossent le dossier.(1) Et si l’affaire est conclue, il ne restera plus qu’à les attraper. Beurk, je hais les crapauds.

M.J

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(1) “China market sought for cane toad” , Phil Mercer
BBC News, Sydney, http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8480041.stm

(2) “Cane toad clubbing sparks controversy”

ABC News online, 11-0’- 2005. http://www.abc.net.au/news/newsitems/200504/s1342444.htm

(3)”Les crapauds de la canne à sucre” – Cane Toads – Mark Lewis, Film Australia Limited, Arte France – Thema : « Australie : avenir tête en bas. »

http://www.artepro.com/programmes/3414/presentation.htm


Publié le 29 janvier 2010 par marlene dans Australie,Biodiversité
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Menus traditionnels et sodas.

Bonjour,

Que mangent les « communautés indigènes » isolées sur les glaces du Grand Nord canadien, dans un confin d’Amazonie, ou sur une île du Pacifique? La FAO et la CINE – un centre de recherches sur la nutrition et l’environnement des « indigènes » – ont enquêté en Amérique, en Afrique, en Asie, et en Océanie. Ce voyage diététique et ethnologique révèle des systèmes alimentaires traditionnels, fragilisés par l’érosion de l’environnement, par une nourriture étrangère. Une étude qui bouscule une valeur sûre, le menu « pizza-coca ».

Des corps sains, des communautés épanouies.

Les aliments traditionnels sont ceux qui ne s’achètent pas au supermarché. C’est en partant de ce postulat que les enquêteurs ont étudié douze communautés, en quête de ces systèmes alimentaires ancestraux. Ainu du Japon, Awajun du Pérou, Baffin et Inuit du Canada, Igbo du Nigeria, Massai du Kenya, ou Pohnpei de Micronésie ont révélé une parfaite connaissance des écosystèmes environnants, et de leurs ressources. Au fil des siècles, ces systèmes alimentaires, associés à une vie sociale et économique simple, ont sculpté des corps sains, et des communautés épanouies. Ils renseignent aussi sur la cosmogonie des communautés étudiées. Exemple en Colombie amazonienne où les Ingano associent shamanisme, santé, régime alimentaire, plantes, et nature. Mais avant tout, l’étude définit la notion de « peuple indigène » comme « ceux qui détiennent la connaissance de la terre et de ses ressources en nourriture, héritage d’une continuité historique sur un territoire. »

Des menus de choix.

L’enquête révèle des régimes alimentaires traditionnels riches et variés. Des racines aux insectes, en passant par les plantes, celles qui nourrissent et celles qui soignent, sans oublier les céréales, le poisson, ou la viande, tout est bon à consommer. Chez les Massaï du Kenya, pourtant désavantagés par un environnement aride, on dénombre déjà 35 sortes de nourritures. Chez les Ingano de Colombie, une grande diversité biologique propose 160 aliments au menu. Chez les Igbo d’Afrique de l’Ouest, environnement tropical, et les Awajun du Pérou, région forestière avec lacs et rivières, on dénombre plus de 220 sortes de nourritures. Chez les Pohnpei de Micronésie, et chez les Karen de Sanephong de Thaïlande, c’est carrément l’abondance, plus 380 espèces consommables. Les Karen disposent de 387 variétés d’aliments, dont 17% de viande, et le reste en espèces végétales. Boeuf, buffle, chèvre, ou canard, élevés à la maison sont au menus, servis avec du riz, des légumes, des racines et des fruits, culture ou plante sauvage. Pour les œufs et la viande de porc, c’est à l’épicerie du coin. Les Karen apparaissent encore comme une communauté privilégiée puisque 85% de l’apport énergétique des adultes provient du système alimentaire traditionnel. Privilège partagé avec les Awajun, dont les adultes consomment presque exclusivement des ressources locales. Ailleurs, l’enquête révèle pas mal d’entorses aux régimes ancestraux.

Sodas et mondialisation.

La pauvreté, l’arrivée de denrées importées, ou l’érosion des écosystèmes, bouleverse les menus traditionnels. Chez les Massaï du Kenya, les Pohnpei de Micronésie, les Ingano de Colombie, les Bhil et les Dalit, deux communautés indiennes, la farine de maïs industrielle et le riz blanc raffiné s’invitent désormais à table. Changement de régime encore chez les Nuxalk, une communauté de Colombie britannique qui vit sur l’embouchure de la Bella Coola River, en Colombie britannique. Cette communauté, qui a longtemps tiré avantage des ressources naturelles, poissons, viandes, baies, herbes sauvages, racines, noix, bulbes, commence à changer de régime dans les années 60. Aujourd’hui, les aliments traditionnels ne représentent que 30% de l’apport énergétique des adultes. En cause, la dégradation des écosystèmes, moins de bancs de saumon et de fruits de mers. Le rythme de vie, qui a raccourci le temps de la chasse et de la pêche, les a encore privé d’un peu d’exercice. Les nourritures importées, hypercaloriques et bourrées de mauvais gras, alcool en prime, ont contribué à leur ruiner la santé, obésité, diabète, alcoolisme, et à leur gâter les dents. Scénario analogue chez les Inuits du Canada, où les produits locaux représentent moins de la moitié de l’apport énergétique des adultes. La nourriture conditionnée et les sodas, arrivés avec la mondialisation, fabriquent désormais des corps moins sains que la viande de caribou ou de phoque. Les victimes du supermarché n’en pas forcément les moyens de s’offrir des aliments de bonne qualité. Selon cette étude, le changement de climat et la dégradation de l’environnement risquent encore de réduire le régime traditionnel. En attendant, la FAO estime que les ¾ de la diversité agricole aurait disparu de la planète au cours du siècle précédent.

Cette étude est éditée en anglais sous le titre « Indigenous People’s Food Systems ».Chacun des chapitres est accessible en format PDF http://www.fao.org/docrep/012/i0370e/i0370e00.htm


Publié le 26 septembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Biodiversité
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Les girafes du Niger.

Bonjour,

Tout est parti d’un reportage lu dans Libération « Une croissance au long cou » (1). Le papier détaille un projet de développement en Afrique, articulé autour de la conservation de la girafe blanche. Un autre article, paru dans la revue « anthropozoologica » livre une vision plus critique de ce programme, d’inspiration occidentale.

Conserver les girafes.

L’histoire se passe au Niger, dans la région de Kouré, à une heure et demie de voiture de la capitale, Niamey. L’héroïne de l’histoire, une girafe blanche qui regarde le monde du haut de ses cinq mètres, et quelques. Autrefois chassée pour sa viande, victime de l’agriculture, de la déforestation, des sécheresses à répétition, ou des conflits armés, cette pauvre girafe commence à compter les siens. En 1996, la Président du Niger ordonne une capture meurtrière. Le troupeau ne compte plus qu’une cinquantaine de têtes, et peu de jeunes bêtes. Ce qui suppose la disparition probable d’une sous- espèce endémique d’Afrique de l’Ouest, qui autrefois essaimait du Sénégal au Lac Tchad.

En 1996, une éthologue familière du Niger, soucieuse du sort des girafes, intervient. L’Union européenne soutient. L’association de sauvegarde de la girafe du Niger (ASGN) est creée. Cette association porte un plan de sauvegarde de l’espèce, accompagné d’un projet de développement rural, et touristique. Dans un pays aux ressources naturelles très dégradées par les sécheresses, caractérisé par une forte croissance démographique, et des crises alimentaires à répétition, tout projet de développement compte. Le gouvernement du Niger suit, le braconnage mènera désormais en prison. En 2000, quand l’Union européenne cesse d’appuyer l’initiative, le directeur du zoo de Douai La Fontaine prend le relais. Ce défenseur de l’environnement et des espèces, est un amoureux de la girafe du Niger, en pension dans son parc animalier. (1)

Au Niger, douze ans après le massacre, le troupeau compte désormais près de 200 girafes. Une réussite. Les habitants, sensibilisés et invités à la sauvegarde de l’espèce, condition d’un peu moins de pauvreté, ont marché. Ce qui n’empêche pas les conflits quand les girafes, en quête de feuillages, se permettent l’entrée des champs et des vergers pour voler de la nourriture. Aujourd’hui, une trentaine de villages bénéficie des retombées économiques de cette mobilisation autour de la girafe. Une dynamique de micro-crédits transforme les femmes en agricultrices actives, sur une terre désormais dotée de puits. Des paysans, formés par le zoo, sont devenus guides à temps partiel. Ils emmènent les touristes, qui comme moi ont regardé Daktari à la télé quand ils étaient petits, voir d’un peu plus près à quoi ressemble une grande girafe plantée dans sa brousse.  L’équilibre est fragile, le manque de pâturages pourrait pousser l’espèce à migrer dans un environnement plus généreux en nourriture. Reste une vision optimiste d’un projet encadré, qui a impliqué les populations locales. (1)

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Animal exotique et viande de brousse…

Dans un article intitulé «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les «  girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, anthropologue, développe un point de vue plus fouillé.(2) C’est aussi son métier. « Cet article pourrait avoir comme sous-titre « la construction des girafes nigériennes en patrimoine » attaque-t-elle. Elle y oppose deux visions du monde. La première, occidentale, ne s’embarrasse pas des différences culturelles. Pour les « Blancs », la girafe est « emblématique de la faune africaine ». C’est un animal exotique, inoffensif, fort sympathique, importé dans notre imagerie nationale au début du XIX° siècle. S’y ajoute une « responsabilité » de conservation, héritée d’une culture animalière, portée par la vision d’un patrimoine écologique à transmettre, et sans grand rapport avec la représentation des Africains. « La girafe n’occupe pas une place de choix dans le bestiaire local et n’a pas de nom spécifique. » La girafe des Africains est un animal de brousse, qui avait une utilité économique. Avant l’interdiction de la chasse, elle fournissait de la viande et alimentait la pharmacopée traditionnelle. Protégée par le « plan girafe », elle devient la « girafe des Blancs », « un animal ni sauvage ni domestique et sans utilité ». Et surtout, dès qu’une girafe est malade, témoignage de villageois: « des tas de voitures viennent de Niamey; il vaut mieux être une girafe malade qu’une femme en couches. »

Cet article détaille les inconvénients d’un projet « importé » par les Occidentaux. Il met les girafes et les hommes en concurrence pour la nourriture. Il bouscule les organisations territoriales traditionnelles ou administratives. Il ne profite pas à tout le monde. Mais ce projet, qui contribue à faire connaître la région de Kouré dans le monde entier, peut attirer d’autres initiatives de développement. Enfin, ce troupeau de girafes peut être aussi l’occasion d’une nouvelle solidarité communautaire… A inventer: « On n’est peut-être pas très loin de l’émergence du troupeau en bien géré, selon des modes qui restent à inventer, par une collectivité qui en tire des bénéfices, redistribués selon des modes là aussi à inventer… »

M.J

(1) « Une croissance au long cou », Eliane Patriarca, « Futurs », Libération, 31 mars 2009.

http://www.liberation.fr/sciences/0101559167-une-croissance-au-long-cou

(2) «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les « girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, Anthropozoologica, 39, Juillet 2004, pp 289- 300

http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/10597_Luxereau.pdf

Pour en savoir plus sur l’environnement au Niger : http://ec.europa.eu/development/icenter/repository/Niger_CEP_2006.pdf


Publié le 3 avril 2009 par marlene dans Afrique - Environnement.,Biodiversité
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Pauvres dugongs d’Okinawa.

Bonjour,

L’histoire commence avec quatre dugongs exposés dans une piscine de l’aquarium de Motobu, sur l’île d’Okinawa, réputé pour être l’un des plus beaux du monde. Ces pauvres dugongs, deux par bassin, tournent en rond dans ce qui ressemble plus à un bocal grand format qu’à une piscine. Les flashes des appareils photo ne semblent pas perturber ce petit manège aquatique, qui devrait bien finir par les lasser. Drôle de vie, même pour une espèce menacée. Les eaux qui baignent Okinawa, l’archipel qui s’étire entre l’île Kyushu au nord, et celle de Taïwan au sud, riches en prairies marines, sont sans doute le dernier repaire des dugongs au Japon.

Des dugongs privés de verdières.

Les dugongs sont les cousins des lamantins. Comme eux, ils sont menacés d’extinction, notamment à Okinawa, limite nord d’un habitat qui va des côtes philippines à celles du nord de l’Australie, en passant par le littoral indonésien. Cette population régionale est estimée à 100.000 mammifères. Les dugongs, espèce protégée par la CITES ( Convention sur le Commerce International des Espèces menacées d’Extinction ), déclarée « Monument naturel» par le Japon, pourraient bien disparaître du catalogue de la biodiversité. Leur reproduction est lente, les populations peinent à se renouveler. A Okinawa, on ne sait pas combien il en reste. On ne les voit plus, sauf quelques jeunes spécimens coincés dans les filets des pêcheurs. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) explique cette raréfaction de l’espèce par la dégradation de son habitat. Les verdières, qui permettent aux dugongs de s’alimenter, sont menacées par l’urbanisation du littoral, les eaux de ruissellement, ou sont recouvertes par les filets qui protègent les cultures d’algues. Mais à Okinawa, la disparition des dugongs dissimule une autre bataille.

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Okinawa, l’île des bases américaines.

Okinawa est l’île des bases américaines. Quelques chiffres. L’archipel, qui représente environ 6% de la superficie du Japon, accueille 75% des bases américaines installées sur le territoire nippon. Les Américains occupent 20% de la superficie de l’île principale d’Okinawa, un peu moins, selon d’autres sources. (1) Cette présence américaine, héritage de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre Froide, sert aujourd’hui la stratégie asiatique des Etats-Unis. Elle ne fait pas que des heureux. Les gens de plus de soixante ans, et l’on vit vieux à Okinawa, se souviennent de la guerre, des bombes qui pleuvaient du ciel, et des morts. Les combats ont tué 20% de la population civile d’Okinawa (2) Les plus jeunes s’agacent des avions et des hélicoptères qui survolent l’île, ou s’inquiètent du gâchis environnemental généré par la présence militaire. D’autres, plus conciliants, y voient un avantage économique pour cette région pauvre du Japon. Les bases américaines, qui emploient près de 9.000 Japonais, soulagent un chômage assez élevé. Les soldats américains sont aussi des consommateurs. Et Tokyo verse des subventions pour dédommager.(1) La cohabitation avec les Américains, pas toujours facile, est ponctuée de faits divers qui font monter la tension. En 1995, une petite fille est agressée par un GI, une manifestation anti-américaine rassemble 85 000 personnes. Le calendrier des faits divers ne s’arrête pas pour autant. (3)

Une base américaine chez les dugongs.

En 1996, les gouvernements japonais et américain décident du transfert de la base de Futemna. Les Japonais offrent le site d’Henoko, près de la petite ville de Nago, sur la côte nord-est de l’île principale d’Okinawa. Cette nouvelle base aérienne, qui suppose la construction d’une piste de plus de 2 km de long, hangars, tour de contrôle, et vacarme des hélicoptères inclus, annonce aussi la destruction d’un récif corallien et de sa vie aquatique. Le site de Henoko, qui abrite une vaste prairie sous-marine, est aussi un habitat pour les dugongs. Une longue résistance, portée par la vieille génération d’Okinawa, celle qui a connu la guerre et s’est nourrie de la mer, s’organise. En 1997, les opposants au projet créent la « Society for the Protection of Life ». Des sit-in quotidiens sont organisés pour résister à un projet trop cher, trop long, et trop destructeur (2) En 2004, les citoyens de Nago, interrogés par référendum sur le projet, répondent « non », malgré les nombreux avantages offerts par le gouvernement japonais. Les études, destinées à l’édification de la base, sont retardées par la résistance des insulaires qui se rassemblent à Henoko. La même année, une trentaine de tentatives pour démarrer le projet échouent. A Henoko, la mobilisation recrute, à Okinawa, au Japon, et ailleurs. La vieille garde d’Okinawa, dont certains meurent en cours de route, tient bon. Shimabukuro Yoshi, 92 ans, doyen des opposants, résume l’amertume et la ténacité des vieux insulaires: « J’ai vécu avec la mer depuis plus de 90 ans. Quand la guerre s’est achevée, il n’y avait rien à manger, sauf les cadeaux de la mer. Je peux la remercier, elle m’aidé à nourrir et à m’occuper de mes enfants. Si vous insistez pour construire cette base, tuez-moi d’abord. » (4)

Pauvres dugongs.

Cette résistance est bientôt relayée par des intellectuels qui comptabilisent, à leur tour, les désagréments du projet. Ils contestent la présence, et les intentions, américaines. Okinawa, base arrière pendant la guerre du Vietnam, servirait aujourd’hui de passerelle vers l’Irak, ou l’Afghanistan. (2) (5) En mai 2007, les Autorités japonaises envoient un navire de guerre à Henoko. Trois cents personnes sont rassemblées sur la plage. Un vieil homme de Nago commente: «  Cet acte témoigne de l’oppression des militaires japonais à Okinawa ».Un autre opposant déclare: “Nous continuerons à nous battre pour stopper la construction de la base militaire, qui a pour but de tuer des gens dans cette région, et ailleurs.”(6) Mais revenons à nos dugongs. En 2005, ils font l’objet d’un courrier du Secrétaire du « réseau dugong » d’Okinawa adressé à l’administration militaire de l’île. « Nous sommes totalement opposés au travail de nuit sur le site d’Henoko – on s’y affaire de nuit pour construire la base aérienne – et nous condamnons le génocide du dugong d’Okinawa. ». Lors de la conférence de Bangkok sur les espèces menacées, en novembre 2004, les représentants des gouvernements japonais et américain s’étaient fait tirer l’oreille à propos de ces pauvres dugongs. Attachée au dossier, la question de la base militaire d’Henoko. (7)

M.J

(1) http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2008/pajon/CPajon.html

(2)(http://www.geocities.jp/nobasehenoko/tokyo.html )

(3) http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-bases-americaines-okinawa-entre-crainte-et-resignation-3118.asp?1=1

(4) http://www.geocities.jp/nobasehenoko/index.html

(5) http://groups.google.be/group/medias-mensonges-desinformation/browse_thread/thread/7929817d36757a52/045a9291e571da00?lnk=gst&q=okinawa#045a9291e571da00

(6) http://pacificasiaunited.blogspot.com/2007/05/urgent-call-for-henoko-okinawa.html

(7) http://www.okinawa-u.ac.jp/~tsuchida/Save-Dugong/material/050524nahabo_moshiire_e.htm


Publié le 21 janvier 2009 par marlene dans Biodiversité,Japon
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Les Grands Lacs et la Maison Blanche.

Bonjour,

Après le climat et les questions d’énergie, le nouveau Président des Etats-Unis devra s’attaquer à un autre gros dossier environnemental, la pollution des Grands Lacs. Un dossier qui, d’après la presse américaine, tend à s’imposer dans la campagne présidentielle. La région des Grands Lacs, qui chevauche la frontière entre les USA et le Canada, comprend quelques Etats – clé pour cette élection : Ohio, Pennsylvania, Indiana, Minnesota, et le Wisconsin. Sans oublier l’Illinois et New-York, considérés « acquis » à Obama.(1) John MacCain et Barack Obama ont promis aux électeurs de réhabiliter ce vaste système de zones humides corrompu par les rejets polluants industriels, urbains, et agricole. Et qui représente 90% des réserves d’eau douce de surface du pays.

Un endroit intact, jusqu’à l’arrivée des Blancs.

Rapide exposé du problème. Les Grands Lacs, le « quatrième littoral » des Etats-Unis, est le système d’eau douce le plus étendu au monde, 250 000 km², près de la moitié du territoire français. Situé sur l’espace frontalier entre le Canada et le Etats-Unis, cet ensemble comprend cinq grands lacs, Supérieur, Huron, Michigan – le seul qui soit totalement assis sur le territoire des Etats-Unis -, Erié, et Ontario. L’ensemble, associé au fleuve Saint Laurent, présente un réseau complexe de petits lacs secondaires et de chenaux.

Dès le milieu du XIX° siècle, l’accès à l’eau, puis l’aménagement de nombreuses voies navigables, y attirent les industries, métallurgie, chimie, automobile, papeterie, ou produits manufacturés. L’agriculture s’y développe sans rendre de comptes à l’environnement. Chicago, Detroit, Milwaukee, ou Cleveland, grossissent à proximité. Un siècle et demi plus tard, la densité industrielle et urbaine et les activités agricoles ont fini par dénaturer ce complexe de zones humides, resté à peu près intact jusqu’à l’arrivée des Blancs. De fait, cette pollution apparaît dès les années 60. Les rejets industriels toxiques, les contaminations d’origine agricole, les égouts refoulés par les villes, ou les sels de déneigement, ont eu raison de la qualité de l’eau. Les pluies nourries en pesticides, les nuages polluants issus des usines, et les émanations urbaines ont vicié la qualité de l’air. L’invasion de la carpe asiatique et la prolifération d’algues ont dénaturé les écosystèmes. En lien, une approche fouillée de la pollution dans le système des Grands Lacs.

Le dixième de la population des USA.

En 1972, Les Etats-Unis et le Canada signent un premier accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, coopération renouvelée en 1978. Les deux pays s’engagent à restaurer les écosystèmes, et à les maintenir en bonne santé. Pendant deux décennies, les rejets toxiques diminuent, sans s’arrêter complètement. Mais la concentration de sédiments contaminés dans les rivières qui alimentent les lacs reste inquiétante. Ces produits contaminants affectent la faune et la flore des Grands Lacs, sans épargner les poissons, et les riverains. En 2002, on estime que la santé de cinq millions de personnes est menacée, des deux côtés de la frontière, en raison de la consommation de poissons contaminés. Au Etats-Unis, une trentaine de sites sont sous haute surveillance. Le pays adopte la Great Lakes Legacy Act , qui annonce un vaste programme de décontamination de la zone, relayé par la US Environmental Protection agency (USEPA) et le Great Lake National Program Office (GLNPO). En 2004, Bush classe ces zones humides « National Treasure », « trésor » partagé par le Canada. Et chaque année, The State of The Lakes Ecosystem Conference (SOLEC), dresse un état des lieux environnemental. Ce dispositif costaud est relayé par une nébuleuse d’initiatives au niveau des Etats et des régions, ou par des d’associations. The Great Lakes Commission est une organisation régionale, la seule, qui a autorité pour représenter les intérêts des huit Etats des Grands Lacs, sur des questions environnementales ou économiques. Pollutions installées, fonds difficiles à débloquer, ce vaste complexe de zones humides n’a pas retrouvé la santé. Début septembre, une coalition environnementale a insisté sur le dossier des Grands Lacs, enjeu écologique, et enjeu économique. Plus de 30 millions de personnes y vivent, le dixième de la population des USA. .

La région des Grands lacs sur la route de la Présidence.

Créer un fonds à partir d’arriérés fiscaux prélevés aux compagnies pétrolières, nommer un coordinateur, réparer les systèmes d’égouts, dépolluer les sédiments, restaurer les écosystèmes et les habitats, développer une politique « zéro toxique », Barack Obama a déjà détaillé son plan d’action pour la région des Grands Lacs. John MacCain, plus évasif sur sa stratégie, en a lui aussi fait un thème de campagne. Au passage, il a été épinglé par les Démocrates qui lui reprochent d’avoir voté contre un budget, en partie destiné à édifier une barrière dans l’Illinois pour stopper la migration de la carpe asiatique dans le lac Michigan. (2) Obama a promis d’en finir la construction, faute de quoi la fameuse carpe pourrait coûter cher aux pêcheries de la région, moins 4 billions de dollars. (1) La restauration des Grands Lacs est aussi une question d’économie régionale. Dans le Wisconsin, cette ressource naturelle rapporterait 55 billions de dollars annuels, via le tourisme et la création de 11 000 emplois. Reste la question du financement du plan de restauration des Grands Lacs, une enveloppe estimée à plus de 20 billions de dollars, alourdie par la crise financière.(1) Dans une lettre ouverte aux candidats, l’association Healthy Lakes rappelle que les deux dernières élections présidentielles ont montré que les Etats riverains des Grands Lacs pesaient pour gagner la Maison Blanche. Début septembre, Rahm Emanuel, Démocrate, représentant de l’Illinois, déclare lors d’une réunion à Chicago: « La région des Grands Lacs est clé pour gagner la présidence. »

M.J

(1) Restoring big lakes become a campaign issue /John flescher, Associated Press Friday October 17, 2008,

http://ap.google.com/article/ALeqM5gWqADKl0RU5XX6M7_ATQh43GwmswD93S6TJ00

(2) “Editorial: Obama’s Great Lakes initiative promising », Herald Times Reporter.

http://www.htrnews.com/apps/pbcs.dll/article?AID=/20080921/MAN06/809210381/1410


Publié le 24 octobre 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité,USA
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