Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Capannori, un label pour le « Zero Waste ».

 

Bonjour,

 

En 2007, la petite ville de Capannori en Toscane , une région située au Centre-Ouest de l’Italie, choisit l’option « Zero Waste ». « Zéro Déchet ». Cette stratégie, qui secoue le concept d’une poubelle bonne à tout recevoir, vise à éliminer la production de déchets superflus, et à recycler ceux qui s’accrochent à notre quotidien. Depuis 6 ans, et le début de cet engagement, la communauté de Capannori, environ 46.000 âmes, a réduit de 30% sa production annuelle de déchets. Elle recycle 82% des rejets de ses habitants. La population, convertie à cette transition écologique et impliquée dans le processus, a permis cette petite « révolution des poubelles ». Tout commence en 1997, un projet d’usine d’incinération, prévu en périphérie de Capannori, commence à fabriquer une assemblée de contestataires. Rossano Ercoloni, instituteur de métier et sensible aux options écologiques, est un résistant engagé. Il réunit ses concitoyens, les informe sur les désagréments et les risques liés au processus d’incinération. Mais Rossano Ercoloni voit aussi plus loin. Depuis 2007, la ville, en avance un calendrier qui prévoyait 70% de déchets recyclés en 2015, vise  le « Zéro Waste » à l’horizon 2020. (1) (2) (3)

 

Ojectif éthique.

 

 « Zero Waste » est une vision qui développe une stratégie et des moyens pour éliminer les déchets. L’élimination plutôt que la gestion. Cette réflexion  considère que les résidus produits par nos sociétés signalent l’inefficacité de notre système de production. Ils témoignent aussi d’un manque de solidarité vis-à-vis des générations à venir. Ce sont elles  qui devront gérer les conséquences environnementales de l’accumulation de nos rejets. L’alternative « Zero Waste » nous propose de repenser nos sociétés, et leur fonctionnement. Elle ambitionne de faire disparaître les déchets superflus. Et donner une seconde vie aux autres : réutiliser, réparer,  recycler, ou convertir en compost, une transformation qui permettra de les introduire à nouveau dans le système. Et tout ce qui ne peut pas être réparé, recyclé, ou réduit en compost, doit être à nouveau conçu et remplacé pour pénétrer sur le marché, ou interdit. (4)  Sur le site Zero Waste International Alliance, la définition qui fait autorité ajoute une dimension vertueuse au projet : « Zéro déchet est un objectif éthique, économique, efficace et visionnaire, pour guider les gens vers un changement de mode de vie et des pratiques qui imitent les cycles naturels durables, où tous les matériaux mis au rebut sont destinées à devenir des ressources à utiliser par d’autres. ». Elle insiste sur les bénéfices de cette pratique : « La mise en œuvre du Zéro Déchet permettra d’éliminer tous les rejets dans le sol, l’eau ou l’air qui sont une menace pour la planète, l’humanité, le règne animal ou végétal ».

 

Réduire les déchets qui résistent.

 

Les rues de Capannori, désormais débarrassées de leurs vieilles poubelles, obéissent à une collecte des ordures au porte-à-porte. Chaque famille reçoit containers et sacs plastiques de différentes couleurs,  afin de séparer et trier les déchets. Et si l’on se trompe de bac ou de sac, celui au contenu inapproprié qui reste sur le bord du trottoir, on se fait expliquer à nouveau. Mais cela n’arrive plus. Entre 2004 et 2007, cette formule de tri sélectif a permis de recycler près de 257.000 tonnes de déchets. La quantité de déchets résiduels, ceux qui résistent au tri, a été réduite de 10.000 tonnes. La collecte de papiers usagés, puis recyclés, aurait épargné quelques milliers d’arbres, économisé près de 3 millions de litres d’eau, et évité plus de 900 tonnes de rejets de CO². Le gain financier de cette collecte sélective – estimé pour l’année 2007 sur la base du coût moyen d’une tonne de déchets non triés dans la province de Lucca – s’élèverait à plus de 2 millions d’Euros. Ce système de ramassage a encore permis de créer une trentaine d’emplois. Et le fait de dispenser la ville d’une infrastructure classique a encore fait baisser les taxes sur les ordures ménagères. (5) La distribution de sacs gris, destinés aux déchets non recyclables, dotés d’un système de reconnaissance et de pesage, devrait permettre de taxer chaque famille, en fonction du volume annuel produit. Une incitation à réduire un peu plus. Nouvel objectif de ce « Zero Waste », analyser les déchets non recyclés, les 18% restants, pour en connaître la cause, et minimiser leur empreinte. Une partie de la réponse pourrait se trouver en amont, dans une chaine de production encore très accroc aux plastiques et aux emballages. Et pour éviter le superflu, Capannori est en guerre contre l’eau achetée au supermarché, et les bouteilles plastique qu’elle suppose. La municipalité, qui fait campagne pour l’eau distribuée dans la ville, a fait restaurer et purifier une quinzaine de fontaines publiques. Dans les écoles et les administrations, on boit désormais de l’eau du robinet. (1)

 

L’exemple du Sud.

 

Capannori a fait école . En Italie, 123 municipalités ont engagé plus de 3 millions d’habitants dans une stratégie « Zéro Waste ». Le modèle est imité dans une centaine de villes espagnoles, au Pays basque et en Catalogne. En 2002, les décharges de la province basque de Guipuzcoa débordent, les Autorités proposent deux incinérateurs. Trois villes, Usurbill, puis Hernani et Oiartzun, adoptent le « Zero Waste ». La collecte au porte-à-porte de ces déchets urbains triés dépasse aujourd’hui  70% du total. Dans les pays de l’Union européenne, environ 40% des rejets ont droit à une seconde vie, environ 40% finissent à la décharge, et le reste est détruit par incinération. L’Europe, dont les structures soutiennent assez mollement le recyclage au profit de l’incinération, s’est cependant engagée à reconvertir la moitié des déchets municipaux solides en 2020. En avril dernier, Rossano Ercoloni a reçu le Goldman Environmental Prize, prestigieux prix d’environnement, pour sa vision éclairée de la gestion des déchets, et son travail de terrain. En 2013, il préside le mouvement Zero Waste Europe.

 

M.J

 

 

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(1) “Pioneering Italian Town Leads Europe in Waste Recycling”,Silvia Giannelli, IPS,17-05-2013 http://www.ipsnews.net/2013/05/pioneering-italian-town-leads-europe-in-waste-recycling/

(2) « Rossano Ercolini, president of Zero Waste Europe 2013 wins the Green Nobel award », Zero Waste Europe,  Posted on 04/15/2013 http://www.zerowasteeurope.eu/2013/04/rossano-ercolini-president-of-zero-waste-europe-2013-wins-the-green-nobel-award/

(3) “Capannori :the first Italian “Zero waste” municipality”, WASMAN, Newsletter N.7- March 2011 http://www.wasman.eu/media/uploads/newsletters/7th_wasman_newsletter.pdf

(4)« Principles ZW Europe », Posted on 05/08/2009 http://www.zerowasteeurope.eu/about/principles-zw-europe/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 13 juin 2013 par marlene dans déchets,pollution.,Préjudice écologique,Recyclage
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Les pays émergents en guerre contre les petites poches plastique…

 

Bonjour,

A Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, l’Harmattan fait voler les sacs plastique le long des grandes artères poussiéreuses de la ville, les promène en nombre dans les quartiers résidentiels, les plaque soudain sur un tas d’immondices, et les accroche aux branches des rares arbres de la sebkha, donnant l’illusion d’une floraison aérienne et multicolore. D’après Mohamed Yahya, le Ministre de l’Environnement interrogé par la BBC, ces poches plastiques qui tracent partout dans la ville seraient responsable de la mort de 70% des animaux qui habitent la capitale, bovins et ovins. D’après les statistiques officielles, le plastique représente plus du quart des détritus qui s’amoncellent chaque année dans Nouakchott. (1) Ces plastiques ne sont pas collectés, la plupart finissent dans le désert, dans l’océan Atlantique, dans le ventre d’un poisson ou d’un mammifère marin. Le 1er janvier dernier, après un moratoire de 6 mois, la Mauritanie a finalement interdit l’usage de sacs plastiques. Quiconque les utilise, les fabrique, ou les importe encourt jusqu’à un an de prison. Pour faire oublier la mauvaise habitude du sac plastique généreusement distribué par tous les commerçants, le gouvernement, les ONG, et l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le Développement – sortent le sac biodégradable, celui qui disparaît dans la nature. Le Mali, où les sacs plastiques obstruent les systèmes d’évacuation des eaux, créant des inondations, a suivi la Mauritanie. Pollution visuelle, pollution urbaine, problème sanitaire, depuis une dizaine d’année déjà, l’Afrique est engagée dans cette guerre contre le plastique. (1)(2)

 

Le paradis du moustique.

Dès 2003, l’Afrique du Sud interdit le sac plastique polyéthylène haute densité (PEHD), les plus fins du marché. Ces sacs, de mauvaise qualité, volatiles, rarement utilisés deux fois, sont aussi les premiers à être frappés d’interdiction. L’Afrique du Sud instaure encore un impôt sur les sacs plus épais, le polyéthylène basse densité (PEHD). C’est un produit plus souvent épargné par les interdictions, qui coûte cher aux boutiques,  qui peut servir plusieurs fois. Cette nouvelle loi impose aux détaillants de vendre les sacs plastique, pas de les donner. En 2005, l’Erythrée, le Rwanda, la Somalie – et le Somaliland –  bannissent à leur tour l’utilisation de la petite poche plastique. En 2006, la Tanzanie – et Zanzibar – légifèrent contre le sac PEHD. En 2007, l’Ouganda interdit l’importation et la circulation du sac d’emballage, et ajoute 120% de taxes sur la version plus épaisse. Le Kenya, fatigué des plastiques qui jonchent les aires résidentielles de Nairobi, qui s’accumulent  dans les bouches d’évacuations de la ville, impose des restrictions similaires. Fin 2011, le Burkina Faso lance une vaste campagne pour débarrasser les rues de Ouagadougou de ces poches plastique, qui gorgées d’eau pendant la saison des pluies, se transforment en paradis du moustique, porteur potentiel du paludisme. (3)(4)(5)

 

Lois répressives.

Le début de cette guerre à fronts multiples commence sans doute au Bengladesh, après l’inondation très meurtrière de 1998. Les sacs plastiques, accumulés  dans les réseaux d’évacuation, ont empêché les eaux de s’écouler, amplifiant le désastre. Les Autorités interdisent alors l’usage des poches plastiques, peu à peu remplacées par des sacs en toile de jute, plante abondante au Bengladesh. (3) Le site « Plastic Bag Ban Report »  , établit une géographie mondiale de ce front contre le sac plastique, et actualise la situation d’une trentaine de pays. La législation est répressive, pas toujours simple à mettre en place, exemples. En 2012, la ville de New Delhi interdit de fabriquer,  d’importer, de stocker, de vendre, ou de transporter toute sorte de sac plastique dans la ville. En 2002, l’Inde a déjà imposé une épaisseur minimale à ces sacs. Exception tolérées à New Dehli, les poches destinées à recevoir des déchets biomédicaux, celles enveloppant des produits alimentaires, lait, huile, farine, et les tasses en plastique utilisées par les vendeurs de thé. Dans cette ville de 17 millions d’habitants, la législation étouffe aussi l’industrie du plastique, mettant en péril des centaines de milliers d’emplois. Une précédente loi de 2009 n’avait guère eu d’effets. Cette fois, les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq années de prison, assortie d’une amende équivalente à 1800 dollars. (6) En aout 2010, la grande métropole du continent américain, Mexico, interdit aux détaillants d’envelopper les marchandises d’un sac plastique, attention à ceux qui le distribuent gratuitement. C’est le grand retour annoncé du cabas à provisions et du chariot de courses. Et pour les sacs encore en circulation, invitation à la réutilisation et au recyclage. (7) En 2008, quand la Chine proscrit la poche plastique, version fine, 3 milliards de sacs circulent chaque jour dans le pays. Une production équivalente à 36 millions de barils de pétrole annuels.  Les sacs, devenus payants, ne le sont guère que dans les supermarchés et les grands magasins. Mais, après quatre années d’interdiction et le déclin progressif de l’addiction au sac plastique, la Chine n’a toujours pas gagné la bataille. La quasi-totalité des fermiers, qui vendent leur production sur les marchés, la proposent dans des sacs plastique.(8) Début 2013, le Pakistan interdit de fabriquer, de vendre, et d’utiliser des sachets non dégradables. De fait, il ne s’agit pas de se passer de plastique, mais de le produire « oxo-biodégradable », une technologie qui accélère la décomposition. (9)

 

Haïti.

En octobre 2012, Haïti interdit l’importation, la production, et la commercialisation de sacs en polyéthylène et  bannit les conteneurs alimentaires en polystyrène.  Même s’il semble difficile de se débarrasser des tasses, des assiettes, et des plateaux polystyrène importés de la République dominicaine voisine, place aux plastiques biodégradables. Le pays déjà malmené par les conséquences interminables du tremblement de terre de janvier 2010, veut protéger ses côtes, ses plages, et sa mangrove de l’invasion plastique. Celle qui obstrue les systèmes d’évacuation, créant des inondations dans les quartiers les plus pauvres, est déjà de trop. Exception à la règle, les sacs plastiques destinés à l’eau potable, finalement autorisés après une mobilisation  populaire. Mais dans ce vaste chantier de reconstruction, le plastique révèle d’autres utilités. Initié dans le cadre du Haïti Communitere, le projet « Ubuntu Blox » , utilise le plastique comme matériau de construction.  L’équipe engagée court les rues de Port au Prince, ramasse les conteneurs alimentaires, retire les films plastique des canaux et des bouches d’évacuation, les rassemble dans un point de collecte. Les résidus plastiques, emballés dans des sacs de riz, sont compressés de façon à former des briques standard. L’an dernier, le travail d’une vingtaine de femmes a permis d’édifier une maison à partir de ces plastiques recyclés. (10) Fierté du concepteur, Harvey Lacey, un Texan, la construction offre aussi une résistance aux tremblements de terre. Mais le concept « Ubuntu Blox », qui l’avantage de réduire la pollution plastique, de pallier le manque de matériaux de construction, de produire local, et sans doute de créer des emplois, colle-t-il vraiment à une conception haïtienne de l’habitat ? De toute façon, le matériau devrait bientôt manquer…

 

M.J

 

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(1)« Mauritania bans plastic bag use », BBC World Africa http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-20891539

(2) « Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement »
Mohamed Abderrahmane, Nouakchott, 21-01-2013, IPS, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7405

(3) “Plastic bags reduction around the world”, Marrickville Council / Bagbusters, 2010 http://www.marrickville.nsw.gov.au/marrickville/internet/resources/documents/pdfs/bagbusters/around-the-world.pdf

(4) « Une guerre est déclarée aux sachets plastiques », Brahima Ouédraogo, Ouagadougou, IPS, 09-12-2011 http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6813

(5) « Plastic bag bans around the world », BBC News, 22-02-2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/7268960.stm

Sur site « Plastic Bag Ban Report » : http://plasticbagbanreport.com/

(6) “Delhi High Court Refuses to Block Plastic Bag Ban” , posted by Ted Duboise, DELHI, India, November 24, 2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/delhi-high-court-refuses-to-block-plastic-bag-ban/

(7) “Mexico City Bans Free Plastic Bags, posted by Ted Duboise,  2010, http://plasticbagbanreport.com/mexico-city-bans-free-plastic-bags-2/

(8)Farm Markets Still Use Plastic Bags | Plastic Bag Ban Report
BEIJING, China, 04-06-2012 (ENS)
 http://plasticbagbanreport.com/chinas-farmers-markets-ignore-plastic-bag-ban/

(9) “Pakistan Latest Country To Ban Plastic Bags” Posted by Ted Duboise ,Press Release from Pakistan EPA, Pakistan Environmental Protection Agency (Pak-EPA), 2013, http://plasticbagbanreport.com/pakistan-latest-country-to-ban-plastic-bags/

(10)”Haiti Bans Plastic Bags and Foam Containers”, Posted by Ted DuboiseHaiti, 28-09-2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/haiti-bans-plastic-bags-and-foam-containers/

 

 


Publié le 19 avril 2013 par marlene dans Afrique - Environnement.,déchets,Pollution de l'eau,pollution.,Recyclage,Urbanisation
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« Waste food », un vrai gâchis.

Bonjour,

 

Plus d’un milliard de tonnes. Depuis quelques temps  la FAO, l’organisation des Nations Unies  pour l’Alimentation et l’Agriculture, s’intéresse à une aberration majeure de  l’histoire humaine, le gaspillage de nourriture. Chaque année, plus de 1,3 milliard de tonnes de comestibles, le tiers des aliments produits dans le monde, l’équivalent d’un continent de bouffe devenu ou déclaré impropre à la consommation, part à la benne. C’est le constat d’un rapport de la FAO, « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde », paru en mai 2011. (1) Dans un contexte mondial où les prix alimentaires grimpent, réduire ce gâchis de nourriture dans les pays les plus pauvres aurait un effet immédiat sur les conditions de vie, et sur la sécurité alimentaire. Ce scandale du  « Waste food »  est largement relayé par les media.

 

Diviser par 2 le gaspillage. Les pertes et le gaspillage alimentaires, telles que posées par la FAO, ne concernent que les produits destinés à l’alimentation humaine. Le rapport note que le gâchis du consommable court tout au long d’une chaine alimentaire, accident de récolte dans le champ de cultures vivrières, ou steak périmé balancé à la poubelle par le consommateur. Il peut s’agir d’une moisson ruinée par une intervention tardive; de fruits abîmés par une manipulation brutale, aussitôt écartés du circuit; de céréales mal stockées devenus impropres à la consommation;  d’un processus de transformation défectueux; ou de légumes simplement restés en rade sur l’étal du détaillant. En fin de cycle, les dates limite de consommation, les fameuses DLC, forcent le gâchis dans les supermarchés et dans les frigos des particuliers. Selon une étude de la Commission européenne, le gaspillage alimentaire « made in Europe », 89 millions de tonnes annuelles, est d’abord le fait des consommateurs (42% ), talonnés par les industriels (39%), suivis de loin par les restaurateurs (14%) et les détaillants (5%). Le document, qui note que les foyers pourraient facilement réduire leur gâchis de moitié, rappelle aussi la paupérisation d’un continent,  où 16 millions de personnes dépendent des œuvres de charité pour s’alimenter. (2)

 

Géographie du gâchis. L’exemple européen introduit une géographie mondiale du gaspillage, dominée par les pays riches. Chaque année, les pertes alimentaires par habitant, Europe et Amérique du Nord, s’élèvent à près de 300 kg de nourriture, gâchis cumulé tout au long de la chaine alimentaire. Cette estimation tombe de moitié pour l’Afrique sub-saharienne, l’Asie du Sud, et l’Asie du Sud- Est. Plus la production alimentaire est élevée, plus le consommateur gaspille. Chaque année, 900 kg de nourriture sont destinés à un Européen ou à un  Nord-Américain. Contre 460 kg pour un Africain ou un Asiatique. Les premiers jettent une centaine de kg de nourriture par an, les seconds à peine une dizaine. Si globalement, pays industrialisés et pays en développement gaspillent autant, ils ne gaspillent pas au même moment du processus alimentaire. Question de climat, d’infrastructures, ou de civilisation. Les pays riches gâchent plutôt en fin de chaine, au niveau de la distribution des produits et de la consommation. Dans les pays à plus faibles revenus, les pertes interviennent après la récolte ou lors de la transformation des produits. Les denrées périssables sont plus difficiles à stocker sous des climats chauds et humides, quand les infrastructures de stockage existent. Elles sont aussi plus difficiles à transporter, et à conditionner. Les régions peuplées d’Asie du Sud et d’Asie du Sud- Est, dont l’alimentation repose sur le riz, enregistrent des pertes élevées au moment des récoltes et du stockage. Toujours dans l’espace asiatique, la nourriture d’origine animale, produite par un bétail soumis à de fréquentes maladies, pneumonie, appareil digestif, parasites, est gâchée en début de cycle. L’Europe et les Etats-Unis, où  l’on consomme la  plus grande quantité de steaks et de viandes diverses, détiennent un autre record : « Le gaspillage constaté au stade de la consommation représente à peu près la moitié de la totalité des pertes et gaspillages alimentaires. » (1a)

 

Afrique sub-saharienne. A l’échelle mondiale, les pertes et le gaspillage alimentaires restent difficiles à quantifier, à caractériser. Les données font défaut. Une meilleure connaissance de la chaîne du gaspillage permettrait,  sans doute, de diminuer la tension entre la production et la consommation de nourriture. Question d’actualité, plus de 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde (FAO, 2012). Question de démographie, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards à l’horizon 2050. (UN/Population, 2009)En attendant, le rapport mise sur l’éducation des paysans du monde en développement pour optimiser les récoltes et organiser le stockage. Mais, stockage, transports, transformation, ou conditionnement, les infrastructures pour améliorer la filière font défaut dans les pays pauvres. Dans les pays riches, le rapport invite à une prise de conscience : « Le gaspillage alimentaire par les consommateurs enregistré dans les pays industrialisés (222 millions de tonnes) est presque aussi élevé que le total de la production alimentaire nette enregistrée en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes) ».(1b)

 

M.J

 

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(1) « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde ». Ampleur, causes, et prévention. Etude menée pour le Congrès International Save Food ! à Interpack 2011, Dudsseldorf, Allemagne. Conduite par le Sweedish Institute for Food and Biotechnology. (SIK) Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – Rome 2012. http://www.fao.org/docrep/016/i2697f/i2697f00.htm

(1a) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 8

(1b) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 5

 

(2) Parliament calls for urgent measures to halve food wastage in the EU, Plenary Session Agriculture ? 19-01-2012 – 13:07,European Parliament News, http://www.europarl.europa.eu/news/en/pressroom/content/20120118IPR35648/html/Parliament-calls-for-urgent-measures-to-halve-food-wastage-in-the-EU 

Pour réduire les pertes et les gaspillages alimentaires, la FAO a lancé  « Save food ». Il s’agit d’une  collaboration entre les agences des Nations Unies, qui siègent à Rome, et leurs principaux partenaires. La Banque africaine de Développement, la Banque Mondiale, le PAM (Programme alimentaire mondial), ou l’Union Européenne participent à cette initiative planétaire. Des partenaires privés, comme l’industrie de l’emballage alimentaire, sont associés. Leur but est de développer un réseau qui travaille ensemble à réduire ce gâchis. L’initiative est relayée par un tapage médiatique.

 


Publié le 26 octobre 2012 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire,déchets
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En attendant le Zéro-Waste…

 

Bonjour,

Le développement économique et l’urbanisation croissante devraient doubler l’accumulation des déchets produits par les villes et leurs habitants, d’ici une dizaine d’années. Leur volume annuel passerait de 1,3 milliards de tonnes à 2,26 milliards en 2025, échelle mondiale. L’info est  rapportée sur le site du World Watch Institute dans un article Intitulé  « Global Municipal Solid Waste Continues to Grow« , Epluchures de légumes, papiers, plastiques, verre, métaux, gonflent les tas de MSW, ces Municipal Solid Waste rejetés par les villes. Production des particuliers, des administrations, ou des commerces urbains,  ils sont collectés au coin de la rue. A moins d’être durablement  oubliés sur les trottoirs et les terrains vagues des cités du monde en développement. Les eaux usées, les morceaux de bâtiments éventrés, les mauvais métaux associés, ou les déchets industriels, vomis par les villes et leurs usines, participent à cette accumulation qui dénature l’environnement de zones parfois très peuplées. Mais pendant que les détritus s’entassent aux portes des villes de la planète, le recyclage progresse.

 

Urbanisation et consumérisme.  Les pays de l’OCDE, le club des pays riches, se débarrassent de 1,6 millions de tonnes  de déchets par jour, quand l’Afrique subsaharienne n’en produit que 200.000 tonnes. Les Etats-Unis, en tête de liste avec 621.000 tonnes de rejets quotidiens,  sont désormais talonnés par la Chine, 521.000 tonnes. Car, conséquence d’une urbanisation et d’un consumérisme croissants, quatre grandes économies émergentes figurent désormais au top-10 des producteurs de déchets urbains, Chine, Brésil, Inde, et Mexique. Au début des années 2000, la Chine compte un demi-milliard de citadins. Depuis le début des années 80,  la quantité de MSW, collectée et transportée dans le pays, a été multipliée par 4. Soit une progression annuelle supérieure à 8%, bien supérieure à la croissance de la population chinoise. (1)

 

Emballages. Le développement des villes et des revenus croissants influencent encore le contenu des poubelles. Les résidus non naturels, plastiques, papiers, aluminium, se multiplient à mesure que les gens migrent vers les villes, et y consomment des produits manufacturés et emballés. Ainsi les déchets organiques ne constituent que le quart des ordures produites par les cités des pays riches. Les villes de  l’espace émergent, dont les populations sont encore en train de changer de comportement, génèrent encore 60% de déchets organiques. Et les campagnes, encore plus distantes d’une occidentalisation des habitudes et des produits, rejettent entre 40 et 85% de déchets organiques.

 

Recyclage. A l’échelle mondiale, le quart des déchets est recyclé, transformé en compost, ou destiné à un traitement plus doux pour l’environnement que les décharges ou l’incinération. Mais le recyclage obéit aussi à une différenciation entre les pays industrialisés, et ceux qui amorcent leur développement. Etats-Unis en tête, où le tiers des déchets urbain est recyclé, contre seulement 10% en 1980. La plupart des pays riches connaissent une évolution similaire. La filière des déchets, de plus en plus régulée et encadrée, favorise une économie de recyclage. Une activité rentable. Selon la Banque mondiale, le marché de la ferraille et celui du papier dégageraient au moins 30 milliards de dollars chaque année. L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, estime que la filière, définition large, de la collecte au recyclage, rapporterait 400 milliards de dollars annuels, échelle planétaire. L’UNEP, qui s’inquiète de l’accumulation des rejets aux portes des villes, multiplie les incitations au recyclage.(2) Imaginons que la totalité des déchets organiques soient transformés en compost, ou convertis en énergie.

 

Economie circulaire. Présenté comme bon élève du club des pays riches, le Japon. Depuis le début des années 90, l’archipel nippon a multiplié les lois visant à réduire l’utilisation de certains matériaux, à réutiliser et à en recycler beaucoup d’autres. Le pays, engagé sur la voie d’une économie circulaire, en a fait une priorité nationale. Avec quelques succès. La productivité des ressources – le PIB (produit intérieur brut) mesuré à prix constant, divisé par la consommation intérieure de matières, en yen par kg –  devrait doubler d’ici 2015, par rapport au niveau de 1990. Pour la même période, le taux de recyclage devrait également doubler. Et les matériaux envoyés à la décharge ne devraient représenter que le cinquième du volume produit en 1990.

 

Zero Waste. Pour contrer l’accumulation des déchets, quelques ilots de résistance s’organisent. Zéro Waste, c’est la formule choisie par la Nouvelle-Zélande, qui en fait désormais sa marque de fabrique. L’archipel des confins, qui  articule sa politique économique et commerciale autour de cette exigence, travaille son image d’ exportateur de produits « propres ». Sur le site du ZeroWaste, la profession de foi colle aux préoccupations environnementales du moment : « Zero Waste est un but éthique, économique, efficace, et visionnaire, destiné à guider les gens dans le changement de leur style de vie et dans leur pratique afin de retrouver des cycles naturels durables, où tous les matériaux jetés sont conçus pour devenir les ressources d’autres gens »… « La mise en oeuvre de Zero Waste éliminera les rejets qui polluent la terre, l’eau, et l’air, et qui sont une menace pour la planète, la santé des hommes, des animaux, et des plantes. »

M.J

 

 

 

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(1)“The current situation of solid waste management in China”, Qifei Huang · Qi Wang · Lu Dong · Beidou Xi, Binyan Zhou, 27-10-2005, J Mater Cycles Waste Manag (2006) 8:63–69 © Springer-Verlag 2006 http://www.environmental-expert.com/Files/6063/articles/9024/1.pdf

(2) « Vital Waste Graphics » was initiated by the Basel Convention Secretariat and produced in partnership with the Division of Environmental Conventions (DEC) of UNEP, Grid-Arendal and the Division of Early Warning Assessment-Europe of UNEP. It is being published for the seventh meeting of the Conference to the Parties of the Basel Convention (COP7). http://www.grida.no/publications/vg/waste/

Economie circulaire: “Circular Economy related international practices and policy trends”, Prof. Dr. Peter Heck, IfaS, Environmental Campus Birkenfeld, 20.2.2006 http://siteresources.worldbank.org/INTEAPREGTOPENVIRONMENT/Resources/CircularEconomy_Policy_FinalDraft_EN.pdf

Traitement des déchets par pays / Banque mondiale :http://siteresources.worldbank.org/INTURBANDEVELOPMENT/Resources/336387-1334852610766/AnnexL.pdf


Publié le 7 septembre 2012 par marlene dans déchets,Developpement,Urbanisation
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Les « e-déchets », une « e-opportunité » pour le Sud ?

Bonjour,

La géographie de la production de déchets électroniques est en train de glisser vers le « Sud », et les pays émergents. Si les Etats-Unis, qui accumulent chaque année 3 millions de tonnes de « e-déchets », cellulaires, ordinateurs, imprimantes, ou frigidaires, restent les leaders de la pollution électronique planétaire, ils sont aujourd’hui talonnés par la Chine. Les Chinois, qui récupèrent toujours l’électronique obsolète des pays riches pour la recycler, se débarrassent chaque année de  2,3 millions de tonnes de « e-déchets », production maison. Hausse du niveau de vie, et accès à la consommation expliquent. Et ce n’est pas fini. Un rapport de l’ONU,  publié fin février, multiplie par 7 le nombre de téléphones mobiles qui seront jetés en 2020 en Chine, estimation rapport à  2007. En Inde, pour la même période, le nombre de portables abandonnés sera multiplié par 18. D’ici à une dizaine d’années, en Inde, en Chine, et en Afrique du Sud, l’ONU prévoit que le nombre d’ordinateurs hors d’usage augmentera de 400 à 500%. En Colombie, au  Kenya, on consomme de plus en plus d’électronique, frigos, télés, PC, imprimantes, cellulaires, appelée à finir à la benne, aujourd’hui ou plus tard. Le Brésil, le Mexique, et le Sénégal, produisent déjà plus d’ordinateurs usagés par habitant que les onze pays émergents, visés par cette étude. (1)

Un recyclage anarchique.

Contribution des pays émergents et  augmentation attendue du volume de « e-déchets », une accumulation qui pèse sur la question du recyclage. Les « e-dechets » voyagent traditionnellement des pays du Nord vers ceux du Sud, la Chine, l’Inde, le continent africain, ou l’Indonésie. A l’issue d’un périple, souvent illégal, les machines sont désossées par une armée de travailleurs pauvres. Ils travaillent sans protection, en plein air, pour récupérer dans le ventre d’un ordinateur aux performances dépassées, ou dans celui d’une télévision déchue par la génération des « écrans plats » tout ce qui peut se vendre, plastique, cuivre, ou débris d’or. Les recycleurs, exposés à des gaz, des solutions acides, ou des fumées toxiques, libèrent  aussi du mercure ou du plomb, qui finit dans le paysage environnant. En Chine, la rivière Lianjiang, située à proximité d’un centre de recyclage, présentait en 2005 des taux de plomb 2400 fois plus élevés que ceux admis par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). (2) Dans ce rapport intitulé « Recycler – Du déchet électronique à la ressource », l’ONU propose d’organiser une filière du tri, moins agressive, et source d’emplois pour les pays émergents.

Une « e -opportunité » ?

« Il faut que les déchets de l’un deviennent les matières premières de l’autre », simplifie Konrad Osterwalder, sous – secrétaire général de l’ONU. Plus compliqué, il s’agit de structurer et de formaliser l’activité du tri pour adoucir les conditions de travail des recycleurs, et épargner leur lieu de vie. Il s’agit aussi de récupérer un certain nombre de matières premières pour les réutiliser. Une façon de limiter l’extraction minière, et son impact environnemental. Ce recyclage « encadré » serait une étape intermédiaire vers une « économie verte », créatrice d’emplois réguliers et plus décents. Plus facile à dire qu’à faire car le bricolage d’ordinateurs et de portables hors d’usage est une activité souvent informelle, éclatée, et anarchique. La Chine, principale destination du « e-waste » en provenance des pays développés malgré l’interdiction d’importation, leader du dépeçage informel, est le mauvais élève du groupe. Les « e-déchets » y sont souvent brûlés pour un gain mineur, comparé à la pollution produite. A l’inverse, le Brésil, la Colombie, le Mexique, le Maroc, et l’Afrique du Sud, où le secteur informel est limité, présenteraient un terrain intéressant pour développer un recyclage propre. Mais pas si simple d’exporter des capitaux, des technologies, et des savoirs, pour organiser un tri dans des pays habitués à une « récup » de survie. D’ailleurs, le rapport propose que certaines opérations délicates, traitements de circuits électroniques ou de batteries, soient effectuées dans les pays riches, qui maîtrisent ce savoir-faire. C’est aussi une bonne idée de déplacer la géographie du traitement de certains « e-déchets » vers le « Nord », et les pays riches.

M.J

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(1) Chine, Inde, Afrique du Sud, Ouganda, Sénégal, Kenya, Maroc, Brésil, Colombie, Mexique, Pérou.

(2) « Les déchets électroniques, la face cachée de l’ascension des technologies de l’information et des communications. » PNUE, GRID Europe, Janvier 2005 http://www.grid.unep.ch/product/publication/download/ew_ewaste.fr.pdf


Publié le 9 mars 2010 par marlene dans déchets,Préjudice écologique,Santé.
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Chine: le recyclage en crise.

Bonjour,

La crise économique mondiale fait des ravages dans l’industrie du recyclage. Car le recyclage est une industrie, le déchet est sa matière première. La Chine, principal importateur mondial de déchets, refuse aujourd’hui des cargaisons en provenance des Etats-Unis ou d’Europe.(1) Les prix ont dégringolé.

Des cannettes de soda, des emballages de sauce soja, des bouteilles d’huile à frire, des vieux journaux, du carton, du plastique, du polystyrène, ou des poutres en acier, les poubelles de l’Occident alimentent l’industrie du recyclage. Le contenu de la décharge occidentale voyage sur les mers du globe, à bord de porte-conteneurs, en direction de l’Inde, ou plus probablement de Chine. La Chine est le principal importateur mondial de déchets. En dix ans, de 1990 à 2000, sa consommation de vieux papiers destinés à fabriquer les emballages de ses produits exportés, a été pratiquement multipliée par 10. (2) En 2008, le géant asiatique a importé près de 12 millions de tonnes de vieux cartons et de vieux papiers, en provenance des Etats-Unis. (1) Ce business, rentable pour le pays exportateur qui s’économise un recyclage, et pour le pays importateur qui fait le plein de matières premières bon marché en faisant tourner une économie, a connu un mois d’octobre 2008 difficile. Les prix des montagnes de papiers, des vieux rails de chemin de fer, ou des canettes de soda vides ont dégringolé. Beaucoup de bateaux sont en attente dans le port de Hong-Kong.

La tonne de débris de cuivre vaut actuellement 3.000 USD, contre 8.000 en 2007. Le prix de l’étain a suivi une courbe semblable. Le papier a perdu 80% de sa valeur. Et le polystyrène recyclé se vend moitié prix sur le marché. Les organisations américaines estiment que les cargaisons embarquées à destination des pays recycleurs, plus de 150 au total, ne vaudraient plus que la moitié, voire le tiers, de leur cotation avant la crise. (1) C’est toute l’industrie du recyclage qui prend une claque. Et c’est aussi les revenus des millions de petits recycleurs chinois qui baissent. A Dongxiaokou, ville-poubelle de la banlieue nord de Beijing, les 700 familles employées à donner une seconde vie aux arrivages gagnent beaucoup moins d’argent. Certaines commencent à rentrer chez elles, à la campagne.(4) Autre victime, l’environnement qui récupère tout ce qui était recyclé avant la crise. Une occasion pour les pays exportateurs de s’interroger sur les vertus d’un recyclage mieux partagé.

M.J

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(1) China‘s big recycling market is sagging, The New York Times, 2009-03-20

http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2009-03/20/content_7601590.htm

(2) « Le Développement durable/ produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite Encyclopédie Larousse, 2006, pp46-47.

(3)« In China, hard times at the Scrap Heap”, Austin Ramzy, Time, Nov. 20, 2008, http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1860294,00.html


Publié le 31 mars 2009 par marlene dans Actualité,Chine,déchets
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Des « e-déchets » mieux traités chez les autres…

Bonjour,

Les « e-déchets »  sont mieux traités chez les autres. C’est pour cela que le monde occidental, Europe et Etats-Unis en tête, envoie ses vieux frigos, ses imprimantes en fin de vie, ou ses ordinateurs devenus obsolètes, vers les pays en voie de développement. Chaque année, des millions de tonnes de déchets électroniques, chiffres en hausse , sont débarqués en Chine, en Inde, ou en Afrique. Et c’est souvent sous prétexte d’une aide à l’informatisation que les Africains récupèrent des ordinateurs, juste bons à ouvrir pour en récupérer les composants. La question du « recyclage » des « e-déchets » est au cœur de ce drôle d’échange « Nord-Sud ».

Quand les « e-déchets » prennent le bateau….

Dans un monde qui consomme de plus en plus d’ordinateurs et de téléphones portables, à durée de vie de plus en plus courte, le tas de « e-déchets » gonfle à vue d’œil. D’après Greenpeace, chaque année, 20 à 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont produits dans le monde. Un volume qui augmente de 3 à 5% par an. Pour se faire une idée plus précise, chaque jour, 350.000 téléphones cellulaires et 130.000 ordinateurs sont jetés à la poubelle aux Etats-Unis. (1) De l’autre côté de l’Océan, l’Europe produit environ 8,7 millions de tonnes de « e-déchets ».(PNUE) L’Asie alimente aussi la décharge, 12 millions de tonnes par an. (Greenpeace) L’Inde, pays récepteur, est aussi producteur, 150.000 tonnes par an. (Toxics Alert) Côté recyclage, c’est plus flou. Aux Etats-Unis, une grosse partie du matériel électronique usagé, peut-être 80%, s’exporte par bateau.(1) En Europe, 70% de ces déchets bien encombrants disparaissent dans la nature. Ils s’accumulent plus probablement dans un train, ou s’entassent dans des conteneurs chargés sur un bateau, à destination d’un port africain. (2)

Le ventre empoisonné des ordinateurs.

Après avoir longtemps été expédiées en Chine, en Inde, au Pakistan, en Russie, les cargaisons de « e-déchets » accostent aussi dans les villes portuaires du continent africain, Lagos, Nairobi, Accra, Cotonou, ou Lome. Chaque mois, 500 conteneurs de matériel informatique sont débarqués au Nigéria. (BAN) Au Kenya, on en dénombre une cinquantaine par an, principalement en provenance des Etats-Unis et de Grande Bretagne. (3) Le Ghana est également devenu une destination de choix pour l’informatique déclassée par les Américains et les Européens. (4) En Afrique, où les ordinateurs sont en principe promis à un seconde vie, dans les écoles, les hôpitaux, ou les cybercafés, le matériel débarqué est souvent bon pour la casse. Selon le PNUE, 25% à 75% des ordinateurs qui arrivent chaque mois dans le port de Lagos sont inutilisables. Alors, pour récupérer les composants et les quelques bouts de cuivre qu’ils iront vendre, les pauvres de Lagos, de Nairobi, ou d’Accra désossent ces carcasses à mains nues, et à visage découvert. Ils ne savent pas que ces déchets électroniques contiennent du plomb, du mercure, ou du cadmium. Ils ne savent pas non plus que le plastique brûlé, utilisé pour isoler les fils électriques, libère des substances très nocives. Le paysage encaisse aussi.

Une législation internationale impuissante.

Ce recyclage, bon marché pour les fabricants et les utilisateurs, est aussi le lot de Delhi, de Karashi, et de nombre de petites villes indiennes ou chinoises, improvisées en dépotoirs. La ville de Guiyu , en Chine, est même devenue une plate-forme logistique pour le retraitement des déchets. Des paysans y brûlent des circuits sur des feux de charbon pour récupérer du plomb, pendant que d’autres utilisent de l’acide pour extraire de petits bouts d’or. « Vous voyez des femmes assises brûler des adaptateurs d’ordinateurs portables, avec des rivières de cendres qui dégoulinent des maisons », commente Jim Puckett, fondateur du BAN. (1)Le Basel Action Network est une organisation qui dénonce ces flux de marchandises empoisonnées, pourtant règlementés par la juridiction internationale. La Convention de Bâle, en vigueur depuis 1992, interdit tout échange de déchets contenant des matières toxiques. Chaque pays doit, en principe, traiter sa production sur son sol. Parenthèse, les Etats-Unis n’ont pas signé la Convention. En 2006, la Conférence de Nairobi, qui fait le point sur le transit des déchets dangereux, constate que la Convention de Bâle ne fonctionne pas. A l’échelle européenne, deux textes règlementent le cycle des « e-déchets » (DEEE et ROHF) De son côté, Greenpeace publie un état des lieux trimestriel de la politique de recyclage des entreprises. Pas brillant. Au dernier classement (2008), Nokia qui a implanté 5000 points de collecte de cellulaires usagés à travers 124 pays, arrive en tête. Sony, qui doit recycler la moitié de ses portables et de ses TV, surtout dans les pays riches, peut mieux faire. En bas de liste, Nintendo, avec un zéro pointé en matière de « e-waste. »

M.J

Electronic Waste, Chine et Inde.

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(1) “E-Waste Not”, by Bryan Walsh, Time

http://www.ban.org/ban_news/2009/090108_ewaste_not.html

(2) « Novethic/ Recyclage ordinateurs : le cadeau empoisonné. »

http://www.novethic.fr/novethic/v3/article.jsp?id=117862

(3) http://www.contaminations-chimiques.info/?2007/11/06/168-vu-du-kenya-nos-dechets-electroniques-detruisent-la-sante-de-centaines-d-enfants

(4) http://www.geo.fr/environnement/actualite-durable/le-ghana-poubelle-pour-les-e-dechets-25740


Publié le 26 mars 2009 par marlene dans Actualité,déchets,Préjudice écologique,Santé.
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Palmarès des cités polluées.

Bonjour,

L’Institut Forbes, plus connu pour lister les grandes fortunes et les entreprises performantes, vient de publier le hit-parade des 25 cités les plus polluées du monde. Les critères d’évaluation englobent la pollution de l’air, la gestion des ordures, l’accès à l’eau potable, le potentiel « hôpitaux-médecins », et la présence de maladies infectieuses.

Tête de liste de ce classement 2007, Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, port de la Mer Caspienne, et grande cité pétrolière. C’est d’ailleurs ce qu’on lui reproche. Eaux nauséabondes, mares de pétrole, et pollutions plurielles accompagnent l’exploitation de l’or noir, et la navigation qui lui est associée. Un petit aperçu de ce paysage où poussent de drôles d’arbres….

Dacca, la capitale du Bengladesh, seconde au classement, subit les conséquences de ses embouteillages monstres. L’air y est chargé de tout un tas de vilaines particules, très néfastes pour la santé. Selon un spécialiste interrogé dans le cadre de cette étude, améliorer la qualité de l’air est le médicament le plus efficace que l’on puisse espérer. Nous respirons tous, et tout le temps. Cinquième au classement, Mexico, également pointée pour la mauvaise qualité de son air. La capitale mexicaine, cité industrielle aux avenues encombrées, totaliserait près de 300 jours de pollution critique par an. Et encore, il paraît que de gros efforts ont permis une amélioration sensible de la qualité de l’air. Mais direction Dacca, pour bien comprendre ce qu’est un embouteillage…

Autres cité épinglées, Atananarive à Madagascar, et Port au Prince en Haïti. Ces deux villes, respectivement classées troisième et quatrième au classement, ont grandi trop rapidement, les infrastructures sanitaires n’ont pas suivi. Résultat de cette surpopulation urbaine, Atananarive et Haïti croulent sous les ordures, et ne savent que faire de leurs eaux usées.

Le rapport conclut à un bilan néfaste pour la santé des personnes, et pour l’économie, on ne se refait pas quand on s’appelle Forbes. Des études montreraient que pour 1 dollar US investi pour améliorer l’environnement de ces cités polluées, on récolterait 9 dollars, convertis en baisse des dépenses de santé, et en hausse de la productivité. Et pendant que les fumées noires et les ordures qui s’amoncèlent grignotent l’espérance de vie des habitants de Bakou, de Dakka, ou de Port au Prince, on vit plutôt pas mal à New-York, « ville-étalon » de ce classement. Mais c’est Calgary, au Canada, qui promet épanouissement et vie saine…

M.J.


Publié le 3 mars 2008 par marlene dans bagnole,déchets,Ville

« L’incinération n’est pas la solution »…

Bonjour,

Toujours dans le cadre de la Semaine nationale de réduction des déchets, un autre éclairage sur la question. La parole est – via la vidéo, ci dessous – à Dany Dietman, environnementaliste français, spécialiste de la gestion des déchets, et de l’eau. Il commence son intervention par: « Construire un incinérateur aujourd’hui, c’est clamer à la planète toute entière que l’on n’a pas l’intelligence nécessaire pour traiter le contenu de nos poubelles dans le respect de la vie, de l’avenir de nos générations futures. » Une citation de Paul Connett, Professeur de chimie à l’Université de New York, qui travaille depuis longtemps sur la gestion des déchets. Retour à Dany Dietman, qui nous détaille tous les bienfaits des incinérateurs, « mythe de l’élimination des déchets qui recrache tout un tas de pollutions », « technologie d’un autre siècle ». Il qualifie des décharges, « dépotoir », « insulte à la terre », « cadeau empoisonné ». Il regrette encore que la France, orientée vers l’incinération, n’encourage pas d’autres solutions pour réduire, éliminer plus proprement les déchets, ou les recycler. Danu Dietman nous offre dix petites minutes de démonstration, qui valent bien une semaine de sensibilisation.

Et pour ceux qui douteraient encore, un article qui explique comment fonctionne un incinérateur, et pourquoi il ne fait pas bon vivre à côté. « L’incinération n’est pas la solution », c’est dans « Témoignages », un journal de la Réunion, « 63 ans de lutte pour la Réunion ». Un journal qui enquête encore sur les inégalités européennes dans la gestion des déchets. Quand l’Espagne jette à la décharge 79% de ses déchets ménagers, ou assimilés, la France 44%, les Pays Bas n’en rejettent que 3%. Alors, c’est sans doute pas impossible de faire mieux…

M.J.


Publié le 9 novembre 2007 par marlene dans déchets

Poubelles françaises: ça déborde.

Semaine de la Réduction des déchets

Bonjour,

Réduction, tri, recyclage, le Grenelle de l’environnement a plutôt été discret sur la question des déchets. Aucune décision concrète n’a été arrêtée. Mais, il n’est pas trop tard pour en parler. La Semaine nationale de réduction des déchets, jusqu’au 11 novembre, doit nous apprendre à mieux consommer, à réutiliser, et à mieux jeter. Une semaine de sensibilisation conduite par l’ADME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), pour nous rappeler que « ça déborde ».

Chaque français jette 360 kg d’ordures ménagères chaque année, une production qui a doublé depuis quarante ans. Pour comparaison, un Japonais économise 100 kg de déchets par an, par rapport à un Français. Les emballages ménagers, le tiers du poids de nos poubelles et près de la moitié de leur volume, signalent une progression vers le « sachet individuel », et le « tout jetable ». Priorité de cette campagne nationale, le recyclage de ces emballages, qu’il vaut mieux éviter d’acheter. C’est d’ailleurs l’un des « dix commandements » de l’ADME, qui conseille encore de faire ses courses avec son propre sac, d’économiser les piles, de boire de l’eau du robinet, de réutiliser ce qui peut l’être, ou de choisir des produits avec un label « environnement ». Pour en savoir plus sur cette Semaine de réduction des déchets….

En France, la gestion des ordures ménagères n’est pas particulièrement imaginative. Environ 80% de ces déchets sont éliminés par incinération, et par stockage. Seulement 12% sont recyclés, et 6% transformés en compost. Pendant ce temps, en Nouvelle Zélande, au Danemark, à Canberra en Australie, à Toronto et à Halifax au Canada, à Seattle ou à San Francisco au Etats – Unis, ou plus proche, dans le Bade Wurtemberg en Allemagne, dans le Conté d’Essex en Angleterre, on s’oriente vers le « Zéro déchet ». C’est un objectif qui vise à réduire les déchets de 50% en 5 ans, 75% en 10 ans, pour tendre vers le « Zero déchet »en 15 ans. C’est surtout un concept qui va plus loin que le recyclage et le compostage, un processus environnemental et économique qui invente une nouvelle vie aux déchets. Ils sont valorisés, créent de emplois, et deviennent des « matières premières secondaires ». Les déchets deviennent une ressource, à l’origine d’une nouvelle économie. Une alternative aux incinérateurs

Et pour aller un peu plus loin: Les politiques « Zero déchet » dans le monde: utopie ou réalité?

M.J


Publié le 7 novembre 2007 par marlene dans déchets