Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Protéger l’eau à sa source: une idée qui chemine…

Bonjour,

New York est une métropole qui a choisi de distribuer une eau naturellement filtrée à près de 9 millions d’habitants, alternative aux coûts et aux nuisances d’une eau artificiellement traitée.  Au début des années 90, la ville, encore en pleine expansion, pèse sur l’environnement et renonce à construire l’unité de filtrage dont elle a besoin pour approvisionner ses citadins. A contre- courant des pratiques du moment, New York décide de valoriser un complexe hydrographique situé à proximité, le système Catskill /Delaware. Situé en amont de la ville, il comprend 6 lignes de partages des eaux, et déroule des paysages de rivières, de zones humides, et de forêts. C’est l’ensemble du système, la forêt, les sols à faible teneur en carbone, et le système d’écoulement, qui fabrique une eau de qualité.  Cette eau naturellement filtrée est ensuite acheminée, via un réseau complexe de réservoirs, d’aqueducs, de tunnels, vers le terminal de distribution. Le processus, qui multiplie les acteurs et les démarches, se concrétise en 1997. La ville développe alors un immense programme de protection de ce complexe de bassins versants, et implique les populations de Catskill et de Delaware. En échange de l’entretien des écosystèmes de ce réservoir naturel, ces communautés agricoles et forestières reçoivent une indemnité annuelle. Aujourd’hui, ce système de distribution d’eau  permet de couvrir 95% des besoins de la ville. Après l’ouragan Sandy, qui balaie le Nord de la côte Est des Etats-Unis en octobre dernier, les New-Yorkais ont manqué d’électricité pendant quelques jours. Pas d’eau potable. Si l’avantage écologique est évident, il est aussi financier. La ville, qui n’a pas construit l’unité de traitement des eaux aurait économisé entre 6 et 8 milliards de dollars. Plus quelques centaines de millions, destinés à l’entretien de la structure. L’idée, sans doute visionnaire dans les années 90, a fait du chemin. (1)(2)

 

L’eau, un frein à la croissance.

Direction la Chine, et la ville de Zhuhai sur la côte Sud. Le gouvernement chinois incite les communautés qui vivent en amont de la ville à travailler la terre sans excès, tout en respectant la ressource en eau. En contrepartie de cette agriculture plus douce, quelques 100.000 personnes, oubliées de la croissance économique, reçoivent l’équivalent d’une assurance santé. Ce programme de mise en valeur de l’eau à sa source est, comme celui de New York,  listé par le récent rapport State of Watershed Payments 2012. (1) Cette publication d’Ecosystem Marketplace – a Forest Trend initiative- dresse un état mondial des projets de restauration des lignes de partage – watershed, en anglais -, et chiffre les investissements consacrés. La Chine, qui dispose de faibles ressources en eau potable par habitant, sans doute l’un des grands pays les moins bien dotés, a bien compris l’enjeu de ce processus de conservation. Selon la Banque mondiale, le déficit et la pollution des eaux de la puissance chinoise absorberaient déjà plus 2% de son PIB. (3) Alors, pour continuer sa course au développement, la Chine investit pour préserver ses ressources en eau. Toujours selon le State of Watershed Payments, en 2011, la Chine concentre 91% des investissements mondiaux dans le secteur. Zhuhai est l’un des 61 projets de restauration des bassins fluviaux développés en Chine, sur un peu plus de 200 à l’échelle mondiale. La Chine talonne les Etats-Unis, 67 projets en cours.(1)

 

Les écosystèmes, piliers d’une nouvelle économie.

En 1996, un petit groupe de décideurs, acteurs de l’industrie forestière, défenseurs de l’environnement, donateurs, s’intéressent de près à la protection des forêts. Trois ans plus tard,n l’équipe renforcée par des chercheurs, des banquiers, et des philanthropes, fonde  Forest Trends, une ONG américaine basée à Washington. Depuis, Forest Trends porte son attention sur la valeur des forêts, dont elle caractérise et chiffre les services rendus dans le but d’inciter à une gestion durable. Forest Trends soutient les projets et les initiatives qui valorisent une économie, basée sur les écosystèmes forestiers. Il y a encore l’intention d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui vivent dans le périmètre protégé. Ecosystem Marketplace, création de Forest Trend, fournit une base de données qui contextualise, précise les marchés, et détermine la valeur des services rendus par les écosystèmes. L’information porte, par exemple, sur la qualité de l’eau, la séquestration de carbone, ou sur la biodiversité. Elle est gratuite. Ecosystem Marketplace souhaite faire évoluer les mentalités et placer les écosystèmes au cœur d’une nouvelle économie. D’où  l’idée de leur donner une valeur pour que les services rendus – production d’eau, de nourriture, de combustibles ; régulation des eaux, du climat, pollinisation ; entretien des sols ; bénéfices socio-économiques et culturels…- ne soient plus considérés comme acquis. Cette vision économique, qui parie sur la conservation des espaces pour assurer la continuité des écosystèmes, gagne du terrain. En 2011, 17 milliards de dollars ont été investis dans la valorisation des lignes de partages des eaux. Soit 2 milliards de mieux qu’en 2008. (1) Les analystes d’Ecosystem Marketplace considèrent que les investissements dans les systèmes des  lignes de partage annoncent un renouveau du financement de la conservation des espaces naturels. Sans parler des emplois « verts » créés sur le terrain. (3)

 

 Premiers développements d’une réponse globale?

Dans un monde où 80% des espaces seraient exposés à une menace sur l’approvisionnement en eau potable, les initiatives se multiplient. (3)En Afrique du Sud, le programme Working for Water (wfw) implique des chômeurs de longue durée pour éliminer les espèces invasives, herves à pampas, jacinthes d’eau, ou roseaux géants, qui perturbent les cours d’eau, et posent des problèmes de sédimentation dans le pays. Il s’agit encore de gros eucalyptus dont les racines retiennent d’énormes quantités d’eau. L’eau libérée est  réintroduite dans  la rivière. L’Afrique du Sud économise ainsi beaucoup d’argent, qu’elle aurait dépensé pour assainir les cours d’eau. WfW emploie près de 30.000 personnes. Les fonds viennent du programme de lutte contre la pauvreté développé par le gouvernement, des factures d’eau des ménages, et d’une fondation. En 2009, le pays a consacré plus de 100 millions de dollars à la restauration de ses bassins versants, un espace estimé à 160.000 hectares. A l’échelle mondiale, le financement des projets résulte majoritairement de fonds publics. Le secteur privé, qui n’a pas toujours les moyens d’investir dans de gros travaux, ou qui considère que la gestion de l’eau reste une affaire d’Etat, est encore en retrait. Sur les 200 projets actuellement en cours, l’argent privé n’apparait que dans une cinquantaine de programmes. (4) Beaucoup de ces entreprises fabriquent des boisson. En Ouganda, un brasseur de bière finance la protection des zones humides, afin de préserver la quantité et la qualité de l’eau dont elle a besoin. Un projet analogue se développe en Zambie, financé par en partie par les brasseries zambiennes, sous licence SABMiller. En France, des agriculteurs perçoivent des compensations pour préserver la nappe aquifère, et conserver la pureté de la source Vittel, propriété du groupe Nestlé. Mais il n’est pas toujours question d’argent. En Bolivie, dans la vallée de Santa Cruz,  plus de 500 familles reçoivent des ruches, des plants de fruits, et du fil de fer, qui sert aussi à éloigner le bétail des rivières. Plus économique en Suède, dans une localité à proximité du Fjörd de Gullmar, une petite compagnie d’eau a préféré investir dans la moule bleue  pour filtrer les pollutions au nitrate, plutôt que de se lancer dans les grands travaux d’une unité de traitement des eaux. «  Nous assistons aux premiers développements d’une réponse globale qui pourrait transformer notre façon d’estimer et de gérer les lignes de partage des eaux dans le monde », déclare Michael Jenkins, Président de Forest Trends, lors de la présentation du rapport. (3)

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1) « Charting New waters – State of Watershed Payments 2012” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative.http://www.forest-trends.org/documents/files/doc_3308.pdf

(2) « New York City »,  Information Center for the Environment (ICE), UC Davies, University of California. http://ice.ucdavis.edu/node/133

(3) “New Study: US$8.17 Billion Spent in 2011 to Safeguard Drinking Water and Regional Supplies by Protecting Watersheds—$2 Billion Above 2008 Levels,” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative, Press Release,

http://www.forest-trends.org/embargoed_water_2013.php

(4)  Global threats to human water security and river biodiversity

C. J. Vo¨ro¨smarty1*, P. B. McIntyre2*{, M. O. Gessner3, D. Dudgeon4, A. Prusevich5, P. Green1, S. Glidden5, S. E. Bunn6,

C. A. Sullivan7, C. Reidy Liermann8 & P. M. Davies9,,  334 | NATURE | VOL 468 | 1 1 NOVEMBER 2010

http://limnology.wisc.edu/personnel/mcintyre/publications/vorosmarty_etal_2010_nature_global_threats.pdf


Publié le 31 janvier 2013 par marlene dans Biodiversité,Chine,eau,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau,USA
Tags :: , , , , ,

Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
Tags :: , , , ,

Chili, le tracé contesté de la carretera de la Costa…

Bonjour,

Le Chili est un très long pays qui s’étire du Pérou au Cap Horn sur 4300 kilomètres, un pays long et maigre adossé à la Cordillère des Andes, et tourné vers l’océan Pacifique. Depuis longtemps, les dirigeants  rêvent de prolonger la Pacific Coastal Highway, le système routier continental qui longe le Pacifique depuis Vancouver,  au Canada. Au Chili, cette route s’appelle la ruta costera, ou la carretera de la costa. Elle doit ouvrir le pays sur le  reste du continent. Ce méga-projet, conçu sous la dictature Pinochet (1973-1990), doit relier les deux extrémités du territoire, de la frontière péruvienne aux portes de la Patagonie chilienne. Cette route, qui descend d’Arica doit rejoindre Puerto Mott et la région de Los Lagos (région X), à un peu plus de 1000 kms au Sud de Santiago, la capitale. Sur les 3300 kilomètres de goudron prévus par les plans, 2600 sont déjà praticables. Si ce projet embarrasse les gouvernements successifs, qui s’efforcent de le mener à terme, c’est qu’une partie de son tracé est contesté. La quarantaine de kilomètres qui doit traverser la région d’Araucania (région IX) doit déchirer une partie du territoire Budi. Ce territoire, situé à environ 700 kilomètres au Sud de Santiago, est pourtant désigné depuis 1996 comme « Area de Desarollo Indegina »  (ADI)., un territoire en principe respecté. (1)(2)

« Droit à la terre. »

Puerto Saavedra, en territoire mapuche, est le théâtre de cette discorde. Dans cette commune de 15.000 âmes, environ 80% des habitants sont d’origine Mapuche, une minorité chilienne  – 4% de la population –  majoritairement enracinée dans la région d’Araucania. Une soixantaine de communautés  Lafkenche, cousins immédiats des Mapuche, sont directement concernés par un tracé qui annonce une désorganisation de leur espace vécu. (3) Or,  la culture Lafkenche, comme l’ensemble de la culture Mapuche, est intimement liée à ce  territoire historique. Les «Lafkenche », dont le nom signifie « peuple de la mer », intègrent l’océan dans leur espace identitaire. (4) En 1979, sous la dictature Pinochet, ces terres Mapuche, autrefois communales, sont divisées en propriétés individuelles. La plupart sont achetées par des entrepreneurs forestiers, des producteurs d’énergie hydraulique, ou des pisciculteurs. Les autres sont exploitées par les Lafkenche, qui cultivent de petites parcelles de 5  à 10 hectares. (2) La décennie 1990, et le retour de la démocratie au Chili, portent la revendication identitaire et territoriale des Mapuche. Malgré les engagements de  « l’Area de Desarollo Indegina », les Lafkenche voient leur territoire malmené par ce projet d’autoroute. Les routes d’accès au chantier détruisent les écosystèmes, et bouleversent l’usage traditionnel de la terre. Un article qui détaille leurs revendications évoque un viol de leur droits ancestraux, « droit à la terre, droit à la vie, et droit à la culture », une spoliation de « la loi indigène de droit à la propriété ».(3) Sur un autre site dénonçant ce tracé d’autoroute, un Mapuche n’hésite pas à déclarer : «  je suis Mapuche et je suis prêt à me battre jusqu’à  la mort pour défendre notre terre ».(5) Les travaux, emmenés par un corps de travailleurs de l’armée chilienne, ont déjà détruit des sites sacrés. Des cimetières sont menacés par la route. Interrogé par IPS, un autre habitant déclare« Nous nous opposons à ce méga -projet car, pour le peuple Mapuche, cela n’apportera ni progrès, ni développement, mais plutôt une destruction irréversible de notre culture. »(2)

 

Touristes.

Pour les Autorités, cette route qui reliera des espaces côtiers isolés permettra de développer l’économie locale. Elle ouvrira une voie plus rapide aux forestiers et aux touristes. Habitués à se déplacer sur de petites distances pour rejoindre l’océan où ils pêchent ;  attachés à des paysages où se mêlent les rives du Pacifique, des champs cultivés, et les hauteurs de la chaine côtière, les Lafkenche ne partagent pas cette vision du développement.  Pourtant, une étude menée par l’Université de la Frontera dans la commune de Saavedra – majoritairement Mapuche – ne départage  pas franchement ces deux visions du monde. Environ 47 % des personnes interrogées soutiennent le projet, et  53% s’y opposent. Peut-être le résultat d’une campagne de promo. D’après IPS, l’ancien maire de Puerto Saavedra  aurait parcouru la campagne pour expliquer aux paysans qu’une route plus fréquentée leur permettrait de vendre leurs produits plus chers. Sans parler des indemnisations, reçues en cas d’expropriation. La même enquête révèle qu’en ville, à Puerto Saavedra, la population est plutôt favorable à une route qui amènera plus de touristes. .(2)

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1) Pacific Highway, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Pacific_Highway

(2) “Indigenous Chileans Still Fighting Pinochet-Era Highway Project”, Marianela Jarroud, IPS, 27-12-2012, http://www.ipsnews.net/2012/12/indigenous-chileans-still-fighting-pinochet-era-highway-project/

(3) « PUERTO SAAVEDRA: TIERRA Y SANGRE LAFKENCHE », LANALHUE NOTICIAS, Publicado el 18-11-2006, Por Prensa Nacional (*)http://ln.fica.cl/muestra_noticia.php?id=2320#.UOw2dHc-5QE

(4) »Terremoto/Maremoto en Futalmapu LafKenche: impressions d’un étudiant. », Olivier Arnould, Santiago du Chili, 24-03-2010, document Word, http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CDUQFjAA&url=http%3A%2F%2Fxa.yimg.com%2Fkq%2Fgroups%2F13331933%2F280544006%2Fname%2Fles%2Blafkenche%2Bet%2Btsunami-5.doc&ei=zzLsUIqsGIbN0QWXtYCICQ&usg=AFQjCNHUK9UG7CDcN7lbqUCfLuffTaRiig&bvm=bv.1357316858,d.d2k

(5) « Les menaces de la route de la côte sur les terres Lafkenche », « Je suis Mapuche et je suis prêt à me battre  jusqu’à  la mort pour défendre notre terre. », Réseau d’information et de soutien au Peuple Mapuche, http://mapuche.free.fr/route.htm


Publié le 9 janvier 2013 par marlene dans bagnole,Biodiversité,Chili,Pacifique,Territoire
Tags :: , , ,

La ronde des petits légumes de Singapour.

 

 Image de prévisualisation YouTube

Bonjour,

Avec un peu plus de 5 millions d’habitants ramassés sur un territoire d’à peine 700 km² , l’une des plus fortes densités urbaines au  monde , Singapour est un peu à l’étroit sur son territoire. La cité- Etat, qui refuse pourtant de sacrifier ses espaces verts, concentre ses industries et construit en hauteur pour se développer et pour habiter.  L’afflux d’immigrants, que l’on a dû loger dans des tours de plus en plus nombreuses, a encore réduit l’espace disponible pour les cultures. En 1988, l’urbanisation laisse  3% du territoire à la pratique agricole. (1) En 2007, l ’espace agricole représente 1,1 %  du territoire. (2) C’est dans ce décor urbain qu’en 2009, Jacky Ng imagine un projet agricole vertical. Depuis longtemps, Singapour mise sur l’agro- technologie et développe des cultures hors-sol, hydroponique et aéroponique, installées sur le toit des immeubles.  Cette production, qui s’ajoute à une petite agriculture traditionnelle, couvre 7% de la consommation du pays en produits potagers. Chaque jour, des légumes frais et des fruits arrivent du voisinage, Malaisie, Thaïlande, Philippines, ou d’un peu plus loin, Australie, Nouvelle Zélande, Chili, Israël. Singapour importe de la nourriture d’une trentaine de pays au total. En 2009 c’est la crise. Jack Ng cherche une solution pour rendre Singapour moins dépendante de l’étranger, et pour éviter l’envolée des prix sur le marché intérieur. Quelques amis agriculteurs contribuent à une réflexion qui aboutit  à un prototype de ferme verticale, 1000 m² pour expérimenter la pousse de petits légumes. Début 2011, résultat d’un accord entre Agri-Food et l’Autorité vétérinaire de Singapour (AVA) et l’entreprise de Jacky Ng, Sky-Green, la ferme verticale prend forme. Ce potager tropical de 3,5 hectares, du nom de « Go-Grow », devrait produire 5 fois plus de légumes qu’un potager horizontal. Avec des avantages environnementaux qui collent à l’époque. La structure se compose de tours de 6 mètres de haut – elles peuvent grimper jusqu’à 9 mètres -, divisées en paliers sur lesquels sont installés des bassins, destinés aux légumes. L’ensemble tourne autour d’une structure en aluminium, qui fait voyager les plantations de bas en haut, afin que toutes profitent au mieux de la lumière du soleil. Un système hydraulique, peu gourmand en énergie, actionne la rotation. L’eau, réintroduite dans le système hydraulique, est recyclée. L’irrigation des plantes est optimisée. Et gain de taille, l’espace. Depuis quelques semaines, de petits légumes destinés à la cuisine locale, des choux chinois, des épinards, et  des laitues s’arrachent sur les étals du Fair Price Finest, une chaine locale de supermarchés. Ces légumes, un peu plus chers que ceux importés, restent plus abordables que les « bio ». La production, environ une demi- tonne par jour,  pourrait quadrupler l’année prochaine. La ferme articulée, qui compte 120 tours, pourrait bientôt en compter 300. Prochaine étape, trouver des investisseurs pour développer un projet dont l’extension devrait coûter 27 millions de dollars Singapour – environ 17 millions d’Euros -. Singapour est un état riche  qui ambitionne, toutes méthodes de cultures confondues, de produire bientôt 10% de ses légumes sur place. (3) (4)  (5)

 

M.J

 

 

Image de prévisualisation YouTube

(1) Mongabay, Singapore – Land Management and Development  http://www.mongabay.com/reference/country_studies/singapore/ECONOMY.html

(2)Worldstat Info –Singapore. http://en.worldstat.info/Asia/Singapore/Land

(3)Farming in the Sky in Singapore”, Kalinga Seneviratne, IPS, 08-12-2012 http://www.ipsnews.net/2012/12/farming-in-the-sky-in-singapore/

(4)“First commercial vertical farm opens in Singapore”, Olivia Siong, Channel New Asia, 24-10-2012 http://www.channelnewsasia.com/stories/singaporelocalnews/view/1233261/1/.html

(5)” Vertical farm produces 5 times more vegetables.” The Straight Times, 20-11-2011, http://www.eco-business.com/news/vertical-farm-produces-5-times-more-vegetables/

 


Publié le 18 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Singapour,Urbanisation
Tags :: , , , ,

Les blés du Qatar.

Bonjour,

 

Le riche Qatar se préoccupe de sa sécurité alimentaire. Comme d’autres Etats pétroliers, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, il lui arrive d’acquérir des terres à l’étranger. Le Qatar achète de l’espace cultivable au Soudan, en Australie;  loue des terres aux Philippines ;  investit des millions de dollars dans des projets agricoles, au Kenya, au Brésil, en Argentine, ou en Ukraine. (1) (2) Mais le Qatar, qui importe 90% de ses besoins alimentaires, ambitionne aussi de convertir une partie de son désert en terre productive. Comme son voisin saoudien, il y a quelques années. Le Qatar National Food Security Programme (QNFSP), lancé en 2008 par le Sheikh Hassad Bin Khalifa Al Thani, doit démarrer en 2014, pour se développer sur une dizaine d’années. Il devrait couvrir 60 à 70% des besoins  alimentaires d’une  population d’environ 1,7 millions de personnes, 20% de citoyens qataris, les autres travailleurs émigrés.(2) Le Qatar, qui vit de la rente pétrolière, qui est assis sur la troisième réserve de gaz naturel au monde, et dont les citoyens peuvent se vanter d’un revenu confortable, se rêve déjà en potager. Le pays cultive le quart de ses fruits et légumes, tomates, concombres, aubergines, haricots, melons d’eau, ou fraises. (2) (3)

Désert.

Le Qatar, presqu’île désertique qui baigne dans le Golfe persique, est un tout petit pays. Environ 160 km de long, pour 80 km de large. Un pays plat qui culmine à une centaine de mètres. La végétation, quelques broussailles épineuses, quelques arbres, et des palmiers, est celle d’un désert. Un désert couvert de sables et de graviers, une terre balayée par les vents de sables et de poussières. Pour résumer la météo, quatre mois de forte chaleur, jusqu’à 50°C pendant  l’été,  quelques semaines de tempêtes de sable, et quelques pluies, en hiver et au printemps.(4) Moins de 80 mm par an, en moyenne. La surface cultivable, 11600 km², couvre 1% du territoire national. Les sols, à forte teneur en sel, sont ingrats. Et problème majeur de ce pays qui importe la quasi-totalité de ses céréales, environ 20.000 tonnes par an, l’eau. (2).

Aquifères.

Le pays compte de plus en plus sur la désalinisation de l’eau de mer pour couvrir ses besoins. Cette technologie produit déjà toute l’eau à usage domestique. Le Qatar National Food Security Programme compte d’ailleurs sur cette eau débarrassée de son sel pour irriguer les cultures. Une enquête d’Al Jazeera, sur la sécurité alimentaire du Qatar, révèle que le pays choisit l’énergie solaire, plutôt que l’énergie fossile, pour faire tourner ses unités de désalinisation. Gros producteur de CO² par habitant, et pays hôte de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat,  le pays tente d’adoucir l’image de ses excès. Selon Al Jazeera, la firme américaine Chevron teste une centrale solaire à Doha, la capitale. Et pour coller à un environnement où se mêlent chaleur, poussières, et sables, la firme évalue la réaction de panneaux solaires en provenance des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, ou de Corée du Sud. (3) Mais en attendant une irrigation servie par l’énergie solaire adaptée, les fermiers du Qatar continuent de pomper l’eau contenue dans le sous-sol. Si le niveau des aquifères du pays est déjà en baisse, le Qatar National Food Security Programme promet de laisser les nappes se recharger en pluies, pour constituer les « réserves d’eau stratégiques du pays. » (2)

Fruits, légumes, poissons, poulets, œufs.

Le site du Ministère des Affaires étrangères, qui détaille le projet agricole,  promet une extension « horizontale », avec un soutien aux entrepreneurs,  et des investissements. La mise en culture  mélange les genres, une agriculture en plein champ, une production sous serre, et une production hydroponique. Cette technique , qui remplace la terre par un substrat artificiel, un gain pour la surface cultivable, promet de bien meilleurs rendements que la culture en  plein champ. Le gouvernement mise encore sur des fermes expérimentales, deux principales à l’heure actuelle, pour développer des semences localement adaptables. Dans ce pays, où il existait une petite agriculture, un élevage nomade, et la pêche, on comptait environ 400 fermes dans les années 70. En 2005, il y en a près d’un millier. Toujours en 2005, de source gouvernementale, il reste 650.000 hectares de terres arables à mettre en valeur, près de 69.000 le sont déjà. (5) Le pays compterait aujourd’hui 1400 exploitations, et,  portées par le Qatar National Food Security Programme, bientôt 3000. (2) Pendant que la production de fruits et légumes s’installe sur le marché interne, la production de poissons, de poulets – 7 millions de  volailles par an -, d’œufs, et de lait – 5 tonnes par jour absorbées localement – devraient satisfaire de plus en plus de consommateurs qataris. (5) La production de céréales, étape vers l’autosuffisance alimentaire, semble plus difficile, avis d’experts. (2)

Doutes.

En 2008, le voisin saoudien abandonne son rêve d’autosuffisance  en blé. Trop onéreux, trop gourmand en eau. La culture du blé, dont l’irrigation est nécessaire dans cet espace aride, a notamment bu 80% de  la nappe phréatique fossile, celle qui ne se recharge pas. Plus généralement, le niveau des nappes souterraines a dangereusement baissé dans les régions de production, alimentées par l’eau des forages. Cette agriculture forcée a encore provoqué la salinisation des eaux souterraines. Bilan, il faudra des décennies pour remplir à nouveau  les aquifères, et les débarrasser de leur sel. (6) L’Arabie Saoudite, qui a lancé sa production de blé dans les années 70, parvient au début des années 90 à produire le double de sa consommation intérieure. Le pays exporte l’autre moitié. Puis, changement de vision. En 2016, l’Arabie Saoudite compte importer la totalité de ses besoins en céréales. Interrogée par Al Jazeera, Zahra Babar, directeur de recherche à l’Université de Georgetown au Qatar, formule quelques retenues concernant le projet qatari: « Il y a un certain scepticisme sur la possibilité d’arriver à dessaler de grandes quantités d’eau pour l’irrigation »… « Je pense que nous pouvons espérer un certain succès. Mais cibler un certain niveau d’autosuffisance – 70% -, c’est un peu ambitieux. » (3)

Zéro import, zéro export.

S’il est question de tendre vers l’autosuffisance alimentaire, afin de ne plus importer de nourriture dont l’envolée des prix a touché les résidents qataris, argument développé par Al Jazeera,  le Qatar National Food Security Programme vise aussi le « zéro exportation ». (3) « Si quelque chose est produit au Qatar, cette production ne doit pas être exportée afin de protéger nos ressources naturelles. Car la quantité d’eau requise pour produire de la nourriture, un pays comme le Qatar, qui est très sec, ne peut pas exporter d’eau sous forme de nourriture. », commente Fahad Bin Mohammed al-Attiya, à la tête du  QNFSP. (2)

 

M.J

 

Une ferme « high-tech » portable, conçue et construite au Japon, destinée au Qatar…

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

(1) International Food Policy Research Institute (IFPRI)

http://www.ifpri.org/fr

IFPRI Policy Brief 13 • April 2009 http://www.ifpri.org/sites/default/files/bp013Table01.pdf

(2) “Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, Reuter, 06-01-2012 http://www.reuters.com/article/2012/01/06/us-qatar-food-idUSTRE8051V220120106

“Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, (Version longue) http://mideast.legalbusinessonline.com/files/File/Special%20Reports/The%20Brief/MAR%202012%20-%20Qatar%202012.pdf

(3) “Can Qatar’s food security plan ripen? ”, Rhodri Davies, Al Jazeera, 02-12.2012.

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/12/20121221237338571.html

(4) Wikipedia, Géographie du Qatar, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_du_Qatar,

World Fact Book 2008, Qatar Geography http://www.studentsoftheworld.info/infopays/wfb_fr.php3?CODEPAYS=QAT

(5)Qatar  – Ministry of Foreign Affairs – Agriculture http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=92   / Qatar National Food Security Programme http://www.qnfsp.gov.qa/

(6) FAO Corporate document Repository – APPENDIX 8: COUNTRY CASE STUDY – WATER POLICY REFORM IN SAUDI ARABIA, Hamad M. H. Al-Sheikh, Department of Economics, King Saud University
Riyadh http://www.fao.org/docrep/006/ad456e/ad456e0e.htm


Publié le 12 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau,Pays du Golfe.
Tags :: , , , , ,

« Waste food », un vrai gâchis.

Bonjour,

 

Plus d’un milliard de tonnes. Depuis quelques temps  la FAO, l’organisation des Nations Unies  pour l’Alimentation et l’Agriculture, s’intéresse à une aberration majeure de  l’histoire humaine, le gaspillage de nourriture. Chaque année, plus de 1,3 milliard de tonnes de comestibles, le tiers des aliments produits dans le monde, l’équivalent d’un continent de bouffe devenu ou déclaré impropre à la consommation, part à la benne. C’est le constat d’un rapport de la FAO, « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde », paru en mai 2011. (1) Dans un contexte mondial où les prix alimentaires grimpent, réduire ce gâchis de nourriture dans les pays les plus pauvres aurait un effet immédiat sur les conditions de vie, et sur la sécurité alimentaire. Ce scandale du  « Waste food »  est largement relayé par les media.

 

Diviser par 2 le gaspillage. Les pertes et le gaspillage alimentaires, telles que posées par la FAO, ne concernent que les produits destinés à l’alimentation humaine. Le rapport note que le gâchis du consommable court tout au long d’une chaine alimentaire, accident de récolte dans le champ de cultures vivrières, ou steak périmé balancé à la poubelle par le consommateur. Il peut s’agir d’une moisson ruinée par une intervention tardive; de fruits abîmés par une manipulation brutale, aussitôt écartés du circuit; de céréales mal stockées devenus impropres à la consommation;  d’un processus de transformation défectueux; ou de légumes simplement restés en rade sur l’étal du détaillant. En fin de cycle, les dates limite de consommation, les fameuses DLC, forcent le gâchis dans les supermarchés et dans les frigos des particuliers. Selon une étude de la Commission européenne, le gaspillage alimentaire « made in Europe », 89 millions de tonnes annuelles, est d’abord le fait des consommateurs (42% ), talonnés par les industriels (39%), suivis de loin par les restaurateurs (14%) et les détaillants (5%). Le document, qui note que les foyers pourraient facilement réduire leur gâchis de moitié, rappelle aussi la paupérisation d’un continent,  où 16 millions de personnes dépendent des œuvres de charité pour s’alimenter. (2)

 

Géographie du gâchis. L’exemple européen introduit une géographie mondiale du gaspillage, dominée par les pays riches. Chaque année, les pertes alimentaires par habitant, Europe et Amérique du Nord, s’élèvent à près de 300 kg de nourriture, gâchis cumulé tout au long de la chaine alimentaire. Cette estimation tombe de moitié pour l’Afrique sub-saharienne, l’Asie du Sud, et l’Asie du Sud- Est. Plus la production alimentaire est élevée, plus le consommateur gaspille. Chaque année, 900 kg de nourriture sont destinés à un Européen ou à un  Nord-Américain. Contre 460 kg pour un Africain ou un Asiatique. Les premiers jettent une centaine de kg de nourriture par an, les seconds à peine une dizaine. Si globalement, pays industrialisés et pays en développement gaspillent autant, ils ne gaspillent pas au même moment du processus alimentaire. Question de climat, d’infrastructures, ou de civilisation. Les pays riches gâchent plutôt en fin de chaine, au niveau de la distribution des produits et de la consommation. Dans les pays à plus faibles revenus, les pertes interviennent après la récolte ou lors de la transformation des produits. Les denrées périssables sont plus difficiles à stocker sous des climats chauds et humides, quand les infrastructures de stockage existent. Elles sont aussi plus difficiles à transporter, et à conditionner. Les régions peuplées d’Asie du Sud et d’Asie du Sud- Est, dont l’alimentation repose sur le riz, enregistrent des pertes élevées au moment des récoltes et du stockage. Toujours dans l’espace asiatique, la nourriture d’origine animale, produite par un bétail soumis à de fréquentes maladies, pneumonie, appareil digestif, parasites, est gâchée en début de cycle. L’Europe et les Etats-Unis, où  l’on consomme la  plus grande quantité de steaks et de viandes diverses, détiennent un autre record : « Le gaspillage constaté au stade de la consommation représente à peu près la moitié de la totalité des pertes et gaspillages alimentaires. » (1a)

 

Afrique sub-saharienne. A l’échelle mondiale, les pertes et le gaspillage alimentaires restent difficiles à quantifier, à caractériser. Les données font défaut. Une meilleure connaissance de la chaîne du gaspillage permettrait,  sans doute, de diminuer la tension entre la production et la consommation de nourriture. Question d’actualité, plus de 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde (FAO, 2012). Question de démographie, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards à l’horizon 2050. (UN/Population, 2009)En attendant, le rapport mise sur l’éducation des paysans du monde en développement pour optimiser les récoltes et organiser le stockage. Mais, stockage, transports, transformation, ou conditionnement, les infrastructures pour améliorer la filière font défaut dans les pays pauvres. Dans les pays riches, le rapport invite à une prise de conscience : « Le gaspillage alimentaire par les consommateurs enregistré dans les pays industrialisés (222 millions de tonnes) est presque aussi élevé que le total de la production alimentaire nette enregistrée en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes) ».(1b)

 

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1) « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde ». Ampleur, causes, et prévention. Etude menée pour le Congrès International Save Food ! à Interpack 2011, Dudsseldorf, Allemagne. Conduite par le Sweedish Institute for Food and Biotechnology. (SIK) Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – Rome 2012. http://www.fao.org/docrep/016/i2697f/i2697f00.htm

(1a) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 8

(1b) Chapitre 3 ? Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 5

 

(2) Parliament calls for urgent measures to halve food wastage in the EU, Plenary Session Agriculture ? 19-01-2012 – 13:07,European Parliament News, http://www.europarl.europa.eu/news/en/pressroom/content/20120118IPR35648/html/Parliament-calls-for-urgent-measures-to-halve-food-wastage-in-the-EU 

Pour réduire les pertes et les gaspillages alimentaires, la FAO a lancé  « Save food ». Il s’agit d’une  collaboration entre les agences des Nations Unies, qui siègent à Rome, et leurs principaux partenaires. La Banque africaine de Développement, la Banque Mondiale, le PAM (Programme alimentaire mondial), ou l’Union Européenne participent à cette initiative planétaire. Des partenaires privés, comme l’industrie de l’emballage alimentaire, sont associés. Leur but est de développer un réseau qui travaille ensemble à réduire ce gâchis. L’initiative est relayée par un tapage médiatique.

 


Publié le 26 octobre 2012 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire,déchets
Tags :: , ,

Sécurité alimentaire: Brésil, exemple, et contre-exemple.

Bonjour,

 

Recul de la faim. Environ 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde, la plupart originaires des pays les plus pauvres. C’est l’estimation de « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » publié il y a quelques jours, production de  la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et de deux autres agences onusiennes, (1) S’il n’y a pas de quoi pavoiser, la publication note cependant un recul de la sous-alimentation mondiale. En vingt ans (1990-1992 – 2000-2002), 132 millions de personnes sont sorties des statistiques de la faim. Dans l’espace en développement, la proportion de personnes ayant des difficultés pour se nourrir est  passée de 23% au début des années 90, à 15% deux décennies plus tard. En 2003, le recul de la faim est le pari de Luiz Inácio Lula da Silva, qui vient d’être élu à la tête du Brésil. Il y articule une politique de développement rural et de lutte contre la pauvreté.

 

Petite agriculture. « Nous allons créer les conditions nécessaires pour que tous les gens de notre pays puissent manger à leur faim, trois fois par jour, tous les jours, sans avoir besoin de dons de quiconque. Le Brésil ne peut plus continuer à vivre au milieu de tant d’inégalité. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale.».(2) Extrait du discours d’investiture du Président Lula da Silva, le 1er janvier 2003. Avec 170 millions d’habitants, le Brésil est le plus grand et le plus densément peuplé des Etats d’Amérique du Sud. Son statut d’économie émergente, qui annonce un niveau de vie croissant, dissimule mal 44 millions de personnes vivant dans un extrême pauvreté. Le quart de la population du pays. Dans ce grand espace, la production agricole se concentre dans le Sud, le Sud- Est, et plus timidement au Centre, quand les populations les plus exposées à la faim habitent le Nord et le Nord-Est du pays. Le Nordeste , cette région aride que ses habitants fuyaient pour échapper à la misère et à la faim. Ici, la production agricole ne  couvre pas les besoins essentiels de la population. Au Brésil, la petite agriculture occupe environ le quart des terres cultivables, et emploie plus de 70% de la main d’œuvre rurale. C’est elle qui produit l’essentiel de la nourriture consommée dans les familles brésiliennes.(OXFAM) C’est donc elle qu’il faut stimuler. Le Président Lula, né dans une famille pauvre du Nordeste, connait la difficulté à survivre des plus pauvres. (3) (4)

 

Pauvreté, sécurité alimentaire, économie rurale. En 2003, le Président Lula lance «FOME ZERO », un  programme qui combine réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, et petite agriculture familiale. Trois priorités intimement liées qui doivent remplir les ventres, développer l’agriculture vivrière, et impulser un marché local. Premier instrument de cette stratégie, la « Bolsa Familia » un ambitieux programme d’aide aux douze millions de familles les plus nécessiteuses. Chaque mois, chaque ménage reçoit une enveloppe de 20 $ afin d’accéder aux produits alimentaires de base. Cette aide se décline aussi dans les domaines de la santé, ou de l’éducation. « Alimentaçao Escolar », autre instrument de la dynamique Lula, fournit chaque jour plus de 47 millions de repas gratuits dans les écoles du pays. « Fotalecimento do Agricultura Familiar » doit remettre la petite agriculture sur pied, avec plus de produit, de meilleure qualité. Cette économie rurale permettra aux producteurs de gagner un peu d’argent en vendant leur production, tout en constituant des stocks agricoles pour parer aux pénuries. Les prix du marché local, soumis à contrôle, sont stabilisés. Lula, qui place la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté au cœur de son projet politique, fédère les forces vives de la Nation. Acteurs gouvernementaux, au niveau fédéral, au niveau des Etats, des municipalités, des villages ; membre de la société civile, ONG, associations, groupes religieux; ou acteurs du secteur privé, tout le monde est invité à suivre Lula. Cette vision du développement est approuvée par la Banque mondiale et la FAO, qui débloquent des crédits. La bonne santé économique du Brésil, qui permet de créer des emplois, de valoriser les salaires, et de donner un petit pouvoir d’achat aux indigents, porte cette stratégie. (2)(3)(4)

 

Moins 20 millions de pauvres. OXFAM et la FAO, qui détaillent le processus, en dressent un bilan élogieux,  « Bravo Lula ! ».Ils ne sont pas les seuls.  En 2009, en moins de dix ans, 20 millions de très pauvres ont échappé à leur condition. Le Brésil est ainsi parvenu à atteindre  la première phase des Objectifs du Millénaire pour le Développement, réduire de moitié la misère du monde, projection 1990-2015. Au Brésil, dès 2007, la faim perd du terrain, moins un tiers d’affamés par rapport au début des années 2000. La FA0 note que la petite agriculture familiale a permis d’augmenter les revenus paysans de  plus d’un tiers entre 2003 et 2009. Ce bilan, valorisé par le contexte socio-économique d’un Brésil très inégalitaire, laisse encore  une quinzaine de millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Toujours en 2009, près du tiers des familles brésiliennes rencontrent des problèmes pour s’alimenter correctement. Si pour plus de 10 millions de personnes manger reste un défi quotidien, Lula a cependant fait reculer la faim et la pauvreté dans son pays. On lui doit aussi un recul de la malnutrition infantile, et du travail des enfants. (2) (3) (4)  La Bolsa Familia a notamment contribué à introduire plus de femmes sur le marché du travail, plus 16%. La gestion de la petite bourse gouvernementale a permis de les valoriser au sein de la famille. Elles y ont gagné en assurance, et en indépendance. (1)

 

Canne à sucre. Dans son ouvrage, «  Destruction massive », Jean Ziegler intitule froidement un chapitre : « La malédiction de la canne à sucre ». (5) Il écrit : « Au Brésil, le programme de production d’agrocarburants jouit d’une priorité absolue. » (5a). La canne à sucre, une culture très « rentable », est au cœur de cette production d’éthanol, destiné au parc automobile intérieur et à l’exportation. C’est le plan « Pro-Alcool ». C’est aussi une machine à concentrer des terres qui ne laisse aucune chance aux petits propriétaires. Selon Jean Ziegler, pendant la décennie 1985-1996, près de 5,5 millions de paysans auraient été expulsés de leurs terres, et près de 950.000 exploitations, « petites et moyennes », avalées par ce détournement de l’espace agricole. « L’insécurité alimentaire dans laquelle vit une grande partie de la population brésilienne est ainsi directement liée au programme Pro-alcool » (5b). Dans ces régions plantées de canne à sucre, les paysans, qui ne cultivent pas assez pour se nourrir, achètent des produits de première nécessité. Avec des prix qui fluctuent, et qui grimpent. « C’est ainsi qu’en 2008 les paysans n’ont pu acheter suffisamment de nourriture en raison de l’explosion brutale des prix. » (5b). Depuis 2007-2008, années de crise financière, de crise alimentaire portée par la sécheresse et la spéculation, le problème de la faim piétine à l’échelle mondiale. Constat de  « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » (1)

 

« Terre de la faim ».Jean Ziegler présente un autre Brésilien, Josue de Castro, médecin, anthropologue, Président de la FAO dans les années50, et grand agitateur de consciences sur le thème de la faim. Dans « Géopolitique de la faim », titre publié en portugais en 1950, il écrit : « La faim déterminée par l’inclémence de la nature constitue un accident exceptionnel alors que la faim considérée comme un fléau fabriqué par l’homme est la condition habituelle des régions les plus différentes du globe. Toute terre occupée par l’homme a été transformée par lui en terre de la faim. » (6)

 

M.J

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 », publication de la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, du FIDA , le Fonds des Nations Unies pour le développement agricole, et du PAM, le Programme alimentaire mondial.

 

(2) « FOME ZERO- L’expérience brésilienne », Coordinateurs: José Graziano da Silva, Mauro Eduardo Del Grossi, Caio Galvão de França, Ministère du développement agraire Brasilia, 2012  http://www.fao.org/docrep/016/ap339f/ap339f.pdf

(3) Supporting Programmes for Food Security – Success story http://www.fao.org/spfs/national-programmes-spfs/success-npfs/brazil/en/

(4)Fighting hunger in Brasil- Much achieved, more to do – Oxfam Case Study – June 2010

 http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/cs-fighting-hunger-brazil-090611-en.pdf

(5) « Destruction massive, Géopolitique de la faim, Jean Ziegler, Seuil, octobre 2011, 5a : p263, 5b : p268

(6)« Geopolitique de la faim », Josue de Castro, 01-01-1971, Les éditions Ouvrières, Nouvelle édition revue et augmentée. Préface de Max Sorre. Préfaces des éditions américaine et anglaise de Pearl Buck et Lord John Boyd Orr. Trad. de Léon Bourdon. p59

Source carte économie agricole.

http://www.mar-br.chez-alice.fr/Bresil/bresil_economie.htm

 

Des discussions du Comité de la sécurité alimentaire mondiale se sont déroulées du 15 au 20 octobre 2012. Quelques uns des thèmes abordés. http://www.fao.org/bodies/cfs/39th-session/fr/


Publié le 19 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Brésil,crise alimentaire,FAO,Objectifs du Millénaire.
Tags :: , , ,

En attendant le Zéro-Waste…

 

Bonjour,

Le développement économique et l’urbanisation croissante devraient doubler l’accumulation des déchets produits par les villes et leurs habitants, d’ici une dizaine d’années. Leur volume annuel passerait de 1,3 milliards de tonnes à 2,26 milliards en 2025, échelle mondiale. L’info est  rapportée sur le site du World Watch Institute dans un article Intitulé  « Global Municipal Solid Waste Continues to Grow« , Epluchures de légumes, papiers, plastiques, verre, métaux, gonflent les tas de MSW, ces Municipal Solid Waste rejetés par les villes. Production des particuliers, des administrations, ou des commerces urbains,  ils sont collectés au coin de la rue. A moins d’être durablement  oubliés sur les trottoirs et les terrains vagues des cités du monde en développement. Les eaux usées, les morceaux de bâtiments éventrés, les mauvais métaux associés, ou les déchets industriels, vomis par les villes et leurs usines, participent à cette accumulation qui dénature l’environnement de zones parfois très peuplées. Mais pendant que les détritus s’entassent aux portes des villes de la planète, le recyclage progresse.

 

Urbanisation et consumérisme.  Les pays de l’OCDE, le club des pays riches, se débarrassent de 1,6 millions de tonnes  de déchets par jour, quand l’Afrique subsaharienne n’en produit que 200.000 tonnes. Les Etats-Unis, en tête de liste avec 621.000 tonnes de rejets quotidiens,  sont désormais talonnés par la Chine, 521.000 tonnes. Car, conséquence d’une urbanisation et d’un consumérisme croissants, quatre grandes économies émergentes figurent désormais au top-10 des producteurs de déchets urbains, Chine, Brésil, Inde, et Mexique. Au début des années 2000, la Chine compte un demi-milliard de citadins. Depuis le début des années 80,  la quantité de MSW, collectée et transportée dans le pays, a été multipliée par 4. Soit une progression annuelle supérieure à 8%, bien supérieure à la croissance de la population chinoise. (1)

 

Emballages. Le développement des villes et des revenus croissants influencent encore le contenu des poubelles. Les résidus non naturels, plastiques, papiers, aluminium, se multiplient à mesure que les gens migrent vers les villes, et y consomment des produits manufacturés et emballés. Ainsi les déchets organiques ne constituent que le quart des ordures produites par les cités des pays riches. Les villes de  l’espace émergent, dont les populations sont encore en train de changer de comportement, génèrent encore 60% de déchets organiques. Et les campagnes, encore plus distantes d’une occidentalisation des habitudes et des produits, rejettent entre 40 et 85% de déchets organiques.

 

Recyclage. A l’échelle mondiale, le quart des déchets est recyclé, transformé en compost, ou destiné à un traitement plus doux pour l’environnement que les décharges ou l’incinération. Mais le recyclage obéit aussi à une différenciation entre les pays industrialisés, et ceux qui amorcent leur développement. Etats-Unis en tête, où le tiers des déchets urbain est recyclé, contre seulement 10% en 1980. La plupart des pays riches connaissent une évolution similaire. La filière des déchets, de plus en plus régulée et encadrée, favorise une économie de recyclage. Une activité rentable. Selon la Banque mondiale, le marché de la ferraille et celui du papier dégageraient au moins 30 milliards de dollars chaque année. L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, estime que la filière, définition large, de la collecte au recyclage, rapporterait 400 milliards de dollars annuels, échelle planétaire. L’UNEP, qui s’inquiète de l’accumulation des rejets aux portes des villes, multiplie les incitations au recyclage.(2) Imaginons que la totalité des déchets organiques soient transformés en compost, ou convertis en énergie.

 

Economie circulaire. Présenté comme bon élève du club des pays riches, le Japon. Depuis le début des années 90, l’archipel nippon a multiplié les lois visant à réduire l’utilisation de certains matériaux, à réutiliser et à en recycler beaucoup d’autres. Le pays, engagé sur la voie d’une économie circulaire, en a fait une priorité nationale. Avec quelques succès. La productivité des ressources – le PIB (produit intérieur brut) mesuré à prix constant, divisé par la consommation intérieure de matières, en yen par kg –  devrait doubler d’ici 2015, par rapport au niveau de 1990. Pour la même période, le taux de recyclage devrait également doubler. Et les matériaux envoyés à la décharge ne devraient représenter que le cinquième du volume produit en 1990.

 

Zero Waste. Pour contrer l’accumulation des déchets, quelques ilots de résistance s’organisent. Zéro Waste, c’est la formule choisie par la Nouvelle-Zélande, qui en fait désormais sa marque de fabrique. L’archipel des confins, qui  articule sa politique économique et commerciale autour de cette exigence, travaille son image d’ exportateur de produits « propres ». Sur le site du ZeroWaste, la profession de foi colle aux préoccupations environnementales du moment : « Zero Waste est un but éthique, économique, efficace, et visionnaire, destiné à guider les gens dans le changement de leur style de vie et dans leur pratique afin de retrouver des cycles naturels durables, où tous les matériaux jetés sont conçus pour devenir les ressources d’autres gens »… « La mise en oeuvre de Zero Waste éliminera les rejets qui polluent la terre, l’eau, et l’air, et qui sont une menace pour la planète, la santé des hommes, des animaux, et des plantes. »

M.J

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

(1)“The current situation of solid waste management in China”, Qifei Huang · Qi Wang · Lu Dong · Beidou Xi, Binyan Zhou, 27-10-2005, J Mater Cycles Waste Manag (2006) 8:63–69 © Springer-Verlag 2006 http://www.environmental-expert.com/Files/6063/articles/9024/1.pdf

(2) « Vital Waste Graphics » was initiated by the Basel Convention Secretariat and produced in partnership with the Division of Environmental Conventions (DEC) of UNEP, Grid-Arendal and the Division of Early Warning Assessment-Europe of UNEP. It is being published for the seventh meeting of the Conference to the Parties of the Basel Convention (COP7). http://www.grida.no/publications/vg/waste/

Economie circulaire: “Circular Economy related international practices and policy trends”, Prof. Dr. Peter Heck, IfaS, Environmental Campus Birkenfeld, 20.2.2006 http://siteresources.worldbank.org/INTEAPREGTOPENVIRONMENT/Resources/CircularEconomy_Policy_FinalDraft_EN.pdf

Traitement des déchets par pays / Banque mondiale :http://siteresources.worldbank.org/INTURBANDEVELOPMENT/Resources/336387-1334852610766/AnnexL.pdf


Publié le 7 septembre 2012 par marlene dans déchets,Developpement,Urbanisation
Tags :: , , , , ,

Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

Image de prévisualisation YouTube

 

 

(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
Tags :: , , , , ,

Les mini stories des « Trolley pushers » de Jo’burg.

Bonjour,

« Trolley pushers » est un travail de photographe qui raconte l’histoire d’une petite humanité qui déambule dans les rues de Johannesburg en poussant de vieux chariots de supermarché pour collecter des bouts de  plastique, de la ferraille, du carton, tout ce qui peut être revendu à un professionnel du recyclage pour quelques Rands, l’équivalent de quelques euros. Pendant que d’autres « Trolley pushers » louent leurs jambes et leur mini-utilitaire pour transporter des paquets trop lourds, d’une station de taxi à une autre. Johannesburg,  Jo’burg, métropole sud-africaine d’un peu plus de 10 millions d’habitants dans sa définition la plus large, est l’une des places mondiales de l’économie informelle, un royaume de la débrouille où toute chance est bonne à saisir pour quelques pièces. Madoda Mkoben, a suivi le monde de la récup urbaine pendant une dizaine d’années. Ses photos racontent la précarité, la clandestinité, mais aussi l’amitié. Un extrait de son travail est mis en ligne par IPS Africa. Un autre site, édité par un collectif d’architectes, the South African Informal City, raconte l’histoire de Paul. Une mini  success story, ici tout est « mini », dans le business du recyclage informel. Mais pour commencer l’histoire, il faut d’abord un chariot, d’occase, volé dans un supermarché, d’où l’illégalité de l’exploitation et les descentes de police. Il coûte environ 50 Rands, environ 5 Euros. C’est derrière lui que Paul trace les rues de Jo’burg pour collecter tout ce qu’il va pouvoir revendre à une centrale d’achat. C’est elle qui fixe le prix des matériaux. Pas de chance, Paul qui habite le centre de Johannesburg doit se lever plus tôt que ses collègues de banlieue, il doit beaucoup marcher pour repérer avant les autres quelques déchets à recycler. Des banlieues comme Yeoville et Kensington sont déjà très courues par les recycleurs. Mais compensation, Paul vit à côté de trois centres de stockage, qui lui achètent sa collecte. Paul, qui trie et stocke ses matériaux, les vend toutes les deux semaines. Quand il a accumulé suffisamment d’articles pour valoriser sa transaction. Les  bonnes semaines, il gagne plus de 1000 Rands,  près de 100 euros, mais la moyenne tourne autour des 800 à 900 Rands. Pour accumuler plus de 1000 Rands, Paul marche et pousse 600 kilos de déchets pendant 5 jours. Les bénéfices de ce mini business lui permettent de loger sa femme et son bébé dans une petite chambre, 2 mètres sur 2, pas d’eau, pas d’électricité. Il met de l’argent de côté, environ  1000 Rands par mois, et envoie l’équivalent à sa famille restée au Lesotho. Mais tous les pousseurs de chariots n’ont pas la même veine. Certains recycleurs gagnent à peine de quoi se payer le prochain repas. D’autres, les porteurs de bagages payés à la course, n’obtiennent que rarement le prix demandé. Difficile de se plaindre à la police quand on exerce dans l’illégalité.

« Immigrés ».

Les  « trolley pushers » de Johannesburg racontent encore une histoire d’immigration en Afrique du Sud. Ismail Farouk, artiste-géographe-urbaniste, qui vit travaille à Johannesburg,  s’intéresse à leur sort. En 2010, il dénonce sur son blog les descentes de police et  les tracasseries dont sont victimes ces travailleurs venus du Mozambique, ou du Zimbabwe. Prétexte, ils travaillent avec des chariots volés. Volés et revendus par un réseau de jeunes, également originaires du Zimbabwe. La police confisque l’outil de travail, fixe l’amende à 300 Rands, environ 30 euros, et les jette en prison. En 2008, les raids de la police se multiplient, les séjours en prison aussi. Les pushers, étrangers, sans papiers, sont une proie facile. Ismail Farouk rappelle que si l’activité est illégale, elle n’est pas dangereuse, et connue de tout le monde.  Certains « Trolley pushers » arpentent les rues depuis 2001. Pour les tirer de la clandestinité, les Autorités proposent de leur louer des trolleys, 20 Rands par jour, d’une capacité moindre que ceux dérobés sur les parkings des supermarchés. « Trop cher » réagissent les pousseurs, pas très contents de ce racket officiel. En 2008, les « Trolley pushers» se mobilisent pour obtenir des représentants, première étape vers une régularisation de la profession. La même année, Ismail Farouk initie « Trolleyworks », une manifestation artistique et urbaine, pluridisciplinaire, qui doit attirer l’attention du public sur la condition des « Trolley pushers ». Des caméras sont installées dans les chariots pour saisir le quotidien de ces travailleurs immigrés. Un trolley plus facile à manier, plus coloré, est réalisé. Ismaël Farouk  remporte la Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa 2008, En mai 2009, seconde phase du projet, le Goethe Institut de Johannesburg invite les visiteurs à parcourir le territoire des « trolley pushers », géographie d’une activité informelle et circulatoire dans la métropole. Ismail Farouk explique son intention: »Nous espérons exposer les gens aux contradictions de la grande ville et nous tentons de les sensibiliser au besoin de marcher dans le centre de Johannesbourg. Marcher à Johannesbourg est intimement lié à la classe sociale, à l’appartenance ethnique, au crime, à la peur, et à la paranoïa. » (1)

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

(1)”Porters and Performers , Story by Anthea Buys for the Mail & Guardian, 07-02-2010, http://www.mg.co.za/article/2009-05-29-porters-and-performers

 


Publié le 2 mai 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,photographie,Recyclage,Ville
Tags :: , , , , ,