Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Kawamata, la possibilité des passages.

Bonjour,

La “passerelle” est une idée qui s’accroche à l’oeuvre de Tadashi Kawamata, artiste japonais qui invite le visiteur à reconsidérer les possibilités des paysages investis par ses créations de bois. En 1996,  à Barcelone, il installe une passerelle qui mène du Musée d’Art contemporain aux immeubles délabrés de la vieille ville. En 2000, invité du festival « Passavent » à Evreux, il imagine une construction circulaire surélevée qui relie quatre monuments épargnés par la Seconde Guerre Mondiale, autre point de vue sur le paysage urbain. De 2007 à 2009, à Lavaux-Sur-Loire, il met en œuvre la construction d’un long chemin de bois qui s’élève au dessus des marécages et des roseaux pour rejoindre une plate – forme surmontée d’une tour, avec vue sur le fleuve. Kawamata rend aux habitants du port de Lavaux un cours d’eau qui s’est, depuis longtemps, retiré du village. A l’automne 2009, à Bordeaux, invité du festival « Evento », il construit une nouvelle passerelle qui part de la Place des Quinconces, enjambe les trams et les voitures, pour finir au dessus de la Garonne. Ce pont offre une perspective nouvelle sur le paysage fluvial. Pour réaliser ses chemins, Kawamata utilise le bois brut, des essences locales. Il se soucie peu d’assembler parfaitement les planches. Ses créations sont appelées à disparaître. Ou à être recyclées.

Passerelle entre deux espaces, et passerelle entre passé et présent, Evreux, Lavaux-Sur-Loire. A Paris, en 1997, à la Chapelle Saint Louis de la Pitié Salpetrière, il empile les chaises et les bancs d’Eglise, un « Passage des chaises » qui invite le regard à s’élever vers la coupole, en évoquant l’histoire de tous ceux qui sont passés par là. A Saint Thélo, en Bretagne, il réalise « Mémoire en demeure ». Ce projet, conduit pendant trois étés successifs, de 2004 à 2006,  réhabilite trois maisons de tisserands, héritage d’une tradition du lin aujourd’hui disparue. En 2008, à Versailles, il bouscule l’architecture classique de la Maréchalerie en lui greffant une accumulation de cagettes de fruits et de légumes, construction éphémère et fragile.  Passerelle entre l’univers paisible de l’enfance et le monde pressé des adultes, les cabanes. En 2008, à New York, il installe quelques petites constructions de bois dans les arbres du Madison Square Park, invitation à une pause dans le tumulte de la vie urbaine. L’année suivante, il récidive à Berlin. Puis, en ce moment, sur la façade du centre Georges Pompidou, à Paris. Passerelle entre deux univers sociaux, deux réalités urbaines. Dans les années 90, à Tokyo, Chicago, Montréal, ou New – York, il bricole des abris de fortune, bois et carton, qu’il intègre dans le paysage urbain pour souligner la précarité des sans- abris. A Huston, à Ottawa, cité prospères, il pose des favellas au pied des gratte-ciels. La démarche artistique de Kawamata puise dans les relations sociales. Il passe du temps sur le terrain de ses interventions, s’entretient avec les habitants, les invite à participer, ou s’entoure d’étudiants pour réaliser des chantiers souvent longs à finaliser. Il travaille souvent sur le mode « Work in progress ».

En 1982, Tadashi Kawamata, diplômé de l’université des  Beaux Arts de Tokyo, est sélectionné pour la Biennale de Venise. C’est un jeune artiste de 28 ans. Il a déjà exploré quelques possibilités de la capitale japonaise, assise sur une zone sismique, soumise à l’éphémère, et toujours en construction. Au fil des villes, Barcelone, Berlin, Paris, Rome, Montréal, New-York, Tokyo, Toronto, il enrichit le long catalogue de ses interventions environnementales. En 2005, il quitte Tokyo pour enseigner à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris. En février 2008, le Musée d’Art contemporain de Tokyo  lui ouvre ses galeries pour une exposition/ rétrospective intitulée : « Tadashi Kawamata : Walkway ». « Passage pour piéton ». A cette occasion, il confie au Japan Times : « J’ai étudié la peinture à l’huile, mais je n’ai jamais vraiment été intéressé par la peinture. J’aimais juste me tenir debout devant une toile dans un atelier. (…) Les gens observaient les modèles, puis regardaient la toile, puis revenaient, ils se déplaçaient constamment entre les toiles. J’étais vraiment intéressé par le passage entre ces « murs » et ce mouvement constant. C’était plus intéressant que n’importe quelle peinture. » (1)

M.J

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(1) Tadashi Kawamata , ”Human reeds swaying in a museum maze”, Donald Eubank, 28-02-2008. Japan Times. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/fa20080228a2.html


Publié le 13 avril 2010 par marlene dans Architecure.,Art,Ville
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« La laiterie du Berger », la petite entreprise de « Baba ».

Bonjour,

“ La laiterie du Berger” est une petite entreprise familiale qui a réussi le pari d’exister au Sénégal, un pays où le négoce du lait est compliqué, un pays qui importe plus de la moitié de sa consommation. Ce petit projet de développement, économique et humain, porte peut-être l’espoir, même lointain, d’une vraie production nationale.

Production locale, packaging européen.

« La particularité de la Laiterie du Berger est qu’elle achète son lait sur place, auprès des éleveurs locaux alors que les autres travaillent à partir de lait en poudre importé. », explique Bagoré Bathily, le directeur, sur le site de l’Agence française de Développement (AFD), partenaire financier du projet. (1) Le lait frais est collecté, matin et soir, dans le village de Ronkh, près de Richard Toll, dans le Nord du Sénégal, à la frontière de la Mauritanie. Une politique d’insémination a dopé la production. Mais, l’une des prouesses du projet a sans doute été d’impliquer des éleveurs peuhls, semi-nomades, habitués à un petit élevage transhumant, dans une collecte de lait efficace. La transformation, lait frais pasteurisé, lait caillé, ou yaourt, est réalisée dans une usine située à proximité. Suivi vétérinaire des bêtes, collecte sous contrôle, ou conditionnement des produits, la chaîne de l’hygiène est respectée. La production, packaging européanisé, est ensuite acheminée vers Dakar, une métropole habituée au lait en poudre importé de France et de l’Union européenne, consommé en boisson diluée et en yaourt. Faute de pouvoir bousculer les habitudes alimentaires de tous les Dakarois, question d’échelle et question de prix, la Laiterie du Berger satisfait une clientèle plutôt aisée, soucieuse de consommer local. L’entreprise, qui peut transformer jusqu’à 10.000 litres de lait frais par jour, emploie une cinquantaine de personnes, et implique 600 éleveurs, chiffres de l’AFD. L’élevage, envisagé comme une épargne, un vache c’est de l’argent, ou signe de prestige social, est aussi devenu source de revenus : « Avant, j’étais obligé de vendre mes vaches pour subvenir à mes besoins. Aujourd’hui, c’est la vente du lait qui me le permet. » (1) L’histoire de cette petite laiterie industrielle raconte qu’il est possible de tirer parti de l’élevage local pour réduire la dépendance alimentaire.

Elevage dispersé.

Avec plus de trois millions de têtes de bétail, chiffres de 2005, l’élevage sénégalais affiche un potentiel. (2) La production locale, estimée autour des 120 millions de litres de lait par an, un peu moins du tiers de la consommation actuelle, empêchée par contraintes géographiques, climatiques, ou culturelles, pourrait sans doute faire mieux. .(3) Dans une communication sur le sujet, Awa Diallo – à la tête d’une structure qui regroupe 20.000 femmes engagées dans l’élevage, le DINFEL – liste les difficultés d’une filière locale, essentiellement nourrie par un élevage extensif basé sur la transhumance. Au Sénégal, la production est faible, irrégulière car tributaire des saisons et des pâturages. Les troupeaux sont éclatés dans la zone sylvo-pastorale du Nord-Est, le Ferlo, dans le Bassin arachidier, et au Sud. Ils sont éparpillés au gré des villages, des campements d’éleveurs, ou séparés par la transhumance. Le lait est difficilement collecté au bout de routes pas toujours praticables. Autre contrainte, le climat, qui altère vite une production qui manque de camions frigorifiques. Et handicap de taille, un bétail génétiquement peu performant pour le lait. Même si le secteur se modernise, la Zone des Niayes où de petites entreprises visent le marché dakarois, quelques villages du bassin arachidier orientés vers un élevage plus intensif et la sélection des bêtes, une filière de lait reste à mettre en place à l’échelle nationale. Quelques précurseurs ont essayé, l’Union des Coopératives de Saint Louis dans les années 70, le GIE Coplait des Niayes dans les années 80, ou plus récemment, Nestlé, implanté dans la zone sylvo-pastorale, avec une dizaine de centres de collecte équipés de réservoirs et de frigos. Mais, faute d’une production suffisante et régulière, ou vaincus par la concurrence de la poudre de lait importé, tous ont jeté l’éponge.(4)

Politique fiscale, ou insémination.

En 2008, c’est la crise alimentaire. L’envolée du prix du lait importé fait naître quelques espoirs chez les professionnels sénégalais. La production locale, débarrassée de sa concurrente étrangère pourrait, enfin, devenir compétitive Avec un petit coup de pouce de l’Etat. Manque de chance, le gouvernement sénégalais détaxe les importations, cadeau fait au lobby laitier, mais condition d’un lait accessible au plus grand nombre dans les boutiques de quartiers. Entre 2008 et 2010, la facture de produits laitiers achetés en Europe hésite entre 40 et 50 milliards de CFA, soit 60 à 80 millions d’Euros.(3)(5). Pendant ce temps, les taxes continuent de plomber les laiteries locales. Un article publié par Le soir de Bamako, daté de novembre 2008, détaille les amertumes de la filière sénégalaise. (3) S’il est question des charges infligées aux petits industriels locaux, handicap pour développer la filière, il est aussi question d’espoir et d’indépendance alimentaire. « Nous sommes en mesure de couvrir, en moins de dix ans, les besoins du pays en lait, si la volonté politique se manifeste. », optimise Bagoré Bathily. « Moins de dix ans », espoir repris par Awa Diallo, la Présidente du DINFEL, qui attend que le gouvernement « mette en place un véritable programme de développement laitier ». Côté gouvernement, Malick Faye, alors Directeur au Ministère de l’élevage, partage aussi cet espoir, « une dizaine d’années »…« si le rythme actuel de l’insémination artificielle suit son cours, la facture des importations de lait devrait progressivement connaître une forte baisse, sans même l’intervention de l’Etat. »  Heureusement, Bagoré Bathily, entrepreneur, endetté, est aussi vétérinaire.

M.J

« Baba » évoque son projet….

http://www.dailymotion.com/video/x9j1p3

(1) « La laiterie du Berger : Appuyer une PME et développer la production locale de lait. » Agence française de Développement, http://www.afd.fr/jahia/Jahia/lang/fr/home/Portail-Projets/pid/11101

(2) «Aperçu de l’agriculture sénégalaise », http://www.au-senegal.com/L-agriculture-senegalaise.html

(3) « Importations de lait au Sénégal : Les producteurs nationaux “boivent la tasse », Oumar Diawara, Le Soir de Bamako, 21-11-2008. http://www.malijet.com/actualite_economique_du_mali/importation_de_lait_au_senegal_les_producteurs_nationaux_boivent.html

(4) « La filière lait au Sénégal : enjeux et perspectives »- Communication présentée par Madame Awa Diallo, Présidente du Directoire National des femmes en élevage du Sénégal à l’occasion de la Table Ronde de New Delhi sur le lait., 4-08-2009- Document WORD.

(5) Sénégal-business. Production laitière: une politique nationale pour réduire les importations. http://senegal-business.com/2010/04/production-laitiere-une-politique-nationale-pour-reduire-les-importations/


Publié le 7 avril 2010 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire
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Elevage: entre industrie et survie.

Bonjour,

Poussé par les pays en voie de développement, l’élevage planétaire est en plein boom. C’est le constat du rapport 2009 de la FAO, l’organisation des Nations –Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’amélioration du niveau de vie, l’urbanisation, et la croissance démographique ont fait décoller la demande en viande, en œufs, et en produits laitiers. Cette évolution, rapide et anarchique, pèse sur l’environnement. Mais, dans les pays les plus pauvres, posséder une vache évite la faim.

Multiplications.

Côté consommation, la multiplication s’impose. En 25 ans, dans les pays de l’Est et du Sud-Est asiatique, la part de la viande dans le régime alimentaire a pratiquement été multipliée par 4. Elle est passée de 12,8kg, par an et par habitant en 1980, à 48,2kg en 2005. En Chine, pour la même période, elle a plus que quadruplé, sautant de 13,7 kg à 59,5 kg. En 2005, les Chinois consomment aussi dix fois plus d’œufs et de lait qu’en 1980. Au Brésil, depuis les années 80, la part de la viande a doublé,  portant la consommation à plus de 80 kg, par an et par habitant, en 2005. Exception dans ce changement de régime, l’Afrique sub-saharienne,  où les chiffres stagnent et reculent. Globalement, si la consommation de produits dérivés de l’élevage a doublé dans les pays les moins riches en plus de deux décennies, elle n’a guère progressé dans les pays développés, où l’alimentation d’origine animale était déjà très importante. Avec plus de 120 kg de viande par an, et par habitant, les Etats-Unis restent le royaume du steack. L’offre a globalement suivi la géographie et l’envolée de la demande. Entre 1980 et 2007, la production issue de l’élevage a plus que triplé dans les pays émergents. L’Asie de l’Est et du Sud- Est a accompli une transition plus rapide, suivie par l’Amérique latine et les Caraîbes. La Chine a multiplié sa production de viande par 6, le Brésil par 4. En 2007, les pays en voie de développement produisent plus d’œufs et de viande que les pays développés.

Elevage industriel.

Elevage industriel, celui qui approvisionne des villes toujours plus peuplées, notamment dans les pays en voie de développement. L’urbanisation y est de 73%, contre une moyenne mondiale de 42%. Au Brésil, en Chine, en Inde, les revenus ont augmenté, les habitudes alimentaires ont changé. La viande s’est imposée dans les menus des citadins qui, désormais, prennent leurs repas à l’extérieur. Ce changement de régime, décliné à l’échelle des puissances émergentes, pèse sur l’environnement. L’élevage, gros producteur de gaz à effet de serre, 18% des rejets mondiaux, est aussi un gros consommateur. Chaque année, il puise 8% de la réserve mondiale en eau. Il s’étend sur de vastes superficies agricoles, 80% des terres disponibles, dont 1/4 de pâturages et 1/3 de zones destinées à produire des aliments pour le bétail. Dans certains pays, les exploitations intensives repoussent la forêt, et favorisent le surpâturage. L’élevage, qui s’est rapproché des villes pour réduire les coûts des transports, est aussi un vecteur de maladies. La FAO regrette que la filière, boostée par la technologie dans un souci de rentabilité, se soit emballée sans cadre institutionnel, sans contrainte, sur le dos des équilibres sociaux et naturels. D’où l’urgence à contrôler un développement qui intègre les petits producteurs, n’épuise pas les ressources naturelles, et respecte les règles sanitaires. Et s’il faut choisir une viande, la volaille ou le porc, en rapide expansion, à l’alimentation  plus douce pour l’environnement que celle du boeuf.

Elevage domestique.

Elevage domestique, celui qui soulage le quotidien des ménages les plus pauvres. Dans de nombreux pays en voie de développement, de petits exploitants associent l’élevage à une agriculture familiale. La FAO, qui a échantillonné une quinzaine de pays, révèle que 60% des ménages entretiennent des animaux. A Madagascar, la part des familles possédant du bétail grimpe à 77%, 63% au Malawi, 82% au Viet-Nam, et 84% en Equateur. Sans compter les oubliés de la richesse européenne, 84% en Albanie, et 72% en Bugarie. Ce bétail, qui donne des veaux et du lait, est d’abord une source de revenus pour ces petits exploitants. Il est aussi l’assurance d’une alimentation régulière, et de bonne qualité. Il représente encore une force de travail pour cultiver les champs. Et dans ce monde où rien ne se perd, les bouses de vaches constituent un engrais, ou un combustible. L’élevage est aussi une source d’emploi pour les femmes qui élèvent des poules et des chèvres, et tirent revenus des œufs et du lait. En Afrique, la volaille, produit de la maison ou produit du village, est d’ailleurs souvent une affaire de femmes. Mais, à moins d’un sérieux coup de pouce de la part des décideurs, assorti d’un encadrement institutionnel, « La production animale risque de rester  un moyen d’existence et un filet de sécurité essentiels pour les ménages pauvres pendant de nombreuses années encore. »

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Et pastoralisme.

A distance de l’élevage industriel et  à proximité de l’élevage domestique, le pastoralisme. Dans certains pays de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, les éleveurs négocient leurs chèvres, leurs moutons, leurs bœufs, ou leurs chameaux à des marchands qui les destinent au Proche Orient, ou aux agglomérations côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce commerce est aujourd’hui menacé par des normes sanitaires plus rigoureuses. La multiplication des contrôles frontaliers, l’expansion des terres cultivées et des aires protégées, limitent aussi l’espace pastoral traditionnel. Partout dans le monde, les éleveurs nomades sont une espèce en voie de disparition. Autre ennemi de cet élevage itinérant, le changement climatique qui assèche des terres déjà arides, et prolonge les sécheresses.

M.J

Rapport FAO 2009: « Le point sur l’élevage »


Publié le 31 mars 2010 par marlene dans Agriculture.,FAO,Urbanisation
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Singapour, l’île qui manque d’eau.

Bonjour,

La République de Singapour est une petite île, une Cité-Etat située à l’extrême Sud de la péninsule malaise. C’est un tout petit bout de territoire, environ 680 km2, le plus petit Etat d’Asie du Sud-Est. C’est un espace très urbanisé, où 4, 5 millions de citoyens poussent les densités urbaines à 6826 habitants au kilomètre carré. C’est un Etat prospère, où l’espace en partie gagné sur la mer est compté, un espace sans ressources naturelles. L’île, pourtant généreusement arrosée par un climat tropical humide, deux moussons et un calendrier des pluies bien chargé, manque d’eau pour satisfaire ses besoins. La Cité-Etat, encore très dépendante de la Malaisie pour son approvisionnement, mise sur la recherche et la technologie pour produire une eau, « made in Singapore ».

La valeur d’une goutte d’eau.

Au début des années 80, Singapour amorce sa conversion environnementale. La cité contrôle sa pollution, surveille la qualité de l’eau de ses rivières,  planifie son industrialisation, et se dote d’un complexe sanitaire de haut niveau. Un réseau de distribution des eaux, des systèmes d’égouts, et des unités de traitement sont intégrés dans l’espace urbain. Cette conversion, très encadrée, fait de Singapour une « cité-jardin ». A la fin de la décennie 90, le gouvernement place un « approvisionnement en eau durable » au cœur de sa stratégie. La moitié de la ville est dédiée à la collecte des pluies. Les structures de traitement des eaux usées se multiplient, les techniques se perfectionnent. Aujourd’hui, près de 3000 km de canalisations évacuent les eaux usées. Le Deep Tunnel Sewerage System,   un nouveau complexe d’assainissement, prépare l’avenir d’une cité, sans doute plus peuplée. Depuis 2006, l’eau et l’environnement accompagnent le développement économique du pays. Le PUB, l’agence nationale de l’eau, qui contrôle l’ensemble du cycle, communique aussi beaucoup. Chaque citoyen doit connaître la valeur d’une goutte d’eau. (1) (2)

Quatre sources.

Aujourd’hui, quatre sources principales approvisionnent Singapour en eau. La pluie, récoltée dans une quinzaine de réservoirs. La dernière création, le Marina Barrage, fait beaucoup parler de lui. C’est le plus grand, 1/6° du territoire, un bijou d’ingéniosité. Ce réservoir d’eau, situé à l’embouchure de la rivière Kallang, communique avec la mer. Son eau saumâtre devrait se transformer en eau douce d’ici deux ans, grâce à l’apport de la rivière. A marée basse, lors de pluies violentes, l’ouvrage est conçu pour libérer l’excès d’eau vers la mer. A marée haute, un système de pompes devrait soulager la retenue des eaux superflues. Le Marina Barrage, qui devrait fournir 10% des besoins en eau de Singapour, est aussi conçu pour éviter les inondations qui se reproduisent dans les quartiers les plus bas de la ville, Chinatown, Boat Quay, Jalan Besar ou Geylang. Autre innovation du pays, la NEWater , une eau potable recyclée à partir de rejets domestiques, mise à l’épreuve par quantité de tests scientifiques. Elle est obtenue grâce à un double  processus de micro – filtration et d’osmose inverse, d’irradiation d’UV, un raffinement technologique qui en dit long sur les efforts déployés pour fabriquer de l’eau pure avec de l’eau souillée. La NEWater, qui couvre environ 15% des besoins en eau de la ville, pourrait rapidement doubler ses services.  Troisième source, l’eau de mer. L’unité de désalinisation, inaugurée en 2005, a la capacité de produire environ 10% des besoins quotidiens de Singapour. (2) (3) Quatrième réserve d’eau, la plus importante, l’Etat de Johor, situé en Malaisie voisine, 40% de l’eau de Singapour. Ce commerce fait l’objet de deux accords internationaux, l’un expire en 2011, et l’autre en 2061. (4)

Singapour travaille bien évidemment à une autosuffisance en eau, question de stratégie et d’intérêt national. Les moussons, la technologie, et la rationalisation des besoins, sont les meilleures alliées d’une politique déjà bien canalisée.

M.J

(1) « Dealing with Water Scarcity in Singapore », Institutions, Strategies, and Enforcement. July 2006. Environment and Social Department – East Asia and Pacific Region – The world Bank.

(2) “Gestion et Traitement de l’eau à Singapour : que retenir ?”  Daniel R. Thevenot, 20-12-2006 -Ambassade de France à Singapour – Service de Coopération et d’action culturelle –

(3) PUB http://www.pub.gov.sg/water/Pages/default.aspx

(4) “Key step to water adequacy”, Clarissa Oon, Straits Times, 24-06-2009.

Straihttp://www.straitstimes.com/Breaking%2BNews/Singapore/Story/STIStory_394640.html


Publié le 26 mars 2010 par marlene dans Asie du Sud-Est.,eau

« De l’eau propre pour monde sain »…

Bonjour,

« De l’eau propre pour un monde sain ». Cette année, la Journée mondiale de l’eau, une co – production des Nations Unies et de l’OMS (organisation mondiale de la santé ), souligne l’importance de la qualité de l’eau. Or, la ressource est de plus en plus menacée par une pollution d’origine humaine-  urbanisation, démographie, industrie, agriculture – qui s’est emballée au cours des 50 dernières années. Les Nations Unies estiment que deux millions de tonnes d’eaux usées et de rejets polluants s’infiltrent chaque jour dans les nappes phréatiques de la planète. Pour le dire autrement, ce sont 2,5 milliards de personnes dans le monde qui se passent de moyens d’assainissement. La pollution des eaux est aussi plus visible et plus grave dans les pays en développement. Faute de réseau sanitaire  et de système d’évacuation des effluents industriels, tout finit dans les lacs et les rivières environnants. Les maladies liées à l’eau, comme les diarrhées chroniques, font lamentablement grimper la courbe de la mortalité infantile, quand l’installation de simples toilettes pourrait infléchir la tendance. Mais la pollution de l’eau est aussi un problème de pays riches, orientés vers une agriculture intensive, dopée aux engrais et aux pesticides.

M.J

La pollution de l’eau en quelques minutes, une diffusion « Gulli, ma planète »…

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Publié le 22 mars 2010 par marlene dans Actualité,eau

Galapagos: un mauvais génie embarrasse les « Enchantées »…

Bonjour,

En route pour les « Enchantées », quelques îles perdues à l’Est du Pacifique, un archipel longtemps resté en marge du monde car difficile d’accès, un univers tropical et volcanique, un zoo unique, et un nom qui fascine. Les îles Galapagos. Situé à un millier de kilomètres du continent américain, et de la « mère – patrie », l’Equateur, l’archipel est perturbé par la civilisation qui lui rappelle la fragilité d’un système insulaire, pourtant archi-protégé.

«Iles sous surveillance »

Les Galapagos, une vingtaine d’îles et des dizaines d’îlôts, se situent à la confluence de trois courants océaniques, auxquels se mêlent des « upwellings », des remontées d’eaux profondes en surface. (1) Cette rencontre a déterminé une vie marine unique, beaucoup d’espèces n’existent qu’ici. Sur les îles, les côtes basses, dominées par les rochers et la mangrove, annoncent une zone aride où poussent les figuiers de Barbarie et les cactus. Plus haut, c’est la montagne, humide et couverte de végétation. Aux Galapagos,  la société animale est un « melting pot » assez rare, où cohabitent tortues géantes, lézards, iguanes, faucons, et quelques personnages atypiques comme le Blue-footed Booby , un oiseau aux pieds étonnamment bleus. Près des côtes, des dauphins, et peut-être encore quelques baleines. Longtemps oubliées des cartes de navigation, les Galapagos n’ont guère accueilli que des voyageurs de passage, des pirates, des chasseurs de baleines, ou des boucaniers. Quelques navigateurs y ont laissé des chèvres qu’ils ne manqueraient pas de retrouver, et de manger, lors d’une prochaine escale. Elles y sont encore. En 1832, l’Equateur plante son drapeau sur ce chapelet d’îles, et commence à coloniser. Quelques mois plus tard, le Beagle, le navire de Charles Darwin, y fait  escale. C’est à partir de ces observations que Darwin commence à structurer sa réflexion sur l’origine des espèces. En 1959, le gouvernement équatorien déclare la quasi-totalité du territoire « Parc National ». En 1962, une station scientifique y est installée. Et depuis 1979, l’UNESCO veille sur l’archipel et ses trésors, qu’il liste « patrimoine mondial en péril »en 2007 . Eaux et territoires très protégés, pêche règlementée, espèces endémiques bichonnées, les Galapagos sont sous haute – surveillance.

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« Tourisme »

A la fin des années 60, les « Enchantées » commencent à attirer les curieux. Dans les années 90, ils sont de plus en plus nombreux. En 2009, l’archipel accueille environ 160.000 visiteurs, soit 5 à 6 fois la population locale. En vingt ans, le nombre de touristes a été multiplié par quatre. Trois, quatre, cinq, parfois six vols journaliers relient le continent à l’archipel. Ce trafic aérien aurait doublé au cours des huit dernières années.(2) Il y a aussi les croisières, dont la fréquentation aurait augmenté de 150% depuis deux décennies.(3) Le problème, c’est que ce va-et-vient provoque l’arrivée de bestioles, plus ou moins grosses, et toutes indésirables dans ce monde insulaire. Que les cabines des avions sont pulvérisées pour éliminer les insectes clandestins ne change pas grand-chose à l’affaire. Les cargos chargés de nourriture et de fuel, qui arrivent du continent, transportent aussi quelques nuisibles  En 1900, 112 espèces étrangères étaient recensées dans ces écosystèmes insulaires. Un siècle plus tard, il y en aurait plus d’un millier. (2) Déjà bien installées, les fourmis de feu, des guerrières redoutables qui attaquent les oisillons  et les jeunes tortues, continuent leur marche vers d’autres terres de l’archipel. Les mouches parasites, ennemies des jeunes pinsons, autres personnages du parc animalier des Galapagos, n’étaient pas non plus invitées. Pas plus que les moustiques, et leur lot de maladies.  Depuis un certain temps, le gouvernement organise la chasse aux rats, arrivés dans les soutes des cargos, et friands des oeufs de tortue. Souvenir des « premiers touristes » qui faisaient escale aux Galapagos, les chèvres et leur manie de tout brouter, bien incrustées dans le décor.  Autre espèce étrangère introduite par le tourisme, un super choix d’hôtels.

« Immigration ».

En Equateur, économie pauvre et sans perspective d’emplois, terre d’émigration, le « boom touristique » a fait rêver du monde. Beaucoup de citoyens ont fait la traversée pour trouver un travail dans les îles. La population de l’archipel, estimée à 10.000 habitants en 1990, est passée à 30.000 en 2007. (4)(5) Ces dernières années, la population des Galapagos aurait augmenté de 6,5 % par an, quand cette courbe progressait d’un peu plus de 2% en Equateur continental. (5) Cette pression démographique – sans doute pas totalement d’origine migratoire, il y a bien eu quelques naissances – rappelle à l’archipel qu’il manque d’eau, de terres cultivables, et de moyens sanitaires. Santa Cruz, la terre la plus peuplée, ne dispose pas de système d’évacuation des eaux usées. Quant aux déchets, ils repartent par bateau. En 1998, pour limiter l’immigration en provenance du continent, le gouvernement tente de durcir les conditions de séjour. Mariages arrangés et « faux » touristes, les mesures n’ont que peu d’effets. En 2007, quand l’UNESCO accroît la pression pour préserver l’archipel, les Autorités locales déclenchent une campagne d’expulsions. Cinq mille personnes, soupçonnées de séjour illégal dans leur propre pays, sont sommées de repartir. Un millier de personnes, sont expulsées, souvent de force. (5) Ceux qui ne peuvent se payer un billet d’avion sont embarqués sur un cargo. Il est loin d’être certain que les tous les autres soient repartis. En attendant, un modèle de développement qui combine « préservation », « tourisme », et « pauvreté » reste à inventer sur un archipel, où il semble plus facile d’être une tortue qu’une femme de chambre.

M.J

(1)Panaméen, péruvien et sud – équatorien.

(2)“Galapagos damage “must be curbed””; David Shukman , Science and environment correspondent, BBC News, 11 février 2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7884581.stm

(3)« Galapagos put on UN danger list », BBC News, 26-06-2007.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/6241416.stm

(4) « Chapitre 8: Les îles Galapagos : La gestion des conflits dans le secteur de la conservation et de la gestion durable des ressources. », Paola Oviedo, Centre de Recherches pour le Développement international, 09-11-2004.

http://www.idrc.ca/fr/ev-27980-201-1-DO_TOPIC.html

(5)  “Galapagos seek sustainable growth path”, Irene Caselli , Puerto Ayora, BBC News, 10-03-2010.  http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/8549901.stm


Publié le 16 mars 2010 par marlene dans Biodiversité,Migrations.,Tourisme durable.

Les « e-déchets », une « e-opportunité » pour le Sud ?

Bonjour,

La géographie de la production de déchets électroniques est en train de glisser vers le « Sud », et les pays émergents. Si les Etats-Unis, qui accumulent chaque année 3 millions de tonnes de « e-déchets », cellulaires, ordinateurs, imprimantes, ou frigidaires, restent les leaders de la pollution électronique planétaire, ils sont aujourd’hui talonnés par la Chine. Les Chinois, qui récupèrent toujours l’électronique obsolète des pays riches pour la recycler, se débarrassent chaque année de  2,3 millions de tonnes de « e-déchets », production maison. Hausse du niveau de vie, et accès à la consommation expliquent. Et ce n’est pas fini. Un rapport de l’ONU,  publié fin février, multiplie par 7 le nombre de téléphones mobiles qui seront jetés en 2020 en Chine, estimation rapport à  2007. En Inde, pour la même période, le nombre de portables abandonnés sera multiplié par 18. D’ici à une dizaine d’années, en Inde, en Chine, et en Afrique du Sud, l’ONU prévoit que le nombre d’ordinateurs hors d’usage augmentera de 400 à 500%. En Colombie, au  Kenya, on consomme de plus en plus d’électronique, frigos, télés, PC, imprimantes, cellulaires, appelée à finir à la benne, aujourd’hui ou plus tard. Le Brésil, le Mexique, et le Sénégal, produisent déjà plus d’ordinateurs usagés par habitant que les onze pays émergents, visés par cette étude. (1)

Un recyclage anarchique.

Contribution des pays émergents et  augmentation attendue du volume de « e-déchets », une accumulation qui pèse sur la question du recyclage. Les « e-dechets » voyagent traditionnellement des pays du Nord vers ceux du Sud, la Chine, l’Inde, le continent africain, ou l’Indonésie. A l’issue d’un périple, souvent illégal, les machines sont désossées par une armée de travailleurs pauvres. Ils travaillent sans protection, en plein air, pour récupérer dans le ventre d’un ordinateur aux performances dépassées, ou dans celui d’une télévision déchue par la génération des « écrans plats » tout ce qui peut se vendre, plastique, cuivre, ou débris d’or. Les recycleurs, exposés à des gaz, des solutions acides, ou des fumées toxiques, libèrent  aussi du mercure ou du plomb, qui finit dans le paysage environnant. En Chine, la rivière Lianjiang, située à proximité d’un centre de recyclage, présentait en 2005 des taux de plomb 2400 fois plus élevés que ceux admis par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). (2) Dans ce rapport intitulé « Recycler – Du déchet électronique à la ressource », l’ONU propose d’organiser une filière du tri, moins agressive, et source d’emplois pour les pays émergents.

Une « e -opportunité » ?

« Il faut que les déchets de l’un deviennent les matières premières de l’autre », simplifie Konrad Osterwalder, sous – secrétaire général de l’ONU. Plus compliqué, il s’agit de structurer et de formaliser l’activité du tri pour adoucir les conditions de travail des recycleurs, et épargner leur lieu de vie. Il s’agit aussi de récupérer un certain nombre de matières premières pour les réutiliser. Une façon de limiter l’extraction minière, et son impact environnemental. Ce recyclage « encadré » serait une étape intermédiaire vers une « économie verte », créatrice d’emplois réguliers et plus décents. Plus facile à dire qu’à faire car le bricolage d’ordinateurs et de portables hors d’usage est une activité souvent informelle, éclatée, et anarchique. La Chine, principale destination du « e-waste » en provenance des pays développés malgré l’interdiction d’importation, leader du dépeçage informel, est le mauvais élève du groupe. Les « e-déchets » y sont souvent brûlés pour un gain mineur, comparé à la pollution produite. A l’inverse, le Brésil, la Colombie, le Mexique, le Maroc, et l’Afrique du Sud, où le secteur informel est limité, présenteraient un terrain intéressant pour développer un recyclage propre. Mais pas si simple d’exporter des capitaux, des technologies, et des savoirs, pour organiser un tri dans des pays habitués à une « récup » de survie. D’ailleurs, le rapport propose que certaines opérations délicates, traitements de circuits électroniques ou de batteries, soient effectuées dans les pays riches, qui maîtrisent ce savoir-faire. C’est aussi une bonne idée de déplacer la géographie du traitement de certains « e-déchets » vers le « Nord », et les pays riches.

M.J

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(1) Chine, Inde, Afrique du Sud, Ouganda, Sénégal, Kenya, Maroc, Brésil, Colombie, Mexique, Pérou.

(2) « Les déchets électroniques, la face cachée de l’ascension des technologies de l’information et des communications. » PNUE, GRID Europe, Janvier 2005 http://www.grid.unep.ch/product/publication/download/ew_ewaste.fr.pdf


Publié le 9 mars 2010 par marlene dans déchets,Préjudice écologique,Santé.
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FAO, femme, et « genre ».

Bonjour,

En fouillant sur le site de la FAO – l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -, on découvre un lien intitulé «Genre et droit à la terre ». Si le « droit à la terre » s’annonce explicite, la notion de « genre » est plus intrigante.  Le « genre » est un concept sociologique qui transforme le sexe en « homme », ou en  « femme », et qui stéréotype sa fonction sociale. C’est aussi un marqueur d’inégalités. C’est justement là où veut en venir la FAO qui pointe la situation des femmes dans les sociétés rurales traditionnelles. Plus pauvres, écartées des décisions, et sans moyens pour accéder à la propriété, elles sont exclues de l’économie des campagnes. Or, ce sont elles qui font vivre les champs et les enfants. Depuis quelques années, la FAO place les femmes au cœur de sa stratégie de développement rural. Question d’équilibre des « genres », et de sécurité alimentaire pour ceux  qui mangent ce que les femmes cultivent.

Dans l’ombre….

Dans son approche de « genre » en milieu rural, la FAO schématise le rôle de chacun des acteurs. Dans la plupart des sociétés traditionnelles, «l’homme », en principe propriétaire de la terre, tire profit de son travail. Il est plus souvent impliqué dans une agriculture de type « commercial », des légumes destinés aux populations urbaines voisines par exemple. Il prépare ses champs, plante, sème, cultive, et récolte. Il est souvent responsable des troupeaux, dont il peut vendre les bêtes. Il accomplit les tâches forestières, coupe le bois, et le négocie. Dans les communautés de pêcheurs, il monnaie sa pêche aux femmes qui la revendent. Bref, il cumule les fonctions économiques essentielles, et en retire des bénéfices. Dans la même famille, la « femme » tient le foyer. Elle élève les enfants, prépare les repas, s’affaire dans la basse-cour, ramasse le petit bois pour faire la cuisine, et effectue la corvée d’eau. Mais surtout, femme, et filles, produisent une agriculture vivrière, destinée à la consommation du ménage. Elles vendent parfois quelques légumes, quelques fruits ramassés dans les bois,  de petits revenus immédiatement investis dans l’achat de nourriture, ou consacrés à l’éducation des enfants. Et quand la famille manque de « bras », les filles sont les premières à quitter l’école. Les femmes sont exclues des moyens de production qui transformeraient leur statut. Elles n’ont que rarement accès à la terre qui reste soumise aux droits coutumiers, ou à une législation exclusive. Elles n’ont pas droit au crédit, ni à la formation. Elles ne sont pas impliquées dans le business des cultures industrielles, qui prennent la place de leurs cultures vivrières, ou les repoussent vers des sols moins fertiles. La mécanisation de l’agriculture, menée de main d’homme, les éloigne encore de l’économie formelle. Les femmes, qui portent les sociétés traditionnelles, restent des travailleurs de l’ombre.(1)

En attendant….

Dans sa vision de développement agricole, la FAO mise sur  l’égalité des « genres », un partage des terres, des décisions et des bénéfices communs, une participation conjointe aux projets de développement, conditions d’une reconnaissance du rôle des femmes dans le fonctionnement des communautés agraires. S’il est question de « dignité » humaine, il est aussi question de sécurité alimentaire. Dans ces sociétés, les femmes représentent plus de la moitié des bras employés dans les champs. Sur le continent africain, elles constituent  70% de la force de travail, produisent sans doute près de 90% des denrées alimentaires, mais ne possèdent que 2% des terres. (2) La FAO cite une étude qui estime que la productivité agricole de l’Afrique sub-saharienne serait de 20% supérieure si les femmes avaient accès à la terre, aux graines, et aux engrais. (1) En attendant que les femmes, mieux éduquées, libérées des préjugés ancestraux qui leur interdisent de décider, et de posséder, la FAO propose une base de données qui renseigne sur le contexte foncier et la condition féminine dans 78 pays.  Cet outil est destiné aux décideurs qui travaillent à adoucir la condition des femmes dans les sociétés rurales, et a en faire des « actives » déclarées. Une belle intention qui ferait presque oublier que les sociétés se réforment de l’intérieur, et que les inégalités de « genre » ont le sommeil profond.

M.J

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(1) « Gender », FAO, http://www.fao.org/gender/gender-home/gender-why/why-gender/en/

(2) « Le femmes en Afrique », OCDE http://www.oecd.org/document/30/0,3343,fr_2649_33935_39362462_1_1_1_1,00.html


Publié le 25 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Développement durable,Non classé
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Chine: une agriculture qui pollue.

Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

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(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Chine,eau,Préjudice écologique
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RAMSAR fête ses zones humides.

Bonjour,

Le 2 février est la Journée mondiale des zones humides. Thème de l’année, « Les zones humides, la biodiversité et les changements climatiques». Ce jour commémore la signature de la Convention RAMSAR, signée en 1971 dans la ville iranienne du même nom, située au bord de la Mer Caspienne. Et chaque année, organismes gouvernementaux, ONG, ou associations de citoyens, en profitent pour rappeler l’importance des zones humides. Une zone humide est une région où l’eau détermine un milieu naturel, faune et flore associées. La Convention de RAMSAR, qui veille à l’équilibre et à l’utilisation rationnelle de ces écosystèmes, en dresse un catalogue plus imagé: « marais et marécages, lacs et cours d’eau, prairies humides et tourbières, oasis, estuaires, deltas et étendues à marée, zones marines proches du rivage, mangroves et récifs coralliens, sans oublier les sites artificiels tels que les bassins de pisciculture, les rizières, les réservoirs et les marais salants. ».  Au total, de la toundra aux tropiques, les zones humides couvriraient environ 6% de la surface de la terre. Ces étendues d’eau  rendent de sacrés services aux populations qui vivent à proximité. Elles constituent une source d’eau fraîche. Elles déterminent une vie économique qui mêle pêche, agriculture, production de bois, ou tourisme. Elles portent une mémoire collective, née de la gestion commune d’écosystèmes, aux paysages et aux animaux très particuliers. Beaucoup de zones humides, aménagées et exploitées, ne sont plus des espaces naturels. Et beaucoup de zones humides, colonisées par la ville, l’industrie, les routes, les marinas, dénaturées par la pollution, commencent à ne plus ressembler à grand-chose. La Convention RAMSAR a  établi une liste impressionnante de sites d’intérêt international à préserver, pas moins de 1886, un tour du monde qui part d’Albanie, ordre alphabétique oblige, pour finir en Zambie. Une liste où pays riches, USA, Canada, Japon, Royaume-Uni, France, cotoient les pays pauvres, Ghana, Kenya, Madagascar, Thaïlande, ou Vietnam. A chaque modèle de développement, son processus de dégradation. La Convention, qui visait un réseau international de 2500 zones humides en 2010, devra encore collecter quelques signatures….

M.J

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Publié le 2 février 2010 par marlene dans Actualité,Biodiversité,Développement durable,eau
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