Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Menus traditionnels et sodas.

Bonjour,

Que mangent les « communautés indigènes » isolées sur les glaces du Grand Nord canadien, dans un confin d’Amazonie, ou sur une île du Pacifique? La FAO et la CINE – un centre de recherches sur la nutrition et l’environnement des « indigènes » – ont enquêté en Amérique, en Afrique, en Asie, et en Océanie. Ce voyage diététique et ethnologique révèle des systèmes alimentaires traditionnels, fragilisés par l’érosion de l’environnement, par une nourriture étrangère. Une étude qui bouscule une valeur sûre, le menu « pizza-coca ».

Des corps sains, des communautés épanouies.

Les aliments traditionnels sont ceux qui ne s’achètent pas au supermarché. C’est en partant de ce postulat que les enquêteurs ont étudié douze communautés, en quête de ces systèmes alimentaires ancestraux. Ainu du Japon, Awajun du Pérou, Baffin et Inuit du Canada, Igbo du Nigeria, Massai du Kenya, ou Pohnpei de Micronésie ont révélé une parfaite connaissance des écosystèmes environnants, et de leurs ressources. Au fil des siècles, ces systèmes alimentaires, associés à une vie sociale et économique simple, ont sculpté des corps sains, et des communautés épanouies. Ils renseignent aussi sur la cosmogonie des communautés étudiées. Exemple en Colombie amazonienne où les Ingano associent shamanisme, santé, régime alimentaire, plantes, et nature. Mais avant tout, l’étude définit la notion de « peuple indigène » comme « ceux qui détiennent la connaissance de la terre et de ses ressources en nourriture, héritage d’une continuité historique sur un territoire. »

Des menus de choix.

L’enquête révèle des régimes alimentaires traditionnels riches et variés. Des racines aux insectes, en passant par les plantes, celles qui nourrissent et celles qui soignent, sans oublier les céréales, le poisson, ou la viande, tout est bon à consommer. Chez les Massaï du Kenya, pourtant désavantagés par un environnement aride, on dénombre déjà 35 sortes de nourritures. Chez les Ingano de Colombie, une grande diversité biologique propose 160 aliments au menu. Chez les Igbo d’Afrique de l’Ouest, environnement tropical, et les Awajun du Pérou, région forestière avec lacs et rivières, on dénombre plus de 220 sortes de nourritures. Chez les Pohnpei de Micronésie, et chez les Karen de Sanephong de Thaïlande, c’est carrément l’abondance, plus 380 espèces consommables. Les Karen disposent de 387 variétés d’aliments, dont 17% de viande, et le reste en espèces végétales. Boeuf, buffle, chèvre, ou canard, élevés à la maison sont au menus, servis avec du riz, des légumes, des racines et des fruits, culture ou plante sauvage. Pour les œufs et la viande de porc, c’est à l’épicerie du coin. Les Karen apparaissent encore comme une communauté privilégiée puisque 85% de l’apport énergétique des adultes provient du système alimentaire traditionnel. Privilège partagé avec les Awajun, dont les adultes consomment presque exclusivement des ressources locales. Ailleurs, l’enquête révèle pas mal d’entorses aux régimes ancestraux.

Sodas et mondialisation.

La pauvreté, l’arrivée de denrées importées, ou l’érosion des écosystèmes, bouleverse les menus traditionnels. Chez les Massaï du Kenya, les Pohnpei de Micronésie, les Ingano de Colombie, les Bhil et les Dalit, deux communautés indiennes, la farine de maïs industrielle et le riz blanc raffiné s’invitent désormais à table. Changement de régime encore chez les Nuxalk, une communauté de Colombie britannique qui vit sur l’embouchure de la Bella Coola River, en Colombie britannique. Cette communauté, qui a longtemps tiré avantage des ressources naturelles, poissons, viandes, baies, herbes sauvages, racines, noix, bulbes, commence à changer de régime dans les années 60. Aujourd’hui, les aliments traditionnels ne représentent que 30% de l’apport énergétique des adultes. En cause, la dégradation des écosystèmes, moins de bancs de saumon et de fruits de mers. Le rythme de vie, qui a raccourci le temps de la chasse et de la pêche, les a encore privé d’un peu d’exercice. Les nourritures importées, hypercaloriques et bourrées de mauvais gras, alcool en prime, ont contribué à leur ruiner la santé, obésité, diabète, alcoolisme, et à leur gâter les dents. Scénario analogue chez les Inuits du Canada, où les produits locaux représentent moins de la moitié de l’apport énergétique des adultes. La nourriture conditionnée et les sodas, arrivés avec la mondialisation, fabriquent désormais des corps moins sains que la viande de caribou ou de phoque. Les victimes du supermarché n’en pas forcément les moyens de s’offrir des aliments de bonne qualité. Selon cette étude, le changement de climat et la dégradation de l’environnement risquent encore de réduire le régime traditionnel. En attendant, la FAO estime que les ¾ de la diversité agricole aurait disparu de la planète au cours du siècle précédent.

Cette étude est éditée en anglais sous le titre « Indigenous People’s Food Systems ».Chacun des chapitres est accessible en format PDF http://www.fao.org/docrep/012/i0370e/i0370e00.htm


Publié le 26 septembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Biodiversité
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New-York et la menace des eaux.

Bonjour,

New-York,  et ses huit millions d’habitants, seraient plus exposés à une élévation rapide du niveau de la mer que la plupart des grandes métropoles portuaires du monde. L’eau s’y élève plus vite qu’ailleurs. La vulnérabilité et la sécurité de la « Big Apple » étaient au menu du « H209 Water Forum », une conférence internationale sur les villes côtières, et le changement climatique, qui s’est tenue à New-York les 9 et 10 septembre. Egalement discuté, le coût faramineux  d’infrastructures pour protéger la ville. De gros investissements nécessaires, mais basés sur des hypothèses climatiques, qui embarrassent certains décideurs.

Une montée des eaux plus élevée et plus rapide.

New-York et ses 900 kilomètres de côtes pourraient voir la mer s’élever assez rapidement au cours de ce siècle. En cause, les dynamiques du réchauffement climatique. D’abord, l’augmentation du volume des océans causée par la hausse des températures. Puis la fonte des glaciers de montagne et de fragments de calotte glaciaire. La perte de glaces au Groenland et en Antarctique, phénomène avéré par de récentes études, pourrait d’ailleurs précipiter cette modification du niveau marin. D’autres facteurs, le pompage des eaux souterraines, l’aménagement de réservoirs, le drainage des zones humides, ou la déforestation, participent à cette montée des mers .(2)(3) Autre élément, le niveau des océans n’est pas uniforme. Par exemple, l’Atlantique Nord, aux eaux plus froides, plus denses, et plus salées,  est d’une soixantaine de centimètres plus bas que le Pacifique Nord. L’élévation du niveau des océans ne présente pas non plus une dynamique uniforme.  En mars dernier, une étude envisageait une élévation du niveau de l’eau beaucoup plus rapide le long de la côte du Nord-Est des Etats-Unis. En cause, une circulation ralentie des eaux de l’Atlantique Nord.(4) D’autres études, basées sur des projections de fonte des glaciers du Groenland, annoncent une perturbation sensible des courants. Conséquence attendue, le niveau de la mer le long des côtes de New York pourrait être de 50 cm plus élevé qu’ailleurs. Une montée des eaux plus rapide aussi. (1) La côte Nord-Est, et la ville de New-York, sont encore exposées à de violentes tempêtes, avec risques d’inondations associés, qui pourraient s’amplifier avec le réchauffement climatique. Mais, un accident météorologique, pas forcément lié au changement de climat, peut intervenir à tout moment. (4)

Une métropole exposée.

New-York est une métropole exposée. Une grande partie de cité s’étale à moins de 50 cm au dessus du niveau de la mer. Et une dizaine de centimètres seulement, pour certaines parties de Manhattan. Dans le cas d’une montée des eaux d’une cinquantaine de centimètres, hypothèse la plus souvent retenue, les berges du bas Manhattan seraient inondées une vingtaine de fois par an, « un petit Venise ». (1) Et surtout, le cœur de la « Big Apple », la partie enterrée de la ville, se situe au dessous du niveau de la mer. Le New-York underground est un endroit stratégique qui concentre les réseaux de communication, de fibres optiques, d’eau, d’électricité, d’assainissement des eaux, sans oublier le métro. Des inondations y seraient désastreuses. D’autre part, les déluges causés par des tempêtes pourraient paralyser le réseau de communication côtier, routes, autoroutes, tunnels, et industries.

Hypothèses climatiques et investissements.

Au « Waterforum » de New-York, les hypothèses et les scéanarii climatiques, enrichis de nouvelles projections sur la fonte des glaces, ont été mis en parallèle avec le coût de la prévention. « On ne peut pas prendre des décisions qui coûtent des milliards de dollars sur la seule base d’hypothèses. », déclare Rohit Aggarwala, directeur de l’aménagement et de l’environnement de la ville,  dans le Wall Street Journal (1) Les aménageurs, qui planchent sur le long terme, cherchent un équilibre entre le coût d’infrastructures destinées à stopper les inondations, et les incertitudes liées aux projections climatiques. A New-York, il faudrait protéger le district financier, le port, le réseau électrique, et le métro, avec un système de barrières comme celui qui défend Londres, Rotterdam, ou Saint Petersburg. Une quarantaine de métropoles dans le monde, Amsterdam, Tokyo, Shanghai, ont déjà investi dans la protection. Mais, les chiffres font peur. A Venise, les ingénieurs édifient une barrière de 7 milliards de dollars pour éviter les effets des marées hautes qui produisent une centaine d’inondations par an. A la Nouvelle Orléans, un ouvrage de 700 millions de dollars devrait adoucir les inondations dues aux cyclones. (1) Mais,  puisque l’on parle d’argent, que coûterait une inondation de l’underground new-yorkais ?

Protéger New-York n’est pas un problème technique. Un article de la Cité des Sciences évoque un problème politique. Une répartition des responsabilités entre les municipalités, les Etats, et le gouvernement fédéral, contribuerait à freiner les décisions. Peut-être pas seulement. Le Wall Street Journal  rapporte la position de Rohit Aggarwala : « Si nous devons fermer la bourse pour un jour parce que l’eau y coule, ce ne sera pas sans précédent. Une grosse tempête de neige peut provoquer cela. La vraie question est notre rapidité à tout remettre en ordre. » (1)

M.J.


Le métro de New-York inondé, printemps 2007.

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(1) « New York City Braces for Risk of Higher Seas “,  Robert Lee Holtz, The Wall Street Journal, Science Journal, 11-09-09. http://online.wsj.com/article/SB125261934441101047.htm

(2 )Daprès  IPCC, 2007. http://www.epa.gov/climatechange/science/recentslc.html

(3)”Ainsi fond, fond, fond..”, Sylvestre Huet, Libération, 19-20 septembre 2009.

(4) “Climate Impacts in New York City: Sea Level Rise and Coastal Floods”

http://icp.giss.nasa.gov/research/ppa/2002/impacts/introduction.html


Publié le 21 septembre 2009 par marlene dans Climat,Urbanisation
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Le Nord de la Chine au régime sec.

Bonjour,

Depuis juillet, la sécheresse s’est rapidement propagée à travers le Nord et le Nord-Est de la Chine. Plus de 8 millions d’hectares manquent d’eau dans le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, ou la Mongolie intérieure, importante réserve céréalière du pays. Plus de quatre millions de personnes rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en eau, et quatre millions et demi de bêtes n’ont plus grand-chose à boire. Cette sécheresse qui touche 13 millions d’hectares à l’échelle du pays – soit une superficie de 35 % plus élevée que l’année précédente – rappelle un problème crucial en  Chine, l’eau. (1)

Inégalités spatiale et saisonnière.

La Chine dispose de 7% des réserves en eau de la planète  pour 20% de la population mondiale, une démographie qui limite la ressource par habitant. Une Chine du Nord, plutôt sèche et froide, contraste avec une Chine du Sud, subtropicale et humide. Au Nord, chaque habitant doit se débrouiller avec trois fois moins d’eau que son concitoyen du Sud. Inégale répartition de la ressource en eau, et inégale répartition des terres cultivées. La Chine de Nord, qui concentre les 3/5° de la surface agricole exploitée, doit se contenter du cinquième des ressources du pays. Le Sud , où se cultivent les 2/5° des terres chinoises, dispose des 4/5° des réserves d’eau du pays. Inégale répartition de l’eau dans l’espace, et dans le temps. Les précipitations et les crues qui gonflent les fleuves obéissent à un calendrier plutôt estival. Elles se produisent de mi-juillet à septembre au Nord, qui cette année attend toujours la pluie. (2) Dans un pays où l’agriculture dépend largement des précipitations, le manque d’eau pèse sur l’équilibre alimentaire. Cette sécheresse, qui touche le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, et la Mongolie intérieure se produit à un moment crucial pour les céréales d’automne. Ces régions produisent environ 30% de la récolte céréalière automnale. (3)

Pollution atmosphérique et précipitations.

De grosses chaleurs et le manque de pluie expliqueraient cette sécheresse, lapalissade de la plupart des sources. Une étude récente met encore en relation la pollution atmosphérique et la réduction des pluies profitables aux récoltes. Selon le « Journal of Geophysical Research », la pollution industrielle de l’Est serait responsable d’une diminution des « pluies légères » au cours des 50 dernières années. Ce constat s’appuie sur une étude menée de 1956 à 2005 dans 171 stations météorologiques situées à l’Est du pays. Durant cette période, les « pluies légères » y auraient été bien moins abondantes, moins 23% selon les chercheurs. Dans le même temps, le régime des précipitations, incluant de « fortes pluies », qui provoquent des inondations et déracinent les récoltes, s’emballait au sud. Conclusion des chercheurs, diminuer la pollution pourrait soulager les régions du Nord-Est. Ces « pluies légères », jusqu’à 10 mm par jour, favorisent l’agriculture et atténuent la sécheresse. Cette étude pourrait encore permettre de comprendre comment les aérosols – petites particules lâchées dans l’air, largement dues aux activités humaines – affectent la formation des nuages, générateurs de précipitations. Le nombre de gouttelettes d’eau serait plus élevé quand il y a concentration d’aérosols, mais l’étude retient aussi que les pluies diminuent de moitié dans les ciels pollués. Les petites gouttes formées ne seraient pas assez grosses pour tomber. La relation entre les aérosols et les précipitations en Chine reste à fouiller…..(4)

En attendant la pluie.

En attendant la pluie, la Chine ensemence les nuages et promet de rationaliser un système traditionnel d’irrigation qui gaspille la moitié de l’eau utilisée, par infiltration et par évaporation. Pendant ce temps, le déluge dévaste l’autre Chine. Fin août, des pluies diluviennes se sont abattues dans le Centre et le Sud-Ouest du pays, provoquant des inondations, des glissements de terrains, et des morts. Alors, pour atténuer cette distribution inégale sur le territoire chinois, le gouvernement lance de grands travaux. Le barrage des Trois Gorges doit contenir les crues du Yangtsé, pendant qu’une partie de ses eaux seront déviées vers la capitale et la grande plaine assoiffée de Chine du Nord. Un projet qui tarde.

M.J

La pollution de l’air et la sécheresse dans l’Est de la Chine…

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(1)Millions at risk in China drought”, BBC News, 23-08-2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8216681.stm

(2) « Les ressources en eau et leur gestion en Chine »,  Zongxia Ca’, Géocarrefour, Vol. 79/1 Le Yangzi et le Rhône, regards croisés, p 35-40 http://geocarrefour.revues.org/index510.html

(3) « 160,000 people suffer water shortage as drought hits NE China”(Xinhua),20-07- 2009http://www.chinadaily.com.cn/china/2009-07/20/content_8451205.htm

(4) Etude : “Office of Biological and Environmental Research within the US Department of Energy”, en collaboration avec “China’s Ministry of Science and Technology.”


Publié le 9 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Chine,Désertification.
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Agrocarburants, boire ou conduire ?

Bonjour,

Agrocarburants: boire ou conduire ? C’est la question posée par une étude américaine de la Rice University de Huston, intitulée ‘The Water Footprint of Biofuels : a Drink or Drive Issue ?”(1) Selon cette équipe de chercheurs, l’extension de cultures destinées à produire des agrocarburants pourrait affecter les ressources en eau, et dégrader la qualité des nappes souterraines. Cette étude met l’accent sur l’énorme quantité d’eau avalée par cet agro -business, et par la pollution aquifère occasionnée par l’emploi de fertilisants, de pesticides, et autres produits chimiques. Elle encourage donc les dirigeants à se soucier un peu plus de «l’empreinte -eau » laissée par ces cultures à grande échelle. Cette « empreinte -eau » résume deux inconvénients majeurs. Les pénuries liées à une explosion des cultures, nécessitant toujours plus d’irrigation. Et la pollution croissante de l’eau occasionnée par le drainage des produits chimiques employés, sans oublier l’érosion des sols. (2)

Une consommation d’eau différenciée.

Aux Etats-Unis, leader mondial d’agrocarburants principalement issus du maïs, la production a explosé au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 1,7 milliards de gallons en 2001 à 3,9 en 2005, pour atteindre les 9 milliards en 2008. (3) (4) La consommation d’eau a suivi. Elle aurait augmenté de 246% entre 2005 et 2008. (5) Si les besoins en eau pour faire pousser ces plantes sont généralement élevés, ils ne sont pas les mêmes selon les conditions environnementales, les pratiques agricoles, et les variétés de culture. Et selon les Etats. D’après le rapport de la Rice University, Au Nebraska, il faut 50 gallons d’eau pour irriguer le maïs nécessaire à produire le carburant qui fera avancer une voiture, de consommation moyenne, d’un mile. Quand il n’en faudra que 23 dans le Nevada, toujours pour un carburant à base de maïs. Mais, au Texas, il faudra 115 gallons d’eau pour arroser le sorgho, qui produira la même quantité d’éthanol. (2)

Une plante moins assoiffée.

Les auteurs du rapport de la Rice University , qui trouvent cependant de bonnes raisons pour continuer à produire des carburants d’origine végétale, moins de pétrole importé et sources d’énergies diversifiées, brossent le portrait de la plante idéale. C’est simple. Elle devra être moins assoiffée, moins gourmande en pesticides, fertilisants, et autres substances chimiques. Il s’agira donc de trouver les plantes adaptées aux conditions environnementales locales, avec la pluie comme mode d’irrigation. C’est-à-dire, qu’il faudrait oublier le maïs dans les régions où il s’adapte mal. Mieux, le rapport propose l’option « Panic Raide », une céréale sauvage qui pousse en abondance aux Etats-Unis, et qui pourrait produire de l’éthanol. D’autres solutions à base de cellulose, déchets agricoles et forestiers, devraient être exploitées. Avantages majeurs, une matière première importante disponible un peu partout sur le territoire américain, sans les pressions environnementales. Moins de terres agricoles, moins de produits chimiques, et moins d’eau. Argument écologique complémentaire, utiliser le carburant là où il est produit (2)

Un nouvel équilibre.

La relation entre la production massive d’agro-carburants et les besoins en eau fait débat. En août 2007, à Stockholm, lors de la Semaine Mondiale de l’Eau, des experts avaient craint que le développement de la bioénergie absorbe des ressources indispensables au développement de l’agriculture vivrière. Avertissement repris par les chercheurs de la Rice University. Pedro Alvarez, le rédacteur du rapport, rappelle que pour produire un kg de pain, il faut 1000 litres d’eau, et 10.000 pour un kg de viande. La démographie planétaire renforce l’argument. Selon lui, dans un monde plus peuplé, les décideurs devront réglementer l’usage de l’eau, en fonction des besoins de l’agriculture et de l’élevage. Alvarez parle d’un nouvel équilibre: consommer moins de pétrole, sauver les revenus des fermiers, tout en préservant l’eau indispensable à l’agriculture. (6)

M.J

“Ethanol, the inconvenient truth”, l’eau et bien d’autres défauts…

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(1) Introduction au rapport: http://cohesion.rice.edu/centersandinst/shellcenter/research.cfm?doc_id=11975

(2) « Rice U. researchers ask if biofuels will lead to a ‘drink or drive’ choice – Report weighs balancing biofuels and water resources », June 2009, http://www.rice.edu/nationalmedia/news2009-06-12-biofuelandwater.shtml

(3)  Wipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Ethanol_fuel_in_the_United_States

(4) 1 US gallon = 3,785 litres.

(5) « Bioproducts and Biosystems Engineering », Y. Chiu, B. Walseth, S. Suth, Univerrsité du Minnsota, in « Biocarburants : une soif qui pèse sur les reserves des Etats-Unis », BE Etats-Unis 162, 17-04-2009. http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58699.htm

(6) “Researchers Say Increased Biofuel Production Could Harm Water Resources”, VOANews.com, , 23 June 2009 http://www.voanews.com/english/2009-06-23-voa62.cfm


Publié le 29 juin 2009 par marlene dans Actualité,biocarburants,eau,Non classé
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Un milliard d’affamés.

Bonjour,

Plus d’un milliard de personnes, à peu près 1/6° de l’humanité, est sous-alimenté. C’est le constat de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies (FAO). La crise économique mondiale et le prix élevé des denrées alimentaire dans nombre de pays en développement expliquent ce record honteux. Cette année, 100 millions de personnes supplémentaires, devenues plus pauvres en raison du chômage et d’une baisse de leurs revenus, n’auront pas les moyens de se nourrir décemment. Pour le Programme alimentaire mondial (PAM), qui signe ce constat avec la FAO, c’est un retour en arrière après quatre décennies d’avancées sur le front de la faim dans le monde. Les prix élevés du pétrole et de la nourriture, en 2008, ont préparé le terrain à ce regain de pauvreté, stimulé par la crise mondiale. (1)

Moins de revenus en provenance des travailleurs exilés à l’étranger, baisse de l’activité économique et des exportations, hausse du chômage, prix alimentaires élevés, les pauvres sont plus pauvres, et une nouvelle classe de démunis, jusque-là épargnée, apparaît. Pour fouiller le problème, le PAM a retenu cinq pays, Arménie, Bengladesh, Ghana, Nicaragua, et Zambie. L’Arménie, très dépendante des revenus de ses travailleurs du bâtiment employés en Russie et en Europe, 20% de son PIB et soutien financier pour de nombreuses familles, a immédiatement ressenti les effets de la crise. Une classe de nouveaux pauvres en témoigne. Beaucoup de gens achètent déjà de la nourriture à crédit. Et l’hiver annonce des risques de pénuries alimentaires. Le Nicaragua, touché par les conséquences d’un ouragan et d’inondations, qui mise sur les revenus de sa main d’œuvre exilée à l’étranger, est particulièrement vulnérable au ralentissement économique des Etat-Unis. Les exportations, café, fruits de mer, et confection, à destination du grand voisin, sont compromises. Les familles paupérisées, sont réduites à vendre leur bétail pour joindre les deux bouts. La santé et l’éducation des enfants ne sont plus une priorité. En Zambie, le prix de la nourriture de base a explosé, 2/3 plus cher que l’an dernier à la même époque. De nombreuses familles sautent déjà des repas, et se contentent d’une alimentation bon marché, bien moins nourrissante. La monnaie est dévaluée. Le prix du cuivre, principale exportation du pays, est tombé. Les mines de cuivres licencient en pagaille. Au chômage, les mineurs perdent deux avantages majeurs, des repas et un suivi médical – beaucoup souffrent du SIDA -.Au Bengladesh, très dépendant de l’argent gagné au-delà des frontières, la situation n’est guère plus brillante. Les migrations de travailleurs ont chuté de 40% par rapport à l’année précédente. Les commandes de prêt-à-porter sont tombées, les exportations de poissons aussi. Fin 2008, 20% de la population souffrait déjà de malnutrition chronique. Au Ghana, jusqu’alors remarqué pour sa bataille contre la faim et ses progrès sociaux, il y a risque de retour à la case départ. Ses deux principales exportations, le cacao et l’or, doivent porter une économie très ralentie par la crise. Les prix alimentaires y sont très élevés. On y mange moins, et moins bien qu’avant. Particulièrement touchées, la zone de production des noix de Karité employées dans l’industrie cosmétique, et les femmes qui en dépendent.

La géographie de la sous-alimentation, largement calquée sur un monde pauvre, place l’Asie- Pacifique en tête -642 millions de personnes -, suivie par l’Afrique sub-saharienne – 265 millions -, Amérique latine – Caraïbes – 53 millions-, Proche Orient- Afrique du Nord – 42 millions. Sans oublier le « monde développé », 15 millions. A propos de cette cartographie de la misère, théâtre potentiel d’instabilités et de migrations accélérées, Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a déclaré : « Cela est inacceptable. Comment peut-on expliquer à des gens sensés et de bonne volonté une telle situation dramatique dans un monde où les ressources internationales abondent et alors que des trillions de dollars sont dépensés pour stimuler l’économie mondiale? »

M.J

(1)« AO/ Une personne sur Six dans le monde soufre de la faim », Centre d’actualités de l’ONU, 19 juin 2009, http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19432&Cr=FAO&Cr1=faim

(2) « Households Go Hungry as Financial Crisis Bites », WFP , Published on 11 June 2009 http://www.wfp.org/news/news-release/households-go-hungry-financial-crisis-bites

(3) «La AO appelle à renforcer la sécurité alimentaire mondiale », Centre d’actualités de l’ONU, 8 juin 2009. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19330&Cr=alimentation&Cr1=FAO


Publié le 23 juin 2009 par marlene dans Actualité,faim
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Chicken A La Carte…

Bonjour,

Globalisation, faim et pauvreté, le regard d’un Philippin. Chicken A La Carte (2005) est un petit film signé Ferdinand Dimadura….

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Publié le 8 juin 2009 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire
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BAD barrages.

Bonjour,

La Banque asiatique de développement (BAD) s’inquiète des conséquences de la crise financière pour l’économie des pays asiatiques. Elle s’engage à tripler son capital pour financer des infrastructures, afin de booster les économies locales, et réduire la pauvreté. Cette réponse à la crise, défendue à Bali début mai, lors de la réunion annuelle de la BAD, rencontre un front d’opposition. Des ONG internationales, surtout originaires du voisinage asiatique, et des organisations locales, association de fermiers et de femmes, environnementalistes et anti-dettes, syndicats de mineurs et de pêcheurs, ne partagent pas cette vision du développement. (1) Pour ce front de résistance qui a fait le déplacement jusqu’à Bali, les grands travaux alimentent la dette des pays engagés. Ils bouleversent l’environnement et déplacent les populations concernées par ces projets, sans vraiment répondre à leurs besoins. Le barrage du West-Seti – une région située au Nord-Ouest du Népal – illustre l’inclinaison de la BAD à financer de gros travaux inadaptés.(2)

De l’électricité destinée à l’Inde.

Avec un système fluvial aux débits rapides, le Népal est un peu l’Eldorado pour les barrages. 90% de l’électricité népalaise vient de ses ressources hydriques. Le gouvernement veut aussi exploiter ce potentiel pour alimenter ses puissants voisins gourmands en énergie, l’Inde ou la Chine. Il cherche des investisseurs pour financer ces gros travaux. La BAD, la China Exim Bank, l’une des banques chinoises impliquées, et quelques investisseurs privés, misent sur un ouvrage qui ne fait pas l’unanimité. La société civile népalaise, appuyée par un réseau international, s’oppose à un ouvrage qui devrait avaler plus de 2300 ha de terres cultivables, de forêts, de prairies, bouleverser les écosystèmes, et déplacer plus de 10.000 personnes, dont la plupart re-installées hors de leurs terres d’origine. Le bénéfice sera pour l’Inde, qui devrait importer 90% de l’électricité produite par le barrage du West-Seti. Les impacts négatifs du projet ne sont pas pris en compte par le gouvernement népalais, qui a donné son feu vert. La BAD semble également ignorer les conséquences environnementales et humaines de cet aménagement, pourtant peu conformes aux recommandations de la Commission mondiale sur les Barrages, un organisme de contrôle indépendant. (3) A Bali, le NGO Forum on ADB, une organisation qui pousse la BAD à devenir plus vertueuse, a dénoncé : « La banque collectionne les antécédents de grandes infrastructures qui déplacent massivement des populations pauvres, détruisent les forêts et les systèmes fluviaux dont ces communautés dépendent ». (2)

Le prix du kilo de poissons.

Selon International River Network, une ONG américaine qui protège les bassins fluviaux et les populations asociées, le Népal a déjà connu un précédent avec le barrage d’Arun III. En 1995, la Banque mondiale s’était retirée d’un projet qui ne répondait pas aux besoins énergétiques d’un pays pauvre. Et dont les populations, isolées, avaient peu de chance de bénéficier du réseau électrique. En Asie du sud-Est, International River s’intéresse au bassin du Mékong, source de vie et de protéines pour 60 millions de personnes. Et espace convoité pour les bâtisseurs de barrages. La BAD y porte le développement du réseau électrique. La Chine, le Laos, le Vietnam, le Cambodge, ou le Myanmar (Birmanie) projettent une série d’aménagements sur le cours principal du Mékong, et ses affluents, au risque de bouleverser les paysages et leurs équilibres, sans grand profit pour les populations. En Chine, la cascade d’ouvrages installés sur le Haut-Mekong, dans la province du Yunnan, a perturbé les rythmes du fleuve, avec des conséquences sur la réserve halieutique, et 20 millions de personnes. (4) Au Laos, le projet hydro-électrique de Theun-Hinboun, porté par l’ADB, a paupérisé 30.000 personnes, les privant d’une source de revenus. (5) En 2008, l’organisation américaine pointe le mauvais rapport « coûts-bénéfices » des barrages de Kamchay et de Stung Atay, au Cambodge. Sous prétexte d’apporter de l’électricité à un pays qui en manque, les deux ouvrages vont déraciner des populations et inonder des forêts protégées. Les Chinois, qui profitent de l’intérêt des autorités cambodgiennes pour l’hydro-électricité, ont largement financé des projets, aux études d’impact incertaines.(6) De son côté, la BAD mise sur un Cambodge « importateur d’électricité », avant de devenir « exportateur ». (7) Au Vietnam, la BAD a prêté 196 millions de dollars pour développer un projet hydro-électrique dans le centre du pays, communautés déplacées et inquiétudes pour la reproduction des poissons. (8) Sur le Forum de discussion de Khmer-network, on peut lire : « Savez –vous ce que coûte un kg de poissons quand il n’y en a plus ? » (7)

Une résistance locale, des réseaux transnationaux.

En Asie, ou ailleurs, les grands barrages témoignent de conflits d’intérêts qui opposent bailleurs de fonds, décideurs, et bâtisseurs, aux populations malmenées par ces grands travaux. Les premiers s’accrochent à une vision du « développement » qui passe par la maîtrise des fleuves, le béton, et l’électricité. Sans oublier leurs intérêts financiers. Les autres aspirent à préserver un milieu qui les accueille et les nourrit depuis des générations. La résistance locale à ces grands travaux, qui a émergé dans les années 80, est aujourd’hui portée par une opposition transnationale, qui via les réseaux et internet, se fait de plus en plus entendre. Ils étaient environ un millier à Bali.(1)

M.J

Exemple au Myanmar…

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(1) Indonesian Indian Farmer (SPI), Women’s Union, Friends of the Earth Indonesia (WALHI), Anti-Debt Coalition, People’s Coalition for Fisheries Justice, mining Advocacy Network…« NGOs plan protest at ADB’s Bali meeting”, The Jakarta Post,May 12, 2009, http://www.thejakartapost.com/news/2009/04/15/ngos-plan-protest-adb%E2%80%99s-bali-meeting.html

(2) « ADB head : Asia must tackle poverty, climate change”, Stephen Wright, Associated Press, 05-04-2009. http://www.syracuse.com/newsflash/index.ssf?/base/business-5/1241425437317650.xml&storylist=new_topstories

(3) International River Network, http://internationalrivers.org/en/south-asia

(4) New Scientist, mai 2004.

(5) International Rivers http://www.internationalrivers.org/en/southeast-asia/laos/theun-hinboun

(6) AFP, 29 Janvier 2008, http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(7) http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(8) Romandie News / AFP, 27 juin 2008. http://www.romandie.com/infos/news2/080627050428.ob6ow77y.asp


Publié le 19 mai 2009 par marlene dans Actualité,Developpement,eau,Préjudice écologique
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Les maux de la ville.

Bonjour,

Quand plus de la moitié de l’humanité réside en ville, comment financer des logements abordables dans un contexte de crise financière et climatique ? La question était posée aux représentants d’une soixantaine de pays, réunis du 30 mars au 3 avril dernier à Nairobi, par le conseil d’administration d’ONU-Habitat. Cet organe des Nations Unies pour les établissements humains accompagne les pays, notamment les plus démunis, pour fabriquer des conditions urbaines plus décentes. Chaque mois, les villes des pays en voie de développement accueillent cinq millions de nouveaux habitants.

Inégalités et droit au logement.

La question posée à Nairobi fait écho au dernier rapport ONU-Habitat sur « l’état de villes dans le monde ». (1) Publié en octobre dernier, ce document, intitulé « Villes harmonieuses », mesure la « température urbaine » à l’aide de quelques paramètres, répartition spatiale, évolution de la taille des villes, harmonie et égalité sociale, et relation entre développement urbain et protection de l’environnement. Cette cartographie mondiale révèle une urbanisation à deux vitesses. Urbanisation galopante dans les pays du sud, où la pauvreté des campagnes rend la ville attractive. Croissance modérée et villes en déclin dans les pays développés, notamment en Europe. Les pays en voie développement participent à 95% de l’urbanisation mondiale. C’est en Afrique que les villes gonflent et se bricolent le plus vite. Niamey (Niger), Dar Es Salam (Tanzanie), ou Lomé (Togo) enflent de 4% par an. D’ici à 2050, la moitié de la population africaine sera citadine. Près des deux-tiers en Asie. Cette urbanisation anarchique fabrique des conditions de vie difficiles. A l’échelle mondiale, un citadin sur trois habite un bidonville. En Afrique subsaharienne, plus de la moitié. Le rapport note que la situation sociale est explosive dans de nombreuses villes d’Amérique du Sud, Bogota (Colombie) et Sao Paulo (Brésil) en tête. Et d’Afrique, Johannesburg et le Cap ( Afrique du Sud). Mais les tensions urbaines ne sont pas réservées aux pays pauvres. Les grandes cités des Etats-Unis présentent des niveaux d’inégalité aussi alarmants qu’Abidjan (Côte d’Ivoire), Nairobi (Kenya), ou Maputo( Mozambique). « L’accès au logement est un défi pour tous les pays, qu’ils soient développés ou en développement. » déclare Anne Tibaïjuka, directrice générale d’ONU-habitat. (2)

Villes et crise climatique.

Selon l’ONU-Habitat, la crise climatique pourrait accentuer les pressions urbaines. Les cités construites dans les zones côtières, plus de 3351 selon le rapport, sont particulièrement exposées aux inondations. Les 13 millions d’habitants de Dhaka, au Bengladesh, connaissent bien ce problème. Calcutta en Inde, est également en première ligne. A Alexandrie, en Egypte, une élévation du niveau marin ferait fuir environ deux millions d’habitants. Lagos (Nigeria) , 10 millions d’habitants, apparaît également très exposée. Si l’Asie reste le continent le plus menacé par les conséquences du réchauffement climatique, l’Afrique apparaît la plus démunie pour affronter les intempéries. Pour ONU-Habitat, les effets des changements climatiques devraient jeter plus de 380 millions de personnes à la rue, la plupart issus des pays en voie de développement.

Sao Paulo et San Diego.

On apprend encore que si la ville est un producteur actif de gaz à effet de serre (GES), elle peut aussi corriger ses défauts. La ville et ses activités génèrent aujourd’hui 80% du dioxyde de carbone émis sur la terre, sans parler des autres rejets. Mais toutes les cités de la planète ne contribuent pas au réchauffement de la même façon. Si les villes riches sont, en principe, plus polluantes – industries, transports, et niveau de vie de ses habitants -, une meilleure gestion urbaine peut changer la donne. Le rapport cite l’exemple de la mégalopole brésilienne Sao Paulo, plus de 20 millions d’habitants pour environ 249 000 km², qui produit le dixième des émissions de San Diego en Californie, 1,3 millions d’habitants pour environ 164 km². Ce qui indique que le mode de vie urbain, une ville plus compacte et mieux desservie par les transports en communs, peut vraiment jouer sur les émissions de GES. D’où l’importance de développer une stratégie urbaine.

Bangkok

Le message d’ONU-Habitat est d’ailleurs « l’intervention ». Aider les pays à élaborer une politique du logement et de la ville. A Bangkok (Thaïlande), La Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) et ONU-Habitat ont mis en ligne des guides pour aider les dirigeants à gérer la croissance sauvage des bidonvilles. Une sorte de mode d’emploi pour soulager la misère des ghettos urbains, condition d’une stabilité sociale. Le Népal, le Cambodge, et l’Indonésie sont également ciblés. Selon le rapport de l’ONU-habitat, Bangkok, probablement 12 millions d’habitants, serait en passe de devenir une « ville harmonieuse ». Une invitation à repenser la ville et ses inégalités, à Abidjan, à Lagos, ou à Chicago.

M.J

Le bidonville de Mumbai (Inde)

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(1) http://www.unhabitat.org/pmss/getPage.asp?page=bookView&book=2562

(2) « Conférence de presse sur le « Rapport sur la situation des villes dans le monde 2008-2009 : Villes harmonieuses » <!– /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent: » »; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family: »Times New Roman »; mso-fareast-font-family: »Times New Roman »;} a:link, span.MsoHyperlink {color:blue; text-decoration:underline; text-underline:single;} a:visited, span.MsoHyperlinkFollowed {color:purple; text-decoration:underline; text-underline:single;} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} –> http://www.un.org/News/fr-press/docs/2008/Conf081027-HABITAT.doc.htm


Publié le 10 avril 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Developpement,Ville
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Les girafes du Niger.

Bonjour,

Tout est parti d’un reportage lu dans Libération « Une croissance au long cou » (1). Le papier détaille un projet de développement en Afrique, articulé autour de la conservation de la girafe blanche. Un autre article, paru dans la revue « anthropozoologica » livre une vision plus critique de ce programme, d’inspiration occidentale.

Conserver les girafes.

L’histoire se passe au Niger, dans la région de Kouré, à une heure et demie de voiture de la capitale, Niamey. L’héroïne de l’histoire, une girafe blanche qui regarde le monde du haut de ses cinq mètres, et quelques. Autrefois chassée pour sa viande, victime de l’agriculture, de la déforestation, des sécheresses à répétition, ou des conflits armés, cette pauvre girafe commence à compter les siens. En 1996, la Président du Niger ordonne une capture meurtrière. Le troupeau ne compte plus qu’une cinquantaine de têtes, et peu de jeunes bêtes. Ce qui suppose la disparition probable d’une sous- espèce endémique d’Afrique de l’Ouest, qui autrefois essaimait du Sénégal au Lac Tchad.

En 1996, une éthologue familière du Niger, soucieuse du sort des girafes, intervient. L’Union européenne soutient. L’association de sauvegarde de la girafe du Niger (ASGN) est creée. Cette association porte un plan de sauvegarde de l’espèce, accompagné d’un projet de développement rural, et touristique. Dans un pays aux ressources naturelles très dégradées par les sécheresses, caractérisé par une forte croissance démographique, et des crises alimentaires à répétition, tout projet de développement compte. Le gouvernement du Niger suit, le braconnage mènera désormais en prison. En 2000, quand l’Union européenne cesse d’appuyer l’initiative, le directeur du zoo de Douai La Fontaine prend le relais. Ce défenseur de l’environnement et des espèces, est un amoureux de la girafe du Niger, en pension dans son parc animalier. (1)

Au Niger, douze ans après le massacre, le troupeau compte désormais près de 200 girafes. Une réussite. Les habitants, sensibilisés et invités à la sauvegarde de l’espèce, condition d’un peu moins de pauvreté, ont marché. Ce qui n’empêche pas les conflits quand les girafes, en quête de feuillages, se permettent l’entrée des champs et des vergers pour voler de la nourriture. Aujourd’hui, une trentaine de villages bénéficie des retombées économiques de cette mobilisation autour de la girafe. Une dynamique de micro-crédits transforme les femmes en agricultrices actives, sur une terre désormais dotée de puits. Des paysans, formés par le zoo, sont devenus guides à temps partiel. Ils emmènent les touristes, qui comme moi ont regardé Daktari à la télé quand ils étaient petits, voir d’un peu plus près à quoi ressemble une grande girafe plantée dans sa brousse.  L’équilibre est fragile, le manque de pâturages pourrait pousser l’espèce à migrer dans un environnement plus généreux en nourriture. Reste une vision optimiste d’un projet encadré, qui a impliqué les populations locales. (1)

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Animal exotique et viande de brousse…

Dans un article intitulé «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les «  girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, anthropologue, développe un point de vue plus fouillé.(2) C’est aussi son métier. « Cet article pourrait avoir comme sous-titre « la construction des girafes nigériennes en patrimoine » attaque-t-elle. Elle y oppose deux visions du monde. La première, occidentale, ne s’embarrasse pas des différences culturelles. Pour les « Blancs », la girafe est « emblématique de la faune africaine ». C’est un animal exotique, inoffensif, fort sympathique, importé dans notre imagerie nationale au début du XIX° siècle. S’y ajoute une « responsabilité » de conservation, héritée d’une culture animalière, portée par la vision d’un patrimoine écologique à transmettre, et sans grand rapport avec la représentation des Africains. « La girafe n’occupe pas une place de choix dans le bestiaire local et n’a pas de nom spécifique. » La girafe des Africains est un animal de brousse, qui avait une utilité économique. Avant l’interdiction de la chasse, elle fournissait de la viande et alimentait la pharmacopée traditionnelle. Protégée par le « plan girafe », elle devient la « girafe des Blancs », « un animal ni sauvage ni domestique et sans utilité ». Et surtout, dès qu’une girafe est malade, témoignage de villageois: « des tas de voitures viennent de Niamey; il vaut mieux être une girafe malade qu’une femme en couches. »

Cet article détaille les inconvénients d’un projet « importé » par les Occidentaux. Il met les girafes et les hommes en concurrence pour la nourriture. Il bouscule les organisations territoriales traditionnelles ou administratives. Il ne profite pas à tout le monde. Mais ce projet, qui contribue à faire connaître la région de Kouré dans le monde entier, peut attirer d’autres initiatives de développement. Enfin, ce troupeau de girafes peut être aussi l’occasion d’une nouvelle solidarité communautaire… A inventer: « On n’est peut-être pas très loin de l’émergence du troupeau en bien géré, selon des modes qui restent à inventer, par une collectivité qui en tire des bénéfices, redistribués selon des modes là aussi à inventer… »

M.J

(1) « Une croissance au long cou », Eliane Patriarca, « Futurs », Libération, 31 mars 2009.

http://www.liberation.fr/sciences/0101559167-une-croissance-au-long-cou

(2) «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les « girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, Anthropozoologica, 39, Juillet 2004, pp 289- 300

http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/10597_Luxereau.pdf

Pour en savoir plus sur l’environnement au Niger : http://ec.europa.eu/development/icenter/repository/Niger_CEP_2006.pdf


Publié le 3 avril 2009 par marlene dans Afrique - Environnement.,Biodiversité
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Chine: le recyclage en crise.

Bonjour,

La crise économique mondiale fait des ravages dans l’industrie du recyclage. Car le recyclage est une industrie, le déchet est sa matière première. La Chine, principal importateur mondial de déchets, refuse aujourd’hui des cargaisons en provenance des Etats-Unis ou d’Europe.(1) Les prix ont dégringolé.

Des cannettes de soda, des emballages de sauce soja, des bouteilles d’huile à frire, des vieux journaux, du carton, du plastique, du polystyrène, ou des poutres en acier, les poubelles de l’Occident alimentent l’industrie du recyclage. Le contenu de la décharge occidentale voyage sur les mers du globe, à bord de porte-conteneurs, en direction de l’Inde, ou plus probablement de Chine. La Chine est le principal importateur mondial de déchets. En dix ans, de 1990 à 2000, sa consommation de vieux papiers destinés à fabriquer les emballages de ses produits exportés, a été pratiquement multipliée par 10. (2) En 2008, le géant asiatique a importé près de 12 millions de tonnes de vieux cartons et de vieux papiers, en provenance des Etats-Unis. (1) Ce business, rentable pour le pays exportateur qui s’économise un recyclage, et pour le pays importateur qui fait le plein de matières premières bon marché en faisant tourner une économie, a connu un mois d’octobre 2008 difficile. Les prix des montagnes de papiers, des vieux rails de chemin de fer, ou des canettes de soda vides ont dégringolé. Beaucoup de bateaux sont en attente dans le port de Hong-Kong.

La tonne de débris de cuivre vaut actuellement 3.000 USD, contre 8.000 en 2007. Le prix de l’étain a suivi une courbe semblable. Le papier a perdu 80% de sa valeur. Et le polystyrène recyclé se vend moitié prix sur le marché. Les organisations américaines estiment que les cargaisons embarquées à destination des pays recycleurs, plus de 150 au total, ne vaudraient plus que la moitié, voire le tiers, de leur cotation avant la crise. (1) C’est toute l’industrie du recyclage qui prend une claque. Et c’est aussi les revenus des millions de petits recycleurs chinois qui baissent. A Dongxiaokou, ville-poubelle de la banlieue nord de Beijing, les 700 familles employées à donner une seconde vie aux arrivages gagnent beaucoup moins d’argent. Certaines commencent à rentrer chez elles, à la campagne.(4) Autre victime, l’environnement qui récupère tout ce qui était recyclé avant la crise. Une occasion pour les pays exportateurs de s’interroger sur les vertus d’un recyclage mieux partagé.

M.J

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(1) China‘s big recycling market is sagging, The New York Times, 2009-03-20

http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2009-03/20/content_7601590.htm

(2) « Le Développement durable/ produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite Encyclopédie Larousse, 2006, pp46-47.

(3)« In China, hard times at the Scrap Heap”, Austin Ramzy, Time, Nov. 20, 2008, http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1860294,00.html


Publié le 31 mars 2009 par marlene dans Actualité,Chine,déchets
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