Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les mini stories des « Trolley pushers » de Jo’burg.

Bonjour,

« Trolley pushers » est un travail de photographe qui raconte l’histoire d’une petite humanité qui déambule dans les rues de Johannesburg en poussant de vieux chariots de supermarché pour collecter des bouts de  plastique, de la ferraille, du carton, tout ce qui peut être revendu à un professionnel du recyclage pour quelques Rands, l’équivalent de quelques euros. Pendant que d’autres « Trolley pushers » louent leurs jambes et leur mini-utilitaire pour transporter des paquets trop lourds, d’une station de taxi à une autre. Johannesburg,  Jo’burg, métropole sud-africaine d’un peu plus de 10 millions d’habitants dans sa définition la plus large, est l’une des places mondiales de l’économie informelle, un royaume de la débrouille où toute chance est bonne à saisir pour quelques pièces. Madoda Mkoben, a suivi le monde de la récup urbaine pendant une dizaine d’années. Ses photos racontent la précarité, la clandestinité, mais aussi l’amitié. Un extrait de son travail est mis en ligne par IPS Africa. Un autre site, édité par un collectif d’architectes, the South African Informal City, raconte l’histoire de Paul. Une mini  success story, ici tout est « mini », dans le business du recyclage informel. Mais pour commencer l’histoire, il faut d’abord un chariot, d’occase, volé dans un supermarché, d’où l’illégalité de l’exploitation et les descentes de police. Il coûte environ 50 Rands, environ 5 Euros. C’est derrière lui que Paul trace les rues de Jo’burg pour collecter tout ce qu’il va pouvoir revendre à une centrale d’achat. C’est elle qui fixe le prix des matériaux. Pas de chance, Paul qui habite le centre de Johannesburg doit se lever plus tôt que ses collègues de banlieue, il doit beaucoup marcher pour repérer avant les autres quelques déchets à recycler. Des banlieues comme Yeoville et Kensington sont déjà très courues par les recycleurs. Mais compensation, Paul vit à côté de trois centres de stockage, qui lui achètent sa collecte. Paul, qui trie et stocke ses matériaux, les vend toutes les deux semaines. Quand il a accumulé suffisamment d’articles pour valoriser sa transaction. Les  bonnes semaines, il gagne plus de 1000 Rands,  près de 100 euros, mais la moyenne tourne autour des 800 à 900 Rands. Pour accumuler plus de 1000 Rands, Paul marche et pousse 600 kilos de déchets pendant 5 jours. Les bénéfices de ce mini business lui permettent de loger sa femme et son bébé dans une petite chambre, 2 mètres sur 2, pas d’eau, pas d’électricité. Il met de l’argent de côté, environ  1000 Rands par mois, et envoie l’équivalent à sa famille restée au Lesotho. Mais tous les pousseurs de chariots n’ont pas la même veine. Certains recycleurs gagnent à peine de quoi se payer le prochain repas. D’autres, les porteurs de bagages payés à la course, n’obtiennent que rarement le prix demandé. Difficile de se plaindre à la police quand on exerce dans l’illégalité.

« Immigrés ».

Les  « trolley pushers » de Johannesburg racontent encore une histoire d’immigration en Afrique du Sud. Ismail Farouk, artiste-géographe-urbaniste, qui vit travaille à Johannesburg,  s’intéresse à leur sort. En 2010, il dénonce sur son blog les descentes de police et  les tracasseries dont sont victimes ces travailleurs venus du Mozambique, ou du Zimbabwe. Prétexte, ils travaillent avec des chariots volés. Volés et revendus par un réseau de jeunes, également originaires du Zimbabwe. La police confisque l’outil de travail, fixe l’amende à 300 Rands, environ 30 euros, et les jette en prison. En 2008, les raids de la police se multiplient, les séjours en prison aussi. Les pushers, étrangers, sans papiers, sont une proie facile. Ismail Farouk rappelle que si l’activité est illégale, elle n’est pas dangereuse, et connue de tout le monde.  Certains « Trolley pushers » arpentent les rues depuis 2001. Pour les tirer de la clandestinité, les Autorités proposent de leur louer des trolleys, 20 Rands par jour, d’une capacité moindre que ceux dérobés sur les parkings des supermarchés. « Trop cher » réagissent les pousseurs, pas très contents de ce racket officiel. En 2008, les « Trolley pushers» se mobilisent pour obtenir des représentants, première étape vers une régularisation de la profession. La même année, Ismail Farouk initie « Trolleyworks », une manifestation artistique et urbaine, pluridisciplinaire, qui doit attirer l’attention du public sur la condition des « Trolley pushers ». Des caméras sont installées dans les chariots pour saisir le quotidien de ces travailleurs immigrés. Un trolley plus facile à manier, plus coloré, est réalisé. Ismaël Farouk  remporte la Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa 2008, En mai 2009, seconde phase du projet, le Goethe Institut de Johannesburg invite les visiteurs à parcourir le territoire des « trolley pushers », géographie d’une activité informelle et circulatoire dans la métropole. Ismail Farouk explique son intention: »Nous espérons exposer les gens aux contradictions de la grande ville et nous tentons de les sensibiliser au besoin de marcher dans le centre de Johannesbourg. Marcher à Johannesbourg est intimement lié à la classe sociale, à l’appartenance ethnique, au crime, à la peur, et à la paranoïa. » (1)

M.J

 

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(1)”Porters and Performers , Story by Anthea Buys for the Mail & Guardian, 07-02-2010, http://www.mg.co.za/article/2009-05-29-porters-and-performers

 


Publié le 2 mai 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,photographie,Recyclage,Ville
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Des cités qui jardinent.

Bonjour,

Hugo Chavez, le Président du Venezuela, cultive ses jardins urbains. Depuis 2003, il a autorisé l’aménagement de 4000 micro-parcelles dans les périphéries pauvres de Caracas, lancé une vingtaine de coopératives horticoles, et réservé quelques lots à l’agriculture biologique. Organopoco Bolvar I,  premier potager organique d’un demi-hectare, planté au cœur de la capitale, où poussent betteraves, carottes, courgettes, poivrons, et laitues, est sans doute le symbole de ce jardinage urbain, inspiré par une quête à l’autosuffisance alimentaire,  initié par l’expérience de Cuba, et soutenu par la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -. Dans un pays où plus de 90% de la population vit et travaille en ville, avec une pauvreté voisine des 80%, Hugo Chavez parie sur l’agriculture urbaine pour varier le menu des Vénézuéliens. (1) (2)

Copenhague et Manille.

Apparus dans les paysages urbains européens au XIX° siècle,  les jardins servaient à faire pousser des légumes pour améliorer l’ordinaire des ouvriers,  soulager la misère. Au XXI° siècle, l’expansion rapide des villes dans le monde en développement, gonflées par la pauvreté des campagnes, l’exode rural consécutif, et la natalité, avec une croissance encore plus soutenue dans les bidonvilles, réactualise la fonction nourricière du jardin urbain. Plus de 2,5 milliards de personnes habitent une ville du tiers monde, dont plus d’un milliard s’entasse dans les bidonvilles, la plupart complètement démunis. Ces pauvres, qui continuent d’affluer dans des cités attrayantes mais sans espoirs, consacrent une grosse partie de leurs revenus à se nourrir, souvent mal. La FAO estime d’ailleurs que la malnutrition infantile est souvent pire en ville que dans les campagnes. (3) Dans ce contexte, la perspective d’exploiter une parcelle pour y cultiver quelques légumes, avec une poule ou deux, apparaît comme une solution, de proximité, pour adoucir l’inhospitalité des grandes villes du monde émergent.  Si à  New-York, à Montréal, à Copenhague,  ou à Paris, les potagers signalent un regain pour l’écologie urbaine, espace de production et d’éducation, à Accra, à Caracas, à Hanoi, ou à Manille, ils s’inscrivent dans une stratégie alimentaire.

Dakar, Accra, ou Libreville.

Dans le monde en développement, l’agriculture urbaine, qui produit fruits, légumes, racines, tubercules, ou plantes d’ornement, ne date pas d’hier. A Dakar, au Sénégal, dès 1903, le jardin de Hann, doté de nappes d’eaux, fournit fruits et légumes aux citadins. Quelques années plus tard, le petit élevage, importé par les premières migrations d’éleveurs, arrive en ville. Ces pratiques agricoles ont accompagné l’expansion de la métropole qui produit fruits et légumes, viande, lait, et œufs, destinées aux familles ou au commerce. Dakar compte environ 3000 entreprises horticoles familiales, la plupart situées en périphérie, avec en commun une petite surface, moins d’un hectare, sans grande garantie foncière, qui mobilise les moins qualifiés et les petites classes moyennes, ou qui fonctionne avec l’immigration en provenance des pays voisins. (4) Au Bénin, dans l’agglomération de Cotonou, l’agriculture s’est développée dans les années 70, impulsée par une ONG néerlandaise. L’urbanisation chaotique, qui a aussi avalé des terres agricoles environnantes, contraint les plus démunis à improviser des jardins sur des parcelles, oubliées par les bâtisseurs. A Accra, au Ghana, et dans sa banlieue, les « sans terre » s’emparent de bouts de terrain abandonnés, sans souci de propriété, sans le cloisonner, le lot des plus pauvres, pour y cultiver quelques légumes, consommés à la maison. La moitié des résidents d’Accra pratiqueraient une agriculture urbaine, aujourd’hui encouragée par le gouvernement qui a compris son importance. Ailleurs, en Afrique subsaharienne, 80% des familles de Libreville, au Gabon, pratiquent une agriculture urbaine. Dans les villes de Tanzanie, 60% des familles disposent d’un potager. A Lusaka, en Zambie, à Maputo, au Mozambique, à Ouagadougou, au Burina- Faso, à Yaounde, au Cameroun,  et à Kampala, en Ouganda, 35 à 45% des familles entretiennent un potager. (5) Dans beaucoup de villes, peuplées d’anciens ruraux, l’agriculture, seul savoir-faire, répond plus facilement à une économie de survie.

Urban garden in Zambia.

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Dans les villes d’Inde, du Bengladesh, du Vietnam, de Corée, de Malaisie, de Thaïlande, ou des Philippines, et dans leurs périphéries, les jardins contribuent à la sécurité alimentaire. La FAO estime que 700 millions de citadins pauvres, le quart de la population urbaine mondiale, pratiquent une petite agriculture de quartier. (6) Depuis une dizaine d’années, l’organisation accompagne nombre de projets, cultures maraîchères irriguées ou mico-potagers bricolés, dans les métropoles d’Afrique ou dans les bidonvilles d’Amérique centrale. Pendant ce temps, Hugo Chavez, qui a engagé le Vénézuela dans le « Special Program for Food Sécurity » veut encore concéder quelques hectares à ses jardins urbains. Avec un objectif , 20% de la production de légumes du pays récoltée en ville.(1)

M.J

(1) Feeding Ourselves: Organic Urban Gardens in Caracas, Venezuela, April M. Howard – Toward Freedom, Venezuelanalysis.com,10-08-2006, V http://venezuelanalysis.com/analysis/1881

(2) Caracas, Venezuela Embraces City Gardening for Improved Nutrition, Jobs Linked, Michael Levenston, City Farmer News, 2008. http://www.cityfarmer.info/2008/01/23/caracas-venezuela-embraces-city-gardening-for-improved-nutrition-jobs/

(3) Horticulture urbaine et péri-urbaine, « Le siècle des villes » FAO, 2010. http://www.fao.org/ag/agp/greenercities/fr/hup/index.html

(4) « Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans la région de Dakar »,  Ba Diao / Maty – Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, 13-09-2005 http://www.agricultures-urbaines.com/rubriqueSiefa.php3?id_rubrique=19

(5) Obosu-Mensah, Kwaku. « Changes in official Attitudes Towards Urban Agriculture in Accra. » African Studies Quarterly 6, no. 3: [online] URL: http://web.africa.ufl.edu/asq/v6/v6i3a2.htm

(6) « Nourrir les villes », FAO http://www.fao.org/kids/fr/cities.html


Publié le 18 juin 2010 par marlene dans Alimentation,faim,FAO,Ville

Kawamata, la possibilité des passages.

Bonjour,

La “passerelle” est une idée qui s’accroche à l’oeuvre de Tadashi Kawamata, artiste japonais qui invite le visiteur à reconsidérer les possibilités des paysages investis par ses créations de bois. En 1996,  à Barcelone, il installe une passerelle qui mène du Musée d’Art contemporain aux immeubles délabrés de la vieille ville. En 2000, invité du festival « Passavent » à Evreux, il imagine une construction circulaire surélevée qui relie quatre monuments épargnés par la Seconde Guerre Mondiale, autre point de vue sur le paysage urbain. De 2007 à 2009, à Lavaux-Sur-Loire, il met en œuvre la construction d’un long chemin de bois qui s’élève au dessus des marécages et des roseaux pour rejoindre une plate – forme surmontée d’une tour, avec vue sur le fleuve. Kawamata rend aux habitants du port de Lavaux un cours d’eau qui s’est, depuis longtemps, retiré du village. A l’automne 2009, à Bordeaux, invité du festival « Evento », il construit une nouvelle passerelle qui part de la Place des Quinconces, enjambe les trams et les voitures, pour finir au dessus de la Garonne. Ce pont offre une perspective nouvelle sur le paysage fluvial. Pour réaliser ses chemins, Kawamata utilise le bois brut, des essences locales. Il se soucie peu d’assembler parfaitement les planches. Ses créations sont appelées à disparaître. Ou à être recyclées.

Passerelle entre deux espaces, et passerelle entre passé et présent, Evreux, Lavaux-Sur-Loire. A Paris, en 1997, à la Chapelle Saint Louis de la Pitié Salpetrière, il empile les chaises et les bancs d’Eglise, un « Passage des chaises » qui invite le regard à s’élever vers la coupole, en évoquant l’histoire de tous ceux qui sont passés par là. A Saint Thélo, en Bretagne, il réalise « Mémoire en demeure ». Ce projet, conduit pendant trois étés successifs, de 2004 à 2006,  réhabilite trois maisons de tisserands, héritage d’une tradition du lin aujourd’hui disparue. En 2008, à Versailles, il bouscule l’architecture classique de la Maréchalerie en lui greffant une accumulation de cagettes de fruits et de légumes, construction éphémère et fragile.  Passerelle entre l’univers paisible de l’enfance et le monde pressé des adultes, les cabanes. En 2008, à New York, il installe quelques petites constructions de bois dans les arbres du Madison Square Park, invitation à une pause dans le tumulte de la vie urbaine. L’année suivante, il récidive à Berlin. Puis, en ce moment, sur la façade du centre Georges Pompidou, à Paris. Passerelle entre deux univers sociaux, deux réalités urbaines. Dans les années 90, à Tokyo, Chicago, Montréal, ou New – York, il bricole des abris de fortune, bois et carton, qu’il intègre dans le paysage urbain pour souligner la précarité des sans- abris. A Huston, à Ottawa, cité prospères, il pose des favellas au pied des gratte-ciels. La démarche artistique de Kawamata puise dans les relations sociales. Il passe du temps sur le terrain de ses interventions, s’entretient avec les habitants, les invite à participer, ou s’entoure d’étudiants pour réaliser des chantiers souvent longs à finaliser. Il travaille souvent sur le mode « Work in progress ».

En 1982, Tadashi Kawamata, diplômé de l’université des  Beaux Arts de Tokyo, est sélectionné pour la Biennale de Venise. C’est un jeune artiste de 28 ans. Il a déjà exploré quelques possibilités de la capitale japonaise, assise sur une zone sismique, soumise à l’éphémère, et toujours en construction. Au fil des villes, Barcelone, Berlin, Paris, Rome, Montréal, New-York, Tokyo, Toronto, il enrichit le long catalogue de ses interventions environnementales. En 2005, il quitte Tokyo pour enseigner à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris. En février 2008, le Musée d’Art contemporain de Tokyo  lui ouvre ses galeries pour une exposition/ rétrospective intitulée : « Tadashi Kawamata : Walkway ». « Passage pour piéton ». A cette occasion, il confie au Japan Times : « J’ai étudié la peinture à l’huile, mais je n’ai jamais vraiment été intéressé par la peinture. J’aimais juste me tenir debout devant une toile dans un atelier. (…) Les gens observaient les modèles, puis regardaient la toile, puis revenaient, ils se déplaçaient constamment entre les toiles. J’étais vraiment intéressé par le passage entre ces « murs » et ce mouvement constant. C’était plus intéressant que n’importe quelle peinture. » (1)

M.J

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(1) Tadashi Kawamata , ”Human reeds swaying in a museum maze”, Donald Eubank, 28-02-2008. Japan Times. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/fa20080228a2.html


Publié le 13 avril 2010 par marlene dans Architecure.,Art,Ville
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Les maux de la ville.

Bonjour,

Quand plus de la moitié de l’humanité réside en ville, comment financer des logements abordables dans un contexte de crise financière et climatique ? La question était posée aux représentants d’une soixantaine de pays, réunis du 30 mars au 3 avril dernier à Nairobi, par le conseil d’administration d’ONU-Habitat. Cet organe des Nations Unies pour les établissements humains accompagne les pays, notamment les plus démunis, pour fabriquer des conditions urbaines plus décentes. Chaque mois, les villes des pays en voie de développement accueillent cinq millions de nouveaux habitants.

Inégalités et droit au logement.

La question posée à Nairobi fait écho au dernier rapport ONU-Habitat sur « l’état de villes dans le monde ». (1) Publié en octobre dernier, ce document, intitulé « Villes harmonieuses », mesure la « température urbaine » à l’aide de quelques paramètres, répartition spatiale, évolution de la taille des villes, harmonie et égalité sociale, et relation entre développement urbain et protection de l’environnement. Cette cartographie mondiale révèle une urbanisation à deux vitesses. Urbanisation galopante dans les pays du sud, où la pauvreté des campagnes rend la ville attractive. Croissance modérée et villes en déclin dans les pays développés, notamment en Europe. Les pays en voie développement participent à 95% de l’urbanisation mondiale. C’est en Afrique que les villes gonflent et se bricolent le plus vite. Niamey (Niger), Dar Es Salam (Tanzanie), ou Lomé (Togo) enflent de 4% par an. D’ici à 2050, la moitié de la population africaine sera citadine. Près des deux-tiers en Asie. Cette urbanisation anarchique fabrique des conditions de vie difficiles. A l’échelle mondiale, un citadin sur trois habite un bidonville. En Afrique subsaharienne, plus de la moitié. Le rapport note que la situation sociale est explosive dans de nombreuses villes d’Amérique du Sud, Bogota (Colombie) et Sao Paulo (Brésil) en tête. Et d’Afrique, Johannesburg et le Cap ( Afrique du Sud). Mais les tensions urbaines ne sont pas réservées aux pays pauvres. Les grandes cités des Etats-Unis présentent des niveaux d’inégalité aussi alarmants qu’Abidjan (Côte d’Ivoire), Nairobi (Kenya), ou Maputo( Mozambique). « L’accès au logement est un défi pour tous les pays, qu’ils soient développés ou en développement. » déclare Anne Tibaïjuka, directrice générale d’ONU-habitat. (2)

Villes et crise climatique.

Selon l’ONU-Habitat, la crise climatique pourrait accentuer les pressions urbaines. Les cités construites dans les zones côtières, plus de 3351 selon le rapport, sont particulièrement exposées aux inondations. Les 13 millions d’habitants de Dhaka, au Bengladesh, connaissent bien ce problème. Calcutta en Inde, est également en première ligne. A Alexandrie, en Egypte, une élévation du niveau marin ferait fuir environ deux millions d’habitants. Lagos (Nigeria) , 10 millions d’habitants, apparaît également très exposée. Si l’Asie reste le continent le plus menacé par les conséquences du réchauffement climatique, l’Afrique apparaît la plus démunie pour affronter les intempéries. Pour ONU-Habitat, les effets des changements climatiques devraient jeter plus de 380 millions de personnes à la rue, la plupart issus des pays en voie de développement.

Sao Paulo et San Diego.

On apprend encore que si la ville est un producteur actif de gaz à effet de serre (GES), elle peut aussi corriger ses défauts. La ville et ses activités génèrent aujourd’hui 80% du dioxyde de carbone émis sur la terre, sans parler des autres rejets. Mais toutes les cités de la planète ne contribuent pas au réchauffement de la même façon. Si les villes riches sont, en principe, plus polluantes – industries, transports, et niveau de vie de ses habitants -, une meilleure gestion urbaine peut changer la donne. Le rapport cite l’exemple de la mégalopole brésilienne Sao Paulo, plus de 20 millions d’habitants pour environ 249 000 km², qui produit le dixième des émissions de San Diego en Californie, 1,3 millions d’habitants pour environ 164 km². Ce qui indique que le mode de vie urbain, une ville plus compacte et mieux desservie par les transports en communs, peut vraiment jouer sur les émissions de GES. D’où l’importance de développer une stratégie urbaine.

Bangkok

Le message d’ONU-Habitat est d’ailleurs « l’intervention ». Aider les pays à élaborer une politique du logement et de la ville. A Bangkok (Thaïlande), La Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) et ONU-Habitat ont mis en ligne des guides pour aider les dirigeants à gérer la croissance sauvage des bidonvilles. Une sorte de mode d’emploi pour soulager la misère des ghettos urbains, condition d’une stabilité sociale. Le Népal, le Cambodge, et l’Indonésie sont également ciblés. Selon le rapport de l’ONU-habitat, Bangkok, probablement 12 millions d’habitants, serait en passe de devenir une « ville harmonieuse ». Une invitation à repenser la ville et ses inégalités, à Abidjan, à Lagos, ou à Chicago.

M.J

Le bidonville de Mumbai (Inde)

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(1) http://www.unhabitat.org/pmss/getPage.asp?page=bookView&book=2562

(2) « Conférence de presse sur le « Rapport sur la situation des villes dans le monde 2008-2009 : Villes harmonieuses » <!– /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent: » »; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family: »Times New Roman »; mso-fareast-font-family: »Times New Roman »;} a:link, span.MsoHyperlink {color:blue; text-decoration:underline; text-underline:single;} a:visited, span.MsoHyperlinkFollowed {color:purple; text-decoration:underline; text-underline:single;} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} –> http://www.un.org/News/fr-press/docs/2008/Conf081027-HABITAT.doc.htm


Publié le 10 avril 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Developpement,Ville
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Palmarès des cités polluées.

Bonjour,

L’Institut Forbes, plus connu pour lister les grandes fortunes et les entreprises performantes, vient de publier le hit-parade des 25 cités les plus polluées du monde. Les critères d’évaluation englobent la pollution de l’air, la gestion des ordures, l’accès à l’eau potable, le potentiel « hôpitaux-médecins », et la présence de maladies infectieuses.

Tête de liste de ce classement 2007, Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, port de la Mer Caspienne, et grande cité pétrolière. C’est d’ailleurs ce qu’on lui reproche. Eaux nauséabondes, mares de pétrole, et pollutions plurielles accompagnent l’exploitation de l’or noir, et la navigation qui lui est associée. Un petit aperçu de ce paysage où poussent de drôles d’arbres….

Dacca, la capitale du Bengladesh, seconde au classement, subit les conséquences de ses embouteillages monstres. L’air y est chargé de tout un tas de vilaines particules, très néfastes pour la santé. Selon un spécialiste interrogé dans le cadre de cette étude, améliorer la qualité de l’air est le médicament le plus efficace que l’on puisse espérer. Nous respirons tous, et tout le temps. Cinquième au classement, Mexico, également pointée pour la mauvaise qualité de son air. La capitale mexicaine, cité industrielle aux avenues encombrées, totaliserait près de 300 jours de pollution critique par an. Et encore, il paraît que de gros efforts ont permis une amélioration sensible de la qualité de l’air. Mais direction Dacca, pour bien comprendre ce qu’est un embouteillage…

Autres cité épinglées, Atananarive à Madagascar, et Port au Prince en Haïti. Ces deux villes, respectivement classées troisième et quatrième au classement, ont grandi trop rapidement, les infrastructures sanitaires n’ont pas suivi. Résultat de cette surpopulation urbaine, Atananarive et Haïti croulent sous les ordures, et ne savent que faire de leurs eaux usées.

Le rapport conclut à un bilan néfaste pour la santé des personnes, et pour l’économie, on ne se refait pas quand on s’appelle Forbes. Des études montreraient que pour 1 dollar US investi pour améliorer l’environnement de ces cités polluées, on récolterait 9 dollars, convertis en baisse des dépenses de santé, et en hausse de la productivité. Et pendant que les fumées noires et les ordures qui s’amoncèlent grignotent l’espérance de vie des habitants de Bakou, de Dakka, ou de Port au Prince, on vit plutôt pas mal à New-York, « ville-étalon » de ce classement. Mais c’est Calgary, au Canada, qui promet épanouissement et vie saine…

M.J.


Publié le 3 mars 2008 par marlene dans bagnole,déchets,Ville