Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Delta intérieur du fleuve Niger: une oasis dans le Sahel.

Bonjour,

C’est marrant, l’autre jour je publie un billet sur le Mali qui raconte qu’à Bamako, la capitale, l’eau peine à couler du robinet. Intuition. Le blog publié paraît sur mon écran, puis disparaît. Pendant quelques heures, j’ai guetté sa réapparition, un peu à la manière de cette habitante de Daoudagoudou, une banlieue de Bamako, qui attend que son robinet finisse par couler. Caprices du robinet, elle a finalement récolté un pauvre seau d’eau vers 2H00 du matin, à peine de quoi étancher la soif de la famille. Caprices informatiques, le billet n’est pas réapparu, englouti, tant pis, on continue sur le Mali, prétexte à un autre zoom sur l’eau. Le Mali, qui connaît des problèmes d’approvisionnement en eau courante – pays principalement assis dans un espace aride, dysfonctionnement du réseau de pompage et de distribution, manque de moyens, incurie des politiques à gérer la distribution de l’eau…- est traversé par le fleuve Niger sur 1700 kms. Il s’y « arrête » d’ailleurs pendant quelques mois de l’année pour former la plus vaste zone humide d’Afrique de l’Ouest. Le Delta Intérieur du Fleuve Niger, situé entre Djenné, Mopti, et Tombouctou, est une vaste zone inondable où se croisent pêcheurs, éleveurs, et agriculteurs, au gré des crues du fleuve. Les pêcheurs s’activent pendant qu’il y a de l’eau. Quand elle se retire, les éleveurs et les agriculteurs tirent profit des sols fertiles. Un million de personnes vivent sur ce territoire d’environ 35 000 km². Le Delta Intérieur du Niger est une oasis dans la géographie aride et dépouillée du Sahel.

Au rythme des crues et des décrues

Le Delta Intérieur du Niger et ses habitants, fonctionnent au rythme des crues, et des décrues du fleuve. La crue débute en juillet. Les agro-pêcheurs, les Bozos et les Samonos, d’autres pêcheurs transhumants installés dans de grands campements temporaires, surtout des Bozos, commencent à exploiter cette crue qui va durer plusieurs mois. Au Mali, plus de 80% de la pêche provient du Delta intérieur du Niger. Les agriculteurs, qui cultivent le riz flottant dans les plaines inondées entre juin et décembre, sont déjà au travail. Ils fournissent plus de la moitié de la production de riz du Mali. Entre juin et octobre, c’est aussi la saison de la culture du mil et du sorgho sur les terres environnantes. A partir de novembre l’eau se retire, et les éleveurs transhumants, majoritairement des Peulhs, commencent à faire paître leur bétail dans les pâturages, jusqu’en mars. La traversée des bourgoutières – pâturages de bourgou – par les troupeaux obéit à une organisation et à un calendrier rigoureux. La décrue annonce aussi la culture du sorgho, et permet le maraîchage. A la décrue, qui s’achève en janvier, succède une période d’étiage, qui s’étire de mars à juin. Le rythme et l’intensité de la crue varient selon les régions, et les années.

Une organisation ancienne et complexe.

Ce schéma simplifié dissimule une organisation, ancienne et complexe, de l’utilisation de la terre dans le Delta Intérieur du Niger. Chaque communauté y assume une fonction socio-économique particulière, élevage, pêche, cueillette, ou artisanat. Ou pratique le mélange, agriculture et élevage, agriculture et pêche. Les Bozos et les Somonos sont des agro-pêcheurs. Les Peulhs, qui sont des pasteurs transhumants, sont aussi des agro-pastoralistes. Mais, la fonction de chacun, assurée par la tradition et rythmée par l’abondance de l’eau, a évolué. Les longues années de sécheresse, la paupérisation de certains groupes, ou l’évolution du pouvoir sur la terre, ont imposé des reconversions. Les sécheresses et les années de faibles crues ont encore poussé les agriculteurs à modifier le paysage. Ils ont défrîché des pâturages, débroussaillé des forêts inondées pour y planter du riz. Un échec qui rappelle que la tradition des cultures repose sur un environnement adapté.

Un lieu de mémoire.

Le Delta intérieur du Niger est un système fluvial complexe, aux écosystèmes variés. La décrue y révèle deux fleuves, le Niger et le Bani, une vingtaine de lacs, des centaines de mares, et trois plaines inondables, Djénné, Diondori, et Séri. C’est encore un paradis pour la biodiversité, étiqueté RAMSAR , la Convention sur les zones humides qui veille à leur préservation et à leur restauration. Le Delta, espace vital, a inspiré l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Cette zone humide est liée à l’émergence des grands empires du VIII° siècle au XVI°siècle, Ghana, Mali, et Senghoi. Quelques cités historiques, dont Hamdallaye et Djenne, et une ville mythique, Tombouctou, rappellent ce passé. Mopti, asise au confluent du fleuve Niger et son affluent la Bani, est surnommée la « Venise du Mali ». On arrête là le dépliant touristique, même si le secteur est en pleine expansion.

Des pressions environnementales et climatiques.

Depuis quelques décennies, le Delta Intérieur du Niger subit des pressions environnementales, humaines, et climatiques. L’exploitation intensive des ressources, portée par une démographie croissante et un appauvrissement des populations, perturbe l’équilibre de cette zone humide à laquelle on demande un peu trop. L’ensablement, qui empêche l’inondation de certains lacs, contrarie les bénéfices des crues. Des pollutions d’origine diverses compromettent la qualité de l’eau. Beaucoup de questions se posent pour réguler le volume d’eau disponible, gérer la ressource halieutique, optimiser la production de riz, prévenir la salinisation des sols. Organismes internationaux, chercheurs, et ONG, développent des programmes pour tenter de conserver cette diversité, vitale pour le Mali. Mais, face à un réchauffement qui pourrait réduire le volume et la durée des crues, moteur de ce système agro-sylvo-pastoral et halieutique, que pourront – ils faire? Près d’un million de personnes dépendent de cette incertitude climatique.

Promenade sur le Delta…

http://www.dailymotion.com/video/x6zx31

Retour au robinet, et à mon billet englouti. Le système d’approvisionnement en eau potable de la région du Delta Intérieur est alimenté par le Fleuve Niger, et par les nappes phréatiques qui en dépendent. Mais à l’échelle du Mali, les ressources en eau du bassin du Niger constituent un potentiel trop peu exploité. Et c’est justement ce qui agace les observateurs de Bamako:  » N’avons nous pas le fleuve Niger, qui, grâce à ses capacités, peut correctement approvisionner tout le Mali, à travers des réseaux d’adduction d’eaux viables? Il est incompréhensible que la corvée d’eau prive les Bamakois de sommeil ».

M.J


Publié le 18 février 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,eau

Public Eye récompense AREVA pour son irresponsablilité.

Bonjour,

Cette année, le « Public Eye Global Award » est attribué au groupe français nucléaire AREVA, qui remporte aussi le « Public Eye People’s Award », le prix du public. Pas de quoi se vanter. Cette double récompense, décernée en marge du sommet économique de Davos par la Déclaration de Berne et Pro Natura, désigne AREVA comme le meilleur « pollueur » et « exploiteur » de l’année. Autre entreprise sur le podium, Glencore, un géant des matières premières qui pollue sans scrupule. Mais retour au dossier AREVA, qui exploite de l’uranium au Niger dans des conditions scandaleuses. Almoustapha Alhcen, Président d’Aghirin’man Niger, une association qui dénonce AREVA et demande réparation, témoignait à Davos le 23 janvier dernier. Extraits de son exposé.

Des paysages métamorphosés, un environnement contaminé.

Au début des années 70, AREVA s’implante à Arlit, dans la région d’Agadez, au nord du Niger. Le groupe commence à exploiter deux mines d’uranium, via deux sociétés. La Somaïr, filiale d’AREVA, tire parti d’un premier gisement à ciel ouvert. Quelques kilomètres plus loin, la Cominak, autre création d’AREVA en association avec des Japonais, exploite une mine souterraine. L’uranium est ensuite dirigé vers une usine pour y être est enrichi chimiquement (soufre, acide, soude, carbonate, solvant, sodium, chlorate), avant d’être exporté vers l’Europe. Quatre décennies d’extraction et de traitement du minerai ont complètement ravagé l’environnement. Tout est contaminé, l’air, le sol, et l’eau. Les espaces forestiers ont disparu, les aires d’élevage privées de verdure se sont réduites. Les autruches, les gazelles, les addax, et nombre d’oiseaux, ont pratiquement disparu d’un paysage métamorphosé. Depuis les années 90, de nouvelles maladies sont apparues, pendant que des mineurs mourraient prématurément, dans des conditions suspectes. Les médecins des hôpitaux de la Somaïr et de la Cominak, n’auraient jamais établit le lien entre la santé de certains patients, et leur activité professionnelle. D’ailleurs, jusqu’en 2007, il n’y avait pas de médecin du travail.

Le Niger n’a pas tiré parti de sa ressource.

Le Niger, cinquième producteur mondial d’uranium – après le Canada, l’Australie, le Kazakhstan, la Russie -, n’a pas tiré profit de son unique ressource. En 2007, le pays est classé dernier sur l’échelle du développement humain des Nations Unies. En 2000, Areva achète l’uranium nigérien 31 euros le kilo, en 2006 il en donne 36 euros par kilo, contre environ 150 euros sur le marché mondial. Le groupe nucléaire français, qui envisage d’exploiter le site d’Imouraren, situé à 80 km d’Arlit, l’un des plus grands gisements du monde, proposerait de payer le minerai 14 euros de plus, par kilo. Mais le Niger pense aussi à vendre directement son minerai sur le marché étranger, pour en tirer plus de bénéfices. Et si AREVA continue d’obtenir des permis d’exploration au Niger, il ne devrait plus être en situation de monopole. Chinois, Australiens, Canadiens, ou Indiens, commencent à fouiller le désert nigérien. Cette ouverture à la concurrence, qui pourrait doper l’économie du pays, n’annonce pas forcément des jours meilleurs pour l’environnement.

La résistance commence à s’organiser.

Pendant toutes ces années, AREVA n’a guère rencontré de résistance au Niger. Les associations de défense pour le respect des travailleurs et de l’environnement, n’existaient pas. Depuis 2000, l’association Aghirin’man et d’autres organisations, dont des ONG françaises, se mobilisent pour faire de la pub à AREVA, qui n’aime ni les journalistes, ni les militants. Au passage, le groupe français est accusé de soutenir financièrement la rébellion touareg qui secoue le nord du pays. Un soutien qui a tendu les relations entre les deux pays, sans remettre en question la présence d’AREVA au Niger.

Les conditions d’exploitation des mines au Niger par AREVA….

Public Eye, qui récompense aussi les entreprises responsables, a décerné un prix positif à la société allemande Hess Nature. Hess Nature, qui distribue des textiles biologiques, invite à consommer différemment.

M.J.


Publié le 5 février 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,Préjudice écologique
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Sur les plages d’Accra…

Bonjour,

Accra, la capitale du Ghana, avait pourtant fait sa toilette pour accueillir la Coupe d’Afrique des Nations, version 2008. On avait nettoyé les rues, et viré les malades mentaux. Et voilà qu’un article de Francis Kokutse, « Le développement rapide laisse des pauvres sans toilettes », publié le 30 janvier dernier, nous dit que le ménage a été sommaire. « Les plages d’Accra sont des toilettes en plein air ».

C’est l’histoire d’une ville, Accra, assise sur le Golfe de Guinée, qui est passée de 1,6 millions d’habitants en 2001 (estimation Ghanéenne) à environ 2,5 millions aujourd’hui (estimation française), et sans doute 3 (estimation ghanéenne). Une agglomération africaine qui s’est bricolée à toute vitesse, sans véritable schéma urbain, au détriment des conditions sanitaires des quartiers les plus démunis. Un clivage sanitaire inscrit dans un clivage économique. Environ 50% de la population du pays se débrouille avec moins de 2 Euros par jour.(1) Et, chiffres de 2000, 80% des Ghanéens vivent de petits boulots pas déclarés, vendeurs de rue, artisans sans autorisation, et squatteurs. (2) L’eau, dont la distribution a été privatisée, reflète encore ce clivage « riches-pauvres ». Deux études récentes indiquent que les ménages les plus démunis consacrent 8 à 12% de leurs revenus mensuels – jusqu’à 15% pour les plus pauvres des quartiers les plus pauvres – pour l’eau. Les plus riches, eux, dépensent moins de 5% pour faire couler l’eau du robinet. Dans les quartiers pauvres, les femmes, qui effectuent les tâches ménagères, s’occupent des enfants, et règlent les factures d’eau, n’ont pas la vie facile.(1)Une blogueuse, qui a passé 6 mois au Ghana, insiste sur ce clivage « riches – pauvres » qui dessine deux paysages urbains, deux paysages économiques, et deux paysages culturels à Accra. Et dans le reste du pays.

En lien, le papier qui détaille les souillures imposées aux plages d’Accra, et au littoral. En prime, une petite querelle entre aménageurs et citoyens sur le thème  » la faute à qui? ». Mais, quand on habite un quartier pauvre sans installation sanitaire, on se débrouille comme on peut…

M.J

Retour à Labadi beach, qui peut aussi être une plage de rêve…

(1) » Privatisation de l’eau au Ghana: les droits de la femme mis à mal. »,(2) » Ghana, le modèle contesté », Yaho Graham, Le Monde Diplomatique, Avril 2007.


Publié le 1 février 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.
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Les petits papiers de Ouagadougou.

Bonjour,

C’est l’histoire de petits papiers, de papiers recyclés, colorés, de papiers à écrire, et à envoyer. Un petit sujet d’environnement qui raconte comment un groupe de femmes de Ouagadougou, au Burkina Faso, s’est lancé dans la récupération, et le recyclage, de papiers usagés. Une activité qui permet à ces mères de famille de gagner de l’argent, tout en s’occupant des enfants. Une vidéo, un peu lente à démarrer, qui se déroule au rythme de l’Afrique. Les petits papiers, « c’est joli », et « c’est bien fait »…

Et puis, il y a l’autre sujet, celui qui se cache derrière le premier, l’histoire de « TV wagues ». C’est une petite entreprise du Burkina Faso qui fabrique des images et des vidéos, pour témoigner d’une autre Afrique. Juste pour montrer que l’Afrique, ce n’est pas que le SIDA, la faim, le palu, ou cette jeunesse qui ne rêve que d’Europe. « TV wagues », c’est aussi un pari, celui du web et du numérique, sur un continent encore sous -équipé, et au réseau fort capricieux. S »il a fallu une décennie pour que le téléphone mobile se banalise en Afrique, il faudra certainement plus de temps pour que le Web sorte des villes, et se généralise. En lien, le site de « TV wagues », « Votre TV dans le coeur du Sahel », avec d’autres vidéos, et notamment un apprentissage des TIC, dès le plus jeune âge. Ce qui m’inquiète, c’est que la dernière vidéo date d’aout dernier, rien depuis. Ce serait dommage..

M.J


Publié le 2 décembre 2007 par marlene dans Afrique - Environnement.