Environnement
Un blog sur la géo-environnement

7 milliards: des jeunes, des vieux, des Africains, et des femmes.

Bonjour,

Depuis le 31 octobre dernier, la planète compte 7 milliards d’habitants, estimation des Nations Unies. Il a fallu attendre les années 1800 pour atteindre le premier milliard, il faut désormais 13 années pour en compter un nouveau. Si la baisse de la fécondité dans la plupart des pays du monde ralentit la croissance de la démographie mondiale, la population continue de grossir. En 2011, l’Asie, qui dépasse les 4 milliards d’habitants, a de bonnes chances de rester le continent le plus peuplé. Elle devrait dépasser les 5 milliards au milieu du siècle, avant de redescendre lentement. L ’Amérique, l’Europe, et l’Océanie, en dessous des 2 milliards, devraient les atteindre et s’y stabiliser en 2100. L ’Afrique, qui compte plus d’un milliard d’habitants depuis 2009, caractérisée par une forte fécondité, est en progression vertigineuse. Un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) esquisse un long portrait d’une humanité qui change de profil, et de monde. Trois tendances.

Une humanité plus jeune. La moitié des 7 milliards d’habitants de la planète est âgée de  moins de 25 ans. L’Inde, où les femmes ont un taux de fécondité de 2,5 enfants – soit plus que le remplacement des générations situé à 2,1 – compte 600 millions de 24 ans ou moins. Cette jeunesse est accueillie comme une bonne nouvelle par les Autorités car elle permettra de faire tourner l’économie indienne pendant quelques décennies. Un avis que ne partagent pas démographes et sociologues, qui s’interrogent sur leur capacité s’adapter à un contexte économique plus complexe et plus sophistiqué. En Inde, près de la moitié des enfants souffre de malnutrition, 66% terminent un cycle primaire, avec une chance sur deux de continuer des études secondaires. Le chômage des jeunes est d’ailleurs l’une des inquiétudes de ce début de siècle. Selon l’OIT, l’Organisation internationale du Travail, 13% des 15-24 ans sont sans emploi en 2009. Un record historique lié à la crise économique. Dans le monde arabe, cette proportion dépasse les 23%. En Tunisie et en Egypte, ces jeunes ont fait vivre le « Printemps Arabe ». Un adolescent d’une quinzaine d’années, originaire d’une petite ville située sur les bords du Canal de Suez, évoque l’entrée en politique de cette  jeunesse désoeuvrée : «  C’est nous qui avons fait la révolution. Nos familles nous disaient de nous tenir tranquilles. Nous n’en avons rien fait. Nous sommes descendus dans la rue en quête de notre rêve. » (1) Education insuffisante, chômage, SIDA, mariages précoces, adolescentes enceintes, très nombreuses en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, et dans les Caraïbes, contrarient l’idée d’une jeunesse dorée dans l’espace en développement. Pourtant, pointe le rapport: « La génération actuelle des jeunes est prête à modifier fondamentalement le monde ; il y irait de l’intérêt des gouvernements de cultiver et d’utiliser leur potentiel et de ne pas laisser passer les opportunités qu’ils offrent pour le développement. »(2)

Une humanité plus âgée. En 1950, les plus de 60 ans représentent 8% de la population mondiale. Ils seront 22% vers le milieu du siècle. D’ailleurs, la part des plus de 60 ans progresse de 2,6% par an, plus que la croissance démographique mondiale. Il existe une relation étroite entre jeunes et aînés, dont les vies se séparent. Dans de nombreux pays, développés ou non, la jeunesse émigre vers les villes, à l’étranger, en quête d’un travail, laissant ses aînés seuls, parfois sans ressource. En Chine, la part des personnes âgées progresse régulièrement, conséquence de la politique des familles à un enfant et d’une amélioration de la santé. Les plus de 60 ans, qui représentaient 10% de la population chinoise en 2000, dépassent actuellement plus de 13%. Pour limiter le coût de logements neufs, les Autorités chinoises s’efforcent de retenir la population âgée à domicile. Et y parviennent. Pour parer au coût du vieillissement, la Chine et l’Inde, pourtant dotée d’une démographie plus jeune, réfléchissent comment confier la responsabilité des aînés à leurs enfants. Partout, dans les pays émergents et pauvres, quand l’Etat ne peut intervenir, ONG, collectivités, et donateurs privés sont sollicités pour adoucir la vieillesse, et remédier à l’éclatement des familles. Dans les pays riches, à plus forte espérance de vie et à jeunesse déclinante, le vieillissement pose le problème du financement des retraites, celui du maintien à domicile. S’il existe des écarts, 25% de personnes âgées en Finlande et autour de 5% en Ethiopie et au Mozambique, les vies s’allongent partout. Entre 1950 et 2010, l’espérance de vie a progressé de 11 ans dans les pays développés, de 26 ans dans les pays émergents, et de presque 20 ans dans les pays les plus pauvres. En 2009, le Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies émet un constat mondial : « Le vieillissement de la population est sans précédent ; il est omniprésent ; il est profond ; il est durable. » (3)Au moins jusqu’en 2050.

Espace à part, l’Afrique, où la fécondité élevée pourrait faire s’envoler la démographie. A l’échelle continentale, malgré des situations très variées, elle est de 4,6 enfants par femme, tendance 2005-2011. En 2011, Thomas Buettner, responsable de la population au Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies, note que si la fertilité africaine se maintient pendant trois siècles, échéance longue, la population du continent voisinerait avec les 3 billions de personnes. Plus raisonnable, Joseph Chamie, du Centre des Etudes migratoires de New-York, se projette à moyen terme. Il note que l’Afrique, et le Nigéria, le pays le plus peuplé , pourraient influencer la démographie mondiale. « Si les taux de fécondité de l’Afrique devaient rester inchangés au cours des décennies à venir, la population du continent s’accroîtrait à une vitesse extrêmement élevée pour atteindre 3 milliards d’habitants d’ici 2050 et le nombre incroyable de 15 milliards d’ici 2100, soit environ 15 fois sa population actuelle. », écrit Chamie. Il remarque encore que l’Afrique sera sans doute le dernier continent de la planète à accomplir sa transition démographique, réduire simultanément ses taux de natalité et de mortalité. (4)  Le droit des femmes à donner naissance aux enfants désirés, et à décider de leur calendrier maternel, est l’une des conditions de la transition démographique. Environ 215 millions de femmes dans le monde, en âge de procréer, pratiqueraient un contrôle des naissances si elles avaient accès au planning familial. Les femmes, éduquées, sont actrices d’une démographie contenue, attendue pour la fin du siècle.

 

M.J

 

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Rapport : « Etat de la population mondiale 2011 », UNFPA :  http://foweb.unfpa.org/SWP2011/reports/FR-SWOP2011.pd

(1) p 29, (2) p 33, (3) p 36, (4) p 62.

Une cartographie inter-active sur le site de l’UNFPA : « 7 Bilion » http://7billionactions.org/data


Publié le 2 décembre 2011 par marlene dans Afrique/ population.
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Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC – pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié le 23 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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Céréales: un pouvoir d’achat en baisse.

Bonjour,

Emeutes de la faim en Guinée -Konakry, en Mauritanie, au Sénégal, ou au Burkina-Faso, la hausse des produits alimentaires jette les Africains dans la rue. Ces pays, qui dépendent du blé et du riz importés, subissent de plein fouet la flambée des cours de céréales, base de leur alimentation, sur le marché mondial. Selon l’ONG « Afrique verte », au Niger, le sorgho aurait récemment augmenté de 25%, dans la région de Maradi. A Niamey, la capitale, le mil et le blé ont enregistré une hausse d’environ 20%. Le Food Crisis Prevention Network (FCPN) rapporte qu’au Burkina-Faso, pays touché par des inondations en 2007, le prix du sac de maïs aurait doublé en un an. Le FCPN, chargé de la sécurité alimentaire dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, ne parle pas encore de famine. Mais si les cours des céréales continuent de grimper, certaines populations du Sahel et d’Afrique de l’Ouest pourraient manquer de nourriture.

Le PAM manque d’argent pour faire les courses…

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue une aide aux pays d’Afrique de l’Ouest, estime qu’il lui faudra trouver 30% d’argent supplémentaire cette année, pour nourrir le même nombre de personnes que l’an dernier. Même problème à la tête du PAM, à New York, où le coût de la nourriture provoque la panique. Depuis 2007, les prix alimentaires ont grimpé d’environ 30%, ceux des céréales ont augmenté de 35%. En 2008, le PAM, qui fonctionne avec des dons, devra trouver 500 millions de dollars pour nourrir 73 millions de personnes, répartis dans 78 pays. La tendance actuelle, plus 20% d’augmentation ces trois dernières semaines, pressent le PAM à remplir les caisses.

La faute aux agrocarburants…

Le développement des agrocarburants, qui convertit les blés américains en maïs, qui étend le colza dans les campagnes européennes, est en partie responsable de cette flambée des prix des céréales. Il explique encore l’augmentation du prix de l’huile de palme ou de soja, désormais alignés sur les prix du carburants d’origine végétale. Josette Sheeran, la patronne du PAM, a récemment déclaré :« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant. » Le boom des agrocarburants, qui fait décoller les prix du maïs et du soja dans un contexte de pétrole cher, qui détourne les terres cultivables et accapare l’eau, n’explique pas complètement la situation actuelle. On ne produit pas d’agrocarburant avec le blé, qui pourtant augmente. Et pousse le prix de la baguette, même en Afrique.

Pétrole, sécheresses, et démographie…

Pour le PAM, cette hausse des prix alimentaires résulte aussi de l’envolée des prix de l’énergie, qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Des engrais pour améliorer les rendements, au transport des produits, en passant par leur stockage, tout est devenu plus cher. Autre facteur explicatif, la mutation des marchés intérieurs, chinois ou indiens, plus riches, et plus gourmands en viande et en produits laitiers. Le climat, et ses sécheresses, notamment en Australie, contribuent encore à doper le prix des produits alimentaires. Les stocks alimentaires, à leur plus bas niveau depuis une vingtaine d’années, favorisent encore la spéculation. Sans oublier la démographie, plus on est nombreux, et plus on mange. En 2030, si l’on veut satisfaire les besoins d’une planète plus peuplée, la production alimentaire devra nécessairement augmenter de 50%. Cette perspective pourrait accentuer la compétition entre cultures alimentaires, et énergétiques. Sans parler des conséquences environnementales, sur-exloitation des sols, déforestation, manque d’eau, ou pollution des nappes phréatiques.

Et pendant ce temps, dans le Bassin du Fleuve Sénégal, des agronomes chinois expliquent à des cultivateurs sénégalais, qui rêvent d’autosuffisance alimentaire, les techniques de repiquage de riz

M.J


Publié le 26 mars 2008 par marlene dans Afrique/ population.,biocarburants,faim
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L’Afrique grandit vite.

Bonjour,

L’Afrique vient de faire le point sur sa démographie. Du 10 au 14 décembre dernier, la Cinquième conférence sur la population africaine a réuni experts et scientifiques à Arusha, en Tanzanie. Un prétexte pour rappeler quelques grandes tendances, explosion démographique, urbanisation rapide, et fuite des cerveaux.

L’Afrique, c’est d’abord un « grand bond démographique ». Au cours du XX° siècle, le continent a multiplié sa population par 5, ou par 7, selon les sources.Cette démographie, qui pèse environ 770 millions de personnes, devrait passer à deux milliards autour de 2050, avec une croissance annuelle supérieure à 2%. (1) (2)Cette progression est particulièrement nette en Afrique sub-saharienne, où une trentaine de pays révèlent une forte fécondité, avec plus de cinq enfants par femme.(1) D’ici quatre à cinq décennies, l’Afrique sub-saharienne pourrait compter environ 1,7 milliard d’habitants. (3).

Cette poussée démographique s’explique par une forte fécondité. L’Afrique, et notamment la zone sub-saharienne, n’a pas accompli cette transition démographique qui régule les populations dans la plupart des espaces en voie de développement. L’Amérique latine, ou l’Asie, ont mieux négocié leur mutation démographique. En Afrique, les femmes continuent à avoir beaucoup d’enfants. Cette spécificité s’explique par des facteurs socio-culturels, des mariages précoces, une tradition de grandes familles, des femmes vouées à la maternité, et sans doute un accès plus difficile à la contraception. Quand 60% des femmes d’Amérique latine et d’Asie bénéficient d’une contraception moderne, 10 à 20% des Africaines y ont accès. (1) Le manque de politique démographique, promouvoir des méthodes contraceptives ou valoriser la famille réduite, entretient cette fécondité soutenue.

Cette conférence sur la population africaine a permis de nuancer une idée répandue dans les années 2000. Si plus de 20 millions d’Africains vivent avec le virus du VIH (3), la pandémie du SIDA ne devrait pas inverser le dynamisme démographique du continent. Le taux de prévalence, ou le nombre de personnes infectées par le virus, est passé de 9% en 2001, à 6% aujourd’hui. (1) Si la situation reste beaucoup plus préoccupante en Afrique australe et orientale, régions les plus touchées par le SIDA, l’évolution de la maladie ne devrait que ralentir l’évolution de la population. L’efficacité des programmes de lutte contre la maladie, l’information et la distribution de préservatifs, ont vraisemblablement contribué à limiter l’impact démographique du SIDA.

Ce dynamisme démographique, conjugué au manque de perspectives dans les zones rurales, devraient doper l’urbanisation. Avec une croissance urbaine supérieure à 3% – voire beaucoup plus dans certaines régions -, on suppose que d’ici 2030, près de la moitié de la population africaine sera citadine, contre 40% actuellement.(2) L’émigration vers les villes de jeunes adultes, en quête de meilleures conditions de vie, gonflera des villes déjà bricolées, et peu préparées à cet afflux de population. Cette surpopulation de quartiers précaires, sans aménagement sanitaire, promet une misère urbaine difficile à gérer. Ce continent, à l’urbanisation inégale, compte déjà une quarantaine de villes de plus d’un million d’habitants. Et quelques monstres urbains, Lagos, Le Caire, ou Johannesburg.

La fuite des cerveaux inquiète encore les Africains. Selon l’OIM ( Office international des migrations), depuis 1990, au moins 20.000 personnes désertent chaque année le continent africain. Le profil classique du déserteur est l’étudiant qui décide de ne pas rentrer dans un pays, souvent instable, à la fin de ses études. La faute à qui ? A ces dirigeants qui ne font pas grand chose pour rendre leur pays attrayant ? Ou à ces étudiants qui misent sur les conditions professionnelles occidentales, au détriment du développement de leur pays d’origine? La stabilité politique est un argument fréquemment avancé. Reste une idée, inciter les émigrés à investir dans leur pays d’origine, tout en continuant à vivre à l’étranger. Une idée intéressante pour une conférence africaine qui associait, population et développement.(4)

M.J

(1) » Afrique: le grand rattrapage démographique. », John May, Jean Pierre Guengant, propos recueillis par Jean Pierre Turquoi, Le Monde, 16 – 17 décembre 2007. (2) « Adopter une approche de l’urbanisation en Afrique centrée sur les populations », Carole rakodi, Chronique des Nations Unies, Volume XLIV, 2006.(3) L’Union pour l’etude de la population africaine (UEPA), Cinquième conférence sur la population africaine, www.uaps.org.(4) « Que font les gouvernements pour arrêter la fuite des cerveaux? », Aimable Twahirwa, Inter Press Service News Agency, 26 décembre 2007.


Publié le 28 décembre 2007 par marlene dans Afrique/ population.
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