Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Children are the future of China’s greenpower. »

Bonjour,

Après une course effrénée au développement signalée par une croissance annuelle moyenne de 10% pendant les trois dernières décennies, la Chine respire de plus en plus mal. Au milieu des années 2000, 60% des villes chinoises, dans lesquelles résident les 2/3 tiers de la population urbaine du pays, sont enveloppées d’un nuage de pollution. En 2008, Beijing compte parmi les 10 villes les plus polluées de la planète, classement établi par l’Organisation mondiale de la Santé. Une étude récente sur les principales causes de mortalité dans le monde attribue la mort prématurée d’1,2 millions de Chinois à une mauvaise qualité de l’air en 2010. La relation entre une industrialisation brutale et la dégradation des conditions de vie de la population s’affirme. Pourtant, depuis une décennie déjà, la Chine s’engage sur la voie d’une transition verte. Ce choix d’un développement plus respectueux des hommes et de l’environnement s’est affirmé lors du dernier plan quinquennal (2006-2011). Un rapport publié par le Worldwatch Institute    évalue le potentiel  de conversion de trois secteurs importants de l’économie chinoise, l’énergie, les transports, et les forêts, à l’horizon 2020.

 

Renouvelables.

Dans cette économie soumise au charbon – 70% de l’énergie consommée et 80% des émissions de CO² -, les énergies renouvelables constituent l’option majeure de cette transition verte. La Chine y travaille déjà. En une dizaine d’années, le pays a fortement développé le chauffe-eau solaire. En 2008, cette technologie représente déjà la moitié de renouvelables consommés dans le pays – hors hydroélectricité et biomasse. Les panneaux tournés vers le ciel se multiplient, 31 millions de m² en 2008, auxquels s’ajoutent  42 millions de m² en 2009. Le pays compte alors 177 millions de m² installés, l’objectif 2010 -150 millions de m² – est dépassé.  Aujourd’hui, la Chine exploite 80% de la capacité mondiale de chauffe-eau solaire. Avec un potentiel annuel estimé autour des 2,4 milliards de milliards de tonnes équivalent charbon, l’énergie solaire est d’ailleurs l’un des grands atouts de la Chine. Cette capacité solaire est de taille à modifier le mix énergétique du pays. Les provinces du Xizang, du Qinghai, du Xinjiang, du Gansu, du Ningxia,  situées  à l’Ouest et au Nord du territoire, et la Mongolie Extérieure  sont particulièrement prometteuses. Chaque année entre 2006 et 2011, le secteur a déjà crée plus de 10.000 emplois, directs et indirects. Il pourrait encore en offrir 20.000 annuels entre 2011 et 2020, estime la publication du WWI. Depuis le milieu des années 90, option renforcée en 2006-2011, la Chine  augmente sa capacité éolienne.  En 2010, 378 nouveaux projets éoliens sont conçus. Avec une capacité raccordée au réseau de 31 Gigawatt,  la Chine domine désormais l’éolien mondial, devant les Etats-Unis. Le  pays vise 120 Gigawatt à l’horizon 2020. L’industrie du vent, qui a généré 40.000 emplois directs chaque année entre 2006 et 2010, pourrait encore en créer 34.000 annuels entre 2011 et 2020. Estimation basse.

 

Hybride, métro, et train à grande vitesse.

Au cours de  sa conversion industrielle, la Chine est passée de l’ère de la bicyclette à celle de la voiture. En 2009, le pays devient le plus grand marché automobile du monde, devant le marché états-unien. Environ 170 millions de véhicules y circulent. Et si le rêve automobile continue de séduire les plus aisés, le pays pourrait compter 220 millions de véhicules supplémentaires en 2020. Pour adoucir cette prévision, les Autorités investissent dans des transports moins polluants. Le marché du véhicule hybride, environ 5000 véhicules en circulation mi-2010, pourrait se développer. Avec le soutien du gouvernement, plus de 16 millions de véhicules, hybrides et électriques, pourraient sortir des usines d’ici à 2020. Avec un peu plus d’un million d’emplois induits chaque année. Autre alternative, le rail urbain et interurbain. En 2006, le métro et le train léger ont transporté 1,8 milliards de passagers, deux fois plus qu’en 2001. Shangaï et Beijing en tête. A l’occasion de l’exposition universelle de 2010, le métro de Shangaï  déploie le plus long réseau du monde,devant celui de Londres. Entre 2005 et 2008, les investissements dans le rail urbain doublent. Quelques années plus tôt, la Chine s’est dotée d’une première ligne à grande vitesse. Aujourd’hui, le pays domine le marché mondial du train à grande vitesse. Sur le territoire chinois, 17 lignes sont opérationnelles sur près de 8500 kilomètres, le train rapide le plus cher du monde. Mais la Chine vise 18.000 kilomètres de rail pour 2020. Ces 10.000 kilomètres supplémentaires devraient  générer environ 630.000 emplois annuels pour la période 2011-2020, emplois directs et indirects.

 

4,5 millions d’emplois.

Les forêts chinoises comptent plus de 1800 espèces d’animaux sauvages, 2000 essences d’arbres, et plus de 6000 végétaux. La forêt, habitat pour quelques centaines d’espèces inconnues ailleurs, est au cœur de cette transition écologique. Ces arbres, qui piègent le carbone et rejettent de l’oxygène, contribuent aussi à atténuer les excès de la pollution. A la fin des années 40, le territoire chinois compte peu de forêts. Le pays, qui entreprend un gigantesque effort de plantation, 62 millions d’arbres mis en terre, étend son couvert forestier sur 195 millions d’hectares. Un record mondial. Pendant un demi-siècle, le territoire s’est doté de 3 à 6 millions d’hectares de forêts chaque année.  A l’horizon 2020, la superficie boisée devrait encore augmenter de 10%. Le pays, qui offre un patrimoine de plus de 2000 parcs nationaux,  se tourne aussi vers le tourisme vert. Au total, le secteur forestier – reboisement, entretien des jeunes forêts, tourisme – pourrait représenter plus de 2 millions d’emplois annuels pour la période 2011-2020. Et si l’on fait l’addition, énergie, transports, et forêts permettraient de créer au moins 4,5 millions de « green jobs » en 2020. Si la transition se poursuit à ce rythme, qu’elle se combine avec d’autres niches de l’économie verte encore mal connues des statistiques, la réserve d’emplois sera bien supérieure encore, note le rapport du WWI.

 

“Children are the future of China’s greenpower”

Cette transition verte proclamée connait des contrariétés et des inconnues. Bien que la Chine inonde le monde de sa technologie photovoltaïque, l’électricité solaire attend encore son développement dans le pays. Le marché de l’éolien, qui s’exporte à merveille, peine à reproduire cette performance en interne. La plupart des centrales, solaires et éoliennes, ne sont pas connectées au réseau, dilapidant ainsi les millions de dollars investis. L’électricité produite est encore trop chère. Les efforts engagés depuis deux décennies pour faire avancer la décentralisation génèrent aussi des querelles de pouvoir entre les Autorités provinciales et locales, au risque de gripper cette mécanique verte. L’information nécessaire à cette transition verte, inexistante ou déformée par le système statistique, retarde le processus de transition socio-économique. Il faudra sans doute attendre quelques décennies pour que la première puissance émergente finalise un scénario de transition, qui pourrait faire école dans le monde. « Children are the future of China’s greenpower” promet le rapport.

 

M.J

 

La lointaine province occidentale du Xinjiang est devenue l’un des fronts du développement de l’énergie renouvelable, notamment du solaire. Grâce à des panneaux photovoltaïques, un petit village du désert découvre l’électricité en continu….

 

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“Green Economy and Green Jobs in China:

Current Status and Potentials for 2020” Jiahua Pan, Haibing Ma, and Ying Zhang

L i s a  M a s t n y,  editor, Worldwatch Report 185

Wo r l dwat c h  In s t i t u t e, July 2011. http://www.worldwatch.org/system/files/185%20Green%20China.pdf

 

Summury: http://www.worldwatch.org/bookstore/publication/worldwatch-report-185-green-economy-and-green-jobs-china-current-status-and-po


Publié le 8 avril 2013 par marlene dans Chine,Développement durable,energies alternatives,Pollution atmospérique.
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Protéger l’eau à sa source: une idée qui chemine…

Bonjour,

New York est une métropole qui a choisi de distribuer une eau naturellement filtrée à près de 9 millions d’habitants, alternative aux coûts et aux nuisances d’une eau artificiellement traitée.  Au début des années 90, la ville, encore en pleine expansion, pèse sur l’environnement et renonce à construire l’unité de filtrage dont elle a besoin pour approvisionner ses citadins. A contre- courant des pratiques du moment, New York décide de valoriser un complexe hydrographique situé à proximité, le système Catskill /Delaware. Situé en amont de la ville, il comprend 6 lignes de partages des eaux, et déroule des paysages de rivières, de zones humides, et de forêts. C’est l’ensemble du système, la forêt, les sols à faible teneur en carbone, et le système d’écoulement, qui fabrique une eau de qualité.  Cette eau naturellement filtrée est ensuite acheminée, via un réseau complexe de réservoirs, d’aqueducs, de tunnels, vers le terminal de distribution. Le processus, qui multiplie les acteurs et les démarches, se concrétise en 1997. La ville développe alors un immense programme de protection de ce complexe de bassins versants, et implique les populations de Catskill et de Delaware. En échange de l’entretien des écosystèmes de ce réservoir naturel, ces communautés agricoles et forestières reçoivent une indemnité annuelle. Aujourd’hui, ce système de distribution d’eau  permet de couvrir 95% des besoins de la ville. Après l’ouragan Sandy, qui balaie le Nord de la côte Est des Etats-Unis en octobre dernier, les New-Yorkais ont manqué d’électricité pendant quelques jours. Pas d’eau potable. Si l’avantage écologique est évident, il est aussi financier. La ville, qui n’a pas construit l’unité de traitement des eaux aurait économisé entre 6 et 8 milliards de dollars. Plus quelques centaines de millions, destinés à l’entretien de la structure. L’idée, sans doute visionnaire dans les années 90, a fait du chemin. (1)(2)

 

L’eau, un frein à la croissance.

Direction la Chine, et la ville de Zhuhai sur la côte Sud. Le gouvernement chinois incite les communautés qui vivent en amont de la ville à travailler la terre sans excès, tout en respectant la ressource en eau. En contrepartie de cette agriculture plus douce, quelques 100.000 personnes, oubliées de la croissance économique, reçoivent l’équivalent d’une assurance santé. Ce programme de mise en valeur de l’eau à sa source est, comme celui de New York,  listé par le récent rapport State of Watershed Payments 2012. (1) Cette publication d’Ecosystem Marketplace – a Forest Trend initiative- dresse un état mondial des projets de restauration des lignes de partage – watershed, en anglais -, et chiffre les investissements consacrés. La Chine, qui dispose de faibles ressources en eau potable par habitant, sans doute l’un des grands pays les moins bien dotés, a bien compris l’enjeu de ce processus de conservation. Selon la Banque mondiale, le déficit et la pollution des eaux de la puissance chinoise absorberaient déjà plus 2% de son PIB. (3) Alors, pour continuer sa course au développement, la Chine investit pour préserver ses ressources en eau. Toujours selon le State of Watershed Payments, en 2011, la Chine concentre 91% des investissements mondiaux dans le secteur. Zhuhai est l’un des 61 projets de restauration des bassins fluviaux développés en Chine, sur un peu plus de 200 à l’échelle mondiale. La Chine talonne les Etats-Unis, 67 projets en cours.(1)

 

Les écosystèmes, piliers d’une nouvelle économie.

En 1996, un petit groupe de décideurs, acteurs de l’industrie forestière, défenseurs de l’environnement, donateurs, s’intéressent de près à la protection des forêts. Trois ans plus tard,n l’équipe renforcée par des chercheurs, des banquiers, et des philanthropes, fonde  Forest Trends, une ONG américaine basée à Washington. Depuis, Forest Trends porte son attention sur la valeur des forêts, dont elle caractérise et chiffre les services rendus dans le but d’inciter à une gestion durable. Forest Trends soutient les projets et les initiatives qui valorisent une économie, basée sur les écosystèmes forestiers. Il y a encore l’intention d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui vivent dans le périmètre protégé. Ecosystem Marketplace, création de Forest Trend, fournit une base de données qui contextualise, précise les marchés, et détermine la valeur des services rendus par les écosystèmes. L’information porte, par exemple, sur la qualité de l’eau, la séquestration de carbone, ou sur la biodiversité. Elle est gratuite. Ecosystem Marketplace souhaite faire évoluer les mentalités et placer les écosystèmes au cœur d’une nouvelle économie. D’où  l’idée de leur donner une valeur pour que les services rendus – production d’eau, de nourriture, de combustibles ; régulation des eaux, du climat, pollinisation ; entretien des sols ; bénéfices socio-économiques et culturels…- ne soient plus considérés comme acquis. Cette vision économique, qui parie sur la conservation des espaces pour assurer la continuité des écosystèmes, gagne du terrain. En 2011, 17 milliards de dollars ont été investis dans la valorisation des lignes de partages des eaux. Soit 2 milliards de mieux qu’en 2008. (1) Les analystes d’Ecosystem Marketplace considèrent que les investissements dans les systèmes des  lignes de partage annoncent un renouveau du financement de la conservation des espaces naturels. Sans parler des emplois « verts » créés sur le terrain. (3)

 

 Premiers développements d’une réponse globale?

Dans un monde où 80% des espaces seraient exposés à une menace sur l’approvisionnement en eau potable, les initiatives se multiplient. (3)En Afrique du Sud, le programme Working for Water (wfw) implique des chômeurs de longue durée pour éliminer les espèces invasives, herves à pampas, jacinthes d’eau, ou roseaux géants, qui perturbent les cours d’eau, et posent des problèmes de sédimentation dans le pays. Il s’agit encore de gros eucalyptus dont les racines retiennent d’énormes quantités d’eau. L’eau libérée est  réintroduite dans  la rivière. L’Afrique du Sud économise ainsi beaucoup d’argent, qu’elle aurait dépensé pour assainir les cours d’eau. WfW emploie près de 30.000 personnes. Les fonds viennent du programme de lutte contre la pauvreté développé par le gouvernement, des factures d’eau des ménages, et d’une fondation. En 2009, le pays a consacré plus de 100 millions de dollars à la restauration de ses bassins versants, un espace estimé à 160.000 hectares. A l’échelle mondiale, le financement des projets résulte majoritairement de fonds publics. Le secteur privé, qui n’a pas toujours les moyens d’investir dans de gros travaux, ou qui considère que la gestion de l’eau reste une affaire d’Etat, est encore en retrait. Sur les 200 projets actuellement en cours, l’argent privé n’apparait que dans une cinquantaine de programmes. (4) Beaucoup de ces entreprises fabriquent des boisson. En Ouganda, un brasseur de bière finance la protection des zones humides, afin de préserver la quantité et la qualité de l’eau dont elle a besoin. Un projet analogue se développe en Zambie, financé par en partie par les brasseries zambiennes, sous licence SABMiller. En France, des agriculteurs perçoivent des compensations pour préserver la nappe aquifère, et conserver la pureté de la source Vittel, propriété du groupe Nestlé. Mais il n’est pas toujours question d’argent. En Bolivie, dans la vallée de Santa Cruz,  plus de 500 familles reçoivent des ruches, des plants de fruits, et du fil de fer, qui sert aussi à éloigner le bétail des rivières. Plus économique en Suède, dans une localité à proximité du Fjörd de Gullmar, une petite compagnie d’eau a préféré investir dans la moule bleue  pour filtrer les pollutions au nitrate, plutôt que de se lancer dans les grands travaux d’une unité de traitement des eaux. «  Nous assistons aux premiers développements d’une réponse globale qui pourrait transformer notre façon d’estimer et de gérer les lignes de partage des eaux dans le monde », déclare Michael Jenkins, Président de Forest Trends, lors de la présentation du rapport. (3)

M.J

 

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(1) « Charting New waters – State of Watershed Payments 2012” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative.http://www.forest-trends.org/documents/files/doc_3308.pdf

(2) « New York City »,  Information Center for the Environment (ICE), UC Davies, University of California. http://ice.ucdavis.edu/node/133

(3) “New Study: US$8.17 Billion Spent in 2011 to Safeguard Drinking Water and Regional Supplies by Protecting Watersheds—$2 Billion Above 2008 Levels,” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative, Press Release,

http://www.forest-trends.org/embargoed_water_2013.php

(4)  Global threats to human water security and river biodiversity

C. J. Vo¨ro¨smarty1*, P. B. McIntyre2*{, M. O. Gessner3, D. Dudgeon4, A. Prusevich5, P. Green1, S. Glidden5, S. E. Bunn6,

C. A. Sullivan7, C. Reidy Liermann8 & P. M. Davies9,,  334 | NATURE | VOL 468 | 1 1 NOVEMBER 2010

http://limnology.wisc.edu/personnel/mcintyre/publications/vorosmarty_etal_2010_nature_global_threats.pdf


Publié le 31 janvier 2013 par marlene dans Biodiversité,Chine,eau,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau,USA
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Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

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(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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Des « îles aux chèvres » très convoitées.

Bonjour,

Mini archipel. Les îles Senkaku, nom décliné à la japonaise, se situent en Mer de Chine orientale, à environ 400 kilomètres à l’Ouest de l’archipel d’Okinawa, et à un peu moins de 200 kilomètres au Nord-Est de Taïwan. C’est un mini archipel composé de cinq îles volcaniques et de trois rochers. Ces îles sont considérées comme « terra nullius », des terres jamais véritablement habitées. La faune et la flore n’y présentent pas grand intérêt, sauf peut-être quelques oiseaux à plumes. Plus intéressant, les eaux y sont poissonneuses et les fonds marins prétendus dotés d’hydrocarbures. Ces îles, situées à la lisière  du continent asiatique, trop petites pour figurer sur toutes les cartes, sont convoitées par le Japon, la Chine, et Taïwan, qui réclame un peu moins fort. Ce différend territorial, tissé après la Seconde Guerre mondiale, est évoqué par Mao Tsé Toung qui visite le japon en 1978. Il invite à mettre en suspens la question des Senkaku , « pour être traitée par une génération future plus sage ». (1) Les Senkaku, appelées Diaoyu par les Chinois, sont aujourd’hui contrôlées par le Japon.

 

Géo-histoire.L’histoire de cette querelle territoriale entre la Chine et le Japon -Taïwan est ici oubliée -, portée par un fort ressentiment entre les deux Nations, débordée par un nationalisme virulent, est complexe et ancienne. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier en synthétise le cours. (2) D’abord une présence chinoise ancienne, fin du XIV° siècle, attestée par des récits de voyages. Une thèse (2008) en précise les  relations. (1)  En 1372, l’archipel des Ryukyu paie tribut à la Chine. Au début du XVII° siècle, cette relation tributaire lie les Ryukyu  à la Chine,  et au Japon. En 1879, les Japonais annexent les Ryukyu, et découvrent les Senkaku quelques années plus tard. En 1895, ils les intègrent à l’archipel nippon, dans un contexte de guerre sino-japonaise (1894-1895) et de conquêtes territoriales. La Chine n’est pas en mesure de protester. En 1896, l’île, prêtée par le gouvernement japonais, est exploitée par un industriel, Tatsushir? Koga. Il y développe la pêche à la bonite, et valorise les plumes d’albatros. En 1940, c’est la faillite, l’île est abandonnée. L’archipel d’Okinawa, théâtre de violences inouïes pendant la Seconde guerre mondiale, puis de tensions entre les Etats-Unis et le territoire occupé, est restitué au Japon en 1972. Senkaku est intégrée dans ce lot territorial, sans figurer sur l’accord signé entre les Etats-Unis et le Japon en 1970. Les Etats-Unis veulent éviter de prendre parti dans cette querelle annoncée. Malgré un accord de pêche en 1997 entre le Japon et la Chine, les activistes nippons aiment à rappeler l’autorité de leur pays sur ces cailloux. (3)

 

Tensions. A la mi-aoùt 2012, d’autres activistes débarquent  sur Diaoyu pour réclamer son intégration au territoire chinois. Quelques jours plus tard, ils sont salués dans les rues de Hong-kong. Les nationalistes japonais réagissent par une autre expédition sur l’ile.Depuis 2002, la famille Kurihara, devenue propriétaire de l’archipel, loue quatre  îles au gouvernement japonais.  Début septembre, comme annoncé depuis quelques temps, Tokyo achète trois îles de ce mini-archipel pour un peu plus de 2 milliards de yens, plus de 20 millions d’Euros. Officiellement, il s’agit d’empêcher des nationalistes d’acquérir ces rochers, avec des débordements prévisibles. Les tensions, qui se sont multipliées entre les deux pays, s’ajoutent  à des ressentiments plus anciens. La Chine, qui le 19 septembre dernier commémorait l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, début d’une colonisation sauvage qui s’achèvera en 1945, reproche au Japon ses excuses timides. Ce que réfute le Japon. De vieilles  rancunes, la course au leadership régional, des difficultés politiques internes, et un nationalisme actif, se mélangent des deux côtés à des degrés divers pour fabriquer de l’explosif. En Chine, agitée par une semaine de manifestations,  la communauté et les intérêts japonais ont été malmenés. Les usines Toyota, Sony, Panasonic, l’enseigne UNIQLO et d’autres, ainsi que de nombreux commerces ont dû cesser leur activité. La presse évoque une manipulation de l’opinion par les Autorités, soucieuses de la détourner d’autres questions sensibles. Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo crache son venin contre les Chinois. (4)

 

« Iles aux chèvres ». Sur le site de Bloomberg, un éditorialiste, qui prend la mesure de la crise entre les deux pays, prend aussi le parti de la plaisanterie : « Les Japonais les appellent les îles Senkaku, les Chinois les nomment Diaoyu. Laissez-moi suggérer un nom plus approprié : les îles aux chêvres. » Les chèvres sont tout ce que l’on peut trouver sur ce groupe de rochers inhabités,  pour lesquels Japonais et Chinois sont prêts à prendre les armes. (5) Et d’ailleurs, qu’est ce qui fait courir Chinois et Japonais ? L’accès à des eaux  poissonneuses ? De conséquentes ressources en pétrole et gaz, le contrôle des routes qui y mènent ? Ou les frontières dessinées sur la mer par les ZEE, ces zones économiques exclusives qui étirent les territoires à 200 miles marins des côtes. Soit un peu plus de 370 kilomètres. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier note que la ZEE du Japon dote l’archipel de presque 4,5 millions de km²,  qui s’ajoutent à une superficie terrestre d’environ 380 000 km². Ce qui, terre et mer ajoutées, fait du petit Japon le 6° espace mondial.

M.J

 

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(1) “ The Diaoyu / Senkaku Islands Dispute, Questions of Sovereignty and Suggestions for Resolving the Dispute”,  Martin Lohmeyer, University of Canterbury 2008  http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/4085/1/thesis_fulltext.pdf

(2) Philippe Pelletier, Atlas du Japon, Une société face à la post-modernité, Autrement, 2008, p 16, 17, 12.

(3)IIes Senkaku Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Senkaku

(4)”Japon: tensions sur des îles flottantes”, Arnaud Vaulerin, Libération, 24-08-2012 ; « Hong Kong défend la Chine contre le  « militarisme japonais » », Charles Danzac, Libération, 29-08-2012 ; « La Chine secouée par une déferlante anti-japonaise », Philippe Grangereau, Libération, 14-09-2012 ;“la Chine se déchaîne contre ses Japonais »,  Philippe Grangereau, Libération, 17-09-2012 ; « Le Japon met les points sur les îles », « Pékin prends le parti du nationalisme », Philippe Grangereau, Libération, 19-09-2012.

(5)” Why Outrage Over Islands Full of Goats Is Crazy”, William Pesek, Bloomberg, 18-09- 2012 http://www.bloomberg.com/news/2012-09-18/why-outrage-over-islands-full-of-goats-is-crazy.html

 

 

 


Publié le 21 septembre 2012 par marlene dans Actualité,Chine,Japon
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Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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« Perfumed Jungle », essence d’architecture verte.

Bonjour,

En feuilletant « GREEN – Architecture Now», un gros bouquin qui illustre les déclinaisons de l’architecture verte dans le monde, maisons individuelles ou projets plus ambitieux, je me suis arrêtée sur « Perfumed Jungle ». C’est une proposition architecturale étonnante qui métamorphose le front de mer de et le quartier des affaires de l’île principale de Hong-Kong. Un gigantesque projet qui oxygène et souligne un paysage urbain planté de buildings. « Hong- Kong », assise au bord de la Mer de Chine méridionale, à l’embouchure de la rivière des perles, signifie « Port aux Parfums », un nom qui évoque le temps où les arbres parfumés abondaient dans la ville. L’équipe de « Vincent Callebaut Architecture » , à l’origine de cette vision architecturale, a repris l’évocation pour imaginer une « Jungle parfumée» dans une ville soumise à de fortes contraintes environnementales, et humaines. Hong- Kong, composée de trois îles aux paysages escarpés, oppressée par un climat subtropical, est encore étouffée par une  pollution qui la plonge souvent dans un brouillard gris. La cité, qui concentre un peu plus de 7 millions d’habitants sur 1/5° de son territoire, le reste est trop montagneux pour construire, présente des densités de 30.000 habitants au km², parmi les  plus élevées au monde. (2) « Perfumed Jungle », qui propose un ensemble de tours aérées et rebondies, offertes à une végétation abondante, qui décline une topographie aquatique en bord de mer, doit modérer la pollution, tout en inversant l’empreinte écologique du quartier. Les tours, jardins verticaux plongés en Mer de Chine, constituent des habitats pour la flore, la faune, et les hommes. Grâce au processus de photosynthèse, leur végétation doit purifier l’atmosphère. Chaque élément, autosuffisant, doit produire plus d’énergie et de biodiversité qu’il en consomme. Au bas des tours, l’espace aquatique, maillage de piscines, de marinas, de nouveaux quais, ou lagons d’épuration biologique, doit constituer une réserve d’eau pour le quartier, un espace de vie pour les espèces locales. Sa géographie, en cascade,  rappelle les paysages de rizières. L’ensemble, aux fonctions écosystémiques, donne vie à l’architecture. Cette proposition urbaine a été imaginée pour l’une des villes les plus prospères de la planète, qui n’a pas encore signé, et qui peine à développer un plan de logements sociaux

Visite du projet sur le site de Vincent Callebaut

M.J

(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Perfumed Jungle” – Hong-Kong, China, 2007, pp 100-105

(2) Géographie de Hong-Kong, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_de_Hong_Kong


Publié le 12 novembre 2010 par marlene dans Architecure.,Biodiversité,Chine,Urbanisation
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Dezhou, cité solaire.

Bonjour,

La Chine, qui brûle du charbon pour produire 70% de son énergie, expérimente le renouvelable. Dezhou est en train de devenir la vitrine d’une nouvelle démonstration technologique. Un échantillon vert à l’échelle d’une Chine dopée aux énergies fossiles.

Les toits de Dezhou, une ville de la province de Shandong jusque-là connue pour ses poulets braisés et ses melons d’eau, sont tapissés de panneaux solaires. Dans cette cité de 600.000 habitants, 90% des logements bénéficient de ce chauffage naturel. (1) Les vastes avenues y sont éclairées la nuit par une énergie emmagasinée le jour.  Les habitants peuvent désormais prétendre à une douche chaude, une petite révolution dans une ville habituée aux bains publics. Mais, c’est  Solar Valley qui promet un gigantesque laboratoire de technologies vertes, un projet économique et social en réalisation. Une centaine d’entreprises, dont certaines développent des technologies pour le solaire de demain, leurs sous-traitants, et un centre de recherche, ont déjà colonisé l’endroit. Des dizaines de milliers de paysans, déplacés et relogés dans des blocs de béton divisés en appartement, font également partie d’un programme qui avale leurs terres en bordure de ville.(2) Le Huang Himin Solar Energy Group, le géant mondial du chauffe – eau solaire, établi à Dezhou, en profite pour faire des affaires. Il produit et vend une technologie classique, devenue obligatoire sur les toits des nouvelles constructions, et parie sur l’effet vitrine du projet. Le groupe vient d’ouvrir un hôtel cinq étoiles, à faible émission carbone. Il projette la construction d’un complexe d’appartements de luxe, eco – friendly of course. Deux réalisations dotées chacune d’une piscine chauffée au solaire. Derrière la vitrine, c’est toute la ville de Dezhou qui travaille. En 2008, elle a produit 3 millions de m² de panneaux solaires, une activité qui emploie environ le tiers de la population active.(1) Les Autorités Gouvernementales, citées par Greenpeace, estiment que cette production a permis d’éviter de brûler 540 000 tonnes de charbon, sans oublier le gain CO² qui va avec. (1)Au total, la région de Dezhou produit environ 16% de l’énergie solaire chinoise.(3) Le pays, qui s’engage sur 15% de renouvelables d’ici 2020, a investi l’an dernier l’équivalent de 34  milliards de dollars dans les énergies alternatives. Presque deux fois plus que les Etats-Unis. (2)

En attendant, Dezhou se prépare à accueillir le congrès mondial des « villes – solaires », une initiative de l’International Solar Cities Iniative (SCI) prévue pour septembre prochain. Pour l’occasion, Dezhou devrait encore doter la vitrine d’un centre de conférence équipé d’un système photovoltaïque de 5000 m2 pour une autonomie de 95%, d’une usine de désalinisation dopée par le solaire, et d’un parc d’attractions dédié à l’exploitation du soleil.

M.J

En route pour la cité radieuse….

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(1) “On the sunny side o the street”, Zheng Mingqing, Greenpeace China,

http://www.greenpeace.org/china/en/campaigns/countdown-to-copenhagen/dezhou-solar-story

(2)“China’s experimental Solar Valley a bold step on energy, environment », Andrew Higgins

Washington Post , 06-0- 2010

http://www.boston.com/news/world/asia/articles/2010/06/06/china_takes_bold_step_on_energy_with_solar_valley/

(3) « Solar Energy Changes People’s Lives In Dezhou, China », To Be The Change, 30-03-2010

http://tobethechange.blogspot.com/2010/03/solar-energy-changes-peoples-lives-in.html

(4) ISCI International Solar Cities Iniative

http://www.isci-cities.org/index.php?option=com_content&view=article&id=48&Itemid=2

Et: « L’énergie solaire, une chance pour la Chine », Esther Leburgue, Aujourd’hui La Chine, 05-10-2007 http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=4460


Publié le 9 juin 2010 par marlene dans Chine,energies alternatives

Quand la Chine convoite les eaux du Tibet.

Bonjour,

Le Yarlung Zangbo, qui prend sa source dans les montagnes de l’Himalaya, à 5000 mètres d’altitude, est un fleuve majeur partagé par le Tibet – et la Chine -, l’Inde, et le Bengladesh. Il s’appelle Yarlung Tsangpo quand il traverse le Sud-Est du Tibet. Puis il tourne et pénètre en Inde par une vallée très profonde, où il devient le Brahmapoutre, et irrigue la vallée fertile de l’Assam. Au Bengladesh, où il s’appelle Yamuna, il s’achemine vers le Golfe du Bengale, via le delta du Gange Brahmapoutre. Au Tibet, dans l’extrémité orientale de l’Himalaya, le fleuve a creusé l’une des gorges les plus impressionnantes au monde, le canyon du Yarlung Zangbo, en chinois. Avec plus de 500 km de long et une profondeur moyenne de 2200 mètres, il détrône le canyon du Colorado.(1) Ce fleuve, très fréquenté par les touristes et les néo-explorateurs, a été surnommé « L’Everest  des rivières », en raison de sa difficulté d’accès. (2) C’est ici, en territoire tibétain, dans la région du Great Bend, quand le fleuve effectue un brusque méandre avant de pénétrer en territoire indien, dans une gorge où il plonge de 2500 mètres sur environ 200 kilomètres, que la Chine a décidé de construire un giga barrage. Le projet, situé près de la ville de Metog, préparé de longue date, longtemps tenu secret, techniquement difficile à réaliser, doit tirer parti de l’un des meilleurs sites du monde pour son potentiel hydro-électrique. La future centrale, d’une capacité annoncée de 38 gigawatt, soit un peu plus du double de celle du barrage des Trois Gorges, installée dans les paysages accidentés et instables du Tibet, sera raccordée au territoire chinois. Les prouesses techniques déployées pour dompter la géographie himalayenne en disent long sur les besoins en électricité de la Chine. Pour les Tibétains, raccordés il y a peu de temps au  réseau électrique, pour ceux qui le sont, la vallée du Yarlung Tsangpo accompagne leur civilisation. Un peu comme le Nil pour les Egyptiens. Le fleuve a donné son nom à la première dynastie de rois tibétains. La vallée est dotée de nombreux sites sacrés, de lieux de méditation, et de monastères. Le Yarlung Tsangpo est omniprésent dans l’imagerie tibétaine. La région du Great Bend, Pema Koe, qui territorialise le bouddhisme, est un espace sacré pour les Tibétains, et pour les milliers de croyants répartis à travers le monde. La région est aussi un trésor de biodiversité. Difficile d’accès pour les botanistes, on y dénombre cependant quelques 3 700 espèces de plantes. Mais la zone, assise sur l’Himalaya et le plateau tibétain, à la rencontre de deux plaques tectoniques, serait aussi soumise à un risque sismique, argument des opposants, mais jusqu’alors minime. Mais selon un autre spécialiste, le risque se précise si l’on met en parallèle l’immense retenue d’eau du barrage, avec les explosions nucléaires destinées à creuser des tunnels sous l’Himalaya. (2) Plus embêtant encore, le projet risque de priver d’eau des millions de personnes, riveraines du Brahmapoutre en Inde, et de la Yamuna au Bengladesh. Car il est aussi question de détourner l’eau, sur des milliers de kilomètres à travers les plateaux tibétains, pour arroser les régions assoiffées du Nord- Ouest de la Chine, dans les provinces du Xinjiang et du Gansu.(2) Reste que le barrage rendrait l’Inde et le Bengladesh dépendants de la Chine pour l’eau pendant la saison sèche, et pour contenir les inondations pendant la saison des pluies. Sans compter que le barrage retiendrait les sédiments qui valorisent les sols en aval. Dès 2003, l’Inde s’inquiète du projet. En avril dernier, la presse indienne rapporte l’aveu des Chinois. Le projet est bel et bien en route. Dans un contexte où le tracé frontalier qui sépare la Chine et l’Inde sur les hauteurs himalayennes fait l’objet d’une discorde, la question de l’eau pourrait aggraver les tensions entre deux pays. Ils n’ont pas d’accord sur les partages de l’eau. (3). Mais selon le Guardian, l’Inde et la Chine se seraient entendues pour s’informer mutuellement des projets d’aménagement sur le « Tsangpo -Brahmapoutre». (4) Les Chinois, qui se vantent de maîtriser les contraintes techniques du barrage, devraient commencer une construction, déjà bien balisée. Une route qui mène au site, perchée sur les hauteurs, rappelle que techniquement rien n’est impossible. Le Tibet, dont les eaux abondantes irriguent le Sud et le Sud-Est asiatique, serait le nouveau réservoir de la Chine. On parle d’’autres projets, plus modestes, en cours et à venir. (1) En 2005, Li Ling, un ancien officier de l’Armée chinoise de Libération du peuple publie un livre intitulé: « How Tibet’s Water Can Save China ». (1)

M.J

Une video indienne qui prétend apporter des preuves de la construction d’un barrage, côté (tibétain) chinois du Brahmapoutre. En langue indienne, pour l’ambiance…

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(1) “Damming Tibet’s Yarlung Tsangpo-Brahmaputra and other South Asian rivers », The Tibetan Plateau blog,  24-05- 2010 http://tibetanplateau.blogspot.com/2010/05/damming-tibets-yarlung-tsangpo.html

(2)”Tsangpo River Project”, Candle for Tibet, posted by Maryse, 03-01-2009 http://candle4tibet.ning.com/profiles/blogs/tsangpo-river-project

(3) « China admits to Brahmaputra project”, IST,Indrani Bagchi,TNN, The Economic Times, 22-04-2010.

http://economictimes.indiatimes.com/news/politics/nation/China-admits-to-Brahmaputra-project/articleshow/5842624.cms

(4) “Chinese engineers propose world’s biggest hydro-electric project in Tibet”, Jonathan Watts, Asia environment correspondent, The Guardian, 24-05-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/24/chinese-hydroengineers-propose-tibet-dam


Publié le 31 mai 2010 par marlene dans Barrages,Chine,eau,énergie,Préjudice écologique

Chine: une agriculture qui pollue.

Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

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(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Chine,eau,Préjudice écologique
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