Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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7 milliards: des jeunes, des vieux, des Africains, et des femmes.

Bonjour,

Depuis le 31 octobre dernier, la planète compte 7 milliards d’habitants, estimation des Nations Unies. Il a fallu attendre les années 1800 pour atteindre le premier milliard, il faut désormais 13 années pour en compter un nouveau. Si la baisse de la fécondité dans la plupart des pays du monde ralentit la croissance de la démographie mondiale, la population continue de grossir. En 2011, l’Asie, qui dépasse les 4 milliards d’habitants, a de bonnes chances de rester le continent le plus peuplé. Elle devrait dépasser les 5 milliards au milieu du siècle, avant de redescendre lentement. L ’Amérique, l’Europe, et l’Océanie, en dessous des 2 milliards, devraient les atteindre et s’y stabiliser en 2100. L ’Afrique, qui compte plus d’un milliard d’habitants depuis 2009, caractérisée par une forte fécondité, est en progression vertigineuse. Un rapport publié par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) esquisse un long portrait d’une humanité qui change de profil, et de monde. Trois tendances.

Une humanité plus jeune. La moitié des 7 milliards d’habitants de la planète est âgée de  moins de 25 ans. L’Inde, où les femmes ont un taux de fécondité de 2,5 enfants – soit plus que le remplacement des générations situé à 2,1 – compte 600 millions de 24 ans ou moins. Cette jeunesse est accueillie comme une bonne nouvelle par les Autorités car elle permettra de faire tourner l’économie indienne pendant quelques décennies. Un avis que ne partagent pas démographes et sociologues, qui s’interrogent sur leur capacité s’adapter à un contexte économique plus complexe et plus sophistiqué. En Inde, près de la moitié des enfants souffre de malnutrition, 66% terminent un cycle primaire, avec une chance sur deux de continuer des études secondaires. Le chômage des jeunes est d’ailleurs l’une des inquiétudes de ce début de siècle. Selon l’OIT, l’Organisation internationale du Travail, 13% des 15-24 ans sont sans emploi en 2009. Un record historique lié à la crise économique. Dans le monde arabe, cette proportion dépasse les 23%. En Tunisie et en Egypte, ces jeunes ont fait vivre le « Printemps Arabe ». Un adolescent d’une quinzaine d’années, originaire d’une petite ville située sur les bords du Canal de Suez, évoque l’entrée en politique de cette  jeunesse désoeuvrée : «  C’est nous qui avons fait la révolution. Nos familles nous disaient de nous tenir tranquilles. Nous n’en avons rien fait. Nous sommes descendus dans la rue en quête de notre rêve. » (1) Education insuffisante, chômage, SIDA, mariages précoces, adolescentes enceintes, très nombreuses en Afrique subsaharienne, en Amérique latine, et dans les Caraïbes, contrarient l’idée d’une jeunesse dorée dans l’espace en développement. Pourtant, pointe le rapport: « La génération actuelle des jeunes est prête à modifier fondamentalement le monde ; il y irait de l’intérêt des gouvernements de cultiver et d’utiliser leur potentiel et de ne pas laisser passer les opportunités qu’ils offrent pour le développement. »(2)

Une humanité plus âgée. En 1950, les plus de 60 ans représentent 8% de la population mondiale. Ils seront 22% vers le milieu du siècle. D’ailleurs, la part des plus de 60 ans progresse de 2,6% par an, plus que la croissance démographique mondiale. Il existe une relation étroite entre jeunes et aînés, dont les vies se séparent. Dans de nombreux pays, développés ou non, la jeunesse émigre vers les villes, à l’étranger, en quête d’un travail, laissant ses aînés seuls, parfois sans ressource. En Chine, la part des personnes âgées progresse régulièrement, conséquence de la politique des familles à un enfant et d’une amélioration de la santé. Les plus de 60 ans, qui représentaient 10% de la population chinoise en 2000, dépassent actuellement plus de 13%. Pour limiter le coût de logements neufs, les Autorités chinoises s’efforcent de retenir la population âgée à domicile. Et y parviennent. Pour parer au coût du vieillissement, la Chine et l’Inde, pourtant dotée d’une démographie plus jeune, réfléchissent comment confier la responsabilité des aînés à leurs enfants. Partout, dans les pays émergents et pauvres, quand l’Etat ne peut intervenir, ONG, collectivités, et donateurs privés sont sollicités pour adoucir la vieillesse, et remédier à l’éclatement des familles. Dans les pays riches, à plus forte espérance de vie et à jeunesse déclinante, le vieillissement pose le problème du financement des retraites, celui du maintien à domicile. S’il existe des écarts, 25% de personnes âgées en Finlande et autour de 5% en Ethiopie et au Mozambique, les vies s’allongent partout. Entre 1950 et 2010, l’espérance de vie a progressé de 11 ans dans les pays développés, de 26 ans dans les pays émergents, et de presque 20 ans dans les pays les plus pauvres. En 2009, le Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies émet un constat mondial : « Le vieillissement de la population est sans précédent ; il est omniprésent ; il est profond ; il est durable. » (3)Au moins jusqu’en 2050.

Espace à part, l’Afrique, où la fécondité élevée pourrait faire s’envoler la démographie. A l’échelle continentale, malgré des situations très variées, elle est de 4,6 enfants par femme, tendance 2005-2011. En 2011, Thomas Buettner, responsable de la population au Département des Affaires économiques et sociales des Nations Unies, note que si la fertilité africaine se maintient pendant trois siècles, échéance longue, la population du continent voisinerait avec les 3 billions de personnes. Plus raisonnable, Joseph Chamie, du Centre des Etudes migratoires de New-York, se projette à moyen terme. Il note que l’Afrique, et le Nigéria, le pays le plus peuplé , pourraient influencer la démographie mondiale. « Si les taux de fécondité de l’Afrique devaient rester inchangés au cours des décennies à venir, la population du continent s’accroîtrait à une vitesse extrêmement élevée pour atteindre 3 milliards d’habitants d’ici 2050 et le nombre incroyable de 15 milliards d’ici 2100, soit environ 15 fois sa population actuelle. », écrit Chamie. Il remarque encore que l’Afrique sera sans doute le dernier continent de la planète à accomplir sa transition démographique, réduire simultanément ses taux de natalité et de mortalité. (4)  Le droit des femmes à donner naissance aux enfants désirés, et à décider de leur calendrier maternel, est l’une des conditions de la transition démographique. Environ 215 millions de femmes dans le monde, en âge de procréer, pratiqueraient un contrôle des naissances si elles avaient accès au planning familial. Les femmes, éduquées, sont actrices d’une démographie contenue, attendue pour la fin du siècle.

 

M.J

 

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Rapport : « Etat de la population mondiale 2011 », UNFPA :  http://foweb.unfpa.org/SWP2011/reports/FR-SWOP2011.pd

(1) p 29, (2) p 33, (3) p 36, (4) p 62.

Une cartographie inter-active sur le site de l’UNFPA : « 7 Bilion » http://7billionactions.org/data


Publié le 2 décembre 2011 par marlene dans Afrique/ population.
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Durban, la Conférence sur le climat vue de Côte d’Ivoire.

Bonjour,

Durban, Afrique du Sud. Aujourd’hui s’ouvre la 17° Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques. (CP 17) Pendant une dizaine de jours, jusqu’au 9 décembre, des représentants de 190 pays, des ONG, et des délégués de la société civile, vont tenter de trouver des solutions concrètes pour freiner les effets de la crise climatique.  Et peut-être  proposer un « après » au Protocole de Kyoto.  Quand la Chine et les Etats-Unis refusent de contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. En attendant l’issue de cette nouvelle réunion internationale sur le climat, qu’en pensent les Africains ?  Un point de vue proposé par la RTI, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

 

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Publié le 28 novembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,Climat
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Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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Humberstone et Santa Laura, cités rouillées du salpêtre chilien.

Bonjour,

Humberstone et Santa Clara, deux cités habillées de bois grisés et de tôles rouillées, autrefois animées par l’industrie du salpêtre, habitent l’immense solitude de la Pampa Tamarugal, dans désert de l’Atacama, tout au Nord du Chili. Pablo Neruda, le poète chilien, élu sénateur de ces terres ingrates en 1945, plante le décor dans son livre autobiographique: « Entrer sur ces espaces plats, affronter ces sables sans fin, c’est se poser sur la lune. Cette espèce de planète vide recèle la richesse principale de mon pays, mais il faut extraire de la terre aride et des monts de pierre l’engrais blanc et le minerai rouge. Peu d’endroits au monde abritent une vie aussi pénible et aussi dépourvue d’attraits. » (1) Ce sont pourtant ces paysages lunaires, veinés de cuivre et dotés de nitrates , qui font la fortune du Chili. De la fin du XIX° à la première moitié du XX° siècle, le nitrate de soude, alias le salpêtre connu depuis le Moyen Âge, est l’engrais le  plus utilisé dans le monde. Humberstone et Santa Clara, distantes d’à peine deux kilomètres et séparées par une route, sont les fantômes de ce salpêtre qui a développé l’agriculture,  mélangé les gens, et fait couler pas mal de sang.

Explosifs et agriculture.

L’histoire du nitrate chilien, acheminé à dos de mule à Lima à la fin du XVIII° siècle pour fabriquer de l’explosif, démarre vers 1930, quand l’agriculture européenne découvre les propriétés de ce fertilisant naturel. Au Etats-Unis, en Argentine, ou en Russie, la demande explose. Au Brésil, on l’utilise pour faire pousser le café. A Cuba, en République dominicaine, il améliore la culture de la canne à sucre. Vers le milieu du XIX° siècle, un nouveau procédé ouvre la voie à une exploitation industrielle. Les milliers de kilomètres de rail ferroviaire qui quadrillent le nord du territoire chilien au cours des décennies suivantes en facilitent l’exportation. Le Chili est alors le principal producteur mondial de nitrate. En 1890, il contribue pour moitié à la richesse du pays. A la veille de la Première Guerre mondiale, le salpêtre représente 80% des exportations du Chili. (2) Le conflit, qui contrarie les échanges mondiaux, désorganise la filière. L’Allemagne, gros consommateur de ce sel naturel aux mains des Anglais, pour ses explosifs et pour son agriculture, a déjà commencé à produire du nitrate à base d’ammoniaque.

Nitrate d’origine chimique.

En 1862, Le site de Humberstone est investi par la Société péruvienne du Nitrate. L’exploitation s’appelle alors La Palma. De l’autre côté de la route, la construction de Santa Laura, conduite par la société Barra et Risco, s’achève dix ans plus tard. En 1889, La Palma devient l’une des plus grandes cités du salpêtre de la région de Tapaca. On y recense  environ 3000 habitants.(2) La petite ville dispose d’un théâtre, fréquenté par les stars du moment, d’un hôtel, et même d’une piscine. Santa Laura, entreprise plus modeste, compte 420 familles dans les années 20. (2) Mais la crise économique des années 30 contrarie l’industrie du nitrate chilien. La Palma ferme en 1932. Puis ouvre à nouveau. En 1933, la filière du nitrate, reprise par la COSATAN ( Compania Salitrera de Tarapaca y Antofagasta) est réorganisée, et modernisée. La cité s’appelle désormais Humberstone, le nom de son  fondateur anglais. L’exploitation prospère à nouveau, on y construit de nouveaux bâtiments, environ 3700 personnes y habitent en 1940. Les efforts pour rendre la filière compétitive n’ont pas suffi. En 1950, le nitrate chilien ne représente plus que 3% des échanges mondiaux. (2)En 1960, les fertilisants d’origine chimique condamnent le négoce chilien. Et les cités qui s’en sont nourries.

«…quinze grèves, huit ans de pétitions et sept morts… »

Humberstone et Santa Laura racontent aussi l’histoire de ces ouvriers, Chiliens, Péruviens, Boliviens, qui se sont mélangés pour créer une culture « pampina ». Cette petite communauté, isolée et écrasée par le soleil du désert, s’est organisée, a inventé une langue, et a mêlé ses traditions. Pable Néruda y décrit une humanité qui a pris l’aspect du désert  « Ce sont des hommes au visage brûlé; toute leur expression de solitude et d’abandon est déposée dans l’intensité sombre de leurs yeux. » (1) Il évoque encore « cette main qui porte la carte de la pampa dans ses cals et dans ses rides. » (1) Cette colonie, soumise à la discipline et au diktat de ses dirigeants, a surtout inventé la contestation au Chili. Pablo Neruda raconte les conditions de travail et les grèves. Il parle de ces planches posées dans les mines de salpêtre pour éviter que les ouvriers pataugent dans « une boue où l’eau se mêlait à l’huile et aux acides. » Une protection qui a « coûté quinze grèves, huit ans de pétitions et sept morts ». (1) Sept meneurs assassinés dans le désert par une police au service de la compagnie minière. « Mais avant, c’était pire.» En 1907, 6000 travailleurs sont exécutés par l’armée à Iquique, petite ville minière où se sont rassemblés les exploités du salpêtre. Cette grande grève de la province de Tarapaca, date de l’histoire nationale,  permettra au monde ouvrier chilien de se structurer pour conquérir des droits.

Rouille et pillards.

De vieilles machines figées, des rangées de bâtiments de bois offerts aux vents, des toits de tôle malmenés par le sel des brises venues de l’océan, de grandes pièces remplies de lumière et de solitude qui ne demandent qu’à s’effondrer, des planchers crevés, c’est à peu près tout ce qui reste du salpêtre et de ses révoltes. Les pillards se sont déjà servis. En 1970, Humberstone et Santa Laura deviennent monuments nationaux. En 2005, les sites sont listés au patrimoine mondial de l’UNESCO. La piscine, déjà rongée par la rouille, n’a pas grand-chose à craindre d’une pluie qui ne tombe que deux ou trois fois par siècle.

 

M.J

 

 

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(1) «J’avoue que j’ai vécu », Pablo Neruda, Mémoires, Gallimard, 1975, (« La pampa du salpêtre », p 222 à 228.

(2) Usines de salpêtre de Humberstone et de Santa Laura, Convention du Patrimoine mondial, UNESCO,  http://whc.unesco.org/fr/list/1178/

Accès à des sites chilien (espagnol) :

– Humberstone y Santa Laura, Nuestro Patrimonio, Nuestro Chile:

http://www.educarchile.cl/Portal.Base/Web/verContenido.aspx?ID=130439

– Oficina Humberstone:

http://www.albumdesierto.cl/ingles/2humber.htm

 


Publié le 13 septembre 2011 par marlene dans Chili,Histoire.,Urbanisation
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« Perfumed Jungle », essence d’architecture verte.

Bonjour,

En feuilletant « GREEN – Architecture Now», un gros bouquin qui illustre les déclinaisons de l’architecture verte dans le monde, maisons individuelles ou projets plus ambitieux, je me suis arrêtée sur « Perfumed Jungle ». C’est une proposition architecturale étonnante qui métamorphose le front de mer de et le quartier des affaires de l’île principale de Hong-Kong. Un gigantesque projet qui oxygène et souligne un paysage urbain planté de buildings. « Hong- Kong », assise au bord de la Mer de Chine méridionale, à l’embouchure de la rivière des perles, signifie « Port aux Parfums », un nom qui évoque le temps où les arbres parfumés abondaient dans la ville. L’équipe de « Vincent Callebaut Architecture » , à l’origine de cette vision architecturale, a repris l’évocation pour imaginer une « Jungle parfumée» dans une ville soumise à de fortes contraintes environnementales, et humaines. Hong- Kong, composée de trois îles aux paysages escarpés, oppressée par un climat subtropical, est encore étouffée par une  pollution qui la plonge souvent dans un brouillard gris. La cité, qui concentre un peu plus de 7 millions d’habitants sur 1/5° de son territoire, le reste est trop montagneux pour construire, présente des densités de 30.000 habitants au km², parmi les  plus élevées au monde. (2) « Perfumed Jungle », qui propose un ensemble de tours aérées et rebondies, offertes à une végétation abondante, qui décline une topographie aquatique en bord de mer, doit modérer la pollution, tout en inversant l’empreinte écologique du quartier. Les tours, jardins verticaux plongés en Mer de Chine, constituent des habitats pour la flore, la faune, et les hommes. Grâce au processus de photosynthèse, leur végétation doit purifier l’atmosphère. Chaque élément, autosuffisant, doit produire plus d’énergie et de biodiversité qu’il en consomme. Au bas des tours, l’espace aquatique, maillage de piscines, de marinas, de nouveaux quais, ou lagons d’épuration biologique, doit constituer une réserve d’eau pour le quartier, un espace de vie pour les espèces locales. Sa géographie, en cascade,  rappelle les paysages de rizières. L’ensemble, aux fonctions écosystémiques, donne vie à l’architecture. Cette proposition urbaine a été imaginée pour l’une des villes les plus prospères de la planète, qui n’a pas encore signé, et qui peine à développer un plan de logements sociaux

Visite du projet sur le site de Vincent Callebaut

M.J

(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Perfumed Jungle” – Hong-Kong, China, 2007, pp 100-105

(2) Géographie de Hong-Kong, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_de_Hong_Kong


Publié le 12 novembre 2010 par marlene dans Architecure.,Biodiversité,Chine,Urbanisation
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Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC – pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié le 23 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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Dezhou, cité solaire.

Bonjour,

La Chine, qui brûle du charbon pour produire 70% de son énergie, expérimente le renouvelable. Dezhou est en train de devenir la vitrine d’une nouvelle démonstration technologique. Un échantillon vert à l’échelle d’une Chine dopée aux énergies fossiles.

Les toits de Dezhou, une ville de la province de Shandong jusque-là connue pour ses poulets braisés et ses melons d’eau, sont tapissés de panneaux solaires. Dans cette cité de 600.000 habitants, 90% des logements bénéficient de ce chauffage naturel. (1) Les vastes avenues y sont éclairées la nuit par une énergie emmagasinée le jour.  Les habitants peuvent désormais prétendre à une douche chaude, une petite révolution dans une ville habituée aux bains publics. Mais, c’est  Solar Valley qui promet un gigantesque laboratoire de technologies vertes, un projet économique et social en réalisation. Une centaine d’entreprises, dont certaines développent des technologies pour le solaire de demain, leurs sous-traitants, et un centre de recherche, ont déjà colonisé l’endroit. Des dizaines de milliers de paysans, déplacés et relogés dans des blocs de béton divisés en appartement, font également partie d’un programme qui avale leurs terres en bordure de ville.(2) Le Huang Himin Solar Energy Group, le géant mondial du chauffe – eau solaire, établi à Dezhou, en profite pour faire des affaires. Il produit et vend une technologie classique, devenue obligatoire sur les toits des nouvelles constructions, et parie sur l’effet vitrine du projet. Le groupe vient d’ouvrir un hôtel cinq étoiles, à faible émission carbone. Il projette la construction d’un complexe d’appartements de luxe, eco – friendly of course. Deux réalisations dotées chacune d’une piscine chauffée au solaire. Derrière la vitrine, c’est toute la ville de Dezhou qui travaille. En 2008, elle a produit 3 millions de m² de panneaux solaires, une activité qui emploie environ le tiers de la population active.(1) Les Autorités Gouvernementales, citées par Greenpeace, estiment que cette production a permis d’éviter de brûler 540 000 tonnes de charbon, sans oublier le gain CO² qui va avec. (1)Au total, la région de Dezhou produit environ 16% de l’énergie solaire chinoise.(3) Le pays, qui s’engage sur 15% de renouvelables d’ici 2020, a investi l’an dernier l’équivalent de 34  milliards de dollars dans les énergies alternatives. Presque deux fois plus que les Etats-Unis. (2)

En attendant, Dezhou se prépare à accueillir le congrès mondial des « villes – solaires », une initiative de l’International Solar Cities Iniative (SCI) prévue pour septembre prochain. Pour l’occasion, Dezhou devrait encore doter la vitrine d’un centre de conférence équipé d’un système photovoltaïque de 5000 m2 pour une autonomie de 95%, d’une usine de désalinisation dopée par le solaire, et d’un parc d’attractions dédié à l’exploitation du soleil.

M.J

En route pour la cité radieuse….

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(1) “On the sunny side o the street”, Zheng Mingqing, Greenpeace China,

http://www.greenpeace.org/china/en/campaigns/countdown-to-copenhagen/dezhou-solar-story

(2)“China’s experimental Solar Valley a bold step on energy, environment », Andrew Higgins

Washington Post , 06-0- 2010

http://www.boston.com/news/world/asia/articles/2010/06/06/china_takes_bold_step_on_energy_with_solar_valley/

(3) « Solar Energy Changes People’s Lives In Dezhou, China », To Be The Change, 30-03-2010

http://tobethechange.blogspot.com/2010/03/solar-energy-changes-peoples-lives-in.html

(4) ISCI International Solar Cities Iniative

http://www.isci-cities.org/index.php?option=com_content&view=article&id=48&Itemid=2

Et: « L’énergie solaire, une chance pour la Chine », Esther Leburgue, Aujourd’hui La Chine, 05-10-2007 http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=4460


Publié le 9 juin 2010 par marlene dans Chine,energies alternatives

Quand la Chine convoite les eaux du Tibet.

Bonjour,

Le Yarlung Zangbo, qui prend sa source dans les montagnes de l’Himalaya, à 5000 mètres d’altitude, est un fleuve majeur partagé par le Tibet – et la Chine -, l’Inde, et le Bengladesh. Il s’appelle Yarlung Tsangpo quand il traverse le Sud-Est du Tibet. Puis il tourne et pénètre en Inde par une vallée très profonde, où il devient le Brahmapoutre, et irrigue la vallée fertile de l’Assam. Au Bengladesh, où il s’appelle Yamuna, il s’achemine vers le Golfe du Bengale, via le delta du Gange Brahmapoutre. Au Tibet, dans l’extrémité orientale de l’Himalaya, le fleuve a creusé l’une des gorges les plus impressionnantes au monde, le canyon du Yarlung Zangbo, en chinois. Avec plus de 500 km de long et une profondeur moyenne de 2200 mètres, il détrône le canyon du Colorado.(1) Ce fleuve, très fréquenté par les touristes et les néo-explorateurs, a été surnommé « L’Everest  des rivières », en raison de sa difficulté d’accès. (2) C’est ici, en territoire tibétain, dans la région du Great Bend, quand le fleuve effectue un brusque méandre avant de pénétrer en territoire indien, dans une gorge où il plonge de 2500 mètres sur environ 200 kilomètres, que la Chine a décidé de construire un giga barrage. Le projet, situé près de la ville de Metog, préparé de longue date, longtemps tenu secret, techniquement difficile à réaliser, doit tirer parti de l’un des meilleurs sites du monde pour son potentiel hydro-électrique. La future centrale, d’une capacité annoncée de 38 gigawatt, soit un peu plus du double de celle du barrage des Trois Gorges, installée dans les paysages accidentés et instables du Tibet, sera raccordée au territoire chinois. Les prouesses techniques déployées pour dompter la géographie himalayenne en disent long sur les besoins en électricité de la Chine. Pour les Tibétains, raccordés il y a peu de temps au  réseau électrique, pour ceux qui le sont, la vallée du Yarlung Tsangpo accompagne leur civilisation. Un peu comme le Nil pour les Egyptiens. Le fleuve a donné son nom à la première dynastie de rois tibétains. La vallée est dotée de nombreux sites sacrés, de lieux de méditation, et de monastères. Le Yarlung Tsangpo est omniprésent dans l’imagerie tibétaine. La région du Great Bend, Pema Koe, qui territorialise le bouddhisme, est un espace sacré pour les Tibétains, et pour les milliers de croyants répartis à travers le monde. La région est aussi un trésor de biodiversité. Difficile d’accès pour les botanistes, on y dénombre cependant quelques 3 700 espèces de plantes. Mais la zone, assise sur l’Himalaya et le plateau tibétain, à la rencontre de deux plaques tectoniques, serait aussi soumise à un risque sismique, argument des opposants, mais jusqu’alors minime. Mais selon un autre spécialiste, le risque se précise si l’on met en parallèle l’immense retenue d’eau du barrage, avec les explosions nucléaires destinées à creuser des tunnels sous l’Himalaya. (2) Plus embêtant encore, le projet risque de priver d’eau des millions de personnes, riveraines du Brahmapoutre en Inde, et de la Yamuna au Bengladesh. Car il est aussi question de détourner l’eau, sur des milliers de kilomètres à travers les plateaux tibétains, pour arroser les régions assoiffées du Nord- Ouest de la Chine, dans les provinces du Xinjiang et du Gansu.(2) Reste que le barrage rendrait l’Inde et le Bengladesh dépendants de la Chine pour l’eau pendant la saison sèche, et pour contenir les inondations pendant la saison des pluies. Sans compter que le barrage retiendrait les sédiments qui valorisent les sols en aval. Dès 2003, l’Inde s’inquiète du projet. En avril dernier, la presse indienne rapporte l’aveu des Chinois. Le projet est bel et bien en route. Dans un contexte où le tracé frontalier qui sépare la Chine et l’Inde sur les hauteurs himalayennes fait l’objet d’une discorde, la question de l’eau pourrait aggraver les tensions entre deux pays. Ils n’ont pas d’accord sur les partages de l’eau. (3). Mais selon le Guardian, l’Inde et la Chine se seraient entendues pour s’informer mutuellement des projets d’aménagement sur le « Tsangpo -Brahmapoutre». (4) Les Chinois, qui se vantent de maîtriser les contraintes techniques du barrage, devraient commencer une construction, déjà bien balisée. Une route qui mène au site, perchée sur les hauteurs, rappelle que techniquement rien n’est impossible. Le Tibet, dont les eaux abondantes irriguent le Sud et le Sud-Est asiatique, serait le nouveau réservoir de la Chine. On parle d’’autres projets, plus modestes, en cours et à venir. (1) En 2005, Li Ling, un ancien officier de l’Armée chinoise de Libération du peuple publie un livre intitulé: « How Tibet’s Water Can Save China ». (1)

M.J

Une video indienne qui prétend apporter des preuves de la construction d’un barrage, côté (tibétain) chinois du Brahmapoutre. En langue indienne, pour l’ambiance…

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(1) “Damming Tibet’s Yarlung Tsangpo-Brahmaputra and other South Asian rivers », The Tibetan Plateau blog,  24-05- 2010 http://tibetanplateau.blogspot.com/2010/05/damming-tibets-yarlung-tsangpo.html

(2)”Tsangpo River Project”, Candle for Tibet, posted by Maryse, 03-01-2009 http://candle4tibet.ning.com/profiles/blogs/tsangpo-river-project

(3) « China admits to Brahmaputra project”, IST,Indrani Bagchi,TNN, The Economic Times, 22-04-2010.

http://economictimes.indiatimes.com/news/politics/nation/China-admits-to-Brahmaputra-project/articleshow/5842624.cms

(4) “Chinese engineers propose world’s biggest hydro-electric project in Tibet”, Jonathan Watts, Asia environment correspondent, The Guardian, 24-05-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/24/chinese-hydroengineers-propose-tibet-dam


Publié le 31 mai 2010 par marlene dans Barrages,Chine,eau,énergie,Préjudice écologique