Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Hippo Water Roller »: une petite idée qui roule facile.

Bonjour,

Dans certaines campagnes d’Afrique du Sud, il arrive de croiser un drôle d’animal muni d’un long cou et équipé d’un réservoir, poursuivi par une femme qui l’oblige à parcourir des pistes accidentées, ou à franchir des obstacles difficiles. Cet animal de brousse,  étrange et domestiqué,  s’appelle un Hippo Water Roller, présentation en images Sa mission, transporter de l’eau, jusqu’à 90 litres en une seule fois, pour une charge voisine de 10 kg. Soit l’équivalent de cinq seaux de 20 kg chacun, un fardeau porté sur la tête.  Il allège la sacrément la tâche des femmes habituées à parcourir plusieurs kilomètres pour se ravitailler au point d’eau le plus proche, avec souvent plusieurs aller- retours par jour. Il leur évite aussi une accumulation de seaux d’eau qui se compte en années, et qui finit par peser sur la colonne vertébrale. Malgré de gros efforts après l’Apartheid pour développer une politique de l’eau, de nombreuses régions rurales d’Afrique du Sud restent oubliées. (1) Dans les campagnes pauvres, environ 7 millions de personnes, et sans doute plus, ne disposent pas d’une source d’eau  à proximité. Ce qui signifie aussi que quelques millions de femmes et d’enfants marchent beaucoup pour rapporter l’eau nécessaire au ménage.(2) (3) Une corvée fatigante, qui ne permet pas toujours de satisfaire les besoins journaliers. C’est dans ce contexte de pénurie et d’asservissement que Pettie Petzer et Johan Joner, deux ingénieurs sud-africains, imaginent au début des années 90 une autre façon de transporter l’eau. Ils l’appellent alors « Aqua Roller ».  Le corps, fabriqué en polyéthylène, sert à la fois de roue et de réservoir. Il est surmonté d’une poignée de fer qui permet de le tirer, ou de le pousser, selon les difficultés du terrain. Poussé en territoire miné, il peut aussi sauver des vies. Cet « hippopotame » tout-terrain, évocation du « cheval du fleuve » en Grec ancien, s’est fait un nom dans le monde du design. En 1992, le «Cullinan Design Award ; en 1997 le « Design For Development Award »; et en 2005 le « Index Design To Improve Life Award ».(1) En 2010, près de 30.000 rollers ont été distribués, en Afrique du Sud surtout, mais aussi e Namibie, ou dans le Nord de la Somalie, via le PAM, le programme alimentaire mondial. Une enquête révèle que chaque roller facilite la vie de 7 personnes, plus tous ceux qui bénéficient d’une eau plus légère. Le projet est introduit par IMBUVU, « Hippo » en langue Zoulou, une organisation qui travaille à alléger la pauvreté avec des solutions simples.(4) Il est ensuite porté par INFOTECH, une entreprise spécialisée en technologies de l’information, qui reconnaît l’utilité sociale de l’invention, et collecte des fonds. Le Hyppo Water Roller, trop cher pour un paysan sud-africain, est financé par des donateurs. Aux Etats-Unis, la  Hippo Water International, une ONG, s’en charge. (1) Toujours au Etats-Unis, Emily Pilloton, designer industriel, assure la promotion du roller, via sa Fast Company. Elle en a acheté 75 pour un village d’Afrique du Sud. C’est aussi elle qui remarque les dysfonctionnements d’un marché qui ne demande pourtant qu’à grandir. Une production peu efficace, 75 rollers utilisables pour 120 fabriqués. Un coût de transport trop élevé, des roues volumineuses qui voyagent à vide. (5) Et, sur le terrain, des containers détériorés, rafistolés avec des sacs plastiques. Quelques fausses notes pour une technologie simple, qui porte une petite révolution sociale. Question de moyens.

M.J

What does an idea look like ?

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(1)Hippo Water Roller, Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Hippo_water_roller – Hippo Water Roller Project, http://www.hipporoller.org/

(2)« In rural South Africa, ‘hippos’ carry the load -A new invention has made the difficult task of transporting water a little easier. », Nicole Itano, The Christian Science Monitor, 05-04-2002. http://www.csmonitor.com/2002/0405/p07s01-woaf.html

(3)Water supply and sanitation in South Africa, Wikipedia.http://en.wikipedia.org/wiki/Water_supply_and_sanitation_in_South_Africa

(4) “Imvubu’s  Hippo Water Roller – Facilitate Water Access in Rural African Communities”, RotoWorld, Magazine For the Rotational Moulding and Plastic Design Industries, Volume VI, Issue 1- 2010
http://www.moldingraphics.com/pdf/Hippo%20Roller.pdf

(5) Fast Company – Hippo Roller / Blog http://www.fastcompany.com/blog/alissa-walker/designerati/project-hs-hippo-roller


Publié le 7 décembre 2010 par marlene dans Afrique,eau
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Nicaragua: électricité, climat, et développement.

Bonjour,

Energie, gaz à effet de serre, et pauvreté, une relation fouillée par deux chercheurs américains. Ils ont mené enquête au Nicaragua , l’un des pays les plus démunis d’Amérique Centrale, pour montrer que l’accès contrôlé à l’énergie ne fait pas grimper la consommation. Ni la production de CO². Ce travail bouscule aussi l’imaginaire occidental qui appréhende que les pays du Sud se développent sur le modèle chinois, à la fois énergivore et acteur du réchauffement climatique.

Gaspillage.

L’histoire se passe à Orinoco et Marshall Point, deux villages ruraux de la Mosquito Coast qui comptent 172 foyers, 6 Eglises, deux hôpitaux, deux écoles, un atelier de charpentier, tous reliés au groupe électrogène alimenté au fuel, pour recevoir l’électricité. Une solution énergétique assez répandue dans le monde en développement, polluante, coûteuse, et d’une fiabilité relative. Nos deux chercheurs de l’Université de Berkeley, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen, respectivement étudiant et professeur, commencent à suivre cette communauté qui modernise son accès à l’éléctricité en 2009.  Sur le terrain, le Ministère de l’Energie et des Mines, et l’ONG « BlueEnergy »,  accompagnent cette mutation qui s’effectue en deux temps. Dans un premier temps, il s’agit d’installer un compteur électrique dans chaque foyer pour mesurer la consommation réelle. Jusqu’alors, la facture d’électricité résulte du nombre d’appareils electro- ménagers déclarés dans chaque maison. Rapidement, la consommation d’électricité baisse de 28%. Les chercheurs notent que cette économie d’énergie intervient surtout pendant la journée. Ce qui suggère que les habitants ont l’habitude de laisser la télé allumée, et qu’ils oublient  d’éteindre une lampe qui ne sert à rien. Second temps de cette modernisation électrique, des lampes basse consommation sont distribuées, deux par ménage, pour remplacer les ampoules classiques. Des représentants de l’agence énergétique gouvernementale et de l’ONG « BlueEnegy » font le tour des maisons pour expliquer que ce type de lampe consomme 25% de l’électricité d’une ampoule à incandescence, à intensité lumineuse équivalente, et qu’elle dure plus longtemps. Au passage, petit cours de recyclage, rapporter les ampoules usagées, qui contiennent du mercure. Ce changement d’éclairage permet de réduire de 17%, en moyenne, la consommation d’énergie par foyer. Quelques semaines plus tard, les habitants d’Orinoco et de Marshall Point voient leur note d’électricité baisser de 37%. C’est beaucoup. Dans l’espace en développement, l’énergie absorbe environ 30% du revenu des ménages. (1) (2)

Pauvreté et Co².

Toujours en observation, nos deux chercheurs calculent une économie de fuel conséquente, assortie d’un gain carbone. Moins sollicité, le groupe électrogène a moins fonctionné. Grâce au MAC ( Marginal Abatement Cost) , un outil qui pointe les options pour optimiser les dépenses énergétiques, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen développent une stratégie adaptée au contexte, en tirant parti du moindre dollar. Le Nicaragua, peuplé et pauvre, tire son électricité du pétrole quand le pays dispose d’un potentiel pour développer les solutions renouvelables. Les chercheurs proposent de réduire la capacité du groupe électrogène, encore moins de gasoil, moins de CO². Et de remplacer une partie du fuel nécessaire par du biogaz, production locale, issue des matières fécales animales ou des résidus de l’agriculture. Une éolienne de 10 Kilowatt  permettrait d’alléger la production d’électricité, et le bilan CO². Une petite station photovoltaïque de 10 Kilowatt pourrait encore  soulager le dispositif énergétique d’Orinoco et de Marshall Point. Cette dernière solution, plus coûteuse, deviendrait rentable dans la perspective d’un pétrole plus cher dans les années à venir. Cette stratégie énergétique, qui conjugue efficacité et renouvelable, réussit le pari d’un accès fiable à une électricité moins chère, assorti d’une réduction de CO². (1)(2) « Cela montre que vous pouvez atteindre les objectifs du développement pour vaincre la pauvreté, et atteindre les objectifs climatiques pour tout le monde. », commente Daniel Kammen. (2)

« Energy-Poverty »

Un rapport intitulé « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ? ”(3), articule énergie et pauvreté, objectif principal du Millénaire qui vise à réduire de moitié le nombre de pauvres. Dans le monde, 1,4 milliards de personnes n’a pas accès à d’électricité. Trois milliards cuisinent avec des sources d’énergie, bois, charbon de bois, qui épuisent les ressources, et libèrent des particules toxiques. Or,  selon le rapport, si tout le monde avait accès à une source d’énergie fiable et propre, horizon 2030, la production d’électricité mondiale n’augmenterait que de 2,9%, la demande en pétrole de 1%, et les émissions de carbone de 0,8%.

M.J.

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(1) « Investments in rural energy efficiency, renewable energy reduce poverty, greenhouse gas emissions”, Robert Sanders, Media Relations, UC Berkeley News, 25-11-2010 http://berkeley.edu/news/media/releases/2010/11/25_nicaragua.shtml

(2) “Fighting Poverty Can Save Energy, Nicaragua Project Shows”, Marianne Lavelle, National Geographic News; 25-11-2010, http://news.nationalgeographic.com/news/energy/2010/11/101125-poverty-energy-efficiency-nicaragua/

(3) « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ?”,  publication conjointe,  International Energy Agency (IEA), United Nations Development Programme (UNDP), United Nations Industrial Development Organization (UNIDO) http://www.undp.org/energy/


Publié le 2 décembre 2010 par marlene dans Développement durable,énergie,Objectifs du Millénaire.
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La crise climatique à Cancun.

Bonjour,

La Conférence sur le climat s’ouvre à Cancun,  au Mexique, sur une note pessimiste. Si les émissions de gaz à effet de serre mondiales se maintiennent au rythme actuel, elles pourraient atteindre 56 milliards de tonnes annuelles, avant 2020. Or, pour contenir les températures au dessous de 2°C, et atténuer les effets de la crise climatique, les émissions mondiales devraient se stabiliser autour de 44 millions de tonnes par an. Entre les deux, 12 milliards de tonnes qui pourraient faire la différence entre un scénario « acceptable », et une évolution plus excessive du climat. Ces chiffres sont extraits d’un rapport du Programme des Nations Unies pour le  Développement (PNUE), publié il y a quelques jours.

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Après la Conférence de Copenhague, incapable de préciser une feuille de route pour l’après 2012, et l’après Kyoto, Cancun offre une nouvelle chance pour trouver un accord. Les 194 parties signataires de la Convention Climat, réunies du 29 novembre au 10 décembre dans la cité balnéaire mexicaine, devront préciser leurs engagements. Et s’entendre sur une stratégie commune pour stabiliser les températures au dessous des 2°C. D’après le PNUE, les promesses de réduction de gaz à effet de serre, arrachées à Copenhague l’an dernier, devraient permettre de réaliser 60% de l’effort nécessaire pour modérer la crise climatique.

M.J


Publié le 26 novembre 2010 par marlene dans Actualité,Climat
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Agriculture tendance verticale.

Bonjour,

Chris Jacobs a dessiné une tour ultramoderne de trente étages qui produirait des plantes, des fruits, des légumes, et l’imagine plantée dans le quartier de Harlem, à  New-York, pour approvisionner ses habitants en produits frais. (1) C’est l’un des projets de technologie verte développé pour la « Vertical Farm », un concept qui envisage des espaces de production agricole au cœur des paysages urbains. Préoccupation démographique, il faudra bien nourrir une population citadine qui devrait représenter 70% d’une population mondiale augmentée de plus de deux milliards de personnes en 2050 . Et préoccupation « durable », concevoir une agriculture de proximité, détachée des caprices du temps et des ressources naturelles.  Sur le papier, les fermes verticales multiplient les avantages. Elles permettent de produire une agriculture en boucle, 24h/24, 365 jours par an, sans se soucier des sécheresses, des inondations, de toutes les intempéries qui perturbent le cycle des végétaux exposés aux saisons. La productivité y est bien meilleure qu’en plein champ, sans pesticide, sans fertilisant, et sans herbicide. Avec la possibilité de récupérer les déchets pour fabriquer du compost. Une utilisation efficace des pluies réduit la consommation d’eau, gros défaut de l’agriculture traditionnelle. Argument majeur de cette serre urbaine, la proximité. Pas de transport, moins d’énergies fossiles. Pas de stockage, moins de pertes. Sans compter l’opportunité de créer une petite économie locale, avec des emplois. Le concept de « Vertical Farm » » occupe architectes et scientifiques qui planchent sur les possibilités de cette agriculture, à haute technologie. L’un des promoteurs de l’idée s’appelle Dickson Despommier, professeur de microbiologie à l’Université de Colombia. Dans son dernier ouvrage, « The Vertical Farm – Feeding the World in the 21th Century », il décrit l’entreprise idéale, complexe de buildings construits à proximité les uns des autres, décomposée en espaces spécifiques. Dans une première tour, la production de nourriture, des bureaux pour la gestion, un centre de contrôle séparé pour diriger les installations, une pépinière pour sélectionner et faire germer les graines, un laboratoire sanitaire pour la nourriture et les plantes. Un autre building pour loger les employés, un centre éco- touristique pour sensibiliser et informer le public, un marché bio, et peut-être un restaurant. L’aquaculture et l’élevage de volailles seraient  pratiqués dans des bâtiments différents,  éloignés de la « ferme principale » pour ne pas contaminer les plantes. En attendant ce « complexe agricole », il s’agit d’exploiter les espaces urbains abandonnés, immeubles et parcelles désertés au cœur des villes.(2) C’est aussi l’idée de Chris Jacobs, qui en attendant de construire son « gratte-vert », envisage deux étages sur le toit d’un immeuble habité. (1) Pour alimenter le concept de « Vertical Farm », Dickson Despommier propose de lancer plusieurs expériences simultanées, créant une compétition pour les meilleures idées et les perspectives les plus « durables ». Incheon, Abu Dhabi, Dongtan, Shangaï, Beijing, New-York, Los Angeles, Chicago, Toronto, Paris, ou Bengalore,  s’intéressent à cette agriculture qui propose aussi de laisser respirer les écosystèmes.(3)

M.J

Dickson Despommier sur Youtube…

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(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Vertical Farm” – Harlem- New-York – USA- pp 198-199

(2) Book Review: »The Vertical Farm » by Dickson Despommier – Begin The Revolution », The examiner / Chicago, 24-10-2010 http://www.examiner.com/culture-events-in-chicago/book-review-the-vertical-farm-by-dickson-despommier-begin-the-revolution-review-1

(3) Vertical Farming Wikipedia – http://en.wikipedia.org/wiki/Vertical_farming


Publié le 23 novembre 2010 par marlene dans Agriculture.,Architecure.,crise alimentaire,Développement durable
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« Gando Primary School »: une école communautaire.

Bonjour,

Après la « Handmade school » du Bengladesh, une autre école, nouvel exemple d’architecture « sociale » qui conjugue « durabilité » et « communautarisme ». L’histoire commence à Gando, au Burkina Faso , une bourgade de 2500 habitants située à 200 kilomètres de la capitale, Ouagadougou. Elle raconte l’itinéraire d’un enfant du village, Francis Kéré, parti étudier l’architecture en Allemagne. Quand il apprend que les murs de l’école de son enfance commencent à se lézarder, il décide d’en dessiner une nouvelle. (1) Au Burkina-Faso, pays où l’éducation reste un défi, chaque école est importante. L’UNICEF, qui rapporte une scolarisation en hausse, 60% des enfants  contre 45% en 2001-2002, incite à poursuivre l’effort.  Depuis quelques années, les Autorités développent un plan pour atteindre une fréquentation de 70%…à l’horizon 2010. (2)  En Allemagne, Francis Kéré collecte des fonds par le biais d’une association « Bricks for the Gando school », ou « Des briques pour l’école de Gando». Il reçoit le soutien du gouvernement du Burkina-Faso pour entraîner des maçons à la technique des briques de terre compressées. Ce matériau traditionnel, revalorisé car facile à fabriquer localement et à assembler, sera la base du bâtiment. Francis Kéré, qui se souvient de la chaleur insupportable de la classe de son enfance, connaît les contraintes climatiques. Il sait aussi qu’au Burkina-Faso, qui importe toute son énergie, la climatisation est un luxe. Le plan révèle trois salles de classes en alignement, continuité cassée par des espaces extérieurs couverts, ouverts sur l’espace environnant. Les sols en terre battue, les murs, les plafonds, et le toit sont conçus pour rafraîchir l’intérieur de l’école. L’édifice est coiffé d’une large tôle ondulée, destinée à protéger les murs de la chaleur et de la pluie. Un couloir d’air est aménagé entre le plafond et le toit pour favoriser la fraîcheur. Francis Kéré, encore étudiant à l’époque, termine la construction en 2001.(1) Le projet, porté par une « forte tradition de solidarité communautaire », (3) a rassemblé les gens autour d’une idée simple, construire une école pour leurs enfants. Tous les ouvriers, formés aux techniques de construction, sont originaires du village. Les Autorités locales, qui ont financé une équipe d’enseignants,  qui ont permis aux jeunes de s’initier à ces pratiques architecturales, ont joué le jeu. Des logements pour les instituteurs, extension de l’école primaire, signalent une dynamique communautaire qui fonctionne. Des plans existent  pour une librairie, une maison pour les femmes. Cette expérience a été imitée par deux villages voisins, qui ont construit leur école. En 2007, Francis Kéré réalise un établissement secondaire à Dano, une autre bourgade du Burkina-Faso. Conception architecturale similaire: dessiner en fonction du climat avec un coût de construction très serré, tirer parti des matériaux locaux, simplifier la technologie occidentale. Et même préoccupation sociale : initier les communautés à cette « architecture de brousse » pour en faire des bâtisseurs indépendants. (4)

M.J

Une réalisation exposée au MoMa. (5)

Et présentée en vidéo…

http://www.dailymotion.com/video/x9vqjp


(1) « Gando primary school », Afritecture, 18-05-2009 http://www.afritecture.org/architecture/gando-primary-school

(2) “Relever le taux de scolarisation au Burkina Faso », UNICEF/ Education Burkina-Fasohttp://www.unicef.org/bfa/french/education_1095.html

(3) Grando Primary School, Gando, Burkina Fasohttp://www.akdn.org/photos_show.asp?Sid=3

(4) World Architecture community,  http://www.worldarchitecture.org/world-architects/?worldarchitects=architectdetail&country=Burkina%20Faso&no=6555

(5) « Small Scale, Big Change: New Architectures of Social Engagement” – MoMa

October 3, 2010–January 3, 2011


Publié le 19 novembre 2010 par marlene dans Afrique,Architecure.,Développement durable
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La « Handmade school »: une architecture appelée à faire école.

Bonjour,

Plus d’une vingtaine de paysans ont travaillé la boue avec un attelage de boeufs, ils l’ont mélangée avec d’autres matériaux  pour obtenir une pâte résistante, ils ont transporté des briques fabriquées localement, ils ont encore soulevé plus de 12.000 lattes de bambous pour construire la « Handmade school ». Ce bâtiment, destiné aux enfants de la communauté de Rudrapur,  dans le Nord du Bangladesh, a été imaginé par deux architectes allemands. Anna Heringer et Erike Roswag ont dialogué avec les habitants pour mieux connaître leur culture et leurs aspirations, ils ont tiré profit des matériaux locaux, ils ont amélioré les méthodes de construction traditionnelles, pour créer une architecture simple et lumineuse, réponse « durable » aux besoins d’une communauté qui sait l’importance de l’école. Le Bengladesh est un pays pauvre, 54% des adultes y sont alphabétisés, et la fréquentation du cycle primaire dépasse les 80% pour la période 2003-2008. (1) Dans certaines régions, un programme de la Banque mondiale, encourage la scolarisation de filles. Plus de la moitié d’entre-elles quittent le secondaire avec leur certificat. (2) La « Handmade School », d’une capacité de 168 élèves, a été construite pour l’Institut moderne d’éducation et de formation (METI) et l’ONG associée, Dipshikha. Le plan est simple, une construction rectangulaire dotée d’un étage. Les murs du rez-de-chaussée, recette locale revisitée, sont un mélange de limon, de paille, de branches de bambous, et de cordes de nylon. Trois salles et six cavernes y sont installées. Les classes sont accessibles par des portes tendues de saris de couleurs vives, joyeux contraste avec les murs de terre. L’étage supérieur, divisé en deux, s’élève vers un plafond de bambous, encore rehaussé de tissus vifs. L’extérieur de l’étage est recouvert de bambous. Disposées en armature, d’autres lattes supportent un toit en tôle ondulée, nouveau matériau d’une palette simple. Ce toit élargi, qui donne de l’ombre et repousse les eaux de pluies un peu plus loin, est une réponse au climat local. Cette réalisation, au budget très serré, 25.000 euros, a été citée en 2007 par le Prix Aga Kahn d’architecture. Son jury l’a qualifiée de « Belle, chargée de sens, et humaine ».(3) La « Handmade school » est actuellement présentée au MoMa de New-York, dans le cadre d’une exposition qui détaille onze projets, répartis sur cinq continents.  (3) Avec une particularité commune, celle de coller aux besoins de communautés privées de moyens, tout en déclinant le concept de « durabilité » en fonction des contextes locaux. Au-delà d’une solution pratique à un besoin identifié, cette architecture « sociale » est appelée à inspirer les communautés : « Etre Bengali nous remplit de fierté quand nous voyons que nous avons tant de matériaux « uniques » et de contextes à exploiter… », écrit un étudiant en architecture sur le site de Anna Heringer. (4)

M.J

« La Handmade school », exposée au au Moma…

(1)UNICEF

(2) IDA/ World Bank – http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:21237309~pagePK:64257043~piPK:437376~theSitePK:1074931,00.html

(3)« Small Scale, Big Change: New Architectures of Social Engagement » – MoMa October 3, 2010–January 3, 2011

(4) METI – Handmade School in Rudrapur

http://www.anna-heringer.com/index.php?id=31


Publié le 16 novembre 2010 par marlene dans Architecure.,Développement durable
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« Perfumed Jungle », essence d’architecture verte.

Bonjour,

En feuilletant « GREEN – Architecture Now», un gros bouquin qui illustre les déclinaisons de l’architecture verte dans le monde, maisons individuelles ou projets plus ambitieux, je me suis arrêtée sur « Perfumed Jungle ». C’est une proposition architecturale étonnante qui métamorphose le front de mer de et le quartier des affaires de l’île principale de Hong-Kong. Un gigantesque projet qui oxygène et souligne un paysage urbain planté de buildings. « Hong- Kong », assise au bord de la Mer de Chine méridionale, à l’embouchure de la rivière des perles, signifie « Port aux Parfums », un nom qui évoque le temps où les arbres parfumés abondaient dans la ville. L’équipe de « Vincent Callebaut Architecture » , à l’origine de cette vision architecturale, a repris l’évocation pour imaginer une « Jungle parfumée» dans une ville soumise à de fortes contraintes environnementales, et humaines. Hong- Kong, composée de trois îles aux paysages escarpés, oppressée par un climat subtropical, est encore étouffée par une  pollution qui la plonge souvent dans un brouillard gris. La cité, qui concentre un peu plus de 7 millions d’habitants sur 1/5° de son territoire, le reste est trop montagneux pour construire, présente des densités de 30.000 habitants au km², parmi les  plus élevées au monde. (2) « Perfumed Jungle », qui propose un ensemble de tours aérées et rebondies, offertes à une végétation abondante, qui décline une topographie aquatique en bord de mer, doit modérer la pollution, tout en inversant l’empreinte écologique du quartier. Les tours, jardins verticaux plongés en Mer de Chine, constituent des habitats pour la flore, la faune, et les hommes. Grâce au processus de photosynthèse, leur végétation doit purifier l’atmosphère. Chaque élément, autosuffisant, doit produire plus d’énergie et de biodiversité qu’il en consomme. Au bas des tours, l’espace aquatique, maillage de piscines, de marinas, de nouveaux quais, ou lagons d’épuration biologique, doit constituer une réserve d’eau pour le quartier, un espace de vie pour les espèces locales. Sa géographie, en cascade,  rappelle les paysages de rizières. L’ensemble, aux fonctions écosystémiques, donne vie à l’architecture. Cette proposition urbaine a été imaginée pour l’une des villes les plus prospères de la planète, qui n’a pas encore signé, et qui peine à développer un plan de logements sociaux

Visite du projet sur le site de Vincent Callebaut

M.J

(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Perfumed Jungle” – Hong-Kong, China, 2007, pp 100-105

(2) Géographie de Hong-Kong, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_de_Hong_Kong


Publié le 12 novembre 2010 par marlene dans Architecure.,Biodiversité,Chine,Urbanisation
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Les « terres rares », une fausse invitation au voyage.

Bonjour,

Les « terres rares », dont le nom sonne comme une invitation à l’exploration de territoires d’exception, ne tiennent pas vraiment ce genre de promesses. En réalité, les « terres rares » désignent uns série de 17 éléments chimiques, une collection de métaux qui s’appellent lanthane, cérium, prometheum, samarium, ou lutécium. Ce dictionnaire géologique sert à fabriquer les technologies en vogue, Ipod, Iphones, Ipads, les écrans  plasma, ou des pièces destinées à l’industrie automobile et à l’armement. Les « terres rares », qui tirent leur nom de leur dispersion à la surface du globe, d’une découverte qui ne s’est pas faite en un jour, ne sont pas si « rares » que leur nom le prétend. Elles sont aussi répandues que le zinc, dix fois plus disponibles que le plomb, et cent fois plus fréquentes que l’argent. Avec des occurrences qui diffèrent  selon les éléments. Le Cérium est le composant le plus répandu, le thulium et le lutétium sont les plus rares. (1) Les « terres rares », plus sèchement regroupées sous le nom générique de « Lanthanides », ont en commun d’être difficiles à exploiter « proprement ». Ce qui ne les empêche pas de servir une « technologie verte » quand ils sont intégrés aux panneaux solaires ou aux éoliennes.

Découvertes au cours du XIX° siècle, elles entrent dans l’histoire au début des années 90. Deng Xiaoping, qui dirige la Chine, prétend que les « terres rares » sont à l’Empire du Milieu ce que le pétrole est au Moyen-Orient. La Chine, qui détient environ le tiers de ressources connues dans le monde, fournit plus de 95% des éléments consommés par l’industrie hi-tech des pays industrialisés. Les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde, le Brésil, la Malaisie, ou l’Afrique du Sud contribuent à un gisement mondial éclaté, aux éléments, lanthane, cérium, ou lutétium, inégalement répartis. (1) (2) Selon l’US Geological Survey, les ressources estimées devraient être largement supérieures aux besoins du développement de la haute technologie. Reste à découvrir ces gisements. (2) Deng Xiaoping avait donc bien compris l’enjeu. Les pays industrialisés allaient devenir dépendants de ces minerais qui portent leur évolution technologique. Toujours selon le l’US Geological Survey, des substituts existent pour beaucoup d’applications, mais leurs propriétés sont moins efficaces. (2) Après avoir alimenté le marché mondial avec une production bon marché, servie par une main d’oeuvre corvéable, exposée à des conditions d’exploitation difficiles, la Chine décide de spéculer sur ses « terres rares ».

En 2009, la Chine revoit à la baisse le volume de ses exportations mondiales. Tendance qu’elle confirme pour 2011. Désormais elle –même engagée vers un développement high-tech, la Chine destine ses « terres rares » à un marché intérieur de plus en plus gourmand. Face à une diminution des exportations chinoises, les quotas devraient chuter de 72% d’ici à la fin de l’année,  l ’économie mondiale high-tech panique.(3) Parmi les pays les plus touchés, le Japon, principal importateur des ressources chinoises, indispensables à son industrie électronique, ses véhicules hybrides, et ses pièces de précision. Les Etats-Unis, dont l’armée et les industries associées sont de gros consommateurs, la Corée du Sud, la France, et l’Allemagne, toutes dépendantes de ces métaux rares, sont impliqués dans cette géopolitique des « terres rares », emmenée par la Chine. Le Japon cherche d’autres fournisseurs, le Vietnam, le Kazahstan, ou le Brésil. Les Etats-Unis et l’Australie souhaitent relancer une extraction locale, très polluante, abandonnée au profit d’une ressource « made in China ».(4) Les « terres rares », révélées au terme d’un processus long et complexe, voraces en ressources naturelles et en produits chimiques, chargent l’air de fluor et de soufre, rejettent des métaux lourds, plomb, mercure, cadmium, sans oublier quelques traces de radioactivité. (1) Des effluents qui ternissent aussi l’image de voitures hybrides, réputées  plus douces pour l’environnement.

M.J

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Pour en savoir un peu plus sur l’enjeu des  « terres rares » : « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, chercheur associé à l’IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques ) août (2010) http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750

(1) « Les lanthanides ou terres rares », Eric Drezet, Ecoinfo, CNRS, mai 2010, http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php?article157

(2)”Rare earths”, US Geological Survey Mineral Commodity Summaries, January 2010 http://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/rare_earths/mcs-2010-raree.pdf

(3) « Rare resources key in power battle”,  Leo Lewis, The Times, 27-08-2010, in  http://www.theaustralian.com.au/business/news/rare-resources-key-in-power-battle/story-e6frg90o-1225910731635

(4) « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques », Augustin Roch, Affaires Stratégiques, 02-08-(2010)http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750


Publié le 8 novembre 2010 par marlene dans géo-économie,Métaux,pollution.,stratégie

Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC – pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié le 23 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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L’azote: « une addiction coûteuse ».

Bonjour,

Pour alimenter de plus en plus de monde, et de plus en plus de bétail, il faudra de plus en plus de céréales, nourries aux fertilisants chimiques à base d’azote. La formule, qui a marché dans les années 60 pour accompagner une Révolution Verte, poussée par une explosion de population, produit des excès. Dans un article intitulé : « The nitrogen fix: Breaking a Costly Addiction” (1), Fred Pearce, journaliste spécialisé dans les questions d’environnement, dénonce les ravages de cette drogue, injectée au siècle dernier dans les écosystèmes terrestres et marins. Et dont les effets secondaires seront difficiles à dissiper. Au départ, le protoxyde d’azote , ou oxyde nitreux,  ou encore N²O, est un puissant gaz à effet de serre, bien plus violent que le CO², dénoncé par le Protocole de Kyoto.  Naturellement produit par la terre et les océans, son cycle a été dangereusement perturbé par les conséquences de l’industrialisation. Parmi les activités responsables, l’agriculture est accusée d’excès. Fred Pearce estime que sur les 80 millions de tonnes de fertilisants azotés déversés chaque année dans les champs, seuls 17 millions produisent de la nourriture. Le reste est gaspillé. Employé sans modération. Adapté à de nouvelles plantes, qui programmées pour grandir aux fertilisants azotés, ne les consomment pas tous. L’efficacité des engrais azotés sur la culture des céréales dans le monde serait tombée de 80% dans les années 60,  à 30% aujourd’hui. Et c’est justement ce gaspillage qui pose problème. Car l’excédent de ces formules azotées est  rejeté dans la nature. C’est par la voie des airs  qu’il pollue les écosystèmes, jusqu’aux forêts primaires les moins accessibles. Mais une grosse partie de ce résidu d’azote finit sur les côtes, dans les mers, et les océans, où il crée des « zones mortes ». L’intrusion de fertilisants dope la production d’algues et de biomasse, qui consomment tout l’oxygène de l’eau, et asphyxient les écosystèmes. Ces particules azotées, emportées par les fleuves Mississipi et Missouri, ont fabriqué une immense « zone morte », qui revient chaque été dans le Golfe du Mexique. De la Mer du Japon à la Mer Noire, où une invasion de méduses a délogé les espèces locales dans les années 80,  en passant au large des plages du nord de l’Adriatique, le nombre de « zones mortes »  prolifère depuis les années 60. Jusqu’à doubler tous les 10 ans. (2) La Mer Baltique  serait étouffée par les plus vastes zones privées d’oxygène de la planète. Fred Pearce en appelle à se désintoxiquer des nitrates qui s’infiltrent dans les écosystèmes, avant de pénétrer nos corps. Il cite une enquête internationale publiée par la  revue Nature, en septembre 2009. L’azote artificiel serait aussi présent dans l’eau que le CO² dans l’atmosphère. Le cycle de l’azote serait l’une des « trois frontières planétaires » que l’homme a franchie – avec la biodiversité et le climat. Jusqu’à perturber la fonction d’habitat de la terre.

M.J

(1) « L’injection d’azote: pour casser une dépendance coûteuse » / « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(2) « Sea ‘dead zones’ threaten fish”, Alex Kirby, BBS News, 29-03-2004 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/3577711.stm


Publié le 19 octobre 2010 par marlene dans Agriculture.,Pollution de l'eau
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