Environnement
Un blog sur la géo-environnement

FAO: une cuisine aux « petits cocons ».

Bonjour,

Khamlai Chathavong maîtrise désormais les techniques de reproduction et d’élevage d’insectes, destinés à l’alimentation. Il est l’un des sept agriculteurs sélectionnés pour un projet pilote, mené en collaboration par le Département d’Agriculture de l’Université nationale du Laos et la FAO, l’Organisation mondiale pour l’Alimentation et l’Agriculture. L’idée est simple. Développer la consommation d’insectes pour faire reculer la faim. Le terrain s’y prête. Au Laos, où crickets, scarabées, vers, et  fourmis s’affichent sur les menus des restaurants, 95% de la population consomme des insectes. Et dans un pays où la malnutrition des moins de cinq ans galope, les insectes offrent une source de protéines, de graisses, de fer, de calcium, et de vitamines à bas prix. Autre vocation du projet, créer une petite industrie, génératrice de revenus pour les plus pauvres. « Si les fermiers développent ces nouvelles techniques, ils peuvent vendre des crickets, des scarabées de palmiers, des vers de farine, ou des fourmis de tisserands, trois ou quatre fois par an, alors que les méthodes traditionnelles ne leur permettent qu’une à deux récoltes par an. », commente Khamlai Chathavong. (1) L’Université de Ventiane vient de former une vingtaine d’autres agriculteurs à la « culture » d’insectes. Pour l’année 2011, quatre séminaires sont prévus, dans la capitale et en province. Avec un mot d’ordre: diffuser ces techniques d’élevage et de marketing, tout en informant sur les valeurs nutritionnelles des insectes. Dans un pays où chaque province a ses habitudes de consommation et d’élevage, il s’agit de convertir le plus grand nombre à un entreprenariat efficace. (1)

Nourriture de base ou snack.

Les laotiens ne sont pas les seuls à consommer des insectes. Dernier recours contre la faim, nourriture de base, ou met délicat, le catalogue des insectes comestibles hésite entre 1400 et 1700 espèces. L’entomophagie, qui désigne la consommation d’insectes sans vraiment réussir à les rendre appétissants, se décline dans plus de 90 pays dans le monde, en Afrique, en Amérique du Sud, ou en Asie du Sud-Est. Le Malawi, la Zambie, et la République du Congo mangent des chenilles collectées dans les bois. La Nouvelle Guinée déguste des larves de Sago. Et depuis très longtemps, la Chine goûte le ver à soie. Dans beaucoup de cultures, désormais offertes à une consommation plus aseptisée, les insectes sont devenus dégoûtants. D’autres sont restées fidèles à cette pratique nutritionnelle. Et dans certaines périphéries des grandes villes du monde en développement, les insectes nourrissent le souvenir d’une vie simple et saine à la campagne. Historiquement, la plupart de ces insectes sont collectés dans les forêts environnantes. Une nourriture locale qui répond à l’envolée des prix alimentaires, à une agriculture émettrice de CO², de plus en plus contrariée par les effets du changement climatique. La FAO mise sur cette ressource locale pour nourrir les affamés, créer des revenus, et protéger la biodiversité. En Afrique centrale, les brûlis saisonniers préservent les colonies de chenilles, qui figurent au menu traditionnel. La FAO fait aussi l’éloge de la Thaïlande, où elle développe le commerce du cricket depuis 1999, en collaboration avec l’Université de Khon Kaen, dans le Sud-Est du pays. Les communautés ont été formées à une activité bon marché, facile à mettre en place, nécessitant peu d’espace, qui commence à tourner. Dans la région de Khon Kaen, 4500 familles élèvent des criquets. Activité qui occupe 15.000 familles à l’échelle nationale. Dans ces régions pauvres, deux villages, environ 400 familles, produisent l’équivalent de 10 tonnes de criquets pendant l’été, pour un revenu qui varie d’une centaine à plus de mille euros, par mois et par famille. La récolte est destinée aux étals de Bangok et aux marchés urbains du pays. A moins d’être exportée vers le Laos ou le Cambodge. Les familles thaïlandaises élèvent aussi des fourmis, autre nourriture populaire. L’Université de Khon Kaen a aussi planché sur la punaise d’eau géante, autre gourmandise thaïlandaise. A la question « Pourquoi les Thaïlandais mangent-t-il des punaises ? », les ¾ de consommateurs d’insectes répondent que c’est bon avec une bière. (2)

Criquets, suschis, et sashimis.

La FAO, qui réfléchit à introduire plus d’insectes dans l’alimentation mondiale, travaille à mieux connaître leurs habitudes, leurs habitats, ou leur place dans les régimes traditionnels. Elle pense aussi à conquérir la nouvelle cuisine, au Japon, à Singapour, à Hong-Kong, ou en Occident. Des criquets « mode Thaï », cuisinés avec du piment et de la citronnelle, servis avec  du riz, quand la chair crue des sushi et des sashimi multiplie les amateurs. En attendant, lors d’un meeting des Nations Unies en Thaïlande en 2008, un scientifique japonais a proposé d’installer des élevages de cafards dans les navettes spatiales, gain de place et source de protéines pour les astronautes. (3)

M.J

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(1) « More insects coming to a restaurant near you ». EC FAO food security programme

http://www.foodsecuritylink.net/laopdr/index.php?option=com_content&view=article&id=105:more-insects-coming-to-a-restaurant-near-you&catid=1:news&Itemid=2

(2)”Edible Forest Insects / Humans Bite Back”, B.Durst, V.Johnson, N.Leslie, Shono, 19/21-02-2008, Chiang Mai, Thaïland. -FAO/ RAP Publication 2010-02 http://www.fao.org/docrep/012/i1380e/i1380e00.pdf

(3) ”Eat insects to beat world hunger, UN scientists say”, Asia News, Thaïland, 26-02-2008, http://www.asianews.it/news-en/Eat-insects-to-beat-world-hunger,-UN-scientists-say-11624.html


Publié le 28 avril 2011 par marlene dans Asie du Sud-Est.,crise alimentaire,FAO
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« When the floods came ».

Bonjour,

A la fin de l’été 2010, des inondations dévastent le nord-ouest et le centre du Pakistan, avant de menacer la province du Sindh, dans le sud du pays. Les eaux ont déjà fait 16.000 morts, et perturbé la vie de 12 millions de personnes. Dans le Sindh, près de 400.000 personnes vivant sur les rives de l’Indus sont déplacées dans des camps, quand elles acceptent d’abandonner maisons et bétail, pour y attendre de l’aide. Des centaines de villages sont noyés, des milliers d’hectares de cultures sont inondées. L’eau emporte aussi les tombes des ancêtres dans ses excès. A l’échelle du Pakistan, ce sont les plus violentes  inondations depuis près d’un siècle. (1) Quelques mois plus tard, en janvier 2011, le Queensland, dans le nord-est de l’Australie, connaît également des inondations. La ville de Rockhampton, qui compte plus de 75.000 habitants, est piégée sous 9 mètres d’eau. Plus d’une vingtaine de villes, réparties sur un territoire équivalent à celui de la France et de l’Allemagne, sont immergées, ou coupées du reste du pays. Environ 200.000 personnes sont affectées, beaucoup sont évacuées, on dénombre environ 70 disparus, et une dizaine de morts. Les routes et les voies de chemin de fer sont inondées, les récoltes détruites, et l’industrie du charbon en panne. En Australie, cette catastrophe est qualifiée de « désastre aux proportions bibliques. » (2) En 2010, quelques semaines après les inondations, Gideon Mendel, photographe et cinéaste, passe quelques temps dans la province de Sindh. Avant de s’envoler pour le Queensland, au début de l’année 2011. Témoignage en images de ces deux catastrophes distantes de quelques milliers de kilomètres, séparées par un gros écart de développement, mains nues contre engins motorisés pour déblayer, tentes de fortune contre gymnase propre pour les réfugiés, mais partout un quotidien à la dérive et le désarroi sur les visages. (3)

When the floods came…

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Gideon Mendel, né en 1959 en Afrique du Sud, devient photographe de presse en 1983. Il s’installe à Londres, cumule les prix. En 1996, il est récompensé par la fondation « Eugène Smith Grant » à New-York,  sélection qui valorise une approche humaniste,  pour son travail sur le SIDA en Afrique.

M.J

(1) “Pakistan issues flooding ‘red alert’ for Sindh province”, BBC News, 07-08-2010, http://www.bbc.co.uk/news/world-south-asia-10900947

(2) “Australia’s Queensland faces ‘biblical’ flood”, BBC News, 01-01-2011. http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-pacific-12102126

(3) « When the floods came: Australia and Pakistan”, Gideon Mendel, The Guardian Co UK, 02-04-2011. http://www.guardian.co.uk/environment/video/2011/apr/02/australia-pakistan-floods


Publié le 7 avril 2011 par marlene dans Catastrophe naturelle.,photographie
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« negaWatt », des solutions pour le « negaNucléaire ».

Bonjour,

« Par ailleurs, le scénario negaWatt prévoit une fermeture progressive des centrales nucléaires existantes jusqu’à 2035, sans remplacement par des centrales de 3° génération dont la conception ne règle pas les principaux problèmes liés à cette technologie : pas de sécurité passive, pas d’avancée concernant le problème des déchets et l’épuisement de la ressource en uranium, aucune valorisation de la chaleur créée. », lit-on dans le document de synthèse du scénario negaWatt, version 2006. (1) L’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, qui n’en finit pas de finir, crédite tragiquement cette proposition. Même si  le « non au nucléaire », version radicale, n’est pas tout à fait le fond de commerce de negaWatt. L’argument, plus ancien, documenté par plus d’une vingtaine d’experts et de professionnels de l’énergie, et quelques dizaines d’ingénieurs, construit autour du bouquet énergétique « sobriété, efficacité, renouvelables », propose une sortie en douceur de l’atome. Il ne s’agit pas d’un retour à la bougie, il faut bien de l’énergie pour continuer à faire tourner le monde, mais il s’agit de casser le dogme « produire toujours plus d’énergie pour en consommer plus. »  Dans son scénario 2006, réactualisation du document 2003, negaWatt jette les bases d’une société plus sobre, plus inventive pour réduire le gaspillage, et plus audacieuse pour exploiter ses ressources inépuisables. L’association parie d’ailleurs sur le « negaWatt », concept qui fait de l’abstinence énergétique la plus accessible, et la plus infaillible, des ressources.

Premier tableau de cette alternative énergétique, la sobriété, une proposition qui est souvent affaire de bon sens. Exemples, préférer la lumière naturelle pour l’éclairage, régler le chauffage pour une chaleur suffisante mais sans excès, consommer des fruits et légumes de saisons, produit localement. En matière d’électricité, la sobriété passe par une chasse au gaspillage. Les particuliers, les entreprises, les villes sont invités à réduire l’éclairage inutile. Avec à la clé, une baisse annuelle de la consommation de 0,2% à 0,5%, selon les secteurs. Concernant le parc de logements neufs, la sobriété commande d’en réduire la surface, pour tendre vers les 75m² en 2050, contre 117 m² actuellement. Un habitat plus petit, destiné à des familles moins nombreuses, qui laisse plus d’espace par individu, 45m² au lieu de 38m² actuellement. Et qui permet de construire plus de logements, 31 millions en 2050 contre 25 en 2005. Concernant les transports, il s’agit de repenser la mobilité, à l’échelle de villes trop étendues, de favoriser le co-voiturage, le télétravail, et le sport. La marche et le vélo, alternatives aux transports collectifs, sont particulièrement adaptés aux trajets courts. Un petit effort des piétons et des cyclistes permettrait de tendre vers les 16% de kilométrages parcourus en ville, au lieu des 9% actuels.

Second tableau, l’efficacité énergétique. Ce qui revient à améliorer le rendement énergétique de nos bâtiments, de notre environnement domestique – froid, éclairage, électroménager -, de notre bureautique, et de nos transports. Il s’agit aussi de renouveler les équipements les plus gourmands en énergie. Sur le papier, un parc de logements neufs dessinés pour l’efficacité, contraints à des normes thermiques, permettrait de tomber la consommation à 29 kWh/m² en moyenne, au lieu d’une centaine actuellement. Cette efficacité suppose aussi de remplacer le chauffage électrique des bâtiments, et celui qui alimente l’eau chaude, par d’autres sources de chaleur, encore plus performantes.  En matière de transports, cette efficacité se décline par des voitures moins gourmandes. Pour transporter les marchandises, le rail et les voies fluviales s’imposent.  Et dans un scénario qui fait tout pour contenir le trafic aérien, on met un peu plus de marchandises sur les trains, et on taxe les trajets « low-costs ». L’efficacité énergétique permettrait « de réduire d’un facteur 2 à 5 nos consommations d’énergie et de matières premières », promet le scénario negaWatt. Sans révolution technique, puisque toutes les solution existent déjà.

Troisième tableau, complémentaire des deux précédents, miser sur le renouvelable pour produire de l’énergie. Inépuisables, bien réparties, sans grand dommage pour l’environnement, et largement sous-exploitées, elles collent parfaitement au scénario. Le  photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique, la co-génération, ou la biomasse, bouquet complété par le gaz naturel,  présentent une alternative énergétique crédible, inscrite sur le long terme, « sans épuiser notre planète.» Il faudrait encore fouiller les possibilités des énergies de la mer, ou celles de la géothermie en roches profondes. Mais, en variant les combinaisons et en développant les ressources, la production d’énergie renouvelable pourrait presque être multipliée par 5, à l’horizon 2050. Sans exploiter tout le potentiel, et sans rupture technologique. Attention, le scénario ne vaut que si la demande en électricité se stabilise. Et pour atteindre un bouquet alternatif de 80% en 2050, il faut que la demande énergétique tombe. Ce qui est possible en s’interrogeant un peu sur nos besoins de consommation réels.

Le scénario negaWatt, qui promet encore un « paysage énergétique  profondément renouvelé »,  pour l’instant à l’échelle nationale, nous débarrasse aussi doucement du nucléaire. Tout simplement, parce que nous n’en avons plus besoin pour produire de l’électricité. Exit également les centrales thermiques, fioul et charbon, et leurs émissions de gaz à effet de serre. Des emplois, moins d’argent pour s’éclairer, se chauffer, se déplacer, des postes qui pèsent lourd pour les plus démunis, le scénario esquisse aussi planète plus viable. Pour maintenant, et pour plus tard. En attendant le prochain document, prévu pour le milieu de l’année 2011, l’association rebondit sur l’accident de Fukushima : « Le scénario négaWatt n’est pas basé sur une sortie d’urgence du nucléaire faisant suite à une catastrophe ou à une décision politique soudaine : il est de la responsabilité d’un État de droit, soucieux de sa population, d’avoir dans ses cartons un plan B pour faire face à une telle hypothèse qui s’apparenterait à une situation de guerre. » (2)

M.J

(1) Scenario negaWatt 2006, Document de synthèse, version 1.0.2, 16 décembre 2005, NW 2006 V031, Association negaWatt http://www.negawatt.org/telechargement/Scenario%20nW2006%20Synthese%20v1.0.2.pdf

(2)Negawatt, 20-03-2011 http://www.negawatt.org/


Publié le 1 avril 2011 par marlene dans Actualité,energies alternatives,Nucléaire
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Vivre dans le Sanriku.

Bonjour,

« Depuis des temps immémoriaux, (les) tsunamis ont été un cauchemar pour les habitants de la côte du Sanriku ».(1) Le 11 mars dernier, un séisme de magnitude 9, sans doute le plus important de l’histoire japonaise,  provoque un tsunami sur la  côte Nord-Est de l’archipel. Cette déferlante, meurtrière, surdimensionnée, une dizaine de mètres de haut, déborde les digues destinées à freiner sa violence. Le Nord-Est du Japon, et la région du Sanriku, sont exposés aux tsunamis. La ligne côtière, trouée de nombreuses baies, est une côte à rias ouverte aux vagues. Son avancée dans l’Océan Pacifique la rend sans doute plus vulnérable encore. Dans un article daté de 1966, six années après le tsunami du Chili, Toshio Noh évoque l’histoire meurtrière de cette côte malmenée par les vagues exceptionnelles. (1) En 896, sous l’ère Jôkan, un tsunami tue 1000 personnes. En 1611, celui de l’ère Keichô, noie environ 5000 personnes. En 1896, sous l’ère Meiji, la vague est plus désastreuse encore, avec plus de 23000 morts dans la préfecture d’Iwate, soit plus de 20% de la population de certaines localités. En 1933, nouvel assaut, qui fait plus de 4000 morts dans la région du Sanriku. En 1960, le tsunami qui traverse le Pacifique depuis le Chili fait un peu plus d’une centaine de morts, et détruit plus de 2400 habitations. Ces deux vagues, note l’auteur,  sont de nature différente. «La plus récente a été causée par un tremblement de terre avec un épicentre au large des côtes du Chili très loin du Sanriku, et l’autre résulte d’un tremblement de terre situé à 28 kilomètres au Nord-est de Kinkasan, dans la préfecture de  Miyagi. » (1) La vague de 1933 mesure 18 mètres, celle de 1960 s’élève de 5 à 6 mètres. Dans le Sanriku, de nombreux monuments rappellent ces tsunamis plus ou moins meurtriers. « (Ils) ont été érigés par nos ancêtres comme un mise en garde pour la postérité. » (1) Les générations se sont succédées, les récits se sont transmis, et ont nourri l’imaginaire collectif. Au fil de cette longue histoire de vagues destructrices, il a bien fallu trouver des parades. Faute de technologie, les Anciens vont au plus simple. Ils déplacent leurs habitations sur les hauteurs. Puis, pour protéger les villages côtiers, on érige des protections en terre. A d’autres endroits, on construit des plateformes qui surélèvent les constructions. Quelques îlots d’habitation sont protégés, mais difficile d’élever un village entier, ou un quartier urbain. Les dunes se couvrent de pins noirs du Japon, seule espèce adaptée au sable de bord de mer. Ces forêts côtières freinent, en principe, l’intensité des torrents provoqués par le tsunami. Après la catastrophe de 1933, la technologie autorise le déplacement de villes et de villages, élève les fondations des maisons, et invente de nouvelles règles d’urbanisme. La défense est faible. Après 1960, et le tsunami du Chili, le gouvernement central prend d’autres mesures pour adoucir l’impact des tsunamis. Les digues géantes, d’une dizaine de mètres de haut, se multiplient sur le littoral. Des brise-lames protègent l’accès des rias. Les rivières s’équipent de portes destinées à les défendre contre les inondations venues du large. Aujourd’hui, des barrières de tétrapodes, plantées à proximité des côtes, évoquent un combat, encore inégal, entre la mer et le béton.

Dans les années 60, Toshio Noh justifie l’implantation humaine dans la région du Sanriku: « …Le long de cette côte, il y avait des gens qui étaient très dépendants de la pêche pour vivre, et la nature de la côte à rias offrait des niches pour l’habitat et les terres cultivables. Quand la mémoire de la tragédie s’estompait, les habitants revenaient peu à peu vers la côte pour devenir les victimes du prochain tsunami. »(1) Dans un article de Libération du 19 et 20 mars dernier, Philippe Pelletier, géographe, spécialiste du Japon, puise dans la thèse de Yamagushi Yaichirô, pour répondre à cette question de l’attachement au territoire. Le Sanriku s’ouvre sur l’une des « zones halieutiques les plus riches du monde ». C’est aussi « le pays des ancêtres, il faut entretenir sanctuaires, temples et cimetières, donc y vivre. » (2)

M.J

Sur le site Silatitude, une carte des impacts du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. Ce site offre aussi des liens pour une information plus fouillée:

http://silatitudes.teledetection.fr/index.php/actualite/57-mapping-japan-earthquake-and-tsunami-damages


(1) »Sanriku Coast Prepared for Tsunami – A preliminary report on men’s defense against natural disaster », Toshio Noh, http://ir.library.tohoku.ac.jp/re/bitstream/10097/44873/1/AA0045945066165.pdf

(2) »Le Nord du Japon, terre de tsunamis », Philippe Pelletier, Chroniques Le Mag, Libération, 19/20-03-2010 http://www.liberation.fr/monde/01012326413-le-nord-du-japon-terre-de-tsunamis


Publié le 28 mars 2011 par marlene dans Actualité,Catastrophe naturelle.,Japon
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Les Mayas, victimes de désordres environnementaux.

Bonjour,

La chute de la civilisation Maya résulterait d’une dégradation environnementale majeure, conséquence d’une déforestation antérieure. Le système agricole, très sollicité par des populations nombreuses, peut-être un million de personnes vers la fin du premier siècle, n’aurait pas résisté à ce déséquilibre. Après avoir rayonné pendant la période classique – de 250 à 900 après JC -, la civilisation Maya qui se développe en Mesoamérique, s’éteint  avant le premier millénaire. « C’était un effondrement et non un recul, car le second est temporaire alors que le premier caractérise un déclin sur le long terme et la disparition du système économique et social qui structure un Etat, comme cela s’est passé dans cette région. » (1) commente Richard Hansen, anthropologue, spécialiste de civilisation Maya à l’Université de l’Idaho, lors de l’ouverture du 3° Congrès International sur la Culture Maya, au Mexique. Richard Hansen dirige le projet bassin du Mirador, un chantier archéologique et écologique, difficile à atteindre dans le nord du Guatemala. Plus d’une vingtaine de cités, des pyramides, et un complexe de temples se dissimulent dans une forêt tropicale humide de plus de 2000 km². (1) (2)

Du bois pour les édifices.

Pour Hansen, la chute de certaines villes à la fin de la période pré-classique – qui court de 1000 avant JC jusqu’à  l’an 150 de notre ère -, parmi lesquelles Tintal  Nakbe, Wakna,  résulterait d’une sur-exploitation des ressources. Tintal, gros centre urbain de ce premier temps de l’histoire Maya, témoigne d’une civilisation pionnière qui dispose de terrains pour jouer à la balle, élève des pyramides de plus de 50 mètres de haut, et construit une route de 40 km de long, la reliant à Mirador, la principale ville. Au tournant de l’ère chrétienne, Mirador compte environ 200.000 habitants. Lors de la période classique, Palenque, Copan, et Tikal périclitent à leur tour, elles aussi emportées par un déséquilibre environnemental majeur. Pour Richard Hansen, l’érosion massive, consécutive à une déforestation soutenue à l’époque pré-classique, expliqueraient la fin du système Maya. Pas seulement, mais surtout. Le bois est alors une source d’énergie. Il est aussi abondamment utilisé pour confectionner le stuc, plaqué sur les édifices qui se multiplient à l’époque pré-classique. Les besoins en bois vert, nécessaire à la confection de ce stuc, auraient été l’un des facteurs majeurs de cette déforestation, « bombe à retardement » qui précipite le déclin. Le Bassin d’El Mirador, c’est aussi une petite énigme environnementale. L’ensemble s’est développé sans eau, c’est-à-dire sans rivière, sans source, et sans nappe souterraine. A la fin de l’époque pré-classique, vers 100 avant J.C, plus de 100.000 habitants vivent pourtant dans cette zone. (2)Pour satisfaire les besoins, les pluies, abondantes, étaient recueillies dans des citernes. Dans un article paru dans le Monde en 2009, Richard Hansen évoque aussi  la « théorie de la boue ». Les boues collectées dans cette zone de marécages auraient permis de fertiliser les cultures. Sans avoir besoin de détruire la forêt pour récupérer des terres, ni d’épuiser les sols en enchaînant les semences. Malgré tout, l’équilibre environnemental, d’El Mirador n’aurait  pas résisté une civilisation qui voyait un peu trop grand. (3)

Sécheresse.

Quelques années auparavant, un article de Nature, daté de juin 1995, relie la chute de la civilisation Maya à un changement climatique. Cette hypothèse, d’abord envisagée à l’échelle de la Mésoamérique, est difficile à prouver. Les efforts pour reconstituer les humeurs du ciel au cours des trois derniers millénaires ne permettent pas de différencier les changements dus à l’évolution naturelle des cycles climatiques, de ceux provoqués par l’homme. La déforestation, qui a modifié la végétation régionale, brouille la lecture. Mais l’analyse de sédiments recueillis dans le Lac Chichancanab, au Mexique, finit par raconter la carte climatique de cette partie centrale de la péninsule du Yucatan, pendant la période Holocène. L’intervalle compris entre 800 et 1000 de notre ère, qui coïncide avec la fin de la civilisation Maya à l’époque classique, aurait été particulièrement sec. Il y aurait donc une relation, très probable, entre le déclin des Mayas et le climat. (4)

NASA / Site Maya / Guatemala

Sécheresse et déforestation.

La NASA, l’agence spatiale américaine, s’est aussi intéressée au territoire Maya. En 2006,  elle cartographie une zone du Guatemala qui révèle l’héritage architectural de cette civilisation. Photo ci-dessus. En jaunâtre, la forêt qui recouvre les ruines Maya. En rouge, la forêt environnante. En  bleu-vert, la petite végétation clairsemée. Ces sites, enfouis sous un couvert tropical très dense, pas toujours faciles à repérer sur le terrain, sont révélés par image satellite. Décodage. Les Mayas construisaient leurs temples avec des matériaux calcaires. En se détériorant, ces édifices ont modifié la composition des sols. Quelques plantes humides se sont développées alentour, d’autres ont disparu, ou se sont décolorées. La lecture satellite permet de repérer les traces de ruines calcaires, qui apparaissent en couleur jaunâtre. Pour Tom Sever, alors archéologue à la NASA, spécialiste de repérage « remote-sensing », sans contact avec le terrain, le déclin des populations Maya, résulte d’une combinaison de facteurs climatiques, la sécheresse, et anthropologiques, la déforestation. Et Sever d’ajouter : « Comprendre comment les Mayas ont affecté leur environnement pourrait aider l’homme actuel à faire des choix plus éclairés concernant la gestion des forêts tropicales humides. » (4) Conseil d’actualité, qui peut s’appliquer à d’autres désordres environnementaux.

M.J

(1) “Mayan civilisation collapse blamed on environmental damage”, Zee News, 16-03-2011, http://www.zeenews.com/news693602.html

(2) « El Mirador », Authentic Maya, 2009, http://www.authenticmaya.com/mirador1.htm

(3) « El Mirador, mère des cités mayas », Joëlle Stolz, Le Monde, 13.02.2009

(4) “Possible role of climate in the collapse of Classic Maya civilization”, David A. Hodell*, Jason H. Curtis* & Mark  Brenner†, Nature 375, 391 – 394 (01 June 1995); doi:10.1038/375391a0, http://www.nature.com/nature/journal/v375/n6530/abs/375391a0.html

(5)Maya Ruins, Earth Observatory, NASA, 18-02-2006 http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=6293


Publié le 22 mars 2011 par marlene dans Climat,déforestation,Histoire.,Préjudice écologique
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Agriculture: les promesses de la petite école « bio ».

Bonjour,

L’agriculture « bio » pourrait-elle adoucir le problème de la faim dans le monde ? Probablement, argumentent les Nations Unies au fil d’un double rapport.(1) Cette agriculture, plus vraiment traditionnelle, améliorée et débarrassée de produits chimiques, fertilisants et pesticides, permettrait à beaucoup de paysans du monde en développement de doubler leur production de nourriture en une petite dizaine d’années. Cette proposition colle au profil d’agriculteurs, qui travaillent sur des petites structures, faciles à réformer. Elle répond aussi au contexte toujours alarmant de la faim dans le monde. Au cours des 10 dernières années, les progrès pour réduire le nombre d’affamés ont été lents, et inégaux, à l’échelle de la planète. Avec un zoom sur l’Afrique sub-sahélienne, où la faim a progressé de 20% depuis 1990.Au début des années 2000, 33% de la population du Kenya manque encore de nourriture, 19% en Ouganda, jusqu’à 44% en Tanzanie. Cette agriculture «soft», qui décline les lois du Développement durable – « capital naturel », nourriture, bois, eau ; « capital social », le travailler ensemble ; « capital humain », valoriser le savoir de chacun ; « capital financier », se tirer hors de la pauvreté – entend bien montrer qu’elle peut aussi faire grimper la productivité. Expérimentée dans plus d’une cinquantaine de pays, elle a prouvé que les récoltes, issues de semences traditionnelles et protégées avec des méthodes naturelles, pouvaient augmenter leur rendement de 80%, en moyenne. Quelques petits ilôts d’agriculture « bio », développés sur le continent africain, présentent des récoltes augmentées de 116%, en moyenne. Jusqu’à 128% en Afrique de l’Est. Avec des disparités, +179% au Kenya, + 67% en Tanzanie, et +54% en Ouganda. Ces chiffres, issus de projets très encadrés, promettent plus de nourriture dans les pays où l’on en manque. C’est vrai en Afrique sub-sahélienne, en Amérique du Sud, et en Asie. (1) (2)

Rendements prometteurs et petites surfaces.

Retour au Kenya où un projet conduit par le SACDEP (Sustainable Agriculture Community Development Programme) a initié 30.000 petits fermiers à l’agriculture durable. Avant de concentrer son action sur 4500 exploitants installés à l’Est et au Centre du pays. Ces pionniers ont été formés à quelques règles : mauvaises herbes, maladies, et parasites combattus avec des défenses naturelles – Par exemple, des plantes qui attrapent ou repoussent les insectes -; respect des sols pour regagner en fertilité; gestion optimale de l’eau ; et reproduction des semences. Quatre années plus tard, la SACDEP rapporte une productivité augmentée de 50%. Suffisamment pour se nourrir, avec un petit supplément destiné à la vente. L’Ethiopie, en proie à de graves problèmes de malnutrition, a amélioré de 70% l’accès à la nourriture dans le cadre de projets agricoles « bio ». En Ouganda, qui exporte une partie de sa production, ananas, gingembre, ou vanille, le « bio » a permis de pratiquement doubler l’accès à la nourriture. Mais attention, si ce type d’agriculture progresse depuis 2003, il ne représente que 2% du paysage agricole de l’Ouganda. A l’échelle de l’Afrique, les terres qui bénéficient d’une gestion certifiée « bio » rampent entre 1 et 3%  des surfaces cultivées. Au Malawi, autre petit terrain d’expérimentation, les rendements ont été multipliés par 2. Le problème, c’est de diffuser ces méthodes agricoles « soft ». Quelques formations supérieures existent en Afrique du Sud, trop peu sur le reste du continent. Alors ONG dépêchent experts, techniciens, ou fermiers sur le terrain,  qui en formeront d’autres, à des techniques souvent simples. Dommage, l’engagement des gouvernements fait souvent défaut. L’apprentissage et à la mise en œuvre de cette mutation agricole, même à petite échelle, demandent du temps. Au Kenya, la SACDEP a mis une petite quinzaine d’années pour développer son programme.(1)

Lomadef et Monsanto.

« La progression de systèmes d’agriculture biologique produira des gagnants et des perdants. Car ce modèle d’exploitation fermière laisse peu de place aux produits chimiques. Pas sûr que les producteurs acceptent de perdre ces parts de marché. » présage encore le rapport.(3) Justement. Un article paru dans Libération en février dernier raconte comment le Malawi – pourtant terrain  d’expérimentation « bio » – est convoité par Monsanto, grosse enseigne de l’agro-alimentaire américain.(4) Selon Libération, l’entreprise a déjà introduit des semences hybrides, « sélectionnées artificiellement », programmées pour être inutilisables l’année suivante. D’ailleurs au Malawi, les 2/3 des agriculteurs fonctionnent déjà aux semences hybrides. Monsanto et Seedco – une production de la fondation Gates, liée à Monsanto – se partagent déjà les champs. Ces semences, introduites après une sécheresse , offertes avant de devenir payantes – une rente pour les fournisseurs -, ont déjà fait une démonstration rapide et efficace: « Ma vie a été transformée grâce au hybrides,  (…) Je n’ai pas beaucoup d’argent, mais plus personne n’a faim dans mon foyer. ».(4) Au Malawi, où la situation alimentaire reste très tendue, notamment dans le sud du pays, la ferme LOMADEF (Lipangwe Organic Manure Demonstration Farm), initie 500 familles à améliorer leurs récoltes. Pendant ce temps, Monsanto  pense déjà OGM dans un pays, affamé et gros consommateur de maïs.

M.J

LOMADEF en vidéo….

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(1) Accès rapports :http://www.unep-unctad.org/cbtf/

-Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15

-Best Practices for Organic Policy. What developing country Governments can do to promote the organic agriculture sector, February 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/3

(2) “Is eco-farming the solution?”, Alister Doyle, IOL Scitech, AFP, 09-03-2011http://www.iol.co.za/scitech/science/environment/is-eco-farming-the-solution-1.1038558

(3) Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15, p 36

(4)« Malawi, les champs captifs de Monsanto », Sophie Bouillon, Terre, Libération, 25-02-2011 http://www.liberation.fr/terre/01012322088-reperes


Publié le 16 mars 2011 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire,OGM
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Pensée pour le Japon.

Bonjour,

Je pense au Japon, en proie aux conséquences d’un tremblement de terre, d’un tsunami, et d’accidents nucléaires. Un péril nucléaire qui semble encore plus sinistre au pays d’Hiroshima et de Nagazaki. Mais le sujet est porteur. La France découvre avec stupeur qu’elle ne peut vivre sans le nucléaire. Partout, en Europe, aux Etats-Unis, on en profite pour relancer le vieux débat sur l’énergie atomique. « Pour » ou « contre »,  l’exemple japonais nourrit l’opposition. Alors que la situation nucléaire évolue de minute en minute au Japon, avec des perspectives effrayantes pour les populations bloquées dans les périmètres à risque, je trouve qu’on aurait pu attendre quelques jours avant de relancer le débat. Question de décence. Nous en sommes aux arguments, ils sont plongés dans l’évènement.

M.J


Publié le 14 mars 2011 par marlene dans Actualité,Japon,Nucléaire
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Des éléphants chassés au piment.

Bonjour,

Que faire pour repousser un troupeau d’éléphants, sauvages et affamés, prêts à  se ruer dans une rizière, sachant que chaque mammifère  mesure en moyenne trois mètres de haut, et pèse assez facilement une demi-tonne ? C’est une question qui empoisonne la vie des politiques, et surtout celle des villageois, de l’Etat d’Assam, un territoire situé dans le nord-est de l’Inde. L’Etat d’Assam, l’une des plus fortes densité d’éléphants sauvages d’Asie, compte environ 5000 mammifères, environ 10% des effectifs du sous-continent indien. (1) Cette population itinérante, poussée par la faim, convoite les rizières et les cultures des communautés villageoises, terrorisées et exaspérées. C’est une lutte pour le territoire et la nourriture qui oppose éléphants et fermiers depuis des années. A l’origine du conflit, des éléphants chassés de leur habitat, et détournés de leurs parcours traditionnels. L’expansion d’un front pionnier illégal, la déforestation, l’installation de rails ferroviaires, la multiplication des champs de thé, des rizières, des cultures vivrières, ont fragmenté le territoire des éléphants, brouillant leurs  routes migratoires, les privant de nourriture. Affamés, les éléphants descendent dans les villages pour voler dans les rizières et les champs. Ce pillage peut ruiner plus de 80% des récoltes. Ce conflit, qui dure depuis des années, a fait des morts dans les deux communautés. De 1997 à 2001, près de 200 éléphants sauvages auraient été tués dans l’Etat d’Assam. Sans compter ceux victimes du rail. De l’autre côté de la ligne de front, on dénombre plus de 200 morts pour la même période.(1) Ce bilan s’est alourdi depuis. Dans nombre de villages, l’arrivée des éléphants provoque toujours la panique. A tel point que les hommes valides embarquent enfants, femmes, et personnes âgées, pour les placer en sécurité. Cette guerre pour la nourriture, discutée au Parlement d’Assam, a mobilisé ONG et villageois qui ont développé quelques idées pour organiser une défense. (2)

Piment explosif.

Une première idée, mise en œuvre dans le district de Karbi Anglong en 2010 par «Green Guard», un groupe de défenseurs de la nature, vise à assourdir l’éléphant. La stratégie consiste à entourer les rizières de fils, d’y accrocher de petites clochettes, connectées à des klaxons, situés à proximité sur des miradors de fortune. Dès que l’ennemi touche le fil, les clochettes passent le message aux klaxons, qui se mettent en route. Concert bientôt augmenté par la chorale des villageois, prévenus de la visite. Effrayé, l’éléphant bat en retraite. L’idée vient du Zimbabwe.(2) Plus fort, beaucoup plus fort, la barrière de « piment rouge », une astuce développée en 2007 par le Département des Forêts de l’ Etat d’Assam ( Assam State Forest Department) et le WWF (World Wide Fund for Nature), déclinée ailleurs, on y revient. Cette fois, l’idée vient du Mozambique, qui connaît  aussi des conflits hommes/ éléphants. (2) Il s’agit de confectionner une mixture à base de piment, le Bhoot Jolokia, le piment le plus explosif de la planète, confirmation du Guiness des Records 2006, bien que détrôné depuis. Il est mélangé à des feuilles de tabac et à de l’huile de vidange usagée, avant d’être appliqué  sur des bouts de tissus. Lesquels sont accrochés aux fils barbelés qui entourent la rizière. Le jumbo asiatique, à l’odorat réputé raffiné, détale dès qu’il inhale la mixture. Encore plus fort,  concentré de la dernière idée, pratiquement même recette, le fumigène. Ou la bombe pimentée. C’est un mélange de piments, de feuilles de tabac, de paille sèche, placé dans un tube avant d’être enflammé. La fumée dégagée agresse la trompe de l’éléphant, qui ne demande généralement pas son reste. Le Chester Zoo, financé par le Defra’s Darwin Initiative et le gouvernement britannique, développe cette solution pimentée dans quelques villages du Sonitpur et du Goalpara, deux districts de l’Etat d’Assam. Avant d’étendre ce programme de défense, qui semble fonctionner.(1) Assam, territoire stratégique pour la survie de l’éléphant d’Asie, espèce menacée , expérimente cette méthode plutôt respectueuse pour repousser un mammifère qui nuit aux récoltes, les défenseurs de l’éthique animale apprécieront. Ailleurs dans la région, ils sont repoussés plus violemment, empoisonnés, électrocutés, ou piégés dans des trous dissimulés sous des branchages.(2) Ce mode de résistance offre encore un débouché inattendu au Bhoot Jolokia,  culture locale jusqu’alors condamnée à l’huile pimentée pour la cuisine. (1) (3)

M.J

En images au Bannerghatta National Park…

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(1) « Community-Based Human Elephant Conflict Management in Assam », A. Zimmermann, T. E Davies, N. Hazarika, S. Wilson, ASESG, 2009. http://www.asesg.org/PDFfiles/Gajah/30-34-Zimmermann.pdf

(2) “Thread Barrier and World’s Hottest Chilli to Keep Asian Elephants At Bay”, Shib Shankar Chatterjee et Rahul Karmakar, News Blaze, 16-11-2010 http://newsblaze.com/story/20101116124707shan.nb/topstory.html

(3) « Are elephants scared of spice?”, AP, in The Independent, 02-03-2011, http://www.independent.co.uk/environment/are-elephants-scared-of-spice-2229515.html


Publié le 7 mars 2011 par marlene dans Ecosystèmes.,Inde,Monde rural.
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Des coraux, un atoll.

Bonjour,

Environ 75% des récifs coralliens de la planète sont menacés, constat du World Resources Institute (WRI) qui publie, en collaboration avec une vingtaine d’organisations, un rapport intitulé « Reefs at Risk Revisited ». Ce document, qui rafraîchit un état des lieux établi en 1998, qui l’enrichit de données satellites, liste les pressions qui pèsent sur l’écosystème. Pêche excessive et destructrice, constructions littorales et activités humaines, sans oublier des populations côtières de plus en plus importantes,  menaceraient 60% du patrimoine mondial. Nouveauté, le rapport pointe les pressions liées au réchauffement des mers et des océans, les modifications chimiques qui l’accompagnent, ou la montée des eaux. L’enjeu est d’importance. Plus de 275 millions de personnes, situés à moins d’une trentaine de kilomètres d’un littoral, dépendent des récifs coralliens pour leur environnement, leur nourriture, et leur économie. Les coraux,  notamment ceux de la zone tropicale, abritent un catalogue impressionnant d’espèces vivantes, dont une importante variété de poissons.  Sur le plan géographique, ces formations offrent un rempart à l’océan. Dans plus d’une centaine de pays et de territoires, elles protègent 150.000 km de côtes, limitant l’érosion ou atténuant les effets des tempêtes et des grosses vagues qui se forment au large. (2) Trois grands systèmes coralliens dominent la cartographie planétaire. Le plus grand s’étire sur plus de 2000 kilomètres au large des côtes australiennes du Queensland pour former le « Great Barrier Reef », la Grande Barrière de corail. Elle occupe un territoire marin équivalent à la Hollande, la Suisse, et le Royaume Uni.(3) La grande barrière de Nouvelle Calédonie, seconde au palmarès, fait de la France un pays très concerné par la protection des coraux, 10% du patrimoine mondial, en comptant Mayotte et la Polynésie.(4) Troisième grand ensemble corallien situé dans la Mer des Caraïbes, les Cayes du Belize. Si certains coraux se développent en eaux froides ou tempérées, ces constructions naturelles préfèrent la lumière des eaux tropicales du Pacifique, du Mexique, ou des Antilles. (3) Le déclin des coraux, dont l’agonie est signalée par un blanchissement, avant disparition, résulte en grande partie des hommes et de  leurs activités. Aux Maldives, destination touristique de l’Océan Indien, le corail d’îles inhabitées a été utilisé comme matériau de construction, ouvrant la voie à la mer. Ailleurs, les plongeurs, les bateaux, et les hôtels posés à proximité des récifs coralliens, ont perturbé l’équilibre de ce patrimoine côtier. Au Philippines, la pêche à l’explosif a causé pas mal de dégâts dans les récifs. Autre plaie, la pêche au cyanure qui permet de capturer les poissons vivants pour le commerce d’espèces exotiques, ou la gastronomie asiatique, à Hong-Kong, à Singapour, ou en Chine. Désormais interdite au Philippines, elle s’y pratiquait depuis les années 60. Les excès de la pêche laissent des récifs coralliens endommagés, intoxiqués, avec des poissons nourris au poison. La pêche au cyanure menace aussi les récifs d’Indonésie. (5) En Australie, le réchauffement des eaux, amorcé il y a quelques années, a blanchi les coraux de la Grande Barrière. Un rapport de Greenpeace a fait de 1998 une année dramatique pour ces récifs. Au milieu des années 2000,  plus de 40% des coraux de la Grande Barrière étaient malades. Avec des zones sinistrées à plus de 80%. (6) L’augmentation de CO² dans l’atmosphère, ses conséquences sur la température de l’eau et sur l’acidification des océans – simplification d’une dynamique plus complexe –, malmène les récifs coralliens. L’élévation du niveau des mers et des océans précarise encore ces écosystèmes. Avec des conséquences parfois inattendues. Okinotorishima, confetti corallien situé à plus de 1700 kilomètres de Tokyo, front Sud de l’archipel Japonais dans le Pacifique, battu par les typhons et grignoté par l’érosion, est menacé par la montée des eaux. Compte tenu de la superficie de l’atoll, à peine 8 km² à marée basse, doté de deux cailloux, Kitakojima et Higashikojima, qui culminent  à 10 cm au dessus du niveau de la mer, l’acharnement du gouvernement japonais à injecter des milliers de yens et du béton pour sauver ce minuscule récif corallien, semble inouï. Outre sa  position stratégique et quelques réserves minérales, l’engloutissement d’Okinotorishima ferait perdre au Japon l’équivalent de 400.000 km² de ZEE (Zone économique exclusive ) , avantage qui permet au pays d’exploiter l’océan dans un périmètre de 200 miles nautiques. Okinotorishima est sans doute plus protégé que Tuvalu ou les Maldives, pourtant dans le même bateau…

M.J.

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Un espace vulnérable, et renouvelable.

Le rapport signale 27 pays et territoires très vulnérables, socialement et économiquement, à la disparition des coraux. 19 d’entre eux sont de petits états insulaires. Parmi les espaces les plus touchés :  Haiti, Grenade, les Philippines, les Comores, Vanuatu, la Tanzanie, Kiribati, Fiji, et l’Indonésie. Avec une note d’optimisme, les formations qui ne sont plus agressées développent de bonnes capacités à se renouveler.

Deux cartes en un coup d’oeil :

Les récifs coralliens mondiaux classés en fonction des menaces locales. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12015/_original

La capacité des pays et des états à s’adapter à la dégradation et à la perte de leurs récifs coralliens. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12013/_original

(1) Ce rapport est publié par le World Resources Institute (WRI), en collaboration avec Nature Conservancy, WorldFish Center, International Coral Reef Action Network, Global Coral Reef Monitoring Network, PNUE-World Conservation Monitoring Center, Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI)….

(2) Résumé du rapport.

http://pdf.wri.org/reefs_at_risk_revisited_executive_summary.pdf

(3) Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9cif_corallien

(4) UNESCO http://whc.unesco.org/en/list/154

(5) Endangered species handbook http://www.endangeredspecieshandbook.org/aquatic_coral.php

(6) (6)“Iconic Great Barrier Reef endangered”, Nicole O’Halloran, Journalism, 16-10-2006, http://neovox.journalismaustralia.com/should_we_say_goodbye_rua.php

(7) « Endangered coral reef shields southern outpost, Jun Sato, Daily Yomiuri online,  http://www.yomiuri.co.jp/dy/photos/0005/lens151.htm

“Un ilôt désert enjeu stratégique entre le Japon et la Chine.”http://www.acoram-var.com/Documents/Revue_de_presse/revue_de_presse_300410/Un_lot_dsert_du_Pacifique_enjeu_stratgique_entre_le_Japon_et_la_Chine.pdf?2e4991b25a9f2c7412c96c2fbe98e2c7=d944e71662e2a4802b8de1b2cd566fa5


Publié le 1 mars 2011 par marlene dans Biodiversité,Elevation des mers.,Pêche.,Pollution de l'eau
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« Qapirangajuq », paroles d’Inuits sur le climat.

Bonjour,

En observant le ciel, les Inuits pouvaient prédire le temps. Les formations de nuages indiquaient la direction du vent. Maintenant, c’est différent. Les nuages, ils prennent un chemin, avant d’en changer rapidement, pour raconter une histoire très différente. D’ailleurs, les vents d’Est dominent, remplaçant les vents du Nord, qui ne soufflent plus aussi fréquemment. « Qapirangajuq – Inuit knowledge and Climate Change », un film sur les changements environnementaux en Arctique, rapporte la parole des Inuits, placés aux premières loges du réchauffement climatique. Les paysages arctiques évoluent plus vite que n’importe quel autre écosystème de la planète. Le permafrost qui fond, les glaciers qui disparaissent, les rivières qui se déchaînent, les ponts qui rompent, les maisons qui tremblent, les pluies acides provoquées par les industries du « Sud », la viande de caribou contaminée, la nourriture souillée par le mercure, et les ours condamnés à mourir de faim. Mais d’autres pensent que les ours survivront aux changements en cours. Comme les Inuits : « Notre monde continue de changer et nous devons apprendre à nous adapter. ».

Zacharias Kunuk, producteur Inuit, et Ian Mauro, géographe et documentariste, ont collecté ces voix d’Inuits, témoignage d’une culture semi-nomade maturée dans les paysages glacés du grand nord : « Les gens du Sud ne veulent pas comprendre la façon de vivre des Inuits. Ils ne connaissent pas notre culture, ne considèrent pas notre opinion, et nous traitent comme des ignorants. La culture inuite est orale, et nous conservons notre savoir dans nos esprits. Même sans texte, notre culture est pleine de sagesse. » Les Anciens y racontent une vie de jeux, de chasse, respectueuse de la vie sauvage, prendre seulement ce dont on a besoin, une organisation communautaire où l’argent n’existe pas. C’est un travail de recherche, qui parie sur le documentaire, outil plus médiatique qu’une publication scientifique – ce qui n’est pas l’avis de tout le monde – pour toucher un public plus large. Et quand Sheila Watt-Cloutier, activiste et voix des Inuits, prend la parole, elle exprime simplement ce qui est en train de se passer : « La pollution est comme une couverture au dessus de notre terre. Notre terre a du mal à respirer et souffre de trop de chaleur. »

M.J

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Le film est accessible dans sa version longue sur : http://www.isuma.tv/hi/en/inuit-knowledge-and-climate-change


Publié le 14 février 2011 par marlene dans Arctique,Biodiversité,Climat
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