Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Climat et migrations, une relation plutôt locale.

Bonjour,

Réchauffement climatique et migrations internationales de masse, une étude vient adoucir cette perspective. Il y aura bien des mouvements migratoires, mais plutôt à l’intérieur des frontières, et de courte durée. Ce document, publié par l’International Institute for Environment and Development (IIEP) le 2 février dernier, synthétise les résultats d’une enquête menée dans trois pays en développement, Bolivie, Sénégal, et Tanzanie. (1) « Les gens affectés par des dégradations environnementales passent rarement les frontières”, commente Dr Cecilia Tacoli, à l’origine de l’étude, “Au lieu de cela, ils partent temporairement vers d’autres zones rurales ou vers de petites villes ». (1) En clair, les migrants développent des stratégies pour fuir une pauvreté, aggravée par la désertification, la dégradation des sols, et les sécheresses. Ils partent ailleurs gagner leur vie, pour être moins vulnérable aux conséquences du changement climatique. L’enquête incite les gouvernements à faciliter ces stratégies migratoires au lieu de les brimer, car elles apportent une réponse aux dégradations environnementales. Quelques recommandations sont adressées aux dirigeants des pays exposés. Ils devraient protéger la région d’origine des migrants, avec une attention particulière pour le droit à la terre. On leur demande d’assister les candidats au départ, de veiller à ce qu’ils soient bien représentés dans l’espace d’accueil, que leurs droits soient respectés. Enfin, il s’agit d’éviter le cercle vicieux qui veut que la migration soit la conséquence du réchauffement climatique, alors qu’elle devrait résulter de la politique qui gère le changement climatique. Et bonne nouvelle pour le pays d’origine, l’étude relève que dans le cas d’une émigration internationale, le migrant investit souvent dans son pays, créant les conditions d’un développement économique local. Qui, à son tour, attirera d’autres désoeuvrés. La migration reste une réponse à la crise climatique. « Les migrations internes, relativement communes, et les migrations internationales, plus rares, se combinent pour aider les gens affectés par le réchauffement climatique. » « La migration fait partie de la solution, et non du problème comme beaucoup de gens le croient. » (1)

Cette étude fait écho à une recherche publiée dans Nature, en juin dernier. La plupart des migrations liées aux changements climatiques, s’effectueront à une échelle locale, plutôt qu’internationale. (2) Balayé aussi le mythe d’une humanité déshéritée, chassée par des extrêmes climatiques, qui irait frapper au portes des pays développés, en Amérique du Nord ou en Europe. Selon Koko Warner, l’un des auteurs de ce travail, spécialiste des migrations et du changement climatique : «Nous avons mis en évidence que les gens dont les régions d’origine sont plus sensibles à l’environnement sont aussi ceux qui peuvent ne pas avoir les moyens de partir très loin. » (2) Si les gens partent temporairement pour échapper à un désastre naturel, une inondation dans le delta du Gange au Bengladesh par exemple, une migration plus longue répond à une destruction totale de l’environnement d’origine. Exemple au Niger, où la sécheresse et la dégradation des sols, entraînent les fermiers de village en village. Mais, « Partir pour revenir » reste une tendance forte. Des Mexicains, chassés par les mauvaises récoltes vers les Etats-Unis et le Canada, rentrent à la fin de travaux saisonniers. Si l’étude reconnaît que le climat agit comme un facteur expulsif, tendance qui devrait se confirmer au fil des dégradations, il n’est pas le seul en cause. La pauvreté et la guerre continue d’alimenter l’émigration en provenance des pays les plus pauvres. L’environnement constitue une raison de plus de partir. Mais ci encore, on plaide pour plus de solidarité. Aux décideurs d’inventer des politiques qui intègrent la migration, quand elle est la meilleure, ou la seule solution.

Alors, balayés les millions de migrants annoncés par le UNCHR – Le Haut Commissariat aux Réfugiés – ? En 2008, le Haut Commissariat tablait sur  50 millions à 1 milliard de déplacés au cours des 50 prochaines années, conséquence du réchauffement climatique. Soit une moyenne  annuelle de 6 millions personnes en quête de meilleures conditions d’existence. En 2008, le UNCHR estimait que 36 millions de personnes avaient été chassés de leur région d’origine par les catastrophes naturelles. Dont plus de 20 millions par les conséquences directes de la crise climatique.(3) Si l’on est à peu près sûr que la fonte des glaciers de l’Himalaya, privant d’eau les populations asiatiques, que la désertification croissante des terres, que l’exposition des deltas et des petites îles à des mers plus hautes, provoqueront des départs, difficile de chiffrer cette humanité en mouvement. Pour Koko Warner :  « Il n’y a pas de méthode scientifique reconnue pour aborder les chiffres. » Il ajoute : «  Nous n’avons pas non plus une définition commune pour les migrants environnementaux. Et c’est difficile de mesurer quelque chose que vous ne pouvez pas définir. » (2)

M.J

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(1) “Climate change: governments should support migration, not fear it”, submitted by Mike, Wed, 02-02-2011. International Institute for Environment and Development http://www.iied.org/human-settlements/media/climate-change-governments-should-support-migration-not-fear-it

The International Institute for Environment and Development (IIED) est un organisme de recherche indépendent, à but non lucratifif, crée en 1971 et basé à Londres. Il est spécialisé dans l’expertise, la recherche, et la réalisation de projets de développement durable : www.iied.org

Rapport PDF: http://pubs.iied.org/pdfs/10590IIED.pdf

(2)“Report disperses migration myth”, Anna Barnett, From

Nature Reports Climate Change , Published online: 11 June 2009 | Corrected online: 19 June 2009 | doi:10.1038/climate.2009.56 http://www.nature.com/climate/2009/0907/full/climate.2009.56.html

D’après un rapport intitulé: “In Search of Shelter”.

Etude conduite de 2007 à 2009, par des chercheurs en sciences sociales, issus de 6 universités européennes. Les chercheurs on retenu 23 sites concernés par les migrations, répartis sur les 5 continents. 2000 personnes ont été interrogées sur leurs intentions migratoires. Ce travail a été finance par finance par la Commission européenne, pour un programme de deux ans, intitulé « Environmental Change and Forced Migration Scenarios » (EACH-FOR).

(3)UNCHR/ 2009 http://www.unhcr.org/4b2910239.html


Publié le 9 février 2011 par marlene dans Climat,Migrations.
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Il court, il court, le parthenium…

Bonjour,

« L’invasion du parthenium : nouveau problème environnemental pour le Népal », s’inquiète un chercheur lors de la Conférence sur la Biodiversité et le Changement climatique dans l’Himalaya, réunie mi-décembre 2010. (1) Il y a de quoi se faire du souci. Le Parthenium Hysterophorus, une plante toxique originaire des tropiques américains, dévore les terrains vagues, les bords de routes, l’abord des rivières, préférant plutôt les surfaces laissées à l’abandon. C’est une espèce invasive qui colonise rapidement tout espace, aux dépends d’une végétation utile installée depuis longtemps. En peu de temps, elle peut réduire un pâturage à presque rien, privant les troupeaux de nourriture. Elle menace les récoltes, pour là encore, pratiquement les éliminer si on la laisse faire. Chez l’homme, son pollen est à l’origine de troubles respiratoires, allergies, sinusites, asthme, de maladies de la peau,  et d’affections oculaires. Chez les animaux, elle réduit la production de lait et leur fait perdre du poids. Heureusement, mis à part quelques chèvres, les troupeaux ne la consomment généralement pas. Et pour donner la mesure du dynamisme de l’espèce, chaque graine arrive à maturité en 4 à 6 semaines, et peut produire entre 10.000 et 25.000 nouvelles graines.(2) Sans doute venue d’Inde, elle débarque au Népal dans les années 50. Elle s’y développe rapidement dans les années 90. Elle y reproduit ses habitudes de colonisation, bords de route, prairies et jachères, ou terrains vagues dans villes principales, Kathmandu, Hetaunda, Narayangargh, ou Butwal. Petit problème, le parthenium n’a pas vraiment d’ennemis naturels. C’est sans doute pour cette raison que les Autorités du Népal ont mis un certain temps à répondre à la question « Comment s’en débarrasser ? ». La réponse arrive d’Inde en 2009. Le Zygogramma Bycolorata, un scarabée mexicain  est utilisé comme agent biologique pour limiter l’invasion d’une espèce bien implantée dans le Sud de l’Asie,  Inde, Bengladesh, Bhutan, Sri Lanka, ou Pakistan .(1) A Islamabad, la capitale, elle squatte les terrains vagues, mettant en péril la production de plantes médicinales, précieuses aux populations.(3) Dans ces no- man’s land urbains, le parthenium s’accommode fort bien de la présence d’autres espèces invasives. La plante a le sens de l’adaptation.

Pulvérisation et délation.

En Australie, les Autorités ont répondu plus fermement à la question « Comment s’en débarrasser ? ». S’il  n’est pas conseillé d’arracher les plants isolés à la main, il est recommandé d’agir efficacement, en multipliant les traitements, chimique, biologique, mécanique. Sans oublier les herbicides, sauf contexte fragile. Dans le Queensland, où le parthenium s’est établi depuis longtemps, il est décrété « Espèce Parasite, Catégorie 2 ». Surveillé de près dans tout le pays, il obtient le rang de « Mauvaise herbe de signification nationale. » L’Australie redoute l’essaimage, question d’échelle territoriale. Repéré en 1955 pour la première fois, le parthenium teste le Queensland, avant de descendre dans le New South Wales, en 1982.Et quand, vingt ans après son apparition sur le continent, on découvre une colonie de parthenium dans le Northern Territory, courant sur quelques kilomètres d’une bordure d’autoroute, la réponse est immédiate. Pulvérisation au sol, pulvérisation aérienne, et extraction à la main. Ce qui n’empêchera pas de voir réapparaître l’espèce invasive, de manière ponctuelle, dans certaines zones du Northern Territory. L’Etat du South Australia, à priori épargné, est placé sous haute surveillance par les Autorités sanitaires. En Australie, où l’on craint que son contact avec les troupeaux affecte la qualité de la viande bovine, tout est bon pour combattre le parthenium. Y compris la délation : « Si vous croyez avoir vu cette plante, contactez immédiatement la direction de la gestion des mauvaises herbes. ». (4)

Massaï Mara

Le voyage se prolonge en Afrique orientale, Tanzanie, Ethiopie, Ouganda, où le parthenium est tracé, échantillonné, prêt à être ciblé. La plante y présente des densités assez inquiétantes. L’Ethiopie bénéficie déjà de l’aide du Zygogramma Bycolorata, et du Listronotus Sitosipennis, un charançon nuisible au Parthenium Hysterophorus, deux agents biologiques en provenance d’Afrique du Sud.(5). La tension monte d’un cran au Kenya, où l’espèce se développe dans de nombreuses parties du territoire, menaçant la superficie des pâturages, les récoltes de sorgho, et l’équilibre des parcs naturels. Quand on la soupçonne de vouloir s’installer dans la Réserve Nationale du Maasaï Mara, regardée comme l’un des plus beaux spectacles terrestres, très cotée au catalogue de la biodiversité et sur le marché du safari, l’alerte est donnée. Pas question de perturber ce vaste paysage de savanes, espace de migrations pour les gnous, les zèbres, et les gazelles, habitat des éléphants, des léopards, et des singes, espace de liberté pour les oiseaux, autruches et grues couronnées, pour les reptiles, pythons, crocodiles, et varans. On a trouvé du parthenium dans certaines parties de la rivière Mara, et le long de quelques pistes qui sillonnent le parc. Portée par le vent, les véhicules, le mouvement des machines, ou l’eau, l’espèce pourrait s’y étendre sans retenue. Les conditions écologiques y seraient favorables. Et la perte de pâturages, broutés par les animaux, pourrait préparer le terrain. «  Si rien n’est immédiatement entrepris pour nettoyer les zones infectées dans le Massaï Mara, il n’est pas irréaliste de s’attendre à une réduction de la vie sauvage à long terme, conséquence d’une expansion rapide du parthenium.»,  avertit Geoffrey Howard, en charge des espèces invasives pour l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. (IUCN) (2)

M.J

Le voyage n’est pas tout à fait terminé…..

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(1) « Parthenium invasion: a new environmental problem for Nepal.” http://icblcc2010.cdbtu.edu.np/sessions/parthenium-invasion-new-environmental-problem-nepal

(2) « Kenya: Killer Weed Invades Farms, Grazing Lands And National Parks », Jacob Ng’etich Daily Nation, 26-01- 2011 http://allafrica.com/stories/201101270084.html

(3)” Parthenium Invasion in Pakistan – A threat still unrecognized”, Asad Shabbir, Rukhsana Bajwa, Institute of Mycology and Plant Pathology, Université of Penjab, Lahore Pakistan, 2007. http://www.pakbs.org/pjbot/PDFs/39%287%29/PJB39%287%292519.pdf

(4) Australian official Websites

http://www.dpi.qld.gov.au/4790_7334.htm

http://www.nt.gov.au/nreta/natres/weeds/find/parthenium.html

(5)”Abating the Weed Parthenium (Parthenium Hysterophorus). Damage in Eastern Africa Using Integrated Cultural and Biological Control Measures”, Wondi Mercie, Virginia State University, 2010.http://www.oired.vt.edu/ipmcrsp/Publications/AnnualReports/2010/Parthenium_IPM-CRSP-Ann-Rpt_2009-2010.pdf


Publié le 4 février 2011 par marlene dans Biodiversité
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Forêts d’Ethiopie.

Bonjour,

Les forêts, 31% de la superficie du globe – dont plus du tiers en forêts primaires -, abritent 80% de la biodiversité terrestre, et hébergent 300 millions d’humains. L’ONU décide que 2011 sera l’année des forêts. Lancement officiel lors de la 9° cession du Forum des Nations Unies sur les Forêts ( FNDF), qui se déroule du 24 janvier au 4 février. L’occasion d’un zoom sur la situation en Ethiopie, où le couvert forestier a particulièrement été malmené. En attendant que le reboisement annoncé oxygène à nouveau le pays.

Démographie et pauvreté.

En Ethiopie, la couverture forestière représenterait moins de 4%, d’un territoire étendu  sur environ 1 million km². (1)  Vers 2008, les forêts éthiopiennes continuaient de diminuer au rythme de plus de 140.000 hectares par an. (2) (3) En un siècle, le pays aurait perdu plus du tiers de son poumon vert. La démographie, la mise en valeur du pays, les crises politiques, et la pauvreté expliquent une déforestation ancienne. Des années 50 au milieu des années 70, la population augmente, l’agriculture se modernise, des communautés rurales s’éparpillent, et l’on construit des routes. Conséquence, la forêt recule. Une redistribution aléatoire des terres participe au processus. Après 1974, et la Révolution éthiopienne, les populations colonisent un peu plus les forêts, tandis que les plantations de café s’installent à la place des arbres. Aujourd’hui, l’industrie du bois, l’agriculture, l’élevage, l’exploitation du pétrole, le développement des villes et des villages continuent de faire tomber des arbres. Une déforestation qui tient surtout en deux mots, démographie et pauvreté. Une population qui dépasse sans doute les 80 millions d’habitants (2010), grosse démographie du continent, a besoin de terres pour se nourrir. Conséquence, l’agriculture s’installe à la place des forêts. Les sécheresses répétitives handicapent encore cette économie agricole. Et syndrome de pays pauvre,  où la moitié de la population survit, le bois est le principal combustible des ménages, qui s’en servent pour cuisiner. Il constitue aussi un matériau de construction bon marché, facile à exploiter. Esquisse d’une déforestation que le gouvernement s’empresse à inverser.

Sensibilisation et revenus.

Depuis une décennie, les Autorités orchestrent un reboisement à grande échelle qui mobilise citoyens, agriculteurs, coopératives agricoles, ou organisations gouvernementale. Tout le monde, ou presque, se met à planter des arbres. Une activité qui aurait augmenté le couvert forestier de 4% en 2005.(1) (2) Et de 9% en 2010. (1) (3) On parle d’un à deux milliards de jeunes plants mis en terre. (3) En 2007, le gouvernement adopte sa première politique forestière. Initiative qui s’accompagne d’un travail de sensibilisation auprès des citoyens, qui commencent à s’intéresser aux arbres. Dans le Nord du pays, à Tigray et Amhara, deux régions où les forêts ont été agressées par l’agriculture et les guerres civiles, la situation s’améliorerait. Mais ces efforts de reboisement sont loin de convaincre tout le monde. Un article intitulé « Ethiopie : Restaurer le couvert forestier », daté de septembre 2010, cite l’USAID, une agence de développement américaine très présente sur le terrain: «L’état des ressources forestières doit être considéré comme étant en danger». (3) Crainte exprimée ailleurs dans l’article. Un représentant de la société civile, engagé dans la récupération des terres communautaires et la biodiversité, confirme : «La tendance en Ethiopie est toujours vers la déforestation ». (3) Même si l’intérêt pour la conservation des forêts progresse dans le pays, tendance relevée par d’autres observateurs, la motivation essentielle pourrait être formulée par un paysan éthiopien: « Je comprends que la plantation d’arbres aide à maintenir l’équilibre écologique, mais je le fais pour gagner un revenu supplémentaire afin de couvrir le coût croissant des engrais ». (3)

M.J

Le Biogaz, une alternative au bois….

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(1) Household forest values under varying management regimes in rural Ethiopia, EFD (Environment For Development) http://www.efdinitiative.org/research/projects/project-repository/household-forest-values-under-varying-management-regimes-in-rural-ethiopia

(2) Ethiopia Forest Information and Data, Mongabay http://rainforests.mongabay.com/deforestation/2000/Ethiopia.htm

http://rainforests.mongabay.com/20ethiopia.htm

(3) L’Ethiopie est, avec le Nigeria et l’Egypte, l’un des pays les plus peuplés du continent africain.

(4) « Ethiopie: Restaurer le couvert forestier », Omer Redi , All Africa, 23-10-2010 »http://fr.allafrica.com/stories/201009230936.html

(5) Déforestation en Ethiopie, Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9forestation_en_%C3%89thiopie


Publié le 31 janvier 2011 par marlene dans Afrique,déforestation
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Mike Reynolds dessine des îles au Nouveau Mexique.

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Bonjour,

Imaginez une maison conçue comme une île plantée en plein désert du Nouveau Mexique , un habitat qui produit électricité, chauffage, et eau, avec la possibilité d’un jardin. Le « Hybrid Earthship », vaisseau terrestre amarré dans la petite ville de Taos, est l’œuvre de Mike Reynolds, précurseur malmené de bâtiments autosuffisants, assemblés avec des matériaux de récupération, et faits pour durer. Le premier « Earthship », construit au Nouveau Mexique en 1988, est toujours là.

Une architecture libérée des réseaux.

Reynolds, c’est l’homme  à la moto sur la vidéo, un pionnier de la récup, formé à l’architecture à la fin des années 60. En 1972, il réalise la « Thumb House », une maison aux murs assemblés de canettes de bière en aluminium, maintenus par des joints de mortier. Environnementaliste avant l’heure, il cultive son jardin au Nouveau Mexique, où il conçoit le « Earthship », première version d’une architecture libérée des réseaux, eau, électricité, eaux usées. Imaginé dans une logique de survie, pas besoin d’aller faire ses courses ailleurs,  le site peut nourrir une famille de quatre personnes. Pendant 25 ans, Reynolds multiplie les constructions indépendantes, créant une communauté qui refuse le rêve américain, version pavillonnaire. Mais ce « Home Sweet Home », qui séduit une clientèle de radicaux écolos, ne colle pas aux normes de construction édictées par l’architecture officielle. Engagé contre une administration qui tarde à assouplir les normes du bâtiment, Reynolds renonce à son métier en 1990. En 1997, les communautés édifiées sur le principe d’une indépendance énergétique sont fermées. Reynolds doute, déprime, puis s’exile aux Iles Nicobar, dévastées par le tsunami. Il sait construire  en milieu hostile, il aide les populations à se reloger. Dans l’Océan indien, la « Earthship », bricolée avec des matériaux de fortune, devient habitat subtropical. En 2007, auréolé par son engagement humanitaire, Reynolds récupère sa licence d’architecte. Enfin, la législation du Nouveau Mexique s’ajuste aux règles d’une architecture plus durable. Les temps ont changé, la crise climatique plaide pour un habitat éco- responsable.

« Biotecture »

La “Hybrid Earthship”, fantaisie en partie enterrée dans le désert du Mexique et ouverte au soleil, exprime cette architecture qui se combine à la biologie pour forger le concept de « biotecture », production de la Maison Reynolds. Le modèle, qui s’adapte à d’autres tropiques, obéit à quelques principes. L’électricité, le chauffage, la climatisation  sont d’origine solaire ou éolienne. L’eau est récupérée. Des cellules végétales permettent de traiter les rejets.  Les eaux sont recyclées, sauf pour la consommation,  filtrage renforcé pour les toilettes. Et, conception insulaire, production de nourriture sur le site. Côté construction, c’est du béton.  Des murs porteurs  faits de briques circulaires à armature métallique, fabriqués avec des pneus recyclés remplis de terre. Des cloisons internes plus fantaisistes, qui mêlent boites d’aluminium, bouteilles de verre , et plastiques. Cet habitat autosuffisant, conçu avec des matériaux naturels ou recyclés, est aujourd’hui complètement dans l’air du temps. Son concepteur n’est plus en dissidence depuis longtemps. En 2006, Mike Reynolds est consacré « Eco-hero » par le New York Times. En 2007, un documentaire, « Garbage Warrior , ou le « Guerrier des poubelles », éclaire la vie et l’œuvre de l’architecte. Quelques centaines d’Earthships construits au Nouveau Mexique, dont le « Phoenix », l’une des dernières conceptions, quelques échantillons disséminés en Europe, Angleterre, Ecosse, France, et quelques projets pensés pour le continent africain. Pour coller un peu plus à une époque qui a vu basculer une partie de la société américaine dans la dette immobilière, Reynolds veut des maisons abordables. Sans facture d’électricité, sans facture d’eau, et sans crédit, ou presque.

M.J

Video, version longue …

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Sources :

« GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Michael Reynolds”, “Hybrid Earthship”, Taos, New Mexico, USA, 2003,  pp 300-304

Earthship/ site: http://earthship.com/

Wikipedia / Mike Reynolds Architect http://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Mike_Reynolds_%28architect%29&printable=yes

Wikipedia / Earthship http://en.wikipedia.org/wiki/Earthship

“Living Outside the Box: Michael Reynolds and Earthships”, Melissa Baldridge, Greenspot, http://greenspotglobal.com/blog/?p=62

“Book Review: Michael Reynold’s Earthship” , Sarah Ganly, The Examiner, 28-08-2010 http://www.examiner.com/green-living-in-new-york/book-review-michael-reynold-s-earthship


Publié le 26 janvier 2011 par marlene dans Architecure.,Développement durable,energies alternatives
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WorldWatch Institute: une agriculture formule « locale ».

Bonjour,

Pour adoucir la faim dans le monde et freiner les effets du réchauffement climatique, problème global, il faut penser local. C’est la proposition du WorldWatch Institute, un centre de recherche basé à Washington qui articule environnement et économie. Dans son rapport annuel, « State of the World 2011 – Innovations that Nourish the Planet », l’organisation propose quelques pistes pour une nouvelle agriculture mondiale. (1) Elle invite à bousculer la relation « production-consommation », à miser sur l’école pour nourrir les enfants et éduquer de futurs agriculteurs, et incite à éviter le gaspillage. Quelques formules simples testées dans plus d’une vingtaine de pays africains, où l’agriculture est la clé du développement.

Repenser la production. Au lieu de vouloir produire plus de nourriture pour répondre à une démographie en hausse – plus de 2 milliards de personnes supplémentaires dans moins de 40 ans -, le rapport propose l’autosuffisance alimentaire. Il s’agit de revoir la relation « consommation-production », formulée à grande échelle, pour privilégier une petite agriculture locale. Sans négliger l’élevage domestique. Cette proposition, qui remet en cause les grands programmes de lutte contre la faim, mise sur une agriculture de qualité, condition d’une meilleure santé pour les consommateurs, et réputée plus douce pour l’environnement. Près d’un demi-siècle après la Révolution Verte, et 900 millions de personnes dans une situation de malnutrition, le texte invite les gouvernements, les décideurs internationaux, et les fondations à revoir leur façon d’accompagner le développement agricole. Il les incite à miser sur la qualité, plutôt que la quantité. L’école est au cœur de cette stratégie écrite pour le terrain. L’école, qui  fournit des repas aux enfants, permet de remplir les ventres au moins une fois par jour. L’école, qui éduque, enseigne la nutrition et initie à l’agriculture locale, en attendant de s’exercer dans les champs. Cette école, où l’on apprend à mieux manger en valorisant les produits locaux, a fait ses preuves dans nombre de pays africains. L’initiative « de la ferme à la cantine » marche aussi aux Etats-Unis, et en Europe. Dans un monde développé où 40% de la nourriture produite n’arrive jamais dans l’assiette, le rapport lance une chasse au gaspillage. L’avantage est clair, économiser des efforts, de l’argent, et des aliments. Et si l’on décline la leçon, il s’agit aussi d’économiser l’argent de l’aide au développement pour lui donner une chance d’atteindre sa cible, l’agriculteur africain. (1) (2)

Ce rapport s’appuie sur un travail de terrain , qui décline les solutions en fonction des contextes. Exemples. En Gambie, environ 6000 femmes sont impliquées dans la récolte d’huîtres, source de protéines bon marché. Cette activité associative, incitée par le gouvernement,  ménage la ressource et l’environnement après trente années d’une  sur- exploitation qui a laissé des traces. Source de revenus pour les femmes, l’activité cherche des financements pour se développer. A Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, capitale du Kenya, plus d’un millier de femmes entretient des « jardins verticaux », improvisés dans des sacs gonflés de terre. Cette solution,  source de nourriture pour la famille et pour la communauté, facile à mettre en place, à entretenir, est une réponse locale au défi alimentaire urbain. Un tiers des Africains vivent actuellement en ville, proportion qui devrait doubler en 2050. En Afrique du Sud et au Kenya, les éleveurs préservent un bétail local qui supporte chaleur et sécheresse, deux atouts pour supporter un climat plus extrême. En Ouganda, un programme scolaire développe la culture de légumes locaux, informe sur leurs qualités nutritionnelles, et enseigne aux enfants la façon de les cuisiner. Conserver les traditions culinaires tout en formant de futurs agriculteurs à l’autosuffisance. Sur le continent africain, où l’agriculture se compte en millions de bras, plus de 700 millions d’agriculteurs dont 15 à 25 millions d’éleveurs qui travaillent dans des contextes géo- climatiques différents, difficile de proposer une formule unique. Le rapport propose une méthodologie souple, entre agriculture traditionnelle et agriculture bio, avec des innovations techniques, des plants plus résistants au climat qui évolue, ou une irrigation plus économe en eau. Le rapport du Worldwatch Institute est une boîte à outils, destinée aux décideurs. (1) (2)

Ce rapport tomberait dans un contexte favorable, signalé par des initiatives pour combattre la pauvreté et la faim dans le monde,  le « Obama administration’s Feed the Future program” ,  le “Global Agriculture and Food Security Program” (GAFSP), le “United Nations World Food Programme” (WFP), la FAO, ou le “Comprehensive Africa Agriculture Development Programme » (CAADP). Mais cette vision de l’agriculture tombe aussi dans un contexte de crise financière. D’ailleurs, depuis les années 80 où l’agriculture absorbe plus de 16% de l’aide au développement, cette part n’a cessé de diminuer. Elle se traîne aujourd’hui autour des 4-5%.

M.J

Nourishing the planet in South Africa:

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(1) Worldwatch Institute’s State of the World 2011 Shows Agricultural Innovation Is Key to Reducing Poverty, Stabilizing Climate, by admin 12-01- 2011 –Résumé – http://www.worldwatch.org/sow11/press-release

“Nourishing the Planet” – Evaluating Environmentally Sustainable Solutions to Reduce Global Hunger and Rural Poverty, http://www.worldwatch.org/nourishingtheplanet

(2) “World hunger best cured by small-scale agriculture: report”, Nidhi Prakash, Guardian Co Uk, 13-01-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jan/13/world-hunger-small-scale-agriculture

Et plus sur: Nourishing the Planet Blog: http://blogs.worldwatch.org/nourishingtheplanet/


Publié le 18 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Afrique,crise alimentaire
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La complainte des éleveurs tibétains.

Bonjour,

Une femme nomade regrette ses paysages et ses troupeaux, une complainte qui dénonce le début de la fin d’un millénaire de transhumance sur les plateaux du Tibet. « Archi drokmo », une vidéo diffusée par une association de femmes tibétaines (TWA), accessible en fin de blog.  En 2009, environ 50.000 nomades sont sédentarisés par les Autorités chinoises.(1) Sous prétexte de protéger un espace pastoral fragilisé par le pâturage des troupeaux de yaks, de moutons, de chèvres, et de chevaux, la Chine orchestre une politique environnementale qui cloisonne et interdit le parcours traditionnel des  éleveurs nomades. Et oblige ces populations itinérantes à changer de mode de vie. Lancée à la fin des années 90, cette campagne, inscrite dans le développement des terres occidentales de la Chine, déplace les nomades et les installe dans des habitats pour lesquels ils ne sont pas faits. Sous prétexte de poursuivre l’émergence du Tibet, tout en fabriquant une population locale « plus présentable », selon certains critères du développement, la Chine nie une culture tibétaine, intimement liée au nomadisme. Les éleveurs, nés pour se déplacer dans ces paysages de plateaux, sont invités à préserver une zone écologique sensible, déjà malmenée par les premiers signes du réchauffement climatique. Selon une source citée par Wikipedia, le nombre de yaks et de moutons aurait triplé au cours des cinquante dernières années, quand les pâturages diminuaient, conséquence de l’assèchement des hauts plateaux. (2) (3)

« le Troisième Pôle.»

Le Tibet, plateau de plus d’un million de km² aux trois quarts perché à plus de 3500 mètres d’altitude, est une zone écologique majeure, inscrite dans une géographie de l’eau stratégique . Surnommé le « Troisième pôle », le Tibet est la troisième réserve de glace de la planète, après l’Arctique et l’Antarctique. Depuis une trentaine d’année, la surface moyenne des glaciers aurait décliné de 17%. Quand certains auraient carrément disparu. (3) La fonte des glaces aurait de lourdes conséquences pour le Tibet, son voisinage asiatique, et pour quelques  millions de personnes, situés en aval. Les fleuves majeurs du continent asiatique y prennent leur source. Le Fleuve Jaune, le Yangtsé, et le Mékong, géants du système hydrographique chinois, s’écoulent depuis le Sanjiangyuan. Cette région, le « château d’eau de la Chine », classée réserve naturelle nationale, est d’ailleurs placée sous haute surveillance écologique depuis les années 2000. L’extraction minière, l’exploitation forestière, la chasse, et la pratique des pâturages, y sont extrêmement encadrées. Les marais et les cours d’eau montrent déjà quelques signes de sécheresse. Quelques milliers d’éleveurs sont incités à émigrer vers d’autres zones du Sanjiangyuan, de moindre importance écologique. Au Tibet, le changement climatique est un sujet sensible. Le Dalaï Lama, porte-parole en exil des Tibétains, n’hésite pas à tirer parti de la crise climatique pour sensibiliser la communauté internationale à la situation du territoire. Et au sort réservé aux nomades. (4)

Changement d’adresse.

Forcés de vendre ou de débarrasser de leurs yaks, les nomades se sédentarisent dans des lotissements, et s’urbanisent en marge. Beaucoup sont déplacés au Qinghai, dans la province de Gansu, au Sichuan, dans la région autonome du Tibet, souvent sans indemnisation. Dans Wikipedia, une source contradictoire évoque des dédommagements, et une maison. (2) Le gouvernement chinois prétend leur apporter l’éducation et la santé, « privilèges » réservés aux sédentaires. « Tibet 3rd pôle «  , une association qui défend l’exploitation des ressources naturelles du Tibet par les Tibétains, y voit le contrôle de populations qui disposent désormais d’une adresse. Ce développement économique et humain forcé devrait permettre de corriger les statistiques de pauvreté, et faire taire les critiques. « Free Tibet », une autre association engagée aux côté des Tibétains, remarque que cette conversion entre nomadisme et agriculture sédentaire annonce aussi une conversion entre autosuffisance et comportement consumériste. « Free Tibet » rapporte une paupérisation des nomades qui doivent désormais partager les terres en famille, et attendre le décès des parents pour en vivre mieux. Un système de division des terres qui se complique encore dans une famille nombreuse. Toujours sur le site de « Free Tibet », Camille Richard, spécialiste de pâturages pour le Centre International Développement de Montagne Intégré (ICIMOD), commente cette mutation: « Le comportement et le raisonnement des éleveurs nomades sont dictés par la conscience du paysage marginal dans lequel ils vivent, paysage qui a supporté leur mode de vie pendant des siècles. Une conversion rapide à un nouveau mode de pensée et de vie ne peut pas avoir lieu sans de graves conséquences socio-économiques et écologiques. » (5)

Pâturages et extraction minière.

Les spécialistes du pâturage formulent plus clairement les conséquences environnementales de la sédentarisation. La mobilité des troupeaux empêche la dégradation des systèmes, et contribue à l’équilibre des paysages. Cloisonner l’espace, et sédentariser les troupeaux, revient à favoriser le surpâturage. Mais que sont quelques excès de pâturages dans l’immensité du territoire tibétain ? « Les amis du Tibet », autre organisation pro- tibétaine, détaillent dans un article assez ancien les conséquences environnementales de la colonisation chinoise. Extraits. La Chine aurait orchestré un déboisement industriel à l’Est du territoire, provoquant érosion des sols, ravinement, envasement, et inondations. Dans certaines régions, 80% des forêts auraient été détruites. Une centrale hydro-électrique sur le LacYamdrok Tso, la plus importante du Tibet, mise en route à la fin des années 90 pour alimenter l’industrie chinoise en électricité, a modifié l’équilibre d’un site sacré pour les Tibétains. La Chine décline encore l’exploitation minière, uranium, charbon, fer, cuivre, plomb. Elle s’intéresse aux réserves de pétrole et de gaz naturel. (6) Résultat sur le site de « Circle of Blue», une agence qui enquête sur les crises de l’eau, l’industrie et l’extraction minière, et leurs lots de rejets polluants, aurait modifié la qualité de l’air et de l’eau. Jusqu’à compromettre les réserves d’eau douce du Tibet, pourtant « château d’eau de la Chine ».

M.J

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(1) « 50.000 nomades tibétains sédentarisés », AFP , 24/08/2009- Site du Figaro http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/08/24/01011-20090824FILWWW00503-50000-nomades-tibetains-sedentarises.php

(2) L’élevage au Tibet, Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture,_%C3%A9levage_et_sylviculture_au_Tibet#.C3.89levage

(3) Yeshe Choesang, World News,01-06-2011. http://article.wn.com/view/2011/01/06/Climate_Change_on_the_Tibet_Plateau_Detrimental_for_Asias_Fu/

Tibet 3d Pole http://www.tibet3rdpole.org/

(4) “Dalai Lama wants to go green”, Saransh Sehgal http://tibet.org/tibet3rdpole.org/?p=239

(5) “The impact of nomad settlement policies in Tibet”, Kate Saunders (for Free Tibet Campaign), Free Tibet, April 2003, http://www.freetibet.org/about/rural-society

(6) « L’environnement au Tibet : un désastre dû à l’occupation chinoise ! », Raymond MEYERS (D’après le Rapport « Tibet 2000: Environment and Development Issues » du gouvernement tibétain en exil. Et ECO-Tibet France, juin 1999.) http://www.amis-tibet.lu/dossiers/environnement-2.html

(7) « China, Tibet, and the Strategic Power of Water”, Keith Schneider and C. T. Pope, Blue Circle, 08-05-2008. http://www.circleofblue.org/waternews/2008/world/china-tibet-and-the-strategic-power-of-water/


Publié le 13 janvier 2011 par marlene dans Biodiversité,Climat,Developpement,Migrations.
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La décennie des déserts.

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Bonjour,

En Chine, réputée pour être l’un des plus beaux exemples de désertification de la planète, la région des « Trois Nord », Nord-Est, Nord, Nord-Ouest, est à 98% désertique. Ce constat englobe le désert de Gobi et les terres gagnées par les sables. Selon Lester Brown, Directeur du Worldwatch Institute, entre 1950 et 1975, chaque année, 3600 km2 de sols sont devenus infertiles. Au cours du demi-siècle passé, le sable a colonisé plus de 24.000 villages, chassant les populations. A l’échelle du pays, 30% du territoire est convoité par le désert. (1) En Inde, 68% des terres de l’Etat du Gujarat est soumis à la désertification, ou à un processus de dégradation des sols. Une situation plus alarmante que celle du Rajasthan voisin, 66% de déserts dont une grande partie du Grand Désert Indien. Au Gujarat, l’érosion  hydrique, la salinisation, la dégradation de la végétation, ou l’action du vent, ont épuisé les terres. Un cheptel de plus de 18 millions de têtes a favorisé cet appauvrissement du milieu. (2) La démographie, plus de bouches à nourrir, et l’élevage, des troupeaux plus gros, rendent la désertification très lisible dans les pâturages africains. Entre 1950 et 2007, le continent a vu sa population passer de 227 à 960 millions d’habitants. Le bétail a suivi une courbe analogue pour atteindre 824 millions de têtes au début de ce siècle. La désertification, facile à cartographier au Moyen Orient et en Asie Centrale, a franchi les frontières de l’espace en développement. Les écosystèmes de l’Europe méditerranéenne, surexploités et asséchés, sont rongés par la salinisation et soumis à des sécheresses plus fréquentes. L’olivier, dont l’huile tient la vedette d’une cuisine à la mode, très gourmand en eau et abondamment irrigué, est accusé de convertir doucement certaines régions d’Italie, de Grèce, d’Espagne, ou du Portugal, en petits déserts. En Espagne, 35% du territoire risque la désertification. (3)

Un espace vital contenu dans une vingtaine de centimètres….

Pour Luc Gnacadja, le secrétaire executif de l’UNCCD, l’organisme des Nations Unies qui combat la désertification, la productivité des terres est une question essentielle, « Le plus grand défi environnemental de notre temps ».(4) Une menace pour les écosystèmes et la sécurité alimentaire qui tient dans une vingtaine de centimètre de sol, située entre nos pieds et la début de la couche stérile. Quelques centimètres qui nous permettent de produire de la nourriture et de l’eau, de faire pousser des forêts, ou de stocker du carbone pour adoucir le réchauffement climatique. Depuis le début des années 80, à l’échelle planétaire, cette couche productive continue de disparaître au rythme de 1% par an. (4) Or le renouvellement de cet écosystème est un processus lent. Lester Brown estime qu’il faut entre 200 ans et un millénaire pour enrichir à nouveau 2,5 cm de sol. Le substrat qui a permis aux civilisations de se développer, 16 cm ou plus, s’est formé au cours d’un long processus géologique, à peine dérangé par l’activité humaine. Sa dégradation s’est accélérée avec la multiplication des communautés humaines et des troupeaux. L’érosion des sols, peut-être1 mm par an, n’est pas toujours perceptible. Ce qui l’éloigne des priorités. Mais au bout de quelques années, le sol perd quelques dizaines de millimètres qui mettront des siècles à se reconstituer. Avant d’être complètement stérile, la terre, privée d’eau, de matières organiques, et de nutriments, devient moins généreuse. Un espace agricole qui fonctionne avec la moitié de ses matières organiques donnera 25% de céréales en moins. Selon la FAO, l’équivalent de 10 millions d’hectares de terres productives, rongés par l’érosion ou saturés d’eau et de sel, disparaissent chaque année. Et 20 millions supplémentaires deviennent carrément infertiles. (1)

Des guerres et des arbres.

L’UNCCD, qui vient de lancer la Décennie des Déserts et de la Lutte contre la Désertification, place l’érosion des sols en perspective avec les projections démographiques. Comment faire pour nourrir une population mondiale augmentée de 2 milliards en 2050, addition qui pousse l’humanité vers les 9 milliards ? La  production de nourriture, qui devra augmenter de 40%, devra aussi s’accommoder d’un territoire estimé à 11% des terres de la planète, amputé d’espaces devenus stériles. Avec un déséquilibre de départ, une désertification mondiale différenciée, accentuée dans l’espace en voie de développement. La dégradation des terres, articulée à des sécheresses plus fréquentes, pourrait produire des conflits pour la terre comme au Darfour, en Somalie, multiplier les tempêtes de sable comme celles qui voyagent du désert de Gobi jusqu’aux poumons des habitants de Séoul, en Corée, ou favoriser des crises alimentaires. La sécheresse en Australie annonce une envolée des prix en 2007-2008. Celle de Russie crée les mêmes effets en 2010. Luc Gnacadja, Béninois, ex- Ministre de l’Environnement, rêve d’une aide au développement qui associerait la désertification aux autres crises, insécurité alimentaire, pauvreté, eau, énergie, et changements climatiques. Lors du discours prononcé à Londres pour annoncer la décennie de la désertification, il rappelle qu’en 2007, 80% des conflits armés se déroulent dans des régions vulnérables, ou affectées par la désertification. Il rêve aussi à « Plus d’hommes, plus d’arbres », comme au Kenya, au Niger, ou en Inde, où l’on plante des arbres pour limiter l’érosion des sols. Sans oublier la « Grande Muraille verte » qui doit ceinturer le continent africain, de Dakar à Djibouti. (5)

M.J

(1) “Soil erosion threatens to leave Earth hungry”, John Vidal, Guardian Weekly, 14-12-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/14/soil-erosion-environment-review-vidal

(2) 2. “68% of Gujarat land is turning into desert; it’s 66% in Rajasthan’s case!”, Jumana Shah, DNA, 27-12-2009. http://www.dnaindia.com/india/report_68pct-of-gujarat-land-is-turning-into-desert-it-s-66pct-in-rajasthan-s-case_1327930

(3) TV chefs blamed for turning Mediterranean into a desert as demand for olive oil surges, This is London, 14-12-2010http://www.thisislondon.co.uk/news/article-23544950-tv-chefs-blamed-for-turning-mediterranean-into-a-desert-as-demand-for-olive-oil-surges.do#readerComments

(4) « Desertification is greatest threat to planet, expert warns », Damian Carrington, The Guardian, 16-12-2010,http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/16/desertification-climate-change

(5) “At the European launch of the United Nations Decade for Deserts and the Fight against Desertification (2010-2020), Statement of Luc Gnacadja, London, 16-12-2010http://www.unccd.int/publicinfo/docs/Europe%20Launch_of%20UN-DDD%20-%20London_16%20Dec%2010.pdf


Publié le 6 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Désertification.
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« Waste for Life », nouveau nom du design.

Bonjour,

De l’énergie, des milliers de bouts de plastique qui ne servent plus à rien, un peu de technologie, et quelques idées. C’est la recette de Waste for Life, une organisation qui pense et structure le recyclage du plastique pour adoucir la pauvreté. En 2001, l’Argentine sombre dans une grave crise économique qui marginalise une grosse partie de la société. En 2002, 60% de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Des milliers de personnes apprennent à survivre en ramassant ce qui traîne dans les poubelles. Ces « sans salaire » commencent à se bricoler une nouvelle vie en faisant commerce des objets recyclables qui n’ont plus de valeur pour ceux qui les ont jetés. Ils travaillent seuls, opèrent en famille, ou se regroupent dans de petites coopératives. On les appelle les « cartoneros », ceux qui survivent grâce aux cartons et aux papiers trouvés dans les rues. Waste for Life débarque à Buenos Aires en 2007,  et envisage les possibilités de l’immense décharge de la ville. Collecter, fabriquer, vendre, l’idée est de structurer l’activité des « cartoneros ». La transformation de la matière première est au cœur de ce plan d’action : « Nous ne sommes pas intéressés par le profit, mais nous tenons à répandre une technologie qui améliore les fibres plastiques et naturelles superflues des matériaux composites pour les utiliser dans des produits domestiques et des matériaux de construction. ».

Avant l’Argentine, l’histoire de Waste for Life commence au Lesotho, « pays-enclave  » dans le territoire Sud africain, où beaucoup de gens se débrouillent avec bien moins de 2 dollars par jour. Pendant l’été 2006, deux ingénieurs de l’Université du Queens, au Canada, voyagent dans le pays avec une idée en tête. Ils veulent réduire les déchets, tout en générant une petite économie qui profitera aux plus pauvres. L’Université met au point la première presse chauffante, puis améliore le prototype. La Western Australia University rejoint le projet. Aux Etats-Unis, en Italie, au Lesotho, et en Argentine, d’autres universités et école de design adhèrent à l’idée. Des étudiants fabriquent des presses chauffantes, planchent sur les possibilités chromatiques du plastique fondu, imaginent des objets, ou élaborent des matériaux de construction destinés aux situations d’urgence. La dynamique, qui associe scientifiques, ingénieurs, éducateurs, architectes, designers, et coopératives, est lancée. Début 2011, la première presse chauffante, made in Buenos Aires, devrait être livrée à la coopérative « Neuva Mente » de Moron, lien vidéo , pour que les « cartoneros » ne soient plus seulement ceux qui fouillent les poubelles. Dommage, pas grand-chose sur le Lesotho. En attendant, quelques idées-cadeau pour Noël, design Rhode Island School of Design (RISD)…

M.J

Waste For Life à Buenos Aires

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Publié le 17 décembre 2010 par marlene dans Developpement,Recyclage
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Climat: de Cancun à Durban.

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Bonjour,

« Les vrais gens ne peuvent pas survivre sous l’eau », message de Greenpeace à l’occasion de la Conférence de l’ONU sur le climat qui s’est achevée à Cancun samedi dernier. Les représentants des petits Etats insulaires du Pacifique, où vivent plus de 8 millions d’habitants, s’inquiètent de la lenteur des négociations quand l’océan menace d’envahir leurs terres. (1) Première île menacée, Nauru, un peu moins de 10.000 habitants, et dont le Président Marcus Stephen remarque : « La gravité de la crise nous échappe. Elle s’est perdue dans un brouillard de jargon scientifique, économique et technique. »(2) Les 193 Nations, réunies pendant deux semaines dans la cité balnéaire mexicaine, n’ont pas clairement répondu aux questions posées par le réchauffement climatique. Combien de pays vont réellement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les secteurs de l’industrie, des transports, et de l’agriculture pour contenir la hausse des températures à moins de 2°C au cours du siècle ?

Un an après le décevant Sommet de Copenhague, Cancun devait préparer l’après-Kyoto, qui prend fin en 2012. Ce texte de 1997 oblige, en principe, les pays développés qui adhèrent à réduire  leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% entre 2008 et 20012, par rapport à 1990. Malgré la volonté commune exprimée d’adoucir la crise climatique, les discussions concernant l’avenir du Protocole de Kyoto ont été reportées à l’année prochaine. Et à la Conférence de Durban, en Afrique du Sud. A défaut d’une feuille de route qui précise l’après-Kyoto, Cancun réactualise certains engagements formulés à Copenhague. Après 12 jours de négociations, Patricia Espinosa, Ministre des Affaires étrangères du Mexique, à la tête de la Conférence, a proposé un compromis qui décline des outils plus que des engagements. La Bolivie d’Evo Morales a refusé de signer ce texte qui ne précise pas les efforts à accomplir pour réduire les émissions mondiales.  (2) (3) (4)

Parmi les propositions, la création d’un « fond vert pour le climat » pour aider les pays en développement à répondre aux bouleversements environnementaux en cours. Après 2012, cette mesure devrait s’accompagner d’une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars,  promesse faite à Copenhague. Mais la question du financement n’a pas encore été réglée. Un transfert de technologies propres, issues des pays les plus riches, devrait encore aider les pays les moins avancés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Enfin, le mécanisme REDD , pour Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des forêts, compense la sauvegarde des forêts primaires, et leur gain CO², contre des avantages financiers. Le Brésil, où la forêt recule sous la triple pression du soja, du bétail, et de la consommation de bois, et l’Indonésie, où les palmiers à huile dévastent l’espace forestier, sont particulièrement intéressés par ce mécanisme. (2) (3) (4)

Querelles. Le Japon, la Russie, et le Canada ont averti qu’ils n’adhèreraient pas à un «Kyoto 2 » tant que les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde, têtes d’affiche de la pollution mondiale, ne seraient pas impliqués dans la dynamique internationale de réduction de gaz à effet de serre. Jusqu’alors, les Etats-Unis ont refusé de ratifier le Protocole de Kyoto. La Chine et l’Inde, pays émergents, y échappent. La question de la «responsabilité », qui fait du pollueur né avec la Révolution industrielle le coupable historique, empoisonne les rapports. Les puissances émergentes  n’entendent pas sacrifier leur développement industriel pour atténuer un dérèglement climatique, amorcé bien avant leur désir de prospérité. En 2009, la Chine a pourtant promis de réduire de 40 à 45% ses émissions de GES en 2020, par rapport à leur niveau de 2005. Avec 15% d’énergies alternatives en 2020. Et à Cancun, l’Inde, s’est montrée très active dans les négociations . (2) (3) (4)

M.J

(1) “For us in the Pacific, the Cancún climate summit is about survival », Marcus Stephen, The Guardian, 02-12-2010 http://www.guardian.co.uk/environment/cif-green/2010/dec/02/cancun-climate-change-summit-pacific-island-nauru

(2) UN chief warns climate talks are too slow”, Arthur Max, Associated Press, 8-12- 2010 http://www.boston.com/business/articles/2010/12/08/un_chief_warns_climate_talks_are_too_slow/

(3)“China vows to control emissions in next 5 yrs”, Xinhua, 23-11-2010 http://www.chinadaily.com.cn/china/2010-11/23/content_11598233.htm

(4) “Cancun: des pas comptés pour le climat, un immense bol d’air pour l’ONU » ; Jérôme Cartillier, AFP, 12-12-2010 http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gd-yTRLDUEQxn-JV_4IqQXOLX21w?docId=CNG.505d86ebe1dfca0c333e5b57dc6b23e1.541


Publié le 14 décembre 2010 par marlene dans Actualité,Climat,Elevation des mers.
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« UFO houses », une cité balnéaire fantôme.

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Bonjour,

Les maisons UFO de San Zhi ont été dessinées par Matti Suuronen, un architecte danois qui, porté par l’optimisme de la fin des années 60, imagine des bungalows de vacances légers, lumineux, composés de matériaux bon marché, prêts à poser aux quatre coins du globe. Tente ans plus tard, ces modules aux allures de soucoupe volante n’ont sans doute pas résisté à la valse des démolisseuses, dépêchées par le gouvernement de Taïwan en janvier 2009. Dommage pour ces maisons de vacances en béton, en plastique, et en couleur,  situées sur la côte septentrionale, au Nord de la ville de Taïpei. Ce complexe hôtelier, destiné à accueillir les officiers de l’armée américaine en poste en Asie du Sud-Est, n’aura connu que fantômes et photographes. La construction commence en 1978. Deux ans plus tard, la société Hung Kuo, propriétaire des terrains et maître d’œuvre, connaît des difficultés financières. Le projet est abandonné. Les ennuis d’argent n’expliquent pas tout. De nombreux accidents de la route, mortels, se produisent à proximité du chantier. La rumeur interprète. On se demande si ces accidents ne sont pas la conséquence d’un aménagement hâtif des lieux. Pour élargir la voie qui mène aux habitations, il a fallu sacrifier la sculpture d’un dragon chinois. Et pour ne pas arranger les choses, le site choisi accueillerait des dépouilles de soldats hollandais. Un article du Taïpei Times évoque 20.000 squelettes découverts au début des travaux. L’endroit aurait encore été le théâtre de plusieurs meurtres. Des fantômes auraient été régulièrement aperçus à proximité des bâtiments. Architecture futuriste datée, atmosphère mystérieuse, et vue imprenable sur la Mer de Chine orientale, les photographes se sont bousculés sur le site des maisons UFO. L’endroit aurait même été le décor d’un film. Interrogé par le Taïpei Times à l’occasion de l’annonce de la démolition des bâtiments, Monsieur Lin, l’un des concepteurs du projet, alors dirigeant de l’entreprise de design qui sous-traite, tranche : « Il est traditionnel dans tous les métiers de la construction d’apaiser les esprits présents sur le site, avant de commencer à travailler. Cela n’a rien à voir avec des histoires de fantôme.”(1) Le projet, repris par un fabricant de bière locale et l’entreprise Hung Kuo, a failli redémarrer en 1989. Les associés ne se sont pas entendus. Il y a un an, le Gouvernement de Taïwan, qui n’est pas propriétaire du site, a quand même décidé la destruction du village de vacances.  Un autre site touristique, ses hôtels et ses plages, y est programmé. Sur l’image satellite, on jurerait pourtant que les maisons UFO de San Zhi sont encore là. Peut-être une cité balnéaire fantôme... (1) (2) (3)

M.J

(1) “Taipei County looks to rebuild site of weird UFO houses”, Jimmy Chuang, Taïpei Times, 29-01-2009 http://www.taipeitimes.com/News/taiwan/archives/2009/01/29/2003434810

(2) Sanzhi UFO Houses, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Sanzhi_UFO_houses

(3) Abandoned Future City, San Zhi, Taiwan, Trend Hunter, http://www.trendhunter.com/trends/abandoned-future-city-san-zhi-taiwan


Publié le 10 décembre 2010 par marlene dans Architecure.
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